jeudi 7 janvier 2021

Sortie dans les marais 23 : l'île du Beurre.

DSCN6109Ce matin le ciel est incroyable. Il est encore tôt et nous sommes débout et déterminés à sortir. Nous avons des envies de nature. Ni une, ni deux, nous voilà en route pour l'Île du Beurre. Le site est classé depuis 1987. Situé tout au sud du département, il se compose des rives du Rhône, d'une lône et d'une île. Il n'est pas possible de se rendre sur celle-ci. Néanmoins, on peut l'observer les depuis les berges à travers les nombreux observatoires donnant vue sur une héronnière et des mangeoires, entre autre. Le cheminement se fait par la Via-Rhôna, ce qui demande aux piétons et aux cyclistes de concilier leurs usages. La maison d'acceuil abrite les salariés de l'association mais aussi un aquarium avec des poissons d'eau douce locaux, une exposition permanente sur le castor, une boutique et un espace jeu. Pour l'heure je n'ai eu l'occasion de m'y trouver qu'à deux reprises pour participer à des suivis chevêches.

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À notre arrivée, nous tombons sur une fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla). Il s'agit d'un mâle car sa calotte est noire, alors que celle de la femelle est brune. Insectivore, cette fauvette deviient granivore à l'automne avant de migrer afin de faire le maximum de réserves. Cependant, elle semble être décidée à passer l'hiver en France comme c'est de plus en plus le cas pour les oiseaux de son espèce, signe d'un changement de comportement.

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Elle se régale d'un kaki, fruit du plaqueminier du Japon (Diospyros kaki). Appelé aussi pomme d'or, on en compte plus de 1000 variétés, développée en Chine, lieu de sa domestication, et au Japon où il fût importé au 8e siècle. Sur les étales des marchées et dans les jardins on trouve deux cultivars : le kaki rond à la chair fondante et le kaki pomme à la chair ferme. C'est ce deuxième que je préfère et pour leque le me suis prise de passion.

DSCN6167Nous sommes alors fin octobre. Pas encore confinés mais déjà en surcis pour les sorties, nous profitons à fond de celle-ci. La ripisylve est encore verte, de nombreux arbres sont restés en feuilles comme les cornouillers sanguins (Cornus sanguinea) et les noisetiers sauvages (Corylus avellana). Le lierre et les ronces finissent de compléter le tableau. C'est dans ces buissons denses de lianes et d'arbrisseaux que les passereaux migrateurs font leurs dernières provisions. On peut aussi y trouver quelques espèces sédentaires qui profitent des dernières baies pour faire leurs réserves de graisse. D'ici quelques semaines, ce seront les baies de lierre grimpant (Hedera helix) et d'églantines (Rosa canina) qui prendront le relai pour nourrir les oiseaux. Au printemps, la grande majorité d'entre-eux prendra un régime d'insectivore, en particulier pour nourrir les oisillons qui ont besoin de beaucoup de protéines pour grandir vite.

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Sur la rive à laquelle nous sommes opposées, une troupe de pouillots véloces (Phylloscopus collybita) est en vadrouille. S'il n'est pas toujours aisé de les différencier à l'oeil d'autres pouillots, comme le pouillot fitis (Phylloscopus trochilus), le chant de cette espèce mais aussi, le fait d'être la seule non migratrice de cette famille dans ce secteur sont quelques éléments aidant facilement à le reconnaître, surtout à cette saison.

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Arrivés au second observatoire, nous avons une de nos plus belles surprises de l'année. Une femelle Martin-pêcheur d'Europe (Alcedo atthis) vient se poser à quelques mètres de la fenêtre pour rester plusieurs minutes sur une branche de saule. L'instant est magique, nous en prenons plein les yeux. On reconnaît le sexe à la couleur du bec : entièrement noir pour le mâle, noir dessus et jaune dessous pour la femelle.

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Piscivore, il se rencontre sur les rivières d'Europe, d'Asie, d'Océanie et d'Afrique du sud où se trouvent d'autres espèces de Martin assez similaires. Néanmoins, le Martin-pêcheur d'Europe est le seul à présenter un dos et un croupion bleu clair irisé, une gorge blanche et une jour orange à la fois. Le Martin-pêcheur huppé (Corythornis cristatus) présent dans les deux tiers sud de l'Afrique,le Martin-pêcheur vintsi (Corythornis vintsioides) présent à Madgascar, le Martin-pêcheur méninting (Alcedo meninting) ainsi que le Martin-pêcheur de Blyth (Alcedo hercules), tous deux présents en Asie du Sud, sont les quartre espèces avec lesquelles il peut être confondu.

DSCN6187Coup d'oeil depuis la digue. L'émetteur du Pilat est dans une lumière douce. Cumulant à 1361 mètres d'altitude, c'est le deuxième émetteur le plus puissant de France et c'est par lui que la télé et la radio arrivent de bien des foyers. C'est aussi un relai téléphonique pour 3 des 4 plus importants opérateurs français. En fonction depuis 1955, il est le point de départ de nombreuses randonnées à pied et en raquettes. Il est accessible par la montée au Crêt de l'Œillon, un circuit qui passe par l'un des sommets du Pilat du même nom, culminant à 1 364 mètres et situé juste à côté de l'émetteur. De là, il est possible de voir une bonne partie des Alpes mais aussi la Loire et au loin, le bassin lyonnais. Pour en revenir au Pilat, le massif est à cheval sur 4 départements : l'Isère, le Rhône, l'Ardèche, la Haute Loire et est accolé à la Loire. L'intérêt du massif réside dans sa grande diversité de milieux et de climats, ce qui permet sur un espace limité de rencontrer une grande diversité d'espèces, le pied pour les naturalistes en herbe que nous sommes.

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Les grands cormorans (Phalacrocorax carbo) rejoignent leur dortoir. Dans le feuillage jaune or des peupliers, on devinne sans mal leur plumage noir. Le dernier comptage date du 16 décembre 2020 - pas moins de 208 oiseaux ont pu être dénombrés. En janvier 2020 ils étaient entre 230 et 250 et en janvier 2019 environs 240. Reste à voir si l'effectif restera constant ou s'effondra avec l'augmentation des tirs en 2019 et 2020, au risque de voir à nouveau les populations de ce bel animal mal aimé retombé très bas comme ce fût il y a encore peu le cas.

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Toujours depuis la digue, nous continuons notre exploration de la végétation à la longue vue et aux jumelles. Nous tombons sur quelques hérons cendrés (Adea cinerea). L'espèce est commune sur tous les continents, à l'exception de l'Amérique Centrale où il est absent, de l'Amérique du Sud où il ne se trouve qu'au Brésil et de l'Océanie où il est absent au sud (Australie et ses îles). Au Groneland et au Svalbard il se fait assez rare.

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C'est un des plus grand échassier de France avec une taille d'un mètre et une envergure de deux mètres maximum. L'espèce se porte plutôt bien depuis sa protection totale même s'il continue d'être braconnée de manière épisodique, car accusé à tort d'avoir un fort impact sur la piscifaune. La destruction des sites de reproduction, les héronnières, est la principale menace qui plane sur l'espèce. La raréfaction des milieux humides est également un facteur pouvant mener dans certains secteurs à sa raréfaction, faute de proies.

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Nous jettons un dernier coup d'oeil. La nuit tombant, il est temps de rentrer chez nous. Une bergeronette grise (Motacilla alba) sautille sur les paliers de pierre polis par le fleuve. Opportuniste, elle cherche des insectes, des larves et des petits crustacés pris dans les infractuosités de la roche. Très commune, elle a réussie à s'adapter aux infrastructures humaines pour en faire son terrain de chasse et de nidification.

Départ pour Irigny. Nous reviendrons, si la situation le permet, pendant l'hiver pour observer les verdiers, les pinsons du nord, les mésanges aux mangeoires et avec un peu de change, le bouvreuil pivoine que nous cherchons tant. La liste des oiseaux du secteur est impressionnante et comporte de nombreuses raretés, il nous tarde d'ajouter quelques nouvelles espèces à notre carnet pour l'année 2021 en sillonnant les berges.

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jeudi 1 juin 2017

Semaine agricole : l’Île de la Chèvre.

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 Dernière étape de la semaine agricole au sein d'Agrotec : visite de l'île de la Chèvre et des rives opposées de l'île du Beurre afin de comprendre les échanges et dynamiques observées entre l'agrosystème et l'écosystème. L'objectif : comprendre les apports de l'un en vers l'autre, les bienfaits et méfaits de cet échange.

 

La Via Rhôna.

Elle s'étend sur plusieurs centaines de kilomètres et permet de suivre le Rhône de sa source jusqu'à la mer à pied ou à vélo. Ici elle serpente sur la rive opposée pour ne pas perturber la faune et la flore de l'île du Beurre. Néanmoins il est possible d'y observer des orchidées rares comme l'épipactis du Rhône (Epipactis rhodanensis).

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L'île de la Chèvre.

 Attenante à l'île du Beurre, elle s'en différencie par le fait qu'elle est accessible au public et qu'elle est cultivée de manière plus ou moins intensive ce qui a des répercussion sur la zone naturelle toute proche, notamment par l'impact des bâches plastiques. Les cultures sont également impactées par la faune sauvage qui transite à proximité, en particulier par le castor et le sanglier. Tout l'enjeu des gestionnaires est de trouver le bon équilibre. 

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 La héronnière.

Le long de la Via Rhôna, côté île du Beurre, il est possible depuis un observatoire cossus, de regarder les hérons nidifier et élever leurs petits. Une quarantaine de couples nichent ensemble dans ce que l'on nomme une héronnière. Il est possible de voir les oisillons éclore, êtres nourris par leurs parents et prendre leur envole.

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La petite faune.

L'enthomofaune est encore mal connue dans de nombreux sites naturels, en particulier pour tout ce qui touche aux araignées et aux opilions. Leur détermination est complexe et peu de professionnels sont spécialisés dans ce domaine. De ce fait tous les ans de nouvelles espèces sont découvertes sur le territoire français.

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Le lentin tigré (Lentinus tigrinus).

Il est présent sur une grande partie du globe mais reste peu courant localement. On le reconnaît à son chapeau blanc aux écailles brunes, à ses lamelles étroites et à sa chair blanche élastique. Il pousse sur bois mort, en particulier des essences à bois tendre comme le peuplier, de préférence dans les zones humides. 

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Le vulcain (Vanessa atalanta).

Lui aussi a pour hôte au stade de chenille l'ortie dïoique (Urtica dïoica) et les urticacées proches. On le reconnaît aux motifs blancs et orangés de ses ailes noires. Dans certaines régions il est sédentaire, d'en d'autres il migre, en particulier dans les zones où l'hiver est plus rude comme dans les Alpes ou les Pyrénées. 

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L'action des vignes.

Les coteaux et vignobles surplombent les deux îles. Remis en terrasses il y a peu, leur défrichement commence à avoir des répercussions graves sur les écosystèmes et agrosystèmes. Le lessivement des sols par les eaux de pluies entraîne peu à peu la sédimentation en contrebas des canaux essentiels au fonctionnement des îles.

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Le mot de la fin.

Journée intense avec une belle montée dans les vignes pour observer le paysage. Il est toujours difficile de concilier environnement et économie humaine et pourtant, si le premier peut parfaitement tourner et fonctionner seul, ce n'est pas le cas de la seconde qui ne peut subvenir à ses besoins par elle même. Cela rappel que les questions d'écologie sont également des questions économiques essentielles au fonctionnement de nos sociétés.

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