dimanche 19 avril 2020

Retour au source : le jardin famillial.

DSCN1504L'Isère, la Valdaine et les coteaux de l'Ainan. C'est là que j'ai grandi et c'est là aussi que j'aime retourner de temps à autre pour me ressourcer. Situé non loin de la Savoie, le site se caractérise  par ses vallons verdoyants, ses forêts mixtes à tendance feuillus, son histoire méconnue et ses torrents.

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Autant vous dire que je reprends des habitudes de sauvageonne quand j'y arrive, à parcourir les paysages à la recherche d'animaux, de fleurs et de champignons. C'est le moment de mettre ces quelques jours de mars par écrit et de redécouvrir le charme de la région. J'ai toujours l'impression qu'il est difficile de raconter une histoire quand il s'agit de nature à cette saison. Les couleurs sont à mon goût un peu ternes. Heureusement les oiseaux hivernaux et les premières feuilles préparant le printemps sont là pour relever la gamme.

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Pas de morilles pour nous cette année mais leur cousine, la pézize veinée (Disciotis venosa). Si elle n'en possède ni l'aspect et ni l'odeur, elle s'en approche un peu par le goût. Appréciant des biotopes similaires, ce champignon pousse sur les sols calcaires, humifères, à tendance humide, en lisière de bois et en sous-bois quand ceux-ci se composent d'arbres hôtes que sont les noisetiers communs, les frênes élevés et les pommiers.

DSCN1286C'est aussi le moment de ramasser les pézizes coccinées (Sarcoscypha coccinea), à moins que ce ne soit celle d'Autriche (Sarcoscypha austriaca). Pour les différencier, il faut observer les petits poils situés sur son dos, ce que je n'ai bien sûr pas fait. Cependant la première est plus rare, pousse en plaine sur les sites peu fréquentés, là où la seconde aime se faire plus abondante, en particulier en altitude sans craindre les lieux de passage.

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Voilà que les galants des neiges, autrement dit les perces-neiges (Galanthus nivalis) pointent le bout de leur nez. Plantés part les aïeuls, ils forment désormais un immense tapis immaculé à l'arrière d'un des champs attenant à la maison familiale. Il faut savoir que l'espèce, quand elle est sauvage, est à l'heure actuelle protégée uniquement en Isère. Cela tombe bien, nous nous y trouvons. Ce statut mériterait d'être étendue à d'autres départements.

DSCN1288Sur un talus pousse du tussilage pas-d'âne (Tussilago farfara). Pas d'âne en raison de ses feuilles qui rappelleraient la forme d'un sabot laissé dans la boue. Néanmoins, il faudra attendre la fenaison pour les voir sortir, les fleurs étant les premières à apparaître. Celles-ci se transformeront en jolis pompons blancs dont le vent emportera au loin les graines, portées par leur aigrette blanches et duveteuse. Son nom scientifique de farfara désigne le peuplier qui partage des feuilles semblable à celui-ci. D'ailleurs, on peut sur la photo en voir quelques unes défraîchies au sol. Le tussilage aime les sols frais voire ruisselants, pauvres en matière organique et perturbés, ce qui en fait bien souvent une plante pionnière. S'il est commun et présent naturellement en Europe, son arrivée toute récente en Amérique ne permet pas toujours de bien le localiser. Importée par les colons pour ses propriétés médicinales, l'espèce s'avère invasive.

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Je ne pouvais pas passer à côté ! L'hellébore fétide (Helleborus foetidus) est ma plante à fleurs préférée, ne serait-ce que pour les nombreux surnoms qu'on lui donne. Patte de griffon, patte d'ours, griffe de lion, herbe aux fous ou rose de serpent, elle a de quoi faire travailler l'imaginaire. On ne s'aventurera pas pour autant à la tester, la belle étant toxique. D'ailleurs les grecs anciens l'employaient en décoction pour soigner la folie. Un remède bien inefficace hormis si on estime que la mort est une solution à part entière pour mettre fin à la maladie.

DSCN1366Il y a tellement de fleurs du jardin à vous présenter, comme celles du cogniassier du Japon (Chaenomeles japonica). Importé en Europe pour sa belle floraison rose, on s'est peu à peu aperçu que non seulement, il contractait facilement le feu bactérien, mais aussi qu'il le transmettait sans mal. Interdit pour ces raisons en Suisse, en France on le trouve encore ici et là dans les jardineries à destination du grand public.

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Autour de la mangeoire, c'est la pleine effervescence. À gauche, une petite mésange noire (Periparus ater), reconnaissable à sa taille, sa calotte noire, à ses deux taches blanches à l'arrière de la tête et à son absence de cravate noire. À droite, une mésange boréale (Poecile montanus), à moins qu'il ne s'agisse d'une mésange nonnette (Poecile palustris), contemple la scène depuis une branche de noyer commun (Juglans regia).

DSCN1450Un merle noir (Turdus merula) balourd vient se poser. C'est un beau mâle que l'on reconnaît à son plumage noir ainsi que son oeil cerclé de jaune et son bec orangé. Omnivore, il aime tout autant se nourrir des graines mises à disposition que des restes des vieux fruits du verger ou des escargots et autres invertébrés qui se sont mal dissimulés pour passer l'hiver. Territorial, il semble cependant en cette période plus tolérant.

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Deux autres mésanges font aussi leur entrée, la mésange charbonière (Parus major) à gauche qui s'identifie à sa tête noire, ses joues blanches, son ventre jaune et sa cravate noire. On fait facilement la distinction avec la mésange bleue (Cyanistes caeruleus) à la calotte bleue et à la cravate noire presque inexistante. L'une et l'autre ont pour habitude de vivre en bande en dehors de la période de reproduction.

DSC08893Éloignons-nous du jardin pour prendre les chemins de campagne. Les alentours sont calmes et nous ne voyons ni le cul blanc d'un chevreuil, ni le vol d'un rapace, tout juste quelques tambourinements et cris de pics en lisière. L'hiver est bien là même si la neige est absente.

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J'ai toujours peine à croire que lorsque je marche ici, je ne me trouve pas sur le plateau calcaire de la Chartreuse bien qu'elle soit très proche, mais bien sur une langue rocheuse du Jura façonnée de part et d'autre par les glaciers. Qui l'aurait cru ? La topographie de la Valdaine est toute particulière. Située à l'extrêmité des terres froides, elle ne se trouve qu'à quelques pas de la Savoie. C'est là que certaines peuplades d'allobroges sont venues s'intaller, laissant de nombreux vestiges religieux mais aussi de vie courante comme des maisons fortes ou des mottes cadastrales. Certains patelins portent d'ailleurs encore des noms celtes.

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Levons les yeux au ciel. Un milan royal (Milvus migrans) passe au dessus de nos tête dans le ciel strié de nuage. C'est le premier que nous voyons de l'année en Isère, nous sommes ravis. Oiseaux migrateurs, une petite partie d'entre eux reste l'hiver dans le Massif Central. La migration débute tout juste, et nous espérons en voir bien d'autres nous survoler, un peu comme ce que nous avons pu vivre l'an dernier en mars à Miribel Jonage.

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Partons encore plus loin, dans les marais de la Valdaine qui depuis peu sont devenus une extension de la zone Nature 2000 du marais de Chirens où pousse la si rare liparis de Loesel (Liparis loeselii). C'est pourtant  une plante plus commune et tout aussi fascinante que je vous présente ici, le lamier maculé (Lamium maculatum). Si ses feuilles ne sont pas toujours maculées de blanc, ses grosses fleurs roses ne trompent pas.

DSCN1298Passage par l'étang de pêche accolé à l'Ainan, la rivière qui traverse notre petite vallée. Dans les canaux annexes, les grenouilles agiles (Rana dalmatina) sont venues pondre et des centaines d'oeufs flottes à demi-immergés. C'est un garde-mangé précieux pour les tritons alpestres (Ichthyosaura alpestris) qui trouvent là une précieuse ressource de nourriture, en particulier pour les femelles pour assurer leur propre ponte.

DSCN1305Saint Geoire en Valdaine, le village de mon enfance. Bastion catholique, il sera un des villages engagés dans la lutte contre l'influence huguenote. On compte même à la fin du 16e  une attaque  de 80 huguenots contre château de Longpra qui en réalité est une maison forte. La prise sera un échec et mise à mal avec l'aide du château de Virieu et de ses gens.

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Même pendant la révolution, le village reste fidèle à la religion, se tenant éloigné de la révolution. Le corps religieux présent est dit de clergé réfractaire, s'opposant au clergé jureur, celui qui embrassa le constitution civile du clergé qui remaniât profondément les instances religieuses françaises. Persécutés, exilés ou même assassinés, les prêtes tombent alors dans la clandestinité, pratiques la messe en secret et vivent caché au château de Longpra.

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Retournons à nos sentiers boueux. Si les mammifères ne se présentent pas à nous, ils laissent des traces bien marquées de leur passage. Chevreuils, sangliers, écureuils et hérissons semblent avoir profité de la nuit pour partir en vadrouille. C'est un exercice passionnant que celui de trouver un animal avec les indices de présence qu'il peut laisser sur sa route. Et dire que jusqu'en 1992 la loutre d'Europe (Lutra lutra) était présente ici !

DSCN1374Encore un petit tour par la monde des champignons. Sur un vieux sureau noir (Sambucus nigra) pousse des oreilles de Judas (Auricularia auricula-judae). Comestible, l'espèce tiens son nom de sa drôle de forme mais aussi du fait qu'elle pousse souvent sur les sureaux et les noyers, deux arbres réputés pour avoir été la potence à la quelle Judas se serait pendu suite à sa trahison en vers Jésus et ses disciples.

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Des tâches jaunes illuminent la campagne. Le narcisse jaune (Narcissus pseudonarcissus), souvent appelé jonquille bien que ce nom soit dédié à une autre espèce (Narcissus jonquilla), aime se développer en grandes touffes en lisière, en forêt voire dans les champs au sol riche. La primevère acaule (Primula acaulis) est plus discrète et se plaît sur les talus, toujours un peu humides et de préférence ombragés.

DSCN1301À l'autre bout du champ, un tarier pâtre (Saxicola rubicola) nous observe. Tête noir, collier blanc et poitrine rose, on a bien à faire à un mâle. L'hiver il déserte le secteur pour rejoindre le sud et l'ouest, comme nous avons pu le voir pendant notre virée du côté de la Camargue et des marais d'Istre. Les mâles ont pour habitude de toujours se mettre en hauteur et d'agiter les ailes et la queue pour se faire remarquer des femelles.

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Retour au jardin. Moustique le chat se ballade dans les branches.J'ai beau aimer les chats et particulièrement celui-ci que nous avons recueilli alors qu'il n'était pas encore sevré et qu'une fin funeste l'attendait, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il participe à la disparition des oiseaux du jardin. Chaque année en France, les chats domestiques provoquent la disparition de 12 millions d'oiseaux, un chiffre dramatique et alarmant.

DSCN1482Des anémones des jardins fleurissent un peu partout à proximité des jardins des anciens, souvenir et témoignage que dans les jardineries, il y a des modes aussi.

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Le rosier que j'ai toujours connu et qui doit avoir pas loin de 29 ans change. Le greffon prend le dessus et aborde désormais à la fois des fleurs roses et d'autres rouges. Ce dernier n'a pas la  vivacité du rosier au fond du jardin, qui n'a jamais vraiment grandi. Planté par ma grand-mère à ses 7 ans, elle aborde aujourd'hui ses 93 printemps. Je vous laisse calculer l'âge du dit rosier. C'est ce que j'aime dans le jardin de mes parents, que ce soit les fleurs ou les fruitiers, ils sont le vestige d'un temps passé.

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Toujours à la mangeoire, il y a entre un et trois pinsons du nord (Fringilla montifringilla) qui viennent chercherl le graillon. Un rapide tour sur faune.france.org nous indique que chez le chalet voisin, une trentaine d'entre eux ont pris position des arbres. Nous ne sommes pas déçu. C'est un vrai spectacle. Nous en profitons à fond.

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En effet, l'espèce est migratrice et regagnera bientôt le grand nord pour nicher. Aimant les hêtraies, ils trouvent refuge dans la forêt toute proche, une hêtraie-sapinière. Granivores, ils trouvent leur bonheur auprès des herbes folles et des champs de céréales dont à l'hiver ils trouvent ça et là des grains non prélevés par la machinerie agricole. Bien sûr, les faînes font en grande partie de son alimentation, jusqu'à 11 grammes par jour.

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Marche au petit matin, quand l'obscurité se retire peu à peu. Le frais nous motive. Nous prenons la route pour partir à 2 kilomètres de là pour aller flâner le long du lac de Saint Sixte. Nous sommes accueillis par un rougegorge famillier (Erithacus rubecula) chantant à plein poumon. Enfin, la période de reproduction commence pour de bon, les oiseaux content leur amour et défendent leur territoire avec beaucoup d'ardeurs.

DSCN1496La encore, il s'agit d'un lieu de légende. La petite église par exemple, elle fût construite sur un temple romain dédié à Dionysos et, qui peut être, se trouve lui même sur un site païen. Connu des gens du coin, un passage défilé permet d'accéder à une partie des fondations de l'édifice, marqués du 12e siècle. Si aujourd'hui elles n'ont rien de particulier à montrer, elles furent pendant longtemps le lieu où les saintes reliques furent entreposées.

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En regagnant notre automobile, nous croisons deux symboles du printemps. La bergeronette grise (Motacilla alba) bien qu'elle ne soit qu'une migratrice partielle, s'agite particulièrement à l'approche des beaux jours. Elle sera bientôt rejointe par les hirondelles des fenêtres (Delichon urbicum) qui aiment visiblement le quartier à la vue du nombres de nids en torchis présents sous le toit des granges et des vieilles maisons.

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De nouveau nous changeons de paysage, une dernière fois. Nous voilà à Velane, une autre part importante de mon enfance. Les forêts sont plus acides, faites de châtaigniers, de sapins et comme toujours, de hêtres. C'est l'endroit rêvé pour courir les champignons comme la girolle, la trompette ou le pied de mouton, mais aussi grimper aux arbres, récolter quelques morilles près des ruisseaux et construire des cabanes.

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Dans le ciel nous observons un sepctacle fauleux. Un pompe s'est formée. C'est le nom que l'on donne au vol circulaire des osieaux quand ils se placent dans les termiques pour s'élever dans les airs. Ici plusieurs espèces se mêlent, à savoir deux buses variables (Buteo buteo) et sept milans royaux (Milvus milvus). Nous pouvons à loisirs les regarder depuis le sommet de la tour du Sacré Coeur qui devient pour l'occasion un poste d'observation.

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Comparons un peu les deux. À gauche, le milan royal avec sa queue en V, sa tête bleue gris, son corps brun et ses deux grandes tâches blanches sous les ailes. À droite la buse, aux ailes et à la queue ronde, au corps brun et au poitrail portant un grand V blanc. Cela ne suffit, la buse variable portant bien son nom. Certaines sont parfois entièrement blanches, d'autres portent du blanc sous les ailes. On s'attachera alors à observer la silhouette.

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L'heure du départ se fait sentir. À la tombée de la nuit nous faisons un rapide tour dans le jardin. Surprise, un bruant zizi (Emberiza cirlus) chante dans un bosquet de ronce. L'an dernier pendant l'été, nous avons pu observer un couple et leur petit faire leur vie dans le bosquet dans la clématite des haies (Clematis vitalba). Matin comme soir il chante du haut de son perchoir où il se dissimule au passage de la buse et du crécerelle.

Au revoir la campagne. Nous reviendrons aux beaux jours, quand nous pourrons de nouveaux sortir de nos logis. Peut être raterons nous le printemps, mais cela ne serait nous éloigner des prés si verts, des forêts de hêtres et de sapins mais aussi des lacs dans lesquelles nous plongerons avec plaisir cet été. En attendant, nous laissons notre regard se perdre dans le ciel bleu qui couvre notre petit appartement urbain.

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vendredi 27 décembre 2019

L'Isère au fil des saisons.

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Voici un an de sorties en Isère pour l'année 2019. Un an à explorer le jardin familliale, les sous bois, les lacs alentours, les marais et les petites villes de campagnes.

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Un an que je suis heureuse et fière de vous présenter ici. Il n'a pas été facile de choisir les photos ni de sélectionner les meilleures des anecdotes que nous avons pu vivre pendant cette année chargée en émotions. Ne voulant pas un article à rallonge, je m'arrêterai là.

 

L'hiver, la neige et les oiseaux.

Aux portes de la Chartreuse, à plus de 500 mètres d'altitude, il fait parfois froid. En 2014 puis en 2017, nous avons parfois frôlé le -17°C, autant vous dire qu'il faut être bien équipé. Néanmoins la tendance est au redoux et les épisodes neigeux sont de plus en plus rares. Il est à crainte que d'ici moins d'une décennie, il n'y en ait plus.

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Les comtois, chevaux communs dans le coin, abordent un poil épais, celui-ci leur permet de faire face au froid. Ces animaux doux et dociles sont originaires des reliefs escarpés de Franche-Comptée et sont la race la plus commune à l'heure actuelle de cheveaux de traits. Leur origine remonte aux croisements de juments françaises avec des étalons germaniques. Solides, ils étaient utilisés par les chevaliers pendant les joutes.

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Les toits en contre-bas sont tout enneigés. Saint Geoire en Valdaine, village de mon enfance, se drape de blanc. Niché entre l'Isère et la Savoie, sa proximité entre Grenoble et Chambéry lui ouvre les portes des montagnes.

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Il tire son nom de la tradition chrétienne, le terme "Saint Geoire" faisant écho à Georges de Lydda, saint connue pour avoir selon la légende combattu un terrible dragon pour sauver une princesse Libannaise mais aussi, à l'évêque de Saint-Georges-de-Vienne qui mena les affaires religieuses sur le diocèse. Le terme "Valdaine" vient du français "val" désignant une vallée et du savoyard "nans" qui signifie "petit cours d'eau". En sommes la commune porte le nom poétique de "Vallée aux ruisseau de Saint Georges". Cette affiliation à un chasseur de dragons ne va pas sans faire écho au passé glorieux de la Valdaine, avec pas moins de 7 châteaux et maisons fortes qui émaillent le paysage. Parmi ceux-ci, l'ancien couvent qui accueilli pendant des siècles les filles des nobles familles et qui aujourd'hui fait office de mairie et le château de Longpras, une maison forte qui pendant la révolution française abritât les clés des portes de Versailles. Une légende veut même qu'un poulain noir diabolique hanteraient les lieux.

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Remontons sur les collines tant bien que mal, une vingtaine de centimètres de poudreuse étant tombée, nous faisons le chemin aller-retour entre la maison et la boulangerie à pied. Ce sont 2 kilomètres qui nous séparent des baguettes fumantes et de croissants frais du matin, autant vous dire que nous mettons pas longtemps.

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Cachée dans un arbre, une buse variable (Buteo buteo) veille sur une branche. Chassant les petits oiseaux, les lézards, parfois les insectes mais avant tout les micro-mammifères tels que les mulots, les campagnols et les souris, elle peut en cas de mauvais temps comme ce jour là, quand le vent souffle et la neige tombe, se rabattre sur les carcasses d'animaux morts, les vers voire des baies, même si cela reste plutôt rare.

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Avec l'hiver, les arbres se trouvent privés leurs feuilles. C'est alors un de meilleurs moments pour observer les oiseaux sédentaires et en particulier les granivores qui s'approchent des maisons.  À gauche, le verdier d'Europe (Chloris chloris) qui porte si bien son nom avec son plumage vert. À droite, un de mes oiseaux préférés, le pinson du Nord (Fringilla montifringilla), qui quitte les pays du Grand Nord pour nous rejoindre.

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Crise du logement à la mangeoire. Moineaux domestiques, mésanges bleues, mésanges huppées, mésanges noires, mésanges boréales, verdiers d'Europe, chardonnerets élégants, pinsons du nord, pinsons des arbres, sitelles torchepots, accenteur mouchet ... il y a du monde au balcon ! Il est toujours important de rappeler que sur ce type de mangeoires à plateau, il faut nettoyer régulièrement l'aire de nourrissage, les oiseaux marchant sur les graines et pouvant avec leurs pattes et l'humidité, apporter des éléments pathogènes dangereux.

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Problème, les oiseaux ne sont pas seuls dans le jardin. Les chats sont tout aussi présents. Le dilemme est fort. Bien que castrés et nourris, ils font acte de prédation de temps à autre. C'est toujours dur de l'entendre mais les chats sont responsables d'un désastre écologique.

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Australie, îles lointaines, Amérique du Nord, Europe ... tous les continents sont touchés. Introduit par l'Home, on ne peut en vouloir à l'animal de posséder un instinct de prédateur affûté. Cependant on peut s'indigner du comportement de certains propriétaires. Félins non castrés, portées laissées à elles mêmes et donnant des individus farouches et errants ... c'est en partie la reproduction non contrôlée des chats qui explique leur forte expansion et les dégâts importants causés sur la faune, à savoir les petits rongeurs (ce qui ne semble pas émouvoir grand monde) mais aussi les reptiles et les passereaux dont les effectifs sont en chute libre. Le propos n'est pas d'érradiquer les chats, étant une grande amoureuse des petits félins moi-même, mais de changer notre regard et nos comportements liées aux animaux de compagnie.

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La météo annonce du redoux, vite, enfilons les bonnets et jetons nous dans la neige avant qu'elle ne disparaisse. La vieille luge n'est pas habituée à la poudreuse, d'ordinaire le manteau neigeux sur lequel nous glissons est gelé, les glissade se faisant le plus souvent le matin après que les flocons soient tombés toute la nuit. Ce n'est pas grave, nous nous tournons vers un équipement plus moderne pour dévaler les pentes.

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Voilà, le paysage reprend ses teintes grises et mornes. Nous partons pour Grenoble et plus précisément au Bois de la Bâtie nommé aussi Bois Français. Cet ENS (Espace Naturel Sensible) est réputé pour sa faune mais aussi pour la zone de loisir qui se trouve à proximité. Ancien bras mort de la rivière Isère, les étangs qui composent le site sont également connus pour leurs poissons qui attirent les pêcheurs et les oiseaux d'eaux.

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Nous ne croiserons que peu d'espèces. Quelques passereaux, deux cygnes tuberculés (Cygnus olor), un vol de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) et de joyeuses foulques macroules (Fulica atra). Bruyantes, on les reconnaît à leur plumage noir et à la tâche blanche qui surplombe leur bec robsute de la même couleur. Elles aiment les eaux calmes, en particulier les lacs, les marais et les zones humides forestières.

La fin de l'hiver sonne déjà et nous ne percevons pas le passage au printemps, le mois de février ayant défrisé la chronique avec des températures similaires à une fin mars voire, un début avril. D'ailleurs, 2019 est à l'heure actuelle l'année la plus chaude jamais enregistrée depuis que l'Homme est en capacité de faire des relevés.

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Le printemps, ses chants et ses fleurs.

Du vert de partout, c'est une explosion et cela fait bien plaisir. Fini l'hiver, bonjour le printemps. C'estl e temps des fleurs, des amours et de la reproduction pour un grand nombre d'animaux. Sortant en affût, nous avons espoir dans croiser quelques uns tout en ayant plaisir à récolter les premiers fruits de la saison.

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L'égopode podagraire (Aegopodium podagraria) est une plante souvent maudite car considérée comme une mauvaise herbe qui aime envahir les jardins. C'est aller bien vite et oublier le passé historique de la belle. Importée en Gaule par les romains pour sa culture rapide et facile, elle s'en retourna à la nature et fût peu à peu oubliée des hommes. Pourtant elle reste excellente en salade, soupe ou gratin avec son petit goût de céleri.

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Si j'aime le printemps c'est avant tout pour eux, les champignons ! Cette année nous avons ête peu chanceux du côté des morilles (Morchella) et nous nous sommes tournés vers leurs cousins moins réputés mais totu de même réputés, les morillons à semi-libres (Mitrophora semilibera), qui depuis peu sont classés dans la classe des morilles.

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On le reconnaît à son pied blanc, fragile et élancé, à sa chaire mince à la saveur douce et qui jaunie à la coupe, et à son petit chapeau brun et alvéolé qui ne dépasse que rarement les 5 centimètres. Il exalte une légère odeur de champignon qui devient plus forte au fur et à mesure qu'il vieilli. Son nom de semi-libre vient de l'insersion du pied qui se fait à la moitié du chapeau, laissant la partie inférieur libre. On le distingue ainsi des verpes (Verpa) dont le pied est soudé au sommet du chapeau et des morilles dont le leur est soudé à la base du chapeau. Excellent comestible, il faut bien le cuire pour le consommer, au moins 15 minutes  à plus de 70°C.

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Le récolte est belle, les sachets de tissus que nous avons apportés avec nous dans le cas d'éventuelles récoltes nous sont fort utiles. Depuis, j'ai pu me munir d'un très beau panier en châtaignier, essentiel pour bine préparer la cueillette de champignons de cet automne qui s'annonce formidable. En tout et pour tout ce sont environs 70 morillons que nous récoltons ce jour là dans les herbes hautes, sous les frênes du champ attenant à la maison.

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Les frênes communs (Fraxinus excelsior) et les noisetiers communs (Corylus avellana) figurent parmis les arbres avec lesquels les morilles et les morillons poussent en symbiose, toujours sur des sols calcaires. Poussant à proximité d'un ancien vergé, à la lisière de ce qui commence à devenir un petit bois, il est dans son élément de prédilection. On peut également le trouver dans les vallons boisées et aux abords des ruisseaux.

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En parlant de verpes, en voici. Il s'agit des verpes en forme de dé (Verpa conica), un champignon certes comestible mais de faible intérêt culinaire. Peu commun en plaine, un peu plus présent en moyenne altitude, il reste cependant assez rare. Il est alors plus sage de ne pas le récolter et de tirer profit d'autres espèces plus abondantes (mousserons, pézizes ...) entre avril et mai, période à laquelle les verpes poussent.

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Les jeunes grillons champêtres (Grillus campestris) émergent. Minuscules, leur croissance rapide leur permet l'été venu de figurer parmi les plus gros grillons d'Europe. Robustes, leur poids et leur morphologie leur interdit tout vol, faisant d'eux des insectes strictement terrestres.

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Pour faire face aux prédateurs, il creuse un trou profond. Au moindre signe de danger, il s'y faufile. Les mâles se postent à l'entrée de leur antre et chante dans l'espoir d'attirer une femelle. Territoriaux, on peut assister à des combats violents avec parfois, une issue dramatique pour l'un des deux combattants. Herbivore, ce grillon se nourrie principalement de poacées (graminées), qu'il consomme à l'aide de ses très puissantes mandibules. Cependant il peut agrémenter son régime alimentaire quand l'occasion s'en présente, de vers de terre et de restes d'autres insectes morts. Même s'il semble commun, la fragmentation et la dispartion de ses habitats et son incapacité à voler conduisent à la diminution de ses populations.

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Des fleurs, des feuilles, des herbes folles et aromatiques, des écorces, des champignons ... il ne reste plus qu'à conditionner nos cueillettes. Séchés pour la plupart, les éléments collectés seront tout au long de l'année utilisés dans la cuisine ou en infusion du soir pour apporter au coeur de l'été quand il fait chaud, les après-midi pluvieux d'automne ou les soirées froides de l'hiver des petites notes de printemps colorées et parfumées.

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Certes on retrouve les morillons, mais aussi les fleurs de primevères coucou (Primula veris) pour leur goût et leurs effets apaisants, celles du lamier maculé (Lamium maculatum) pour leurs propriétés colorantes et les feuilles du lierre terrestre (Glechoma hederacea) pour parfumer les bouillons, les fromages blancs et les infusions froides. Si depuis les bocaux se sont peu à peu vidés, il nous reste de quoi apporter de soleil jusqu'à mars.

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Thomas revient de son wwoofing en Savoie, et dans ses bagages, il nous ramène quelques surprises. Prennent désormais place dans le jardin de jeunes pousses d'arbustes à petits fruits, de quoi préparer d'ici quelques temps des jus et des glaces parfumées pour les futurs étés.

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Des cassissiers (Ribes nigrum) aux fruits noirs se mêlent à leurs cousins, les caseilles (Ribes x nidigrolaria), hybrides entre un cassissier et un groseillier à maquereaux (Ribes uva crispa) né en Allemagne au début des années 80. Résistant aux maladies et aux températures extrêmes (jusqu'à -20°C), il produit des fruits charnus et bleus, on un goût fruité et acidulés. Ils sont récoltés entre juin et juillet, de manière régulière, les baies ne mûrissant pas toutes en même temps. Sa floraison rouge foncée détonne au potager et attire de nombreux pollinisateurs. Cependant stériles, ce n'est que par bouturage qu'il est possible de le reproduire. Pour cela il suffit de couper de jeunes rameaux, de les mettre en vase puis, à l'apparition des radicelles, de les replanter. En sommes rien de très compliqué pour le cultiver.

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Dans les prés où l'herbe se fait tendre, les chevreuils (Capreolus capreolus) sont de sortie. Toujours proches de la forêt, ils déguerpissent à la moindre alerte. Cependant n'étant pas chassés à cette période de l'année, ils se montrent moins farouches. Grégaires, ils peuvent vivre en grand groupe comme on peut l'observer un peu partout en France, l'engrainage et l'absence de prédateurs naturels ayant favorisés sa forte démographie.

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C'est au printemps que les femelles mettent bas. Les faons, cachés dans les herbes hautes d'un champ ce qui leur est parfois fatal, où dans la végétation en lisière de forêt, attend sagement sa mère. Celle-ci se nourrie à heures régulières et rejoint son petit pour lui donner la tétées et le réchauffer. Ce n'est que tardivement qu'il la rejoindra bien qu'il soit capable de se déplacer peu de temps après sa naissance, s'assurant d'avoir une chance d'échapper aux prédateurs que sont le loup, le lynx, le renard ou encore les chiens errants.

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Les chevreuils ne sont pas les seuls dans les pâtures. Nombreux sont les troupeaux de vaches à patûrés. Si on trouve quelques laitières, se sont surtout les bêtes  dites mixtes que l'on croise le plus de par chez nous.

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Si on croise quelques animaux de la race Simmental Française originaire de Suisse, se sont surtout les Montbéliardes qui sont à l'honneur. Originaires de Franche-Comté, elle déscend de la race Pie rouge Simmental. L'hiver, les animaux restent longtemps en stabulation et se nourrissent des foins récoltés plutôt en été. À l'apparition des beaux jours, les vaches sont envoyés en estives dans les prés où elles broutterons l'herbe tendre. Dans notre région les troupeaux sont de petite taille, ce qui limite le surpâturage qui cause bien souvent l'affaissement des sols et des dégradations importantes sur les cours d'eau. Cette race est de plus en plus utilisée comme vache laitière.

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La Valdaine se situe à l'extrémité Nord Est des Terres Froides, territoire non pas nommé poru son climat mais pour la terre de potier que l'on en tire et qui à la particularité de donner des poteries de terre crue qui ne cèdent pas sous l'action du gel. Cependant, nous bénéficions ici de la météo typique du Massif de Chartreuse, un climat océanique montagnard ce qui implique de l'humidité et un manteau neigeux importnat même s'il à diminué de moitié en 50 ans, ce qui ne vas pas sans inquiéter les populations sur les questions liées à la disponibilité d'eau.

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Les talus sont tout aussi passionnants, les oiseaux s'installent dans les cavités des arbres alignés, et en bord de route, les orchidées commencent à fleurir. L'une des plus impressionnantes de toutes sont les orchis militaires (Orchis militaris) appelés aussi orchis guerriers. Robustes et portant un épi floral dense, ils aiment les sols calcaires frais, pauvres en matière organique et bien ensoleillés. On les croise jusqu'à 2000 mètres d'altitude.

DSC02484Partons dans les marais et plus précisément sur la tourbière de l'Herretang, entre la commune de Saint Joseph de Rivière et celle de Saint Laurent du Pont, à la confluence de la fin de la langue rocheuse du Vercors et le début du Massif de Chartreuse. Ayant pour statue celui d'ENS (Esapce Naturel Sensible), il est possible de la visiter une grande partie de l'année grâce à un système de pontons de bois. Abritant des espèces rares et protégées, il faut bien prendre garde à ne pas s'éloigner des chemins ni à venir troubler la tranquillité des animaux.

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Les oiseaux  chantent et sont pour certains afférés à nourrir leur première portée. Une couple de mésange charbonnière (Parus major) peut prélever sans mal 250 à 300 chenilles par jour, faut-il encore trouver des chenilles. Le développement de celles-ci intervient de plus en plus tôt, fruit de l'augmentation des températures année après année. Le soucis est que le poussins de mésanges émergent quand les chenilles sont bien développées, et plus forcément de taille pour entrer dans le gosier des petits oiseaux. Cela serait l'une des explications de la forte mortalité observée sur les portées de mésanges charbonnières.

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Des champignons, toujours des champignons. À la sortie de la forêt, des mousserons de la Saint Georges (Calocybe gambosa) nous attendent. Leur nom leur vient de la période à laquelle ont les rencontre le plus souvent, et il est de tradition de dire qu'ils poussent à partir de la Saint Georges, chose qui dans les faits ne s'observe pas toujours.

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Excellents, ils dégagent une légère odeur de farine. Charnus, il suffit de quelques pieds pour remplir rapidement un panier et une casserole. C'est dans les zones herbeuses comme les prairies et les vergers mais aussi les lisères, les bois clairs et les haies qu'on le trouve le plus souvent, à proximité le plus souvent des aubépines et des ormes. L'entolome livide (Entoloma sinuatum) lui ressemblant beaucoup, il est recommandé d'être méticuleux dans sa récolte et surtout dans son identification. Pour rappel, la plupart des intoxications surviennent après la consommation de champignons dont les cueilleurs étaient sûrs à 100% de l'identification. Prudence est mère de sûreté.

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Le marais abritent plusieurs espèces d'oiseaux inféodées aux milieux humides. Parmi celles-ci on compte notamment le grand cormoran (Phalacrocorax carbo) que l'on peut voir à gauche. Mal aimé, il fût longuement chassé au point de disparaître de l'intérieur des terres. Il recommence néanmoins à réinvestir son territoire. À droite, un héron cendré  (Ardea cinerea), grand échassier qui a connu un sort moins funeste bien qu'il soit encore braconné car jugé trop gourmand. Pourtant, on sait aujourd'hui que l'impact de ces deux espèces pour la pêche est pratiquement nul, les oiseaux consommant essentiellement des poissons peu prisés par l'Homme.

Profitons de la fraîcheur, de la brume qui descend lentement des montagnes et des dernières rosées. Déjà l'air se réchauffe et bientôt suffoquant, il faudra alors partir se réfugier dans les sous-bois. C'est aussi le moment de prendre de la hauteur, sur les plateaux alpins et de lézarder le long des rivières sauvages. Pour l'heure, profitons encore des dernières fleurs, des herbes aromatiques du printemps et des derniers champignons de saison.

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L'été, la fraîcheur des forêts et des bords de ruisseaux.

Il fait chaud, l'herbe du jardin a entièrement jaunie, et même à l'ombre, nous suons à grosses gouttes. Il faut se rendre à l'évidence, la canicule fait rage. Les points d'eau sont pris d'assauts et même les marais d'ordinaire si calmes deviennent des sites attirants les promeneurs. Reste alors les alpages, et encore, ceux aux pentes rudes et dont les sentiers ombragés nous donnent un peu de répit face à la morsures brûlantes du soleil.

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Sortons la longue vue, pointée les sommets. Nous sommes dans un champ pentu, entouré des forêts de conifères et mixtes. Outre les vaches, nombreux sont les mammifères à profiter des touffes d'herbes encore bien vertes. Lièvres, lapins, chevreuils et autres sangliers peuvent se croiser à la tomber de la nuit. D'ailleurs pour les derniers, il est courant d'observer sur ce site le labour de leur groin, trace de leur recherche nocturne de vers et de bulbes.

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Première récolte de la saison. Dans les prés, quelques agarics champêtres (Agaricus campestris) nommés aussi rosés des prés. Il est bien difficile d'identifier cette famille qui comporte en France plus de 60 espèces. À ceux-ci s'ajoutent dans le panier un petit polypore soufré (Laetiporus sulphureus), apprécié au Canada, peu considéré chez nous. Il faut le consommer jeune et de préférence récolté sur des feuillus car allergisant sur résineux.

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Entre les yeux en direction du ciel et du sol, dur de trouver le bon équilibre. Lui regarde les oiseaux, moi les champignons, autant dire que nous formons une équipe de choc, ratissant le moindre petit bout de nature que nous pouvons saisir.

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Cet été, nous avons cumulé pas moins de 11 week-ends d'affilés en escapade à deux, à chercher du côté des montagnes, du sud, de la côte méditerranéenne et de la vallée du Rhône des espèces nouvelles et des paysages grandioses. Nous n'avons pas été déçus, cependant retourner à la source, en Chartreuse, fût l'un des plus doux moments de l'été. Le grand calme des petits bois de moyenne montagne que nous avons pu parcourir nous fît le plus grand bien, loin de la ville, de ses klaxonnes, des pots d'échappements et du béton. Un petit havre de paix qu'il nous tarde à nouveau de rejoindre pour ses longs chemins bordés d'épicéas communs (Pinus abies).

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Au-dessus de nos têtes, deux espèces que nous connaissons bien et que nous n'avons rarement l'occasion de croiser ici. Plus d'une centaine de martinets noirs (Apus apus) tournoient, déjà sur le départ pour rejoindre l'Afirque où ils s'éjourneront tout l'hiver. Au milieu, un intrus de plus grande taille, un martinet à ventre blanc (Tachymarptis melba), qui est connu pour partir plus tardivement en hivernage et revenir également plus tôt.

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Nous sommes à deux pas du lac de Saint Sixte ,canton du village de Merlas connu pour son lac, les ruines de sa maison forte et ses légendes. Au bords de l'eau, des libellules prennent le frais e, compagnie des pêcheurs. Si je ne peux mettre de nom sur l'individu à gauche, je peux néanmoins le faire pour celui de droite. Il s'agit d'une libellule déprimée (Libellula depressa) nommée de la sorte en raison de ses ailes pendantes. L'abdomen bleu indique qu'il s'agit d'un mâle, les femelles présentant de colories jaunes et brunes.

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Sur la berge, dans les ruines de l'ancien abris à bateaux, une plante remarquable pousse. Il s'agit de la grande douve (Ranunculus lingua) connue parfois sous l'appelation de renoncule langue, une fleur de la famille des renoncules comme l'est le bouton d'or. C'est une espèce rare aux faibles effectifs, protégée intégralement en France.

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Si à l'échelle du monde et de l'Europe elle a pour statut celui de préoccupation mineur, il en est tout autre chose chez nous. En Alsace, en Aquitaine et en Bourgogne, elle est considérée comme en danger. En Basse-Normandie elle est classée comme vulnérable. En Auvergne et dans le Centre, elle est placée sur la liste des espèces en danger critique de disparition. Une fois de plus, on a un exemple d'une espèce au bord de la disparition sans avoir besoin de partir à l'autre bout du monde pour observer le phénomène. Au milieu du jaune, une autre espèce tire son épingle du jeu. Le chanvre d'eau (Bidens tripartita), qui n'en a rien et qui est aussi connu comme lycope d'Europe. Il s'agit d'une plante semi-aquatique aimant les cours d'eau, les prairies humides et les marais.

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Qu'il est changeant le temps de basse montagne. En un rien de temps la brume remplace le soleil et l'humidité prend le pas sur la chaleur qui irradiait jusqu'à peu les collines. Ne nous en plaignons pas, non seulement cela nous laisse prendre un peu de répit mais de plus, permet aux champignons de faire timidement leur apparition dans le sous-bois. Il faudra cependant attendre encore un peu avant de récolter les premiers cèpes.

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En retournant au jardin, nous avons le plaisir de croiser sur un câble une magnifique pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) et à la vue de sa calotte grise, un mâle. Un peu plus bas dans un bosquet la femelle attend d'être nourrie par celui-ci. Migrateurs, le couple partira à la fin de l'été pour rejoindre l'Afrique. Il faudra attendre mai soit sept mois pour les voir revenir à nouveau nicher dans les bosquets et les haies des prairies grasses.

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Enfin, les champignons sortent. Ici il s'agit de deux espèces mignonnes comme tout, le cyathe hirsute (Cyathus striatus) à gauche qui se reconnaît entre autre à sa forme de coupelle et le marasme petite roue (Marasmius rotula) à droite, qui figurent parmi les best-sellers de la saison et qui porte bien son nom. Il se développe sur les branches mortes de feuillus tombées au sol. Il contribue activement à la formation de l'humus forestier.

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Les premières amanites rougissantes (Amanita rubescens) ont fait leur apparition. Appéles aussi amanite rougissante ou golmotes, c'est une des quelques amanites comestibles qui vaut la peine d'être récolter. Cepandant on prendra garde de bine la cuire, celle-ci contenant des hémolysines, molécules connues pour détruire les globules rouges.

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À la cassure, ses chairs deviennent rouges, ce qui permet de la différencier d'autres espèces comme la dangereuse amanite panthère (Amanita pantherina), plus brune et aux flammèches blanches plus larges et plus marquées. On ne serait sans bien connaître l'une et l'autre s'aventurer à récolter les golmottes. Très commune, aussi bien dans les forêts de feuillus que de conifères du moment que le sol est pauvre, c'est surtout dans les bois d'épicéas communs (Picea abies) qu'on en rencontre le plus grand nombre. Apparaissant dès juillet en Chartreuse, on peut l'observer au plus tard à la fin du mois d'octobre si l'été indien veut bien se prolonger.

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C'est aussi l'heure des premières girolles (Cantharellus cibarius) que nous récoltons avec émotion. Dégageant un léger parfum d'abricot, en particulier quand l'air est humide, leur couleur jaune tirant parfois sur le pâle ou l'orangé et la présence de plis et non de lamelles ne laisse que peu de doute lors de l'identification de cet excellent comestible. Cependant il faut là aussi être prudent, en évitant toute confusion avec la fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca) ou le très toxique clitocybe de l'olivier (Omphalotus olearius) qui à la différence des girolles qui se développe sur le sol, pousse sur le bois mort et en particulier sur les souches.

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Restons avec les champignons, mais partons sur un tout autre milieu. Nous voici de retour dans les marais de l'Herretang. La plupart des espèces composant la fonge concerne de petits champignons éphèmères résistant aux soudaines varaitions de niveaux d'eau, et d'autres lignicoles restant bien au sec sur les troncs et les branches qu'ils colonisent. À droite, un magnifique polypore soufré (Laetiporus sulphureus) qui, bien que nous faisant très envie, n'a pas été récolté en raison du statut du site; un ENS (Espace Naturel Sensible).

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Tout comme au printemps, un grand cormoran (Phalacrocorax carbo) se trouve sur une des berges du grand lac. Celui a été formé à l'époque où il était encore de mise d'extraire la tourbe du marais, que cela soit pour se chauffer ou pour la commercialiser sous le nom de terre de bruyère. L'exploitation ayant été suspendue en raison des dégâts provoqués sur les milieux humides fragiles, les carrières ont été mises en eau et empoissonnées.

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Sur les observatoires mais aussi un peu partout sur la végétation, créant ainsi une véritable marée verte, pousse des lianes de houblon grimpant (Humulus lupulus). De la même famille que le chanvre, celle des cannabaceae, il est utilisé depuis des temps immémoriaux.

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Son nom scientifique de "lupulus" vient du latin, les romains pensant à tort que le houblon suçait la sève des arbres et arbustes sur lesquels il pousse. Hors cela n'en est rien, néanmoins il a gardé cette réputation fort longtemps lui donnant le surnom de "petit loups" qui se traduit par "lupulus". Il est drôle de voir qu'aujourd'hui c'est le lierre grimpant (Hedera helix) qui possède cette réputation sulfureuse. Pour en revenir au houblon, il est surtout connu comme plante aromatique pour apporter de l'amertume à la bière mais aussi pour ses propriétés sédatives, stomachiques et son pouvoir œstrogénique.

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La porte du grand observatoire n'est pas fermée, miracle ! Nous fonçons au sommet de cet ancien relai EDF reconverti en tour de guet. De là, nous avons une vue imprenable sur les étangs, sur la prairie et sur la phragmitraie. C'est là que deux petits museaux feront leur apparition. Une chevrette, femelle du chevreuil européen (Capreolus capreolus) suivit de son jeune faon né au début du printemps.

Les jours deviennent de plus en plus courts, la pluie s'invite et la fin septembre approche, nous voici aux portes de l'automne, la plus belle des saisons. Avant de fêter la fin de l'été, nous nous offrons quelques escapades sauvages du côté du Loiret, de la Camargue et des Alpes, histoire de profiter de la saison du mieux possible.

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L'automne, ses champignons et ses oiseaux.

Déjà l'automne sonne à la porte, signe que l'année est presque bouclée. Si le froid tarde à venir et ne se ferra présent qu'à la mi-novembre, on enfile déjà les pulls et les bonnets à grosses mailles de laine. Pour moi, il s'agit de la plus belle des saisons, les bois deviennent jaunes et rouges, les oiseaux du grand nord arrivent doucement chez nous et les rougegorges familiers (Erithacus rubecula) poussent de nouveau la chansonnette.

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Petit saut au lac de Paladru. Situé aux portes du voironnais, ce lac palustre est issu de la fonte des glaciers qui couvraient la région il y a 40 000 ans de cela. Riche en légendes, il fut occupé par les pères Chartreux où l'on trouve des vestiges relativement anciens de pontons de bois. C'est là que l'on peut trouver les foulques macroules (Fulica atra). Toutes occupées à barboter, elles troubles la calme du lieu par leurs cris brefs.

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Au-dessus de l'eau dans un robinier faux-accacia (Robinia pseudoacacia), deux tourterelles turques (Streptopelia decaocto) sèchent leurs plumes. Elles ont dû la nuit précédente faire face à une pluie glaciale et violente. C'est une espèce que l'on pourrait pense comme originaire de nos contrées mais il n'en est rien. Originaire de Truquie, elle ne s'est implantée naturellement en France que depuis 1963 avec une première apparition dans les Voges en 1950. Depuis la belle se trouve sur les quatre coins du monde, surtout dans les villes et villages, sans que sa présence ne semble porter atteinte aux espèces locales.

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Une femelle canard colvert (Anas platyrhynchos) se montre peu farouche et s'approche relativement près de nous. On la différencie des autres femelles d'espèces de canards par sa grande taille et son bec orange et noir. Peu farouche, il est fort à parier que l'on se trouve sur un individu issu ou du moins ayant une origine liée aux canards colverts domestiques qui sont utilisés pour l'ornement, comme appelant de chasse et pour l'élevage.

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Quittons les berges, non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil au ponton sur lequel un rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) se promène. L'hiver, il est possible d'y observer des dizaines de cormorans et de goélands. Nous avons espoir pour cet hiver d'y rencontrer de nouvelles espèces et de voir les canards hivernants, en particulier les fuligules qui aiment se reposer au centre du lac. Équipés de notre nouveau matériel, il a fort à parier que nous allons être surpris par les oiseaux sur lesquels nous allons enfin pouvoir poser les yeux.

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Direction les bois, et bien sûr, toujours avec le panier à la main. La saison des champignons a été exceptionnelle pour certaines espèces cette année et nous en avons bien profité, que cela soit dans les bois isérois ou d'ailleurs. Même l'un des chats de la maison est venu pointer le bout de son nez pour voir où en était la récolte. Il n'y a pas à dire, même si on trouve des champignons toute l'année, c'est vraiment à l'automne qu'ils sont rois.

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Un lycoperdon brun d'ombre (Lycoperdon umbrinum) attire notre attention. Non comestible, cette vesse de loup un peut particulière appartient, commetoutes les espèces portant ce nom générique, à la famille des Lycoperdacées.

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Le terme vesse est féminin et vient du vieux français. Il désigne un pet silencieux et nauséabond, mot qui peut se décliner par le verbe vesser. La transposition au champignon se fait par la spécificité de celui-ci de dégager à maturité, ses spores sombres en se crevant par le milieu et en les laissant passer par gros nuages sombres par un tout petit trou. L'image est là, reste à savoir d'où vient le sobriquet de loup. Peut être par le mésamour éprouvé en vers cet animal, par le fait que cette vesse soit forestière ou tout simplement par jeu de mot. Dans tout les cas le lycoperdon brun d'ombre orne joliment les forêts et bien qu'il ne soit pas comestible, anime toujours une sortie automnale.

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Dans la mousse, aux pieds des arbres et sur les troncs les champignons poussent à foison. Le tricholome rutillant (Tricholomopsis rutilans) a perdu ses belles couleurs suite à la pluie et les mucidules visqueuses (Oudemansiella mucida) bien qu'étincelantes semblent défraîchies. Se développant sur les troncs de feuillus, en particulier de hêtres, on les reconnaît à leur chapeau blanc-translucide couvert d'un mucus gluant.

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2019 fût une année exceptionnelle pour les cèpes de Bordeaux (Boletus edulis). Nous en avons trouvé de partout, même là où d'ordinaire nous ne croisons rien hormis quelques crottiers de blaireaux et de chevreuils. Champignon très prisé, c'est un excellent comestible qui se déguste aussi bien cru en carpaccio avec un peu d'huile d'olive que cuit, rissolé avec du persil et du beurre ou revenu dans un peu de crème fraîche. Sa mousse devenant gluante avec l'âge, elle s'accomode parfaitement en potage ou dans une sauce d'accompagnement.

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Pour l'occasion je suis seule avec mes parents. Les accompagner aux champignons et faire fructifier à ma manière cet héritage qu'ils ont pu me transmettre en approfondissant la discipline qu'est la mycologie est une véritable fierté pour moi. Le cèpe part exemple a été longtemps ignoré dans ma famille, voire boudé. Jugé comme gluant et trop fort, je ne l'apprécie que depuis récemment, grâce aux amis du Mycorium et du feu forum "le club des cèpes" avec qui j'avais pu partir il y a plusieurs années découvrir le Béarnais, que je rêve de visiter à nouveau.

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Symbiotique, le cèpe de Bordeaux aime s'accoquiner avec les chênetes, les chataîgniers, les hêtres et les sapins pectinés. Il n'est pas le seul à aimer ces milieux, bien souvent il est accompagner d'autres champignons dont la pousse survient suite à des épisodes de chaleurs et de pluies tel que le meunier (Clitopilus prunulus) qui, à la bonne odeur de farine et au chapeau blanc, et lui aussi un bon comestible même si moins récolté que les cèpes.

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Autre espèce appréciant les mêmes milieux que le cèpe de Bordeaux et ayant parfois des hôtes symbiotiques similaires, l'amanite tue-mouches (Amanita muscaria). Si celle-ci est toxique voire délirogène pour les hommes et de nombreux animaux, quelques uns comme le renne n'hésitent pas à planter un coup de dents dans le chapeau et en particulier la cuticule rouge riche en éléments hallucinogènes.

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Lames, pied et chair d'un blanc immaculé, chapeau rouge sang qui selon les sous-espèces et la météo peut tirer sur l'oranger, pustules floconneux variants du crème au jaune, il semble au premier regard aisé d'identifier cette espèce. Pourtant, les confusions avec l'amanite des Césars (Amanita Caeserea), sa délicieuse et prisée cousine, sont peu rares. On retiendra que chez cette dernière les lamelles et le pied sont d'un orange doré et que le stipe prend sa base dans une volve blanche en forme de sac.

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Petits joyaux rouges qui annoncent la fin de l'automne, il faudra désormais attendre l'an prochain pour les rencontrer à nouveaux dans les forêts de Chartreuse. Il fait froid, humide mais les champignons ne désertent pas complétement les bois. Cependant nous nous réfugions dans le Rhône, où nous faisons notre bonheur avec les pholiotes du peuplier (Cyclocybe aegerita) qui abondent dans les peupleraies si typiques des rives du fleuve.

C'est un court résumé de cette année en Isère riche et inspirante. Nous avons eu la bougeotte et beaucoup visité d'autres départements, puis vinrent le boulot et parfois la flemme qui par moment, nous ont cantonné à notre petit appartement lyonnais. Cependant on ne saurait penser que le tour est fait, on est loin d'avoir encore tout vu de cette enclave dauphinoise, de ses forêts et de ses sites historiques teintés de mysticismes. À 2020, belle Isère.

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vendredi 30 août 2019

Du marais au plateau : quelques reptiles de l'Isère.

 

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L'étang de Lemps

Il fait bon, c'est le début de l'été et la nature est en fête. Chaussures de randonnée aux pieds, nous partons en direction de l'Isère, à la limite de l'Ain pour nous offrir une matinée reptiles. Les écailleux sont plutôt du genre à aimer le soleil et cette saison est celle de leurs amours, tout autant de conditions pour espérer en croiser quelques uns.  L'an dernier j'avais pu visiter l'étang avec mes camarades de BTS lors du rallye ornitho de la LPO 38. Cette année c'est en amoureux que nous nous y rendons, ayant à coeur de faire découvrir à Thomas la joie de voir les tortues sauvages. L'étang de Lemps appartient à un ensemble constitué d'une pièce d'eau, du marais de Gâ et du bois de Burnoud. Ces entités constituent une ZNIEFF, c'est à dire une zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique. Le site n'est pas pour autant protégé ou classé, il s'agit avant tout d'une zone d'inventaire relevant des caractéristiques particulière d'un lieu sur le plan de la biodiversité (que cela soit par ses espaces ou ses espèces). Ainsi, on peut y trouver des rainettes vertes, du chat forestier, des lièvres d'Europes, des busards Saint-Martin, des hérons pourprés ou des orchidées, mais c'est bine autre chose qui ce jour là attira notre attention. Ce fût le cas notamment avec cet arbuste qui semble au premier abords anodin, l'épine-vinette (Berberis vulgaris) mais au combien fascinant. Hôte du champignon pathogène du blé, la rouille noire (Puccinia graminis), il fût systématiquement éliminé des campagnes. Heureusement on le trouve aisément sur les coteaux calcaires, dans les zones de friches ou dans le nord du pays. On peut de ce fait profiter de ses grappes de fleurs jaunes qui aurait donné le nom de Berberis à la plante de par leur forme de coquille.

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À peine arrivés nous tombons nez-à-nez avec une magnifique cistude d'Europe (Emys orbicularis), une petite tortue indigène très craintive, inféodée aux milieux aquatiques. Il s'agit ici d'une femelle, la pupille de l'oeil étant jaune. Chez les mâles elle se présente rouge.

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Sur l'étang, un radeau servant de reposoir aux canards et aux tortues. Un grand observatoire permet de les admirer en toute quiétude. Appelée également tortue boueuse, la cistude aime chasser dans les eaux palustres des étangs, des marais et des rivières envasées où la végétation est importante. C'est dans celle-ci qu'elle trouvera les poissons, les insectes et les algues dont elle se nourrie. Quand l'hiver arrive, elle s'enfonce dans la vase pour n'en ressortir que le printemps venu, s'assurant ainsi une hibernation tranquille. Quasi menacée, elle est en grande régression en particulier dans le le sud de la France. En Suisse, elle avait pratiquement disparu mais depuis 10 ans, un programme de réintroduction vise à son retour dans le pays.

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La grenouille verte (Pelophylax sp.) est une appellation qui désigne les grenouilles de cette colorie présentes en Europe. Cela comporte trois espèces distinctes : la grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae), la grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) et la grenouille de Pèrez (Pelophylax perezi). Tout ce joyeux monde se reproduit, entraînant l'apparition d'hybrides fertiles, autant vous dire qu'il y a du challenge dans les identifications.

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Sous la haie, au milieu des véroniques de Perse (Veronica persica), un magnifique lézard à deux raies mâle (Lacerta bilineata). Nommé pendant fort longtemps lézard vert, la génétique et l'observation minutieuse à conduit à la distinction de deux espèces : à l'Ouest de l'Europe celui à deux raies, à l'Est le lézard vert (Lacerta viridis).

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Monsieur, chez qui la gorge est d'un bleu particulièrement vif, mord la queue de madame, signe que l'accouplement est sur le point de se produire. Cependant, un concourant arrivant à toute vitesse, la joute amoureuse prend fin pour devenir une véritable combat entre les deux rivaux se soldant par une course poursuite effrénée. Le vainqueur aura non seulement le droit de se reproduire mais aussi, de jouir du territoire. Deux à trois mois plus tard, sortirons du sable 20 à 40 bébés lézards d'1 gramme. En fonction de la température du sol et de la profondeur d'enfouissement, les oeufs donneront des mâles ou des femelles, la chaleur jouant sur le sexage de l'individu à naître.

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L'adulte atteint facilement 30 centimètres, 40 plus rarement. Les 2/3 de son corps sont composés de sa queue. Celle-ci lui sert de balancier dans ses courses, de réserve de graisse, d'apparat de séduction et en cas de danger, de leurre. Rapide, il se saisi sans mal de ses proies. Sauterelles, mouches, araignées, vers et parfois même petits mammifère, c'est un bon chasseur qui se déplace cependant bruyamment, ce qui ne va sans attirer l'attention.

DSC01997Les juvéniles, particulièrement vulnérables, on une croissance rapide ce qui leur permet dès la première année de se protéger d'un nombre important de prédateurs. Chats, rapaces (buses et circaètes), serpents (en particulier les couleuvres) ... les dangers sont nombreux.

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Pour survivre au mieux, les petits lézards verts abordent une robe différente de celle de leurs parents, marquée par deux bandes blanches qui a valu à cette espèce son nom. Dans les feuilles de lierre et des ronciers, ce juvénile semble à l'abri de toute menace et peut à loisir saisir les jeunes grillons des bois émergeant de la litière forestière. Si tout ce passe bien pour lui, il pourra se rerpduire dès l'âge de deux ans, vivre au grand maximum une quinzaine d'années et tirer à profit de ses incroyables capacités, comme celle de grimper aux arbres à l'aide de ses doigts légèrement ventousés comme ceux des geckos.

Cette visite de l'étang se termine par un peu de botanique. Les asperges des bois étant montées en fleurs, il n'est plus question d'en faire la collecte pour réaliser une délicieuse omelette, pas plus que les feuilles d'ail des ours devenues trop rêches et amères. Les pousses de tarrier ne sont pas elels aussi au menu. Bref, il faudra alors se contenter des fleurs de saison et de quelques feuilles de mélisse officinale pour l'infusion du soir.

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Le Grémil pourpre bleu (Lithospermum purpurocaeruleum) est une superbe fleur dont les graines blanches, dures et nacrées sont similaires à des perles. C'est elles qui ont donné à la plante le nom grec de Lithospernum, qui signifie littéralement semence de pierre. On le retrouve également sous une autre appellation : Buglossoides purpurocaerulea. 

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Sauvage, on le trouve de plus en plus dans les jardineries comme couvre-sol, celui-ci se plaisant à l'ombre des arbres, des lisières de forêts et des broussailles. De la famille des Boraginacées comme la bourrache et la consoude, ses fleurs naissent violines avant de terminer bleues, indiquant par cette couleur aux pollinisateurs que la plante ne dispose plus de nectar, la reproduction s'étant effectuée. Un échange de bon procédé en somme. C'est là que notre excursion du matin s'achève, mais ce n'est que pour prendre plus de hauteur sur le plateau qui surplombe une autre zone humide à quelques kilomètre de là seulement, terrain de chasse favoris des hirondelles et des rapaces.

 

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Le plateau de Larina

Nous avions pu l'an dernier le découvrir à travers une randonnée sympathique mais aussi en apprécier toute la faune. Pour 2019, pas de vipère aspic (Vipera aspis) en vue mais bien d'autres choses, à l'instar des hérons cendrés (Ardea cinerea) qui nidifient au pied du belvédère ou le vol de nos toutes premières hirondelles des rochers (Ptyonoprogne rupestris) qui ont élu domicile sur les falaises du plateau. La chance nous sourit, il fait toujours aussi beau et il y a peu de monde, deux conditions essentielles pour croiser des animaux aux heures où nous nous aventurons dans Larina, entre les vestiges d'un autre âge, les blocs de pierre couverts de fossiles et les bosquets de peupliers trembles. L'endroit est connu pour ses lièvres, ses papillons mais aussi ses orchidées qui se plaisent sur ce sol pauvre est calcaire, présentant à la fois des milieux de pelouses humides et de pelouse sèches, le rêve pour les orchidphiles.

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En parlant d'orchidées, en voici une qui ne paye pas de mine, l'orchis de l'homme-pendu (Orchis anthropophora). Son nom vient de ses fleurs au sépal beige-rosé qui évoquerait des petits hommes pendus au casque que forme les tépales, fruits de la fusion des pétales et des sépales de la plante. C'est une orchidée qui s'hybride facilement avec d'autre, donnant des rejetons stériles mais magnifiques comme l'Orchis x.spuria.

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La pulsatille rouge (Pulsatilla rubra) est une très belle fleur relativement rare qui apprécie les landes sèches, en particulier là où évolue les genêts. Typique du Massif Centrale, on ne la trouve qu'en de rares occasions ailleurs. Elle bénéficie d'une protection intégrale sur l'ex-région Rhône-Alpes. De floraison assez précoce, le plus souvent en avril, elle ne dévoile que pendant peu de temps ses pétales rouge bordeaux qui la rendent singulière.

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Les oiseaux balayent le ciel : hirondelles, martinets, milans ... tous profitent des thermiques pour prendre de l'assension et foncer sur leur proies : des insectes pour les deux premiers, des charognes pour le dernier. Au loin deux paons chantent, rendant l'instant irréel. Nous avons beau guetter sur les crêtes et les failles rocheuses, aucun rapace ne viendra à notre rencontre. Il faudra attendre notre prochaine sortie pour forcer la  chance.

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Ce jeune lézard des murailles (Podarcis muralis) est en pleine mue, portant son ancienne peau comme un chandail. Européen, il a été introduit en Amérique du Nord. Les vieux murs, les éboulis, les rochers et les souches constituent son principal habitat. Urbain on le retrouve sans peine en ville et au coeur des villages, là où la plupart de ses cousins désertent le goudron et le béton. Carnivore, il becte sans mal les papillons et leurs chenilles, les araignées, les criquets et grillons, les verres de terre et les mouches, ce qui en fait de lui un précieux auxiliaire du jardinier et qui, croquant même dans les pucerons, ne demande pas grand chose pour s'installer au jardin.Un tas de bois, quelques vieilles pierre, un bout de mur bien exposé au soleil, un tas de sable pour la ponte ... et le tour est joué. Il n'est pas rare de le voir couvert de tiques, mais ce sont les chats domestiques et les oiseaux de proies qui présentes le plus grand danger pour ce petit lézard qui n'excède que très rarement les 20 centimètres. Chez moi, dans le Dauphiné, les anciens le nomme la larmuze / la larmuse, surnom que je ne lui connaissais pas. Polymorphe, il peut parfois être confondu avec d'autres lézards plus rares et plus discrets comme le lézard des souches (Lacerta agilis) ou les jeunes lézards verts (Lacerta viridis). Protégé partout en France, on est tout de même parfois tenté enfant de le courser pour le voir abandonner sa queue. Grave erreur, car non seulement cela porte atteinte à l'animal en l'effarouchant, mais cela conduit aussi l'animal à se séparer d'une précieuse réserve de graisse et d'un atout majeur de séducation utilisé dans la recherche d'un partenaire, réduisant ainsi ses chances de se reproduire.

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Des papillons ? Pas tous. L'ascalaphe soufré (Libelloides coccajus) à droite appartient à l'ordre des névroptères, constitué de familles d'insectes les pour la plus part étranges et surprenants comme les mantispes. Ici on a un véritable croisement entre une libellule et un papillon, ce qui donne un redoutable prédateur aux ailes colorées.

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Le flambé (Iphiclides podalirius) est un véritable papillon. On le reconnaît à ses grandes ailles zébrées et à ses ocelles orangées.Sur celui-ci elles sont abondantes, sans doute ont elles finis dans le ventre d'un oiseau gourmand. Il vole de mars à septembre, et trois générations peuvent émerger en une seule année. La femelle pont ses oeufs sur les arbustes de la famille des rosacés, en particulier les prunelliers, cerisiers et autres aubépines. On y observe alors de jeunes chenilles noirs devenir peu à peu vertes au fil de leur croissance, se fondant dans le feuillage qu'elles dévorent.

Escapade terminée, retour sur Lyon, la routine de la ville mais aussi, le bonheur de faire le travail que nous aimons. C'est toujours un plaisir de découvrir de nouvelles espèces, de ce dire qu'elles sont à portée de main et que la patience et un brin de chance suffisent à les approcher d'un peu plus près. Depuis Larina et l'étang de Lemps, nous nous sommes équipés en matériel, et sans être de véritables naturalistes, nous avons la prétention de nous en approcher peu à peu chaque jours afin d'en devenir de véritables.

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vendredi 28 septembre 2018

Sortie en forêt 78.

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Nous voilà de retour au col des mille martyrs, en hommage aux dix milles martyrs romains chrétiens n'ayant pas voulu abjurer leur religion. Le fond de l'air est frais, cependant le sol est sec, ce qui ne permet pas à la fonge d'être aussi développée que nous l'espérions. 

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La forêt est timide, le chant des oiseaux discret, mais la ballade n'en est pas moins belle. Paysages sublimes, lumière tamisée filtrant à travers les branches des conifères, montagnes dans les nuages et myriade de baies sauvages le long des chemins nous attendent. La fin de l'été a déjà un doux parfum d'automne. C'est le moment de jouer à la sorcière, de courir dans les bois, de ramasser les pommes au jardin, les courges dans le potager avec les dernières framboises gorgées de soleil, d'attraper les grappes de raisin à pleine main et de dire adieu définitivement aux vacances. C'est le temps des vendanges, des fruits, des champignons, des feuilles mortes, celui de vivre au rythme des jours qui raccourcissent.

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J'adore marcher dans la pénombre des bois. L'atmosphère y est toute particulière. L'humidité ambiante invite à la prudence, celle-ci étant propice à la sortie des amphibiens forestiers. Crapauds, grenouilles et salamandres font partis de ces animaux se faufilant parmi les feuilles mortes et que l'on peut croiser pendant les pluies d'été, pendant la recherche des cèpes ou juste après une averse éclaire, de celles qui surprennent le promeneur.

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Cependant nous ne sommes pas bredouillent. Les lépiotes élevées (Macrolepiota procera) sont de la partie. De forte stature, seul le chapeau est à prélevé. L'avantage de cette espèce, outre le fait qu'elle remplit rapidement le panier et qu'elle soit esthétique, est sa comestibilité.

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Si on prend soin de bien la cuire comme l'usage le recommande, ce champignon nommé également Coulemelle s'avère délicieux. Frit, grillé au barbecue, sauté à la crème ou en soupe, il peut se manger à toutes les sauces. On prendra cependant garde à son lieu de récolte, du fait qu'il soit un très bon bio-accumulateur. De ce fait, il est employé dans les analyses de sols pour déterminer leur teneur en agents chimiques polluants. Pour la trouver rien de plus simple, il suffit de s'aventurer dans les prairies, les bois clairs et les lisières riches en matière organique à décomposée. Attention cependant, des espèces semblables de lépiotes s'avères mortelles, autant bien connaître ses critères de détermination avant la récolte.

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Surprise, quelques girolles améthystes (Cantharellus amethysteus) nous attendent sagement dans la mousse, au milieu d'une forêt mixte composée de sapins blancs (Abies alba) et de hêtres communs (Fagus sylvatica) et dont les feuilles s'entassent déjà au sol. La sécheresse semble être passée par là, les specimens sont petits, craquelés et peu nombreux. Il faudra se monter patient avant la prochaine sortie pour mettre la main dessus.

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Dans une éclaircie, un petit buisson de callune commune (Calluna vulgaris) apparaît. l'espèce indique la présence d'un sol acide. Elle est l'hôte de nombreuses espèces d'insectes, en particulier de leur larve comme on le voit parfois avec la chenille du très beau petit paon de nuit (Saturnia pavonia).

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Ici elle indique la présence d'une tourbière, qui plus est ombrogène. Cependant elle a bien du mal à faire face à l'avancée de la fougère aigle (Pteridium aquilinum) qui peuple le lieu qui, en espèce pionnière, tend à le refermer, suivis bien souvent par les boulots blancs, hôte principal d'un champignon que j'affectionne tout particulièrement, l'amanite tue-mouche (Amanita muscaria). Pour en revenir à la callune, c'est une plante aux mille vertus, étant une très bonne mellifère, servant autrefois dans l'éllaboration des bières mais aussi, comme plante magique associée à la protection (notamment contre les fantômes).

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La récolte avance. Les mûres sont de saison. Nous les adorons. En salade, en sirop, en infusion, en confiture ... il y tellement de façon de les mettre en valeurs que nous nous privons d'en récolter une poignée dès que nous croisons un bosquet de ronces. Riches en vitamines, elles sont idéales pour affronter le froid.

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Instant de liberté face à la Grande Sûre dont la cime est plongée dans les nuages. Nous sommes dans une prairie à vaches surplombant Saint Laurent du Pont et sa vallée. L'herbe verte cache des merveilles dont un rond de sorcières de rosés des prés (Agaricus campestris). Hélas pour nous, nous arrivons un peu trop tard.

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Dans une partie pentue du bois, composé essentiellement de sapins blancs et où la lumière pénètre sans difficulté, nous faisons une jolie découverte. Il semblerait qu'il s'agisse d'une mâchoire de renard roux (Vulpes vulpes). Il faut se le dire, le renard à mauvaise presse. On le tire désormais de nuit dans certains départements. Dans la plupart, on le déterre, on l'enfume, on l'empoisonne, on le piège.

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C'est vrai que le goupil aime chaparder les poulets et les canards, et les dégâts ne sont pas sans conséquences dans les grands élevages de pleine. Est-ce pourtant autant la peine de le traquer partout ? Dans certaines vallées agricoles, on comprend désormais son rôle. Dans celle de la Valdaine, il est interdit de le chassé, afin de limiter les populations de campagnols qui dévastent les cultures. Plus de renards, moins de campagnols, la logique est simple mais encore dure à faire entendre, alors que dire de son impacte bénéfique sur la maladie de Lyme, lui qui réduit les populations de rongeurs qui font parties du cycle de ce mal ? Oh bien sûr, on peut parler de l'échinococcose que l'on nomme à tort maladie du renard et qu'il véhicule via ses déjections (et non son urine comme on l'entend souvent) mais cela ne concerne que 10 à 15 personnes par an et les vecteurs principaux en son le chien et le chat, autant dire que si l'argument était vraiment d'importance, nos compagnons auraient du soucis à ce faire. Quand à la rage, cela fait belle lurette qu'elle n'est plus présente sur le territoire français. Alors, si on laissait le renard roux un peu tranquille, histoire que les écosystèmes fonctionnent par eux mêmes et soient encore plus bénéfiques qu'ils ne le sont à l'agriculture ?

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Sur une souche, dans un boisement dense, nous tombons sur une multitude de carpophores (parties aériennes d'un champignon) de polypores soufrés (Laetiporus sulphureus). Pas plus simple à reconnaître que celui-ci : un chapeau marginé de blanc, des pores jaunes et absence du pied. Il n'y a pas à dire, en forêt il n'y en a pas deux comme lui.

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Aux Etats-Unis et au Canada, ce champignon est très recherché et est communément nommé "poulet des bois" en raison de sa chaire et de son goût proche de la volaille. Cependant, il faut bien l'appréter, la cuisson pouvant le rendre sec et filandreux. Pour ma part je le transforme en nuggets après un rapide blanchissement ou, je le découpe en fines lanière que je fais en fricassée dans de l'huile d'olive, de l'oignon, de l'ail et surtout, avec beaucoup de fromage de pays. Attention toute fois, les champignons nord-américains bien que très semblablent aux notres sont différents, aussi bien sur le plan de la biologie que de la comestibilité, d'autant plus que cette espèce ne convient pas aux estomacs sensibles. Les individus poussant sur des conifères (cette espèce appréciant également les feuillus), seraient plus indigestes. Mieux vaut lors d'une première dégustation le goûter en petite quantité.

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Dîner du soir. Au programme oeufs poêlés, chapeaux de lépiotes élevées revenus à l'huile d'olive, fricassée de polypores soufrés et gnocchi et infusion au mûres forestières. De quoi se régaler avec la récolte de notre promenade, il nous aura fallu un peu moins de 2 heures en forêt pour trouver de quoi confectionner notre repas.

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Sur le chemin, nous croisons pas moins de treize chevreuils (Capreolus capreolus). Chevrettes avec leurs faons de l'année, jeunes mâles en pleine forme ou petits groupes broutant dans les prairies enherbées, c'est notre jour de chance et pour cause, c'est le meilleur moment de la journée pour les observer. En effet, la lumière tombante, la fraîcheur amenée par la petite pluie du matin et le faible flux des voitures et promeneurs incitent les animaux à sortir du bois pour s'alimenter. Faute de prédateurs, leur population s'est accrue rapidement dans le secteur, présentant quelques problèmes pour le peuplement, en particulier sur les question de consanguinité et de maladies selon certains. Bien que chassée, en l'état des choses seule une prédation naturelle semble envisageable pour enrayer la dégradation génétique de l'espèce à l'échelle locale.

La nuit commence à tomber, il est temps de retourner chez soi pour s'atteler à la préparation du repas, et plus globalement, de la fin de l'été. Changement de contrat, même poste, je m'épanouie dans ma nouvelle filière : l'agriculture. Cependant, il me tarde de retourner à mes premiers amours : l'éducation à l'environnement. Qui sait ? d'ici quelques temps, peut être me croiserez vous au détour d'un bosquet, avec tout un groupe en quête de nature à découvrir. En attendant, il me reste à enfiler mes chaussures de randonnée et à vous dire à bientôt.

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jeudi 23 août 2018

Sortie dans les marais 13.

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LE GRAND LEMPS

 

L'été est prolixe, nous avons eu la chance de faire le tour de quelques un des ENS locaux et pour commencer, celui du Grand Lemps. Pour rappel un ENS est un site remarquable pour son écosystème, pour les espèces qu'il abrite, pour le rôle essentiel qu'il joue dans la vie culturelle et économique pour les habitants du coin et pour sa valeur pédagogique. C'est un espace naturel sensible géré soit par le CEN Avenir (conservatoire des espaces naturels) sous la direction du département, soit par une association naturaliste. En Isère nous avons la chance d'avoir non seulement le plus grand nombre d'ENS, mais aussi de gestionnaires de ces espaces, de journées découvertes consacrées à ceux-ci et à leurs préservation. Ils touchent pour beaucoup des milieux humides car peu nombreux en France métropolitiane, mais aussi des forêts, des pelouses sèches ou des alpages.

Au Grand Lemps, c'est une tourbière et son étang qui sont désignés comme ENS. Comme pour la plupart de ces sites, seule une partie très restreinte du marais est accessible pour permettre de concilier à la fois l'intérêt du public, la tranquillité des animaux et l'intégritée des plantes et du milieu, souvent sensibles aux questions de piétinement. Une multitude d'habitats se succèdent et marque l'évolution naturelle du site. Un chemin balisé et des structures de bois à l'épreuve du temps ont été mis en place pour faire découvrir le coeur de la tourbière, d'ordinaire peu accessible en raison de l'eau, des terres mouvantes et des moustiques.

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Voilà une des merveilles que l'on peut trouver dans les mares parmi les joncs. L'utriculaire australe (Utricularia australis) est une plante carnivore qui a la particularité de se développer entièrement dans l'eau et de n'ermeger qu'à la période de floraison. Ses feuilles aquatiques sont de deux nature : les photosynthétiques permettant l'élaboration de la photosynthèse et celles à pièges.

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En forme d'outres, ces dernières ne dépassent pas le millimètre et sont couvertes de poils. Ceux-ci permettent l'ouverture et la fermeture du clapé de la feuille. Lorsqu'ils sont agités par une micro-proie, l'outre s'ouvre et aspire la malheureuse qui termine emprisonnée puis digéré sans autre forme de procès. C'est de cette particularité que les plantes de ce genre tir leur nom, inspiré du latin "utriculus" qui signifie "petite outre". L'utriculaire australe se reconnaît à la lèvre inférieur de sa fleur veinée de rouge qui est légèrement plus grande que les autres pièces florales, cependant il est aisé de la confondre avec l'urticulaire commune (Utricularia vulgaris). De ce fait l'identification se fait bien souvent à la loupe binoculaire, en particulier quand les fleurs sont absentes.

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Sans être placée sur les listes rouges nationales, c'est une espèce peu présente à la répartition disparate. Protégée par arrêté dans de nombreuses régions, en particulier dans le nord du pays, elle est un des indicateurs floristiques retenus lors de l'élaborations des ZNIEFF, les zones naturelles d'intérêts écologiques, faunistiques et floristiques qui se matérialisent par la réalisation d'inventaires.

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On trouve une autre carnivore tout aussi belle bien qu'originaire d'Amérique du Nord. La sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea) aime les sols pauvres. Pour combler le manque de certains nutriments absents des sols tourbeux, elle se nourrie d'invertèbrés qu'elle piège à l'aide de ses feuilles en outres aux parois glissantes.

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Cependant, les pièges de la sarracénie pourpre ne sont pas uniquement des tombeaux à ciel ouverts pour les bestioles imprudentes. Plus de 180 espèces vivantes tels des insectes, des algues, des crustacés et des bactéries y vivraient, formant ainsi un micro écosystème à part. La digestion des organismes piègés se ferrait semble-t-il par leur intermédiaire et non pas uniquement par les enzymes que la plante sécrète. Protégée dans son aire d'origine, son introduction par des passionnées de plantes carnivores dans la tourbière du Grand Lemps avant le mise en protection de celui-ci pose problème, l'espèce ayant tendance à coloniser l'espace au détriment des sphaignes.

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La bourdaine (Frangula alnus) est un arbrisseau qui pousse dans une grande pluralités de milieux, de préférence humides. Ses baies noires sont toxiques et purgatives, on tire d'elle une teinture naturelle qui colore les linges en vert tendre. Des jeunes rameaux frais on tire du pourpre et du violine, des écorces séchées un très beau jaune.

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L'installation des passerelles a demandé non seulement un gros investissement mais également de gros moyens humains. Posées sur la tourbe, leur fondation s'enfonce profondément dans le sol meuble, rendant peu aisé les travaux. Sur plus d'une dizaine de mètres par endroits, le marais n'offre pas une surface suffisamment stable. Un puit mit en place dans le parcours permet de mesure la profondeur à l'aide d'un long bâton. Il rend également visible les strates de la tourbe qui se compose de tourne blonde (vieille de moins 3000 ans), de tourbe brune (aux alentours de 5000 ans) et de tourne noire (12 000 ans et plus).

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Le bas-marais alcalin est un habitat de référence dans les suivis des milieux humides. Il représente 55% des zones humides de l'Isère. Il se caractérise par une mise en eau constante, pauvre en nutriments et très souvent calcaire. Les carex acidophiles y sont courants, de même que les sphaignes (famille des mousses). Ils sont le premier maillon dans la constitution de la tourbe. Peu communs, ces grands systèmes palustres sont surtout présents dans l'Est de la France, protégés par la topographie des montagnes.

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La cladiaie fait partie des milieux typiques du bas-marais. Ce sont de grands peuplements de marisques (Cladium mariscus) dont les tiges peuvent frôler les 3 mètres. Pauvre en espèces végétale, elle regorge d'animaux en particuliers d'oiseaux et d'insectes qui trouvent gîte parmi ses feuilles coupantes et ses tiges persistent à l'hiver bien que brunies par l'action du froid et du gel.

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La cladiaie se compose parfois de marisques poussants sur la matière végétale se trouvant à la surface de l'eau ou en suspension entre deux strates aquatiques. Vértibles radeaux flottants, ces îlots sont trompeurs pour le promeneur qui pense pouvoir y poser le pied et termine dans le fond du marais. L'accumulation de ces formations fait prémice au comblement du marais par la matière organique, laissant place au haut-marais qui se caractérise par une mise en eau périodique, des pelouses humides et la possibilité d'y mener des pratiques agricoles tel que la pâture, la fauche ou la mise en céréales sur les terres devenues arables.

Le marais nous donne des ailes. Nous n'avons pas vu les droseras, d'autres plantes carnivores encore bien différentes de celels qu'offre le mairais et que nous avons pu voir. Petit mais riche en découverte, le sentier à l'avantage de préserver une grandre partie du site du bruit et des regards des visiteurs, assurant un semblant de tranquillité aux animaux qui le peuple tel les hérons cendrés et les faucons hobereaux. Il nous reste bien d'autre ENS à découvrir, le prochain se situe dans les marais de l'Ainan, sur la commune de Chirens où pousse la rare et discrète Liparis de Loesel, une orchidée qui ne paye pas de mine mais dont la sauvegarde est capitale.

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vendredi 17 août 2018

Sortie en forêt 77.

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Il y a bien trop de monde sur les plages. Les grands lacs que sont Aiguebelette et Paladru sont pris d'assaut. Il est temps d'aller dans nos coins secrets en forêt pour trouver un peu de fraîcheur. Aux portes de la Chartreuse, une cascade discrète alimentée par l'Aigueblanche nous sert de terrain de jeu le temps d'une soirée.

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Le sureau de montagne (Sambucus racemosa) est bientôt à point. Ses baies se consomment en confiture ou en gelée une fois débarrassées de leurs graines qui sont riches en hétérosides cyanogènes. On les mêle souvent à d'autres fruits en raison de leur teneur en pectine qui permet une gélification rapide des préparations.  

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Depuis une éclaircie dans la forêt, il est possible d'observer Saint Laurent du Pont, du nom du Saint romain martyr, ainsi que la vallée du Guiers Mort dans la quelle cette petite ville de campagne se trouve. Elle est récente au regard de l'histoire géologique de la région, la vallée étant un lac lacustre jusqu'au début du Moyen Âge. Cependant, l'occuppation du site sur ses hauteurs est bien plus ancienne. Des reliques paléolithiques mais surtout gallo-romaines ont pu être exhumées. Des pierres taillées aux pièces en argent, en passant par l'hospice pour croisés lépreux et les dolmens allobrogènes, c'est un site historique où bien des secrets restent à être levés.

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Dans le sous-bois de la forêt mixte où se mêlent les sapins blancs et les hêtres, quelques traces laissées par un charmant oiseau ne trompent pas. Les lieux sont habités par la chouette hulotte (Strix aluco). Commune, son hululement lui a valu son nom de chat-huant. C'est une très bonne chasseresse qui permet la régulation des populations de micro-mammifères. Elle a pour habitude de régurgiter ses proies sous forme de pelotes de rejection qui s'identifient à leur taille mais aussi à la présence d'ossements, en particulier de crânes, en bon état.

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L'herbe aux sorcières (Circaea lutetiana) porte aussi le nom de Circée de Paris, en hommage à la sorcière Circé de l'Odyssé d'Homère. Il paraîtrait qu'Hermès porta à Ulysse quelques brins de cette plante comme antidote aux potions de la magicienne pour ne pas finir comme ses camarades en porcs. Son nom scientifique "lutetiana" fait pour sa part écho à la ville de Lutèce, qui de nos jours se nomme Paris. Appelée de la sorte dans de nombreux pays d'Europe, la Circée de Paris est souvent associée à la figure de la plante maléfique bien qu'elle soit que peu toxique. Dans certaines régions elle est nommée en patois "herbe aux sourciers" du fait qu'elle pousse de préférence dans les milieux riches en matière organique, humides et ombragés. 

Riche en tanins, on lui connaît dans la tradition populaire un usage médicinal, en particulier pour le soin des plaies et pour la bonne cicatrisation de celles-ci. Cependant, c'est sur les muqueuses qu'elle a de véritables effets, par sa nature de plante astringente. Fortement attachée au folklore européen, elle porte encore bien des surnoms comme ceux d'enchanteresse en patois français, de Gewöhnliches Hexenkraut en allemand (Herbe aux sorcières commune), de Enchanter's Nightshade en anglais (Morelle de l'enchanteur), de Erba-maga en italien (Sorcière commune) ou encore de Groot Heksenkruid en norvégien (Grande sorcière). Bien que présente de manière abondante sur presque tout le territoire français métropolitain, elle est intégralement protégée en région PACA du fait qu'elle y trouve plus rarement les conditions favorables à son développement, celle-ci n'aimant pas la salinité et les sols rocheux de la côte.

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Autre plante forte de notre folklore, la fougère aigle (Pteridium aquilinum). Son nom tiendrait au fait que tranchée, la moelle de sa tige laisse apparaître une tête d'aigle. Pour ma part je n'ai jamais rien vu de la sorte. Plante protectrice, on pensait que la brûler attirait la pluie en période de sécheresse et chassait les serpents des étables, ces derniers et plus particulièrement les vipères étant accusés de venir boir le lait aux pis des vaches.

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La saison des papillons noctures et forestiers bas son plein. Au sol, une aile d'un de ces lépidoptères (soit Catocala nupta nommée "la mariée", soit Catocala elocata nommée "la déplacée" à la vue des motifs et des couleurs), sans doute happé en vol par un oiseau ou une chauve-souris forestière, les chiroptères adorant croquer les gros papillons nocturnes.

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À savoir, à 2,25 kilomètres de là se trouve le clocher de l'église de Merlas. Celui-ci abrite une importante population de petits rhinolophes (Rhinolophus hipposideros), une espèce de chauve-souris devenue extrêmement rare en raison des pollutions lumineuses et agricoles qui ont mené à la disparition de leur habitat et de leurs proies. En période d'hibernation ou en repos, ce rhinolophe s'enroule dans ces grandes ailes et prend la forme d'une minuscule goutte, celui-ci ne dépassant pas les 7 grammes. Il mange de nombreux insectes qu'il chasse à la cimes des arbres, dans les bois, en lisière et dans les marais. Pouvant manger en une nuit plus d'une centaine de moustiques, il se tourne aussi vers les papillons nocturnes au vol plutôt lent et les araignées.

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Pas ou peu de champignons poussent en cette période de sécheresse, quelques satyres puants (Phallus impudicus) sortent ça et là pour le plus grand plaisir des mouches qu'ils attirent avec leur délicieuse odeur de cadavre. Je l'accorde, il y a plus romantique, de ce fait nous retournons dans l'eau jusuqu'au prochaine article.

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jeudi 12 juillet 2018

Sortie en forêt 76.

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Descente en forêt, plus précisément dans les gorges un torrent de la Valdaine pour se rafraîchir des premières grandes chaleurs qui le soir laissent places aux orages d'été qui font du bien à la terre et dont nos peaux se délectent des gouttes qui s'écrassent sur elle. Le terrain est accidenté, les inondations de 2002 ayant durablement marqué le territoire.

Les champs commencent à jaunir sous l'effet du soleil harassant, l'observation animale est plus difficile et c'est à la tombée de la nuit que nous nous tapissons d'ordinaire pour observer les chevreuils en toute discrétion.

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Les baignades sauvages vont être nombreuses cet été, pour peu que les week-ends ne se fassent pas trop pluvieux. Exit les révisions et les études, le diplôme en poche et un super job pour la belle saison, c'est tout ce qu'il me faut pour profiter du reste. Lecture, dessin, randonné, botanique, blog et mycologie, la nature reprend sa place dans ma vie.

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L'orchis pyramidale (Anacamptis pyramidalis) est une orchidées qui apprécie les talus. Parfois une mutation génétique la rend blanche, on parle alors d'albinisme. Si la coloration est plus terne qu'elle ne devrait l'être on emploiera le terme d'hypochromie et si à l'inverse, elle est bien plus colorée qu'elle ne devrait l'être, on dira hyperchromie. Ces mutations sont recherchés par les amateurs d'rochidées : les orchidophiles.

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Voilà l'Aigueblanc, cours d'eau provenant des limites de la Chartreuse et se jetant dans l'Ainan qui lui même rejoins le Guier. Dans ma famille nous avons toujours nommé le lieu le Gas BlancLe terme "gas" en ancien français désigne un bois ou une forêt, soit la forêt blanche ou le bois blanc. Le terme blanc pourrait faire écho à la couleur des eaux écumeuses qui le traversent mais aussi, à la blancheur du tuf qui s'y forme, créant ainsi de congrégations géologiques de calcaires atypiques le long des falaises argileuses et des parois des cascades qui le composent , mais peut être y a-t-il un sens plus ancien et caché qui justifie ce nom.

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Surprise dans le bois. Quelques girolles pâles (Cantharellus pallens) poussent sur un monticule moussu où des hêtres ont pris place. C'est la première fois que j'en croise ici et c'est une véritable aubaine pour la confection de notre repas du soir. La saison des champignons débute pour ma plus grande joie.

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Nos pas font lever deux chevreuils  (Capreolus capreolus), une chevrette et son faon dissimulés dans les herbes hautes qui encadrent le chemin forestier. Ils sont bien rapide et le temps de sortir l'appareil photo, ils ne sont plus qu'à quelques bonds de la lisière de la forêt dans la quelle ils s'engouffrent avant de nous jeter un dernier regard.

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Ces drôles de choses ne sont ni des crottes, ni des pierres. À gauche il s'agit d'un myxomycète et plus précisément d'une espèce nommée lycogale rose ou lycogale du bois (Lucogala epidendrum) mais aussi lait de loup, nom que je ne lui connais que depuis peu. Il émerge des morceaux de bois mort humides dont il se nourrit. À droite il s'agit de la russule verdoyante (Russula virescens), à la chair ferme et parfumée qui, d'un avis général, est considérée comme la meilleure des russules.

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Voilà un autre myxomycète, peut être le myxomycète blanc (Fuligo septica var. candida) mais rien n'est moins sur avec cet ordre qui compte des dizaines d'autres, beaucoup plus de familles et des milliers d'espèces. Leur détermination est passionnante car sous les loupes binoculaires, ils abordent une architectures et des couleurs que l'on croise rarement dans le vivant, ce qui me fait me prendre de passion pour l'infiniment petit.

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Sucepin, tipules, prêles ... pour un naturaliste le Gas blanc est un endroit à explorer avec attention. Composé de forêts aux profils multiples comme avec la châtaignieraie, la ripisylve, les prairies de fauche, les canaux marécageux, la chênaie et les taillis à petits fruits, il a l'avantage de n'être que peu fréquenté hormis des locaux, le chemin de randonnée et la passerelle ayant été emportés par le déluge de 2002.

Sur le retour, un lièvre prend la fuite. D'abords tapi dans l'herbe à quelques centimètres de la route, il prend la fuite en me voyant sortir l'objectif de l'appareil, peut être un mauvais souvenir d'une rencontre avec un fusil. Deux heures, c'est tout ce qu'il faut pour prendre le temps de profiter de la vie et de ce qui nous entourent, de l'aborder sous un nouveau regard et d'en savourer chaque surprise. Cette journée fût formidable.

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jeudi 21 juin 2018

Le jardin des mille fleurs, édition 2018.

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Début juin se tenait les rendez-vous au jardin, événement européen dédié aux amoureux du paysagisme et de l'horticulture. En France, ce sont des centaines de jardins publics mais aussi privés qui se sont ouverts aux visiteurs curieux. Parmi ceux-ci, on en compte un tout particulier, celui des Milles et Unes Fleurs, situé en Isère à Saint Jean de Bournay. Sur 4000 m² s'épanouissent pas moins d'un millier d'espèces à fleurs. En pleine terre ou en pots, elles créent une jungle luxuriante où il fait bon prendre le frais. Autre spécificité de ce jardin extraordinaire à la Charles Trenet, le créateur et jardinier de celui-ci n'est autre que mon professeur de mathématique qui a pu m'a accompagné au cours de mes deux en de BTS GPN et il lui a fallu bien du courage, mon amour pour les maths, hélas pour lui, ayant certaines limites.

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Parmi les pollinisateurs présents, on trouve le moro-sphinx (Macroglossum stellatarum), un papillon commun que certains nomment colibri des jardin. C'est un gros mais rapide lépidoptère (plus de 50 km/h !) attiré par les fleurs violines ou blanches et dont la longue trompe en fait l'un des seuls papillons capable de polliniser les éperons profonds de bon nombre d'espèces. C'est un migrateur qui quitte les Alpes pour passer l'hiver en Espagne.

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Ce jardin jungle abrite une multitude d'Hydrangea dont pas moins 7 des 9 familles qui composent cette célèbre famille auquel le genre des hortensias appartient. Rampants, ras, à feuilles de chêne, des marais ou encore à feuillage rouge, ils ont tous la particularité d'aimer les sols calcaires typiques des plateaux isérois.

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Pavot coccinelle, lys exotique, clématite bicolore, seringat ... le choix est large est varié. Pour revenir à ce beau pavot nommé par les anglo-saxons pavot Lady-bird (Papaver commutatum), est originaire du Nord du Caucase et de Turquie. Le fait qu'il ne soit pas un cultivar à l'avantage de permettre la production de semis viables.

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Les fushias (Fushias sp.) ne sont pas de nos l'attitudes mais originaires de Nouvelle Zélande, du Mexique et d'Amérique du Sud. Certains peuvent se présenter sous la forme d'arbustes de plusieurs mètres de hauteurs. Chez nous, ils sont beaucoup plus modestes et peines à dépasser plus d'un mètre en raison du climat plus tempérés. En serre, ils peuvent perdurer toute l'année pour un temps soit peu qu'on les maintiennent au chaud. C'est sous Loui XIVe qu'ils sont découverts par les occidentaux et nommés du nom d'un célébre botaniste allemend du nom de Leonhart Fuchs, à l'instar de l'orchis de Fuchs (Dactylorhiza fuchsii).

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Autre famille bien présente, celle des roses. Orient express, Richard, De Sévillier ... elles sont plusieurs centaines à s'éppanouirent. L'art des roses et toout particulièrement de faire naître des roses est ancien. Que cela soit au parc de la Tête d'Or ou dans la cour des châteaux, ils sont nombreux à avoir donné vie à nos roses modernes.

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Il y a encore bien des choses à voir, des massifs à l'anglaise, des potagers débordants de groseilles, de choux, d'oignons horticoles et de dahlias en devenir, une serre, un vieux verger, trois fontaine, un jardin des simples et un autre au carré. Bref, c'est à voir et revoir.

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lundi 30 avril 2018

Récoltes sauvages du début d'année.

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Le temps des récoltes a débuté, le panier se remplit enfin de champignons et de fleurs. Cette année, je renoue avec mon âme de sorcière. Les week-ends et les vacances se ponctuent de sorties sur le terrain, à la recherche des plantes comestibles et des médicinales à mettre en pots. Cependant, ce n'est pas une pratique aisée, elle demande non seulement de connaître ce que l'on récolte plutôt bien voire très bien, mais aussi de maîtriser la réglementation pour préserver les ressources. À ce sujet, je vous conseille de jeter un coup d'oeil sur les arrêtés locaux disponibles sur Tela Botanica, l'INPN et Flore Alpes en n'hésitant pas à croiser les sources pour plus de justesse.

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Alors, que trouve-t-on dans mon panier ? De délicieux morillons à demi-libres (Mitrophora semilibera) parmi les fleurs. Bien que moins parfumés que les morilles (Morchella sp.) avec les quelles il partage les mêmes milieux (de substrat calcaire), ils restent délicieux, surtout quand ils s'accompagnent de crème fraîche. Et puis ils y a les fleurs, les fougères, les racines fraîches. Les fleurs jaunes au calice vert clair sont celles de la primevère offcinale (Primula officinalis) nommée dans les campagnes coucou. Elle tient ce surnom du fait qu'elle fleurit en même temps que l'arrivée de l'oiseau du même nom. J'ai pour habitude de la récolter depuis l'enfance, en reprenant les gestes de ma mère et de ma grand-mère, et bien que ces cueillettes étaient plus un amusement qu'autre chose, j'ai gardé cette habitude. Je les utilise en infusion pour l'endormissement, pour me calmer ou pour les maux de gorges, de par les propriétés adoucissantes et apaisantes. Cependant je reste prudente, les primevères étant des plantes fortement allergisante. En cuisine je les intègres fraîches aux omelettes, un régale ! Petit détail, il est nécessaire de retirer le calisse de la fleur, un travail long et minutieux.

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Et les fleurs roses ? Ce sont celles du lamier maculé (Lamium maculatum). Récoltées le plus souvent pour décorer les plats, celles-ci n'ayant pas de réelles propriétés, j'aime les utiliser pour colorer les infusions en un rose profond, surtout quand il s'agît de faire des tisanes de plantes qui, dans mes drôles de potions, donnent des couleurs parfois peu appétissantes. Il est souvent confondu avec le lamier pourpre (Lamium purpureum). Et pourquoi avoir récoltée la capillaire des murs (Asplenium trichomanes) ? Tout simplement pour animer les stands que je tiendrai d'ici peu avec ma compagnie médiévale, la Corne percée, où je joue le rôle de l'herboriste ! Cette petite fougère avec bine d'autres étaient utilisées au Moyen-Âge pour lutter contre la chute des cheveux. Pour se faire on l'appliquait mélangée à de la crotte de chat. Peu ragoûtant, n'est-ce pas ?

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Après une ballade forestière, nous revenons avec bien d'autres trésors. En violet, des violettes odorantes (Viola odorata), dont je conserve les fleurs en partie pour leurs propriétés laxatives et émollientes. Une fois séchées, il n'en reste presque rien. J'aime les mettre en bouteille dans mes rhums arrangés. Elles se mêlent ici aux inflorescences jaunes de tussilage (Tussilago farfara) appelé aussi pas-d'âne en raison de la forme de ses feuilles. On les utilisent en médecine populaire pour soigner les infections et problèmes pulmonaires, mais avec parcimonie car la plante est hépatotoxique. Celles-ci finiront en flacons et seront présentées dans les grandes manifestations médiévales.

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On trouve aussi dans mon panier des bourgeons de hêtre commun (Fagus sylvatica). Leur usage est assez récent, surtout à travers la gemmothérapie (le soin par les bourgeons), et plus particulièrement dans les soins "anti-âge". Je trouve intéressant de pouvoir présenter au public des espèces qui ont un usage ancestrale ou tout récent et ainsi, de montrer que les relations hommes-plantes sont en continuelles évolution.

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C'est le temps de récolter l'ail des ours (Allium ursinum). Attention aux confusions ! Chaque année on compte quelques graves incidents leur des récoltes, dûs en particulier à la confusion entre les feuilles de cet ail avec celles des jeunes feuilles d'arum ou de muguet, sourtout quand elles sont ramassées à grandes brassées. Les feuilles finiront cuisinées comme du pesto ou séchées. Les boutons floraux sont sautés à l'huile d'olive et cuits dans une omelette, mais certains les préfèrent au vinaigre, comme les câpres. La cuisson retire le fort goût qui peuvent en faire fuir plus d'un. C'est une excellente plante comestible, assez recherchée.

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Pour en revenir aux morillons, on les trouve en compagnie de plantes fascinantes. La feuille bien verte est celle d'un pied de moscatelline (Adoxa moschatellina), une plante très discrète à la floraison verte et dont la fleur sent le musque. La petite fleur jaune en arrière fond et aux pétales décolorés est celle d'une ficaire fausse-renoncule (Ficaria verna). Toxique, on peut néanmoins consommer ses feuilles en salade en petite quantité, pour leur richesse en vitamine C. Les marins l'utilisait pour lutter contre le scorbut qui était courant en mer, en raison de leur alimentation peu diversifiée et très pauvre en vitamines par l'absence de fruits frais.

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Morilles et autres morillons poussent parfois dans le parc de la maison, dans un grand tapis d'égopode podagraire (Aegopodium podagraria). Souvent chassé du jardin car envahissant, on oubli trop facilement que c'est un légume ancien importé par les romains en Gaule puis oublié. C'est une plante qui se définit par le chiffre 3: une tige à trois face, trois feuilles composées de trois folioles ... on ne peut pas la louper. On peut la manger crue mais la panachée reste de la consommer cuite à la vapeur, en soupe ou en gratin. Noméme l'herbe aux goutteux, elle soignerait la goutte par son action sur l'acide urique.

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Le cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris) commence sa floraison. La racine très toxique a été pendant des siècles utilisée comme abortif. Cependant, ses parties aérienne bien qu'ayant un goût particulier, on pu être consommées comme légume, les fleurs et fruits comme condiments aromatiques.

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Dans les taillis de genêt à balais (Cytisus scoparius), où nous suivons les sentiers tracés par les sangliers à la recherche du chemin forestier, nous tombons sur la maison forte du lac de Saint Sixte. Réputée comme hantée, il n'en est rien. Chef-lieu des rassemblements de résistants pendant la seconde guerre mondiale, elle fût incendiée par l'occupation pour mettre fin à ces réunnions. Depuis elle est laissée bons soins des éléments et de la forêt.

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Historiquement elle se composait d'une bâtisse équipée d'un immense escalier à double entrée désormais couvert de lierre, d'une chapelle, d'un corps de grange et d'une écurie. On y accède en suivant le chemin forestier menant au lac en contre-bas mais le site étant une propriété privée, il est bien plus sage de ne faire qu'y passer sans s'y aventurer, les risques de chutes de pierres et de gravats étant bien réel.

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Le printemps, c'est aussi la saison de la tonte des moutons. Une brebis non tondue, c'est une brebis qui souffre. Au bout de 3 ans, l'épaisseur de laine devient trop imposante, l'animal ne parvient plus à se sécher seul. Les pluies et les rosées peuvent conduire à des hypothermies. Les parasites, en particulier les tiques et les acariens, viennent se loger entre la toison et la peau, pouvant provoquer de graves dermites. Il peut aussi rester bloqué dans les taillis. Bref, tout ce petit monde passe à la tondeuse, non sans être dubitatif de l'entreprise. Cependant, en les voyant gambader dans le pré, on se doute bien que c'est une libération. Issus des mouflons, nos moutons modernes ont été conçus, au fil des sélections, pour produire de la laine. Cependant, ils ne sont pas adaptés pour la porter toute leur vie, à la différence de certaines races à viande très anciennes. Une intervention humaine est donc nécessaire pour que les animaux restent en bonne santé.

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Ho ! Mais qui voilà qui frappe au carreau ? Ce gros-bec casse-noyaux mâle (Coccothraustes coccothraustes) a prit l'habitude de se rendre à la fenêtre où se trouve la mangeoire, bien que celle-ci soit vide depuis un moment. Il a aussi prit l'habitude de d'attaquer violemment la fenêtre, non pas pour quémander de la nourriture, mais pour affronter son reflet, celui-ci y voyant un rival. Ses coups de becs ne sont pas tendres.

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Le temps des récoltes continu. En pleine, les consoudes commencent à sortir et les pulmonaires fanes, mais dès que l'on prend un peu d'altitude, le printemps débute à peine et si on se rend sur les sommets, on peut encore marcher dans les dernières neiges. Il est donc aisé d'échelloner ses récoltes, pour peu que l'on est la bougeotte que l'on connaisse un poil le territoire que l'on parcours. Les marais des Terres Froides donnent encore des fleurs de coucous et les plaines du Ventoux se libères de leurs dernières hellébores fétides, tandis que les Calanques offrent les premières aphyllanthes de Montpellier. Le choix est vaste.

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mercredi 25 avril 2018

22e fête des plantes, des graines et de l'arbre de Réaumont

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Trois ans après notre première visite de la fête des plantes, des graines et de l'arbre de Réaumont, nous revoilà en Isère, à proximité des montagnes pour cette 22e édition. Portée par l'association La maison de l'Arbre, la manifestation rassemble les amoureux des plantes autour des stands de pépiniéristes, d'herboristes, de producteurs locaux et de passionnés. Le thème de cette année portait sur la permaculture.

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Des raretés se trouvent sur les étales. Les fritillaires pintades (Fritillaria meleagris) et les violettes sororia "Freckles" (viola sororia freckles) se bousculent dans les panières en osier. On trouve également des cultivars de la tulipe australe (Tulipa sylvestris 'subsp.' australis), que l'on reconnaît à ses pétales teintés de rouge. Cette espèce est extrêmement rare dans nos contrées. Hélas, elle ne fait pas l'objet de mesures de protection.

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Pour les amoureux des plantes et du soin par celles-ci, il y avait de quoi faire son marcher. Pour ceux qui n'ont pas forcément la chance de pouvoir ramasser en nature, avec les bons gestes et de manière sûre, c'est la meilleure des alternatives. Pour les autres, c'est l'occasion de se donner des idées, chose que je vous présenterai dans mon prochain article dédié à mes cueillettes du mois d'avril.

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Quizz proposé par l'association du Pic Vert : reconnaître les sols et leur composition. Des substrats récoltés en nature, des pots de confiture, quelques étiquettes et le tour est joué. Non seulement l'entreprise est ludique, mais elle permet de sensibiliser à la faune du sol et aux techniques de jardinage adaptées au milieu.

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Surprise ! Terre Vivante était là aussi ! Avec en prime la présence de Pascale Aspe, directeur du centre écologique, pour une conférence passionnante rappelant que le jardinier n'est jamais seul au jardin et que, s'il se réfère à la permaculture, une grande partie de son travail consiste à se faire aider de la nature.

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Que de choix ! Tanaisie des chartreux, génépi blanc mais aussi cornouiller de Californie, ginko, narcisse des poètes et iphéon se bouscules dans les sacs et les paniers. Pour les gourmands, on pouvait pour l'occasion trouver à foison des crêpes mais aussi des pommes et des miels locaux, des sirops de lavande ou encore, des sels de thym serpolet. Petit coup de coeur pour ma part pour la confiture d'angélique officinale et pour le Cornus florida 'Cherokee Brave', un cornouiller à la floraison pourpre incroyable de chez "La Grange aux érables". Nous espérions pouvoir les rencontrer à la foire des plantes d'Aiguebelette, où nous avons été absent, il va falloir prendre notre mal en patience. La 19e éditions se trouve ICI.

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