mercredi 23 mai 2018

Le pastel des teinturiers.

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Ce printemps, le pastel des teinturiers (Isatis tinctoria) colore de jaune les bords de route secs et calcaires. Pourtant, c'est une toute autre teinte que l'on tire de cette plante et qui lui a valu son nom. Utilisé depuis l'âge du fer (même si son usage c'est généralise à l'antiquité), on tire de ses feuilles une teinture bleue après les avoir séchées puis broyées. Couleur des rois et de la noblesse, c'est au moyen âge que la culture du pastel s'intensiffie pour répondre à la demande toujours plus importante, que cela soit chez les teinturiers ou les tapissiers. Aujourd'hui il est encore cultivé mais à des fins fourragères. C'est également une plante médicinale riche en composés qui en médecine populaire était employée pour apaiser les oedèmes et cicatriser les plaies.


jeudi 17 mai 2018

Sortie en campagne 9.

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Marche paisible le long de l'Azergue dans l'Ain un soir de mai. Le temps est doux, les Saintes Glaces n'ayant pas encore frappées. Nous avons alors tout le loisir d'écouter le chant des oiseaux mais surtout, de nous exercer à l'enthomologie. Dans la pénombres, certains insectes commencent à se faire discrets. C'est le moment pour eux de sortir, dissimulés par l'obscurité de leurs prédateurs.

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La piqûre de certains provoquent sur les végétaux d'étranges formation. Cette ronce (Rubus sp.) en a fait les frais, à moins que la dégénération observer ne soit le fruit d'une mutation génétique, une grande partie du plan présentant des amas de feuilles effilées avec des rameaux naissants nains et souples. Un virus, un champignon, une bactérie, une erreur dans la formation des tissus à la naissance du plantule ou une piqûre d'insecte sont tout autant de pistes possible pour expliquer cette magnifique galle.

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Sur une feuille de chêne, une tenthrède verte (Rhogogaster viridis) est une mouche chasseresse qui se nourrie de petits arthropodes et d'asticots. Bon axillaire au jardin, ses larves phytophages imitent les chenilles. Elles sont peu aimées du jardinier car elles peuvent causer de très gros dégâts sur les arbustes du verger.

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La saison des amours bat son plein. Ce couple de Cantharis pellucida semble bien occupé. Ils illustrent l'importance d'employer les noms scientifiques pour parler d'une espèce, ces insectes n'ayant pas de noms communs.

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En Angleterre, ils sont surnommés soldier beetles en raison de leurs couleurs semblables à celles des uniformes des soldats britanniques du 18e et du 19e siècle. Leurs larves possèdent un corps mou et allongé brun qui se font à la couleur de l'humus. Elles chassent sur le sol et plus rarement dans la végétation les petits insectes. Les adultes ont un régime alimentaire plus variés et bien qui leurs arrivent d'être carnassiers, préfèrent se nourrirent de pollen et de nectar.

Ils appartiennent a la grande famille des cantharides dans les quels on trouve de nombreuses espèces. Divisés en deux sous-familles, la plupart d'entre eux sont toxiques et le signales par leurs couleurs voyantes. On dit alors d'eux qu'ils sont aposématiques à la manière des coccinelles, des guêpes et de certains serpents.

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Ce ne sont pas les seuls à être à la fête. Ces cantharides communes (Cantharis fusca) se différencient de leurs cousins Catharids pellucida par leur couleur noire. Carnivores, ils chassent à la lisière des bois, des haies et des fossés. La raréfection de leur habitat a conduit à une fulgurante dimunition de leur population. 

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L'hyponomeute du fusain (Yponomeuta cagnagella) est un papillon blanc tacheté de de noir qui a une progéniture très prolixe. Ses chenilles se nourrissent de fusains d'Europe (Euonymus europaeus) sur lesquels elles tissent de grands cocons et dévorent les feuilles. Bien qu'impressionnants, les dégâts ne sont que peu impactants pour les arbres et ne détruisent que les jeunes plans, limitant ainsi le renfermement du milieu.

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Le bombix du chêne (Lasiocampa quercus) prend parfois le nom de minime à bandes jaunes. Sa chenille, contrairement à son nom, se nourrie d'une grande variété d'essences dont la bruyère  arbustive, l'aulne commun et le noisetier commun (Corylus avellana) comme ici. Pondus en vol, les oeufs sont posés sur les feuilles au hasard. Gourmandes, les larves qui en sortent mangent pratiquement aussi vite qu'elles ne digèrent, ce qui donne parfois des sueurs froides au horticulteurs qui les croisent. Sur cette photographie, il s'agit d'un individu qui semble avoir atteint sa dernière mue. La prochaine étape pour cette chenille est la mue puis l'imersion en adulte que l'on nomme alors imago. Présent partout en France, il n'a pas été recensé en Corse depuis 1980, signe que celui-ci à peut être disparu de ce territoire, signe qu'il en a peut être disparu.

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Le datura stramoine (Datura stramonium) ne va pas tarder à pointer son nez. Plante des sorcières, il pullule l'été sur les forums d'identification végétale. Toxique, elle cause chaque année des empoisonnements. Ce n'est pas pour autant une plante à méprise. Son origine incertaine (il serait mexicain) contribue au mystère qui l'entoure. Que cela soit en Inde, au Mexique, dans les montagnes des Alpes ou dans sur les plateaux du Maghreb, il est depuis des centaines d'années utilisés dans des rites magiques et chamaniques. Cependant, le néophyte ne serait s'y laisser tenter, quelques grammes de datura ingérés pouvant causer une mort lente et douloureuse. Elle entre également dans les rites vaudouistes de zombification qui font frémir l'imaginaire occidental.

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La grande berce (Heracleum sphondylium) est la plante symbolique d'Hercule, le célèbre héros mythologique. Elle se rencontre sur les sols à tendance humide et riches en matière organique. Elle attire de nombreux insectes qui y trouvent refuge pour se nourrir et pour chasser.

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Adorée à l'antiquité, elle est appelée parfois patte d'ours ou patte de loup en raison de la forme de ses feuilles à la foliole très découpée. On l'associait au moyenne âge à la magie blanche, peut être en raison de la couleur de ses grandes ombelles. Comestible, on peut presque tout manger chez elles, que cela soit les tiges, les feuilles ou les graines à l'odeur de mandarine. Bien que n'étant pas aussi photo-sensibilisante que la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), elle peut elle aussi provoquer des dermites plus ou moins importantes, d'où l'importance de la manipuler avec précaution pour ne pas se blesser.

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Le printemps se vêt tout de blanc. Le lamier blanc (Lamium album) est le seul lamier dont on fait usage en phytothérapie. Expectorant et aidant au renforcement du système sanguin, on l'utilisait en médecine populaire (selon la théorie de signatures), pour aider à la lactation du fait de sa blancheur qui évoque la couleur du lait.

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En voilà un qui a fait de la gonflette. L' Oederma nobilis est insecte n'ayant que pour nom leur nom scientifique. Les mâles présentes des fémurs supérieurs extrêmement musclés pour séduire les femelles, ce que l'on retrouve parfois chez l'espèce humaine. Il se nourrit du nectar et du pollen des fleurs printanières.

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La stelalire hostellée (Stellaria holostea) couvre les sous-bois et les abords des lisières. Son nom signifie "constitué par des ossements" en raison de ses tiges semblables à des os de fémur de part les noeuds marqués à leurs extrémités. Cassante d'où son surnom de craquer, on l'utilisait par effet de miroir comme remède aux fractures.

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Sa reproduction la rend très compétitive. Elle possède des fleurs qui donnent des graines, qui légères, sont dispersées par le vent mais aussi, des rhizomes traçants qui la multiplie par reproduction végétatives comme chez les fraisiers. On peut consommer les jeunes pousses et les jeunes feuilles en salade mais il faut prendre garde à ne pas en abuser, au risque de subir ses effets laxatifs pouvant parfois dégénérer. Riche en saponines et flavonoïdes, elle peut être consommée pour aider à la digestion mais aussi appliquée sur la peau pour soigner certaines lésions cutanées.

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L'armoise commune (Artemisia vulgaris) est la plante des femmes et d'Artémis, la déesse protectrice des souffrantes. Légèrement toxique, elle est employée bien souvent pour calmer le flux menstruel et les douleurs que celui-ci engendre. Présente sur presque tous les continents, elle est utilisée dans les cultures chamaniques comme plante rituelle. Un usage trop important ou trop régulier peut conduire à des vomissements.

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Une chasseresse se tient à l'affût sur sa toile. Les araignées sont connues pour les toiles mais certaines préfères vivre au sol et courir après leurs proies en sortant de leur tanière creusée dans le sol et recouverte de soie. La Bagheera kiplingi a même fait le choix de devenir végétarienne pour ne pas subir de concurrence.

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Les guêpes sont en pleine effervescences, la construction des nids semble bien entamée. Il pourrait s'agir ici de guêpes communes (Vespula vulgaris) qui utilisent leurs mandibules pour racler le bois mord. Mâché puis régurgité en boulettes, le bois devient papier et permet de construire les alvéoles qui accueillent les oeufs.

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Au d"tour d'un chemin, une fleur de lilas tombée au sol. Nous longeons les terrains d'une grande et célèbre pépinière. C'est l'occasion de ramener un petit bout de printemps avec soi.

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Le temps de la récolte commence à prendre fin pour certaines fleurs. L'ail des ours (Allium ursinum) est sur sa fin, les pistils gonflées des fleurs indiquent qu'il n'est plus le moment de la récolter, il faudra donc attendre l'an prochain, d'autant plus si aucun bocal de pesto cette délicieux plante n'a été réalisé. Pas de panique, il reste bien des choses à mettre dans le panier, l'aubépine par exemple n'a pas finie de fleurir, en particulier dans les étages plus montagnards de la région. Peut être fera-t-elle l'objet du prochaine article.

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samedi 12 mai 2018

Objectif BTS.

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La fin de l'année approche ! D'ici un peu moins de deux mois, je saurai enfin si j'ai validé mes deux années de formation en BTS GPN (Gestion et protection de la nature). Deux années où j'ai été formée à de très nombreuses disciplines et où j'ai énormément appri. J'ai pu vivre des expériences professionnelles formidables, certaines restant à venir comme mercredi prochain où je dois apprendre à des enfants à construire des nichoirs à oiseaux ou dans trois semaines où je vais leur faire découvrir la faune et la flore de leur quartier. Deux années pour devenir technicienne environnementale et animatrice nature, c'est peu et beaucoup à la fois, le temps passe vite et on aimerait rester là, à apprendre encore mille et unes choses sur les écosystèmes et leur gestion. Cependant, l'heure est venue de se jeter dans la vie active. Pour la peine nos professeurs de sport, une fois l'épreuve diplômante passée, ont eu à souhait de nous aventurer le temps d'une mâtiné sur Lieu-Dieu pour une randonnée nature au milieu des lacs et de la forêt.

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Parmi quelques unes des compétences que j'ai pu acquérir, on peut compter sur la cartographie, la mise en oeuvre de protocoles botaniques et la réalisation de chantiers mais aussi, la création de formations et d'animations, et je peux le dire sans mentir, c'est dans ces domaines que je me suis le plus réalisée. J'ai désormais bon espoir de pouvoir bientôt mettre à profit l'expérience que j'ai acquise à travers ceux-ci. Quelques unes de mes réalisations :

Création et application du protocole orchidées.
Création d'un plan de gestion différenciée.
Réalisation d'IBGN sur le ruisseau Gerbole.
Cartographie d'habitats du Pilat.
Présenter les becs et mâchoires à des scolaires.
Organisation du forum des métiers d'Agrotec.
Réalisation d'affiches pour un Copil.

Vous pouvez retrouver la plupart de ces missions sur le blog dans la rubrique "Gestion et Protection de la Nature". Elles sont un aperçu relativement réduit de tout ce qu'un étudiant GPN peut être amené à faire à travers son parcours d'étude et sa vie future. En attendant, nous sommes sur làpour mettre à profit cette sortie de terrain car certes, la fin de l'année scolaire approche, mais pas celle des beaux jours. C'est l'occasion d'intier nos camarades GEMEAU au naturalisme.

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Dans les prairies humides on rencontre des rosettes d'orchidées, principalement des dactylorhizas. C'est aussi le moment pour certains papillons d'émerger comme ce macaon (Papilio machaon) que l'on nomme aussi grand porte queue. Bien connue, sa chenille imposante se nourrie parfois de certains légumes du potager, en particulier du fenouil. Adulte, il se rabat sur les prairies fleuries jusqu'à 1800 mètres d'altitude.

L'escapade finie, il est temps de retourner aux révisions. Les écris et l'oral ne sachant tarder, il va falloir se parer pour tenir face au jurry pendant les 40 minutes de présentation et de questions.

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lundi 7 mai 2018

Sortie en montagne 18.

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Le massif du Ventoux est une terre de sorcières. Il s'en dégage une atmosphère étrange, presque mystique, où les amoureux des pierres et des plantes se retrouvent pour marcher sur les rochers blancs des crêtes. Lavande vraie et lavandin ont valu aux territoire du sud de la montagne leur réputation de terres de parfums avec la multiplication des distilleries. Il faudra encore attendre pour voir les champs se couvrir de violet.

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Nous sommes pour l'occasion dans le village de Sault, réunis tous ensembles dans la maison familiale. Les lieux sont encore calmes en cette période. C'est parfait pour s'adonner à la vadrouille entre les rues étroites. Certains passages présentent de hauts murs remarquables, sur lesquels on retrouve l'empreinte en négatif de fossiles d'amonites, la roche mère locale étant composée de calcaire urgonien hautement fossilifère, chose commune à la plupart des pends du massif du Ventoux, en particulier au sud de celui-ci où de nombreux amateurs s'adonnent à la chasse aux vestiges du passé, quand le sud du pays était encore une mer tropicale.

Et puis il y a les champs alentours, les bordures de routes, les chemins qui s'enfoncent dans la forêt et qui donnent l'occasions de faire des belles découvertes avec la flore locale et atypique de ce petit bout de Provence.

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Dans le jardin, pousse la gagée des champs (Gagea villosa). Adepte des sols sablonneux et pierreux, on la trouve dans une grande partie de la France même si elle semble préférer le sud-est. Cosmopolite, on la rencontre aussi en Europe centrale, en Afrique septentrionale et en Asie, en particulier à l'ouest.

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Le muscari à grappes (Muscari neglectum) est une espèce commune en France qui se satisfait d'une grande variabilité de milieux, pour un peu qu'il ait à disposition un sol plutôt pauvre, peu soumis à l'humidité et qui est de nature basique. Il est courant dans les vignobles, sur les talus ensoleillés et dans les champs, en particulier ceux de fauches soumis de temps à autre au pâturage, en particulier à celui des bovins.

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L'orchis géant (Himantoglossum robertianum) est un orchidée précoce, typique du sud de la France mais qui tend à remonter le long de la vallée du Rhône avec les importants changements de températures que nous connaissons actuellement. C'est une plante robuste, qui présente une rosette composée de feuilles vertes, luisantes et épaisses d'où émerge un bouton florale rose. 

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C'est dans les milieux secs calcaires, en particulier de garrigue, qu'on la rencontre mais elle se plaît aussi sur les pelouses sèches et les talus ensoleillés. 

Dans le cortège des espèces propres à ce milieu ont retrouve une faune variée, composée en partie de reptiles mal-aimés mais au combien précieux pour l'équilibre écologique mais aussi, une fonge surprenante où il n'est pas rare de voir apparaître sous les pins à l'automne le lactaire sanguin (Lactarius sanguifluus).

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Toujours dans le jardin, on rencontre aussi la pézize du cèdre (Geopora sumneriana). On ne la remarque pas facilement au premier abords, celle-ci n'émergeant du sol qu'à maturité en formant une petite cavité. Inféodée aux sols calcaires, elle se rencontre aussi sous les ifs. Piètre comestible, elle est toxique voire mortelle si consommée cru comme la plupart des champignons de son ordre, celui des Pezizales dans le quel on trouve les morilles.

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L'herbe s'est couverte de petites fleurs blanches, elles forment un beau tapis devant l'entrée, encadrant nos pas. La période de floraison est courte, bientôt les chaleurs de la fin du printemps viendront mettre fin à cette orgie de pétales colorés dans la pelouse et dans les champs de fauche tardive qui se coloreront de doré.

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En attendant, les pruneliers sauvages (Prunus spinosa) et les érables champêtre (Acer campestre) continus de fleurir. Chez ces deux espèces aux floraisons bien différentes, les feuilles arrivent plus tardivement. Chez les érables, la pollinisation se fait bien souvent par les insectes comme on peut le voir sur la photographie mais certains, dont le très invasif Acer negundo, se servent du vent et de leur pollen léger pour assurer la fécondation.

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Et puis il y a la plus belle de toutes, celle que j'adore et qui pousse dans le couvert forestier, l'hellébore fétide (Helleborus foetidus), une plante aux milles noms dont ceux de patte de griffon, de griffe de lion, d'herbe aux fous ou de rose de serpents (mon préféré). Des noms qui font frémir le badaud et danser la sorcière. Elle était utilisée par les grecs pour soigner la folie et en occident plus généralement, et jusqu'il y a peu, comme purgatif de dernier recours, la plante étant hautement toxique. Sa floraison précoce, son aspect singulier et sa grande taille ne la font pas passer inaperçue dans les sous-bois, quand tout tarde alors à verdir.

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En voilà une autre de plante de magicien. L'hépatite trilobée (Anemone hepatica) tient son nom de la théorie des signatures, concept issu du Bas Moyen Âge et qui réside dans l'idée que les plantes, animaux et minéraux soignent les organes humains auxquels ils ressemblent. De ce fait, les feuilles de cette anémone ressemblant au foie, on en a fait usage pour soigner cet organe, la nommant au passage "hepatica" : qui a rapport au foie.

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La mise en jambe en forêt terminée, nous voilà partis à l'assaut du Mont Ventoux. Quelle épopée, je suis bien rouillée, et l'ascenssion ne s'est pas fait sans difficulté. Cependant, nous voilà arrivés au sommet. La flore est encore timide et pour cause, quelques reliquats de neige habilles le mont. Ils sont, depuis une semaine ou deux, partis avec le soleil rayonnant que nous avons eu.

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Peu avant notre montée, nous avons pu observer les troupeaux de brebis pâturer les champs de lavandes, en contre-bas dans la vallée. Il semblerait de peu à peu les pratiques agricoles locales évolues vers une retour aux traditions plus respectueux de l'environnement.

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Surprise au détour d'un virage, au milieu de la route, un couple de becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra). L'arrivée d'un cycliste dissipera les amoureux dans les arbres, monsieur laissant sa femelle seule pour la prise photo. Grise et verte, elle se différencie du mâle qui est paré sur son plumage d'un rouge chatoyant.

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Autre merveille dans cette montagne, le pin à crochets (Pinus uncinata). Il tient son nom des écailles de ses pommes qui présentent pointe recourbée en leur centre. D'ordinaire haut de 20 à 30 mètres, les vents puissants qui balaient les crêtes du Ventoux transforme ce conifère en arbuste buissonnant au port parfois étalé.

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L' ibéris des Rochers (Iberis saxalatis) commence à fleurir. Sa morphologie compacte, avec des feuilles étroites et grasses, lui permettent de résister au froid polaire qui règne ici. Protégé dans certains territoires, il ne se rencontre presque que dans les massifs du sud du pays.

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Habitué à pousser à même la roche, il possède un enracinement profond et solide qui lui permet, même en cas d'éboulis, de rester fixé. Sa faible taille (rarement plus de 10 cm), lui permet de faire face aux éléments, tel au vent et au manteau neigeux. Sa floraison blanche s'étale d'avril à fin juin et peut sur les plateaux alpins d'altitude, à plus de 2500 mètres, se terminer vers la mi-août. 

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Le verdier d'Europe (Chloris chloris) arpente aussi les coteaux du Ventoux, en particulier ceux composés de forêts mixtes. Le mâle aborde des couleurs criardes, oscillant entre le jaune et le vert olive. Ce granivore se rencontre parfois dans les champs après les moissons pour becter les graines tombées au sol.

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Le temps en montagne est plus que changeant. Une marche de quelques heures sous le ciel bleu se transforme rapidement en traversée des nuages en une poignée de minutes. Une fraîcheur bienvenue après avoir rougit sous les coups du soleil mordant et la réverbération des roches blanches qui composent le sommet.

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Malgré la neige, le terrain reste idéal pour herboriser. Genévrier couché, pousses de pavot artique (Papaver radicatum) ou épicéa nain, c'est tout autant de plantes atypiques et qui changent des paysages de Chartreuse et de la vallée du Rhône. Pas de prélévement sur place, les espèces et le milieu sont strictement protégés. 

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Retour en plaine, avec pour l'occasion une virée dans la ville de Carpentras. C'est jour de marché, les étales sont pleines avec bien souvent, des produits régionaux. Fleurs, asperges, morilles ou oignons, il y en a pour tous les goûts. Le porte monnaie se fait cependant plus sage.

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On ne peut ignorer les fraises de Carpentras. Labellisés, les fruits de cette appellation regroupe trois espèces cultivées, la plus connue étant la gariguette. De grande qualité, les fraises sont employées pour la consommation courante et pour la confiserie de haut standing. D'avril à mai, les champs approvisionne une grande partie du marché français, si on se penche un temps soit peu sur des produitsde bonne qualité. 

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Les rues se parent de couleurs. Dans les paniers, des produits qui nous sont parfois très familiers. Morilles coniques, verveine séchée, asperges sauvages ou encore fraise des bois, tout autant de plantes et de champignons que nous récoltons dans la nature ou le jardin dès que les beaux jours arrivent. 

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L'asperge sauvages (Asparagus acutifolius) se récolte très tôt, dès fin février ou début mars dans les Calanques mais devient trop drues à partir de mai pour être consommée. Très prisée, sa récolte est réglementée. Aimant les milieux secs, rocheux et ensoleillés, elle se reconnaît à ses feuilles épineuses et sa tige ligneuse.

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Changement de décor, nous voilà dans le Colorado provençal. Ces anciennes carrières d'ocres sont ouvertes au public et sont sillonnées de nombreux sentiers. Outre la faune remarquable avec ses oiseaux colorés, on tombe sur une flore atypique qui à l'avantage de nous dépayser le temps d'un après-midi de randonnée.

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Le narcisse d'Asso (Narcissus assoanus) est une petite fleur jaune aux feuilles fines qui se parsème en de grands tapis. Il aime les collines calcaires au climat méditerranéen mais se croise aussi en moyen montagne.

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Sa corolle jaune portée par sa tige grêle attire les insectes, ce qui permet à sa fleur d'être pollinisée, on parle alors de reproduction entomogame. Appelé aussi petite jonquille, sa cueillette est réglementée dans de nombreux départements. Dans d'autres, il est soumis à protection. Il partage souvent les zones rocailleuses avec quelques orchidées comme l'ophrys brun ou l'orchis de Provence mais aussi, avec le muscari en grappes (Muscari neglectum).

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La consoude tubéreuse (Symphytum tuberosum) peut présenter des fleurs jaunes ou roses. Dans le Colorado, on le trouve au pied des carrières, là où les drains servant à charrier et nettoyer l'argile se répande désormais en ruisseaux. Très mellifère, on peut parfois observer des fourmis se nourrir du nectar des fleurs.

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L'amélanchier à feuilles ovales (Amelanchier ovalis), appelé amalenquièr ou amalenca en provençal, est un arbuste de la garrigue qui produit des fruits bleutés/violacés comestibles et très appréciés, aussi bien des oiseaux que des enfants. Il compose de manière traditionnelle le jardin des simples des maisons curiales du sud. De petite taille, maximum 3 mètres, il est peu exigeant pour peu qu'il ait du soleil ainsi qu'un sol calcaire et chaud. C'est en sirop, en confiture ou même en alcool que l'on consomme le plus couramment les baies de cet arbuste.

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Le circuit s'engoufre dans les taillis de bruyères et de fougères aigles (Pteridium aquilinum). Dans une ouverture sous les pins sylvestres (Pinus sylvestris),  se dressent de nombreux cairns. Ceux-ci sont présents un peu partout dans le monde, que cela soit sur les sites aux reliefs montagneux ou dans les bas-marais, les déserts et les plaines. Employés pour montrer un passage à emprunter, ils ont aussi pour fonction d'indiquer des lieux de sépultures, marqués par des événements historiques, mystiques ou tout simplement pour laisser une trace de soi et de sa traversée. Tradition vivace, leur usage n'a pas évolué depuis le néolithique.

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L'extraction de l'ocre a prit fin en 1992. Les sables dont on la tire tiennent leurs teintes, oscillant du blancs, le jaune, le vert et le rouge, de composés en partie d'éléments ferrugineux et de micas, issus de sables marins du temps où la région était submergée par l'océan, en particulier pendant la période géologique de l'aptien.

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Sur le retour, une bellr surprise nous attend sur un talus à l'entrée du village. Une cinquantaine de tulipes sylvestres (Tulipa sylvestris subsp. sylvestris) poussent à quelques mètres de la route. Cette espèce aux pétales d'un joli jaune vif est bio-indicatrice des milieux non traités, gage de bonnes pratiques agricoles.

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Voilà une semaine bien remplie. Dans la cuisine, ça n'arrête pas, et dans le jardin on fait peau neuve. La haie redevient propice à l'accueil de la faune en gardant un aspect paysager, les ronces ont été réduites à un petit lopin afin de rendre accessible les arbres du verger et les nombreux tas de bois vont faire office de refuge aux alytes accoucheurs (Alytes obstetricans), de petits crapauds qui ponctuent de leurs chants les nuits de la maison.

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