vendredi 19 octobre 2018

Le forum mycélium : retour en images.

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Encore un week-end fort en émotions pour la 2e édition du forum mycélium à St André en Vivarais en Ardéche verte. Des grands noms sont au rendez-vous et pour l'occasion, ils animent la plupart des ateliers, des conférences, des sorties, des tables rondes et surtout, le tout avec beaucoup de bienveillance. Bien sûre le thème central reste le champignon mais pas seulement ! Agriculture, biomatériaux, recyclage et valorisation, sciences humaines, production, détermination et cuisine ... la fonge entre en ligne de mire de nombreuses disciplines qui n'ont pas manqué d'attirer l'attention du public pour notre plus grande plaisir, l'événement ayant eu pour la peine un joli succès. La poésie était de la partie pour raconter la fascinante relation entre les champignons et le vivant tout comme leurs formes, leurs couleurs et leurs parfums à travers des échanges animés et drôles mais aussi, par l'intermédiaire de toute une série de jeux de découverte. Pour découvrir les intervenants et les thématiques, je vous invite à vous rendre sur l'article de présentation de ces derniers ICI.

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Ayant Hervé Cochini pour guide, nous voyageons d'arbres en arbres pour découvrir l'incroyable vie des lichens, ces êtres fascinants pour qui 1 + 1 = 1 comme aimait le dire Pelt. Bioindicateurs de la qualité de l'air, ils sont aussi des éléments précieux pour connaître un milieu.

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Pionniers, il est courant de les voir affronter des conditions rudes. Fort heureusement, le lichen est le fruit d'un champignon et d'un algue verte parfois remplacée par une cyano-algue. L'un fourni l'azotes et les antibiotique, l'autre les sucres permettant au couple de s'acclimater un peu près partout. Je vous l'avoue, pour la peine je vous fait la version courte. Tout aussi courte que l'anecdote qui veut que le lichen ici en photo, un Xanthoria sp., soit employé en teinturier dans la confection des kilts. À cet énoncé voilà ma curiosité piquée et il n'en fallait pas plus pour que je me rus sur "Guide des teintures naturelles Champignons et lichens" de Marie Marquet et Caroline Paliard, ce qui amène en perspective pour cet l'hiver de futurs articles-ateliers sur l'expérimentation et l'identitifcationet autour de la thématique de la teinture naturelle sur le blog.

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Hervé Coves est notre second guide et on peut le dire, avec lui champignons et poésie riment. Soulever le délicat jupon que forme le chapeau du carpophore ou partir à la découvert des dentelles que forment les lamelles est une véritable aventure. Aérodynamie, vols spatiaux, naissance de la vie à travers les comètes ou encore contact avec la nature à travers les relations du mycélium et des herbes ainsi que les échanges qui se produisent sous nos pieds; ce sont quelques unes des découvertes auxquelles ont été conviés les petits et les plus grands.

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Dans les profondeurs, les fourmis cultivent les mérules (Merulius), des champignons dont certaines espèces sont connues pour détruire le bois qui composent les habitations trop humides, d'où leur surnom de "champignons des maisons". Ici ils sont source de nourriture. En décomposant les végétaux, ils produisent des sucres assimilables dont les insectes se délectent. Les plus téméraires ont de ce fait pu goutter la terre de fourmilière. Les enfants ne restent pas insensible à la démonstration et s'empressent de joindre le pas, laissant grimper les fourmis sur leurs mains. Les voir en pleine immersion nature, s'amuser au contact du vivant est une grande joie.

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L'an dernier, la neige avait fortement impactée la récolte. Cette année l'événement a été avancé d'un mois et c'est désormais la sécheresse qui nous joue des tours. Cependant ont trouve quelques spécimens ici et là à mettre dans le panier des identifications pour les soumettre à Pierre Roux imminant mycologue à l'humour comme je l'aime et présent pendant ces deux jours de festivité et d'échange.

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Dans les mains de Pierre Coves, un clitocybe orangé (Hygrophoropsis aurantiaca) que l'on nomme fausse chanterelle et qui n'a de clitocybe que le nom (désomrais il fait parti des boletales). Il n'est pas rare qu'il soit confondu avec la véritable girolle de par son aspect, cependant il s'en démarque par sa couleur, la présence de lamelles et une chair colorée. C'est un comestible très moyen. La sortie se poursuit avec la rencontre d'une vesse de loup perlée (Lycoperdon perlatum), d'un coprin (Coprinus sp.), d'un beau cheval blanc, des cris d'un couple de rapaces mais surtout, des bruits de la nature et de l'eau.

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Retour au premier hall de présentation. Héléna Amalric s'y tient avec ses incroyables champignons : pleurotes en pleine fructification, champignons luminescents, amadouviers et polypores des pins pour la réalisation de cuir végétal, échantillons de contre-plaqué à base de mycélium et isolant de même nature ... les champignons sont à la pointe de l'innovation. Et vous savez quoi ? Héléna a été également ma maître de stage, c'est donc a elle que je dois mes deux articles sur le blog ICI et mais aussi, la réussite des mes oraux de BTS.

DSC04465Les intervenants sont nombreux, et hélas je n'ai pas pu assister à une grande partie des conférences, présentations, ateliers, tables rondes et démonstrations. Je me suis promise l'an prochain d'être présente sur l'intégralité de l'événement. Parmi les acteurs de ces rencontres, deux monstres sacrés du monde nature et de la mycologie : Pierre Roux et Marc André Selosse, auteurs de ces deux ouvrages (entre autre) que je vous recommande chaudement. Outre leur immense savoir et leur pédagogie, j'ai été très touchée par la grande bienveillance qu'ils m'ont manifestés lors de mon passage devant le public et pour lesquels je les remercie.

DSC04445Parmi les outils mis à la disposition du public, on retrouve les mallettes d'Hervé Cochini. De grands format et tout en bois, elles contiennent un nombre incalculable de lichens de formes et couleurs diverses, identifiés avec soin et disposés sur le substrat où ils ont l'habtutde de se développer.

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Si un bon nombre d'entre eux sont Aardéchois, une partie est issue de Chartreuse mais aussi de Guadeloupe car il faut le savoir, les lichens sont partout. On en rencontre même sur les glaces arctiques, là aucun autre organisme capable de photosynthèse ne se développe. Les lichens sont des êtres symbiotiques fascinants, certains sont même phosphorescents ! Résistants pratiquement à tous, certaines espèces sont cependant très sensibles à la pollution de l'air. La classification des lichens se fait par genre, par famille mais aussi par milieu. Ainsi on peut utiliser la clé suivante pour les classifier mais elle n'est pas la seule.

DSC04476Baptême du feu ! Me voilà pour ma toute première conférence devant un public de connaisseurs, autant vous dire que je ne fais pas la fière cependant j'ai pris un énorme plaisir pendant cette présentation à faire découvrr ma passion. La thématique ? L'amanite tue-mouche dans la culture européenne. Pour se faire je me suis appuyée sur le travail que j'ai réalisé il y a 2-3 ans sur le sujet et dont vous trouverez dans les limbes du blog les traces mais aussi, sur la version mise à jour et bien plus complète dans la revue du Mycorium Sauvage à travers le Mycomag.

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Pourquoi se pencher sur l'amanite tue-mouche et surtout, culturellement parlant ? Parce que le beau champignon est représenté un peu partout dans nos sociétés ! Peinte à la bombe sur les murs  des villes, diffusée à la télé dans Oui-Oui et les Stroumfs, dessinée dans les bandes dessinés avec Tintin, Astérix ou Spirou, mise en lumière dans les jeux vidéos avec Mario, Skyrim et Minecarft, affichée sur les tee-shirts des stars comme Miley Cirus ou Katy Perry, on ne peut pas louper l'amanite tue-mouche. Tout l'intérêt réside alors dans le pourquoi de sa présence dans notre quotidien ? C'est ce que j'ai pris plaisir à montrer en reprenant son historique en voyageant de l'Asie à l'Europe en passant par les cultes chamaniques et hindouiste, les terres celtes et anglo-saxons jusqu'à arriver à notre ère. Pour les curieux la vidéo sera bientôt accessible contre une petite cotisation à notre association le Mycorium Sauvage. En prime, le très beau panier d'amanites devant lequel je me suis exprimée.

DSC04492Les champignons c'est beau, c'est utile et c'est à aimer pour ce que c'est. Certes. C'est aussi très bon ! Jacques Marcon, chef réputé tenant avec son père Régis Marcon le restaurant du même nom ainsi que le bistrot la Coulemelle, est venu nous faire démonstration de son talent et nous régaler la pense  de ses préparation à base de champignon.

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Tricholomes colombettes, gambas, chanterelles grises à l'huile de noisette, fricassées aux girolles, bolets pied rouge grillés, sparassis crépu au beurre et son émulsion de crème (une découverte pour mes parents pour mon plus grand bonheur). Ce dernier se nomme aussi morille des bois, morille des pins ou morille blanche bien qu'il n'en soit pas une. Délicieux, il est recherché par les amateurs de bonne cuisine. Les mycologues le connaissent pour leur part sous le nom de Sparassis crispa .Cependant mal serait avisé celui qui sans bien le connaître s'aventurait à le récolter. Les confusions peuvent être nombreuses, en particulier avec d'autres calvaires de couleur beige. Les risques sont de l'autre de l'indigestion, de la gastrite et des diarrhées tenaces. Vous voilà prévenus.

Pardon à tous ceux et toutes celles que je ne cite pas dans cet article, leur intervention est à la hauteur de l'événement : génialissime. Dans cet article précédent, ICI, vous pouvez retrouver tous les intervenants. Une grosse pensée pour les bénévoles issus en grande partie de l'Association de Gestion de l'Ecole de St André en Vivarais qui a su donner vie à ce forum. Et un grand bravo pour Jérôme et Hervé, les fondateurs et porteurs de ce beau projet. N'oublions pas non plus Nathaël a qui l'on doit les magnifiques visuels de cette édition ainsi que la capture image et son mais aussi, Joseph, photographe émérite du petit monde et qui comme l'an dernier nous a fait profiter de ses beaux clichés et de sa technicité. Merci aussi à tous ceux qui ont fait le déplacement, j'ai pu mettre des visages et des voix sur des profils IRL d'amoureux de la nature avec qui j'échange depuis longtemps et là aussi, je suis ravie. On vous attends avec plaisir à la 3e édition de ce forum qui s'annonce encore plus riches. À très vite et attendant, n'hésitez pas à découvrir le groupe facebook du mycorium sauvage, son site internet mais également ceux des intervenants et participants du Forum Mycelium, et pourquoi pas, à adhéré comem membre.

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lundi 15 octobre 2018

Fin d'été au jardin.

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L'été s'en est allé. Les fortes chaleurs ont perduré quelques peu après son départ mais enfin, la pluie et la grisaille sont là pour le plus grand bonheur des mycophiles. Pour autant, il ne faut pas en oublier la belle saison et s'est températures alarmantes qui ont fait prendre conscience un peu tardivement à certains que notre monde ne sera décidément plus comme avant. Sécheresse, dépérissement des semis, bétail qui peine à se nourrir, moissons, vendanges et fenaisons avancées de plusieurs semaines ... le bilan climatique est dramatique. Les plantes et les animaux ont eu la vie rudement menée pendant cette période et déjà, on peut voir les signes avant coureurs de ce que pourrait être nos forêts de demain. Le sapin blanc, sensible aux fortes chaleurs laisse place peu à peu aux chênes et les frênes tendent à disparaître des bordures de fossés pour

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trouver refuge dans les zones humides. Hôtes de nombreuses espèces d'oiseaux et de champignons, il faudra très bientôt se lever tôt le matin pour partir à la recherche du bec croisé et des morilles, le milieu ne leur étant désormais plus favorable. À plus grande échelle, c'est toute la biodiversité qui est impactée et dont on observe la mutation à vitesse grand V, et il y a de quoi prendre peur. J'ai le sentiment d'appartenir à une génération qui assiste inéluctablement au déclin du monde qu'elle connaît pour tendre vers un autre beaucoup moins stable climatiquement parlant. C'est l'une des grandes raisons qui a entraîné dans notre quotidien et nos pratiques des changements radicaux. Les gestes se font différemment, la réflexion aussi et petit à petit nous tendons vers l'autonomie et l'autosuffisance mais le chemin est encore long pour y parvenir.

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Le potager offre ses dernières tomates. Baignées de soleil, elles ont pu profiter des arrosages réguliers et répétés issus de la source qui se trouve dans le jardin. Néanmoins la nappe est basse. Le paillage reste l'un des meilleurs moyens pour limiter la déperdition en eau au plus fort de l'été mais aussi, pour préserver les jeunes plans.

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Un nouveau venu a fait son apparition dans le jardin. Il s'agît de l'hortensia paniculé (Hydrangea paniculata). Présent en Chine, au Japon ou encore en Corée, c'est un arbuste qui dépasse rarement les 2 mètres de haut. Il a pour spécificité de faire des fleurs stériles aux grands tépales blancs qui se teintent petit à petit de rouille.

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Au jardin, le gros roncier sauvage qui pousse sous le sureau donne de plus belle. Cette myriade de mûres terminera non pas dans le gosier des merles noirs mais sur le billot de la cuisine. Un kilo de sucre, de l'eau, une casserole et un peu de patiente suffisent à les transformer en un délicieux sirop au parfum de lisière forestière.

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Les orages de chaleur sont nombreux mais donnent rarement de la pluie. Quand c'est le cas, celle-ci percute le sol avec fracas. Sec, ce dernier a bien du mal à absorber l'eau qui se contente de glisser dans les rainures de la terre avant de rejoindre la rigole en bout de champs et de se jeter dans le ruisseau tout proche qui grossira alors l'Ainan. Long de plusieurs kilomètres, il a permit à la vallée du même nom de rester verdoyante ces derniers mois.

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Les voisins sont en voyage, les veinards ! Nous voilà pour quelques soirs de mission : assurer le bien être des milliers d'escargots de leur élevage. La tâche est beaucoup plus ardue qu'elle ne peut le laisser croire. L'arrosage et le nourrissage n'en sont pas le problème car la technicité de l'opération réside dans l'accomplissement du moindre pas. Une trajectoire mal calculée, peu assurée ou de travers et crac, c'est le drame, une coquille se brise et avec, l'être qui l'abrite. Autant vous dire que nous avons été tout aussi attentifs à nos pieds qu'il nous a été permis de l'être. Pour le reste, nos amis gastéropodes ne sont pas exigeants. Un repas à heure régulière, un peu d'eau et de fraîcheur, du calcaire dans leur nourriture, des végétaux par-ci par-là, un abri ombragé fait de planches et de grands filets pour ne pas faire l'objet de prédation suffisent à leur bonheur.

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L'heure de la pâtée a sonné. Les escargots s'éveillent doucement, alléchés par l'odeur de la farine que leur très bon odorat détecte immédiatement. Celle-ci se compose généralement de blé et de légumineuses déshydratés et réduits en poudre (type soja, haricots), de graines  de tournesol concassés parfois et surtout, de minéraux.

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La transformation et le produit fini se font en laboratoire de préparation. Les escargots termineront en croque-coquilles, en terrines, ou encore en persillade. Pour ce qui est de leurs cousins sauvages (petit gris et Bourgogne) dont les effectifs sont de plus en plus incertains, une réglementation précise encadre leur récolte.

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Les rayons se font moins mordant et la lumière plus douce le soir, c'est le moment de lancer nos lignes. Dans l'etang, il y a bien quelques tanches, des brochets, des carpes et des gardons mais surtout, des perches-soleil, des écrevisses américaines et des silures. De joyeux imbéciles ont eu la mauvaise idée d'introduire ces espèces exogènes envahissantes qui sont une menace pour nos espèces indigènes et tendent à appauvrir le milieu.

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Le temps de préparer les cannes, un curieux nous rejoins. Peu farouche, il ne perdra pas une miette du spectacle. Perchée sur mon arbre, je guette en vain les poissons parmi les nénuphars.

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Cependant celui-ci me fait office d'observatoire pour mirer attentivement le vol des martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba). Ceux-ci ont établi leur colonies sous le toit du clocher de la chapelle de Saint Sixte. Elle même repose sur un très vieux temple romain dédié à Dyonisos et dont des dédales oubliés passeraient sous l'étang. Ce temple se trouverait lui même sur un site encore plus ancien et érigé alors par les arobogènes, peuple celte propre au bassin grenoblois et ses alentours. C'est un véritable mille feuille culturel qui compose l'édifice et autour du quel j'espère voir un jour des fouilles s'organiser. Sources magiques, pierres druidiques, dolmens, tunnels dissimulés dans les bois, cimetière oublié, bornes moyenâgeuses et stèles gravées ... l'histoire de notre campagne est riche et ne demande qu'à être révélée au grand jour.

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En attendant, on titille le gardon mais les perches-soleil (Lepomis gibbosus) semblent être les seuls poissons de sortie. Cette espèce se caractérise par ses couleurs resplendissantes et son très grand appétit. Originaires d'Amérique du nord, elles se nourrissent d'un peu près tout ce qui leur tombe sur la dent. Oeufs, alvins, mollusques et petits crustacés constituent une grande partie de son alimentation, ce qui conduit à la diminution rapide des espèces autochtones dans nos plans d'eau. De ce fait il est interdit de la relâcher et de la transporter vivante une fois sortie de l'eau pour limiter son impact et sa dispersion sur le territoire français.

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Les soirées sont belles. Quand le lune tend à se lever, les monts de Chartreuses se couvrent. C'est le moment idéal pour partir à l'affût de la faune, tenter de voir les chevrettes et leurs petits, les sangliers, les lapins de garenne et les lièvres dans les champs à l'herbe jaunie et où la fauche ne semble pas vouloir se faire.

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Compère renard est de sortie et n'a pas manqué de signaler son passage. À cette période de l'année, sa nourriture se compose exclusivement de baies et de fruits sauvages. Mûres, églantines, cerises tardives, sureaux et pommes sauvages composent la moitié de son alimentation. 

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Sauterelles, criquets, grillons, limaces, lapins, écureuils, petits passereaux, poules faisanes et occasionnellement volailles de basse-cour entrent également dans son régime alimentaire mais le plus gros est assuré par les campagnols. En une année, le goupil peut dévorer pas moins  de 10 000 rongeurs, une véritable aubaine pour les exploitants dont les récoltes connaissent de plus en plus de ravages liées aux rats taupiers et sur lesquels les raticides se montrent non seulement limités mais aussi, très dangereux pour notre santé et celle de l'environnement. Cela tend à expliquer l'interdiction de le tirer dans certains département comme la Savoie mais aussi, sur certaines commune et secteurs géographiques comme la vallée de la Valdaine. Néanmoins cet argument serait suffire. En Isère, on peut le tirer presque toute l'année et utiliser des techniques plus que douteuses pour le mener à mal. Le risque sanitaire est invoqué : il transmettrait la rage et l'ecchiconose. Hors quand on sait que la première a disparue et que la seconde est principalement véhiculée par les chiens et chats, on peut se poser des questions sur le bien fondé de ses actions souvent barbares (enfumage, déterrage, piégeage) si ce n'est une grande méconnaissance de certains de la dynamique des écosystèmes et du rôle essentiel du renard dans ceux-ci. 

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C'est la période de la récolte des aulx sauvages. En France, les espèces de ce genre sont très nombreuses, certaines sont rares et parfois protégées, il est plus sage alors de se concentrer sur celles qui sont communes que l'on peut identifier et récolter facilement sans impacter le milieu.

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Ci-dessus, l'ail des jardins (Allium oleraceum) appelé aussi ail des champs et qui se reconnaît à ses fleurs aux ovaires gonflés qui pourrait faire croire à des graines déjà formées. À droite, un ail des vignes (Allium vineale) aux semences dorées. Les aulx sauvages peuvent se récolter toute l'année. Sur les deux espèces présentées, on utilise volonté les feuilles longues et très fines ciselées comme de la ciboulette. Le bulbe peut se consommer également mais petit, il relève peut d'intérêt et prélevé ne permet pas au plan de se multiplier. Les graines qui sont en réalités des bulbiles peuvent se manger crus, en salade, dans les sauces ou pour aromatiser des plats tels les fricassées de légumes, les plâtrées de champignons d'automne ou les gratins.

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Les derniers papillons font du zèle. Les azurés sont nombreux, ils appartiennent tous à la famille des lycénidés (Lycaenidae) qui comprend aussi les cuivrés. Majoritairement bleus, ces petits lépidoptères sont extrêmement difficile à identifier. La plupart du temps une prise photo des deux faces des ailes est nécessaire.

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Les "tâches" rondes des ailes des papillons sont nommées ocelles, elles permettent en partie de reconnaître l'espèce mais aussi s'il s'agît d'un mâle ou d'une femelle. Ce sont parmi les premiers éléments à observer quand on veut s'essayer à la détermination. Couleurs, cerclage et nombre, elles doivent être passées au peine fin. À savoir, les insectes ne sont pas les seuls à faire usage de ce motif. De nombreux animaux en font usage pour se camoufler, impressionner un partenaire ou effrayer un prédateur à l'image du paon, des jaguars ou de certains poissons tropicaux. La forme des antennes est également très importante, en fonction de si elles se terminent en massue, si elles sont velues ou annelées, il est possible de déterminer avec pression le sexe et la famille de l'individu.

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Nous quittons un jardin pour en rejoindre un autre, celui du site médiéval du Couvent des Carmes. Situé en Isère à Beauvoie en Royan, il se compose d'un impressionnant vergers comportant des centaines de cultivars de poires, raisins, pommes et prunes qui ont fait sensation à la table des rois mais aussi dans les arrières cours des fermes et d'un potager historique. Classées par usages et propriétés, ont y retrouve toutes les plantes de jardin de curés.

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Plantes de sorcière, plantes tinctoriales, plantes comestibles, légumes oubliés, plantes à fleurs pour les messes, vigne pour le vin de l'officine ... la liste est longue. Toutes peuvent se regrouper dans la case attribuée aux plantes des signatures, une théorie du Moyen Âge qui veut qu'une plante soigne un mal du fait de sa ressemblance avec l'organe touché, avec les réactions qu'entraîne la maladie, avec le mal lui même ou par rapprochement avec son habitat et les lieux où se trouve les pathogènes. Passée de mode en raison des progrès de la science, certains continuent de s'y plier, voyant en celle-ci un signe divin pour rapprocher l'homme de son environnement.

La visite se termine par un tour du propriétaire. Il faut savoir que cet ancien couvent se trouve dans l'enceinte d'un immense château en ruine dont on peut profiter des reliques. Siège du seigneur du Dauphiné, Humber II, il surplombe depuis la falaise où il se trouve une grande partie de la vallée et de la rivière Isère qui coule à ses pieds et qui se jette un peu plus loin dans le Rhône. Une belle découverte en somme pour les amoureux de plantes et d'histoire. L'automne semble être la meilleure période pour découvrir le verger et les arbres fruitiers d'exceptions qui le composent, et je vous le recommande chaudement. À bientôt pour d'autres découvertes nature.

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lundi 8 octobre 2018

Le forum Mycélium : le secret des champignons.

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Grand évènement à venir, tous à vos agendas ! Le 13 et 14 octobre de cette année se tiendra sur les terres de Regis Marcon à Saint André en Vivarais le forum Mycélium. Si l'Ardèche verte est propice à ce type de manifestations autour du champignon, elle l'est encore bien plus en terme d'échanges et de découvertes.

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Pour cette 2e édition, j'ai la très grande fierté d'animer une conférence sur l'amanite tue-mouche. L'approche que j'aurai s'articulera autour de deux grandes question que l'on me pose parfois : Pourquoi parler des champignons ? Qu'elle utilité à les connaître ? Outre le fait que la fonge est un objet d'étude facinant et inépuisable d'un point de vue scientifique, il anime les foules quand il est question de gastronomie mais aussi de développement durable, d'agronomie, d'agriculture, de recyclage, de médecine et d'innovation. Cependant, ce n'est pas sur ces thématiques que je vais m'aventurer, ou du moins pas directement. Les champignons font partie de notre quotidien culturel. On les trouve partout, dans les jeux vidéos, la mode, la littérature, la peinture, le cinéma ... et pourtant nous n'en avons pas toujours conscience.

Quoi de mieux alors que de prendre le plus emblématique d'entre eux dans l'imaginaire populaire pour mettre en lumière ce phénomène ?

Suscitant la peur et la fascination, l'amanite tue-mouche véhicule à elle seule toute une partie des mythes et traditions européennes. Oubliés ou encore très vivaces, les usages et représentations liés à ce champignon ont marqué profondément la culture du vieux continent. De la Sibérie avec les chamanes et les éleveurs de rennes, en passant par la vallée des merveilles en France en poursuivant notre route jusqu'en Inde sur les traces des époux Gordon Wasson, je vous invite à retracer quelques brides de notre histoire à travers la célèbre amanite rouge à points blancs. Nous découvrirons ensemble des oeuvres, des récits, des religions et des reliques nous donnant quelques indices sur ce qu'était ce champignon pour nos ancêtres et pour nous même, nous offrant ainsi un nouveau regard, si ce n'est pas notre société, du moins sur les symboles qui l'animent. Cependant, il serait présomptueux de réduite l'événement à cet unique aspect de la mycologie.

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Organisé par le Mycorium Sauvage de France que vous pouvez également retrouver sur les réseaux sociaux, l'événement propose une multitude de conférences, de débats, d'ateliers et de sorties sur les thèmes de la mycologie, de la botanique, de l'agriculture et de la cuisine. Une très belle exposition mycologiquee avec de nombreux spécimens permettra aux curieux et aux passionnés de découvrir et redécouvrir le monde fongique. Loin de l'image vieillotte que l'on peut se faire de la mycologie, ce week-end forum se déroulera sous le signe de l'innovation, de la sicence et de l'éveil à la nature. De nombreuses activités s'adressent aussi bien aux enfants qu'aux parents. C'est aussi un moyen idéal de se reconnecter à la nature en famille. Bref, je vous y attends avec impatience et pour vous faire un idée, vous retrouverez ci-dessous les intervenants pour ces deux jours qui s'annoncent radieux.

Christophe France

La mycorhization d'arbustes et d'arbrisseaux fruitiers a pour objectif de permettre au végétal de créer un réseau avec les autres plantes qui l'entourent pour créer des échanges d'informations et de nutriments. Appliqué à l'agriculture, c'est un outil pour rendre les cultures plus productives tout en repectant le sol et la santé humaine.

Criiad

Les champignons ont pour réputation d'être des accumulateurs. Métaux lourds, éléments polluants ... ils peuvent également de capter la radioactivité dans le sol. Cette capacité ne va pas sans risque pour la santé humaine mais s'avère fournir de précieuses informations sur l'état d'un milieu et son rayonnement ionisant.

Damien Duverger

La question de comestibilité est souvent au coeur des échanges sur les forums de mycologie mais aussi dans les bois quand les cueilleurs se croisent. Qui de mieux pour aborder cette thématique qu'un fin gourmet, amoureux de la nature qui se trouve confronté chaque jours sur les réseau à la question de la dangerosité des champignons ?

Gérard Mottet

Parce que la mycologie est tout un art, quelques bases s'imposent avant de se lancer dans la détermination. Apprendre à reconnaître un milieu, distinguer ce qu'est un stipe, une marge, une lamelle, un pli ou un tube est essentiel si on veut pouvoir remplir avec plaisir son panier et sa tête des bons noms d'espèces sans danger.

Helena Amalric

Les champignons, on ne les trouve plus seulement dans l'assiette et le jardin, désormais ils s'invitent dans notre quotidien. Cuir, isolation thermique, liant, teinture et aggloméra, ce sont quelques unes des nombreuses fonctions qu'ils peuvent revêtir pour changer notre quotidien et tendre à un mode de vie plus éthique et durable.

Hervé Cochini

Parler du monde fongique c'est bien, l'observer dans la nature avec tout ce qui peut interagir avec lui, c'est bien mieux. Laissez vous guider par la voie d'Hervé et partez à la découverte de l'environnement sous un jour nouveau. C'est l'occasion de se retrouver en famille, de découvrir les joie du pleine air et de l'automne.

Hervé Coves

Plus qu'une maxime, une philosophie. Avec Hervé vous découvrez au combien la vie est belle à travers les relations complexes mais si passionnantes qu'entretiennent les êtres vivants entre eux. Les champignons jouant un rôle fondamentale dans ces unions cachées sous nos pieds auront la belle place lors de ces échanges.

Issoufou zougrana

Tirer profit des déchets agricoles tout en soignant les sols, une utopie ? Pas si sûr que cela à la vue des travaux d'Issoufou au Burkina Faso. Une discussion riche pour prendre conscience des possibles qui s'offrent à nous et qui peuvent permettre de solutionner bien des problèmes dans notre monde moderne à bout de souffle.

Jacques Marcon

Avis aux gourmets ! L'heure est à la ripaille. Étudier les champignons c'est bien beau, mais les cuisinier c'est bien bon ! Pour autant on peut vite se trouver désarmé fasse à un sparrassis crépu ou une poignée de pézizes veinées. Pas de panique, cet atelier est l'occasion de découvrir des gestes simples pour les accommoder.

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Et quoi de mieux pour une plâtrée fongique qu'un vin choisit à la perfection ? À vos stylos, avec la cave Marcon vous aurez toutes les informations nécessaires pour ne plus commettre d'impairs lors de vos dîners. Sans pour autant vous ruiner, suivre quelques règles simples vous suffiront à réussir un repas du meilleur effet.

Jérôme Legros

Cueilleur, passionné de nature, de plantes et d'agriculture, Jérôme est un touche à tout. Outre son intervention dans un domaine qu'il connaît et maîtrise, la culture de champignon, vous pourrez aller à sa rencontre lors de ce forum pour découvrir et apprendre auprès de lui la spécificité des espèces et les liens qui les unissent aux sols.

La forêt des contes

Parce que la nature et les champignons ne sont pas seulement une histoire de science et de cuisine, venez découvrir à travers les contes et histoires la mémoire de nos campagnes et de nos bois. Laissez-vous le temps d'une échappée poétique partir à la découverte de nos forêts et du petit peuple mycélien qui l'habite.

Marc Andre selosse

Le monde végétal nous est encore étranger cependant il s'ouvre peu à peu à nous avec les dernières découvertes scientifiques. Sensible, complexe et beau, c'est aussi un saut vers l'inconnu que de s'imisser dans les interactions symbiotiques qu'entretiennent les plantes et les champignons que nous invite à faire Marc André.

Nathael Jouhet

Loin de l'image que l'on peut parfois se faire de la paysannerie, il est bon de rappeler l'importance de l'agriculture dans le maintien de la biodiversité. Producteurs de ressources, les exploitants sont aussi garants de la diversité des milieux et de leur durabilité, un mission trop souvent oubliée et pourtant essentielle pour les espèces.

Pierre Roux

Un pharmacien et mycologue pour parler de comestibilité et de danger, c'est s'assurer doublement que l'on a les éléments nécessaires et essentiels en main pour partir faire sa récolte en toute sécurité. Et si l'on doute encore, on pourra toujours se plonger dans les recueil "Le Guide des Champignons - France et Europe".

J'espère avec ces quelques lignes vous avoir donné l'envie de nous rejoindre le 13 et 14 octobre 2018, ou du moins, de découvrir l'univer des intervenants pour ces deux jours de forum qui s'annoncent être riches en rencontres et en découvertes. Pour ceux qui sont hélas trop loin de nous, ils vous est possible sur adhésion à l'association, de reçevoir toutes les prises vidéos des interventions qui marqueront cette 2e édition.

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mercredi 3 octobre 2018

Sortie en montagne 23.

DSC00208LE CHARMANT SOM
sous le soleil de fin d'été

 

La fin d'été est là, elle marque le sommet du Charmant Som. Bien installés à l'auberge, nous dégustons une délicieuse tarte aux myrtilles, tout en ayant les jumelles collées sur les yeux. Deux vautours fauves (Gyps fulvus) tournoyent dans les nuages au-dessus de nous, autant vous dire ma joie. Aussi vite aperçus, aussi vite disparus. Qu'à cela ne tienne, un grand vol de chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) gravite autour de la terrasse, dans l'optique de profiter des restes de repas des promeneurs attablés face au paysage sous de grands parasols. Cependant, ils ne seraient prendre la place aux nombreux coqs et poules qui évoluent librement entre nos pieds et qui, rapides comme l'éclair, se saisissent de la moindre miette tombée au sol. Ainsi va la vie là haut. C'est le moment de faire les provisions à la formagerie. Les fromages d'estives que l'on y trouve sont directement produits sur place et le lait vient du troupeau qui broutte les pentes du sommet. Celui-ci est issu de la traite qui se fait depuis la fermette dans la quelle se trouve l'auberge, autant dire que l'on ne peut pas faire plus direct. Chaque soir, c'est le même spectacle : les tarines entrent une à une dans la salle de traite, autant dire un vrai défilé qui attire les badauds car il faut se le dire, du monde il y en a. Le parking est prit d'assaut tout comme le bas côté de la route, si bien qu'il en devient difficile de croiser un autre véhicule. Même au pied de la montagne, les places se font rares pour accéder au circuit de 6 kilomètres qui permet d'atteindre les alpages. Prions pour la faune, la flore et les milieux que cet afflux diminue rapidement.

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Les millepertuis (Hypericum) sont connus pour leurs composés médicinaux. Cependant, seules quelques espèces sont utilisées dans la pharmacopée. Leur usage doit être très encadré, du fait de leur pouvoir inhibiteur sur certains traitements médicaux, en particulier dans tout ce qui touche à la contraception, à certains cancers et au VIH. Il peut également modifier les effets des médicaments employés pour soigner les troubles dépressifs. En interne, il est utilisé pour lutter contre les dépressions légères mais ne doit jamais être pris en automédication, de ce fait on préfère l'utiliser en externe en huile pour lutter efficacement contre les coups de soleil et les problèmes de peau grâce à l'hypéricine contenue dans le végétal. Cependant, les parties frictionnées avec la préparation ne doivent pas être exposées au soleil au risque de provoquer des brûlures sévères. Comme toujours, la médecine par les plantes est avant tout une affaire de médecins et de professionnels.

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Sur le sentier, nous tombons sur un cairn qui fait écho à la Pinéa en arrière plan, un sommet de Chartreuse culminant à 1771 mètres d'altitude et qui fait le bonheur des randonneurs. Composé des pierres du chemin, on peut voir sur certaines d'entre-elles de remarquables fossiles de coquillages et de passages de vers dans ce qui vu jadis le fond marin. Sous l'effet de la gélification, causée par le froid, le vent et de l'eau, les blocs se fissurent et finissent par se disloquer en milliers de morceaux qui font tout autant de souvenirs pour les promeneurs.

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La vue du sommet est superbe, en contre-bas de nous se dessine la Grande Chartreuse et son célèbre monastère. En famille pour l'occasion, nous sommes plus que bien équipés. Le ciel se fait désespérément vide, faute au caniard qui tape depuis des semaines sur la roche blanche et qui ne semble pas vouloir cesser.

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Vide le ciel ? Pas tant que cela. Les chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) tournoient inlassablement. Ces corvidés sont des opportunistes qui ont appris à vivre avec l'homme et é tirer profit de son mode de vie.

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Restes de pique-nique, déchets, sucreries abandonnées ... ce sont tout autant d'occasions pour ces oiseaux de se nourrir, au prix de leur santé. Leur régime alimentaire habituel se compose de petits insectes et de gastéropodes qu'ils capturent dans les pelouses alpines et parmi les rochers. Ils peuvent également se nourrir de carcasses de micro-mammifères (campagnols, souris et mulots) si l'occasion se présente à eux. Vivant en colonie, les couples se forment au printemps. La nidification se fait alors en solitaire pour les parents qui élèvent 3 à 6 poussins dans un nid massif fait de branchages et lové dans les crevasses des falaises et plus rarement, sous le toit des maisons alpines.

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La crapaudine (Sideris hyssopifolia) est aussi nommé thé des Alpes tout comme la dryade à huit pétales et l'épilobe à feuilles étroite ce qui ne va pas sans entraîner des confusion. C'est une plante protégée dont la récolte se limite à une poignée et uniquement pour l'usage personnel.

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C'est une espèce typique des pelouses calcaires et des éboulis de montagne, entre 1500 et 1800 mètres d'altitude pour ce qui concerne la Chartreuse. De ce fait on ne la rencontre que très sporadiquement dans le Massif Central, le gros des population étant dans les Pyrénées et surtout, dans les Alpes. Elle entre dans la composition de liqueurs et de délicieuses infusions dont nous nous régalons le soir devant le feu et qui pour l'occasion, a fait le bonheur de toute la famille, surtout après avoir bien marché sous le soleil brûlant. Son goût et son prafum dégagent des notes d'herbe séchée et de fleurs ces champs qu ise marient très bien avec une bonen cuillère le miel posée au fond du verre ou de la tasse pour les plus gourmands.

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Les alchémilles tiennent leur nom des alchimistes des lumières dont la plante symbolisait l'imagination débordante. Selon la légende, l'eau de la rosé perlant sur leurs feuilles auraient été utilisée pour chercher en vain la recette de la pierre philosophale. Ici il pourrait s'agir de l'alchémille des Alpes ( Alchemilla alpina).

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Voici deux espèces emblématiques de l'apage. À gauche l'euphraise casse lunette (Euphrasia rostkoviana) dont l'usage populaire voudrait qu'elle soigne les infections oculaires, les myopies et les troubles temporaires de la vision. À droite, la gentiane champêtre (Gentianella campestris) qui se différencie de la gentiane d'Allemagne (Gentianella germanica) par le nombre de ses pétales : 4 pour elle, 5 pour sa cousine germanique.

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L'aconite tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) se reconnaît au casque jaune que forme sa fleur. Bien mal averti celui qui aurait l'idée d'en cueillir quelques brins pour l'infusion du soir ou d'en garnir un dessert, la plante est dangereuse et pas qu'un peu.

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Ce n'est pas pour rien qu'elle se nomme tue-loup. Elle était employée jadis pour empoisonner à l'aide d'appâts infusés de ses feuilles les animaux dits nuisibles. Loups mais aussi renards, chats, martres et furets ont été nombreux à en être victime et pour cause, la belle est l'une des plantes si ce n'est la plante la plus toxique d'Europe. Cependant, elle n'est pas la seule à tirer son nom de sa funeste réputation. On retrouve le même phénomène linguistique chez le raisin du renard (Paris quadrifolia) dont l'usage était similaire. La morelle noire (Solanum nigrum), comestible si bien mûre, porte quand à elle le surnom de raisin du loup.

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Les oeillets de Montpellier (Dianthus monspessulanus) parsèment les prairies rases et font écho aux dryades à huit pétales (Dryas octopetala) dont les akènes au duvet blanc s'apprêtent à prendre leur envol. Toutes deux ont pour commun de porter des noms glorieux. Les oeillets se nomment Dianthus, ce qui signifie plante de Zeus/des dieux et les dryades tirent directement leur nom des nymphes arbres nommées pareillement.

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La carline acaule (Carlina acaulis) est une espèce protégée. De la famille de ce qui est souvent nommé "chardons", elle en diffère par son genre, les Carlina. Il est encore de tradition dans accrocher séchées (fleurs et feuilles comprises) sur les portes des chalets comme indicateur météo. Au moindre signe d'humidité, les feuilles et le coeur se referment sur eux même. Le mécanisme est similaire chez les cônes des conifères avec leurs écailles.

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Les montagnes de Chartreuse sont constituées en grande partie de calcaire. Elles sont les traces d'une période vieille de plusieurs millions d'années. À l'époque, une mer quasi-tropicale couvre presque l'intégralité de l'hexagone.

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La région est alors une immense étendue d'eau salée où évolue une faune extrêmement variée. Des micro-organismes côtoient des reptiles marins aux allures de dauphins mais aussi, de nombreux arthropodes à la coquille faite de calcium. À la mort de ceux-ci, leur corps se dépose sur le fond marin. À force de superposition, de l'action des courant et du temps, la pression exercée finie par transformer en une couche de calcaire les carapaces et restes de ces créatures. Celle-ci est dite fossilifère  alors car on y retrouve systématiquement des reliques d'animaux datant du temps des dinosaures. Puis le climat change, la mer se retire et la terre bouge sous l'action des plaques tectoniques, donnant naissance aux monts que nous connaissons et plaçant le plancher océanique à plus de 1800 mètres d'altitude, laissant alors place nette aux glaciers et aux forêts que nous connaissons aujourd'hui.

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L'heure avance, il est déjà 17 heures, les tarines ont entamé leur voyage journalier vers l'étable pour la traite. Matin et soir elles se pressent pour la récolte de lait. Celui-ci est transformé directement sur place.

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Parmi les produits vendus en direct, des fromages d'estive, de la crèmes, des fromages blancs mais aussi du miel d'alpage et de la confiture de myrtille. Que des produits du terroir que nous nous sommes empressés d'emporter chez nous. Il n'y a pas à dire, c'est toujours meilleur quand ça vient de là où ça a été produit. Nous arrêterons là pour cette journée. La forte affluence, les cris des promeneurs, les fortes chaleurs et l'herbes jaunie sont tout autant de causes qui auront fait que les chamois et bouquetins auront été les grands absents de cette randonnée. Qu'importe, nous sommes en famille et là est l'essentiel. Partager un bon repas, l'effort de la monté, l'odeur du foin de montagne et l'extase que procure ces paysages suffit à notre bonheur. Nous reviendrons à l'automne, quand la nature se fait silencieuse et que les grandes migrations battent leur plein.

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vendredi 28 septembre 2018

Sortie en forêt 78.

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Nous voilà de retour au col des mille martyrs, en hommage aux dix milles martyrs romains chrétiens n'ayant pas voulu abjurer leur religion. Le fond de l'air est frais, cependant le sol est sec, ce qui ne permet pas à la fonge d'être aussi développée que nous l'espérions. 

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La forêt est timide, le chant des oiseaux discret, mais la ballade n'en est pas moins belle. Paysages sublimes, lumière tamisée filtrant à travers les branches des conifères, montagnes dans les nuages et myriade de baies sauvages le long des chemins nous attendent. La fin de l'été a déjà un doux parfum d'automne. C'est le moment de jouer à la sorcière, de courir dans les bois, de ramasser les pommes au jardin, les courges dans le potager avec les dernières framboises gorgées de soleil, d'attraper les grappes de raisin à pleine main et de dire adieu définitivement aux vacances. C'est le temps des vendanges, des fruits, des champignons, des feuilles mortes, celui de vivre au rythme des jours qui raccourcissent.

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J'adore marcher dans la pénombre des bois. L'atmosphère y est toute particulière. L'humidité ambiante invite à la prudence, celle-ci étant propice à la sortie des amphibiens forestiers. Crapauds, grenouilles et salamandres font partis de ces animaux se faufilant parmi les feuilles mortes et que l'on peut croiser pendant les pluies d'été, pendant la recherche des cèpes ou juste après une averse éclaire, de celles qui surprennent le promeneur.

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Cependant nous ne sommes pas bredouillent. Les lépiotes élevées (Macrolepiota procera) sont de la partie. De forte stature, seul le chapeau est à prélevé. L'avantage de cette espèce, outre le fait qu'elle remplit rapidement le panier et qu'elle soit esthétique, est sa comestibilité.

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Si on prend soin de bien la cuire comme l'usage le recommande, ce champignon nommé également Coulemelle s'avère délicieux. Frit, grillé au barbecue, sauté à la crème ou en soupe, il peut se manger à toutes les sauces. On prendra cependant garde à son lieu de récolte, du fait qu'il soit un très bon bio-accumulateur. De ce fait, il est employé dans les analyses de sols pour déterminer leur teneur en agents chimiques polluants. Pour la trouver rien de plus simple, il suffit de s'aventurer dans les prairies, les bois clairs et les lisières riches en matière organique à décomposée. Attention cependant, des espèces semblables de lépiotes s'avères mortelles, autant bien connaître ses critères de détermination avant la récolte.

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Surprise, quelques girolles améthystes (Cantharellus amethysteus) nous attendent sagement dans la mousse, au milieu d'une forêt mixte composée de sapins blancs (Abies alba) et de hêtres communs (Fagus sylvatica) et dont les feuilles s'entassent déjà au sol. La sécheresse semble être passée par là, les specimens sont petits, craquelés et peu nombreux. Il faudra se monter patient avant la prochaine sortie pour mettre la main dessus.

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Dans une éclaircie, un petit buisson de callune commune (Calluna vulgaris) apparaît. l'espèce indique la présence d'un sol acide. Elle est l'hôte de nombreuses espèces d'insectes, en particulier de leur larve comme on le voit parfois avec la chenille du très beau petit paon de nuit (Saturnia pavonia).

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Ici elle indique la présence d'une tourbière, qui plus est ombrogène. Cependant elle a bien du mal à faire face à l'avancée de la fougère aigle (Pteridium aquilinum) qui peuple le lieu qui, en espèce pionnière, tend à le refermer, suivis bien souvent par les boulots blancs, hôte principal d'un champignon que j'affectionne tout particulièrement, l'amanite tue-mouche (Amanita muscaria). Pour en revenir à la callune, c'est une plante aux mille vertus, étant une très bonne mellifère, servant autrefois dans l'éllaboration des bières mais aussi, comme plante magique associée à la protection (notamment contre les fantômes).

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La récolte avance. Les mûres sont de saison. Nous les adorons. En salade, en sirop, en infusion, en confiture ... il y tellement de façon de les mettre en valeurs que nous nous privons d'en récolter une poignée dès que nous croisons un bosquet de ronces. Riches en vitamines, elles sont idéales pour affronter le froid.

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Instant de liberté face à la Grande Sûre dont la cime est plongée dans les nuages. Nous sommes dans une prairie à vaches surplombant Saint Laurent du Pont et sa vallée. L'herbe verte cache des merveilles dont un rond de sorcières de rosés des prés (Agaricus campestris). Hélas pour nous, nous arrivons un peu trop tard.

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Dans une partie pentue du bois, composé essentiellement de sapins blancs et où la lumière pénètre sans difficulté, nous faisons une jolie découverte. Il semblerait qu'il s'agisse d'une mâchoire de renard roux (Vulpes vulpes). Il faut se le dire, le renard à mauvaise presse. On le tire désormais de nuit dans certains départements. Dans la plupart, on le déterre, on l'enfume, on l'empoisonne, on le piège.

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C'est vrai que le goupil aime chaparder les poulets et les canards, et les dégâts ne sont pas sans conséquences dans les grands élevages de pleine. Est-ce pourtant autant la peine de le traquer partout ? Dans certaines vallées agricoles, on comprend désormais son rôle. Dans celle de la Valdaine, il est interdit de le chassé, afin de limiter les populations de campagnols qui dévastent les cultures. Plus de renards, moins de campagnols, la logique est simple mais encore dure à faire entendre, alors que dire de son impacte bénéfique sur la maladie de Lyme, lui qui réduit les populations de rongeurs qui font parties du cycle de ce mal ? Oh bien sûr, on peut parler de l'échinococcose que l'on nomme à tort maladie du renard et qu'il véhicule via ses déjections (et non son urine comme on l'entend souvent) mais cela ne concerne que 10 à 15 personnes par an et les vecteurs principaux en son le chien et le chat, autant dire que si l'argument était vraiment d'importance, nos compagnons auraient du soucis à ce faire. Quand à la rage, cela fait belle lurette qu'elle n'est plus présente sur le territoire français. Alors, si on laissait le renard roux un peu tranquille, histoire que les écosystèmes fonctionnent par eux mêmes et soient encore plus bénéfiques qu'ils ne le sont à l'agriculture ?

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Sur une souche, dans un boisement dense, nous tombons sur une multitude de carpophores (parties aériennes d'un champignon) de polypores soufrés (Laetiporus sulphureus). Pas plus simple à reconnaître que celui-ci : un chapeau marginé de blanc, des pores jaunes et absence du pied. Il n'y a pas à dire, en forêt il n'y en a pas deux comme lui.

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Aux Etats-Unis et au Canada, ce champignon est très recherché et est communément nommé "poulet des bois" en raison de sa chaire et de son goût proche de la volaille. Cependant, il faut bien l'appréter, la cuisson pouvant le rendre sec et filandreux. Pour ma part je le transforme en nuggets après un rapide blanchissement ou, je le découpe en fines lanière que je fais en fricassée dans de l'huile d'olive, de l'oignon, de l'ail et surtout, avec beaucoup de fromage de pays. Attention toute fois, les champignons nord-américains bien que très semblablent aux notres sont différents, aussi bien sur le plan de la biologie que de la comestibilité, d'autant plus que cette espèce ne convient pas aux estomacs sensibles. Les individus poussant sur des conifères (cette espèce appréciant également les feuillus), seraient plus indigestes. Mieux vaut lors d'une première dégustation le goûter en petite quantité.

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Dîner du soir. Au programme oeufs poêlés, chapeaux de lépiotes élevées revenus à l'huile d'olive, fricassée de polypores soufrés et gnocchi et infusion au mûres forestières. De quoi se régaler avec la récolte de notre promenade, il nous aura fallu un peu moins de 2 heures en forêt pour trouver de quoi confectionner notre repas.

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Sur le chemin, nous croisons pas moins de treize chevreuils (Capreolus capreolus). Chevrettes avec leurs faons de l'année, jeunes mâles en pleine forme ou petits groupes broutant dans les prairies enherbées, c'est notre jour de chance et pour cause, c'est le meilleur moment de la journée pour les observer. En effet, la lumière tombante, la fraîcheur amenée par la petite pluie du matin et le faible flux des voitures et promeneurs incitent les animaux à sortir du bois pour s'alimenter. Faute de prédateurs, leur population s'est accrue rapidement dans le secteur, présentant quelques problèmes pour le peuplement, en particulier sur les question de consanguinité et de maladies selon certains. Bien que chassée, en l'état des choses seule une prédation naturelle semble envisageable pour enrayer la dégradation génétique de l'espèce à l'échelle locale.

La nuit commence à tomber, il est temps de retourner chez soi pour s'atteler à la préparation du repas, et plus globalement, de la fin de l'été. Changement de contrat, même poste, je m'épanouie dans ma nouvelle filière : l'agriculture. Cependant, il me tarde de retourner à mes premiers amours : l'éducation à l'environnement. Qui sait ? d'ici quelques temps, peut être me croiserez vous au détour d'un bosquet, avec tout un groupe en quête de nature à découvrir. En attendant, il me reste à enfiler mes chaussures de randonnée et à vous dire à bientôt.

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mardi 18 septembre 2018

Découvrons le marais de Chirens.

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Nous voilà dans l'ENS du marais de Chirens, pour une visite un peu particulière. J'anime pour l'occasion une sortie pour mes proches. Le lieu est idéal, l'histoire géologique est riche, ne serait-ce que par la formation du marais à la suite du retrait des glaciers qui donna naissance à un lac dont les traces les plus anciennes remontent à 14 000 ans.

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Nous sommes de ce fait une joyeuse bande à partir à la découverte de la faune et surtout de la flore locale. Les milieux sont très diversifiés : saulaies, mares, phragmiteraies, peupleraie ou encore prairies humides, ce sont tout autant d'habitats pour s'initier aux joies de la botanique. Je suis partie tôt le matin quelques jours auparavant repérer les lieux. Il fait alors très chaud, pas moins de 26°C à 6 heures du matin. Hormis une troupe de chevreuils et quelques sangliers, un héron timide et quelques passereaux, les lieux semblent déserts. Je connais bien l'endroit mais un rafraîchissement de mémoire ne fait jamais de mal, d'autant plus que vérifier si le sentier est praticable ou que le lieu n'est pas fermé au public n'est pas un luxe, surtout quand on se trouve dans un espace sensible où la fréquentation est un des axes de sa gestion.

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Le circuit est accessible, nous sommes pour l'occasion pas loin d'une vingtaine. Une courte présentation me permets de retracer l'histoire du site mais aussi, son passé historique, en particulier avec l'influence des occupants celtes de la région, les Allobroges. Ces derniers ont laissé dans le paysage plusieurs vestiges dont des mottes castrales, traces de maisons-villages fortifiées et situées au sommet des collines entourant le marais de Chirens.

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Parmi les espèces présentes, on peut citer le solidage géant (Solidago gigantea), qui se différencie de son cousin canadien de par sa non pilosité (glabre) et de sa plus petite taille. C'est une espèce dite EEE : espèce envahissante exotique, c'est à dire venue d'une autre contrée que celle où elle se trouve, de manière non naturelle et représentant une menace pour la santé humaine et ou les milieux naturelles et ou l'économie. Outre son statut qui fait débat, ce solidage appelé aussi verge d'or géante est une plante médicinale employée par de nombreux peuples amérindiens. C'est aussi une plante mellifère dont le miel au goût fort est proche de celui de sarrasin.

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Par endroit sur le marais, le pourcentage de couverture de ce solidage est proche de 100%, c'est à dire que sur un espace donné, il est la seule plante à se développer, créant ainsi un peuplement monospécifique comme sur cette photo. Le problème, c'est que cette couverture végétale, toute belle qu'elle soit, empêche d'autres espèces essentielles au bon fonctionnement de la tourbière de se développer. Cela est particulièrement préjudiciable pour la liparis de Loesel (Liparis loeselii), une petite orchidée discrète et très rare, typique des zones humides et qui tend à disparaître à vitesse grand V. Une partie des animaux n'y trouvent pas leur compte non plus. Adieu les zones propices à la mise bas ou au pouponnage, pour apprendre aux jeunes à se nourrir ou nicher. Peu à peu les espaces colonisés se vide de leur grande faune et de leurs oiseaux.

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Le sureau hièble (Sambucus ebulus) n'est pas comestible contrairement au sureau rouge (Sambucus racemosa) et le sureau noir (Sambucus nigra) du fait de sa légère toxicité qui le rend purgatif. Dans l'usge populaire, sa racine était employée comme diurétique, bien qu'il soit plus sage de lui préférer le pissenlit pour cette usage. Ses fruits sont vomitifs et ses fleurs ont la réputation d'être soporifiques.

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Elles étaient employées également pour soigner les problèmes oculaires, sans que cela ne s'avère réellement efficace. Cet usage aurait donné à cette plante ses surnoms d'herbe aux yeux ou d'herbe aux aveugles. On l'a nomme également herbe aux punaises en raison de son odeur forte qui caractérise ce sureau mais aussi pour son purin qui fait office de répulsif contre les insectes ravageurs. La réalisation de ce purin est extrêmement simple, à raison d'1 Kg de plante fraîche mise à macérer dans 10 L d'eau.

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Proche de la mare, une angélique officinale (Angelica archangelica) prend ses aises à l'ombre, les pieds dans l'eau, joussant de l'abondance de matière organiqe (MO). Originaire du nord de l'Europe, c'est au 12e siècle qu'elle fait son entrée en France. Comestible, ses tiges et ses pétioles entrent dans la composition de nombreux desserts de la renaissance. Cependant, ses vertus curatives incitent à la consommer avec prudence par les femmes enceintes, du fait que la plante est abortive, d'où son nom d'angélique tiré de sa réputation de faiseuse d'anges, les anges étant dans la tradition les enfants morts avant d'avoir pu connaître le baptistère.

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Le long du sentier, des bosquets d'armoise commune (Artemisia vulgaris) se développent. C'est une plante que j'emploie régulièrement pour stimuler l'appétit et soigner les douleurs menstruelles de manière efficace. C'est également une plante à l'usage cérémoniale pour de nombreux peuples. Elle est par exemple fumée au Mexique dans des cérémonies religieuses ou employée en campagne française pour provoquer les rêves extra-lucides.

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La carotte sauvage (Daucus carota) est une plante commune voire banale et qui bien souvent, n'est que peut regardée. Et pourtant, elle en vaut la peine. Son goût anisé est parfait pour composer des infusions sauvages à l'aide des fleurs et graines glanées pendant une sortie.

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Elle se reconnaît à ses grandes bractées, à ses fleurs blanches dont une de couleur pourpre, marque souvent son centre. À la fin de la floraison, les fleurs de l'ombelle se referment sur elles mêmes, formant un véritable nid d'oiseau. Outre leur goût anisé, les graines possèdent de nombreuses vertus. Toniques, stimulantes, dépuratives, anti-inflammatoires ou encore anti-microbiennes, elles ont été pendant longtemps utilisées comme panacée contre les coliques néphrétiques et les rétentions urinaires. Les feuilles et fleurs peuvent également être employées à ces fins en infusion du fait de leur caractère diurétique. Elles entrent également dans la composition de nombreux produits de beauté anti-ride, anti-cellulite et anti-acné.

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L'ail des jardins (Allium oleraceum) se reconnaît à ses ovaires gonflés et à sa floraison délicate. Typique des friches et des pelouses rases, on le rencontre partout sur le territoire français. Utilisé en cuisine, il serait arrivé dans les pays nordiques sous l'impulsion des migrations vikings. Il est d'ailleurs souvent utilisé comme indicateur de vestige, l'espèce étant cultivée dans les cours des châteaux et les jardins de paysans au Moyen Âge.

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L'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) est une jolie plante aux fleurs roses réunnient en ombelles. De grande taille, elle tire son nom de la ressemblance de ses feuilles avec celles du chanvre et de ses propriétés pharmacologiques qu'elle partage avec l'aigremoine eupatoire (Agrimonia eupatoria).

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Typique des zones humides, en particulier de la mégaphorbiaie (habitat composé de grandes plantes aimant l'eau), c'est une mellifère sur la quelle on peut observer une grande diversité de papillons de belle dimension. Plante cholagogue (bénéfique à la production de bile et à la digestion de ce fait), ce sont ses feuilles et sa racine qui sont utilisées. Son intérêt réside également dans ses propriétés antioxidantes de par ses acides ascorbiques et coumariques et de la lutéine qu'elle contient, ses effets digestifs avec ses polysaccharides ou encore, ses vertus anti-inflammatoires de par ses lactones, ce qui invite à l'employer de manière discontinue et avec prudence.

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La bourdaine (Rhamnus frangula) est un arbuste des marais. Violent purgatif, il est aussi un arbre remède qui était prisé à l'antiquité. Cependant ses nombreux alcaloïdes poussent à préférer des plantes aux mêmes effets mais beaucoup plus douces pour l'organisme. Les chevreuils sont de grands amateurs des fruits de bourdaines, ceux-ci ayant des effets psychotropes sur les cervidés. C'est aussi une plante tinctoriales dont des rameaux on tire des teintes rouges et brunes, de l'écorce sèche un rouge framboise et des ses baies à maturité du vert.

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Il y a de nombreuses autres plantes médicinales et comestibles sur le marais de Chirens, elles sont tout autant d'occasions de montrer la richesse de ce site souvent méconnu et pourtant essentiel au bon fonctionnement de la vallée de l'Ainan, que cela soit pour son agriculture, sa faune ou le maintient de ses paysages. Morelle douce-amère, menthe aquatique, lamier maculé ou reine de prés, ce sont là quelques unes des merveilles à découvrir.

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Sur le retour, nous tombons  sur une plume de chouette hulotte (Strix aluco). L'abondance de rongeurs du fait de la multiplicité de milieux est une aubaine pour cette espèce qui doit aussi partager son teritoire avec le hiboux moyen duc (Asio otus) dont la présence est avérée sur le site.

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Galéopsis tétrahit (Galeopsis tetrahit) est appelé ortie royale bien qu'il n'en soit pas une. Il n'a en effet ni les vertus, ni les poils urticants. De même, on l'appel parfois chanvre bâtard bien qu'il en soit éloigné botaniquement parlant. Son nom de "Galéopsis" signifie "celui qui a l'aspect de la belette", en raison de la pilosité de ses fleurs et de la forme de son labelle, typique de cette famille, les lamiacées.

Arrivée sur la place de l'église, le circuit prend fin. Le tour aura duré un peu plus de 2 heures, le temps qu'il faut pour aborder une vingtaine de plantes, présenter les habitats emblématiques du marais, faire sentir et toucher les graines, fruits et feuilles parfumées rencontrées tout au long du chemin et surtout, pour prendre le temps d'échanger. C'est une expérience formidable que j'ai hâte de renouveler d'ici peu dans les forêts de Chartreuse pour une approche plus ethnobotanique sur les usages passés et magiques des plantes et des champignons.

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dimanche 9 septembre 2018

Sortie en montagne 22.

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LA GRANDE SÛRE

 

S'élevant à 1920 mètres d'alitude, ce sommet de moyenne montagne se trouve en Chartreuse et domine la ville de Voiron. Son alpage se dessine en un cirque enclavé observable qu'à l'arrivée des trois grands cols qui le desservent. Leurs noms évocateurs de col de la Grande Vache, de la Petite Vache, ou encore de la Combe des Veaux attestent de l'ancienneté des pratiques pastorales qui s'y déroulent encore. Dans les années 1900, plusieurs chalets familiaux occupés l'été s'y trouvaient.

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Disparus depuis, leurs fondations peuvent être observés, en particulier en cheminant par le col de la Placette. C'est un espace classé ZNIEFF, c'est à dire "Zone Naturel d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique" en raison des espèces et des milieux qui s'y trouvent et qui sont typiques des estives pré-alpiennes. Pour cet été 2018, la série des "Sortie en montagne" ne déroge pas à la règle puisque la montagne vous est présentée en deux temps pour marquer les deux saisons à la quelle nous l'avons découverte.

 

Au printemps :

Tout est vert. Nous commençons notre excursion bien tard et nous arrêtons à mi-chemin. Les plantes sont au paroxysme de leur floraison, aussi bien dans le sous-bois que le long du chemin qui mène au bout du sommet en trois heures de marche, quatre si on se trouve en famille. Plantes médicinales, magiques et comestibles sont disséminées ça et là le sentier et ponctues le paysage tout au long de notre randonnée.

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Lichens et mousses pendent des branches. Contrairement à ce que peut renvoyer l'imagerie populaire, leur présence sur une face d'un tronc ou d'un rocher n'indique pas nécessairement le nord. Le vent, le pluie, l'humidité ambiante, la luminosité et l'essence de l'arbre sont tout autant d'éléments qui peuvent faire mentir ce lieu commun.

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Les lichens et les mousses sont également des micro-habitats. Peuplés d'insectes, de petits gastéropodes (escargots, limaces), de bactéries, de champignons et même d'algues, ils sont essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes en abritant les ravageurs des arbres mais aussi leurs prédateurs, permettant la régulation des populations végétales et l'autorégulation de la forêt. Les lichens sont très prisés. Certains sont médicinaux comme le lichen barbu (Usnea barbata) et sont utilisés dans la pharmacopée. Les autres sont essentiellement récoltés pour être utilisés dans l'agro-alimentaire comme gélifiant. Dans les pays nordiques comme la Suède, ils servent de fourrage aux immenses troupeaux de rennes élevés en semi-liberté dans les terres inhabitées.

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Les champignons font leur apparition. Ceux-ci sont vieux. Il s'agit de polypores marginés (Fomitopsis pinicola) dont le carpophore, c'est à dire la partie visible et souvent associée au chapeau et au pied, est en train de dépérir. Ce phénomène est le plus souvent le signe que la reproduction s'est bien effectuée et a été menée à son terme. Cependant, cela peut aussi dire que le champignon est entrain de subir une attaque par un autre organisme.

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Portraits d'orchidées. De gauche à droite, la discrète listère à feuilles ovales (Neottia ovata), la platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), la non chlorophyllienne néottie à nid d'oiseaux (Neottia nidus-avis) et l'imposante orchis maculée (Dactylorhiza maculata) qui se détermine à son profond labelle.

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La raiponce en épi (Phyteuma spicata) semble être un terrain de chasse pour cette araignée crabe (Thomisidae sp.). Ses épis sont blancs mais peuvent parfois être bleus, ce qui est souvent le cas en Chartreuse, ce qui peut entraîner une confusion avec sa sous-espèce, la raiponce occidentale (Phyteuma spicatum subsp. occidentale). Plante forestière et des lisières, elle aime les sols humides, riches en matière organique et exposés au mi-ombre. Comestible, les usages que l'on en tire sont multiples. Avant la floraison ou en tout début de celle-ci, les épis peuvent être cuisinés crus en salade ou mangés tels quels. On peut également les cuire en omelettes, à la vapeur, sautés à la poêle comme des asperges avec leur tige ou caramélisés. Les feuilles caractérisées par la tâche noire qui marque leur centre, connaissent le même sort. Récoltées jeunes et avant la montée en graines, on les incorpore aux salades ou on les mange en soupe ou comme des épinards. La racine peut être râpée ou bouillie. Elle se fait douce quand elle est épluchée, piquante quand elle ne l'est pas. Véritable légume des bois, les innombrables fleurs qui composent l'épi font le délice des abeilles forestières et de nombreux autres pollinisateurs qui se font souvent piéger par les araignées aux aguets. Robuste et ne craignant pas les basses températures, la raiponce en épi pousse jusqu'en haute altitude, parfois à plus de 2000 mètres d'altitude. De ce fait on la trouve sur tout le territoire français, ce qui explique son usage récurrent au cours des siècles pour ses propriétés apéritives et digestives mais aussi ses fleurs utilisées pour soigner les problèmes oculaires et buccaux en raison de leurs supposées vertus astringentes et anti-inflammatoires.

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Récolte sauvage. Les jeunes pousses de sapin blanc (Abies alba) et d'épicéa d'Europe (Picea abies) tombent dans nos paniers sous les pincements de nos ongles. Elles termineront en délicieux sirops fait maison qui non contents d'êtres bons, sont également expectorants et mucolutiques, c'est à dire qu'ils fluidifient les mucus. Ces arbres ont également des propriétés anti-inflammatoires, décontractantes et antiseptiques.

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À leurs pieds pousse le bolet à pied rouge (Neoboletus luridiformis), à proximité de myrtillers sauvages (Vaccinium myrtillus), choses courantes en particulier en montagne. Pouvant atteindre une belle taille (20 centimètres pour le chapeau), sa chair jaune une fois coupée passe du bleu au rouge poupre rapidement.

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La capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) se nomme également fausse capillaire ou doradille chevelue. Son système racinaire est puissant, ce qui permet à cette fougère de se loger dans les interstices des falaises et des murs, dans des milieux où elle ne subit que peu la concurrence des autres végétaux, à condition que son substrat soit de nature calcaire ou du moins basique.

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Présente sur tout le territoire, elle est facile de culture pour peu qu'on ne lui apporte pas trop de substrat et qu'on lui procure assez d'ombre et d'humidité. Dans la grande théorie des signatures, qui associe une plante à l'organe humaine auquel elle ressemble ou à un mal ayant des attraits similaires à elle (conditions d'apparition, milieu de vie etc.), les asplenium ont réputation de soigner la rate, en raison de leur réseau de sporanges qui évoquent les réseaux sanguins alimentant cette dernière. De là vient leur nom, inspiré du terme grec "Splenon" qui signifie "rate". Le terme capillaire fait allusion à cette même ressemblance avec les fines veinures du corps humain, les capillaires, mais aussi à l'usage de la plante au moyen âge qui voulait que, mélangée à des déjections de chats, elle permette la repousse des cheveux.

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Les bords de talus moussus et ouverts à la mi-ombre offrent une grande variété de plantes tel des monotropes suce-pin, des belladones, des saxifrages en tout genre et des scolopendres qui profitent du ruissellement de l'eau et de la couche de bryophytes qui agit comme une véritable éponge, protégeant les végétaux de la sécheresse.

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Drôles d'organismes n'est-ce pas ? Il s'agît de myxomycètes, un règne à part qui comporte des milliers d'espèces. Entre le champignon et l'animal, ils sont capables de se déplacer, certe lentement, d'un point à un autre. Ils sont présents dans la litière forestières, les mousses, le bois mort et la matière organique en décompositions.

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La plupart d'entre eux se nourrissent de champignons, que ça soit la partie immergée, le carpophore ou souterraine, le mycélium. Certains se spécialisent dans les réseaux mycéliens morts, d'autres sur la fonge vivante. À leur tour ils servent de nourriture, en particulier aux moisissures mais aussi aux insectes et même à de petits gastéropodes. Présents presque partout dans le monde, on en dénombre plus de mille espèces. Leur étude qui fait appelle à la microscopie, donne à avoir des fromes et des couleurs extraordinaires, en particulier sur les parties reproductives.

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Nous voilà arrivés au belvédère de None, à 1200 mètres d'altituide. Encore deux heures nous séparent du sommet, compter en trois si vous êtes partis avec votre smala. À nos pieds s'étends la ville de Saint Laurent du Pont dont vous pouvez retrouver l'histoire dans le précédant billet de sortie en forêt (ICI). Et dire qu'il y a un peu plus de 1000 ans de cela, c'est un lac qui s'étendait à perte de vue et non pas un fond de vallée humide et fertile.

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Cependant, nous ne continuons pas plus loin. La nuit se fait présente, nous rentrons retrouver nos pénates, non pas sans avoir fait une halte auprès d'un orme des montagne (Ulmus glabra), espèce peu courante en raison de la graphiose mais relativement présente ici et reconnaissable aux dimensions de ses feuilles et de son tronc. 

 

Au coeur de l'été :

Changement de saison et de températures. Cette fois-ci nous sommes partis pour atteindre le sommet. Il fait chaud, une grande partie de la végétation en basse altitude est brûlée par les rayons du soleil. Bien que l'année 2018 ne soit pas comparable à 2003, on a le sentiment de s'en approcher et cela n'est pas prêt de s'arrêter, les pronostics annonçant la répétition de ces épisodes de canicules pour les 5 prochaines années au moins.

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La belladone (Atropa belladonna) est une plante agitant l'imaginaire collectif. Rattachée à la magie noire pendant l'antiquité et le moyen âge, elle était prisée dans les cours seigneuriales de la renaissance. Les femmes de haut rang s'en appliquaient l'extrait contenant un puissant alcaloïde, l'atropine, sur les yeux pour dilater leurs pupilles et se rendre ainsi plus attirantes d'où son nom tiré de l'italien "Bella donna", belle dame. C'est à la même époque qu'apparaissent des dictons autour de la plante. Ainsi, faire consommer une graine de belladone à une femme la rendrait folle d'amour et très active sexuellement, mais lui en faire consommer deux la rendrait folle et trois, la conduirait à la mort. Toxique et mortelle, elle appartient à la grande famille des solanacées, connue pour les espèces qui la composent et qui sont employées comme poisons et psychotropes. De ce fait, la belladone entre dans la composition  du baume de sorcière, une préparation ancestrale qui appliquée sur les muqueuses permettaient aux magiciennes des campagnes de partir en transe.

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Dans notre ascension forestière, nous tombons sur un très belle exemplaire de lichen pulmonaire (Lobaria pulmonaria). En période humide, il prend une jolie couleur verte et à la fructification, présenter des organes reproducteurs roses semblables à de petits fruits sans pour autant en être.

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Il tient sa couleur à l'un des trois organismes qui le composent, l'algue Dictyochloropsis reticulata. Avec une cyanobactérie et un champignon, elle forme cette organisme hybride. Il est appelé pulmonaire en raison de l'usage ancien qui en était fait pour soigner les problèmes respiratoire en raison de sa ressemblance avec les lobes des poumons. Il est actuellement employé pour ses vertus anti-inflammatoires sur les muqueuses. Néanmoins, on n'aurait idée de le récolter, celui-ci se faisant extrêmement rare en raison de la sur-récolte qui a bien faillit le mener à sa disparition, phénomène renforcé par la pollution à la quelle il est très sensible et les grandes campagnes d'abbatages qui ont durablement modifiées son habitat. En rencontrer indique que l'on est dans une zone à l'air sain mais aussi, préservée en partie de l'action humaine.

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L'aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) est l'une des plantes, pour ne pas dire la plante, la plus toxique d'Europe. Son nom de tue-loup lui vient de l'usage que l'on en faisait pour lutter contre les espèces que l'on jugeait indésirables, ce qui donne une idée de sa dangerosité. En Inde, on l'emploie encore aujourd'hui pour confectionner un poison virulent que l'on applique sur les têtes de flèches utilisées pour la chasse et la guerre.

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Arrivée sur La Terrasse, à 1340 mètres d'altitude. La montée est aisée et la forêt se peuple peu à peu de grands conifères, les arbres aux feuillages caduques se retirant à mesure que nous grimpons, les conditions devenant peu favorables à eux, en particulier les températures qui se font fraîches très tôt dans l'année.

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Les fougères sont à la fête. L'humidité ambiante et l'abondance d'ombre sont favorables à leur développement, leur reproduction impliquant la présence d'eau grâce à la quelle leurs spores peuvent se disséminer et se rencontrer.

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La fougère mâle (Dryopteris filix-mas). Ses frondes se développent en formant un entonoire prenant pied sur une souche épaisse, écailleuse et profondément encrée dans le sol. Traditionnellement elle était employée comme vermifuges en l'incorporant dans l'alimentation animale et à la litières des bêtes de somme pour les débarrasser d'une partie de leurs parasites. Consommée au Japon et au Canada quand elle est sous forme de fronde, elle occasionne régulièrement des mises en hospitalisation, en raison des triterpènes et de la filicine qu'elle contient. Au pays du soleil levant, sa consommation serait la première cause de cancers de l'appareil digestif. Dans notre folklore européen, on racontait aux veillées du soir que les aventureux qui se trouvaient à minuit un soir de pleine Lune en forêt pouvait avoir la chance d'en trouver la fleur. S'il la cueillait et la gardait avec lui, il pouvait se rendre invisible volonté et avoir de grandes richesses le temps d'une année. Passé ce délai, la fleur ne faisait plus effet.

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Enfin, le sommet de la Grande Sûre se dévoile à nous, à l'arrivée du pierrier qui nous fait pour un temps quitter la forêt. Au loin, un vautour fauve (Gyps fulvus) s'élève dans les airs, nous gratifie d'un regard puis passe derrière la crête rocheuse. Depuis le début de l'année nous en voyons à presque chacune de nos sorties.

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Le chemin est étroit mais bien tracé, il faut cependant se montrer prudent dans le pierrier même si le cheminement se fait sans difficulté. Cette ouverture dans le flanc de la montagne est un véritable décroché où des plantes d'étages et milieux différents se côtoient, pour le plus grand bonheur des naturalistes et des botanistes. Petit rappel, la récolte de plantes et de fleurs dans le secteur selon les espèces est interdite ou réglementée.

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Nous arrivons petit à petit à l'apage, qui se caractérise par des pelouses d'herbes rases et une abondance de plantes montagnardes. C'est de ce fait que nous avont la chance de tomber sur nos premiers plans de thè des Alpes (Sideritis hyssopifolia), appelé aussi crapaudine. Malgré son air simple, c'est une plante prisée pour ses propriétés.

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C'est une plante digestive et expectorante, dont la délicieuse eau de vie est connue pour être vivifiante. De ce fait, elle entrerait dans la composition de la liqueur des pères chartreuse. En infusion, elle est excellente et parfume très bien les gâteau et les crèmes. Séchée, elle donne une odeur délicate au tiroir dans lequel elle se trouve. Emblématique du Dauphiné, elle est bien connue en Chartreuse où elle pousse sur l'étage alpin dès 1500 mètres d'altitude. Très appréciée des chamois, on peut souvent les observer en brouter les touffes sur les pends enherbés du Charmant Som, de la Pinéa, du Pinet, du Col de l'Alpette et de Chamechaude.

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Enfin, nous voilà à l'alpage. En cuvette, il n'est que peu visible du pied de la montagne et s'ouvre à nous comme le cratère  d'un volcan. Superbe, il est pâturé l'été par des vaches qui empruntent parfois d'étroits sentiers forestiers à fleur de falaise pour atteindre les pousses les plus tendre. La sécheresse y a fait son oeuvre et nous ne comptons plus les conifères morts et brunis par ce temps qui donne à l'herbage une couleur cramoisie bien triste.

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Autre plante propre au folklore local, la vulnéraire des chartreux (Hypericum nummulariifolium). Ce millepertuis rentre également dans l'elexir de Chartreuse. On l'utilisait en médecine populaire comme l'arnica pour parer les coups mais aussi comme cicatrisant. En infusion, on l'employait comme tonique. En comme toujours en montagne pour les plantes médicinales, la vulnéraire est couramment préparée en liqueur. Appelée aussi millepertuis à sous, elle est protégée, particulièrement en Isère où sa récolte doit faire l'objet du suivis de règles particulières pour préserver cette espèce devenue rare en raison de la sur-cueillette mais aussi du dérèglement climatique et du renfermement des alpages suite à la déprise agricole de certains espaces de montagne. Elle se développe sur la roche, de préférence calcaire, dans les crevasses et les fentes de celle-ci. De ce fait elle est courante dans les lapiaz, des formations rocheuses typiques des sommets de Chartreuse.

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Les éricacées sont à la fête, en montagne, elles sont bien plus nombreuses que l'on pourrait le croire. On peut par exemple rencontrer le raison d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) présenté ici à gauche, un petit sous-arbrisseau aux baies rouges comestibles et aux feuilles médicinales mais tout aussi riches en contre-indications qu'en propriétés. Au centre se trouve les myrtillier sauvages (Vaccinium myrtillus), aux fruits délicieux que l'on ne présente plus. À droite, il s'agit d'un rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) à la floraison printanière rose et qui semble atteint par une énorme galle, sans doute provoquée par une colonie d'acariens ou par des champingons.

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Autre grande figure de cette famille, la callune commune (Calluna vulgaris) qui souvent est prise à tort pour de la bruyère. Pour les distinguer, il faut savoir que les pétales de la callune sont en grande partie séparés, alors que ceux de la bruyères sont soudés et forment une clochette. Le département de Biologie ENS Lyon a, à ce sujet, créer un document simple pour apprendre à faire la distinction.

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Elle est peu présente sur le plateau, du fait qu'elle ait une préférence marquée pour les sols de nature acide, d'où sa présence couramment remarquée dans les peuplements de conifères et sur les sols tourbeux. C'est aussi une plante médicinale utilisée en usage externe comme antiseptique pour soigner les engelures mais aussi les rhumatismes, en interne comme dépuratif et diurétique entre autre. La callune commune fait aussi partie des plantes qui sont prédisposées à l'absobtion des éléments radioactifs et toxiques présents dans le sol, ce qui demande en cas d'utilisation après récolte, une bonne connaissance de la nature du sol et de son histoire (nuage radioactive, enfuissages industriels, rejets d'industries etc.).

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) est une petite fleur de moyenne montagne qui se plaît généralement à partir de 1000 mètres d'altitude. On la différencie de la gentiane d'Allemange (Gentianella germanica) qui lui est presque identique grâce au nombre de pétales : 4 chez la champêtre, 5 chez la germanique.

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L'euphraise  casse-lunette (Euphrasia rostkoviana) est une plante de plaine lumière qui pousse de faible altitude jusqu'à 3000 mètres, de préférence dans les zones à tendances humides, les pelouses, les lisières et les bords de talus.

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Elle tient son surnom à la théorie des signatures. les veinures colorées qui traversent ses pétales évoquant les vaisseaux sanguins d'un oeil. De ce fait et par association d'images, la petite fleur fût utilisée pour soigner les problèmes oculaires comme les conjonctivites ou la myopie. Aujourd'hui encore elle est employée à ces fins en homéopathie et dans les médecines dites "douces". Il était également d'usage de penser qu'elle pouvait apporter la claire-voyance à celui qui s'apposait sur les yeux un linge imbibé de l'infusion de cette euphraise. On pensait également que la mise en place de cette technique sur les oreilles permettait de faire preuve de claire-audience, ce qui explique pourquoi dans certaines régions, on en plaçait des bouquets séchés dans les oreillers pour leurs vertus supposées.

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La parnaisie des marais (Parnassia palustris) est une plante représentative des zones humides de montagne et qui se reconnaît à sa fleur blanche aux cinq pétales veinés de vert. Elle est aussi bien présente en Europe, de préférence occidentale et du nord, qu'en Asie et s'étend de la Chine au Japon. Cependant, elle reste peu commune dans de nombreux départements du pays d'où sa protection dans certains secteurs comme en Picardie, dans les Pays de la Loire ou dans le Centre. On parle alors de répartition euro-sibérienne pour cette espèce. On retrouve dans certaines traditions les traces de son usage populaire et qui est aujourd'hui abandonné, en raison de la rareté de la parnaisie mais aussi, de l'existance d'une pharmacopée plus appropriée, en particulier dans l'emploie qui en était fait pour ses tanins, des molécules plus présentes et facilement extrayables dans le chêne ou le thé entre autre.

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Les mouflons corses (Ovis aries musimon) sont présents. Aux jumelles nous en dénombrons environs 35 en deux petits groupes distincts. La grande harde que composent ces animaux en Chartreuse partage son temps entre les alpages de la Grande Sûre et ceux du Charmant Som, peu sensibles aux passages des randonneurs.

 

Au sommet :

Le panorama change, l'herbe déjà rase laisse place aux pierres. Quelques plantes parviennent à s'adapter et prennent des formes tortueuses. Les vents forts qui s'expriment au sommet forcent les herbacées à prendre des forment rampantes ou en coussins pour résister aux faibles températures et à la morsure du gel.

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Le genévrier commun (Juniperus communis) adopte cette stratégie pour se maintenir aux fortes altitudes. Ces fruits ressemblent à des baies bleues mais sont en réalité des cônes, en adéquation avec le fait que le genévrier appartient aux conifères et à la famille des Cupressacées.

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C'est une espèce de plein soleil, qui aime les sols de nature calcaire, à l'image du massif. Les fruits, les genièvres, sont utilisées dans la confection d'eau-de-vie mais aussi de nombreux alcools locaux en Europe de l'Est et du Nord, comme dans le gin. Outre cet aspect, on les emploie parfois infusés pour les maux de l'appareil digestif. Utilisés pour lutter contre les lourdeurs intestinales, on les retrouve souvent dans les plats traditionnels riches, en particulier là où il est abondant. Leur présence dans la choucroute l'illustre particulièrement bien. Cependant une consommation abusive n'est pas sans danger pour les reins.

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Enfin, nous voilà au sommet. La vue est incroyable. En face de nous, la Pinéa, Chamechaude et le Charmant Som se dressent. Nous dominons de tout son long l'alpage que nous venons de gravir et où nous avons la chance de croiser quelques chamois (Rupicapra rupicapra). Trois adultes accompagnés de deux petits prennent l'ombre non loin du sentier, une chance pour nous de les observer sans trop les perturber dans leurs habitudes.

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De l'autre côté, l'Isère et sa vallée s'étendent. Le ciel est dégagé, des jumelles nous arrivons même à apercevoir Lyon et les monts du lyonnais. À nos pieds, Voiron se dresse fièrement. Du sommet nous pouvons retracer les éternelles marches menées dans la ville mais aussi, admirer les espaces naturelles que nous aimons arpenter comme les Gorges de Crossey, la Vouise, un bout des marais de Chirens et au loin, l'Herretang vers St Lau'.

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Enfin, dernier tour sur le paysage nous offre un point de regard démentiel sur le Mont Blanc. Écrasant les autres sommets, on ne voit que lui. Sa cime couverte de neige éternelle nous rappel qu'il culmine à 4810 mètres d'altitude.

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Plus près de nous et dans la même ligne de vue, le Pinet, le Granier mais aussi le lac d'Aiguebelette qui se love dans les plis du relief. L'action de l'Homme est visible, entre les alpages apparus avec la conquête du désert vert et l'arrivée du pastoralisme sur lequel la forêt reprend désormais ses droits, les grands axes de communication qui creusent la roche, les milliers de points lumineux qui enchaînent les allers-retours dans le ciel et les sentiers tracés au fil des années par les marcheurs, il y a de nombreux éléments à disposition pour s'essayer à la lecture de paysage. Constructions culturelles plus qu'on ne le pense, nos paysages sont des livres ouverts pour découvrir les activités liées à un territoire. C'est aussi un outil pour comprendre les enjeux économiques et environnementaux actuels.

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Sur le retour nous avons une belle surprise, nous faisons un bout de chemin sur l'étroit sentier accompagnés d'une partie du troupeau des vaches en estive et qui semblent trouver leur bonheur dans le sous-bois. Au pied léger, elles s'engoufrent rapidement dans la forêt nous laissant seuls au retour vers le monastère de Currière.

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Un dernier passage par le belvédère de la none, comme il y a quelques semaines de cela lors de notre première ascension. Saint Laurent du Pont n'a pas bougé, la ville a juste perdu quelques couleurs pour tendre vers le grillé et le jaunie.

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Sur le retour, nous tombons nez à nez avec un magnifique de verveine officinale (Verbena officinalis), ponctuant la randonnée sur une touche colorée. Loin de la verveine asiatique que l'on retrouve dans les potagers ou dans les sachets d'infusion, notre verveine indigène donne une très bonne infusion détergente en extérieur et se montre diurétique et astringente en consommation, d'autant plus quand elle est mélangée à d'autres espèces comme la menthe ou la mauve. C'est sur cette récolte que se termine cette randonnée, teintée de botanique et de contemplation de paysages montagnards. Les mollets sont désormais au repos jusqu'à nos prochaines aventures.

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mardi 4 septembre 2018

Découvrir les animaux des forêts européennes.

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Il m'est de plus en plus difficile de visiter les parcs animaliers. J'y prends souvent peu de plaisir à voir les animaux dans des cages toujours trop petites, en particulier quand on sait qu'il leur faut des hectares et des hectares, si ce n'est pas parfois des centaines de km² de territoire pour s'épanouire. Il y a certe l'aspect sauvegarde, pédagogique et celui de permettre à des animaux esquintés par la vie de trouver un foyer mais tout de même, je reste très circonspecte sur ces notions quand on voit la tournure que cela peut prendre.

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La nature ne se cache pas derrière les grillages. Je reconnais tout de fois que cette approche permet parfois la prise de conscience mais à mon sens, elle à mille fois plus de chances de naître quand on se trouve ne forêt, à immerger un groupe de curieux dans les bruits de la nature et de lui permettre de saisir une fraction de seconde le passage d'un chevreuil ou d'un lièvre. La nature n'est pas un bien ordinaire, il ne se consomme pas, il se mérite. Le site est très beau, les propriétaires se démènent pour le faire vivre et prendre soin au mieux de leurs animaux mais je ne peux m'empêcher de penser à ses loups qui tournent en rond et nous regardent de leurs grands yeux jaunes fascinants ou, à ces renards qui restent tapis tout le temps des visites dans leur tanière snas avoir un pincement au coeur.

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Habitués aux hommes, les herbivores semblent moins sensibles à leur présence. En semi-liberté dans le parc, ils ne se laissent approcher qu'aux heures des repas. Les daims (Dam dama) et les cerfs sika (Cervus nippon) ont pour point commun de partager le même espace mais aussi une histoire commune. En effet les deux espèces sont particulièrement abondantes dans le centre de l'Europe. Ce fait est la résultante des importants lâchés effectués au Moyen Âge dans la région pour satisfaire la demande des nobles liés à la chasse.

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C'est l'occasion de voir de plus prés le mouflon Corse (Ovis aries musimon) que nous croisons régulièrement en Chartreuse dû fait de son introduction récente pour répondre aux demandes des associations de chasse. Ainsi l'hisoire se répète. Pour certains, cette sous-espèce du mouflon oriental pourrait être en réalité un mouton importé dès le néolithique sur l'île de Beauté qui se serait ensauvagé et aurait reprit sa forme dite "primitive", à la manière des cochons de ferme qui, ayant prit le poudre d'escampette dans les bois, fini par ressembler en seulement 2 ou 3 générations au sanglier.

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Il est aisé de critiquer, d'autant plus quand on a payé son billet, pris le temps de voir et de photographier les animaux et de s'en retourner tranquillement chez soi. L'entretien d'une ménagerie de cette ordre demande du temps, de la passion, de l'amour mais aussi de l'argent et beaucoup, surtout dans la srtucture que nous avons visité et qu iest tenue par des particuliers qui font tout pour faire vivre leur parc et leurs monuments. Mias voilà, je ne peux m'empêcher de me poser la question dans cette situation sur l'éthique de mon acte en franchissant le portail de l'entrée du domaine. Il me faudra encroe du temps pour y répondre. Je peux encore moins me plaindre du fait d'y avoir vu des animaux qui me fascinent et que je cjercje depuis longtemps à voir en montagne comme c'est le cas par exemple du bouquetin des Alpes (Capra ibex) et que j'espère rencontrer dans le Vercors.

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C'est un animal à la forte stature, qui se rencontre dans tout l'arc alpin. Il a bien manqué de disparaître dans de nombreux pays dont la France, en raison de sa docilité et de sa passivité. Utilisé en médecine populaire, on en tirait non seulement de la viande mais aussi de nombreux remèdes, des talismans et des charmes. Les os thoraciques étaient très prisés. Portés à même la peau il protégeait du risque d'être touché d'une mort foudroyante, ce qui reviendrait aujourd'hui à porter autour du cou les restes du barbecue du week-end passé. Ses imposantes cornes étaient recherchées comme trophées. Les nodosités, c'est à dire les bosses de celles-ci ne permettent pas de déterminer l'âge des individus, en revanche la taille peut être un très bon indicateur. Chez les mâles âgés de 5 ans et plus, elles dépassent les 60 centimètres. Excellent grimpeur, il n'est pas rare de le voir paître en petit troupeau sur les parois abruptes des barrages de montagne, à la recherche des cristaux de sel qui s'y forment mais aussi des lichens dont ils peuvent être friands. Au nombre de 10 500 dans les Alpes françaises, les premières réintroductions de bouquetins en Chartreuses remontent à une dizaines d'années et sont claquées sur le modèle suisse mais aussi celui des campagnes menées à la naissance du parc de la Vanoise au début des années 80 qui fit de l'espèce l'un de ses symboles. Le bouquetin doit son salut en Europe à sa capacité à vivre dans des zones recluses et de très haute altitude, se rendant peu accessible aux hommes et à leurs armes à feu. Sur le vieux continent, les premières réintroductions de bouquetins documentées se situent en Autriche. Elles se composent de deux vagues, l'une au début des années 1920, la seconde à la fin des années 1930 en parallèle des lâchés effectués à la même époque que le régime Nazi.

C'est un sentiment très particulier qui m'anime. D'un côté je suis ravie d'avoir pu revivre mes souvenirs d'enfant dans ce parc où je suis venue souvent enfant, qui a contribué à ma passion pour la nature, qui m'a fait littéralement fait rêver, et de l'autre, mon regard adulte qui me fait percevoir les choses tout autrement.

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mercredi 29 août 2018

Au jardin sous l’éclipse de Lune.

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L'été au jardin, à la lumière des flammes des bougies, cela faisait longtemps que nous en rêvions. Pour la peine nous voilà pour juillet en Isère à profiter de la fraîcheur de la maison familiale. C'est le moment idéal pour se retrouver. Je travaille tout au long de la belle saison en bureau, mais je ne perds pas de vue ma passion, dans ce cadre idyllique pour observer les oiseaux et en particulier les petits passereaux.

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La nuit des étoiles a été radieuse, le 3-4-5 aout ce fût le moment de jouer avec l'obscurité, de s'étendre dans l'herbe pour observer les astres et les comètes traverser le ciel. Mars comme au soir de l'éclipse de Lune était en habit de fête et il a même été possible d'observer les anneaux de Vénus.

Pour voir la grande éclipse lunaire, il fallait être au rendez-vous avec l'univers le 27 juillet. Dans de nombreuses régions les nuages ont été de la mise mais ont permis de créer des photographies incroyables pour certains. D'ordinaire blanche, la Lune est apparue dans une teinte pourpre qu'on lui connaît rarement.

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Les prochains rendez-vous sont pris : le 16 juillet 2019 pour une éclipse de Lune partielle puis le 5 janvier et le 5 juin 2021 pour une éclipse pénombrale souvent difficile à détecter à l'oeil nu. Reste plus qu'à attendre d'ici là où à partir sur les continents que sont l'Asie ou l'Amérique pour observer au plus tôt ces phénomènes astraux.

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En propection autours du potager, je fais une triste découverte. Une chauve-souris gît à l'entrée de celui-ci, sans doute victime d'un chat de la maisonnée. Son espèce reste encore à déterminer. C'est là un des cruels dilemmes qui se pose quand on aime la faune et les animaux de compagnie. Bien souvent la cohabitation des deux pose problème, en particulier pour les espèces sensibles qui, victimes de nombreuses pressions liées à leur habitat, se voient également prédatées plus que d'ordinaire ce qui ne va pas sans impacter leurs populations.

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Voilà les dits coupables. Le noiraud, c'est un de mes chats bien-aimés et que je n'ai pu prendre dans ma valise en partant pour la ville. Recueilli à l'âge de 4 semaines, il était voué à finir comme le reste de sa portée si mes frangins n'étaient pas intervenus à temps : un coup derrière la tête. La non stérilisation des chats en campagne est un véritable problème. La non gestion de leur fécondité conduit à l'apparation de chats errants à la population croissante, malades et prédateurs de notre faune indigène. Il existe pourtant des solutions simples et durables pour permettre une bonne régulation de leur effectif tout en restant respectueux des animaux.

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Ce soir c'est cuisine ! Après une promenade digestive de l'après-midi et la récolte d'une poignée reine des prés (Filipendula ulmaria), nous sommes bons pour la réalisation d'une délicate crème dessert parfumée de ces fleurs. Quatre oeufs, un peu de sucre, du lait végétal, une grande casserole et le tour est joué. Pour peu que l'on aime les pétales de rose, les hortensias et la chantilly, on peut s'en tirer avec un joli plat à déguster les pieds dans l'herbe.

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Le soir, on ne chaume pas. Confection d'une bûche suédoise (appelée aussi bougie canadienne) qui, fendue en son centre, se consume pendant des heures. Elle est idéale pour partager un moment de complicité autour du feu. Elle peu également être utilisée comme on le ferrait d'un poêle à bois en posant la casserole à même la flamme.

Les soirées d'été sont les plus belles, en particulier quand la température baisse, que la pénombre s'intalle et que les animaux sortent. La canicule s'est bien installée et le paysage semble défraîchit avec l'herbe jaunie qui implore la pluie. Pourtant, allongée dans la pelouse, mon regard ne peut s'empêcher de fixer les hautes cimes vertes des arbres, celles des hêtres, des sapins blancs et des épicéas qui semblent nous inviter à les rejoindre en forêt.

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jeudi 23 août 2018

Sortie dans les marais 13.

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LE GRAND LEMPS

 

L'été est prolixe, nous avons eu la chance de faire le tour de quelques un des ENS locaux et pour commencer, celui du Grand Lemps. Pour rappel un ENS est un site remarquable pour son écosystème, pour les espèces qu'il abrite, pour le rôle essentiel qu'il joue dans la vie culturelle et économique pour les habitants du coin et pour sa valeur pédagogique. C'est un espace naturel sensible géré soit par le CEN Avenir (conservatoire des espaces naturels) sous la direction du département, soit par une association naturaliste. En Isère nous avons la chance d'avoir non seulement le plus grand nombre d'ENS, mais aussi de gestionnaires de ces espaces, de journées découvertes consacrées à ceux-ci et à leurs préservation. Ils touchent pour beaucoup des milieux humides car peu nombreux en France métropolitiane, mais aussi des forêts, des pelouses sèches ou des alpages.

Au Grand Lemps, c'est une tourbière et son étang qui sont désignés comme ENS. Comme pour la plupart de ces sites, seule une partie très restreinte du marais est accessible pour permettre de concilier à la fois l'intérêt du public, la tranquillité des animaux et l'intégritée des plantes et du milieu, souvent sensibles aux questions de piétinement. Une multitude d'habitats se succèdent et marque l'évolution naturelle du site. Un chemin balisé et des structures de bois à l'épreuve du temps ont été mis en place pour faire découvrir le coeur de la tourbière, d'ordinaire peu accessible en raison de l'eau, des terres mouvantes et des moustiques.

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Voilà une des merveilles que l'on peut trouver dans les mares parmi les joncs. L'utriculaire australe (Utricularia australis) est une plante carnivore qui a la particularité de se développer entièrement dans l'eau et de n'ermeger qu'à la période de floraison. Ses feuilles aquatiques sont de deux nature : les photosynthétiques permettant l'élaboration de la photosynthèse et celles à pièges.

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En forme d'outres, ces dernières ne dépassent pas le millimètre et sont couvertes de poils. Ceux-ci permettent l'ouverture et la fermeture du clapé de la feuille. Lorsqu'ils sont agités par une micro-proie, l'outre s'ouvre et aspire la malheureuse qui termine emprisonnée puis digéré sans autre forme de procès. C'est de cette particularité que les plantes de ce genre tir leur nom, inspiré du latin "utriculus" qui signifie "petite outre". L'utriculaire australe se reconnaît à la lèvre inférieur de sa fleur veinée de rouge qui est légèrement plus grande que les autres pièces florales, cependant il est aisé de la confondre avec l'urticulaire commune (Utricularia vulgaris). De ce fait l'identification se fait bien souvent à la loupe binoculaire, en particulier quand les fleurs sont absentes.

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Sans être placée sur les listes rouges nationales, c'est une espèce peu présente à la répartition disparate. Protégée par arrêté dans de nombreuses régions, en particulier dans le nord du pays, elle est un des indicateurs floristiques retenus lors de l'élaborations des ZNIEFF, les zones naturelles d'intérêts écologiques, faunistiques et floristiques qui se matérialisent par la réalisation d'inventaires.

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On trouve une autre carnivore tout aussi belle bien qu'originaire d'Amérique du Nord. La sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea) aime les sols pauvres. Pour combler le manque de certains nutriments absents des sols tourbeux, elle se nourrie d'invertèbrés qu'elle piège à l'aide de ses feuilles en outres aux parois glissantes.

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Cependant, les pièges de la sarracénie pourpre ne sont pas uniquement des tombeaux à ciel ouverts pour les bestioles imprudentes. Plus de 180 espèces vivantes tels des insectes, des algues, des crustacés et des bactéries y vivraient, formant ainsi un micro écosystème à part. La digestion des organismes piègés se ferrait semble-t-il par leur intermédiaire et non pas uniquement par les enzymes que la plante sécrète. Protégée dans son aire d'origine, son introduction par des passionnées de plantes carnivores dans la tourbière du Grand Lemps avant le mise en protection de celui-ci pose problème, l'espèce ayant tendance à coloniser l'espace au détriment des sphaignes.

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La bourdaine (Frangula alnus) est un arbrisseau qui pousse dans une grande pluralités de milieux, de préférence humides. Ses baies noires sont toxiques et purgatives, on tire d'elle une teinture naturelle qui colore les linges en vert tendre. Des jeunes rameaux frais on tire du pourpre et du violine, des écorces séchées un très beau jaune.

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L'installation des passerelles a demandé non seulement un gros investissement mais également de gros moyens humains. Posées sur la tourbe, leur fondation s'enfonce profondément dans le sol meuble, rendant peu aisé les travaux. Sur plus d'une dizaine de mètres par endroits, le marais n'offre pas une surface suffisamment stable. Un puit mit en place dans le parcours permet de mesure la profondeur à l'aide d'un long bâton. Il rend également visible les strates de la tourbe qui se compose de tourne blonde (vieille de moins 3000 ans), de tourbe brune (aux alentours de 5000 ans) et de tourne noire (12 000 ans et plus).

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Le bas-marais alcalin est un habitat de référence dans les suivis des milieux humides. Il représente 55% des zones humides de l'Isère. Il se caractérise par une mise en eau constante, pauvre en nutriments et très souvent calcaire. Les carex acidophiles y sont courants, de même que les sphaignes (famille des mousses). Ils sont le premier maillon dans la constitution de la tourbe. Peu communs, ces grands systèmes palustres sont surtout présents dans l'Est de la France, protégés par la topographie des montagnes.

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La cladiaie fait partie des milieux typiques du bas-marais. Ce sont de grands peuplements de marisques (Cladium mariscus) dont les tiges peuvent frôler les 3 mètres. Pauvre en espèces végétale, elle regorge d'animaux en particuliers d'oiseaux et d'insectes qui trouvent gîte parmi ses feuilles coupantes et ses tiges persistent à l'hiver bien que brunies par l'action du froid et du gel.

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La cladiaie se compose parfois de marisques poussants sur la matière végétale se trouvant à la surface de l'eau ou en suspension entre deux strates aquatiques. Vértibles radeaux flottants, ces îlots sont trompeurs pour le promeneur qui pense pouvoir y poser le pied et termine dans le fond du marais. L'accumulation de ces formations fait prémice au comblement du marais par la matière organique, laissant place au haut-marais qui se caractérise par une mise en eau périodique, des pelouses humides et la possibilité d'y mener des pratiques agricoles tel que la pâture, la fauche ou la mise en céréales sur les terres devenues arables.

Le marais nous donne des ailes. Nous n'avons pas vu les droseras, d'autres plantes carnivores encore bien différentes de celels qu'offre le mairais et que nous avons pu voir. Petit mais riche en découverte, le sentier à l'avantage de préserver une grandre partie du site du bruit et des regards des visiteurs, assurant un semblant de tranquillité aux animaux qui le peuple tel les hérons cendrés et les faucons hobereaux. Il nous reste bien d'autre ENS à découvrir, le prochain se situe dans les marais de l'Ainan, sur la commune de Chirens où pousse la rare et discrète Liparis de Loesel, une orchidée qui ne paye pas de mine mais dont la sauvegarde est capitale.

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