dimanche 26 avril 2020

Sortie en campagne 13.

DSCN0028Plateau agricole d'Irigny dans le sud rhodanien. L'hiver est sur sa fin. Déjà des pointes vertes ici et là se dessinent dans les grands alignements de peupliers, et si la terre labourée reste nue, il n'en est pas même sur les abords des chemins colorés par les herbes jaunes et brunes. Le ciel est magnifique mais annonce aussi l'arrivée de la pluie, d'ailleurs nous n'y manquons pas et prenons sur la fin de notre excursion une averse glacée. Ce n'est pas grave, nous avons pu voir ce que nous voulions et nous émerveiller devant les oiseaux tels que le bruant zizi (Emberiza cirlus), l'un des premiers à chanter de la saison, mais aussi de belles plantes sauvages qui fleuriront d'ici quelques semaines. Ce pendant, on trouve ici bien d'autres espèces. Cerisiers, pommiers, poiriers, tomates, courges, pommes de terre et salades, le plateau est une terre maraîchère dont les étendues se coloreront au printemps des fleurs des fruitiers qui composent les nombreux vergers des la commune reconnaissables à leurs filets paragrêles.

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Lutter contre la grêle est une nécessitée pour les exploitants. En averse, la récolte de l'année peut être détruite. L'an dernier, les poires et les abricots ont été peu abondants, la faute à ce caprice climatique. Pour en revenir aux filets, ils ne sont étendus qu'une partie de l'année. La récolte finie, ils sont sagement repliés sur les tuteurs avant d'être dépliés l'année suivante. Entre temps les arbres sont taillés pour donner les plus beaux fruits.

DSCN00177 bergeronettes grises (Motacilla alba) parcourent un champ où quelques herbes commencent à s'intaller. Graines oubliées, petits vers et mouches cherchant le soleil, leur menu est varié. Ce sont de beaux oiseaux, sautillants aux plumes de la queue toujours agîtées. Inféodés aux milieux humides, on les rencontre également dans les cultures. Pour la nidification, elle se fait dans une anfractuosité rocheuse. 2 à 3 couvées peuvent s'y tenir.

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Dans une haie, les orites à longue queue (Aegithalos caudatus) sont à la recherche de nourriture. Longtemps appelées mésanges à longue queue, elles portent aujourd'hui celui d'ortie, la génétique ayant tranchée. Tête blanche, sourcil et ailes noires, flancs roses et petit bec gris, elles sont aisées à déterminer. C'est une des rares orites / mésanges à nicher non pas dans une cavité mais dans dans un buisson ou dans le lierre.

DSCN0322Dans le ciel, passe une buse variable (Buteo buteo), comme l'atteste la silhouette massive, les rémiges bien écartées, le V blanc sur la poitrine et le bec jaune. C'est une espèce qui a besoin d'espaces forestiers pour nicher et qui va tirer profit des champs et des prés pour chasser les rongeurs et à l'occasion, les reptiles et petits oiseaux de passage. Commune mais farouche, elle est difficile à approcher, même quand elle est dans les airs.

DSCN0511Une fumeterre pousse au pied des serres. Faute de photos détaillées, je ne suis pas en mesure de l'identifier. Peut être s'agit-il de la fumeterre officinal (Fumaria officinalis), aux pédoncules dressés et sépales petits et étroits.

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Cela ne se remarque pas, mais cette espèce appartient à la famille des Papaveraceae, au même titre que les coquelicots et les pavots. Appelée officinale, cette fumeterre était employée pour ses propriétés stimulantes, en raison de la fumarine contenue dans la plante qui à diverses doses peut se montrer toxique voire curarisante, c'est à dire qu'à l'instar du curare il détend les muscles dont le muscle cardiaque, prudence donc dans sa maniuplation.

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Voilà un oiseau que j'adore, le corbeau freux (Corvus frugilegus). Grande silhouette noir et bec gris fort, c'est une espèce ubiquiste, c'est à dire capable de s'adapter à une grande variabilité de milieux et de régimes alimentaires. De mauvaise réputation et associé à la mort du fait de sa fréquentation opportuniste par le passé des charniers et des décharges, il n'en reste pas un animal essentiel au bon fonctionnement des écosystèmes.

DSCN0331Les corbeaux ne sont pas seuls. Un troupe de choucas des tours (Coloeus monedula) s'est jointe à eux. Ces petits corvidés ce nourrissent dans les milieux ouverts comme les champs et les prairies. Ils nichent et passent la nuit de préférence sur des points élevés au-dessus du sol comme les falaises, les constructions humaines et les grands arbres du moment qu'ils possèdent des cavités permettant d'installer un nid et une couvée.

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Passage par la ferme. Les bergers allemands Mambo et James sont attentifs. Oreilles dressées mais regards doux, ce sont de paisibles gardiens fidèles à leur territoire. C'est une race apparue du côté de l'Allemagne comme le laisse entendre son nom, même si elle est officiellement enregistrée sous celui de Deutscher Schäferhund. La mode de l'hypertype conduit de plus en plus ces chiens à avoir des problèmes de santé importants.

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Les salades d'hiver entament tranquillement leur croissance. Laitues et feuilles de chênes sont les stars des étales sur les marchés. Protégées du froid qui pourraient les faire cloquer, il est nécessaire de les arroser de temps à autre pour leur permettre de prendre de belles dimensions. Le sol argileux devient alors extrêmement collant, tâchant de rouge nos chaussures de randonnées plus habituées aux rives du Rhône et aux sommets.

DSCN0011Il ne s'aurait y avoir uniquement des plantes cultivées sur les parcelles. La cardère sauvage (Dipsacus fullonum) y trouve toute sa place. On la nomme cabaret des oiseaux en raison de ses graines qui attirent de nombreux petits passereaux comme le chardonneret mais aussi, qui viennent boire l'eau que ses feuilles (appelée bain de Vénus), retiennent même au coeur de l'été. Cette eau était utilisée par les romaines comme soin de la peau.

Il n'y a pas plus à dire, la pluie se met à tomber et nous avons un grand duc à visiter. Nous en profitons tout de même pour jeter un regard en direction des Alpes qui se dessinent, et qui semblent à la fois si proches et si lointaines. Les beaux jours on peut même y apercevoir le Mont Blanc dans son habit de neige. Bientôt les pommiers et les cerisiers seront en fleurs, et le paysage sera alors bien différent.

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samedi 16 novembre 2019

Sortie dans les marais 15 : le lac du Bourget.

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Le temps est bien gris pour cette rapdie excursion. Pour quelques jours en Isère, nous décidons de partir du côté du lac du Bourget en Savoie pour tenter notre chance et observer des espèces remarquables qui sont plus que discrètes voire absentes dans le Rhône. Les grands cormorans et les laridés (mouettes et goélands) sont bien présents, mais nous espérons avant tout approcher de graciles échassiers et des petits passereaux des milieux humides, des oiseaux que nous ne voyons que trop peu souvent. Pour se faire nous sommes équipés de notre longue vue et d'une bonne paire de jumelles pour assurer le plus de tranquillité possible aux animaux. Déçus par le comportement de certains des observateurs et photographes de l'affût du château Thomas, nous nous tournons vers une des bases de loisirs aux grands herbiers. Outre le calme du secteur, nous y ferrons nos plus belles observations de la semaine et possibles sur le site.

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Bel oiseau n'est-ce pas. Il s'agit d'une toute jeune bergeronette grise (Motacilla alba) qui attend sagement ses parents sur une branche pour être nourrie. Posée dans une bourdaine (Frangula alnus), ce ne sont pas les fruits de l'arbuste qui suscite son intérêt mais les insectes qui composent la majeur partie de son régime alimentaire.

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Après de longues minutes à attendre, la jeune bergeronette est récompensée par l'arrivée providentielle d'un de ses deux géniteurs. Bec bien ouvert et gorge bien visible pour montrer à celui-ci que la faim se fait sentir, et en une bouchée les arthropodes durement récoltés sont avalés. Chez certaines espèces, les parents peuvent être amenés à réaliser 200 à 500 allers-retours dans une journée pour nourrir leur progéniture. Heureusement pour cette famille de bergeronettes grises, il semble que l'indépendance des oiseaux est sur le point d'arriver.

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Voici un autre oiseau que nous adorons et que nous avons pu surprendre à nourrir un de ses petits posé dans la phragmitraie, le martin pêcheur d'Europe (Alcedo atthis). Le bleu éclatant de ses plumes est un bleu structurel, c'est à dire que les plumes ne contiennent aucuns pigments de cette couleur, celle-ci venant de la structure même des plumes qui reflètent la lumière bleue. Depuis peu, un jeune mâle à élu domicile sur un tronçon de l'Yzeron situé au pied de chez nous, pour notre plus grand bonheur. Le bec entièrement noir indique qu'il s'agît d'un mâle.

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Pour en revenir aux échassiers, en voici deux de belle taille qui figurent parmi les plus grands oiseaux de France si on en s'en tient à leur port. À gauche, un jeune héron cendré (Ardea cinerea) qui adulte atteindra avec un peu de chance 98 centimètres et à droite, la grande aigrette (Adrea alba) reconnaissable à son plumage blanc et à son long bec jeune. Appartenant à la famille des hérons, elle peut atteindre 104 centimètres. Pour voir aussi grand si ce n'est plus, il faut se tourner vers les grues cendrées (Grus grus) avec 114 centimètre, les cigognes noires (Ciconia nigra) avec 100 centimètres, les cigognes blanches (Ciconia ciconia) avec 102 centimètres et enfin, les flamants roses (Phoenicopterus roseus) avec 127 centimètres. De vrais géants des milieux lacustres.

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Il était là ou plutôt, ils étaient là. Trois bongios nains (Ixobrychus minutus), ultime rareté du lac du Bourget bien que ça ne soit pas la seule. Nous ne boudons pas notre plaisir, les oiseaux jouant leur cinéma pendant de longues minutes. Petite taille, corps beige, ailes noires laissant entrevoir de grandes tâches blanches quand elles sont ouvertes, le doute n'est plus permis. Après avoir vu un des plus grands hérons d'Europe avec l'aigrette blanche, en voici le plus petit. Très rare en France où on compte une centaine de couples sur tout le pays, il est en nette régression. La photo n'est pas des plus belles mais nous ne voulions pas déranger outre mesure les oiseaux.

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La journée ne serait se finir ainsi. Non loin de là, nous croisons un fuligule milouin (Aythya ferina) à la tête et à l'oeil rouges caractéristiques. Tranquillement posé sur un tronc immergé, il se trouve à quelques mètres d'un drôle d'enclos. Entièrement couvert de fillets, il abrite une importante population de tortues, des cistudes d'Europe (Emys orbicularis). Espèce disparue à l'échelle locale, elle fait l'objet d'un programme de réintroduction.

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Pour bien terminer la journée, nous tombons en regagnant notre voiture sur une jolie population d'oreilles de Judas (Auricularia auricula-judae). Ces champignons de la famille des champignons noirs asiatiques sont comestibles. Le plus souvent je les sèche pour les utiliser par la suite dans les soupes, les rouleaux de printemps ou les sauces, ceux-ci pouvant gélifier un peu les préparations leur donnant ainsi plus de consistance.

Fin de partie, il faudra désormais attendre un peu pour revenir sur le lac. Lh'iver et ses osieaux hivernants semble un moment propice et même plein de promesses pour revenir en observation, en particulier au petit matin quand les promeneurs sont rares à venir affronter le froid et la bise qui peuvent faire rage ici. 

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