jeudi 9 mai 2019

La petite Camargue, un autre visage de l'Alsace.

DSC06842

En passant par la petite Camargue :

 

Quand on évoque l'Alsace, on pense immédiatement à la choucroute, à l'accent et au Baeckeoffe pour resté encré dans le cliché. On oublie souvent trop vite la faune et à la flore incroyable de cette région et en particulier, ses oiseaux.

DSC07011

Le lieu est calme, les oiseaux nombreux. Sur une des étendues d'eau, à la tombée de la nuit, nous observons quelques dizaines d'oies cendrées sauvages (Anser anser), nos premières de l'année. Elles trouvent ici dans la réserve de Port Saint Louis, à la limite de la Suisse, un refuge bien mérité. Malmenées par les hommes et leurs loisirs douteux, elles peuvent vaquer en toute quiétude à leurs occupation sous le regard des familles, des promeneurs et des amoureux de nature. Le pacte est conclu, nous reviendrons le lendemain pour découvrir les merveilles de ce site semble-t-il, unique.

DSC06845          DSC06867

Les voilà, les belles oies sauvages, celles qui font couler l'encre et déchaîner les passions. Certains voudraient les tirer pendant leur retour de migration, là où les oiseaux sont fragiles et faciles d'atteinte, sans tenir compte des dégâts que cela pourrait occasionner aux autres espèces. Cette année encore il aura fallu batailler contre des envies et des décisions à visées électoralistes, fort éloignées des attentes de la population sur la question de l'environnement. De nouveau les tirs ont été interdits pour février mais qu'en sera-t-il pour 2020 ?

DSC06986

Deux canards chipeaux (Mareca strepera) prennent un peu de repos à l'écart du brouhaha ambiant qui se dégage des étangs. Ternes au premiers abords, ils sont avérés plein de surprise en nous dévoilant un très joli miroir blanc quand ceux-ci se sont affères à leur toilette. Si les effectifs des migrateurs de passage en France augmentent, bouleversement climatique oblige, ceux des nicheurs locaux semblent d'éffondrer à vitesse grand V.

DSC06793

Reliquats d'un nid tombé du creux d'un arbre. Sa forme ronde pourrait presque faire croire qu'il s'agit de celui de mésanges à longue queue. L'édifice est d'ordinaire rond, souvent couvert de lichens ce qui le rend imperceptible. Le temps à fait son oeuvre, et le nid n'est plus.

DSC07018

En parlant de mésange à longue queue (Aegithalos caudatus), la voici. Son plumage noir, blanc et rose et ses longues rémiges qui composent les plumes de la queue ne laissent que peu de doute. Bien que nommée mésange, elle n'en est plus une ou du moins, la classification la range désormais dans une autre branche, lui préférant le nom d'orite à longue queue. C'est un petit passereau aux moeurs grégaires, se déplaçant souvent en bande pour chercher sa nourriture. On peut l'observer aussi bien en milieu boisé que dans les parcs et jardins pour peu qu'il y ait suffisament d'arbres et de nourriture.

DSC06824

Parmi les premiers oiseaux que nous observons, nous pouvons compter les ouettes d'Egypte (Alopochen aegyptiaca). Tout comme leur nom l'indique, ces oiseaux sont originaires de contrées situées beaucoup plus au sud. Naturalisés dans le nord de la France, nous avons pu les voir barbotant dans l'eau ou posés sur les hautes branches des arbres morts qui composent une partie du marais. C'est la seule espèce d'Alopochen non éteinte.

DSC06911

Le grimpereau des jardins (Certhia brachydactyla) nous fais également honneur de sa présence et de sont chant. Discret, on le différencie de son cousin des forêts (Certhia familiaris) par ses mélodies. Explorant inlassablement les troncs à la recherche d'insectes et de larves, cette petite boule de plumes ne se laisse pas approcher facilement.

DSC06886

Une autre très belle rencontre a marqué notre périple, celle d'un puis de plusieurs couples de bièvres harles (Mergus merganser). C'est un des rares canards à consommer du poisson, le plus souvent des individus de 5 à 10 centimètres. Il complète souvent son régime alimentaire d'invertèbrés. Cette particularité explique les crans de son bec et le bout légèrement croche de celui-ci. La distinction entre les deux sexes est aisée, le mâle ayant la tête d'un vert métallique alors que la femelle abordera livrée rousse. Il faut 90 à 100 jours aux adultes pour mener à bien la couvaison des oeufs et l'élevage des petits pour en faire des adultes capables de se débrouiller seuls.

DSC06965            DSC06973

Deux espèces communes se régalent des pommiers d'ornements longeant le site. À gauche on trouve la magnifique grive litorne (Turdus pilaris) et à droite, son cousin le merle noir (Turdus merula) car les deux espèces appartiennent à la même famille, celle des Turdidés. Alors que chez cette grive les sexes sont indissociables au premier coup d'oeil, chez le merle il en est tout autre chose, le mâle ayant un plumage noir et un bec jaune, la femelle des plumes roussâtres et un bec grisâtre, chose observée également chez les jeunes mâles.

DSC06832

Parmi les hérons cendrés, les buses variables, les geais des chênes, les mésanges bleues et les grands cormorans, il y a un toujours un oiseau qui détonne et attire mon oeil. La grande aigrette (Ardea alba) figure parmi ceux-ci et est l'un des plus beaux et majestueux animaux que je connaisse. Cet échassier gracile figure parmi les grands volatiles de France avec une taille d'un mètre pour 170 centimètres d'envergure. Tout chez elle respire l'élégance : son plumage immaculé, son bec flamboyant vert et jaune et ses longues pattes délicates. 

DSC07006            DSC06977

Voilà un article pour conclure les actions de l'hiver. Vous l'aurez sans doute remarquez, ici c'est le calme plat. Ma vie professionnelle et associative est plus intense que jamais et je coure après le temps pour boucler tous mes projets. Les mails non lus s'accumulent, tout comme les kilomètres, les nouvelles amitiés et les envies d'articles qui ne peuvent voir le jour. Patience, la mi-juin devrait apporter un peu de répit pour rédiger à loisir.

DSC06791


lundi 8 avril 2019

Entre noire forêt et forêt noire.

DSC06618

Entre Alsace et Allemagne

Le temps est glacial et pour cause, nous nous trouvons au nord du pays, quelques part entre la frontière allemande et française. C'est l'occasion de découvrir cette région que je foule pour la première fois et que je ne connais qu'à travers mon écran et les nombreux livres que comporte notre bibliothèque. Peut être aurai-je bientôt l'occasion de vous parler d'eux. En attendant, retour sur l'Alsace et ses charmes.

DSC06778

À Münster, nous nous arrêtons sur le marché, histoire de prendre quelques pots de miel de sapin. Dans des troncs d'arbres fraîchement débités, se consument des braises qui ont le mérite de réconforter nos doigts givrés. De temps à autre, des branches de sapin bien vertes sont ajoutées au foyer. Un douce odeur de forêt et un nuage de fumée s'élèvent alors du feu. La forêt, parlons en justement. Nous avons pu prendre plaisir à découvrir de grands boisements péri-urbains où la faune où les corneilles noires, les écureuils et l'épervier se croisent dans la brume.

DSC06626

Petite excursion en Allemagne, aux portes de la Forêt Noire. Tout est givré. Ce massif montagneux, nommé Schwarzwald en allemand, connu plusieurs noms comme celui d'Abnoba mons à l'antiquité (Abnoba étant une divinité celte protectrice de la faune). Peu élevé, le plus haut sommet culmine à 1415 mètres d'alittude. Il est néanmoins plus froid que nos petits massifs du fait de sa latitude, ce qui permet d'observer une flore toute nouvelle pour moi, enfin, pour les rares tiges et feuilles qui ne sont pas prises par le gel.

DSC06551

Rien n'a été épargné, pas même le houx d'Europe (Ilex Aquifolium) ou le sapin pectiné (Abies alba) aux aiguilles pétrifiées. Pouvant pousser sur les sols acides jusqu'à 1500 mètres, le houx se plaît bien ici au milieu des roches granitiques, d'autant plus que l'on retrouve tout le cortège habituel : myrtilles, sapins et épicéas, airelles, germandrées scroïdoines et j'en passe. D'ailleurs, nos Voges ne sont pas différentes et ne se distinguent de la Forêt Noire que de part le fossé qui les séparent. Celui-ci s'est formé il y a 65 millions d'années. Bordé de forêts alluviales, il est devenu aujourd'hui le lit du Rhin et une aire capitale pour l'agriculture.

Cependant, le massif ne peut être réduit à son domaine forestier. On y trouve des tourbières d'altitude comportant une grande diversité d'espèces, pour certaines rares, ce qui a valu au site de prendre le statut de réserve de biosphère, lui permettant de faire face par des mesures de protection à l'urbanisation galopante.

DSC06602     DSC06549     DSC06564     DSC06626

Nous quittons le brouillard et les routes enneigées pour redescendre en plaine et observer nos premières cigognes blanches (Ciconia ciconia) de l'année. Si la plupart d'entre elles migrent vers l'Afrique, il n'est pas rare d'en croiser quelqu'unes restées en Europe pour passer l'hiver. Bien souvent il s'agit d'oiseaux trop faibles pour voyager, ou bien acclimatés à la région, soit par l'abondance de nourriture ou par les soins qui leur sont prodigués.

DSC06515

Passage par Colmar, appelée localement et affectueusement la "Petite Venise Alsacienne" en raison de ses canaux navigables à barque entourés de maisons à colombage. Mentionnée dès le 9e siècle, les demeures anciennes, les hauts remparts et les monuments imposants qui composent la ville attestent de son ancienneté, sans parler des vestiges antiques régulièrement mis à jour et qui font le bonheur des archéologues.

DSC06756          DSC06757

DSC06674

Les bois de Mulhouse se font avares en plantes remarquables ou remarquées. L'hiver est passé par là, il faut s'y faire.Champignons rougis et feuilles de ronces naissantes sont tout autant de flashs colorés qui attirent notre regard au rythme de nos pas dans le sous bois, cassant pour quelques instants la morne grisaille qui règne ici et qui pendant ce séjour, ne nous quittat pas une seule fois, hormis à notre départ pour d'autres contrées.

DSC06539     DSC06644     DSC06660     DSC06767

Avant de regagner notre petit appartement, nous faisons un crochet par le vert Jura, montagne que nous connaissons peu mais que nous rêvons de parcourir et, pourquoi pas, d'atteindre le sommet. L'occasion était trop belle pour ne pas poser un ou deux pieds dans les grandes forêts de conifères qui en sont caractéristiques et qui abritent de nombreux animaux comme le lynx, le tétras ou la gélinotte des bois, des animaux rares.

DSC07042

Un panneau interpella notre regard, au fond d'un cirque, se cache une immense cascade entourée de tufières. Cela ne va pas me rappeler les paysages de ma verte Chartreuse.

DSC07048

Peut être est-ce pour cela que nous sommes tant attirés par ce massif. Sur le chemin, nous sommes interpellés par les vestiges de vieux moulins à grain et à papier, profitant de la force de l'eau pour moudre le blé et la fibre de bois. Aujourd'hui il n'en reste que quelques pierres, de vagues souvenirs et des dessins au fusain sur une toile. Il me tarde de quitter ce grand froid pour vous parler des fleurs de printemps, des oiseaux nichant au nid, des actions du groupe jeunes LPO Rhône, de mon travail, des suivis d'amphibiens et de rapaces nocturnes mais avant cela, un détour par la Petite Camargue nous attends, à la frontière Suisse, vers les vertes étendues de Port Saint Louis. Il faudra néanmoins attendre le prochain article pour découvrir cette zone humide d'exception, qui fait le bonheur des limicoles, des oies, des harles bièvres et des canards sauvages.

DSC07030     DSC07039     DSC07045     DSC07058