vendredi 16 octobre 2020

Sortie en campagne 16 : l'Isère à la belle saison.

DSCN3675Nous voilà en Isère, à la maison familliale. Nous n'y avons passés quelques weekends entre la fin du printemps et le début de l'été. L'occasion pour nous d'explorer de nombreux milieux, que ce soit en couple, entre amis ou en famille. Nous avons pu suivre l'évolution de certaines nichées d'oiseaux repérées pendant le confinement par mes proches, ou apprendre à voir avec des yeux nouveaux des espaces qui nous étaient connus et, pour lesquels nous ne prétions pas l'attention qu'ils méritaient. En résulte quatre weekends entre la mi mai et la fin juin à parcourir le département, toujrous de préférence à la limite de la Savoie et jamais très loin de la Chartreuse, mon éternel berceau.

Chapitre 1 : la Montagne.

Première sortie post-confinement ou notre exploration loupée du Charmant Som.

Le déconfinement a débuté il y a deux semaines. Encore inquiets que la tournure des événements peu prendre, nous partons voir ma famille non sans prendre de précaution. Insipiré par cette liberté de mouvement retrouvée, nous proposons d'aller faire un tour au sommet du Charmant Som. Quelle erreur car ce jour là nous ne sommes pas les seuls à avoir cette idée et nous avons très vite déchantés une fois arrivée sur place.

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Des gens, des gens partout. Pas un mètre carré n'est libre. Je ne juge pas le choix de venir ici, ayant fait le même j'en serai bien mal avisée, mais plutôt l'absence de tenue et de respect pour ce milieu naturel fragile. Les chiens pourtant interdits sur le site sont laissés libres, les narcisses du poètes protégés ici finissent avec les narcisses jaunes en immenses bouquets qui, redescendus dans la pleine, ne tiendront pas plus d'une journée en vase. Certains vont jusqu'à dérraciner des gentianes printanières par tapis entiers. Devant le massacre je prends la nausée. Nous prenons tout de même le temps de profiter du paysage snas pour autant aller au sommet.

DSCN3716Belle surprise. Au pied d'une cavité, un tapis de soldanelle des Alpes (Soldanella alpina) pousse. Fragiles, les fleurs apparaissent de mai à août après la fonte des neiges dans les pelouses. On en trouve de belles populations également dans le Massif Central et dans les Pyrénées. Néanmoins et comme son nom l'indique, c'est dans les Alpes que l'espèce est la plus présente. Pour l'heure elle n'est protégée qu'en Auvergne.

DSCN3729Pauvres orchidées, nombre d'entre-elles ont aussi fini en bouquet. Il s'agit ici de l'orchis sureau (Dactylorhiza sambucina) en raison de son parfum sucré et suave proche de celui de l'arbuste du même nom.

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Chez cette espèce, deux types existent : les plants aux fleurs roses et aux bractées rouges et les plants aux fleurs jaunes et aux bractées vertes. Une diversité qui peut parfois surprendre les botanistes en herbe. Haute de 10 à 30 centimètres, elle attire facilement le regard. Très présente dans le Massif Central, elle est présente ponctuellement dans les Alpes. Pour ma part je la trouve relativement souvent en Chartreuse dans les pâtures humides.

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Une autre orchidée est présente, l'orchis mâle (Orchis mascula). Son nom rappelle que de nombreues orchidées terrestres ont des tubercules semblables à des testicules. D'ailleurs le terme orchis signifit testicule en grec ancien. On prête ainsi aux parties souterraines des orchidées des pouvoirs aphrodisiaques (théorie des signatures). Ils sont alors consommés sous forme de poudre, le plus souvent dans le salep, une boisson chaude faite à base de farine de tubercules d'orchis. Si par endroit les fleurs sont abondantes, dans d'autres elles se font rares en raison de leur récolte intensive. Cette pratique est connue depuis l'antiquité.

DSCN3707Dans la pâture se trouvent des chénopodes bon-Henri (Blitum bonus-henricus), appelés aussi épinards sauvages. Nourriture paéolitique, je les aime aussi bien en tarte, en soupe ou que cuits à la vapeur. Poussant sur les sols azotés, là où les animaux aiment stationner, il vaut mieux éviter de le consommer cru quand ils sont cueillis en nature pour limiter la transmission de parasites à l'Homme, l'eau vinaigrée n'ayant aucune efficacité pour s'en débarasser. On peut également les préparer en purée ou en salade pour ce qui est des jeunes pousses.

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Abritées du soleil, quelques névés résistent tant bien que mal au soleil. Il s'agit d'une accumulation de neige dû au relief, même en situation de fortes chaleurs, et toujours sous le seuil des neiges éternelles. Les névés sont précieuses. Leur fonte très lente alimente en eau les plantes et pelouses alentours, permettant à des espèces peu communes dans ce type de milieu de se développer. Le sol de la Chartreuse étant calcaire, c'est à dire composé d'une roche poreuse, l'eau ne s'y accumule que très rarement. La flore que l'on rencontre ici est de ce fait une flore adaptée pour résister à la sécheresse. C'est de là que le massif tient son nom de désert vert.

DSCN3737Entre les pierres, pousse des touffes de poygale (Polygala sp). Avec plus de 1750 espèces, il est bien difficile de l'identifier. La plupart du temps, il faut se pencher sur la forme des feuilles et la composition des fleurs. On ne ferra cependant pas l'erreur de se fier à leur couleur, celle-ci pouvant varier du bleu au rose dans une même espèce.

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Il faut à la fois regarer la rosette basale, et les feuilles sur les tiges. Ici il pourrait peut être s'agir du polygale des Alpes (Polygala alpestris) comme tout autant d'autres. Je n'ai hélas pas trouvé d'inventaire botanique complet de la zone pour m'aider, bien qu'elle soit calssée Natura 2000, un statut européen qui vise la préservation du milieu. Néanmoins on trouve quelques informations qui ne manquent pas d'interêt, notament sur la présence du lynx boéréal (Lynx lynx) dans le secteur, l'animal pouvant avoir un très grand territoire.

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Des pensées ... des pensées à perte de vue sous formes de tapis dans la pelouse rase. Il s'agit ici de la pensée des Alpes (Viola calcarata), typique des prairies alpines et poussant après la fonte des neiges. Violines, blanches ou jaunes, on les reconnaît à leur long éperon et les pétales massif au coeur coloré. C'est une des nombreuses espèces endémiques des Alpes occidentales, chose que j'avais toujours ignorée jusqu'à présent.

DSCN3721Sur un ébouli rocheux pousse une énorme touffe de globulaire à tiges nues (Globularia nudicaulis). L'espèce est peu commune en dehors du Vercors mais reste inféodée aux Alpes. Le massif de la Chartreuse d'un point de vue géologique en reste très proche. De belle taille, elle peut atteinde 25 cm. Les tiges vertes, parfois tirant sur le rouge, portent une grosse infloressence en forme de pompons composés d'une multitude de petites fleurs bleues.

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Une proche cousine pousse non loin de là, la globulaire à feuilles en coeur (Globularia cordifolia). Nous l'avons découverte pour la première fois ave émotion sur un tallus, dans le village de mes parents. cependant c'est en montagne qu'elle est reine. Pas très grande, sa floraison intervient entre mai et juillet. Résistante, elle pousse aussi bien à 200 qu'à 2200 mètres d'altitudes. C'est surtout dans le centre et le sud de l'Europe qu'on l'a trouve.

DSCN3761Un autre incontournable des sommets, le trolle d'Europe (Trollius europaeus) appelé aussi trolle des montagnes. Espèce de grande taille de la famille des renconculacée, le trolle tire son nom du vieille alemand et signifie "globe". C'est le plus souvent dans les espaces ouverts et humides qu'il pousse. Il est fécondé par de gros insectes comme les bourdons et par une mouche dont les larves se nourrissent des graines.

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Au loin, le paysage s'étant face à nos yeux la Grande Sûre, Chamechaude, la Pointe des fées et bien d'autres. On se sent au coeur de la Chartreuse. L'hiver, le point de vue est tout aussi beau, mais la montée est bien plus hardue. En effet jusqu'à fin mars voire avril, la route est submergée par la neige. Il faut alors enfourcher les raquettes et muscler un peu les cuisses pour gravir les pentes qui soudainement semblent plus abruptes.

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En voilà les premières gentianes qui arrivent. Au premier abords je pensais qu'il s'agissait de la gentiane printanière (Gentiana verna). Erreur ! Il s'agit de de la rare et endémique gentiane du Dauphiné (Gentiana verna subsp. delphinensis), reconnaissable à ses longues feuilles fines. Elle est parfois considérée comme une sous-espèce de la gentiane printanière. On ne la trouve que dans le Dauphiné, ce qui en fait une espèce endémique.

DSCN3744Avec l'abondance de promeneurs, les animaux se font plus que rares. Les marmottes des Alpes (Marmota marmota) ne sortent pas de leur terrier. C'est le début de la période pour elles qui peuvent broutter avec plaisir les jeunes pousses qui ne sont pas encore brûlées par le soleil.

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Quelques chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) se promènent ça et là, cherchant les restes de pique-nique. Chips, pain et viennoiseries font leur bonheur. Hélas, trois fois hélas, ce sont pour eux de violents poisins. Plumes abîmées inaptent au vol et ne resistant plus aux intémpéris, estomacs abîmés, malformations osseuses des ailes ... les conséquences sont nombreuses.

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Un sommet, 4 tableaux. La diversité de la montagne est incroyable, en fonction du substrat et des expositions, le paysage diffère complétement. C'est à chaque fois gage de découverte, mais cette fois-ci, il faudra se contenter ds grands classiques. Peut être reviendrons-nous l'an prochain en mai-juin pour assister à la floraison des orpins roses appelé rhodiales (Rhodiola rosea) et des rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum).

DSCN3598Retour au pied de la montagne, à l'étage collinéaire. La végétation est bien plus avancée mais reste encore luxoriante. Le tamier commun (Dioscorea communis) commence à fleurir. Les jeunes pousses ne sont plus de ce fait bonnes à consommer car trop riches en saponines.

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Le peuplier tremble (Populus tremula) agite ses feuilles au grés du vent. Il figure parmis mes arbres favoris, tant son feuillage me fascine. Fait amusant, c'est le seul peuplier forestier. De ce fait il est moins gourmand en eau. C'est aussi une espèce dioïque, c'est à dire que les fleurs mâles (chatons gris-rouges) et les fleurs femelles (chatons verts) ne se trouvent pas sur les mêmes individus. C'est par le vent que le pollen se fait, on parle d'espèce anémogame. Le tremble se reproduit aussi par rejets.

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Dans les branches, des orties à longue queue (Aegithalos caudatus) piaillent. Appelées il y a encore peu mésanges à longue queue, cela fait longtemps qu'elles ont été séparées de la famille des mésanges par la phylogénie. Présente en Europe, on en compte pas moins 17 sous-espèces. Dans le nord, elles se caractérisent par une tête intégralement blanche. En France, elle est marquée de rose et de noir comme le reste du corps.

DSCN3691 (2)Levons les yeux au ciel. Un jeune circaète Jean le Blanc (Circaetus gallicus) traverse le ciel. Son plumage indique qu'il est dans sa première année. Tout juste revenu d'Afrique, il semble avoir établie son territoire ici. C'est avec le hibou grand duc (Bubo bubo) le plus grand rapace du secteur avec 1,95 mètres d'envergure. À l'échelle de l'Isère, c'est le vautour fauve (Gyps fulvus) qui remporte le duel avec une envergure de 2,80 mètres.

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Les jeunes rouge queue noirs (Phoenicurus ochruros) prennent leur envol sous le regard attentit de leur père. Ce petit insectivore ameles cavités comme celles des murs en pisé de la maison familliale, ils trouvent là de quoi faire leur nid. Les mâles se reconnaîssent à leur tête, ventre et dos noirs alors que les jeuens et les femelles seront grisatre. Chez les deux sexes la queue rousse est bien présente d'où son surnom de queue rousse.

DSCN3613 (2)DSCN3596     DSCN3627     DSCN3661     DSCN3706

Les chevreuills (Capreolus capreolus) profitent de la diversité des prairies et des champs de fauche pour se remplir l'estomac. Les faons sont nés. Les plus jeunes restent cachés dans les herbes hautes à attendre leur mère. Les plus vieux commencent à goûter les brins tendres. Nous aurons un peu plus tard dans la saison d'en observer plusieurs qui, bien enhardis, suivre leur mère à grands bonds. Seuls leurs oreilles dépassent de l'herbe.

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Comme toujours, les chats rôdent. Que ce soit ceux de la maison ou du voisinnage, ils se sont appropriés les lieux. Les dégâts ont été limités du mieux possible avec une grande opération de stérilisation des femelles du quartier et de certains mâles qui, pour la plupart, sont sauvages. Si cela n'empêchera pas la capture des oiseaux et autres petits animaux, la castration à le mérite de limiter la multiplication des chats ensauvagés et abandonnés

DSCN3687 (2)Dans la réserve d'eau du voisin, une libellule déprimée (Libellula depressa) dépose ses oeufs à la surface de l'eau. Il faudra attendre trois semaine avant que les larves n'en sortent et une année de plus pour qu'elles deviennent à leur tour des adultes Carnassière, l'espèce se nourrie d'uen grande diversité d'insectes et de petits invertébrés Ici on reconnaît la femelle à son comportement mais aussi sa couleur jaune, le mâle bleu pastel.

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Les champs de céréales commencent à prendre leur belel couleur dorée. Nous guettons de longs instants. Avec un peu de chance, un couple de busard niche peut être dasn le champs. Nous ne vooyns rien mais ne dessépérons pas. Il y a 2-3 ans de ça nous avions pu observer deux mâles de busards Saint Martin (Circus cyaneus) nous survoler au même endroit. Un moment totalement magique que je rêve de revivre.

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Dans les pâtures à vaches, ça grouille tout autant de vie. Une araignée crabe (Thomisidae sp.) postée sur une scabieuse et attent sagement le passage d'une proie tel qu'un papillon. Une grande sauterelle verte (Tettigonia viridissima) rôde non loin, et pourrait rapidement faire de son repas la petite araignée. Malheureusement pour elle, elle finira finalement comme proie d'une pie bavarde (Pica pica) postée dans les arbres.

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Sortie noctunre. Nous n'entendrons ce soir là que les chouettes chevêches (Athene noctua) et le battement d'ailes des chauves-souris (Chiroptera). Dans la grange, ce ne sont pas les rapaces nocturnes qui veillent mais les rouge queue noirs. Dans l'herbe, les grandes loches (Arion rufus) s'aventurent en direction du potager à la recherche de plants de salades bien tendre au grand damne de la jardinière qui bien souvent, découvre le massacre au matin, quand il ne reste plus quelques feuilles couvertes de bave et brûlés par le soleil.

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Les  nids se vident déjà, le sureau noir et les géraniums sauvages sont en fleurs et dans les noisetiers, les premiers fruits murissent. Il faudra encore attendre août voire septembre pour s'en régaler. La vie semble foisonner et avec le confinement, nous avons raté bien des observations. Tant mieux pour les animaux qui ont eu un peu de repis même si dans de nobreux départements la casse est restée autorisée malgré le confinement.

Chapitre 2 : les Marais

Redécouvrir les zones humides : la magie de la tourbière de l'Herretang.

Cette tourbière et moi, c'est une vieille histoire d'amour. Je commence à la connaître par coeur et pourtant, chaque sortie est une découverte. Je n'ai pas encore tenté l'exploration de nuit. Peut être un jour. Cela annonce de nombreuses surprise commece soir d'été 2019 où, entre amis, nous avions vu surgir une chevrette et son petit. Tous deux avaient joyeusement pâturés sous nos yeux et ceux d'une buse avant de disapraître dans les buissons.

DSCN4010La tourbière de l'Herretang est une ENS, c'est un Espace Naturel Sensible. Géré par le département, c'est un espace dédié à la protection des espèces et de leur milieu de vie, mais aussi aménagé pour permettre au public de découvrir la richesse de la biodiversité qu'il abrite.

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Située entre Saint Joseph de Rivière et Saint Laurent du Pont, cette tourbière est issue d'un des nombreux glaciers qui couvraient la région il y a 40 000 ans de cela. La fonte de celui-ci a entraîné la création d'un lac qui au fil des siècles s'est comblé avec le dépôt l'an mais continue de la végétation. En résulte un marais silloné par une rivière, l'Herretang, et de lacs. Ils sont le fruits de l'extraction passée de la tourbe par les habitants locaux, une pratique abandonnée depuis plus de 100 ans.

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Arrêt à l'observatoire. Un grèbe castaneux (Tachybaptus ruficollis) est en vadrouille. Très petit, il en tire son nom, castagneux désigniant le fruit du châtaignier. S'il est reconnaissable à sa couleure brune-rougie, à son bec sombre aux comissures blanches et à sa petite taille, c'est surtout par son cri qu'il matérialise sa présence. Nichant sur la tourbière, les plus chanceux pouvent observer les poussins cachés dans les plantes aquatiques.

DSCN4045Ce mâle merle noir (Turdus merula) à son bec jaune remplit de vers de terre. Voilà de quoi nourrir sa nichée qui peut contenir 3 à 6 petits. eux-ci sont élevés dans un nid fait de brindilles, d'herbes sèches, de mousses et de feuilles qui sont tapissées de boue. La cuvette ainsi construite peut acceullir la ponte. Consitutée d'oeufs vert-bleus mouchetés de noir, elle éclora pour donner des poussins qui quitteront au bout de 12 jours seulement.

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Dans l'eau, de jolies fleurs s'élancent. À gauche, un tapis de nénuphar blanc (Nymphara alba) aux fleurs aux 20 étalescharnus couvre l'étang de ses feuilles maintenues par une limbe orbiculaire. Il est accompagné de fleurs jaunes, celle du nénuphar jaune (Nuphar lutea) dont seules les feuilles flotantes sont visibles, ses feuilles translucides étant immergées. On en compte que 5 pétales charnus sur les fleurs tenues par un solide pédoncule.

DSCN4008En lisière, une discrète orchidée pointe le bout de son nez. Il s'agit de la listère à feuilles ovales (Neottia ovata), une espèce commune mais qu'il faut chercher pour la trouver.

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Entièrement verte, des racines à la pointe des fleurs, elle mesure jusqu'à 60 centimètres de haut. La tige est en son milieu habillé par deux grandes feuilles ovales aux nervures parallèles, signe qu'on est face à une monocotylédone, la grande clade de plantes qui regroupe les orchidées mais aussi d'autres familles comme les aspergacées dont font parties les asperges.  Cette espèce fleurit de mai à juillet et se trouve un peu partout dans les bois clairs, les pelouses humides et les broussailles. Son aire de répartition est immense puisqu'elle couvre l'Eurasie et l'Amérique du Nord tout en y étant indigène.

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Les mâles de libellules déprimées (Libellula depressa) défendent avec ferveur leur territoire. On les reconnaît à leur abdomen bleu, les femlles comme montré plus haut étant jaunes. L'espèce tient son nom de son habitude au repos de tenir ses ailes un peu pendantes, comme si l'insecte était (par antropomorphisme) déprimé. Commune on la rencontre à la fin du printemps et pendant l'été à proximité des zones humides.

DSCN4065Arrivés à la phragmitraie, c'est un véritable concert. Du coeur du marais, des chants s'élèvent un peu partout. SOudain, une locustelle luscinoïde (Locustella luscinioides) chante perchée sur une phragmite australe (Phragmites australis), un pratique typique des mâles. C'est notre toute première observation. Ce petit oiseau est présent plutôt à l'ouest de la France et reste très localisé dans le reste du territoire. Migrateur, on l'observe de mai à aout dans les zones humides composés de joncs et de saules où elle trouve les invertébrés dont elle se nourrie.

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Nous espérions trouver le lézard des souches (Lacerta agilis), mais nous ne verrons ce jour là que le lézard des murailles (Podarcis muralis), ce qui ne va pas sans nous déplaire. Certains d'entre eux sont énormes, laissant penser qu'ils ont fait un très bon repas ou plutôt, qu'il s'agit de femelles gestantes. Ces dernières sont à la recherche d'un sol meuble pour y pondre leurs oeufs. Il faudra 4 à 11 semaines pour voir les lézardeaux émerger.

DSCN4021La floraison des iris des marais (Iris pseudacorus) bat son plein. Avec une grande taille dépassant parfois plus d'un mètre et de longs rhizomes, la plante est équipée pour faire face aux forts courants quand elle pousse sur les rives des torrents et rivières. Néanmoins c'est dans les marécages et les bords de lacs que cet iris sauvage est le plus courant. Les fleurs jaunes s'observent d'avril à juillet. Bien que belles, elles ne dégagent aucunes odeurs. Présent en Europe, en Afrique du Nort et au Proche Orient, il s'est depuis naturalisé en Nouvelle Zélande, en Amérique du Sud et du Nord. Les feuilles étant toxiques, même sèches, cela peut entrainer des soucis pour le bétail nourrie avec du foin produit dans les zones humides. Supportant bien la pollution, l'iris des marais est utilisé dans la création de filtres de phyto-épuration pour ses capacités captatrices, en particulier pour tout ce qui touche à l'eutrophisation.

DSCN4040Dans les airs, des dizaines de caloptéryx vierges (Calopteryx virgo) s'élèvent. Les mâles présentent des ailes et corps bleus, tandis que les femelles sont d'un cuivré métalisé avec toujours des ailes colorées mais restant translucides. Aimant les cours d'eau rapides et bien ombragés, ces caloptéryx semblent apprécier l'Herretang, la rivière fortement arborée qui longe la troubière et qui l'alimente en partie en eau.

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Les mâles défendent leur territoire en se posant sur un végétal en hauteur. Dès qu'un concurrent passe par là, même d'une autre espèce, c'est une course-poursuite qui s'entâme. Les mâles les mieux placés sont assurés de trouver une ou plusieurs partenaires. Très commun, le caloptéryx vierges se trouve partout en France excepté en montagne mais aussi dans le reste de l'Europe (surtout dans le sud occidental) et au Proche Orient.

DSCN4099Les femelles peuvent pondre jusqu'à 300 oeufs sur la végétation à la surface de l'eau. Elles peuvent alors se faire happer par les poissons. Il faut attendre 2 semaines pour les voir éclore. Les larves qui en sortent vivent alors une à deux années dans l'eau, entre les racines et les tiges, à chasser les petites animaux grace à leur mandibule qui peut se détendre en moins d'une seconde. Petits insectes, crustacés d'eau douce et même jeunes tétards, rien n'échappe à leur instinct de chasseresse et leur grand appétit. Quand l'hiver arrive, elles s'enfoncent dans la boue et la vase, tandis que les adultes meurent aux premiers froids. À la fin du printemps, les larves arrivées à maturité sortent de l'eau en grimpant sur une grande tige. Elles sortent alors que leur exuvie pour devenir une libellule et déployer leurs ailes. Elles restent de longues heures au soleil pour sécher leurs ailes et les déployer. Elles sont alors particulièrement fragiles à ce moment là. Bien souvent, leurs couleurs sont peu marquées dans les premiers jours, ce qui permet aisément de savoir si on se trouve avec un adulte ou non. Ici c'est un caloptéryx tout juste envolé.

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Un autre prédateur guette : la grenouille verte (Pelophylax sp). Il ne s'agit pas d'une espèce à part entière mais d'une clade regroupant plusieurs espèces très proches les unes des autres et qui s'hybrident sans mal. Un vrai casse-tête quand il faut les identifier pour mener l'inventaire des amphibiens d'un secteur. Sacs vocaux, forme des paupières, taille, motifs et couleurs du corps ... les critères sont nombreux et pas toujours des plus fiables.

DSCN4077Dans les lacs formés à la suite de l'extraction de la troube, des poissons ont été introduits, soit par l'Homme, soit par les crues de la rivière toute proche. Ici il pourrait s'agire d'une chevesne (Squalius cephalus) ou d'une espèce proche aux nageoires rouges comme le hotu (Chondrostoma nasus). Ils font le bonheur des hérons et des quelques grands cormorans qui sont de passage dans le secteur mais qui n'y restent jamais très longtemps.

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Mon bien-aimé n'est pas sortie d'affaire, avec toutes ces observations, il faut prendre un sacré moment pour tout rentrer dans l'application faune-isère appelée aussi Naturalist. Ce site de sciences participatives permet à tout à chacun d'entrer ses données pour permettre aux chargés d'études et associatiosn naturalistes de mieux connaître les espèces présente. Petit bémol, il n'est pas forcément simple ou adapté pour les novices.

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Comme l'an dernier, nous remettons la main sur une jolie population de mousserons de la Saint Georges (Calocybe gambosa). Ces champignons à l'odeur de farine et de couleur crème sont assez prisés. Poussant au printemps, ont les trouvent souvent dans les champs et les prés, de préférence là où l'herbe est haute, à proximité des ronciers ou de la lisière. Comestible, certains l'aiment blanchi à l'eau là où d'autres le consomment grillé.

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Les rosacées comme les églantiers ou les ronces sont en fleurs. Je me demande à quoi doit ressembler le paysage de fin d'été / début d'automne dela tourbière avec tous les fruits charnus qu'offrent ces buissons. Les osieaux, en particulier les migrateurs comme les fauvettes doivent s'en donner à coeur joie. Les loirets, les muscardins et les écureuils ne doivent pas être en reste non plus. Le spectacle doit être sublime à voir.

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Nous quittons la tourbière et la rivière de Herretag sous le regard d'une buse variable (Buteo buteo). Bien que commun, j'ai toujours grand plaisir à voir voler se rapace dont l'envergure frôle les 1 mètres 30, ce qui en fait un oiseau de belle taille. S'adaptant à une large diversité de milieux, elle peut aussi bien chasser des rongeurs que de petits oiseaux ou même des grenouilles. En cas de disette, elle se tourne vers les insectes et les vers de terre.

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Nous faisons un rapide saut à l'étang de Saint Sixte. Pétrie de légendes, le lieu abrite un lac et un marais alcalin, chose assez peu commune dans le secteur. En nous garant quand le hammeau nous avons le loisir d'observer les nids d'hirondelles des fenêtres (Delichon urbicum). Une gorsse population niche ici sur les maisons et le clocher de l'église. Le soir, on peut les observer pêcher à la surface de l'eau les insectes émergeants de leur mue.

DSCN4136Saint Sixte, lieu de légendes mais aussi des nombreuses parties de pêches que nous venions faire ici en famille dans mon enfance. Parmis les histoires véridique ou non, il est dit que se sont les pères chartreux qui l'ont creusé, qu'il est réli au lac d'Aiguebelette par une rivière souterraine, que des véhicules de la 2GM y reposent, que par un hiver très froid un cheval de trait et sa charge y auraient sombré ou encore, qu'à minuit pile on y entend un chien noir hurler à la mort. De quoi faire frissonner les pseudo chasseurs de fantômes en mal de sensation qui s'aventurent parfois dans la maison forte qui se trouve à proximité dans la forêt.

DSCN4130Sur le tronc d'un vieille arbre tombé à l'eau, un grand cormoran (Phalacrocorax carbo) est à l'affût. En 28 ans, c'est la première fois que j'en croise un ici et j'en suis complètement ravie, d'autant qu'il a de quoi se remplir la pense avec toutes les espèces invasives qui ont été introduites ici. Poisson chat, écrevisses américaines, perche soleil et même silure, il y en a pour tous les goûts.

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Certains verrons d'un mauvais oeil l'arrive de se concurent de pêche, mais les chiffres sont clairs, 81 à 96% du poisson consommé par le grand cormoran ne l'est pas par l'Homme. Il n'y a de ce fait pas de quoi partir en guerre contre l'emplumé. La question devient plus complexe cependant quand il s'agit d'étangs surempoissonés, notamment pour la pêche sportive ou dans les pisciculture où la diversité des espèces n'a rien à voir avec ce que devrait être un peuplement piscicole. Dans ce cadre là, plutôt que d'incriminer l'oiseau, le plus simple est de mettre en place des installation pour limiter les dégâts, les tirs ne faisant que laisser la place libre à de nouveaux individus sans jamais régler le problème durablement.

DSCN4151Encore un changement de décor ! Nous voilà dans le marais de Saint Geoire en Valdaine, dont une partie fait partie de l'ENS des marais de Chirens. La zone est même classée en Natura 2000 comme le charmant Som. Nous n'avons jamais vraiment pris le temps de le visiter à cette période de l'année et nous prenons plaisirs à déambuler sur les sentiers longeant l'Ainan. Ce cours d'eau donnant son nom à la commune serpent en fond de vallée. Canalisé sous Napoléon 1er pour assainir la zone, il est alimenté par un canal creusé pour permettre aux terres de ne plus être constement immergées, laissant ainsi la possibilité aux habitants de cultiver les céréales. Parmi le cortège végétal, on trouve l'épiaire des bois (Stachys sylvatica). Parfois confondue avec les orties, elle n'en a ni les caractères urticants, ni le goût. Comestible, les jeunes somitées encore non fleuries peuvent être consommées crues ou en salades. Celles-ci ont un léger goût de cèpe ou du moins de champignons séché. Personnelement je la trouve délicieuse en soupe ou croquée sur le pousse en sortie. Les feuilles peuvent être consommées comme des légumes une fois blanchies à l'eau. Pour la récolter, il faudra s'y prendre avant juin, date de début de floraison de l'espèce. Il faudra également explorer les lisisères, les bords de chemins des bois frais et humides, les bosquets et les fossés ombragés, de préfèrence là où le sol est basique voire neutre.

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Toujours en lisière, voilà qu'un imposant sureau noir (Sambucus nigra) nous donne à sentir ses fleurs. Espèce pionnière, l'arbuste pousse là où le sol est mis à nu. Il se fait parfois rattraper au fil des années par d'autres essences dont des arbres de bois tendre qui finnissent par le couvrir de leur ombre et le faire périr. Les fleurs en beignets sont très appréciées. Les frutis plaisent aussi bien aux oiseaux qu'aux hommes. C'est sous forme de sirops et de confitures que les baies sont le plus souvent consommées. Il est aussi un très bon support pour l'oreille de judas (Auricularia auricula-judae), un champignon cousin des champignons noirs chinois.

DSCN4166Tiens, voilà un troglodyte mignon (Troglodytes troglodytes) qui porte plutôt bien son nom. Minuscule, il pèce entre 8 et 16 grammes, soit en comparaison l'équivalence d'une à deux cuillères à soupe de farine. Celui-ci, le bec plein de mousse, est tout occupé à confectionner son nid. Avec un si petit oiseau à l'envergure de 15 à 17 centimètres, on peut peiner à imagine la taille des 5 à 7 oeufs rougeâtres qui y seront pondus.

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La couvaison dure deux semaines, et il faudra à peine plus de temps pour que les oisillons prennent leur envol pour quitter le nid rond caché au pied d'un arbre ou d'une souche dans la végétation. Le mâle en construits plusieurs au début du printemps et la femelle choisie celui qui lui plaît le mieux pou rinstaller sa famille.

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Juste au-dessus, le plus petit oiseau d'Europe est en observation. Il s'agit du roitelet triple bandeau (Regulus ignicapilla), qui avec ses 5 à 7 grammes est plus léger qu'une pièce de deux euros. Son chant est extrêmement dur à perçevoir, en particulier quand on a plsu de 25 ans, âge auquel une partie du spectre sonore est de moins en moins audible. Reste alors à chercher du regard dans les branches cette miniscule boule de plumes.

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Pour le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula), il est l'heure de franchir le pas de l'autonomie. Ce tout jeune individu est encore nourrie sur une branche par ses parents mais devra apprendre très vite à se débrouiller seul. Il n'a pas encore la gorge rouge-orangé caractéristique de son espèce mais un plumage brun discret qui lui permet d'échapper au regard de ses prédateurs pour peu qu'il sache se faire discret.

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Je n'ai pas pu la voir en fleur cette année hélas et il ne me reste que son vert feuillage pour me consoller. L'hellébore fétide (Helleborus foetidus) est l'une de mes plantes préférées. Sa réputation de fleur de serpent ou d'herbe au fous vient de sa toxicité et de l'usage que les grecs antiques en faisait pour soigner la folie. Bien souvent le remède était pour le patient pire que le mal est pouvait mener à la mort ou à des crises de colique.

DSCN4206Des aspergettes !!! Je ne savais que sur la commune je pouvais en rencontrer. Moi qui aime tant ça, je m'apperçois que dans mon village d'enfance elle est présente. La plante est le plus souvent connue sous le nom d'ornithogale des Pyrénées (Ornithogalum pyrenaicum) mais surtout d'asperge des bois, bien qu'elle n'en soit pas une.

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Excellente comestible, à la manière d'un légume vert, il faut se montrer raisonnable sur sa récolte. En effet l'espèce est protégée dans de nombreux départements et régions ou/et soumise à réglementation. Aussi bonen qu'elle soit, la cueillette n'en vaut la peine que si la plante est abondante et non menacée. Il serait triste de s'en priver dans le futur à la manière dont cela est le cas pour d'autres espèces comme le sabot de Vénus.

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Les champs commencent à dorer. Alimentés par l'Ainan, ils seront récoltés très bientôt. Blé dur, avoine, orge et seigle, parfois un peu de maïs, on observe une belle diversité et j'ai toujours plaisir à voir que le lobby du maïs n'a pas encore transformé le paysage. La biodiversité, c'est aussi la multitude des cultures et des semences, même si on  tendance à observer ici qu'i lest rare de croiser plus de 2 ou 3 types de cultivars par espèce cultivée.

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Les champs font figure d'observatoire à rapaces. Les thermiques (vents chauds) qui s'y forment les aident à s'élever dans les airs sans peine pour au choix, observer les alentours pour chasser ou alors pour atteindre un point plus rapidement, particulièrement en période de migration. Ce jours là nous croiserons de nombreuses buses variables (Buteo buteo) et quelques jeunes milans noirs (Milvus migrans).

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Nous quittons le marais de Saint Geoire en longeant le mur qui sépare le cimetière du chemin. Au sommet d'un tombeau familliale, un pinson des arbres (Fringilla coelebs) chante. Il se différentie de la femelle par ses couleurs flamboyantes et les notes qu'il laisse échapper de son bec. Très répandu, on le rencontre essentiellement dans les zones plus ou moins boisées où il trouve des larves, des insectes, des graines et des bourgeons pour se nourir.

DSCN4223Nous sommes sur le départ. Néanmoins nous prenons le temps d'un après-midi pour découvrir une autre facette du Natura 2000 de l'Ainan, en partant cette fois du côté de Chirens à travers l'ENS du marais du même nom. Le site ne paye pas de mine et pourtant, il est un trésor fabuleux. Il y a 12 000 ans de cela, la lieu était un immense lac devenu aujourd'hui une tourbière. Bien plus tards, des celtes aux nom d'Alobroges sont venus s'intaller sur les collines alentours. On peut encore trouver les traces d'habitats collectifs si on s'aventure dans les bois. Pour en revenir au site, il est fort précieux pour des espèces rares et protégées dont la liparis de Loesel (Liparis loeselii), une orchidée discrète. Un projet routier à longtemps menacé le marais, et après maintent manifestations et recherches de solutions, aucune route ne prendra place ici mais un grand pont qui désengorgera le coeur du village des voitures.

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Côté végétaux, deux grands classiques pointent le bout de leur nez : le phragmite austral (Phragmites australis) appelé aussi le roseau commun et le sureau noir (Sambucus nigra). L'un comme l'autre sont précieux aux oiseaux. Ceux-ci y nichent, y trouvent de quoi se nourrir et s'en servent comme perchoir pour attirer les femelles et défendre leurs territoires par le chant. Le cas échéant et s'il le faut, cela peut se faire à coups de bec et de griffes.

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Nous arrivons au complexe des mares, où un observatoire nous permet d'admirer les animaux sans les gêner. Au milieu des plantes aquatiques, des dizaines de tritons alpestres (Ichthyosaura alpestris). Ceux-ci se reconaissent à leur ventre orange vif. Pour différencier mâle et femelle, il faut recarder le profil de la queue. Chez monsieur, elle se termine de manière effilée là où chez madame elle prend fin de manière abrupte.

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C'est le retour de la grenouille verte (Pelophylax sp). La mare en est remplie. C'est un vrai concert. L'enjeu pour les mâles chanteurs ? Séduire une femelle afin de féconder les oeufs. Chez les grenouilles, la reproduction est externe. Le mâle aggripe solidement la femelle par les aisselles et féconde la guirlande d'ovocytes (ovules) de la femelle. Ces derniers deviennent alors des oeufs qui donneront des têtards 7 à 16 jours plus tard.

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Un petit lézard des murailles (Podarcis muralis) bronze tranquillement. Les mâles à la saison des amours prennent un joli ventre orange, comme pourrait l'être celui d'un triton alpestre. Néanmoins les deux animaux ne sont pas affiliés et les similitudes s'arrêtent là. Là où le triton appartient à la famille des amphibiens et vit en milieu aquatique, le lézard appartient à celle des reptiles et aime les zones ensolleillées et vit sur la terre ferme.

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C'est le grand bal des libellules. Ne vivant pas plus d'une année, souvent même quelques mois si entre temps elles ne se font pas becter, leur objectif est simple : se reproduire au plus vite. À la manière des oiseaux, les mâles défendent un territoire de reproduction, parfois même un territoire de chasse.  Féroces prédatrices à la même manière que les larves, se sont de véritables tigres des airs qui s'attaquent à de gros insectes.

Chapitre 3 : Le lac.

Pour prendre un peu de fraîcheur en pleine été : passage par le lac d'Aiguebelette.

DSCN4316Nous voilà côté Savoie, à Aiguebelette, lac mythique et parmi les plus chauds d'Europe, ce qui lui vaut à la belle saison de voir ses berges noircir de monde. L'été n'est pas encore là mais il serait presque possible de se baigner tant le soleil tape fort, d'ailleurs certains s'y essayent. Nous sommes tout début juin. C'est la fin du printemps, un temps que nous n'avons pas véritablement connue cette année. Le lac est celui de mon enfance, là où adolescente je passais tous les étés avec les copines à bronzer, à faire du pédalo et à pique-niquer. Aujourd'hui nous y sommes entre amis pour en découvrir la faune et la flore. Le restau-buvette est fermé et sa terrasse devient un observatoire du quel nous pouvons poser notre longue-vue avant de nous aventurer sur la plage. Des grèbes, quelques cygnes et goléands, l'avifaune n'est pas au rendez-vous mais rien de grave, car il y a bien d'autres choses à voir ici.

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Les hirondelles rustiques (Hirundo rustica) ont profité de l'absence de touristes et de promeneurs locaux pour nicher dans la toiture de la terrasse. Une dizaine de nids constitués de boue et de brindilles. Construie en forme de vasque, il sera employé pendant plusieurs années et rafistolé à chaque retour de migration. 4 à 5 oeufs roses tâchetés y seront pondus. Les oisillons qui en sortirons seront autonomes au bout d'une vingtaine de jours.

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Cette espèce se différencie facillement des autres hirondelles de par ses cris de contacts mais surtout par sa gorge rouge, son collier, son dos et sa tête noir ainsi que son ventre blanc crème. En France, on ne peut las confondre qu'avec une autre espèce, assez rare et localisée dans le sud, l'hirondelle rousseline (Cecropis daurica) qui ne possède pas de collier noir ni de gorge rouge mais une nuque rousse et le croupion crème.

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Présente presque partout dans le monde, l'hirondelle rustique en se trouve en France qu'entre mi-mars pour les plus précoces et fin sptembre pour les plus tardives. Cette sur cette période qu'elle entame sa reproduction avant de rejoindre l'Afrique sub-tropicale, certaines pouvant aller jusqu'en Afrique du Sud. En Inde, en Egypte, en Chine ou sur l'Equateur, certaines populations sont grégaires et ne migrent plus comme leurs consoeurs.

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Un peu d'histoire sur le lac. Il s'agit ici du 7e plus grand lac naturel de France, fruit de dépôts de sédiments à l'ère de dinosaures, quand la région n'était alors qu'une vaste mer aux températures tropicales. Vient alors l'ère tertiaire, avec l'élévation des montagnes qui formes la valée puis l'ère quaternaire avec l'appartion de grands glaciers qui par leur travail creuses la cuvette du lac qui se remplir avec l'eau de leur fonte. Aujourd'hui, c'est avant le Tier, un petit cours d'eau, qui est son alimentation principale et lui permet de se maintenir en eau, bien que le niveau baisse à vu d'oeil d'année en année, entraînant à chaque fois le recul lent mais certains des roselières.

DSCN4325Il faut savoir que de manière naturelle, la plus part des lacs sans intervnetion humaine voient leur niveau d'eau fluctuer au fils des saisons. Pour limiter les crues et autres innondations, celui-ci est maintenu stable pour éviter toute mauvaise surprise mais aussi pour tirer au mieux profit de cette ressource. Ce qui inquiète ici, c'est que peu à peu ce niveau d'eau descend sans jamais revenir à son point initial. Cela pose soucis à la végétation qui en dépend et qui fini par dépérir dans les zone où l'eau ne vient plus, réduissant ainsi les habitats naturels dont ceux de la Réserve Naturelle Nationale (RNN) du lac. Nous avons changé de rivage pour les observer. Il est aisé de voir qu'ee moins d'une décinie, le lac à perdu 60 centimètres. C'est un vrai problème écologique mais aussi historique, cette baisse métant comme pourle lac de Paladru, les vestiges humaines en bois et préservés du temps jusqu'à lors par les eaux. En se retrouvant à l'air libre, leur dération reprend et c'est ainsi que l'on perd un pan de notre histoire.

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Nous sommes tout au nord du lac, à une dizaine de kilomètres de Chmabéy. Poutant, ici c'est la pleine natue si on exclu le passage non loin de l'autoroute et le grand parking acceuillant les cyclistes (le tour du lac est en grande partie longé d'une piste cyclabe) et des kayakistes. Cachés sous les arbres, nous pouvons admirer d'assez prêt le vol d'un milan noir (Milvus migrans) et d'un héron cendré (Ardea cinerea) cherchant un peu de tranquilité.

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Enfin, nous arrivons dans une crique calme et discrête, le lieu parfait pour faire de l'affût à une exception prêt : les mosutiques. Nous nous en sortons avec de nombreuses piqûres et notre aùie avec une main gonflée, de quoi être découragés de passer un moment au bord de l'eau. Quelques animaux profites des bancs vaseus maiis il faut se rendre à l'évidence : c'est l'hiver que le secteur à le plus d'intêret si on souhaite faire de belles observations. Cependant nous somems tirés pendant un instant de nos pensées par le passage et les cris d'un magnifique martin pêcheur d'Europe (Alcedo atthis) femelle bine trop dynamique pour se laisser prendre en photo.

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Non loin de là, un grèbe huppé (Podiceps cristatus) en plumage nuptial est occupé à plonger. Carnassier, cet oiseau se nourrie surtout de petits poissons, d'insectes et de larves qu'il attrape soit dans l'eau, soit en fouillant la vase et la végétation auqatique dont les racines d'arbres. Quand le période de reproduction s'achève, il perd sa belle colerette de plumes noires et rousses pour retrouver des tempes blanches et une calotte noire.

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Avant de quitter le lac, nous nous arrêtons à l'estuaire du Tier qui se trouve sur le sentier du retour. Parmi la végétation et les arbres tombés suites aux neiges de l'hiver, une famille de canards colverts (Anas platyrhynchos) se repose sur un tronc immergé. C'est là que la camouflage des cannetons prend tout son sens. Nous avons bien du mal à les voir, malgré leurs cris et leur agitation. On peut alors imaginer la peine qu'un prédateur venu du ciel peut avoir pour les repérer, même pour l'oeil aiguisé d'un rapace.

DSCN4334Changement de décor ! Nous revoilà dans la plaine de la valdaine. Le weekend nous semble si court, il y a tant à faire et à voir ! Nous partons entre amies explorer la forêt toute proche. Nous avons pour obsjectif de tremper les pied dans l'Aigueblanche. Long de 5,4 kilomètres, il relie les communes de Saint Geoire en Valdiane et de Merlas. Pour un peu d'éthymologie, le terme Aigueblanche définiti un ruisseau riche en clacaire et transformant en tuffe les plantes et sédiements entrant en son contact. De se fait la gorge où serpente l'Aigueblanche donne m'impression quand on s'y promène d'arpenter une caverne à ciel ouvert, carverne à laquelle s'ajoute de nombreuses cascades. Enfant, j'ai pu beaucoup arpenter la rivière, jusqu'à l'inondation de 2002 rende beauoup moins accessibles ses rives. Cependant chez nous nous ne parlons pas d'aller à l'Aigueblanche mais au Ga'blanc ou encore au Ga(r)blanc. Il y a peu de traces de cette allocution, celle-ci pourrait venir du celte allobroge "bois" ou "bois sacré". Ainsi quand on va au Ga'blanc, on va au bois blanc ou au bois sacré blanc. De quoi faire naître dans notre immaginaire bien des légendes. Bien d'autres hammeaux et lieux-dits tirent leur nom des anciennes langues celtiques parlés jadis ici.

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Une chevrette (Capreolus capreolus), la femelle du chevreuil, broutte tranquillement. Au premier coup d'oeil elle semble seule et pourtant ... deux adorables faons sautent de part en part autour d'elle. Ils sont vivaces mais bien petits, leurs oreilles dépassent à peine des herbes hautes et nous peinons à les voir malgré leurs nombreuses tâches blanches qui tranchent avec le vert ambiant. D'ordinaire, une chevrette met au monde un petit, et la gémellité sans être rare reste peu commune à l'espèce bien qu'elle soit fréquente dans le secteur.

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Quand elle est sur le point de mettre bas ou accompagnée de son ou de ses petit(s), la chevrette va adopter un comportement solitaire voire farouche. L'hiver par contre, elle peut se regrouper avec d'autres chevreuils pour former de petits hardes d'une dizaines d'individus. Dans le Grand Est, où la population est relativement importante vis-à-vis du territoire, les individus peuvent se ressembler en des troupes de 20 à 35 animaux.

DSCN4350 (3)Au détour du chemin des forestiers, un éclair bleu et vert file devant nous pour se réfugier dans les herbes du tallus. Il s'agit du lézard à deux raies (Lacerta bilineata), anciennement appelé lézard vert, espèce dont il a été discocié depuis. Je suis plus ravie que d'ornidaire d'en rencontrer un car cela fait depuis mes 13 ans que je n'en ai pas vu ici, autant dire une bonne quinzaine d'années. Si au premier abord il semble commun, il faut savoir qu'on ne le trouve que dans quelques pays d'Europe occidentale comme le nord de l'Espagne, le sud de la Suisse ou encore l'intégralité de l'Italie et de la Sardaigne. En France il est absent dans une partie du Nord Est. Facile à reconnaître, il se démarque par sa grande taille, ses écailles vertes mouchetées de noir et sa gorge bleue pour le mâle. Les juvéniles ont deux bandes brunes ou blanchâtres sur le dos ce qui vaut à l'espèce son nom de lézards à deux raies. On le nom également lézard vert occidental ou lézard à deux bandes.

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Nous quittons la prairie pour rentrer dans le bois. Dès notre arrivée nous avons une belle suprise. Devant nous se trouve la loge d'une famille de pics épeiches (Dendrocopos major). Celle-ci est occupée. C'est le cri des petits à l'arrivée des parents avec de la nourriture qui a attiré notre attention. C'est la toute première fois que j'ai l'occasion d'observer ce spectacle pour cette espèce, ayant par le passé déjà observée de tous jeunes oislilons de pics noirs (Dryocopus martius) et de pics verts (Picus viridis) êtres nourrient au nid.

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Un rosier pousse dans une trouée ensolleillée. L'identification des rosiers sauvage est toujours très difficile et j'ai eu bien du mal pour celui-ci. Mon choix n'est pas arrêté, mon coeur balance entre le rosier des champs (Rosa arvensis) qui croît en milieu forestier un peu partout en France, et avec le rosier à styles agglutinés (Rosa stylosa) qui aime les sols argilo-calcaires ensoleillés. Cependant, ce dernier est absent en Isère. Voilà le choix fait.

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Nous arrivons au torrent et retrouvons le vieux sentier emporté par l'innondation de 2002. Il semble avoir été réabilité. Nous décidons de l'emprunter pou voir jusqu'où il mène. Nous voilà donc à longer les cascades, les ruisseaux et les pentes abruptes. Par endroits, le chemin laisse place à d'épais buissons de ronces sur lesquels nous nous aggripons les manches. Tout ce qui croise notre regard à des traits de vanités. Une boîte cranienne de chevreuil fait face à la belle et vénéneuse ancolie commune (Aquilegia vulgaris), une image digne d'un tableau.

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L'épisode forêt se termine déjà. En arrivant à la lisière nous tombons sur une espèce qui m'est totalement inconnue. Après avoir longuement cherché, je suis tombée sur l'astragale réglisse (Astragalus glycyphyllos) et je suis rassurée par le fait qu'elle soit indiquée comme présente dans le secteur selon la base de donnée de l'INPN. Cette plante à fleurs peut faire jusqu'à un mètre de haut et se développe sur les sols riches et plutôt secs.

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Avant de nous aventurer en direction de l'Aigueblanche à nouveau, nous observons une buse variable (Buteo buteo) qui nous survole. Cette espèce s'adapte à une grande variabilité de milieux. En effet elle figure parmi les rares prédateurs à pouvoir s'accomoder aussi bien des plaines céréalières cultivées en intensive que des bocages traditionnels où les pâtures sont séparées les unes des autres par des haies. Celle-ci semble avoir perdu une rémige sur l'aile gauche. Avec un peu de chance nous tomberons dessus.

DSCN4371Nous voilà dans les gorges étroites de tuffe du torrent. Le lieu m'a toujours faciné et semble faire office de lieu de rituel plus ou moins glauques. Enfant avec l'un de mes frères, nous avions trouvé un porc égorgé sur le filet d'eau. Autant dire que nous avons détalé sans demander notre reste.

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Quelques années plus tard, c'est une poule blanche sans tête qui prennait place au même endroit, avec à quelques lieux d'elle quatre crânes de renards posés à la même roche. Depuis, et heureusement, je n'ai pas eu à nouveau de telles mésaventures. L'endroit reste splendide pour se baigner, observer le cingle plongeur (Cinclus cinclus) qui niche ici ou juste se rafraîchir en admirant le filet d'eau.

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Nous en sommes à plus de 3 heures de marche et de nombreux kilomètres. Il est temps de faire une pause à la maison familliale. Sur le retour, en longeant la route goudronnée, nous prenons le temps de regarder le flore des tallus. Deux espèces s'illustrent superbement. À gauche, l'orchis de Fusch (Dactylorhiza fuchsii) qui se différencie des autres orchidées du genre Dactylorhiza par son labelle très étroit. À droite, la digitale jaune (Digitalis lutea). Elle pousse, à la différence de la digitale pourpre (Digitalis purpurea), sur les sols calcaires, souvent à à l'étage collinéaire. Très toxique, elle était utilisée autrefois pour soigner les problèmes cardiaques.

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C'est la fin de journée. Nous montons au lac de Saint Sixte. Les hirondelles sont en forme et piaillent dans tous les sens. Les promeneurs sont nombreux. Quelques baigneurs se chamaillent et tentent la plongé bien que le lieu soit interdit à la nage. Les pêcheurs les regardent d'un mauvais oeil. Les vagues et les cris ont fuir les poissons dans le fond et entre les herbiers. Ils ne sont alors plus réceptifs aux appâts et hammeçons lancés dans l'eau.

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Nous fillons comme la dernière fois à la tourbière de l'étang. Les iris des marais (Iris pseudacorus) sont en pleine floraison, fleurissant de jaune les berges des canaux. Emergeant à la surface, les hampes et les feuilles des trèfles d'eau (Menyanthes trifoliata) montrent que l'espèce n'est pas encore prête à fleurir. Protégée, elle n'a rien à voir avec la famille des trèfles, les Fabacées, mais avec celle des Ményanthacées.

DSCN4388Nous prenons un peu de hauteur. Depuis la colline qui surplombe Saint Sixte, nous avons une vue superbe sur le vol des rapaces, sur les montagnes et sur une grande partie de la commune de Saint Geoire en Valdaine. De-là, il est possible d'observer l'un des 7 châteaux du village dont la moitié sont en réalité des maisons fortes. Certaines ont joué un rôle important pendant la révolution en protégéant les bien de l'Eglise et de la royauté, d'autres dans l'éducation des filles de la grande noblesse fançaise. Un héritage qui peut se visiter à travers le sentier des 7 châteaux. Ce sentier passe l'église du village. Classée, elle fût hérigée entre le XIVe et le XVe siècle sur l'emplace des ruines d'une église du XIIe siècle, date à laquelle fût églamenet hérigée l'église de Saint Sixte dont les fondations prennent leurs bases sur un ancien temple romain dédié au dieu Bacchus. Plus tard, les pères chartreux prendront possession du lieu en créant les étangs de pêche de Saint Sixte et celui des Charteux situé à quelques lieux plus loins.

DSCN4395Nous voilà le dimanche matin, nous n'avons plus que quelques heures avant de retourner à Lyon. Nous sommes très motivés à mettre à profit le temps qu'il nous reste avant de partir. Avant d'enfiler les chaussures de randonnée, nous prennons le temps de regarder le bassin du jardin. Un superbe nénuphar ornemental (Nymphaea sp.) est en pleine floraison. Sous ses larges feuilles, deux jeunes perches soleil (Lepomis gibbosus) se mettent à l'abris de la chaleur.

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Nous voilà de retour au marais de Saint Geoire en Valdaine. Dés l'arrivée nous sommes aceuillis en grande pompe. Une énorme couleuvre vipérine (Natrix maura) sort de l'eau et part s'abriter entre les racines d'un aulne glutineux (Alnus glutinosa). Quand il s'agit de serpents, c'est toujours la panique pour bien des personnes et pour l'animal, l'issue est hélas fatale. Pourtant les couleuvres sont complétement innoffensives et les vipères, rares et timides, n'ont pas fait de victimes depuis 20 ans en France métropolitaine (hormis chez les spécialistes qui les manipulent). Pour en revenir à notre vipérine, elle tient son nom de ses nombreuses ressemblances avec les vipéres, notament au niveau de la tête triangulaire et de la queue épaisse.

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La vipérine se nourrie essentiellement de poissons et parfois d'amphibien. Ce mulot (Apodemus sp.) de ce fait n'a pas été victime du serpent qui se dore la pillule non loin de là. Il est plus probable que la cause de sa mort soit l'innondation de sa galerie par l'Ainan et/ou par la pluie des jours précédents. Ici on peut reconnaître le mulot à sa longue queue et à ses oreilles rondes. Pour l'espèce, il faudra regarder du côté des dents, chose difficile ici.

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Nous voilà à nouveau devant les grenouilles vertes (Pelophylax sp.). En rive de marais, elles se dissimulent dans la végétation et sautent à l'eau à la moindre alerte. Comme le montre les images, les grenouilles vertes ne sont pas toutes ... vertes. Ici les individus portent une ligne verte sur le dos et les tympans bien marqués, laissant penser que nous sommes en présence de la grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus).

DSCN4420Mon frangin et mon bien-aimé sont à l'affût. Nous sommes devant un champ fauché. Des tariers pâtres (Saxicola rubicola) sont à la recherche d'insectes en famille autour des bottes de paille. Des bergeronettes grises (Motacilla alba) suivent la même démarche.

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Pour ma part je suis peu attentive. La lisière est un formidable terrain de jeux pour moi. Mon pauvre Thomas en fait les frais. Le gaillet gratteron (Galium aparine) est une plante collante par sa multitdes de poils aggripants. Clea permet à la plante de se faire transporter avec ses graines sur de longues distances par les animaux qui s'y frottent. Manque de pot pour ce gaillet, c'est sur un humain qu'elle est tombée. Cela aurait pu être pire, car comestible, elle aurait pu finir dans une assiette.

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Les insectes sont nombreux. Papillons, scarabées, guêpes, coccinelles, libellules et fourmis, c'est tout un peuple qui grouille sous nos pieds. C'est un monde qui me fascine mais auquel je suis encore que trop peu formée. Néanmoins, mon drôle d'été me premettra de mettre à profit mon temps pour m'exercer aux papillons et aux criquets même si cela reste très léger. Peut être que les semaines à venir seront mises à profit à cela.

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Dans les marais, les fruits des groseillers à grappes (Ribes rubrum) commencent à murir. L'espèce est inféodée aux zones humides et ombragées. On le rencontre partout en France hormis dans le Sud du pays et certaines départements des Pyrénées. Comestibles, on fait de délicieuses confitures des baies. Traditionnellement, elles sont associées au gibier de retour de chasse dans des sauces chasseur ou dans dans les farces.

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Ces fruits font aussi le plaisir des oiseaux. Cependant, ces deux-ci ne sont pas intérréssés par les groseilles à cette période de l'année. Il s'agit à gauche du roitelet triple bandeaux (Regulus ignicapilla), le plus petit oiseau d'Europe. À droite, il s'agit d'une femelle pinson des arbres (Fringilla coelebs) reconnaissable au croupion vert-olive. Pour l'heure, ils se concentrent sur les invertébrés pour nourir leur nichée.

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Le feuillage est bien vert. Bientôt il flétira sous le coup de la sécheresse. Pour la 3e année consécutive, la canicule s'installe en Isère, un record dans l'histoire et qui ne va pas sans changer durablement le paysage. C'est sur ce constat que nous retournons en région lyonnaise, là où tout a déjà grillé et où les pelouses jaunes n'abritent plus beaucoup d'animaux à observer. Heureusement les vergers font forme d'un réservoir en biodiversité riche.

Chapitre 4 : La campagne.

Pas de vacances en vue, juste le plaisir d'une sortie en famille.

DSCN5015Nous sommes le 1er juillet. Nous voilà une de fois de plus en Isère pour un grand rassemblement familliale. Nous enfillons nos chaussures de randonnées pour partir explorer les alentours. Sur une haie toute proche, un rouge-queue à front blanc (Phoenicurus phoenicurus) prend la pose. Il s'agit d'un mâle que l'on reconnaît à son front blanc qui lui donne son nom. Celui-ci s'adonne à la récolte de fourmis et de petits insectes dans la pelouse pour nourrir les oisillons de son nid qui se trouve un peu plus loin, caché entre deux poutres d'un toit, dans le renfocement du mur. La femelle est plus discrète, avec un plumage brun qui peut entraîner une confusion avec la femelle du rouge-queue noir (Phoenicurus ochruros). Forestière, l'espèce est le plus souvent discrète voire farouche. Présent parfois dans les jardins, c'est toujours à proximité d'un milieu boisé qu'il s'installe. C'est là qu'il trouve les chenilles et les araignées dont il se nourrit. Migrateur, on le voit partir aux alentours d'août à septembre, souvent par petits groupes.

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Très présent en Eurasie, le rouge-queue à front blanc se rencontre aussi dans une grande partie de l'Afrique, en particulier l'hiver où de nombreux individus venant d'Europe et du Moyen Orient. Ils trouvent là de nombreux insectes pour se nourrir, alors qu'en France ils se font absents à cette période de l'année. Cependant avec les douceurs hivernales, ils sont de plus en plus nombreux à rester et à stroper leur migration.

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Voilà la plus belle rencontre de l'Isère pour cette année avec la couleuvre vipérine (Natrix maura) et l'affût aux renards roux (Vulpes vulpes), qui bien que je n'ai pu le filmer ou photo, reste le plus beau moment de l'année. Il s'agit d'un couple de pies-grièches écorcheurs (Lanius collurio), une espèce fascinante, pas des plus communes et même en forte régression. Brune est grise, la femelle ne porte pas la calotte bleue-gris du mâle et son masque n'est pas noir mais brun. Le bec de l'oiseau est crochu et croisé, lui permettant ainsi d'attraper ses proies.

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Son nom de pie-grièche écorcheur vient de son trait de caractère à accrocher sur les épines des arbustes et sur les fils barbelés les jeunes lézards, les petits campagnols, les sauterelles et les gros insectes dont il se nourrie. Bon constructeurs, le mâle et la femelle réalisent le nid en 4 à 6 jours. Les cris de ce couple laisse penser qu'un nid est en construction ici. Nous n'avons pas pu l'affûter cette année, peut être l'an prochain.

DSCN5022Dans le voisinage, quelques hirondelles rustiques (Hirundo rustica) nichent sous les toitures d'une vieille grange. Deux nids de boue, de paille et de salive sont solidement accrochés au plafond. Enfant, il y en avait un peu partout dans le hameau dont la maison familliale. La fermeture des bâtiments, la rarefaction des insectes, l'emploi d'insecticides puissants et l'homogénéisation des cultures ont conduit en 2 ans à la disparition de la plupart des nids. En 30 ans et en fonction des régions, 30 à 50 % des hirondelles rustiques de France ont disparu. Fort de ce triste constat, il est néanmoins possible d'agir. Les nids et les hirondelles peuvent être ressencés facilement sur l'application pour téléphone Naturalist ou sur le site Faune-France pour ce qui est de l'ordinateur. Un tour de quartier à pied, une balade dans les champs à vélo sont tout autant d'occasion de faire un rapide inventaire des hirondelles d'un secteur.

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Nous partons sur la plaine agricole. Une troupe de moineaux domestiques (Passer domesticus) a pris d'assaut les abords. Joyeux lurons, ils font un raffût pas possible dans les buissons, mais sont capables de faire le silence complet au passage d'un prédateur ou d'un troupeau d'humains comme le notre. Ici, il s'agit d'une femelle, le mâle étant doté d'une gorge-noire et d'une calotte d'un brun foncé et non d'un plumage grisâtre comme ici.

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Nous sommes restés presque 30 minutes devant ce buisson, en espérant y retrouver le couple de pie-grièche écorcheur vu il y a quelques semaines, mais surtout, pour nous assurer qu'il ne s'agit pas de moineaux friquets (Passer montanus). Cela fait 2 ans que nous les cherchons sans les trouver. Autre fois commune, l'espèce est devenue rare en France même sa population reconnaît un peu de regain dans d'autres pays. La disparition des campagnes traditionnelles est l'un des facteurs principaux à la raréfaction de cet oiseau.

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Un autre passereau pointe le bout de son bec. Il s'agit du chardonneret élégant (Carduelis carduelis), un oiseau coloré de jaune, de rouge, de roux, de blanc et de noir. Commun dans les milieux boisés ouverts, il n'hésite pas à à se promener dans les pelouses et les champs fauchés pour trouver les graines dont il se nourrit. Exclusivement granivore, il ne chasse des insectes uniquement au printemps, pour nourrrir ses oisillons qui ont pour se développer, besoin d'un fort apport en protéine et de manière rapide.

DSCN5072Changement de décor, nous sommes à nouveau au marais de Saint Geoire en Valdaine. Décidément, nous ne quittons pas ce petit coin de fraîcheur. Nous sommes au carpodrome qui longe la zone humide et qui accueille chaque weekend les pêcheurs dans de grandes compétitions.

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Sur les scrophulaires (Scrophularia sp.), de nombreuses chenilles de  la cucullie des scrofulaires (Shargacucullia scrophulariae) font bonne riplaille. Visibles entre juin et septembre, elles se nourrissent exclusivement de scrophulaires et parfois de molènes (Verbascum). On la reconnaît à sont corps bleu  et à ses taches rondes jaunes et noires. Le papillon adulte ne peut être distingué de la cucullie du bouillon blanc (Shargacucullia verbasci) que par l'examen des parties génitales.

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Un petit cri nous fait tourner la tête. Il s'agit d'une jeune fauvette des jardins (Sylvia borin) qui vient de quitter le nid et qui attend patiemment que ses parents viennent lui apporter de quoi se nourrir. Il lui faudra vite apprendre à se débrouiller toute seule car cette courte période de transition ne dure pas plus de 2 à 3 jours. L'épreuve sera encore plus grande pour elle quand la fin de l'été arrivera et avec elle, la première migration.

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Un héron cendré (Ardea cinerea) nous survole. Haut de 1 mètre et pouvant atteindre pour les plus grands une envergure de 1,95 mètres, il concurrence dans ces dimensions le hibou grand-duc (Bubo bubo). Néanmoins il est bien plus frêle et peut finir comme repas dans le nid du rapace nocturne. À cette période de l'année les premières nichées prennent leur envol. Les jeunes se reconnaissent à leur calotte grise et leur bec terne.

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Un beau mâle de libellule déprimée (Libellula depressa) est posé sur un roseau. Il vient tout juste de sortie de son enveloppe extérieur dans laquelle il a vécu sous forme de larve, sous l'eau pendant une à deux années. Cette peau vide et sèche se nomme l'exuvie et se trouve dès fin avril jusqu'à septembre selon les espèces, sur la végétation. Leur étude permet de déterminer les espèces de libellule (Odonates) présents dans un secteur.

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Nous partons cette fois pour de bon. Une buse variable (Buteo buteo) nous accompagne. Nous avons passé de belles soirée, croisé le regard des chevreuils et des renards, mis les pieds dans l'eau des ruisseaux et chercher les rares champignons de la fin du printemps. Ce bol d'air frais nous a fait du bien et nous a tiré de cette période un peu difficile que nous avons tous vécu. Un bain de nature, il n'y a rien de plus précieux pour le moral.

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vendredi 30 août 2019

Du marais au plateau : quelques reptiles de l'Isère.

 

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L'étang de Lemps

Il fait bon, c'est le début de l'été et la nature est en fête. Chaussures de randonnée aux pieds, nous partons en direction de l'Isère, à la limite de l'Ain pour nous offrir une matinée reptiles. Les écailleux sont plutôt du genre à aimer le soleil et cette saison est celle de leurs amours, tout autant de conditions pour espérer en croiser quelques uns.  L'an dernier j'avais pu visiter l'étang avec mes camarades de BTS lors du rallye ornitho de la LPO 38. Cette année c'est en amoureux que nous nous y rendons, ayant à coeur de faire découvrir à Thomas la joie de voir les tortues sauvages. L'étang de Lemps appartient à un ensemble constitué d'une pièce d'eau, du marais de Gâ et du bois de Burnoud. Ces entités constituent une ZNIEFF, c'est à dire une zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique. Le site n'est pas pour autant protégé ou classé, il s'agit avant tout d'une zone d'inventaire relevant des caractéristiques particulière d'un lieu sur le plan de la biodiversité (que cela soit par ses espaces ou ses espèces). Ainsi, on peut y trouver des rainettes vertes, du chat forestier, des lièvres d'Europes, des busards Saint-Martin, des hérons pourprés ou des orchidées, mais c'est bine autre chose qui ce jour là attira notre attention. Ce fût le cas notamment avec cet arbuste qui semble au premier abords anodin, l'épine-vinette (Berberis vulgaris) mais au combien fascinant. Hôte du champignon pathogène du blé, la rouille noire (Puccinia graminis), il fût systématiquement éliminé des campagnes. Heureusement on le trouve aisément sur les coteaux calcaires, dans les zones de friches ou dans le nord du pays. On peut de ce fait profiter de ses grappes de fleurs jaunes qui aurait donné le nom de Berberis à la plante de par leur forme de coquille.

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À peine arrivés nous tombons nez-à-nez avec une magnifique cistude d'Europe (Emys orbicularis), une petite tortue indigène très craintive, inféodée aux milieux aquatiques. Il s'agit ici d'une femelle, la pupille de l'oeil étant jaune. Chez les mâles elle se présente rouge.

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Sur l'étang, un radeau servant de reposoir aux canards et aux tortues. Un grand observatoire permet de les admirer en toute quiétude. Appelée également tortue boueuse, la cistude aime chasser dans les eaux palustres des étangs, des marais et des rivières envasées où la végétation est importante. C'est dans celle-ci qu'elle trouvera les poissons, les insectes et les algues dont elle se nourrie. Quand l'hiver arrive, elle s'enfonce dans la vase pour n'en ressortir que le printemps venu, s'assurant ainsi une hibernation tranquille. Quasi menacée, elle est en grande régression en particulier dans le le sud de la France. En Suisse, elle avait pratiquement disparu mais depuis 10 ans, un programme de réintroduction vise à son retour dans le pays.

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La grenouille verte (Pelophylax sp.) est une appellation qui désigne les grenouilles de cette colorie présentes en Europe. Cela comporte trois espèces distinctes : la grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae), la grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) et la grenouille de Pèrez (Pelophylax perezi). Tout ce joyeux monde se reproduit, entraînant l'apparition d'hybrides fertiles, autant vous dire qu'il y a du challenge dans les identifications.

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Sous la haie, au milieu des véroniques de Perse (Veronica persica), un magnifique lézard à deux raies mâle (Lacerta bilineata). Nommé pendant fort longtemps lézard vert, la génétique et l'observation minutieuse à conduit à la distinction de deux espèces : à l'Ouest de l'Europe celui à deux raies, à l'Est le lézard vert (Lacerta viridis).

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Monsieur, chez qui la gorge est d'un bleu particulièrement vif, mord la queue de madame, signe que l'accouplement est sur le point de se produire. Cependant, un concourant arrivant à toute vitesse, la joute amoureuse prend fin pour devenir une véritable combat entre les deux rivaux se soldant par une course poursuite effrénée. Le vainqueur aura non seulement le droit de se reproduire mais aussi, de jouir du territoire. Deux à trois mois plus tard, sortirons du sable 20 à 40 bébés lézards d'1 gramme. En fonction de la température du sol et de la profondeur d'enfouissement, les oeufs donneront des mâles ou des femelles, la chaleur jouant sur le sexage de l'individu à naître.

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L'adulte atteint facilement 30 centimètres, 40 plus rarement. Les 2/3 de son corps sont composés de sa queue. Celle-ci lui sert de balancier dans ses courses, de réserve de graisse, d'apparat de séduction et en cas de danger, de leurre. Rapide, il se saisi sans mal de ses proies. Sauterelles, mouches, araignées, vers et parfois même petits mammifère, c'est un bon chasseur qui se déplace cependant bruyamment, ce qui ne va sans attirer l'attention.

DSC01997Les juvéniles, particulièrement vulnérables, on une croissance rapide ce qui leur permet dès la première année de se protéger d'un nombre important de prédateurs. Chats, rapaces (buses et circaètes), serpents (en particulier les couleuvres) ... les dangers sont nombreux.

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Pour survivre au mieux, les petits lézards verts abordent une robe différente de celle de leurs parents, marquée par deux bandes blanches qui a valu à cette espèce son nom. Dans les feuilles de lierre et des ronciers, ce juvénile semble à l'abri de toute menace et peut à loisir saisir les jeunes grillons des bois émergeant de la litière forestière. Si tout ce passe bien pour lui, il pourra se rerpduire dès l'âge de deux ans, vivre au grand maximum une quinzaine d'années et tirer à profit de ses incroyables capacités, comme celle de grimper aux arbres à l'aide de ses doigts légèrement ventousés comme ceux des geckos.

Cette visite de l'étang se termine par un peu de botanique. Les asperges des bois étant montées en fleurs, il n'est plus question d'en faire la collecte pour réaliser une délicieuse omelette, pas plus que les feuilles d'ail des ours devenues trop rêches et amères. Les pousses de tarrier ne sont pas elels aussi au menu. Bref, il faudra alors se contenter des fleurs de saison et de quelques feuilles de mélisse officinale pour l'infusion du soir.

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Le Grémil pourpre bleu (Lithospermum purpurocaeruleum) est une superbe fleur dont les graines blanches, dures et nacrées sont similaires à des perles. C'est elles qui ont donné à la plante le nom grec de Lithospernum, qui signifie littéralement semence de pierre. On le retrouve également sous une autre appellation : Buglossoides purpurocaerulea. 

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Sauvage, on le trouve de plus en plus dans les jardineries comme couvre-sol, celui-ci se plaisant à l'ombre des arbres, des lisières de forêts et des broussailles. De la famille des Boraginacées comme la bourrache et la consoude, ses fleurs naissent violines avant de terminer bleues, indiquant par cette couleur aux pollinisateurs que la plante ne dispose plus de nectar, la reproduction s'étant effectuée. Un échange de bon procédé en somme. C'est là que notre excursion du matin s'achève, mais ce n'est que pour prendre plus de hauteur sur le plateau qui surplombe une autre zone humide à quelques kilomètre de là seulement, terrain de chasse favoris des hirondelles et des rapaces.

 

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Le plateau de Larina

Nous avions pu l'an dernier le découvrir à travers une randonnée sympathique mais aussi en apprécier toute la faune. Pour 2019, pas de vipère aspic (Vipera aspis) en vue mais bien d'autres choses, à l'instar des hérons cendrés (Ardea cinerea) qui nidifient au pied du belvédère ou le vol de nos toutes premières hirondelles des rochers (Ptyonoprogne rupestris) qui ont élu domicile sur les falaises du plateau. La chance nous sourit, il fait toujours aussi beau et il y a peu de monde, deux conditions essentielles pour croiser des animaux aux heures où nous nous aventurons dans Larina, entre les vestiges d'un autre âge, les blocs de pierre couverts de fossiles et les bosquets de peupliers trembles. L'endroit est connu pour ses lièvres, ses papillons mais aussi ses orchidées qui se plaisent sur ce sol pauvre est calcaire, présentant à la fois des milieux de pelouses humides et de pelouse sèches, le rêve pour les orchidphiles.

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En parlant d'orchidées, en voici une qui ne paye pas de mine, l'orchis de l'homme-pendu (Orchis anthropophora). Son nom vient de ses fleurs au sépal beige-rosé qui évoquerait des petits hommes pendus au casque que forme les tépales, fruits de la fusion des pétales et des sépales de la plante. C'est une orchidée qui s'hybride facilement avec d'autre, donnant des rejetons stériles mais magnifiques comme l'Orchis x.spuria.

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La pulsatille rouge (Pulsatilla rubra) est une très belle fleur relativement rare qui apprécie les landes sèches, en particulier là où évolue les genêts. Typique du Massif Centrale, on ne la trouve qu'en de rares occasions ailleurs. Elle bénéficie d'une protection intégrale sur l'ex-région Rhône-Alpes. De floraison assez précoce, le plus souvent en avril, elle ne dévoile que pendant peu de temps ses pétales rouge bordeaux qui la rendent singulière.

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Les oiseaux balayent le ciel : hirondelles, martinets, milans ... tous profitent des thermiques pour prendre de l'assension et foncer sur leur proies : des insectes pour les deux premiers, des charognes pour le dernier. Au loin deux paons chantent, rendant l'instant irréel. Nous avons beau guetter sur les crêtes et les failles rocheuses, aucun rapace ne viendra à notre rencontre. Il faudra attendre notre prochaine sortie pour forcer la  chance.

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Ce jeune lézard des murailles (Podarcis muralis) est en pleine mue, portant son ancienne peau comme un chandail. Européen, il a été introduit en Amérique du Nord. Les vieux murs, les éboulis, les rochers et les souches constituent son principal habitat. Urbain on le retrouve sans peine en ville et au coeur des villages, là où la plupart de ses cousins désertent le goudron et le béton. Carnivore, il becte sans mal les papillons et leurs chenilles, les araignées, les criquets et grillons, les verres de terre et les mouches, ce qui en fait de lui un précieux auxiliaire du jardinier et qui, croquant même dans les pucerons, ne demande pas grand chose pour s'installer au jardin.Un tas de bois, quelques vieilles pierre, un bout de mur bien exposé au soleil, un tas de sable pour la ponte ... et le tour est joué. Il n'est pas rare de le voir couvert de tiques, mais ce sont les chats domestiques et les oiseaux de proies qui présentes le plus grand danger pour ce petit lézard qui n'excède que très rarement les 20 centimètres. Chez moi, dans le Dauphiné, les anciens le nomme la larmuze / la larmuse, surnom que je ne lui connaissais pas. Polymorphe, il peut parfois être confondu avec d'autres lézards plus rares et plus discrets comme le lézard des souches (Lacerta agilis) ou les jeunes lézards verts (Lacerta viridis). Protégé partout en France, on est tout de même parfois tenté enfant de le courser pour le voir abandonner sa queue. Grave erreur, car non seulement cela porte atteinte à l'animal en l'effarouchant, mais cela conduit aussi l'animal à se séparer d'une précieuse réserve de graisse et d'un atout majeur de séducation utilisé dans la recherche d'un partenaire, réduisant ainsi ses chances de se reproduire.

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Des papillons ? Pas tous. L'ascalaphe soufré (Libelloides coccajus) à droite appartient à l'ordre des névroptères, constitué de familles d'insectes les pour la plus part étranges et surprenants comme les mantispes. Ici on a un véritable croisement entre une libellule et un papillon, ce qui donne un redoutable prédateur aux ailes colorées.

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Le flambé (Iphiclides podalirius) est un véritable papillon. On le reconnaît à ses grandes ailles zébrées et à ses ocelles orangées.Sur celui-ci elles sont abondantes, sans doute ont elles finis dans le ventre d'un oiseau gourmand. Il vole de mars à septembre, et trois générations peuvent émerger en une seule année. La femelle pont ses oeufs sur les arbustes de la famille des rosacés, en particulier les prunelliers, cerisiers et autres aubépines. On y observe alors de jeunes chenilles noirs devenir peu à peu vertes au fil de leur croissance, se fondant dans le feuillage qu'elles dévorent.

Escapade terminée, retour sur Lyon, la routine de la ville mais aussi, le bonheur de faire le travail que nous aimons. C'est toujours un plaisir de découvrir de nouvelles espèces, de ce dire qu'elles sont à portée de main et que la patience et un brin de chance suffisent à les approcher d'un peu plus près. Depuis Larina et l'étang de Lemps, nous nous sommes équipés en matériel, et sans être de véritables naturalistes, nous avons la prétention de nous en approcher peu à peu chaque jours afin d'en devenir de véritables.

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dimanche 9 septembre 2018

Sortie en montagne 22.

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LA GRANDE SÛRE

 

S'élevant à 1920 mètres d'alitude, ce sommet de moyenne montagne se trouve en Chartreuse et domine la ville de Voiron. Son alpage se dessine en un cirque enclavé observable qu'à l'arrivée des trois grands cols qui le desservent. Leurs noms évocateurs de col de la Grande Vache, de la Petite Vache, ou encore de la Combe des Veaux attestent de l'ancienneté des pratiques pastorales qui s'y déroulent encore. Dans les années 1900, plusieurs chalets familiaux occupés l'été s'y trouvaient.

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Disparus depuis, leurs fondations peuvent être observés, en particulier en cheminant par le col de la Placette. C'est un espace classé ZNIEFF, c'est à dire "Zone Naturel d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique" en raison des espèces et des milieux qui s'y trouvent et qui sont typiques des estives pré-alpiennes. Pour cet été 2018, la série des "Sortie en montagne" ne déroge pas à la règle puisque la montagne vous est présentée en deux temps pour marquer les deux saisons à la quelle nous l'avons découverte.

 

Au printemps :

Tout est vert. Nous commençons notre excursion bien tard et nous arrêtons à mi-chemin. Les plantes sont au paroxysme de leur floraison, aussi bien dans le sous-bois que le long du chemin qui mène au bout du sommet en trois heures de marche, quatre si on se trouve en famille. Plantes médicinales, magiques et comestibles sont disséminées ça et là le sentier et ponctues le paysage tout au long de notre randonnée.

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Lichens et mousses pendent des branches. Contrairement à ce que peut renvoyer l'imagerie populaire, leur présence sur une face d'un tronc ou d'un rocher n'indique pas nécessairement le nord. Le vent, le pluie, l'humidité ambiante, la luminosité et l'essence de l'arbre sont tout autant d'éléments qui peuvent faire mentir ce lieu commun.

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Les lichens et les mousses sont également des micro-habitats. Peuplés d'insectes, de petits gastéropodes (escargots, limaces), de bactéries, de champignons et même d'algues, ils sont essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes en abritant les ravageurs des arbres mais aussi leurs prédateurs, permettant la régulation des populations végétales et l'autorégulation de la forêt. Les lichens sont très prisés. Certains sont médicinaux comme le lichen barbu (Usnea barbata) et sont utilisés dans la pharmacopée. Les autres sont essentiellement récoltés pour être utilisés dans l'agro-alimentaire comme gélifiant. Dans les pays nordiques comme la Suède, ils servent de fourrage aux immenses troupeaux de rennes élevés en semi-liberté dans les terres inhabitées.

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Les champignons font leur apparition. Ceux-ci sont vieux. Il s'agit de polypores marginés (Fomitopsis pinicola) dont le carpophore, c'est à dire la partie visible et souvent associée au chapeau et au pied, est en train de dépérir. Ce phénomène est le plus souvent le signe que la reproduction s'est bien effectuée et a été menée à son terme. Cependant, cela peut aussi dire que le champignon est entrain de subir une attaque par un autre organisme.

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Portraits d'orchidées. De gauche à droite, la discrète listère à feuilles ovales (Neottia ovata), la platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), la non chlorophyllienne néottie à nid d'oiseaux (Neottia nidus-avis) et l'imposante orchis maculée (Dactylorhiza maculata) qui se détermine à son profond labelle.

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La raiponce en épi (Phyteuma spicata) semble être un terrain de chasse pour cette araignée crabe (Thomisidae sp.). Ses épis sont blancs mais peuvent parfois être bleus, ce qui est souvent le cas en Chartreuse, ce qui peut entraîner une confusion avec sa sous-espèce, la raiponce occidentale (Phyteuma spicatum subsp. occidentale). Plante forestière et des lisières, elle aime les sols humides, riches en matière organique et exposés au mi-ombre. Comestible, les usages que l'on en tire sont multiples. Avant la floraison ou en tout début de celle-ci, les épis peuvent être cuisinés crus en salade ou mangés tels quels. On peut également les cuire en omelettes, à la vapeur, sautés à la poêle comme des asperges avec leur tige ou caramélisés. Les feuilles caractérisées par la tâche noire qui marque leur centre, connaissent le même sort. Récoltées jeunes et avant la montée en graines, on les incorpore aux salades ou on les mange en soupe ou comme des épinards. La racine peut être râpée ou bouillie. Elle se fait douce quand elle est épluchée, piquante quand elle ne l'est pas. Véritable légume des bois, les innombrables fleurs qui composent l'épi font le délice des abeilles forestières et de nombreux autres pollinisateurs qui se font souvent piéger par les araignées aux aguets. Robuste et ne craignant pas les basses températures, la raiponce en épi pousse jusqu'en haute altitude, parfois à plus de 2000 mètres d'altitude. De ce fait on la trouve sur tout le territoire français, ce qui explique son usage récurrent au cours des siècles pour ses propriétés apéritives et digestives mais aussi ses fleurs utilisées pour soigner les problèmes oculaires et buccaux en raison de leurs supposées vertus astringentes et anti-inflammatoires.

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Récolte sauvage. Les jeunes pousses de sapin blanc (Abies alba) et d'épicéa d'Europe (Picea abies) tombent dans nos paniers sous les pincements de nos ongles. Elles termineront en délicieux sirops fait maison qui non contents d'êtres bons, sont également expectorants et mucolutiques, c'est à dire qu'ils fluidifient les mucus. Ces arbres ont également des propriétés anti-inflammatoires, décontractantes et antiseptiques.

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À leurs pieds pousse le bolet à pied rouge (Neoboletus luridiformis), à proximité de myrtillers sauvages (Vaccinium myrtillus), choses courantes en particulier en montagne. Pouvant atteindre une belle taille (20 centimètres pour le chapeau), sa chair jaune une fois coupée passe du bleu au rouge poupre rapidement.

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La capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) se nomme également fausse capillaire ou doradille chevelue. Son système racinaire est puissant, ce qui permet à cette fougère de se loger dans les interstices des falaises et des murs, dans des milieux où elle ne subit que peu la concurrence des autres végétaux, à condition que son substrat soit de nature calcaire ou du moins basique.

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Présente sur tout le territoire, elle est facile de culture pour peu qu'on ne lui apporte pas trop de substrat et qu'on lui procure assez d'ombre et d'humidité. Dans la grande théorie des signatures, qui associe une plante à l'organe humaine auquel elle ressemble ou à un mal ayant des attraits similaires à elle (conditions d'apparition, milieu de vie etc.), les asplenium ont réputation de soigner la rate, en raison de leur réseau de sporanges qui évoquent les réseaux sanguins alimentant cette dernière. De là vient leur nom, inspiré du terme grec "Splenon" qui signifie "rate". Le terme capillaire fait allusion à cette même ressemblance avec les fines veinures du corps humain, les capillaires, mais aussi à l'usage de la plante au moyen âge qui voulait que, mélangée à des déjections de chats, elle permette la repousse des cheveux.

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Les bords de talus moussus et ouverts à la mi-ombre offrent une grande variété de plantes tel des monotropes suce-pin, des belladones, des saxifrages en tout genre et des scolopendres qui profitent du ruissellement de l'eau et de la couche de bryophytes qui agit comme une véritable éponge, protégeant les végétaux de la sécheresse.

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Drôles d'organismes n'est-ce pas ? Il s'agît de myxomycètes, un règne à part qui comporte des milliers d'espèces. Entre le champignon et l'animal, ils sont capables de se déplacer, certe lentement, d'un point à un autre. Ils sont présents dans la litière forestières, les mousses, le bois mort et la matière organique en décompositions.

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La plupart d'entre eux se nourrissent de champignons, que ça soit la partie immergée, le carpophore ou souterraine, le mycélium. Certains se spécialisent dans les réseaux mycéliens morts, d'autres sur la fonge vivante. À leur tour ils servent de nourriture, en particulier aux moisissures mais aussi aux insectes et même à de petits gastéropodes. Présents presque partout dans le monde, on en dénombre plus de mille espèces. Leur étude qui fait appelle à la microscopie, donne à avoir des fromes et des couleurs extraordinaires, en particulier sur les parties reproductives.

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Nous voilà arrivés au belvédère de None, à 1200 mètres d'altituide. Encore deux heures nous séparent du sommet, compter en trois si vous êtes partis avec votre smala. À nos pieds s'étends la ville de Saint Laurent du Pont dont vous pouvez retrouver l'histoire dans le précédant billet de sortie en forêt (ICI). Et dire qu'il y a un peu plus de 1000 ans de cela, c'est un lac qui s'étendait à perte de vue et non pas un fond de vallée humide et fertile.

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Cependant, nous ne continuons pas plus loin. La nuit se fait présente, nous rentrons retrouver nos pénates, non pas sans avoir fait une halte auprès d'un orme des montagne (Ulmus glabra), espèce peu courante en raison de la graphiose mais relativement présente ici et reconnaissable aux dimensions de ses feuilles et de son tronc. 

 

Au coeur de l'été :

Changement de saison et de températures. Cette fois-ci nous sommes partis pour atteindre le sommet. Il fait chaud, une grande partie de la végétation en basse altitude est brûlée par les rayons du soleil. Bien que l'année 2018 ne soit pas comparable à 2003, on a le sentiment de s'en approcher et cela n'est pas prêt de s'arrêter, les pronostics annonçant la répétition de ces épisodes de canicules pour les 5 prochaines années au moins.

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La belladone (Atropa belladonna) est une plante agitant l'imaginaire collectif. Rattachée à la magie noire pendant l'antiquité et le moyen âge, elle était prisée dans les cours seigneuriales de la renaissance. Les femmes de haut rang s'en appliquaient l'extrait contenant un puissant alcaloïde, l'atropine, sur les yeux pour dilater leurs pupilles et se rendre ainsi plus attirantes d'où son nom tiré de l'italien "Bella donna", belle dame. C'est à la même époque qu'apparaissent des dictons autour de la plante. Ainsi, faire consommer une graine de belladone à une femme la rendrait folle d'amour et très active sexuellement, mais lui en faire consommer deux la rendrait folle et trois, la conduirait à la mort. Toxique et mortelle, elle appartient à la grande famille des solanacées, connue pour les espèces qui la composent et qui sont employées comme poisons et psychotropes. De ce fait, la belladone entre dans la composition  du baume de sorcière, une préparation ancestrale qui appliquée sur les muqueuses permettaient aux magiciennes des campagnes de partir en transe.

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Dans notre ascension forestière, nous tombons sur un très belle exemplaire de lichen pulmonaire (Lobaria pulmonaria). En période humide, il prend une jolie couleur verte et à la fructification, présenter des organes reproducteurs roses semblables à de petits fruits sans pour autant en être.

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Il tient sa couleur à l'un des trois organismes qui le composent, l'algue Dictyochloropsis reticulata. Avec une cyanobactérie et un champignon, elle forme cette organisme hybride. Il est appelé pulmonaire en raison de l'usage ancien qui en était fait pour soigner les problèmes respiratoire en raison de sa ressemblance avec les lobes des poumons. Il est actuellement employé pour ses vertus anti-inflammatoires sur les muqueuses. Néanmoins, on n'aurait idée de le récolter, celui-ci se faisant extrêmement rare en raison de la sur-récolte qui a bien faillit le mener à sa disparition, phénomène renforcé par la pollution à la quelle il est très sensible et les grandes campagnes d'abbatages qui ont durablement modifiées son habitat. En rencontrer indique que l'on est dans une zone à l'air sain mais aussi, préservée en partie de l'action humaine.

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L'aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) est l'une des plantes, pour ne pas dire la plante, la plus toxique d'Europe. Son nom de tue-loup lui vient de l'usage que l'on en faisait pour lutter contre les espèces que l'on jugeait indésirables, ce qui donne une idée de sa dangerosité. En Inde, on l'emploie encore aujourd'hui pour confectionner un poison virulent que l'on applique sur les têtes de flèches utilisées pour la chasse et la guerre.

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Arrivée sur La Terrasse, à 1340 mètres d'altitude. La montée est aisée et la forêt se peuple peu à peu de grands conifères, les arbres aux feuillages caduques se retirant à mesure que nous grimpons, les conditions devenant peu favorables à eux, en particulier les températures qui se font fraîches très tôt dans l'année.

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Les fougères sont à la fête. L'humidité ambiante et l'abondance d'ombre sont favorables à leur développement, leur reproduction impliquant la présence d'eau grâce à la quelle leurs spores peuvent se disséminer et se rencontrer.

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La fougère mâle (Dryopteris filix-mas). Ses frondes se développent en formant un entonoire prenant pied sur une souche épaisse, écailleuse et profondément encrée dans le sol. Traditionnellement elle était employée comme vermifuges en l'incorporant dans l'alimentation animale et à la litières des bêtes de somme pour les débarrasser d'une partie de leurs parasites. Consommée au Japon et au Canada quand elle est sous forme de fronde, elle occasionne régulièrement des mises en hospitalisation, en raison des triterpènes et de la filicine qu'elle contient. Au pays du soleil levant, sa consommation serait la première cause de cancers de l'appareil digestif. Dans notre folklore européen, on racontait aux veillées du soir que les aventureux qui se trouvaient à minuit un soir de pleine Lune en forêt pouvait avoir la chance d'en trouver la fleur. S'il la cueillait et la gardait avec lui, il pouvait se rendre invisible volonté et avoir de grandes richesses le temps d'une année. Passé ce délai, la fleur ne faisait plus effet.

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Enfin, le sommet de la Grande Sûre se dévoile à nous, à l'arrivée du pierrier qui nous fait pour un temps quitter la forêt. Au loin, un vautour fauve (Gyps fulvus) s'élève dans les airs, nous gratifie d'un regard puis passe derrière la crête rocheuse. Depuis le début de l'année nous en voyons à presque chacune de nos sorties.

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Le chemin est étroit mais bien tracé, il faut cependant se montrer prudent dans le pierrier même si le cheminement se fait sans difficulté. Cette ouverture dans le flanc de la montagne est un véritable décroché où des plantes d'étages et milieux différents se côtoient, pour le plus grand bonheur des naturalistes et des botanistes. Petit rappel, la récolte de plantes et de fleurs dans le secteur selon les espèces est interdite ou réglementée.

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Nous arrivons petit à petit à l'apage, qui se caractérise par des pelouses d'herbes rases et une abondance de plantes montagnardes. C'est de ce fait que nous avont la chance de tomber sur nos premiers plans de thè des Alpes (Sideritis hyssopifolia), appelé aussi crapaudine. Malgré son air simple, c'est une plante prisée pour ses propriétés.

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C'est une plante digestive et expectorante, dont la délicieuse eau de vie est connue pour être vivifiante. De ce fait, elle entrerait dans la composition de la liqueur des pères chartreuse. En infusion, elle est excellente et parfume très bien les gâteau et les crèmes. Séchée, elle donne une odeur délicate au tiroir dans lequel elle se trouve. Emblématique du Dauphiné, elle est bien connue en Chartreuse où elle pousse sur l'étage alpin dès 1500 mètres d'altitude. Très appréciée des chamois, on peut souvent les observer en brouter les touffes sur les pends enherbés du Charmant Som, de la Pinéa, du Pinet, du Col de l'Alpette et de Chamechaude.

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Enfin, nous voilà à l'alpage. En cuvette, il n'est que peu visible du pied de la montagne et s'ouvre à nous comme le cratère  d'un volcan. Superbe, il est pâturé l'été par des vaches qui empruntent parfois d'étroits sentiers forestiers à fleur de falaise pour atteindre les pousses les plus tendre. La sécheresse y a fait son oeuvre et nous ne comptons plus les conifères morts et brunis par ce temps qui donne à l'herbage une couleur cramoisie bien triste.

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Autre plante propre au folklore local, la vulnéraire des chartreux (Hypericum nummulariifolium). Ce millepertuis rentre également dans l'elexir de Chartreuse. On l'utilisait en médecine populaire comme l'arnica pour parer les coups mais aussi comme cicatrisant. En infusion, on l'employait comme tonique. En comme toujours en montagne pour les plantes médicinales, la vulnéraire est couramment préparée en liqueur. Appelée aussi millepertuis à sous, elle est protégée, particulièrement en Isère où sa récolte doit faire l'objet du suivis de règles particulières pour préserver cette espèce devenue rare en raison de la sur-cueillette mais aussi du dérèglement climatique et du renfermement des alpages suite à la déprise agricole de certains espaces de montagne. Elle se développe sur la roche, de préférence calcaire, dans les crevasses et les fentes de celle-ci. De ce fait elle est courante dans les lapiaz, des formations rocheuses typiques des sommets de Chartreuse.

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Les éricacées sont à la fête, en montagne, elles sont bien plus nombreuses que l'on pourrait le croire. On peut par exemple rencontrer le raison d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) présenté ici à gauche, un petit sous-arbrisseau aux baies rouges comestibles et aux feuilles médicinales mais tout aussi riches en contre-indications qu'en propriétés. Au centre se trouve les myrtillier sauvages (Vaccinium myrtillus), aux fruits délicieux que l'on ne présente plus. À droite, il s'agit d'un rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) à la floraison printanière rose et qui semble atteint par une énorme galle, sans doute provoquée par une colonie d'acariens ou par des champingons.

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Autre grande figure de cette famille, la callune commune (Calluna vulgaris) qui souvent est prise à tort pour de la bruyère. Pour les distinguer, il faut savoir que les pétales de la callune sont en grande partie séparés, alors que ceux de la bruyères sont soudés et forment une clochette. Le département de Biologie ENS Lyon a, à ce sujet, créer un document simple pour apprendre à faire la distinction.

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Elle est peu présente sur le plateau, du fait qu'elle ait une préférence marquée pour les sols de nature acide, d'où sa présence couramment remarquée dans les peuplements de conifères et sur les sols tourbeux. C'est aussi une plante médicinale utilisée en usage externe comme antiseptique pour soigner les engelures mais aussi les rhumatismes, en interne comme dépuratif et diurétique entre autre. La callune commune fait aussi partie des plantes qui sont prédisposées à l'absobtion des éléments radioactifs et toxiques présents dans le sol, ce qui demande en cas d'utilisation après récolte, une bonne connaissance de la nature du sol et de son histoire (nuage radioactive, enfuissages industriels, rejets d'industries etc.).

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) est une petite fleur de moyenne montagne qui se plaît généralement à partir de 1000 mètres d'altitude. On la différencie de la gentiane d'Allemange (Gentianella germanica) qui lui est presque identique grâce au nombre de pétales : 4 chez la champêtre, 5 chez la germanique.

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L'euphraise  casse-lunette (Euphrasia rostkoviana) est une plante de plaine lumière qui pousse de faible altitude jusqu'à 3000 mètres, de préférence dans les zones à tendances humides, les pelouses, les lisières et les bords de talus.

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Elle tient son surnom à la théorie des signatures. les veinures colorées qui traversent ses pétales évoquant les vaisseaux sanguins d'un oeil. De ce fait et par association d'images, la petite fleur fût utilisée pour soigner les problèmes oculaires comme les conjonctivites ou la myopie. Aujourd'hui encore elle est employée à ces fins en homéopathie et dans les médecines dites "douces". Il était également d'usage de penser qu'elle pouvait apporter la claire-voyance à celui qui s'apposait sur les yeux un linge imbibé de l'infusion de cette euphraise. On pensait également que la mise en place de cette technique sur les oreilles permettait de faire preuve de claire-audience, ce qui explique pourquoi dans certaines régions, on en plaçait des bouquets séchés dans les oreillers pour leurs vertus supposées.

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La parnaisie des marais (Parnassia palustris) est une plante représentative des zones humides de montagne et qui se reconnaît à sa fleur blanche aux cinq pétales veinés de vert. Elle est aussi bien présente en Europe, de préférence occidentale et du nord, qu'en Asie et s'étend de la Chine au Japon. Cependant, elle reste peu commune dans de nombreux départements du pays d'où sa protection dans certains secteurs comme en Picardie, dans les Pays de la Loire ou dans le Centre. On parle alors de répartition euro-sibérienne pour cette espèce. On retrouve dans certaines traditions les traces de son usage populaire et qui est aujourd'hui abandonné, en raison de la rareté de la parnaisie mais aussi, de l'existance d'une pharmacopée plus appropriée, en particulier dans l'emploie qui en était fait pour ses tanins, des molécules plus présentes et facilement extrayables dans le chêne ou le thé entre autre.

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Les mouflons corses (Ovis aries musimon) sont présents. Aux jumelles nous en dénombrons environs 35 en deux petits groupes distincts. La grande harde que composent ces animaux en Chartreuse partage son temps entre les alpages de la Grande Sûre et ceux du Charmant Som, peu sensibles aux passages des randonneurs.

 

Au sommet :

Le panorama change, l'herbe déjà rase laisse place aux pierres. Quelques plantes parviennent à s'adapter et prennent des formes tortueuses. Les vents forts qui s'expriment au sommet forcent les herbacées à prendre des forment rampantes ou en coussins pour résister aux faibles températures et à la morsure du gel.

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Le genévrier commun (Juniperus communis) adopte cette stratégie pour se maintenir aux fortes altitudes. Ces fruits ressemblent à des baies bleues mais sont en réalité des cônes, en adéquation avec le fait que le genévrier appartient aux conifères et à la famille des Cupressacées.

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C'est une espèce de plein soleil, qui aime les sols de nature calcaire, à l'image du massif. Les fruits, les genièvres, sont utilisées dans la confection d'eau-de-vie mais aussi de nombreux alcools locaux en Europe de l'Est et du Nord, comme dans le gin. Outre cet aspect, on les emploie parfois infusés pour les maux de l'appareil digestif. Utilisés pour lutter contre les lourdeurs intestinales, on les retrouve souvent dans les plats traditionnels riches, en particulier là où il est abondant. Leur présence dans la choucroute l'illustre particulièrement bien. Cependant une consommation abusive n'est pas sans danger pour les reins.

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Enfin, nous voilà au sommet. La vue est incroyable. En face de nous, la Pinéa, Chamechaude et le Charmant Som se dressent. Nous dominons de tout son long l'alpage que nous venons de gravir et où nous avons la chance de croiser quelques chamois (Rupicapra rupicapra). Trois adultes accompagnés de deux petits prennent l'ombre non loin du sentier, une chance pour nous de les observer sans trop les perturber dans leurs habitudes.

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De l'autre côté, l'Isère et sa vallée s'étendent. Le ciel est dégagé, des jumelles nous arrivons même à apercevoir Lyon et les monts du lyonnais. À nos pieds, Voiron se dresse fièrement. Du sommet nous pouvons retracer les éternelles marches menées dans la ville mais aussi, admirer les espaces naturelles que nous aimons arpenter comme les Gorges de Crossey, la Vouise, un bout des marais de Chirens et au loin, l'Herretang vers St Lau'.

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Enfin, dernier tour sur le paysage nous offre un point de regard démentiel sur le Mont Blanc. Écrasant les autres sommets, on ne voit que lui. Sa cime couverte de neige éternelle nous rappel qu'il culmine à 4810 mètres d'altitude.

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Plus près de nous et dans la même ligne de vue, le Pinet, le Granier mais aussi le lac d'Aiguebelette qui se love dans les plis du relief. L'action de l'Homme est visible, entre les alpages apparus avec la conquête du désert vert et l'arrivée du pastoralisme sur lequel la forêt reprend désormais ses droits, les grands axes de communication qui creusent la roche, les milliers de points lumineux qui enchaînent les allers-retours dans le ciel et les sentiers tracés au fil des années par les marcheurs, il y a de nombreux éléments à disposition pour s'essayer à la lecture de paysage. Constructions culturelles plus qu'on ne le pense, nos paysages sont des livres ouverts pour découvrir les activités liées à un territoire. C'est aussi un outil pour comprendre les enjeux économiques et environnementaux actuels.

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Sur le retour nous avons une belle surprise, nous faisons un bout de chemin sur l'étroit sentier accompagnés d'une partie du troupeau des vaches en estive et qui semblent trouver leur bonheur dans le sous-bois. Au pied léger, elles s'engoufrent rapidement dans la forêt nous laissant seuls au retour vers le monastère de Currière.

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Un dernier passage par le belvédère de la none, comme il y a quelques semaines de cela lors de notre première ascension. Saint Laurent du Pont n'a pas bougé, la ville a juste perdu quelques couleurs pour tendre vers le grillé et le jaunie.

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Sur le retour, nous tombons nez à nez avec un magnifique de verveine officinale (Verbena officinalis), ponctuant la randonnée sur une touche colorée. Loin de la verveine asiatique que l'on retrouve dans les potagers ou dans les sachets d'infusion, notre verveine indigène donne une très bonne infusion détergente en extérieur et se montre diurétique et astringente en consommation, d'autant plus quand elle est mélangée à d'autres espèces comme la menthe ou la mauve. C'est sur cette récolte que se termine cette randonnée, teintée de botanique et de contemplation de paysages montagnards. Les mollets sont désormais au repos jusqu'à nos prochaines aventures.

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dimanche 12 août 2018

Sortie en montagne 21.

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LE LAC DU PONTET

En partant du jardin botanique du col du Lautaret, nous ne pouvons nous empêcher de nous arrêter au lac du Pontet, que l'on retrouve déjà dans plusieurs vieux articles du blog . Situé à 1982 mètres d'altitude, le Pontet est facile d'accès depuis le village de Villar d'Arêne. Il fait office de base de loisir pendant l'été pour les locaux et les touristes de passage. On y croise parfois quelques pêcheurs qui titillent les poissons. Ceux-ci sont le fruit d'une campagne d'empoissonnement des points d'eau de montagne qui mena à l'uniformisation et/ou la destruction d'une grande partie de ces écosystèmes fragiles. Le lac n'est plus givré, il y a beaucoup plus simple d'y observer la flore qui est typique des plateaux humides de montagne de haute altitude. La faune commence également à s'éveiller, avec nos premières marmottes des Hautes-Alpes.

 

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Les grassettes communes (Pinguicula vulgaris), charmantes plantes carnivores, sont là. C'est ici que j'ai découvert ma toute première grassette et j'en reste toujours très émue car elle marque la période où a débuté ma passion pour la botanique. Sur la face ouest du lac, des centaines de pieds s'épanouissent sur les sols pauvres.

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La floraison violine débute en juin. Elle tranche avec les feuilles qui détonnent avec la végétation jaunie par les plaques de neige qui ont connu une fonte tardive. Le feuillage des grassettes est un piège mortel où les moucherons viennent s'engluer. Ils y sont digérés par la plante pour pallier au manque de matière organique.

 

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Les tarines sont les vaches emblématiques des montagnes. Nées dans la vallée de la Maurienne en terre savoyarde, on les rencontre désormais un peu partout dans les Alpes. Robuste et agile, ce sont de bonnes laitières également très présente sur les plateaux Maghreb où elles sont favorisées par leur morphologie.

 

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La globulaire à feuilles en coeurs (Globularia cordifolia) est une petite fleur bleue de montagne que l'on rencontre dès l'étage collinéen voire en plaine mais c'est entre 1500 et 2000 mètres d'altitude qu'elle s'épanouit le mieux. Ses feuilles lui ont valu son nom de par leurs formes atypiques.

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Bénéficiant d'un arrêté de protection préfectoral dans le Midi-Pyrénée, on récoltait de ce petit arbrisseau les feuilles qui donnent une fois infusée, un puissant laxatif qui était utilisé en médecine populaire. Cette endémique des Alpes fleurie de Mai à Juillet et pour fleurs des pompons bleus denses. On la nomme également de manière poétique "veuve-céleste".

 

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Arrivés au lac, nous profitons de l'alcamie des nuages. Nous sommes seuls, c'est idéal pour inspecter les berges du lac, retrouver les plantes carnivores qui m'avait fait bondir de joie il y a bientôt 5 ans de cela et voir si les orchidées sont à la fête. Il faudra revenir à la fin de l'été pour observer les linaigrettes qui se balancent au vent.

 

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L'orchis rouge sang (Dactylorhiza incarnata) est aussi appelé dactylorhize couleur de sang. Cette orchidée est une sous-espèce de l'orchis incarnat beaucoup plus massive et foncée que l'espèce type et qui se différencie par la présence de tâches noires sur les deux faces des feuilles très incurvées. Elle bénéficie d'une protection complète sur l'ensemble de la région PACA. Elle pousse dans les zones humides et les prairies marécageuses.

 

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La pie-grièche grise (Lanius excubitor) est un oiseau prédateur de la taille d'un merle noir. Son plumage noir, gris et blanc lui permet de se fondre dans le paysage minéral de la haute montagne même si on la retrouve dans des milieux ouverts, semi-boisés et les bosquets. En France, les individus de cette espèce sont non migrateurs à la différence des populations scandinaves qui tendent à descendre dans les îles britanniques et en Europe de l'Est.

 

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Le spectacle débute dès l'assension. Au loin, la vallée de la Romanche s'étend, écrasée par les montagnes mais c'est tout autre chose qui attire notre regard. Dans la végétation de bord, une multitude de petits oiseaux au plastron rouge virevolte en tout sens. Il s'agit du sizerin cabaret (Acanthis carduelis), un oiseau granivore commun dans le grand nord mais aussi en Europe de l'Est et dans certaines îles italiennes où il trouve les pins dans lesquels il aime nicher. Fin mai et début juin on peut le voir localement former des petits groupes.

 

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Les marmottes des Alpes (Marmota marmota) font leur sortie. Elles sont nombreuses à pointer leur nez au-dessus du lac est ne sont effrayées que si les curieux ne s'approchent d'un peu trop près. Sur la commune, on compte pas moins de 720 observations ne serait-ce que pour ce qui touche aux relevés de population.

 

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La primevère farineuse (Primula farinosa) est une primevère de montagne qui se reconnaît à ses fleurs roses et ses feuilles ovales en rosettes. Elle se plaît en milieu humide, en particulier dans les marais et les abords de ruisseaux. 

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C'est une espèce subalpine qui a d'importants besoins en soleil, en humidité et qui tolère très mal les températures trop élevées. Fait particulier, elle ne croît que sur les sols dépourvus d'acidité ou, où celle-ci se trouve très limitée. Pour ceux qui souhaitent la rencontrer, elle n'est présente que dans les Alpes, le Jura et les Pyrénnées pour ce qui est du territoire métropolitain.

 

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Le narcisse des poètes (Narcissus poeticus) est connu pour le fort parfum qu'il dégage. Longtemps récolté pour la parfumerie et pour orner les maisons, au point qu'il a manqué de dispraître. Désormais il est protégé dans de nombreuses régions. Au lac, il pousse abondamment couvrant les champs de blanc.

 

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Une nouvelle découverte pour moi ! La bartsie des Alpes (Bartsia alpina) est une hémi-parasite qui est l'une des rares plantes à être proche du noir. Ses fleurs se fondent dans ses pièces foliaires tant et si bien que l'on ne sais pas nécessairement où s'arrêtes les feuilles. Elle tire son nom de Johann Barsch, botaniste mort au Surinam et grand ami de Carl Von Linné qui, en son souvenir, donna à cette fleur alpine le non de bartsie.

 

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Le trolle d'Europe (Trollius europaeus) est une des plus grandes et grosses renonculacées que l'on peut rencontrée. Typique des montagnes, seuls les bourdons sont assez puissants pour forcés ses pétales et la butiner. De ce fait la fleur donne l'impression constante d'être en bouton. Certains petits scarabés aiment y prendre habrit.

 

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Voilà une excellente surprise, à la fin de notre sortie nous tombons sur un rond de sorcière de tricholome de la Saint George (Calocybe gambosa) appelés aussi parfois mousserons de la Satin George. C'est un champignon de couleur crème au parfum doux de farine et qui est un excellent comestible. C'est sur cette récolte que s'achève cette énième sortie en montagne qui, bien que courte et grisailleuse, fût pleine de charme et de découvertes.

 

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vendredi 27 juillet 2018

Sortie en montagne 20.

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CHARMANT SOM

 

C'est un mont bien connu de la Chartreuse de par son accès facile en voiture qui mène à son alpage du quel il faut moins d'une heure pour atteindre le sommet. Circuit familiale particulièrement bien adapté aux familles, on en oublierait presque que c'est également un lieu de nature sauvage du quel on peut très facilement observer la grande faune mais également faire de belle découvertes botaniques.

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À la croix, qui culmine à 1867 mètres d'altittude, il est possible d'observer les autres grandes montagnes emblématiques du massif comme Chamechaude, la Grande Sûre et la Dent de Crolles mais aussi, le monastère des pères Chartreux et les Entremonts qui portent bien leur nom. Toujours dans la même démarche que celle du précédant article traitant de la montagne, le Charmant Som vous est présenté à l'ermérgeance des premières fleurs quand le printemps se fait plus chaud mais que la neige tarde à partir puis, à l'arrivée de l'été en juin.

 

Au printemps

Il pleut à grosses trombe, ce qui nous assure d'être presque seuls dans notre escapade. Nous empruntons le sentier qui longe l'alpage ouest, à fleur des parois rocheuses au pied des quelles l'on peut parfois croiser des lagopédes alpins (Lagopus muta) en début septembre quand le temps se fait plus frais.

 

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Les combes sont encore enneigées et sur le premier kilomètre nous avons du nous avancer sur des névés où, fort heureusement, le chemin été déjà tracé par les pas de randonneurs équipés de crampons. L'herbe est alors encore jaunie, le manteau neigeux ne s'étant retiré que quelques jours avant notre arrivée.

 

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Voilà que se présente le merle à plastron (Turdus torquatus). C'est un gros passereau noir dont on peut aisément identifier l'espèce par la bavette blanche qu'il présente sur la gorge et une partie du torse. Typique des montagnes, selon la latitude et l'altitude mais aussi le caractère de l'individu,  il est sédentaire ou migrateur. Par chez nous c'est surtout l'étage alpin qu'il fréquente, en particulier la zone de transition entre la forêt et l'alpage.

 

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Nous n'en avions vu qu'un ou deux pied lors de notre première sortie à Chamechaude, nous sommes heureux de la croiser à nouveau. La soldanelle des Alpes (Soldanella alpina) est une plante qui aime les étages de haute altitude et peut se rencontrer jusqu'à 3000 mètres, pour un peu que l'on est bon marcheur. Apparaissant aux premières fontes des neiges, elle disparaît presque aussitôt. Très fragile, il est déconseillée de la manipuler.

 

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Se partageant les mêmes étages que la soldanelle (800 à 300 mètres), les marmottes des Alpes (Marmota marmota) font leur toutes premières sorties de l'année ! Ce gros rongeur de 40 à 60 centimètres peut aisément atteindre 8 kilos, donnant une silouette fort corpulente qui peut être allourdie par le pelage dense de l'animal. Typique des Alpes comme son nom l'indique, elle a été lâchée dans d'autres massifs comme celui des Pyrénnées.

 

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Malgré son nom de bois gentil ou de bois joli, on ne serait oubilier que le daphné morillon (Daphne mezereum) est un arbuste fortement toxique, que cela soit son bois, ses feuilles ou ses baies dont la dose létale chez l'enfant s'évalue à 4-5 fruits, 10-20 chez l'aldutle. On les utilisait de ce fait pour empoissonner les animaux vus comme nuisibles mais s'est un arbre qui fût fort précieux dans les temps anciens, en particulier pour teinter le linge en jaune. Ses fleurs roses et son parfum suave ont permis sa diffusion dans les jardins de plus basse altitude. 

 

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Populaires chez les amoureux des belles randonnées, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont encore en bouton. Eux aussi ont quitté les montagnes pour se diffuser dans les jardins des particuliers. Appelé parfois laurier rose des Alpes à tord, il est typiques des landes alpines à éricacées qui se situent entre 1400 et 2200 mètres, bien que son étage de prédilection se situe entre 1600 et 2400 mètres.

 

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L'orchis sureau (Dactylorhiza sambucus) est uen orchidée des alpages qui a la particularité se présenter une forme jaune vanille et une forme fushia. Son nom vient du parfum qu'elle dégage, en particulier en fin de floraison et qui se rapproche du sureau noir (Sambucus nigra) dont les ombelles sont prisées par les amateurs de cueillettes sauvages pour réaliser des sirops, des vins et des limonades parfumées.

 

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En cours de route nous tombons sur nos premiers mouflons corses (Ovis aries musimon) de l'année. Introduits pour la chasse sportive, ils forment l'une des deux populations de mouflons présents sur la France continentale, cette espèce étant endémique à l'origine de l'Île de beauté. Introduits  à la fin des années 1990, les 15 individus relâchés ont donné vie à une troupe de pas moins 90 têtes. Des lâchés ont été depuis reprogrammés pour maintenir la population stable, éviter la consanguinité et la pérenniser sur le territoire bien que le milieu ne soit pas vraiment adapté à ce type d'animaux préférant les pentes rocheuses et moins vertes typiques de la Corse.

 

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Le brouillard se lève quand nous atteignons le sommet, une constante dans nos explorations. Nous restons bien sagement sur le sentier, un décrochage étant vite arrivé. Les pierriers sont entourés d'herbe verte et de narcisses jaunes (Narcissus pseudonarcissus), appelé bien souvent jonquilles bien qu'ils n'en soient pas.

 

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Au loin, la Grande Sûre sort de son écrin de nuages. C'est notre prochain objectif, déjà nous avons pu en parcourir les pentes boisées au moment de la rédaction de cette article, pour récolter entre autre les jeunes pousses de sapin et d'épicéa pour la confections de délicieux sirop. La suite dans un prochain article.

 

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Lui aussi est un incontournable des montagnes de Chartreuse. Le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) n'est pas un banal corvidé au plumage noir. Leur chant très mélodieux se compose de sifflements longs et de cris roulants. Il est un habitué des pâtures et alpages de montagnes où il se nourrit d'insectes, de mollusques, de baies et parfois de petites charognes. Chapardeur, il aime tourner autour des restaurants d'altitude.

 

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Sur la fin de parcours nous voyons enfin les chamois (Rupicapra rupicapra). Tous le long de notre marche, nous les avons croisés, parfois à quelques mètres nous, sans pouvoir figer l'instant magique que nous vivions. La route menant au sentier étant encore peu fréquentée à cette période de l'année, ils ont pris loisir à pâturer en bordure de celle-ci. D'effectif très réduit dans les années 1960, il est aujourd'hui bien implanté dans les massifs français.

 

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Le long du sentier nous tombons sur deux orchidées au nom évocateur. À gauche figure l'orchis moucheron (Gymnadenia conopsea) appelée aussi orchis moustique, peut être en raison du long éperon de ses fleurs et qui dégage une délicieux odeur. À droite l'orchis grenouille (Dactylorhiza viridis) qui présente des fleurs surprenant et que l'on retrouve dans tous l'alpage faisant dos à la fromagerie située en contre-bas.

 

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Le sommet ? Non, un contre-point rocheux qui mène à celui-ci. À la belle saison il se peuple d'aconites-tue loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) qui, avec l'aconite napel nommée casque de Jupitère (Aconitum napellus subsp. napellus), est l'un des deux plantes les plus toxiques d'Europe continentale.

 

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Voilà enfin le sommet, depuis lequel on voit le monastère des Pères Chartreux. Cependant, ce n'est pas là que le précieux élixir, la Chartreuse, est distillé. D'atteinte facile, la croix symbolise les 1867 mètres d'altitude du Charmant Som et se trouve sur les lapiaz, des rainures et creux formés par la pluie sur la roche tendre faite de calcaire. Familiale, cette randonnée est un incontournable pour les habitants du bassin grenoblois et du massif.

 

Les prémices de l'été

Voilà la sortie du soleil, enfin ! La floraison bat son plein, il est temps de reprendre les chaussures et le sac de randonnée pour observer tout ça en directe. Nous ne sommes pas les seuls à en avoir l'idée et bientôt le parking de l'auberge du Charmant Som se couvre d'une soixantaine de voiture. Pas farouches, nous entreprenons de botaniser au milieu des enfants, des coureurs et des amoureux de la montagne.

 

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Le sorbier petit néflier (Sorbus chamaemespilus) est une découverte pour moi. Appartenant à la grande famille des alisiers, cet arbrisseau ne dépassant pas un mètre présente une corolle de fleurs rosées. Rare dans le Massif Central, c'est surtout dans les Pyrénées, les Alpes et le Jura qu'on peut l'observer dès 1200 mètres d'altitude.

 

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L'alpage est devenu verdoyant et accueille les vaches, de belles tarines, le temps de l'estive. Matin et  soir, elles rejoignent l'étable de traite. Le lait est directement traité sur place pour devenir des fromages qui sont affinés pendant un an et plus avant d'être mis en vente. L'un des plus célèbres est le coeur de Chartreuse.

 

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Enfin, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont en fleurs. Ils colorent de rose les abords du sommet, ne laissent personne insensible à ce spectacle. Très nectarifère, il est apprécié des abeilles domestiques dont le miel blanc ivoire est commercialisé dans les Pyrénées sous le nom de miel de rhododendron. Son nom scientifique vient du grec et signifie littéralement arbre (Dendron) rose (Rhodo) rouille (Ferrugo).

 

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Voilà belle lurette que l'orchis mâle (Orchis mascula) ne fleurit plus à l'étage colinéaire et en plaine. En montagne, l'altitude aidant, on peut encore le voir fleurir. Cette orchidée terrestre se distingue des autres taxons rencontrés sur le Charmant Som par l'odeur dégagée par ses fleurs violines, proche de celle de l'urine de chat.

 

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Le trolle d'Europe (Trollius europaeus) n'est pas une créature du folklore local mais une plante de la famille des renoncules aux imposantes fleurs jaunes dont seuls certains bourdons parviennent à forcer les pétales pour les féconder. L'impression que donnent les inflorescences d'être perpétuellement en bouton ou non éclosent leur a valu leur surnom de boule d'Or. À savoir, le terme trolle venant de l'Allemand "Trol" et voulant dire "globe".

 

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Un pigamon à feuilles d'ancolie (Thalictrum aquilegiifoliumus) est sur le point de donner ses premières fleurs. Cette espèce se rencontre d'ordinaire dans les bois et les ravines de montagne mais aussi les marais d'altitudes et les prairies riches en matière organique et en apports azotés. Sa floraison débute en juin et se poursuit juillet.

  

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Nouveau focus sur la gentiane acaule (Gentiana acaulis). C'est une espèce calcicole, c'est à dire qui apprécie le calcaire. La roche mère étant de cette nature et affleurant bien souvent la litière, pour même parfois la remplacer, cette plante à fleur se trouve bien aisée de s'y développer au point d'en trouver un pied sur chaque rocher composant la délimitation du sentier. Avis aux amateurs, on la trouve entre 1400 et 3000 mètres d'altitude.

 

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Botaniser, c'est aussi tomber sur des colles. Voilà quatre belles,  certaines dont il est aisé de donner le genre ou la famille comme pour les cirses et le renoncule de cette série de photos. Pour l'espèce sa coince. La patience devient alors la meilleure des armes, pour peu que l'on ait pensé à photographier les feuilles ... 

 

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Nouvel arrêt, cette fois au sommet. Les nuages sont beaucoup plus dissipés, nous pouvons cette fois-ci profiter du spectacle. En face de nous au loin, le Pinet, à gauche Chamechaude, à droite la Dent de Crolles et derrière, la Grande Sûre. Des sommets emblématiques que nous rêvons d'explorer à nouveau. Dans les lapiaz, l'ail du cerf (Allium victoralis) et la gesse jaune (Lathyrus ochraceus) ne vont pas tarder à faire leur apparition.

 

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C'est aussi du sommet que nous avons l'une de nos plus belles surprises de la journée. Ce n'est pas un mais quanrante mouflons corses (Ovis aries musimon que nous voyons remonter l'alpage auquel nous faisons face.

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Une partie des mâles mène la marche, suivie des femelles et des nombreux petits. Ils se dispersent le temps de brouter le coteau pentu avant de dispraître derrière la crête rocheuse. C'est sur le coup des 17 heures que le troupeau se rassemble et quitte le fond du plateau pour remonter vers son air dortoire. Le bêlement de ces animaux ne va pas sans surprendre le promeneur et pour cause, les mouflons sont les ancêtres directes des moutons (Ovis aries). Cependant le mouflon Corse ne serait être à l'origine de ces derniers, c'est dans les espèces situées à l'est et au Sud de l'Eurasie qu'il faut regarder de plus près, en particulier chez le mouflon oritental (Ovis orientalis).

 

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La pensée à deux fleurs (Viola biflora) ne supporte pas le gel. Elle survit en altitude grâce aux névés, les fontes de neige tardives. Protégée part le manteau neigeux, la plante ne laisse pas de prise au froid. Dés la fonte, elle sort de sa torpeur et fleurie. De ce fait on la trouve souvent dans les zones abritées comme les crevasses et les failles rocheuses mais aussi les marais des hauteurs, cette espèce ayant d'importants besoins en eau.

 

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Assis sur les hauteurs, nous nous armons de patience pour voir à l'aide de nos jumelles et notre objectif le va-et-vient des marmottes. Nous suivons aussi du coin de l'oeil le vol infatigable des martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba) dont les passages en rase motte au dessus de nos tête font siffler l'air.

 

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L'orpin rose (Rhodiola rosea) n'est pas un orpin et n'appartient même pas au genre des sedums. Nommé également racine d'or, c'est une plante typique des étages de haute altitude mais aussi des pays proche du cercle arctique. Rare, c'est une plante médicinale précieuse pour sa capacité à traiter les états dépressifs. En Sibérie, la racine d'or est couramment utilisée pour lutter contre le manque de soleil qui conduit à des états suicidaire de mélancolique profonde. Son nom d'orpin rose vient de la forme de ses feuilles semblabes à celle des plantes dites grasses et du parfum puissant de rose que dégage sa racine quand elle est tranchée.

 

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La dryade à huit pétales (Dryas octopetala) est une fleur qui tire son nom des dryades mythologiques, des nymphes des arbres affiliées aux chênes. Ce sont de belles jeunes filles timides et souvent bienveillantes dont il faut s'assurer les grâces pour abattre les arbres et les forêts qui sont sous leur protection.

 

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Encore une plante qui doit son nom au massif alpin. Le carmérisier des Alpes (Lonicera alpigena) est un chèvrefeuille qui peut destabiliser au premier abords par sa petite taille et ses grandes feuilles galbres.

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Présent entre 500 et 2200 mètres, il a une préférence marquée pour les bois de hêtres. Sa floraison s'étale de mai à juin. Elle est caractérisée par l'apparition des fleurs liées deux par deux par un ovaire double, ce qui donne des fruits en forme de coeur allongé ou de petites cerises à la fin de l'été. On ne serait les croquer, les baies étant toxiques pour nous autres humains masi faisant le délice des passereaux.

 

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Redescente sur l'aplage puis le parking, avec toujours en vue les verts pâturages, les affleurements rocheux où les grandes gentianes jaunes s'établissent et se confondent parfois avec les vératres blancs, entourées de gaillet. Il nous faudra revenir percer les secrets des fossiles emprisonnés des roches qui scellent l'entrée du sentier, des oiseaux trop rapides pour être saisis et identifiés, des milliers de baies en formation et des lys martagons qui se font désirer en ce début d'été. Septembre semble être le meilleur mois pour revenir profiter de ce petit coin de paradis.       

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jeudi 12 juillet 2018

Sortie en forêt 76.

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Descente en forêt, plus précisément dans les gorges un torrent de la Valdaine pour se rafraîchir des premières grandes chaleurs qui le soir laissent places aux orages d'été qui font du bien à la terre et dont nos peaux se délectent des gouttes qui s'écrassent sur elle. Le terrain est accidenté, les inondations de 2002 ayant durablement marqué le territoire.

Les champs commencent à jaunir sous l'effet du soleil harassant, l'observation animale est plus difficile et c'est à la tombée de la nuit que nous nous tapissons d'ordinaire pour observer les chevreuils en toute discrétion.

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Les baignades sauvages vont être nombreuses cet été, pour peu que les week-ends ne se fassent pas trop pluvieux. Exit les révisions et les études, le diplôme en poche et un super job pour la belle saison, c'est tout ce qu'il me faut pour profiter du reste. Lecture, dessin, randonné, botanique, blog et mycologie, la nature reprend sa place dans ma vie.

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L'orchis pyramidale (Anacamptis pyramidalis) est une orchidées qui apprécie les talus. Parfois une mutation génétique la rend blanche, on parle alors d'albinisme. Si la coloration est plus terne qu'elle ne devrait l'être on emploiera le terme d'hypochromie et si à l'inverse, elle est bien plus colorée qu'elle ne devrait l'être, on dira hyperchromie. Ces mutations sont recherchés par les amateurs d'rochidées : les orchidophiles.

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Voilà l'Aigueblanc, cours d'eau provenant des limites de la Chartreuse et se jetant dans l'Ainan qui lui même rejoins le Guier. Dans ma famille nous avons toujours nommé le lieu le Gas BlancLe terme "gas" en ancien français désigne un bois ou une forêt, soit la forêt blanche ou le bois blanc. Le terme blanc pourrait faire écho à la couleur des eaux écumeuses qui le traversent mais aussi, à la blancheur du tuf qui s'y forme, créant ainsi de congrégations géologiques de calcaires atypiques le long des falaises argileuses et des parois des cascades qui le composent , mais peut être y a-t-il un sens plus ancien et caché qui justifie ce nom.

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Surprise dans le bois. Quelques girolles pâles (Cantharellus pallens) poussent sur un monticule moussu où des hêtres ont pris place. C'est la première fois que j'en croise ici et c'est une véritable aubaine pour la confection de notre repas du soir. La saison des champignons débute pour ma plus grande joie.

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Nos pas font lever deux chevreuils  (Capreolus capreolus), une chevrette et son faon dissimulés dans les herbes hautes qui encadrent le chemin forestier. Ils sont bien rapide et le temps de sortir l'appareil photo, ils ne sont plus qu'à quelques bonds de la lisière de la forêt dans la quelle ils s'engouffrent avant de nous jeter un dernier regard.

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Ces drôles de choses ne sont ni des crottes, ni des pierres. À gauche il s'agit d'un myxomycète et plus précisément d'une espèce nommée lycogale rose ou lycogale du bois (Lucogala epidendrum) mais aussi lait de loup, nom que je ne lui connais que depuis peu. Il émerge des morceaux de bois mort humides dont il se nourrit. À droite il s'agit de la russule verdoyante (Russula virescens), à la chair ferme et parfumée qui, d'un avis général, est considérée comme la meilleure des russules.

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Voilà un autre myxomycète, peut être le myxomycète blanc (Fuligo septica var. candida) mais rien n'est moins sur avec cet ordre qui compte des dizaines d'autres, beaucoup plus de familles et des milliers d'espèces. Leur détermination est passionnante car sous les loupes binoculaires, ils abordent une architectures et des couleurs que l'on croise rarement dans le vivant, ce qui me fait me prendre de passion pour l'infiniment petit.

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Sucepin, tipules, prêles ... pour un naturaliste le Gas blanc est un endroit à explorer avec attention. Composé de forêts aux profils multiples comme avec la châtaignieraie, la ripisylve, les prairies de fauche, les canaux marécageux, la chênaie et les taillis à petits fruits, il a l'avantage de n'être que peu fréquenté hormis des locaux, le chemin de randonnée et la passerelle ayant été emportés par le déluge de 2002.

Sur le retour, un lièvre prend la fuite. D'abords tapi dans l'herbe à quelques centimètres de la route, il prend la fuite en me voyant sortir l'objectif de l'appareil, peut être un mauvais souvenir d'une rencontre avec un fusil. Deux heures, c'est tout ce qu'il faut pour prendre le temps de profiter de la vie et de ce qui nous entourent, de l'aborder sous un nouveau regard et d'en savourer chaque surprise. Cette journée fût formidable.

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samedi 7 juillet 2018

Sortie en montagne 19.

Chamechaude


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Une montagne, deux saisons, c'est le concept des articles à venir sur le blog. Ces dernières semaines, nous avons eu l'occasion de beaucoup randonner et de faire plusieurs sommets, certains à leur sortie des neiges, d'autres pendant la période de pleine floraison et parfois, les deux. Pour ce premier tour d'horizon des montagnes de Chartreuse, nous nous attarderons sur Chamechaude, toit de l'Isère et du massif culminant à plus de 2082 mètres d'altitudes et véritable terrain de jeu des Grenoblois en mal d'assenssion.

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Forêts mixtes et de conifères, verts alpages, pierriers ... les milieux sont diversifiés, la faune et la flore aussi.

 

Au printemps

Tout est émergeant à cette période mais les éléments restent féroces. Les névés et les dernières neiges sont encore bien présentes et nous barrent l'accés au sommet. Les sentiers subissent la fonte et nombreux sont ceux qui se retrouvent les pieds mouillés à les escalader. Les nuages montant de la vallée limitent notre visibilité. Prudence est le maître mot pour cette première grande randonnée de l'année.

 

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Le sureau rouge (Sambucus racemosa) est un arbuste typique des étages montagnards. Ces baies peuvent se consommer en gelée ou en confiture à condition de les mélanges pour moitié avec d'autres fruits rouges, au risque de voir le mélange devenir quelques peu indigeste. Il se différencie des autres sureaux de par ses fruits de couleur rouge et ses fleurs qui tirent vers le crème et qui ne forment pas d'ombelles bien régulières.

 

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Boueux les sentiers ? Ce n'est pas un hasard. Argileux, le sol reste accroché à nos semelles. Cela tient aux feuillets d'argile qui le composent et qui ont la faculté de se gorger d'eau. Quand ceux-ci arrivent au maximum de leur capacité, ils forment alors une couche compacte qui empêche l'eau de s'infiltrer, formant les ruisseaux printaniers que l'on peut couramment observer dans les alpages et qui arrivent avec force dans la vallée sous forme de torrents tumultueux qui provoquent parfois en période de forte pluies de grands dégâts.

 

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Les premières fleurs de myritiller sauvage (Vaccinium myrtillus) sortent. Dans le Pilat, cela fait plusieurs semaines qu'elles s'épanouissent et nombreux sont ceux à préparer leurs râteaux pour récolter les baies à la fin de l'été. Caractéristique des substrats acides, cette espèce se rencontre souvent en lisière des forêts de conifères, et même en sous-bois quand la lumière arrive à filtrer à travers les branchages. Ses fruits entrent dans un dessert typique des Alpes : la tarte à la myrtille mais il semblerait que les hommes ne soient pas les seuls à convoiter ce petit fruit bleu à l'instar l'escargot de bourgogne (Helix pomatia).

 

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Les scilles printanières (Scilla bifolia) se plaisent sur les pelouses qui bordent les chemins menant au sommet, les talus herbeux où elles forment des tapis bleues composés de milliers d'individus, les sous-bois et même les éboulis. Leur nom scientifique "biofolia" désigne le fait qu'elles ne possèdent que deux feuilles.

 

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Les chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) sont des corvidés curieux et très intelligents qui s'approchent souvent des promeneurs pour leur quémander un bout de leur pique-nique. Bien mal leur en prend, la nourriture humaine bien qu'appétante et facile d'accés n'est pas du tout adapté à leur organisme. Même si cela est tentant, il ne faut jamais les nourrir au risque de réduire de façon drastique leur espèrance de vie.

 

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À l'étage collinéen, les fleurs de printemps ont de puis bien longtemps fini leur cycle de floraison, cependant dès que l'on prend un peu d'altitude, on a la chance de pouvoir les voir de nouveau et de prolonger la saison. De gauche à droite : la primevère élevée (Primula eliator), le pétasite blanc (Petasites albus), le crocus printanier (Crocus vernus) et ce qui semble être une valérinae des montagnes (Valeriana montana).

 

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J'adore la primevère oreille d'ours (Primula auricula). Rustique, elle affectionne les paroies rocheuses. Typique des Alpes, sa diffusion en Angleterre a lancé la grande et populaire mode outre-manche des primevères colorées et de haut port que l'on rencontre désormais en jardinerie et qui ont pour origine cette espèce.

 

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La hêtraie-sapinière est le peuplement typique des étages inférieurs aux alpages. Elle se caractérise par un sol à tendance acide en raison de la présence des conifères, bien que la roche mère soit de nature calcaire. De nombreuses espèces floristiques lui sont inféodées mais aussi, tout un cortège fongique. Il n'y est pas rare d'y découvrir des girolles (Cantharellus cibarius) parmi les feuilles et les aiguilles.

 

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La gentiane de printemps (Gentiana verna) est une des premières plantes à fleurs de montagne à apparaître après la fonte des neiges. Elle tolèrent les sols faiblement acides et reste plutôt abondante sur les sols calcaires. C'est par les fourmis que ses graines sont dispersées, en raison de l'enveloppe riche en protéine qui l'entourent et que ces insectes récoltent pour nourrir leur colonie.

 

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Voilà que la neige nous bloque le passage. Certains bloggueurs on pu atteindre le sommet quelques jours avant le début de notre randonnée et l'ont partagé sur leurs blog. Nous pensions pouvoir faire comme eux mais hélas cette fois-ci il faudra se raviser. Nous terminons au "Champignon", un dôme de roche aux allures oniriques. Un peu plus d'une heure de marche nous sépare alors de la cime.

 

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Sur le retour nous nous dirigeons vers le Granier, un de nos objectifs de l'été. En route nous croisons un très beau pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) qui le temps de l'été quitte l'Afrique pour s'installer sous nos l'atitudes. Il fait partie des oiseaux possédant des dents subterminales dans leur bec, pour cette espèce deux très exactement. Elles lui permettent de tuer sa proie rapidement et sans prendre le risque de recevoir un mauvais coup.

 

Aux prémices de l'été

Les sentiers sont beaucoup plus fréquentés. Les épisodes pluvieux nous ont empêché de mener l'assenssion comme nous l'espérions et à plusieurs reprises, il a fallut reporter cette sortie. Mais voilà que le soleil se présente, le temps est au beau fixe. Nous terminerons cependant notre épopée sous une pluie battante, chose à la quelle nous commençons à être habitués et qui a l'avantage de nous laisser souvent seuls sur les chemins, augmentant ainsi nos chance de voir la faune sauvage vaquer à ses occupations.

 

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Le départ du sentier a bien changé, les pétasties hybrides (Petasites hybridus) ont laissé place aux renoncules à feuilles de platane (Ranunculus platanifolius) qui se différencient des renoncules à feuilles d'aconites (Ranunculus aconitifolius) de par la limbe des feuilles qui est découpée jusqu'au rachis, c'est à dire la base des folioles qui forment la feuille. C'est une espèce typique des flancs des montagnes alpines.

 

DSC04870L'aspérule odorante (Galium odoratum) forme de jolis  bosquets à l'entrée de la forêt. Séchée, elle peut être utilisée pour fabriquer des tisanes au goût de foin et de vanille, si on prend soin de la conserver à l'abris de l'humidité. Elle entre aussi dans la confection du vin de mai si précieux aux alsaciens.

 

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Le carmérisier des Alpes (Lonicera alpigena) est un chèvrefeuille aux fleurs généralement rosées aux étamines rouges et au stigmate long qui aime l'altitude. On le rencontre entre 500 et 2500 mètres en particulier en Europe de l'Est mais aussi en Chine et au Japon. En France on le trouve dans les massifs présents dans la moitié sud du pays. Comme chez presque la totalité des espèces de cette famille, ses baies colorées sont toxiques.

 

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La forêt se densifie à mesure que nous progresssons. Cultivée comme la hêtraie-jardineraie, la sapinière tend peu à peu à mesure de l'atitude et du degré d'inclinaison des pans de la montagne, à se mêler aux épicéas et aux hêtres. Le couvert végétal est composé de fougères, profitant de la litière acide pour se développer.

 

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Le sous-bois n'est pas le lieu le plus évident pour voir de la grande faune. L'obscurtié qui y règne, la densité de troncs, les couleurs et le tapis d'aiguilles qui couvrent les bruits de pas ne permettent pas toujours, même pour les plus aguerris, de sentir la présence des sangliers et autres goupils qui peuplent les lieux.

 

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Enfin, nous voilà proches de l'alpage ! Quelques merveilles se présentent à nous, comme avec cette chenille de petite tortue (Aglais urticae) amatrice des feuilles d'orties et qui a atterrie sur une pétasite hybride (Petasites hybridus), cette soldanelle des Alpes (Soldanella alpina), ce polygala (Polygala sp.) ou encore cette anémone des Alpes (Pulsatilla alpina) aux fleurs blanches et aux feuilles découpées.

 

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La gentiane à feuilles étroites (Gentiana angustifolia) est une gentiane à grosse fleur bleue qui arrive avec les prémices de l'été. Elle s'établie à partir de 500 mètres d'altitude dans les éboulis et les pelouses rases calcaires et parfois, dans l'intestices des falaises. Plus l'altitude se fait élevée, plus elle laisse place à ses cousines : la gentiane des Alpes (Gentiana alpina) et la gentiane acaule (Gentiana acaulis).

 

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Le bois-joli (Daphne mezereum) est un petit daphné arbustif aux fleurs roses et parfumées. L'entièreté de la plante est toxique et sa résine est un puissamment vésicante, ce qui insiste à ne pas ramasser les rameaux de cette plante qui est protégées dans de nombreux massifs en raison de sa raréfaction.

 

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Le raisin des ours (Arctostaphylos uva-ursi) est de la familles des myrtilles et des bruyères : les éricacées. Cet arbuste résiste au climat rude par sa forme de buisson et son port légèrement rampant. Les premières traces écrites de son usage médicinal remontent au 13e siècle. Ses feuilles sont utilisées traditionnellement dans presque tout l'hémisphère nord comme herbe à fumer. Les fruits entrent dans la composition de confitures.

 

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En montagne le temps change très rapidement. Les sentiers se plongent dans le brouillard ce qui invite à la prudence. Chaque année, elle se fait le tombeau d'intrépides qui, trop souvent, oublient que les étroits chemins ne sont pas des parcours de course. Dégât sur la flore, dérangement de la faune, blessures et drames, il est peut être temps de penser la montagne autrement et de ramener un peu de sacralité dans la manière de l'aborder.

 

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À une heure de marche du sommet, nous tombons sur une multitude de plantes à fleurs, certaines nous sont que peu connues. De gauche à droite : le rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) encore en boutons, une giroflée (Erysimum sp.), ce qui semble être un alysson et ma préférée de toutes, l'hellébore fétide (Helleborus foetidus), bien nommée rose de vipère, griffe de lion ou encore herbe aux fous.

 

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La mésange noire (Periparus ater) est la plus petite des mésanges du territoire français. Insectivore, elle se tourne vers les pignes des conifères à l'hiver venu pour se nourrir. Bien que de petit gabarit, elle pond 8 à 10 oeufs dans un nid composé de mousse et qui parfois a du mal à contenir tout les oisillons.

 

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Nous voilà à la Folatière, que l'on nomme également le Champignon. Cet élément géologique un brin particulier est un point de repère dans ce dédale végétal et peut s'observer depuis le sommet du Charmant Som qui lui fait face. C'est de là que partent les sentiers pour parcourir les flancs de Chamechaude. 

 

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L'orchis  sureau (Dactylorhiza  sambucina) est une orchidée qui peut présenter des fleurs jaune ou violette. Cette espèce est commune à l'étage sub-alpin et débute sa floraison dès le mois de mai, et peut l'étendre à la période de juin selon les altitudes. Si elle se caractérise par sa très forte présence dans le Massif Central, elle est aussi commune dans une moindre mesure dans les Alpes et les autres massifs français.

 

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Les chamois (Rupicapra rupicapra) sont de sortie et entament leur mue annuelle. Au début de l'été, il n'y a pas encore grande foule même si les marcheurs commencent à être nombreux et hélas, oublient trop à mon goût une des règles de base en montagne : discrétion et respect vis-à-vis de la faune. Pour le moment ces capridés sauvages partagent l'alpage avec les marmottes qui sont affairées à reconstituer la litières de leur terrier. 

 

Au sommet de l'Isère

Nous atteignons notre but. Gravir le sommet est beaucoup moins dur que je le pensais. Les pâturages cèdent la place un piérier calcaire blanc où des espèces à fleurs rares nous émerveillent. Le paysage est spectaculaire mais bien vite caché par les nuages, ce qui donne une atmosphère mystique au lieu. Une ascension à la fin de l'été est de ce fait programmée pour nous permettre de prendre le temps d'observer l'Isère depuis son sommet.

 

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Les fleurs du silène acaule (Silene acaulis) pointent le bout de leur nez. Constitués en coussins denses et ras, leur forme leur permet de limiter la déperdition de chaleur, d'être soumis aux vents forts, d'être trop broutés et de faire face aux basses températures. C'est un formidable exemple de l'incroyable ingionisité de la nature et de l'adaptabilité dont le vivant fait preuve pour résister aux éléments.

 

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Autre merveille, la dryade à huit pétales (Dryas octopetala). C'est une plante dite arctico-alpine, c'est à dire une espèce dont la science n'a pas encore réussie à déterminer si l'origine est alpienne ou arctique. L'importance de ce travail résulte entre autre, dans le fait qu'il permet de comprendre l'évolution du vivant et surtout, comment les espèces migrent en fonction des variations de climats, ce qui pourrait permettre de prévoir les réactions et comportements de notre biosphère face à la grande crise climatique qui anime notre planète.

 

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En voilà du paysage. Au loin Grenoble se dresse, à la confluence des massifs de Belledone, de la Chartreuse et du Vercors ce qui légitime son nom de ville porte des Alpes. Les monts de Chartreuses sont calcaires et présentent d'incroyables falaises qui donnent l'impression de sortir d'un coup d'un seul des entrailles de la Terre. 

 

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Enfin, le sommet. La croix culmine à 20082 mètres d'altitude, loin des 1326 mètres de col de porte d'où nous sommes partis. Au bord de l'arrête, plongée dans la brume sur la crête rocheuses, je ne suis pas des plus rassurée mais je ne suis pas seule. Le charme du lieu nous invite à l'exploration, avec prudence, de la flore des falaises qui détonne par rapport à tout ce que nous avions pu voir jusqu'à présent. Bien sûre, les dryades à huit pétales sont toujours bien présentes, au point de verdir de leurs feuilles les bords du sentier.

 

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Surprise, un vulcain (Vanessa atalanta) prend la pause au bord du vide. C'est une espèce migratrice hormis dans le sud de l'Europe où les populations passent l'année sur place. À l'instar de la chenille de petite tortue (Aglais urticae), ses larves se nourrissent comme chez de nombreux papillons des feuilles d'orties.

 

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Chasse aux fossiles ! Le gel, la pluie et le temps érodent la roche, fendent les blocs les plus massifs et font apparaître les vestiges de temps immémoriaux. Huîtres et coquilles en tout genre abondent dans les éboulis qui couvrent une bonne partie du sommet et il suffit de se baisser pour en ramasser. Récemment, un fossile d'une nouvelle espèce de reptile marin a été découvert, signe que la région n'a pas fini de livrer tous ses secrets.

 

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Voici quelques espèces typiques du sommet : l'accenteur alpin (Prunella collaris), un oiseau de petite taille qui a conquit tous les massifs de l'Eurasie, une renoncule m'étant inconnue (Ranunculus), la célèbre linaire des Alpes (Linaria alpina subsp. alpina) que je n'avais pas vu depuis très longtemps et la renoncule de Séguier (Ranunculus seguieri) qui ne pousse pas en dessous de 1800 mètres d'altitude.

 

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Ayant le vertige, la petite grimpette à l'aide du câble pour atteindre le sommet fût une épreuve pour moi, mais rien d'insurmontable ou même de dangereux pour ceux qui sont plus à l'aise. Peu à peu je ne crains plus d'emprunter ce type d'itinéraire et sans pour autant en être guérie, je m'aventure de plus en plus haut sur les sentiers de montagne, parfois à fleur de roche pour la plus grande joie de mon palpitant.

Chamechaude présente de merveilleux itinéraires pour les amoureux de faune, de flore et de beaux paysages. Très fréquentée l'éte, notre prochaine montée ne s'effectura pas avant la fin de l'été, quand les marmottes s'apprêtent à s'endormir profondément dans leur terrier et les chamois à redescendre sur des altitudes leur étant plus favorables pour trouver leur nourriture au coeur de l'hiver.

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mardi 12 juin 2018

Sortie en campagne 10.

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Nous voilà sur le plateau de Larina, dans l'Ain. C'est un site remarquable qui à travers son statut d'ENS, espace naturel sensible, dispose d'une protection bien définie ainsi que d'un ensemble de missions, à savoir la protection et la mise en valeur de son patrimoine : études scientifiques, visites au public, installations de panneaux, maintient des vestiges gallo-romains. Tourbières, falaises calcaires, pelouses sèches et forêts de charmes sont quelques uns des milieux composent ce site. Le faucon pèlerin (Falco peregrinus) en est l'espéce emblématique, on peut l'observer le long des parois rocheuses où il se plaît à chasser et à nicher. Quand l'espace vient à manquer ou que le milieu est trop perturbé, il se rabat sur les milieux anthropisés. Toits, cornières, balcons ... tout autant d'éléments propices à son installation. Sa présence en ville à l'avantage de réguler en partie les populations de pigeons bisets, en particulier pendant la période de nourrissage des petits.

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L'abondance d'amas de pierres et la présence d'une carrière est propice aux reptiles. Un suivis scientifique est en cours pour connaître, entre autre, la population des serpents du plateau. Mal aimés, ces animaux sont essentiels à nos écosystèmes et sont sous nous latitudes, peu dangereux. La vipère aspic (Vipera aspis), appelée aussi vipère rouge, possède la plus mauvaise des réputations, pourtant c'est un animal timide qui finit bien souvent sous les pneus de nos automobiles comme celle-ci. Parmi les mythes qui l'entourent, on la présenté comme agressive, poursuivant les promeneurs et leur sautant aux cuisses ou au thorax pour les mordre mortellement. Pourtant il n'en est rien. Cependant ces idées demeures tenaces, tour autant que celles qui voudraient que des caisses contenant des serpents soient régulièrement lâchées depuis des hélicoptères ou, que les vipères et les couleuvres s'accouplent pour donner vie à des hybrides aussi dangereux que le mamba noire. Espérons que ces idées préjudiciables à notre environnement viennent un jour à disparaître.

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Le plateau de Larina est connu pour ses strates de roche qui s'emplilent les unes sur les autres. Mises à nu par endroit, elles permettent de découvrir ça et là des vestiges d'un autre temps. Des fossiles de moules, d'huîtres, d'oursins et de divers coquillages apparaissent en relief sur les blocs qui jonchent la prairie. Il rappellent que, il y a quelques millions d'années de ça, plus de la moitié du pays était couverte par une mer chaude grouillante de vie.

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J'adore les orchidées et bien plus encire leurs hybrides. À chaque fois c'est un festival de formes et de couleurs. Ici nous avons un rejeton d'un orchis de l'Homme pendu (Orchis anthropophora) situé tout à gauche et d'un orchis singe (Orchis simia) présenté tout à droite. Le plan ainsi né se nomme l'orchis de Bergonii (Orchis x bergonii ou Orchis anthropophora x Orchis simia), le x marquant l'hybridation. Il n'est fécond qu'avec un individu de la même espèce que ces parents. C'est grâce à l'intervention de pollinisateurs que ce type de phénomènes s'observe, plus ou moins fréquemment selon les espèces.

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L'orchis brûlé (Neotinea ustulata) est une orchidée commune dans les pelouses calcaires bien ensoleillées qui se reconnaît à sa sommité cramoisie et aux gros points qui marquent le label. Commune en France mais vulnérable dans de nombreuses régions et départements, elle est protégée en Corse, dans le Centre et en Picardie. Sa pollinisation s'effectue à travers une miniscule mouche.

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À la lisère de bois on trouve une autre orchidée, poussant ici à côté de l'orchis brûlé. Il s'agît de la céphalanthère à feuilles en épée (Cephalanthera longifolia) ici à droite, une espèce des milieux plus ombragés, contrairement à l'hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum) à gauche et dont les fleurs tout aussi blanches recherchent le soleil. C'est un sous arbrisseau calcicole présent dans de nombreux pays méditerranéens.

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Dans le sous-bois, c'est une autre flore qui s'exprime. Les fleurs blanches des stellaires holostées (Stellaria holostea) se mêlent à celles bleues de la véronique petit chêne (Veronica chamaedrys) formant des bosquets denses. Alors que la première a plutôt tendance à être acidophile, la seconde préfère les sols calcaires. Croiser ce mélange n'est de ce fait pas si courant même si ces deux espèces se rencontrent assez souvent en lisière.

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Bien qu'elle soit en fin de floraison, on peut encore voir la pulsatille rouge (Anemone rubra). Elle se cantonne principalement à la région Auvergne-Rhône-Alpes bien qu'on la trouve dans quelques départements alentours. C'est également dans cette région qu'elle fait l'objet d'une protection soutenue. Certains auteurs ne la dinstingue pas de la pulsatille des montagnes (Anemone montana) dont les couleurs seraient moins prononcées.

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La véronique prostrée (Veronica scheereri) se reconnaît à ses fleurs bleues en épis, son port ras et sa pilosité blanchâtre. Elle aime les milieux secs, pauvres en nutriments, bien ensoleillés et strictement calcaires. Elke est parfois confondu avec la véronique d'Autriche (Veronica austriaca) et la véronique germandrée (Veronica teucrium) ce qui explique sa sous-représentation dans de nombreux départements. Comme pour l'hélianthème des Apennins, sa souche est ligneuse. Bien que pouvant pousser sur de hautes altitudes, plus de 2000 mètres, on ne la rencontre que ponctuellement dans les Alpes.

Une des particularités du plateau est la présence par endroits de résurgences, créant ainsi des îlots humides au milieu des pelouses xérophiles. Des arbres pionniers tels les boulots s'y sont installés, procurant une fraîcheur bienvenue pour des espèces aimants l'ombre, les sciaphiles. Ils donnent aussi l'occasion d'observer une faune qui d'ordinaire se rencontre en contrebas des falaises, dans les étangs de la tourbière.

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La valériane officinale (Valeriana officinalis) fait partie de ses plantes aimant les milieux humides mais ayant besoin de soleil. Cependant celle-ci semble s'accomoder de l'ombre procurée par la proximité du sous-bois. C'est une plante médicinale qui s'emploie pour aider à l'endormicement et pour lutter contre l'anxiété. Sédative, son emploi se fait non sans mesure. Sa racine agît comme l'herbe à chat sur nos compagnons à quatre pattes, ceux-ci étant stimulés par une molécule entrant dans la composition de leurs phéromones sexuelles propres aux félins.

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Les hélianthèmes jaunes ne sont pas simples à différencier vu les similarités entre chacune des dizaines espèces que l'on trouve sur le territoire. Il pourrait ici s'agir de l'hélianthème à feuilles de nummulaire (Helianthemum nummularium). Il est aussi appelé hélianthème commun et se reconnaît à son port élancé, à ses fleurs jaunes et à ses feuilles opposées dont la marge est couverte de poils blancs ou gris. Aimant les sols calcaires qui ont le désavantage de ne pas retenir l'eau, il s'y est adapté en développant des racines peuvent s'enfoncer jusqu'à 50 centimètres de profondeur pour capter la moindre goutte.

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L'épine-vinette (Berberis vulgaris) est un petit arbuste épineux connu pour ses fruits rouges qui font le délice des enfants et des oiseaux. En gelée, en confis, en sirop ou en confiture, ses baies se mangent à toutes les sauces, même en plat de résistance avec du gibier. Seuls quelques départements, localisés surtout en Bretagne, sont dépourvus de cette espèce qui pousse dans une grande variabilité de milieux tant que le sol est calcaire.

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Installé tranquillement, un lézard vert occidental (Laceera bilineata) prend du repos. Chez cette espèce, les mâles peuvent atteindre jusqu'à 30 centimètres de long, ce qui en fait de bons amuses-gueules pour les couleuvres et les rapaces qui s'en nourrissent . Vif, il se réfugie dans la végétation broussailleuse des plateaux ensoleillés. C'est lui aussi un grand fan de vieilles pierre dont il tire profit de la chaleur le soir venu.

DSC02505La vue sur le plateau me laisse songeuse. Au loin, s'étendent des plaines en agriculture intensive, une centrale nucléaire passée d'âge, un fleuve contrain dans son liénaire, des lignes à haute tension et tout au fond, là où le regard s'arrête, le ville de Lyon. Ce n'est pas le paysage que j'aime mais c'est celui qui, pour le moment, et nécessaire à subvenir à nos besoins. Il temps de consommer autrement, mieux, moins. Je suis convaincue qu'il est possible, petit à petit de tendre vers d'autres modes de vie plus sains et plus respectueux de ce qui nous entourent. Mais il faut laisser le temps aux choses, garder espoir et ne pas tomber dans le cliché de l'anticonsumorisme primaire. Une sacrée épreuve en somme. C'est sur cette pensée, et cette vue pour le moins peu habituelle que prend fin cette journée de randonnée en campagne ainsi que l'article.

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vendredi 1 juin 2018

Exposition botanique de Pérouge.

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Weekend botanique en vue.  Pour l'occasion, nous avons pu rencontrer le groupe mycologique et botanique du Val de Saône, qui a pu mettre en place cette superbe exposition dans le cadre de la Foire aux plantes rares de Pérouge. Celle-ci a pu d'une part permettre aux adhérants de sensibiliser un public élargi, et d'autre part d'inventorier les espèces locales. Nous voilà donc ans Pérouge, cité médiévale réputée pour ses vieilles pierres, son tilleul multicentenaire et ses galettes au sucre vendues aux fenêtres qui font le bonheur des petits et des grands. Cependant, c'est tout autre chose qui fait briller nos yeux. Disposés dans des pots de ver, une centaines d'espèces végétales nous attendent. Carex, prêles, coquelicots, anémones ... c'est tout un décor qui se dresse et qui nous invite. C'est l'occasion rêvée pour compléter mon herbier numérique et m'entrainer à la botanique de terrain, histoire de faire rentrer un peu plus dans la caboche un vocabulaire plus technique et qui m'échappe parfois.

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L'euphorbe petit cyprès (Euphorbia cyparissias) est une plante commune dont la sève était utilisée en médecine populaire pour le soin des verrues et des lésions cutanées. Toxique et irritante, celle-ci était souvent présumée être une plante de sorcière. Le sphinx de l'euphorbe (Hyles euphorbiae) est son régulateur naturel. Bien que ternes, les chenilles donnent naissances à un magnifique papillon aux teintes rosées.

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La populage des marais (Caltha palustris) est une fleur typique des milieux humides et ombragés. Elle se reconnaît à ses inflorescences jaunes et à ses feuilles en forme de coeur. C'est la seule plante à appartenir au genre des Caltha, lui même appartenant à la grande famille des renonculacées comme les boutons d'or.

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L'exposition présentait quelques espèces d'orchidées communes. À gauche, deux orchis mâles (Orchis mascula) nommés ainsi en raison de la forme de leurs tubercules. Au centre, un orchis singe (Orchis simia), du fait de ses fleurs ressemblant à un personnage simiesque et à droite, un orchis militaire (Orchis militaris) dont les tépales rayés de rose sont semblables à la forme d'un casque de soldat d'où son surnom d'orchis guerrier.

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Voilà un travail titanesque ! Chaque espèce a été classée et identifiée avec la nouvelle taxonimie. L'entrée de la phylogénétique dans le monde botanique n'y est pas pour rien. Elle a l'avantage comparé aux anciennes classifications de représenter l'évolution des espèces avec plus de justesse. Les marqueurs retenus ne sont pas ceux de la morphologie mais ceux que l'on peut retrouver sur le génome. Les conséquences sont multiples. Outre des nouveaux noms pour certaines d'espèce, c'est aussi la représentation que nous nous faisons de l'arbre du vivant qui s'en trouve chamboulé, prenant désormais la forme d'une sphère.

L'objectif de ce travail ? Disposer des bons outils pour communiquer au mieux avec le public et le sensibiliser sur les grands enjeux liées à protection de la flore mais aussi, sur les bonnes pratiques liées à l'observation des milieux. Nous avons pu de ce fait avoir quelques précieux conseils sur la détermination des poacées.

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Le rorripe amphibie (Rorippa amphibia) est parfois nommé cresson amphibie. Bien qu'appartenant à la famille de la moutarde, il n'en est pas et est parfois confondu avec celle-ci. Il apprécie les bords de fossés et les milieux marécageux. La difficulté dans l'identification de cette espèce réside dans sa grande capacité à s'hybrider avec des espèces similaires. Néanmoins sa tige vert clair est un bon critère de distinction.

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Voilà un taxon que je trouve particulièrement difficile, celui des carex, nommé communément les laîches. Hormis la laîche à épis pendants (Carex pendula) et quelques autres espèces similaires, leur identification reste ardue. Celle-ci repose avant tout sur la détermination portée sur les épis mâles et femelles.

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Le lin pérenne (Linum perenne) est une espèce très cultivée qui se trouve ça et là en milieu naturel. Il a une nette préférence pour les sols secs et bien exposés, ce qui explique peut être son abondance les longs de talus sur élevés des routes et des autoroutes situées dans le sud de l'Ain que nous aimons emprunter.

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C'est une belle exposition à laquelle nous avons pu participer en tant que curieux. Ce type d'événement est un bon moyen de s'initier à la botanique ou de prendre plaisir à découvrir et redécouvrir les plantes que nous croisons au quotidien et qui parfois titillent notre curiosité, évoquant pour certains de lointain souvenir d'enfance.

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lundi 7 mai 2018

Sortie en montagne 18.

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Le massif du Ventoux est une terre de sorcières. Il s'en dégage une atmosphère étrange, presque mystique, où les amoureux des pierres et des plantes se retrouvent pour marcher sur les rochers blancs des crêtes. Lavande vraie et lavandin ont valu aux territoire du sud de la montagne leur réputation de terres de parfums avec la multiplication des distilleries. Il faudra encore attendre pour voir les champs se couvrir de violet.

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Nous sommes pour l'occasion dans le village de Sault, réunis tous ensembles dans la maison familiale. Les lieux sont encore calmes en cette période. C'est parfait pour s'adonner à la vadrouille entre les rues étroites. Certains passages présentent de hauts murs remarquables, sur lesquels on retrouve l'empreinte en négatif de fossiles d'amonites, la roche mère locale étant composée de calcaire urgonien hautement fossilifère, chose commune à la plupart des pends du massif du Ventoux, en particulier au sud de celui-ci où de nombreux amateurs s'adonnent à la chasse aux vestiges du passé, quand le sud du pays était encore une mer tropicale.

Et puis il y a les champs alentours, les bordures de routes, les chemins qui s'enfoncent dans la forêt et qui donnent l'occasions de faire des belles découvertes avec la flore locale et atypique de ce petit bout de Provence.

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Dans le jardin, pousse la gagée des champs (Gagea villosa). Adepte des sols sablonneux et pierreux, on la trouve dans une grande partie de la France même si elle semble préférer le sud-est. Cosmopolite, on la rencontre aussi en Europe centrale, en Afrique septentrionale et en Asie, en particulier à l'ouest.

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Le muscari à grappes (Muscari neglectum) est une espèce commune en France qui se satisfait d'une grande variabilité de milieux, pour un peu qu'il ait à disposition un sol plutôt pauvre, peu soumis à l'humidité et qui est de nature basique. Il est courant dans les vignobles, sur les talus ensoleillés et dans les champs, en particulier ceux de fauches soumis de temps à autre au pâturage, en particulier à celui des bovins.

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L'orchis géant (Himantoglossum robertianum) est un orchidée précoce, typique du sud de la France mais qui tend à remonter le long de la vallée du Rhône avec les importants changements de températures que nous connaissons actuellement. C'est une plante robuste, qui présente une rosette composée de feuilles vertes, luisantes et épaisses d'où émerge un bouton florale rose. 

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C'est dans les milieux secs calcaires, en particulier de garrigue, qu'on la rencontre mais elle se plaît aussi sur les pelouses sèches et les talus ensoleillés. 

Dans le cortège des espèces propres à ce milieu ont retrouve une faune variée, composée en partie de reptiles mal-aimés mais au combien précieux pour l'équilibre écologique mais aussi, une fonge surprenante où il n'est pas rare de voir apparaître sous les pins à l'automne le lactaire sanguin (Lactarius sanguifluus).

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Toujours dans le jardin, on rencontre aussi la pézize du cèdre (Geopora sumneriana). On ne la remarque pas facilement au premier abords, celle-ci n'émergeant du sol qu'à maturité en formant une petite cavité. Inféodée aux sols calcaires, elle se rencontre aussi sous les ifs. Piètre comestible, elle est toxique voire mortelle si consommée cru comme la plupart des champignons de son ordre, celui des Pezizales dans le quel on trouve les morilles.

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L'herbe s'est couverte de petites fleurs blanches, elles forment un beau tapis devant l'entrée, encadrant nos pas. La période de floraison est courte, bientôt les chaleurs de la fin du printemps viendront mettre fin à cette orgie de pétales colorés dans la pelouse et dans les champs de fauche tardive qui se coloreront de doré.

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En attendant, les pruneliers sauvages (Prunus spinosa) et les érables champêtre (Acer campestre) continus de fleurir. Chez ces deux espèces aux floraisons bien différentes, les feuilles arrivent plus tardivement. Chez les érables, la pollinisation se fait bien souvent par les insectes comme on peut le voir sur la photographie mais certains, dont le très invasif Acer negundo, se servent du vent et de leur pollen léger pour assurer la fécondation.

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Et puis il y a la plus belle de toutes, celle que j'adore et qui pousse dans le couvert forestier, l'hellébore fétide (Helleborus foetidus), une plante aux milles noms dont ceux de patte de griffon, de griffe de lion, d'herbe aux fous ou de rose de serpents (mon préféré). Des noms qui font frémir le badaud et danser la sorcière. Elle était utilisée par les grecs pour soigner la folie et en occident plus généralement, et jusqu'il y a peu, comme purgatif de dernier recours, la plante étant hautement toxique. Sa floraison précoce, son aspect singulier et sa grande taille ne la font pas passer inaperçue dans les sous-bois, quand tout tarde alors à verdir.

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En voilà une autre de plante de magicien. L'hépatite trilobée (Anemone hepatica) tient son nom de la théorie des signatures, concept issu du Bas Moyen Âge et qui réside dans l'idée que les plantes, animaux et minéraux soignent les organes humains auxquels ils ressemblent. De ce fait, les feuilles de cette anémone ressemblant au foie, on en a fait usage pour soigner cet organe, la nommant au passage "hepatica" : qui a rapport au foie.

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La mise en jambe en forêt terminée, nous voilà partis à l'assaut du Mont Ventoux. Quelle épopée, je suis bien rouillée, et l'ascenssion ne s'est pas fait sans difficulté. Cependant, nous voilà arrivés au sommet. La flore est encore timide et pour cause, quelques reliquats de neige habilles le mont. Ils sont, depuis une semaine ou deux, partis avec le soleil rayonnant que nous avons eu.

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Peu avant notre montée, nous avons pu observer les troupeaux de brebis pâturer les champs de lavandes, en contre-bas dans la vallée. Il semblerait de peu à peu les pratiques agricoles locales évolues vers une retour aux traditions plus respectueux de l'environnement.

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Surprise au détour d'un virage, au milieu de la route, un couple de becs-croisés des sapins (Loxia curvirostra). L'arrivée d'un cycliste dissipera les amoureux dans les arbres, monsieur laissant sa femelle seule pour la prise photo. Grise et verte, elle se différencie du mâle qui est paré sur son plumage d'un rouge chatoyant.

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Autre merveille dans cette montagne, le pin à crochets (Pinus uncinata). Il tient son nom des écailles de ses pommes qui présentent pointe recourbée en leur centre. D'ordinaire haut de 20 à 30 mètres, les vents puissants qui balaient les crêtes du Ventoux transforme ce conifère en arbuste buissonnant au port parfois étalé.

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L' ibéris des Rochers (Iberis saxalatis) commence à fleurir. Sa morphologie compacte, avec des feuilles étroites et grasses, lui permettent de résister au froid polaire qui règne ici. Protégé dans certains territoires, il ne se rencontre presque que dans les massifs du sud du pays.

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Habitué à pousser à même la roche, il possède un enracinement profond et solide qui lui permet, même en cas d'éboulis, de rester fixé. Sa faible taille (rarement plus de 10 cm), lui permet de faire face aux éléments, tel au vent et au manteau neigeux. Sa floraison blanche s'étale d'avril à fin juin et peut sur les plateaux alpins d'altitude, à plus de 2500 mètres, se terminer vers la mi-août. 

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Le Venturon montagnard (Carduelis citrinella) arpente aussi les coteaux du Ventoux, en particulier ceux composés de forêts mixtes. Le mâle aborde des couleurs criardes, oscillant entre le jaune et le vert olive. Ce granivore se rencontre parfois dans les champs après les moissons pour becter les graines tombées au sol.

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Le temps en montagne est plus que changeant. Une marche de quelques heures sous le ciel bleu se transforme rapidement en traversée des nuages en une poignée de minutes. Une fraîcheur bienvenue après avoir rougit sous les coups du soleil mordant et la réverbération des roches blanches qui composent le sommet.

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Malgré la neige, le terrain reste idéal pour herboriser. Genévrier couché, pousses de pavot artique (Papaver radicatum) ou épicéa nain, c'est tout autant de plantes atypiques et qui changent des paysages de Chartreuse et de la vallée du Rhône. Pas de prélévement sur place, les espèces et le milieu sont strictement protégés. 

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Retour en plaine, avec pour l'occasion une virée dans la ville de Carpentras. C'est jour de marché, les étales sont pleines avec bien souvent, des produits régionaux. Fleurs, asperges, morilles ou oignons, il y en a pour tous les goûts. Le porte monnaie se fait cependant plus sage.

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On ne peut ignorer les fraises de Carpentras. Labellisés, les fruits de cette appellation regroupe trois espèces cultivées, la plus connue étant la gariguette. De grande qualité, les fraises sont employées pour la consommation courante et pour la confiserie de haut standing. D'avril à mai, les champs approvisionne une grande partie du marché français, si on se penche un temps soit peu sur des produitsde bonne qualité. 

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Les rues se parent de couleurs. Dans les paniers, des produits qui nous sont parfois très familiers. Morilles coniques, verveine séchée, asperges sauvages ou encore fraise des bois, tout autant de plantes et de champignons que nous récoltons dans la nature ou le jardin dès que les beaux jours arrivent. 

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L'asperge sauvages (Asparagus acutifolius) se récolte très tôt, dès fin février ou début mars dans les Calanques mais devient trop drues à partir de mai pour être consommée. Très prisée, sa récolte est réglementée. Aimant les milieux secs, rocheux et ensoleillés, elle se reconnaît à ses feuilles épineuses et sa tige ligneuse.

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Changement de décor, nous voilà dans le Colorado provençal. Ces anciennes carrières d'ocres sont ouvertes au public et sont sillonnées de nombreux sentiers. Outre la faune remarquable avec ses oiseaux colorés, on tombe sur une flore atypique qui à l'avantage de nous dépayser le temps d'un après-midi de randonnée.

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Le narcisse d'Asso (Narcissus assoanus) est une petite fleur jaune aux feuilles fines qui se parsème en de grands tapis. Il aime les collines calcaires au climat méditerranéen mais se croise aussi en moyen montagne.

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Sa corolle jaune portée par sa tige grêle attire les insectes, ce qui permet à sa fleur d'être pollinisée, on parle alors de reproduction entomogame. Appelé aussi petite jonquille, sa cueillette est réglementée dans de nombreux départements. Dans d'autres, il est soumis à protection. Il partage souvent les zones rocailleuses avec quelques orchidées comme l'ophrys brun ou l'orchis de Provence mais aussi, avec le muscari en grappes (Muscari neglectum).

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La consoude tubéreuse (Symphytum tuberosum) peut présenter des fleurs jaunes ou roses. Dans le Colorado, on le trouve au pied des carrières, là où les drains servant à charrier et nettoyer l'argile se répande désormais en ruisseaux. Très mellifère, on peut parfois observer des fourmis se nourrir du nectar des fleurs.

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L'amélanchier à feuilles ovales (Amelanchier ovalis), appelé amalenquièr ou amalenca en provençal, est un arbuste de la garrigue qui produit des fruits bleutés/violacés comestibles et très appréciés, aussi bien des oiseaux que des enfants. Il compose de manière traditionnelle le jardin des simples des maisons curiales du sud. De petite taille, maximum 3 mètres, il est peu exigeant pour peu qu'il ait du soleil ainsi qu'un sol calcaire et chaud. C'est en sirop, en confiture ou même en alcool que l'on consomme le plus couramment les baies de cet arbuste.

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Le circuit s'engoufre dans les taillis de bruyères et de fougères aigles (Pteridium aquilinum). Dans une ouverture sous les pins sylvestres (Pinus sylvestris),  se dressent de nombreux cairns. Ceux-ci sont présents un peu partout dans le monde, que cela soit sur les sites aux reliefs montagneux ou dans les bas-marais, les déserts et les plaines. Employés pour montrer un passage à emprunter, ils ont aussi pour fonction d'indiquer des lieux de sépultures, marqués par des événements historiques, mystiques ou tout simplement pour laisser une trace de soi et de sa traversée. Tradition vivace, leur usage n'a pas évolué depuis le néolithique.

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L'extraction de l'ocre a prit fin en 1992. Les sables dont on la tire tiennent leurs teintes, oscillant du blancs, le jaune, le vert et le rouge, de composés en partie d'éléments ferrugineux et de micas, issus de sables marins du temps où la région était submergée par l'océan, en particulier pendant la période géologique de l'aptien.

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Sur le retour, une bellr surprise nous attend sur un talus à l'entrée du village. Une cinquantaine de tulipes sylvestres (Tulipa sylvestris subsp. sylvestris) poussent à quelques mètres de la route. Cette espèce aux pétales d'un joli jaune vif est bio-indicatrice des milieux non traités, gage de bonnes pratiques agricoles.

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Voilà une semaine bien remplie. Dans la cuisine, ça n'arrête pas, et dans le jardin on fait peau neuve. La haie redevient propice à l'accueil de la faune en gardant un aspect paysager, les ronces ont été réduites à un petit lopin afin de rendre accessible les arbres du verger et les nombreux tas de bois vont faire office de refuge aux alytes accoucheurs (Alytes obstetricans), de petits crapauds qui ponctuent de leurs chants les nuits de la maison.

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