vendredi 14 août 2020

Sortie en campagne 14 : un nouvel air.

DSCN4501              DSCN4496

À gauche, la vue de notre fenêtre avant, à droite, la vue de notre fenêtre maintenant, et bien qu'elle reste très urbaine, elle nous ravie par le passage des nombreux milans noirs (Milvus migrans) qui se font de plus en plus rares dans le ciel, la migration de l'espèce ayant débuté à la mi-juillet. Bientôt les cigognes blanches (Ciconia ciconia) puis les grues cendrées (Grus grus) prendront le même chemin. Leur vol nocturne sera plus discret.

DSCN4724Nous aimons les zones humides, mais nous avons avant tout exploré les champs et les vergers, des milieux regorgeant d'une faune à laquelle je suis peu familière et pour cause. Dans le cadre de mes loisirs, je suis toujours au bord de l'eau ou dans les forêts et dans celui de mon métier, c'est exactement la même chose. Autant dire que pour moi les soirées passées en bordure des cultures céréalières à guetter les chouettes et les lièvres ont été un véritable régale. Il n'en ai pas de même pour mon bien-aimé qui a fait de l'arboriculture son travail et qui connaît bien ces milieux sur lesquels il travail. Pourtant, reste toujours aussi émerveillé par le moindre moineau ou merle qui se présente à lui parmi les branches des pommiers et des pêchers. En cette période de chaleur, où bien d'autres choses de la vie se sont ajoutées, je n'ai pas toujours loisir à explorer ce nouveau chez moi. Qu'importe, j'ai pu longuement en profiter en juin et d'ici quelques semaines je compte bien retourner me promener aux prés.

DSCN4590              DSCN4741

Voilà un oiseau dont je n'ai jamais fait la présentation sur le blog. La fauvette grisette (Sylvia communis) est un oiseau typique des champs et vergers. Je prends plaisir à la découvrir. Tête grise, ailes rousses et ventre blanc, on ne peut se tromper. Sans chant peut par moment ressembler à celui de se cousine la fauvette à tête noire (Sylvia atricapilla), mais il est beaucoup plus monotone. Les mâles chantent souvent au sommet des buissons.

DSCN4673Un classique des prairies à graminées, le chardonneret élégant (Carduelis carduelis) qui porte si bien son nom. Exclusivement granivore, il ne peut se nourrir que de graines, à l'exception des oisillons qui pour se développer rapidement ont besoins d'invertébrés, un source de nourriture riche en protéines. Braconnés pour être mis en cage comme animaux de compagnie, ils sont piégés à la glu comme à Poissy (78) l'an denier ou par appelé en juin de cette année an Occitanie. Pour rappel en 10 ans l'espèce à diminue de 25 à 40 % selon les départements.

DSCN4698              DSCN4740

En voilà une que l'on ne présente plus et qui, pourtant pas simple à saisir. La buse variable (Buteo buteo) est un oiseau ubisquiste (multi-tâches) qui s'adapte à un grand nombre de milieux. Dans les verges, elle va surtout prédater les petits mammifères comme les mulots et les campagnols. Plus rarement, elle peut prélever quelques passereaux de la dimension d'une mésange ou d'un moineau, en particulier des juvéniles prenant leur envol.

DSCN4738Depuis les champs, nous avons vu sur Fourvière et sa basilique. Presque chaque jour, j'emprunte le long tunnel qui passe juste en dessous du monument et d'un sacré paquet de quartiers. Gaz d'échappement, bouchons et klaxonnes, c'est souvent un vrai périple pour rejoindre mon bureau et les lieux d'animations qui se trouvent au-delà de la colline.

DSCN4733

Cela fait du bien de s'éloigner de Lyon et sa banlieue. Nous respirons un autre air. Nous en restons néanmoins proches, et les jours où la circulation est calme il ne nous faut à peine plus de 25 minutes pour atteindre le centre ville, mais cela reste rare et pour le moment, nous n'avons pu que peu expériementer les aller-retours ville-campagne.

DSCN4596     DSCN4669     DSCN4692     DSCN4593

DSCN4730Le soleil se couche sur les Mont du Lyonnais. De l'autre côté de cultures, depuis notre fenêtre, nous avons vue sur le sommet du Pilat qui se plonge dans l'obscurité. 15 minutes de marche et nous pouvons tremper les pieds dans le Vieux Rhône. Le rêve pour nous qui aimons l'eau et la montagne. Il se pourrait d'ailleurs que d'ici quelques temps une expédition "pêche à l'écrevisse rouge" se monte sur une des rives du fleuve. À voir.

DSCN4634              DSCN4636

Surprise ! Voici un insecte que je n'avais vu qu'une fois dans ma vie, il y a de cela 3 ans. Il s'agit du rhinocéros européen (Oryctes nasicornis), un magnifique scarabée et l'un des plus gros du genre. Le mâle se reconnaît à la corne qui orne sa tête et dont l'espèce tire son nom. Rare, nous avons eu la bonne chance lors d'une balade nocturne en juin d'en voir voler au-dessus de nos têtes et même un venir se poser à nos pieds. Sa larve est semblable à celle du hanneton. Se nourrissant de bois mort, elle reste sous cette forme pendant 2 à 4 ans.

DSCN4622La mare réalisée à l'automne 2019 est à sec. C'est une écologie normale pour ce type de milieux qui le plus souvent se veut temporaire. Néanmoins la sécheresse de cette année n'a fait qu'accroître le phénomène, ne permettant ainsi plus aux animaux aquatiques (escargots, araignées, grenouilles, éphémères, insectes etc.) de se développer normalement. À la date du 7 août, 72 départements sont en restriction sécheresse. La Creuse et la Haute Vienne sont en crise intégrale, c'est à dire que le prélèvement d'eau ne peut se faire pour des aspects prioritaires : santé, sanitaire, consommation et sécurité civile. Même les exploitants ne sont plus considérés comme prioritaires. Dans le Rhône, l'alerte est dite renforcée localisée. En somme, réduction sous conditions des usages des ressources en eau par les exploitants et interdiction d'usage de l'eau à certains horaires. Au moment où j'écris ces lignes, un reclassement en crise localisée est envisagé.

DSCN4658              DSCN4790

Dans les pommiers les jeunes grives font leurs premiers vols. À cette période de l'année on peut rencontrer deux espèces, la grive draine (Turdus viscivorus) et la grive musicienne (Turdus philomelos). Très similaires, on les distingue par leur paterne de tâches sur le ventre qui sont plus grandes et variées chez la grive draine. Néanmoins le chant reste le meilleur moyen de savoir à laquelel des deux on a à faire.

DSCN4695En voilà un que l'on entend plus souvent qu'on ne le voit. Le rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos) est connu pour son chant poétique, fort et inimitable. Succession de strophes rapides et de complaintes tristes, je l'ai véritablement découvert l'été 2019 lors des prospections nocturnes à la recherche des tritons crêtés (Triturus cristatus) et des chouettes et des hiboux de la campagne des Monts du Lyonnais et des Grandes Terres.

DSCN4554Dans les fourrés où se cachent les animaux, les plantes grimpantes prennent leurs aises pour atteindre la lumière. Parmi celles-ci la vesce de Cravovie (Vicia cracca), dont lesj eunes gousses peuvent se manger comme des manges-tout cuits à l'eau ou en cuisson vapeur.

DSCN4553

Jointe à celle-ci, la bryone dioïque (Bryonia dioica), qui dans nos campagnes à la même réputation que la mandragore (Mandragora officinarum) que l'on trouve dans le sud et qui n'est pas qu'une plante appartenant au bestiaire fantastique d'Harry Potter. La bryone est une plante toxique dont la racine ressemble à un corps, formant une grosse tête et quatre membres. De nombreuses légendes l'associant aux sorcières et aux maléfices en ont fait une plante populaire dans la mythologique fantastique lui valant le surnom de navet du Diable ou rave de serpent. À l'automne les lianes grimpantes perdent leurs feuilles et offrent de très belles rouges qui ornent les bosquets et font le plaisir des oiseaux.

DSCN4647              DSCN4653

Dans les vergers, c'est de la folie. Les pics verts (Picus viridis) sont de sortie avec leurs nichées. Deux, peut être même trois couples ont élu domicile ici. C'est un vrai régale de faire de rapides affûts pour les observer ou juste de les voir décoller d'entre les rangées de fruitiers. Le pic vert se nourrie essentiellement au sol dans l'herbe, où avec sa longue langue gluante il va capturer les fourmis dissimulées dans leurs galeries.

DSCN4806Sortie nocturne. C'est le moment pour les carabes (Carabidae) de sortir. Il est bien difficile de les identifier et parmi la cinquantaine d'espèces présentes en France, très peuvent l'être sans dissection. Reconnaissables à leurs reflets métalliques et à leurs mandibules puissantes, se sont des prédateurs partant en chasse dès que le soleil disparaît. Bioindicateurs, les carabes permettent de connaître la bonne santé d'un milieu ou d'une culture.

DSCN4752              DSCN4564

J'adore les lièvres bruns (Lepus europaeus). Dès qu'ils se sentent observés, ils se plaquent au sol puis déguerpissent à toute allure. Hauts sur pattes, avec de longues oreilles aux bouts noires et de grands yeux, ils ont tout ce qu'il faut pour attirer la sympathie. Ces quelques éléments permettent de le dissocier des lapins de garennes (Oryctolagus cuniculus), plus petits et moins communs dans parcelles arboricoles.

DSCN4714Notre lièvre est aussi appelé lièvre d'Europe bien qu'il soit présent à l'ouest de l'Asie. En montagne on trouve son cousin le lièvre variable (Lepus timidus) aux oreilles plus petites et au pelage marron l'été et blanc l'hiver, ce qui lui permet ainsi de ce dissimuler des prédateurs. Pour en revenir au lièvre brun, c'est avant tout au printemps qu'on le croise le plus souvent, quand les mâles s'affrontent pour une belle. On nomme cela le bouquinage.

DSCN4795Si l'été il affectionne les herbes, il se tourne peut à peu à l'arrivée de la fin de l'automne vers les graminées, les bourgeons et les écorces ce qui peut créer des dégâts dans les vergers, notamment en stoppant l'arrivée de sève dans les rameaux quand le collet (base de l'arbre) est rongé.

DSCN4778     DSCN4801

Bien que de  taille modérée (4 kg pour un adulte), il peut vivre une dizaine d'année. Donnant naissance en moyenne à 13 petits au bout de 3 à 4 mois et produisant 5 portées par an (sur une période de 6 mois), la hase, la femelle du lièvre, est une super reproductrice. Néanmoins le taux de mortalité reste élevé pour les jeunes, les épidémies étant leur principale cause de mortalité, suivie les oiseaux de proies, les canidés et certains félidés comme le lynx en faisant aisément leur repas. Néanmoins dans le sud du Rhône les prédateurs sont quasi-absent, expliquant son fort développement accru part l'uniformisation des paysages agricoles qui lui sont favorables, chose rare. Dans la plupart des territoires il est en régression ou en stabilisation d'effectif après une forte chute dans les années 90. Les maladies importées, la disparition de certains types d'habitats comme les prairies humides, la chasse non réglementée et les collisions en sont les principaux facteurs.

DSCN4576              DSCN4570

Dans les rangs de petits fruits (framboises, myrtilles etc.) une faisane de Colchide (Phasianus colchicus) est venue couvée. Bonne pioche pour elle, la voila l'heureuse mère d'une dizaine de poussins. Il est rare de voir les faisans parvenir à se reproduire, néanmoins la nom fauche en raison du confinement et la quasi-éradication des renards roux (Vulpes vulpes) pourrait expliquer la reproduction de cet oiseau normalement absent en Europe.

DSCN4571     DSCN4575     DSCN4582     DSCN4583

En effet, le faisan de Colchide est originaire d'Asie et ne se rencontre pas en France. Néanmoins, il y est introduit depuis des siècles pour la chasse de loisir. Son impact n'est pas négligeable su la faune locale, en particulier sur les reptiles. J'ai toujours beaucoup de mal avec ce type de chasse, en particulier quand elle implique de tirer tout les carnivores d'un territoire pour être sûr qu'ils ne tirent pas profit eux aussi des lâchers de gibier.

DSCN4641Non loin des cerisiers, dans la forêt qui entoure le fort, une famille de geais des chênes (Garrulus glandarius) glane les fruits au sol. L'oiseau porte bien son nom, ayant fait des glands l'essentiel de son alimentation. Cependant il possède un régime alimentaire plus diversifié avec au menu des fruits et des baies, des insectes, des noix et des noisettes et même de petits animaux comme des oisillons même si cela reste relativement rare.

DSCN4586              DSCN4605

Voilà notre petit chouchou de l'été, le tarier pâtre (Saxicola rubicola). Le mâle se reconnaît facilement à sa tête noire, à son poitraille rose pâle et à son collier blanc. Petit, il se dissimule dans les bosquets mais se plaît à se poser au sommet des arbustes et des ronciers pour faire entendre sa voix. Outre le fait d'attirer les femelles, celle-ci lui sert avant tout à défendre son territoire face aux autres mâles envieux de ses possessions.

DSCN4627Se mettre sur un perchoir fait également partie de sa technique de chasse. C'est une espèce qui se nourrie d'arthropodes variés, en particulier d'insectes, de papillons et d'araignées qu'il saisie après les avoir guetté. Les petites sont nourris de papillons, de larves et de chenilles que leurs parents écrasent dans leurs becs avant de leur donner ou en les frappant contre une pierre pour enlever les poils et les parties dures difficile à leur digestion.

DSCN4659Pour protéger les fruits de la grêle et des intempéries violents, des filets sont installés en dessus des abricotiers, cerisiers, pommiers, pêchers et poiriers, qui ce ne sont là que quelqu'uns des fruitiers présents autour de nous.

DSCN4547

C'est là que mon bien-aimé passe une majeure partie de son temps. Éclaircir les fruits, défeuiller, tondre, traiter, récolte et conditionner, les tâches ne manquent pas. Avec la transformation du commerce, ces plantations vieilles pour certaines de 50 ans, ont dû être modifiées pour répondre aux attentes de la distribution. Voilà les pommiers arrachés pour que des plans plus productifs soient installés. Adieu les carrés de poiriers aux variétés rustiques, places aux Williams. Bref, la diversité n'est pas que celle des espèces sauvages, c'est celle aussi des vergers. Hélas notre système économique ne permet pas de la maintenir au mieux, faute de rentabilité.

DSCN4543     DSCN4579     DSCN4580     DSCN4581

J'adore les cultures de petits fruits. Celles-ci sont grillagées et pour cause, il est fréquent que des promeneurs irrespectueux viennent y faire leur marché. C'est l'occasion d'y observer de nombreuses espèces, comme le bruant zizi (Emberiza cirlus), un joli oiseau jaune qui aime venir y chanter. Les lièvres, les faisans et les chats domestiques ensauvagés y trouvent également refuge parmi les grandes herbes et les bosquets ombragés.

DSCN4760              DSCN4764

Les jeunes orites à longue queue (Aegithalos caudatus) ont pris leur envole et on rejoint avec leur parent leur groupe. Plus d'une trentaine d'individus s'aventures et piaillent dans les jardins des pavillons se trouvant à quelques pas des cultures. Appelées il y a encore peu mésanges à longue queue, elles ont été exclues de ce groupe taxonomique à la suite des études génétiques. Néanmoins ce nom est maintenu dans le langage courant.

DSCN4776En voilà une que je n'ai jamais vu ou du moins très peu en Isère. Il s'agit de la perdrix rouge (Alectoris rufa), sûrement le fruit d'un lâcher. Je trouve cet oiseau adorable bien qu'un peu ridicule quand il se déplace et qu'il ne se sent pas menacé. En régression voire disparue sur certaines aires de son territoire, les croisements génétiques lors d'introductions d'individus pour le tir ont également contribué à l'apauvrissement de l'espèce.

DSCN4541              DSCN4619

DSCN4609     DSCN4613     DSCN4616     DSCN4618

Un autre grand classique des zones agricoles, le faucon crécerelle (Falco tinnunculus). Ce petit rapace est connu pour son vol en Saint Esprit qui lui permet depuis les airs de repérer les rongeurs et les passereaux dont il aime se nourrir. Pour autant, il ne dédaigne pas les gros insectes qu'il attrape en vol. Pour la nidification, on le trouvera de préférence dans les cavités de bâtiments et parfois dans les troncs creux.

DSCN4736Les jeunes, malhabiles, terminent souvent leur vol dans le sommet des arbres depuis lesquels ils appellent leurs parents. Nous revivons les scènes que nous avons pu vivre depuis notre appartement à Oullins. Là confusion est possible avec le faucon hobereau (Falco subbuteo) qui niche ici aussi et au vol similaire mais préférant consommer de gros insectes même s'il peut attraper occasionnellement des oiseaux ou des chauves-souris.

DSCN4784Les derniers milans noirs (Milvus migrans) prennent la direction de l'Afrique. C'est un long périple qui les attend, et il ne seront de retour qu'au printemps prochain. On le reconnaît facilement à sa queue fourchue. Silhouette sombre, on s'apperçoit en s'approchant d'un peu plus près qu'il est bien plus colorée avec une tête grisée - sans pour autant égaler avec le milan royal (Milvus milvus) qui est un peu plus grand. Dans le Rhône nous avons la chance d'avoir le deuxième plus grand site de France pour la reproduction du milan noir avec environs 55 couples nicheurs. De quoi assurer un bal constant au-dessus de nos têtes, les oiseaux cherchant continuellement leur nourriture. Charognard, il se nourrie essentiellement de poissons mort qu'il trouve le long des berges et de petits rongeurs qu'il trouve dans les restes de fauche. Dans certains cas, il peut même s'exercer à la chasse, bien souvent sur des animaux affaiblis (oiseaux, chauves-souris, rongeurs), ce que ne fait jamais son cousin le milan royal.

DSCN4534     DSCN4624     DSCN4644     DSCN4661

L'été est bien installé. Les orages de chaleur nous donnent de jolis arc en ciel, les blés dorés sont prêts pour la fauche et les couchés de soleil colorent le ciel d'ôcre. Cela ne va pas sans la raréfaction des animaux. La plupart passent la journée au frais sans se montrer et certains comme les martinets noirs (Apus apus) ont entamé leur migration. J'ai désormais hâte à ce que l'automne arrive, avec son lot de feuilles mortes et de champignons.

Voilà un court récit sur notre nouvel environnement, et si pour l'heure je ne peux pas pleinement l'explorer, je ne doute pas que d'ici quelques temps je pourrai découvrir toute la magie et les nombreux secrets. Pour l'heure la nuit commence à tomber, et il est grand temps de rentrer par les rues désertes du village.

DSCN4595              DSCN4719


dimanche 19 janvier 2020

Sortie en forêt 80.

 

DSC07669

La Nature en proximité de ville

Qui aurait cru, en allant se promener sur les hauts de Brignais, tomber sur un si joli coin. Pas moi en tout cas qui, errant dans la zone commerciale en attendant que mon auto soit retapée à neuf, fût pris de l'envie d'explorer la colline boisée qui se dressait au loin. Je ne regrette pas cette pointe de curiosité qui m'a traversé l'esprit. Me voilà l'un des bois du plateau des Hautes-Barolles. Oiseaux, champignons, arbustes et arbres, tout est passé au crible. Malgré quelques gouttes de pluies, la faune est au rendez-vous et se montre peu farouche. De quoi patienter au point d'en oublier de retourner en ville. Les pigeons ramiers (Columba  palumbus) y sont nombreux. Appelés palombes dans le sud, ce sont des oiseaux affiliés aux arbres à la différence de son cousin urbain le pigeon biset (Columba livia). On les reconnaît à leur grande taille et à leur poitrail rose.

DSC07672              DSC07857

C'est un deuxième printemps. Les fleurs d'automne sortent leurs pétales pour profiter du moindre rayon du soleil. Les cyclamens à feuilles de lierre (Cyclamen hederifolium) est d'origine méditerranéenne et s'est naturalisé sur large partie de la France, contrairement à l'oxalis petite oseille (Oxalis acetosella). Celle-ci, ressemblant au trèfle sans en être, est indigène au département du Rhône et ne fleurira pour sa part qu'au début du printemps.

DSC07675

Dans un robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) d'une grande propriété clôturée, un grimpereau des jardins (Certhia brachydactyla) s'adonne à sa toilette. Pesant quelques grammes (8 à 12 gr), cet insectivore explore sans relâche les troncs aux nombreuses aspérités et les crevasses des écorces à l'aide de son long bec légèrement incurvé et ses grands doigts. Le meilleur moyen de le différencier du grimpereau des bois (Certhia familiaris) est son chant, très différent entre les deux espèces qui morphologiquement, se distinguent par une tâche claire sur l'aile légèrement plus grande chez le grimpereau des bois.

DSC07671

Beaucoup d'autres passereaux tirent profit des arbres. Les moineaux domestiques (Passer domesticus) en font partis. Si dans l'imaginaire ils sont associés à la ville, on oublie trop souvent que se sont aussi des oiseaux des campagnes.

DSC07693

Il aura fallu moins de 30 ans pour voir cette espèce s'effondrer. Moins 70% des moineaux ont disparu, que ce soit en ville ou en milieu rural. La disparition des insectes et des habitats est ciblée mais il semblerait que d'autres causes nous étant encore inconnues seraient aussi responsables de cette disparition programmée. À contrario, les moineaux domestiques introduits en Afrique et en Amérique du nord se portent mieux que jamais, au risque de causer des dégâts sur la faune locale, notamment dans la compétition qui animent les oiseaux pour avoir les meilleurs sites de nidification. Rien de très réjouissant pour nos compagnes qui deviennent de plus en plus silencieuses.

DSC07697     DSC07718     DSC07720     DSC07776

Les petits passereaux savent toujours où trouver de la nourriture quand les insectes se font rares, pour peu qu'on laisse les haies. L'églantier sauvage (Rosa canina) donne des fruits sucrés, le fusain d'Europe (Euonymus europaeus) des graines dorées toxiques pour l'Homme, le pourpier maraîcher (Portulaca oleracea) des graines noires et des feuilles délicieuses en salade et les cotonéasters (Cotoneaster sp.), des fruits farineux.

DSC07689              DSC07854

Restons à la lisière de la forêt. Un rouge-gorge famillier (Erithacus rubecula) s'égosille pendant qu'un petit groupe de pinsons des arbres (Fringilla coelebs) explore un vieux verger. Si on traduit son nom scientifique de "coelebs", on tombe sur le terme "célibataire". Celui-ci fait référence au fait que les mâles et les femelles font pendant l'hiver bande à part, formant chacun de leur côté des vols comportant parfois plus de 200 oiseaux.

DSC07708

Cachés dans la prairie, environ 50 chardonnerets élégants (Carduelis carduelis) cherchent de quoi se nourrir. Avec leurs couleurs chatoyantes et leurs petits cris, on ne peut pas les louper. Figurant sur la liste rouge des espèces menacées en France, il souffre de la disparition des pairies à chardon et du braconnage. Apprécié pour son plumage et son caractère docile, il est souvent braconné pour finir tristement comme animal domestique.

DSC07752     DSC07838     DSC07773     DSC07875

Plusieurs espèces de lépiotes se croisent dans la forêt du plateau des Hautes-Barolles. Dans celle-ci, on trouve des comestibles et des toxiques voire mortelles. Les plus grandes portent même le nom de macrolépiotes en référence à leur dimensions. C'est bien souvent un casse-tête pouvoir toutes les nommer tant elles sont similaires. Stipe, anneau, chapeau, chinure du pied ... ce sont quelques uns des éléments à observer attentivement.

DSC07726              DSC07832

La lépiote fuligineuse (Macrolepiota fuliginosa) agite souvent les passions. Cousine de la coulemelle, elle est appréciée pour sa chaire douce rougissant à la coupe. Elle se trouve le plus souvent dans les pâtures sur les sols bien drainés mais aussi dans les lisières de bois pour peu qu'elles légèrement humides. Ses dizaines et dizaines de noms patois indique que c'est un champignon ayant eu une place importante à table dans les campagnes.

DSC07797

La lépiote déguenillée de Bohème (Chlorophyllum brunneum) nommée aussi lépiote des jardins se reconnaît à ses grandes écailles rougies qui parsèment son chapeau. Son large chapeau, son pied rougi et son odeur fruitée sont quelques éléments dans son identification.

DSC07884

On la trouve tout au long de l'été et de l'automne, en particulier après les pluies abondantes, ce qui en fait un champignon que l'on retrouve régulièrement à la table pour peu que l'on sache le reconnaître. En effet, elle est parfois confondue avec des espèces plus petites aux écailles rougies et pouvant s'acérer toxiques voire mortelles. Comme pour toutes les lépiotes, le pied est à rejeter, celui-ci étant fibreux, rêche et indigeste. Chez cette espèce, il se montre trapu, une autre caractéristique dans l'identification de ce genre complexe. On la trouve dans un grand nombre de milieux : bois, parcs, clairières, jardins, les pieds de haies, les bords de route ou les fossés n'en sont que quelques uns.

DSC07880

Les jeunes chapeaux en forme de boule peuvent être farcis puis cuits aua four. Plus vieux, ils peuvent être pannés pour finir dans un hamburger à la place d'un steak, dans une omelette aux herbes, dans un gratin de fromage, dans un poatge forestier ou encore, comme cordon bleu en remplaçant  la viande et en étant garnis de comté. 

DSC07787

Il n'y a pas que des lépiotes comestibles dans le bois. La lépiote en bouclier jaunissante (Lepiota ochraceosulfurescens, un des rares cas où le nom latin semble plus simple que le nom commun), aime pousser à l'automne au pied des conifères. Ici, c'est dans un tapis de mousse surplombé de cèdres qu'elle s'épanouie.

DSC07789

Poussant souvent en rond de sorcières, elle dégage une odeur de caoutchouc. Les individus jeunes et frais prennent une teinte jaune ce qui lui vaut son nom. Pendant longtemps, elle a été considérée comme une sous-espèce de la lépiote en bouclier (Lepiota clypeolaria) sous le nom de Lepiota clypeolaria var. minor. Bien que toute adorable qu'elle soit, elle reste toxique. En règle général, il est déconseillé de consommer les petites lépiotes pour éviter tout accident. Celle-ci mesurant moins de 10 centimètres, elle ne devrait pas tenter les mycophages avertis.

DSC07778     DSC07779     DSC07781     DSC07775

C'est la première fois que je croise le crucibule lisse (Crucibulum laeve), un champignon appartenant à la famille des "nids d'oiseaux" et saprophyte, se plaisant aussi bien dans les forêts de conifères que de feuillus. Les "oeufs" contenu à l'intérieur de celui-ci sont éjectés aux premières gouttes de pluie. Ils contiennent des millions de spores qui seront ainsi dispersés dans la nature et pourront à leur tour fructifier entre août et octobre.

DSC07821              DSC07829

Les vesses et les bovistes (Lycoperdaceae) sont des champignons en forme d'autres qui a maturité dégagent, sur la pression des éléments, des spores. Au sommet du carpophore apparaît une perforation qui les laissent s'échapper en grand nuage. On prendra garde à ne pas le respirer, celui-ci pouvant être néfaste pour les voies respiratoires. Drôlerie linguistique, le nom commun de vesse de loup signifie en patois "pet odorant de loup".

DSC07728

Un clitocybe géotrope (Clitocybe geotropa) défraîchit par la pluie fait le bonheur des limaces. Ce grand et gros champignon au goût peu prononcé est apprécié dans les poêlées automnales. Abondants et poussant en rond de sorcière, il est toujours plaisant de le trouver jeune pour agrémenter un panier un peu vide, l'hiver s'approchant et les espèces fongiques étant de moins en moins nombreuses en forêt, la faute à l'arrivée du gel.

DSC07766     DSC07767     DSC07768     DSC07765

Cette année, j'ai pu redécouvrir le clitocybe odorant (Clitocybe odora) en cuisine. Très parfumé, ce champignon bleu pastel à l'odeur et au goût d'anis détonne dans le sous-bois. En vieillissant il prend des teintes gris-verdâtre. C'est là que son caractère odorant est le plus exalté. Le pied fibreux est souvent rejeté. On peut lire qu'il est recommandé dans ajouté un ou deux dans une poêlé pour son goût, mais je dois avouer en mettre bien plus.

DSC07774              DSC07793

On peut pousser m'expérience culinaire encore plus loin en le transformant en glace. Émincés finement, mélangés à un appareil d'oeufs battus, de sucres et de lait chaud puis filtrés au chinois, les champignons se retrouvent au congélateur. Pour les plus gourmands on peut ajouter une gousse de vanille pour donner une pointe d'exostisme à cette préparation pleine de surprise. Les plus téméraires expérimente cette crème glacée en entrée ou entre-met.

DSC07853

Courte sortie du bois. Une dizaine de corbeau freux (Corvus frugilegus) accompagnés de choucas des tours (Coloeus monedula) inspectent un pré où quelques vaches pâtures. Rien ne leur échappe, aussi bien les mouches voltant autour des bouses fraîches comme les derniers criquets de l'année qui, dérangés par les pas lourds des bovins. Mal-aimés, j'adore croiser ces corvidés à la grande intelligence qui sont fascinants à observer.

DSC07869

Arrêtons nous sur les arbres morts. Sur une vieille souche, une colonie d'armillaires couleur de miel (Armillaria mellea) s'épannouie. Longtemps consommé, cet armillaire est aujourd'hui présenté comme une espèce à risque.

DSC07867

Il est plus prudent de consommer les jeunes individus se présentant sous forme de boutons, c'est à dire au chapeau à peine ouvert. Plus la colonie vieillie, et plus le risque qu'une bactérie toxique s'installe sur elle est grand. On peut l'observe facilement, celle-ci formant une poudre blanche sur les chapeaux. Outre ce fait, il s'avère indigeste chez certaines personnes, pouvant conduire à des problèmes gastro-intestinaux. C'est aussi un parasite qui s'attaque aux arbres, en particulier au niveau des racines et du collet du tronc. Noyers, vignes, fruitiers ... peut d'arbres lui échappent, on le rencontre même épisodiquement sur les conifères sous l'écorce des quels il forme des filaments noirs. Poussant à l'automne, c'est un des champignons le plus commun à cette saison.

DSC07863

Beaucoup plus rare, voici l'hypholome à lames enfumées (Hypholoma capnoides). On le reconnaît à son chapeau jaune orangé, à son pied ocre, à son reste de cortine brun-violacé et à ses lames grisées quand il vieillit.

DSC07865

On le trouve le plus souvent sur les racines, les branches et les souches des arbres morts, en particulier des conifères, se nourrissant du bois en décomposition. Il pousse presque toute l'année, du début du printemps à la fin de l'automne. Bien que sa chair soit douce mais peu consistante, il reste un très piètre comestible, dont le risque de confusion avec l'hypholome en touffe (Hypholoma fasciculare) est grand, ce dernier étant suspecté d'être toxique et d'entraîner des troubles gastro-intestinaux importants. Beaucoup plus abondant (jusqu'à 50% de la masse fongique des forêts), son goût amer et sa mauvaise odeur auront vite fait de passer l'envie de le croquer aux plus téméraires.

DSC07886

Trop tard, trop haut, je n'aurai pas le plaisir de déguster ces langues de boeufs (Fistulina  hepatica), champignons à l'aspect et à la texture de la viande. Tranchés, ils laissent voir une chair rouge nervurée de blanc comme pourrait l'être celle d'un steak ou une entrecôte veinés de gras.

DSC08092

Le chapeau rouge lie de vin possède une fine cuticule visqueuse que l'on retire pour le cuisiner. Les tubes sont crèmes avant de devenir plus sombres avec l'âge. On peut manger la langue de boeuf crue ou cuite, essentiellement quand elle est jeune. En shashimi, en ragoût, poêlée ou en tartare, elle offre une large palette de saveurs. Épaisse de 2 à 6 centimètres et d'une circonférence de 10 à 60 centimètres, un seul individu suffit souvent à remplir une poële. Nous reviendrons plusieurs fois pendant l'année 2020 visiter le chêne où pousse ce champignon, celui-ci étant fidèle à son arbre hôte et fructufiant souvent.

DSC08118     DSC08119     DSC08122     DSC08124

Les coprins et les mycènes se développent parfois sur les vieilles souches. Il leur faudra 10 à 20 ans pour qu'ils finissent par assimiler celle-ci intégralement. Ils créent ainsi un milieu propice au développement des larves de coléoptères et autres insectes se nourrissant du bois mort. Lucanes, rhinocéros et autres bestioles rares ont un cycle de vie dépendant intégralement d'eux et de leur capacité à dégrader les liaisons carbonées du bois.

DSC08143

On parle alors de lignivores, c'est à dire d'organismes décomposeurs capables de briser et consommer la grande molécule que forme la lignine, principal composant du bois. C'est dans celle-ci que se trouve la cellulose, un glucide rechercher par de nombreux lignivores pour se nourrir. On peut aussi parler d'espèces saproxyliques, c'est à dire qui possède un cycle de vie lié de près ou de loin à la décomposition du bois mort.

DSC07870              DSC07871

Près des fossés humides, des fougères mâles (Dryopteris filix-mas) s'épanouissent. Elles portent le nom de mâles car il était d'usage de croire, avant l'arrivée de la classification et de la compréhension de la reproduction des ptéridophytes, que les fougères portaient des fleurs. On racontait que ces dernières apparaissaient les soirs de pleine lune et que de les posséder rendaient riches et invisible à souhait pendant une année.

DSC08138

La géastre sessile (Geastrum fimbriatum) appartient à la famille des champignons étoiles, du fait que 5 à 8 lanières blanches entourent le sac brun contenant les spores. Elles sont les reliques de l'épaisse enveloppe protégeant le champignon quand il se trouve sous terre.

DSC08140

Proche des vesses de loups et autres bovistes, sa reproduction reste la même : c'est par la perforation de la poche contenant les spores que l'espèce peut se disperser. On la rencontre de préférence à l'été et à l'automne, aussi bien dans les feuilles mortes et les aiguilles, dans les bois comme dans les parcs. Il semblerait qu'elle ait une nette préférence pour les forêts d'épicéas communs (Picea abies) où elle se rencontre toute l'année. Classée comme comestible sans intérêt à non comestible, la faible épaisseur de sa chair et l'imangabilité de ses spores invitent à la laisser dans la nature plutôt que dans l'assiette.

DSC08097

En ressortant de la forêt, nous tombons sur quelques espèces typiques des lisières. Ici, il s'agit du fusain d'Europe (Euonymus europaeus), aux capsules roses et aux baies oranges dorées. Toxiques pour les humains, elles font le bonheur des oiseaux qui trouvent là une source de protéine importante pour passer l'hiver qui s'annonce rude.

DSC08129

Autre arbuste de saison, le prunelier commun  (Prunus spinosa) aux prunelles âpres qui deviennent délicieuses aux premières gelées arrivées. En confiture, en confit ou en liqueurs, les usages sont multiples. On nomme aussi cet arbuste épine noire, en opposition à l'épine blanche que sont les aubépines (Crataegus), les deux ayant en commun d'avoir de longues épines. Résistant, le prunelier peut supporter des températures proches du -20°C, les neiges prolongées, les sécheresses et les épisodes de stress hydrique tout au long de l'année. Espèce pionnière de pleine lumière, il ne supporte pas la concurence avec d'autres espèces pouvant lui faire de l'ombre.

DSC07803     DSC07810     DSC07835     DSC08101

La lisière est un milieu riche, on parle même d'écotone, c'est à dire de la rencontre entre deux écosystèmes. La faune et la flore s'y avèrent très riche. La haie est un milieu similaire de même importance, pour peu que l'on prenne soin de planter des espèces locales, diverses et offrant aussi bien des fleurs, des fruits et un feuillage dense pour que les espèces animales puissent y trouver leur compte, aussi bien pour se nourrir que pour nicher.

DSC08148              DSC08149

Voici l'un des paniers récoltés dans le bois. Des champignons, des baies et des herbes sauvages, de quoi faire un repas sur le vif, des pots et conserves pour se faire plaisir jusqu'à la fin de l'hiver. Les champignons étant des polluo-capteurs et étant difficiles à assimiler, il est recommandé d'en manger, peu de fois pendant le mois et pour la plupart des espèces, bien cuits pour éviter tout risque d'intoxication ou de dégradation cellulaire.

DSC08162

Fin de l'escapade, retour au garagge dans la zone industrielle. Sur le chemin, surprise, me voilà face à des pleurotes en forme d'huître (Pleurotus ostreatus). Cultivées un peu partout dans le monde, on les trouve dans pratiquement tous les commerces agro-alimentaires.

DSC08160

C'est pendant l'automne et l'hiver qu'on peut récolter ces pleurotes en milieu naturel, de préférence sur les feuillus blessés ou tombés au sol. On les reconnaît à leur chapeau qui varie du gris souris au violacé et leur stipe d'exacé. Ici les champignons ont été trouvés dans le sol, poussant sans doute sur une branche ensevelie dans la terre. On les cuisine souvent en accompagnement ou mêlés à d'autres espèces. On les consommera jeunes, les vieux exemplaires devenant rapidement véreux, la chair élastique et le pied devenant coriace. Pour ma part je l'adore cuisiné en fines lamelles avec de la crème et des épices.

DSC08185     DSC08183     DSC08190     DSC08192

Voici ce que je pense être un hygrophore blanc de neige (Hygrocybe virginea), rencontré sur un rond point. Ce petit champignon blanc de quelques centimètres est réputé comestible. Il peut se confondre avec d'autres espèces proches visuellement mais mortelles. Autant jouer la prudence et ne pas le mettre au menu. On le trouve essentielle met dans les pelouses, en particulier des parcs, les lisières aérées et parfois dans les bois clairsemés.

DSC08196              DSC08200

Ce n'est pourtant pas la saison, mais les orchidées sont déjà sur le pied de guerre. L'orchis bouc (Himantoglossum hircinum) ne sera en fleurs que d'ici avril-mai, mais déjà leurs feuilles commencent à pointer le bout de leur nez sur les pelouses sèches. À la belle saison, elles déploieront une hampe florale pouvant avoisiner un mètre et dont inflorescences dégagent une douce odeur de chèvre. Pour la peine elles ne volent par leur nom.

DSC08207

Pour clore cette belle sortie, je tombe et ajoute à mon panier quelques pholiotes du peuplier (Agrocybe aegerita). Le chapeau brun-roux, la marge blanche et le stipe clair à gros anneau ne laisse que peu de doutes dans leur identification.

DSC08204

Excellents comestibles, elles dégagent un parfum puissant et varié, allant de la farine à la vinasse en passant par les fruits et le vieux bois. On la récolte tout au long de l'année, même s'il reste rare de la croiser l'hiver. Si c'est sur les souches et les pieds des vieux peupliers qu'elles sont les plus communes, elles s'attachent aussi à d'autres essences, en particulier les saules, les ormes ou encore les sureaux. Il est même possible de les cultiver sur bille de bois sous couvert de terreau ou de fumure avant de les exposer au soleil, afin de provoquer la fructification. Une expérience que j'espère bien expérimenter d'ici quelques années en compagnie d'autres espèces, en particulier les pleurotes, les truffes, les hydnes et les cèpes. De belles perspectives en somme pour qui sait être un peu patient.

Clape de fin, le prochain article sur la forêt ne se ferra pas de si tôt, les zones humides captant toute notre attention, mon coeur balançant régulièrement entre le mycologie et l'ornithologie. Cependant, il n'est pas à exclure que nos pieds nous traînent dans des endroits inattendus, et il se pourrait que je change rapidement d'avis. Une affaire à suivre pour ce début d'année 2020 pour laquelle j'ai de grands projets.

DSC07723             DSC07730

samedi 21 septembre 2019

Sortie en montagne 25 : les Écrins.

DSC04027

L'été est là, c'est le moment des grandes explorations en montagne. Nous voilà partis pour 3 jours dans les Écrins, 3 jours sur les lieux que j'ai connu il y a 9 ans de cela et que j'avais à coeur de faire découvrir à mon bien-aimé, pour y graver là des souvenirs indélébiles. Nous n'avons pas été déçus, le voyage fût fabuleux et nous avons pu découvrir une multitude d'espèces. Arrivés peu avant la tombée de nuit, quatre chamois (Rupicapra rupicapra) nous accueillent de leur silhouette, un moment magique et unique qui se renouvellera le soir suivant. 

DSC04037

Visite du village peu avant manger. L'église de Villar d'Arêne, commune où nous logeons est sur le point de s'effondrer en raison de malfaçons. De larges fissures lézardes les murs, mettant à nu les fossiles des pavés de calcaire qui la composent. L'entrée toujours ouverte, sert de reposoir à une hirondelle rustique (Hirundo rustica) pour la nuit.

DSC04044

Une autre hirondelle peuple le hameau, l'hirondelle des rochers, une espèce des falaises au plumage terne qui se plaît aussi sur les habitations qui offrent de nombreuses failles et recoins et où, les oiseaux peuvent y installer leur nid fait de boue, d'herbes et de salive. À la différence des hirondelles rustiques, elle n'a pas besoin de s'engouffrer plus en profondeur dans les greniers et dans les granges. Insectivore elle aussi, elle chasse les moucherons, les moustiques et les petits insectes volants très présents dans le coin en raison des nombreuses étables qui se trouvent autour du village et des champs de pâtures où bon nombres arthropodes se développent.

DSC04047                DSC04053

Nous arrivons au sommet du col du Lautaret, à 2085 mètres d'altitude. Nous sommes accueillis au point culminant par une bergeronnette grise (Motacilla alba) en chasse dans la prairie fleurie. Très souvent liée à l'eau, elle semble tirer profit ici des nombreux ruisseaux montagnards. Énergique, on la reconnaît comme toutes les bergeronnettes aux soubresauts incessants de sa queue quand elle est posée au sol et à son vol onduleux.

DSC04067

Une belle surprise nous attendait aux abords du jardin alpin, la polémoine bleue (Polemonium carerulum). Inconnue dans les Hautes-Alpes, celle-ci s'est échappée des collections botaniques. Protégée nationalement, elle est extrêmement rare mais doit être désherbée localement.

DSC04150

Il arrive ça et là que certains plants soient entièrement blancs, un peu comme chez la bourrache. D'ordinaire, la plante se rencontre dans les prairies et fonds de vallées humides jusqu'à 2000 mètres d'altitude dans les régions de l'Alsace, du Massif Jurassien ou encore du Cantal et de la Haute-Garonne. Elle est parfois appelée valériane grecque en raison de ses feuilles un peu similaire, elle n'est pas native de Grèce et elle n'appartient pas à la famille des Valérinanacées mais à celle des des Polemiacées au même titre que les phlox, beaucoup plus connus. On compte 27 espèces de polémoines dont, d'après mes recherches, une seule espèce serait présente en France, la fameuse polémoine bleue que voici.

DSC04098

Moment d'émotion, un vautour fauve (Gys fulvus) nous survole. Nous en verrons pas loin d'une quarantaine pendant notre séjour. Ce matin là, nous sommes chanceux, les rapaces ayant plutôt l'habitude de s'élever dans les airs depuis le plateau voisin. Par trois, puis par dix et au final, par trente, ils ont tranquillement pris les courants d'air chaud pour partir à la recherche de leur nourriture. Nécrophage, leur rôle est essentiel.

DSC04085

En débarrassant les montagnes des carcasses d'animaux morts, ils jouent aux éboueurs, empêchant l'apparition de zoonoses (épidémies du bétail) et la pollution organique des points d'eau potables. Cependant ces animaux protégés sont encore accusés de nombreux actes et maux dont ils ne peuvent être à l'oeuvre. Les préjugés ont la vie dure, on peut lire ça est là qu'ils capturent des animaux encore vivants, chose dont ils sont incapables du fait de leur pattes et serres trop peu puissantes. On peut aussi entendre qu'ils effrayent volontairement le bétail pour le précipiter dans le vide ou qu'ils peuvent en vol venir prélever des lambeaux de chair sur les promeneurs ... ces idées infondées et fausses ont conduit à l'éradication de ces animaux de nos montagnes, et de même pour les trois autres vautours français. Revenant peu à peu mais encore menacés, la sensibilisation semble être désormais la meilleure arme pour que ces oiseaux majestueux puissent continuer à faire partie de notre patrimoine. Les mentalités changent, et des placettes de nourrissage voies le jour sous l'impulsions des agriculteurs et des naturalistes. Remplaçant les équarrisseurs, elles permettent aux oiseaux de se nourrir, aux exploitants de gérer les pertes à moindre coûts et aux villes de maintenir la sécurité sanitaire.

DSC04139     DSC04168     DSC04175     DSC04164

Si le jardin alpin du col du Lautaret est si connu, c'est d'une part pour son emplacement et la longévité (120 ans!), mais d'autre part, pour les espèces rares et exceptionnelles qu'il acceuille. Ci-dessus, je vous propose de découvrir de gauche à droite 4 fleurs hors normes qui font bien souvent le bonheur des visiteurs. 1 : Le mulinum épineux (Mulinum spinosum) est une espèce d'Amérique du Sud, épineuse mais prisée pour le bétail en raison du goût particulier qu'il donne à la viande, surtout chez les lapins. On la nomme localement neneo 2 : Le pavot bleu de l'Himalaya (Meconopsis betonicifolia), une espèce très rare et qu'ont ne peut voir que dans 10 à 15 jardins en Europes. Son succès tient à sa couleur si particulière. 3 : L'iris de Sibérie (Iris sibirica) est une espèce résistant à des températures artiques. 4 : La primevère à fleurs d'un seul côté (Primula secundiflora) porte peut être le nom vernaculaire le plus long parmi toutes les espèces présentées.

DSC04135                DSC04109

Pour finir cette visite, voici deux petits passereaux communs aussi bien en plaine qu'en montagne, granivores et qui tirent profit des nombreux arbres à graines et conifères plantés il y a des dizaines d'années de cela. À gauche, un chardonneret élégant (Carduelis carduelis) posé sur un pin à crochet (Pinus uncinata) observant les visiteurs. À droite, un pinson des arbres (Fringilla coelebs) dans la même position et tout aussi curieux.

DSC04211

Nous quittons les sentiers battus pour en rejoindre d'autres, ceux de la montagne pour une randonnée calme mais riche, à la découverte du lac du Pontet et de l'Aiguillon. La boucle fait un peu plus de 3,8 kilomètres et le dénivelé approche les 500 mètre, rien de très compliqué en somme, mais comme toujours, quand on a l'appareil photo en main et les jumelles autour du coup, les minutes peuvent vite devenir des heures.

DSC04256                DSC04260

La grande astrance (Astrantia major) figure parmi les plus belles fleurs de nos montagnes. Fine, délicate, gracile ... bien des adjectifs peuvent lui être attribués. On la reconnaît à ses fleurs blanches et violines, perchées sur des tiges hautes de 30 à 90 centimètres. D'ordinaire présente dans les zones ombragées voire en limite de bois, elle pousse ici en prairie bien exposée, mais très humide. Leur floraison prolongée égaie les jardins anciens.

DSC04285

La gentiane champêtre (Gentianella campestris) présente des pétales violacés, parfois roses ou blancs, au nombre de 4 ce qui la différencie d'autres espèces très proches ayant 5 pétales. Elle présente un port érigé mais reste petite.

DSC04286

Bien que subalpine voire alpine, on peut la rencontrer de juin à septembre dans d'autres milieux, notamment en Bretagne où elle est protégée. En général, c'est entre 1000 mètres et 2700 mètres d'altitude ce qui en fait en France une des championnes de nos massifs. Elle aime les sols acides et neutres, ce qui en fait un indicateur précieux. Néanmoins la littérature scientifique l'indique comme bio-indicatrice des milieux calcicoles. Bisannuelle le plus souvent, elle fût utilisée par le passé pour aromatiser la bière et les liqueurs, surtout dans les pays de l'Est, et pu être utilisée comme légume en cas de famine. Cependant son goût très amer ne permet pas d'en faire un aliment du quotidien.

DSC04288     DSC04290     DSC04292     DSC04331

Dans l'herbe, des belles des champs. Parmi elles, des orchidées, et d'autres qui leur ressemble sans en être. Toujours de gauche à droite. 1 : L'orchis vanille (Gymnadenia nigra subsp. rhellicani), à l'odeur si douce et puissante. 2 : Une fleur plus discrète, la renouée vivipare (Bistorta vivipara) que je redécouvre cette année. 3 : une seconde orchidée, l'orchis globulaire (Traunsteinera globosa). 4 : L'épiaire hérissée (Betonica hirsuta), dont les fleurs en pompons roses me charme toujours. Plante de montagne, on l'identifie à ses feuilles velues.

DSC04057

Retour de l'hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris), qui survole une prairie fleurie à la chasse d'insectes au-dessus de nos têtes. Sa reconnaissance est aisée, son dos gris brun, son ventre et le dessous de ses ailes blanches, sa queue noire ornée de deux tâches blanches permettent de ne pas se tromper.

DSC04323                DSC04326

Nous avions pu en voir quelques brins dans le jardin alpin, nous avons cet après-midi la chance de pouvoir en croiser de sauvage. Le génépi jaune (Artemisia glacialis) n'a pas besoin de plus de présentation, sa réputation est déjà faite. Appelé parfois génépi blanc en opposition au génépi noir (Artemisia genipi), il est à l'origine de la délicieuse liqueur du même nom. Sa récolte est très réglementée et certaines espèces sont protégées.

DSC04236

Une drôle de grenouille dalmatien fait son apparition. La grenouille rousse (Rana temporaria) se confond aisément avec la grenouille agile (Rana dalmatina) mais présente de légères variations et vit en plus haute altitude même si toutes deux partagent certaines zones sur l'hexagone. Celle-ci aborde un paterne un peu inhabituel. En milieu montagnard, le développement des amphibiens est beaucoup plus lent. Les oeufs sont mis en eau aux toutes premières fontes des neiges. Les têtards qui en émergent mettront tout le printemps et tout l'été à devenir grenouillettes ou crapelets, là où en plaine ils mettent d'ordinaire 72 jours grand maximum. Pour en revenir à note grenouille, elle se rencontre surtout dans le nord de la France mais aussi dans nos massifs. Dans les Alpes, elle peut être observer à plus de 2800 mètres d'altitudes, un sacré record pour un animal poïkilotherme, c'est à dire dont la température interne dépend du milieu dans lequel il se trouve.

DSC04212     DSC04255     DSC04312     DSC04322

Arrivés au sommet, à 2086 mètres d'altitudes. En contre-bas, minuscule, Villar d'Arêne et au loin, dans le creux du vallon, la Grave-La Meije. En face, immenses et écrasants, la Meije et le Bec-de-l'Homme. Le paysage laisse sans voix. Les neiges éternelles ne seront bientôt plus, tout comme les glaciers. Entre ma première arrivée ici à 18 ans et maintenant, il y a 9 ans, ils ont fondu de moitié et je crains qu'à notre prochain séjour ils ne soient plus.

DSC04279                DSC04278

Autre moment magique, avec le passage de ce grand corbeau (Corvus corax) poursuivit par deux corneilles noires (Corvus corone) inquiètes de le voir s'approcher de leur territoire d'un peu trop près. Immense, avec pas loin d'1,20 mètre d'envergure. Je dois avouer qu'il s'agit là d'un des oiseaux que j'aime le plus et qui, il y a quelques jours de cela, nous a fait la surprise de traverser à deux le jardin familial, nous laissant ébahis. Craint, c'est pourtant un animal inoffensif, peu commun et protégé dont la réputation ne reflète pas le génie de l'oiseau.

DSC04368

L'edelweiss (Leontopodium nivale subsp. alpinum) est l'étoile de nos montagnes. Rare voire très rare, c'est une des espèces emblématiques des Alpes. Relique de l'époque glacière, elle surprend par ses pétales blancs velus. Ceux-ci sont une défense contre la rudesse du climat et en particulier du soleil qui est si mordant en haute altitude.

DSC04367

Ceux-ci protège la plante de l'évapotranspiration, mais aussi des UV, du gel et de la gourmandise de certains phytophages. Pour la trouver, il faut scruter les pelouses, les rocailles et les pâturages qu'ils soient calcaires ou schisteux. Néanmoins, il faut se montrer patient. Protégée, c'est une plante qui attire la convoitise mais aussi, qui ne pousse pas sur tous les massifs alpins, d'autant qu'il ne faut pas craindre d'utiliser ses mollets, la fleur poussant entre 1200 et 3000 mètres d'altitude. Aujourd'hui, on en trouve des cultures ça et là dans des exploitations spécialisées. Les brins fleuris sont récoltés pour être utilisés pour aromatiser les liqueurs et les infusions traditionnelles.

DSC04298                DSC04307

Les machaons (Papilio machaon) sont à la fête, les floraisons battant leur plein là où en vallée, le soleil grille tout. Leurs chenilles sont uniques. De forte taille et reconnaissables à leur couleur verte et leurs tâches noires, elles se nourrissent d'apiacées, que cela soit des fenouils et des persils au jardin ou les grandes berces des fossés. Plusieurs générations, deux à trois, peuvent animer les champs fleuris de mars à septembre jusqu'à 2000 mètres.

DSC04348

Deux petits oreilles dépassent des bosquets de gentianes jaunes (Gentiana lutea). Voilà une jolie chevrette, une femelle de chevreuil d'Europe (Capreolus capreolus). Ce petit cervidé est commun aime les milieux ouverts pour se nourrir mais favorise les milieux forestiers pour s'habriter. Son principal prédateur, outre le chasseur, est d'ordinaire le lynx boréal (Lynx Lynx), mais celui-ci est quasi-absent en France. Longtemps chassé, disparu puis réintroduit, la principale menace de ce gros félin est le braconnage, accusé souvent de prédater les chevreuils (que certains veulent s'accaparer), pourtant jugés comme trop nombreux, occasionnant des dégâts.

DSC04382

Le tarier des prés (Saxicola rubetra) fût l'oiseau du week-end. C'est bien simple, à chaque visite, à chaque sortie, à chaque randonnée, il était là. Difficile de de ce fait de passer à côté. Autrefois commun en basse altitude, il s'observe désormais plutôt dans les milieux montagnards.

DSC04270

C'est un oiseau bio-indicateur des prairies de bonne santé, où les plantes sont très diversifiées et l'entomofaune riche. C'est un oiseau migrateur qui niche en Europe et en Asie et qui retourne à l'hiver en Afrique pour profiter de l'abondance d'insectes. On connaît encore mal les déplacements et le mode de vie de ce petit passereau, et bien qu'il ne soit pas encore considéré menacé, bien des éléments sont alarmants. Baisse de l'effectif de 90% en Alsace, quasi-disparition des plaines françaises et fort échec des nichés (nids au sol), il est temps d'agir. La disparition des insectes, la fauche et le pâturage intensif, la transformation des plaines alluviales en culture arboricole et la disparition des jachères mettent à mal le tarier des prés.

DSC04390                DSC04419

Les patous veillent au grain, les loups et les chiens n'ont qu'à bien se tenir. Ici les moutons passent la journée en alpage, dans des parcs électrifiés sous la surveillance de leur chien de garde, puis regagnent à l'arrivée du soir la bergerie, toujours accompagné de leur veilleur. Ce dernier rejoint le troupeau encore chiot pour s'identifier au mieux à brebis qui deviennent alors ses mères de substitution. Il restera alors en tout temps avec elles.

DSC04328     DSC04395     DSC04405     DSC04406

Fin de ballade, retour à l'hotel-restaurant du Faranchin, qui en plus de donner une très belle vue, apporte un calme bienvenue et offre des plats délicieux. Quel étrange sentiment d'arpenter ces sentiers qui n'ont pas changés. Il n'en est pas de même pour la montagne. Rongée, fatiguée, elle perd à grande vitesse son manteau blanc.

DSC04401

Levé tardif, il fait bon de passer une nuit, bercés par les bruits des animaux nocturnes. Passage rapide à La Grave - La Meije. Objectif : observer les fossiles de l'église locale, chercher les traces du tichodrome échelette (Tichodroma muraria), un oiseau incroyable que nosu rêvons de voir et qui l'hiver, vient régulièrement sur les murs de l'édifice.

DSC04404     DSC04582

Certes, nous ne verrons pas le tichodrome, mais nous aurons la chance de tomber sur de très nombreux nids d'hirdonelles des rochers. Équipés d'un téléphone avec l'application NaturaList, pendant du site Faune-France, nous avons pu nous adonner à un de nos passe-temps préférés, cartographier et indiquer le nombre d'individus et de nids que nous croisions. Voilà de quoi nous mettre en jambe pour arpenter les hauts sommets même si la machinerie humaine nous a bien aidée ce jour-là, quitte à nous promettre d'entreprendre l'assencion à pied l'an prochain. Nous verrons si la promesse est tenue.

DSC04500

Loué soit le téléphérique de La Meije ! L'assencion se fait en deux temps, une première descente à 2400 mètres puis une seconde à 3200 mètres, chaque tronçon étant sensiblement le même. Amateurs du vide, c'est votre instant, la vue étant imprenable sur les montagne. Dans les petites cabines colorées, il nous a été possible d'observer un faucon crécerelle, des rouges-queues noirs, des niverolles alpines et même des chamois.

DSC04431                DSC04434

Arrêt à 2400 mètres. L'acceuil se fait par des bouquets d'asters des Alpes (Aster alpinus). Poussant sur des sols rocailleux, elles font figure d'emblême des montagnes au même titre que les edelweiss. Sa floraison estivale et sa rusticité lui ont valu sa culture et sa démocratisation dans les jardins de plaine et des grands parcs.

DSC04456

Étonnant non ? Un lac ou plutôt un étang artificiel a été créer il y a quelques années, il permet de jouird'une pièce d'eau dont le reflet agît comme un miroir et reflète avec grâce le glacier d'en face. Dans l'eau, des truites d'élevage, un ajout que je trouve pour ma part un peu dommage car absolument pas nécessaire au lieu qui se suffit à lui même. Des agrès, des hamacs, un terrain de bois pour les VTT et du mobilier complètes l'ensemble.

DSC04462                DSC04463

Elles étaient là, les grassettes communes (Pinguicula vulgaris), des plantes carnivores dont les feuilles sont des pièges mortels pour les petits insectes. Couvertes de poils gluants, odorants et sensibles, celles-ci se referment à la moindre goutte d'urée détectée sur les arthropodes maladroits et inattentifs. Ils apportent aux plantes tous les éléments nutritifs absents dans les sols où elles poussent, sols bien souvent pauvres en nutriments.

DSC04438     DSC04436     DSC04435     DSC04433

Les espèces nouvelles sont encore nombreuses ce jour-là, aussi bien pour le végétal que pour les animaux. Nous croisons quelques niverolles alpines (Montifringilla nivalis), véritables moineaux des neiges qui sautillent de rocher en rocher. Quelques venturons montagnards (Carduelis citrinella) sont de la partie aussi, pour notre plus grand plaisir, ces oiseaux ne s'étant présenter à nous 4 ans auparavant dans le Vaucluse, au mont Ventoux.

DSC04425

Arrivée à 3200 mètres, nous posons le pied sur l'un des plus belles montagnes des Alpes. Nous ne serons jamais, je pense, suffisamment prêts et équipés pour en gravir le sommet mais la vue nous suffit amplement. Le thermostat est bas, et s'il n'est pas à 0°C même s'il s'en rapproche.

DSC04485

Pause de midi, au menu tartiflette, il faut bien honorer les traditions locales bien que ce plat soit relativement récent. Sa création daterait des années 1960, en faisant une spécialité montagnarde depuis peu. Depuis la terrasse, nous observons le Grand Pic, trophée de bien des alpinistes des quatre coins du globe. Il s'agit ici de l'une des ascensions les plus difficiles d'Europe, aucun des itinéraires existant n'étant simples. Nous ne nous lassons pas du paysage, et le bain de soleil est au programme. De là-haut, le Râteau, grand plateau d'alpage, s'étend de tout son long. Nous n'y verrons pas les vautours fauves qui font notre bonheur mais de nouveaux les grands corbeaux ainsi que quelques chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus), nos mascottes quand nous nous trouvons en Chartreuse. Ils tirent profit de la générosité des clients du restaurant d'altitude.

DSC04483                DSC04555

Voici la reine du sommet, la linaire des Alpes (Linaria alpina) aux couleurs éclatantes appelée parfois muflier des Alpes bien qu'elle n'en soit pas un. Ne poussant que dans les grands massifs (à l'exception des Pyrénées, du Jura et en Bourgogne), ont la trouve ça et là en Europe central et du Sud. Elle ne se plaît que dans les milieux très pauvres, la caillasse et les pierriers, sous des climats arides voire hostiles. Elle ne craint ni la neige, ni le gel.

DSC04504     DSC04546     DSC04587     DSC04512

C'est sur ces images et la visite de la grotte de glace que nous terminons notre week-end. Il n'y a pas à dire, les montagnes nous appellent et bien que nous ne soyons pas des alpinistes dans l'âme, nous ne pouvons nous empêcher de monter au plus près des sommets. Notre pallette s'est aggrandie, désormais les oiseaux ont une belle part dans nos découvertes à côté des fleurs. Vivement les prochaines sorties dans de nouveaux massifs.

DSC04491

dimanche 15 mai 2016

Sortie en campagne 5.

DSC04228

Petit week-end en campagne au pied du Mont Ventoux. On voit encore au loin des nappes de neige mais dans les vignes et les champs de lavandes, c'est la pluie qui règne son plein. Entre deux éclaircies, nous avons pu sortir le bout de notre nez et affronter le froid pour photographier les nombreux oiseaux présents.

 

Le geai des chênes (Garrulus glandarius).

 Le geai des chênes est un oiseau bruyant qui s'identifie facilement au régime de ses ailes composé de plumes bleues azures et noires. Il est capable de produire une multitude de sons et de cris d'alertes, il peut même imiter le chant de la buse variable (Buteo buteo). On le trouve dans les forêt de feuillus et mixtes où il peut trouver facilement des fruits et des baies sauvages. Il s'aventure aussi dans les vergers et les jardins des particuliers.

DSC04093 DSC04094DSC04095

 

La gagée des champs (Gagea villosa).

Il ne faut pas la confondre avec sa cousine, la rare gagée jaune (Gagea lutea). On peut la rencontrer jusqu'à la fin avril. On la détermine par la forte pilosité que l'on trouve sur la plante et sa taille (10 à 20 centimètres). C'est dans les collines et les montagnes (jusqu'à 1800 mètres) qu'on l'a rencontre le plus. Elle fait l'objet d'une protection sur l'ensemble du territoire français. La ramasser ou la détruire peut s'accompagner d'une très forte amende.

DSC04076 DSC04166

 

Le milieu forestier.

Il est à l'image du climat local : rude. Les arbres et arbustes les plus communs composants la forêt "presque" naturelle sont les cèdres, les chênes, les cornouillers mâles, les prunelliers, les rosiers sauvages et les pins. Les chênes sont des arbres formant une ombre peu dense ce qui permet à plusieurs espèces herbacées de pousser au sol. Cela permet d'admirer des fleurs qui demandent des conditions particulières pour pousser.

DSC04169

 

Le cornouiller mâle (Cornus mas).

C'est un arbuste peu rependu en France qui a la particularité de donner des fleurs avant ses feuilles. Petites, elles forment cependant sur l'arbre nu un nuage jaune imposant. Bien que petit, il est résistant et pousse sur les sols calcaires. On l'employait pour ses vertus mellifères, ses fruits riches en vitamines et en sucre, son feuillage qui attire le gibier de chasse-à-coure et ses racines qui ont l'avantage de fixer le sol durablement.

DSC04202 DSC04498

 

La mésange à longue queue (Aegithalos caudatus).

Cette toute petite mésange porte bien son nom. Sa longue queue colorée de noir/gris/blanc/rose et son corps rond la rendent facilement identifiable. On peut la voir un peu partout en Eurasie, du moins dans les zones éloignées du Grand Nord. Elle s'observe toujours en bande dans les arbres et les taillis où elle cherche sa nourriture.

DSC04417 DSC04421DSC04423 - CopieDSC04414 - Copie DSC04413

 

L'anémone trilobée (Anemone hepatica). 

 Elle tient son nom de ses feuilles trilobées rougies qui ont la forme et la couleur d'un foie. Dans la théorie des signatures, on pensait qu'elle soignait l'organe susnommé en raison de leur ressemblance. C'est dans les broussailles et les sous-bois herbeux et calcaires qu'on peut la trouve, jusqu'à 2200 mètres d'altitudes.

DSC04193 DSC04185DSC04184DSC04187 DSC04198

 

La bergeronette grise (Motacilla alba).

Ce petit oiseau noir et blanc est commun en campagne. Vif, il ne tient pas en place et est toujours à la recherche d'insectes et de vers. On peut l'observer dans les champs dont le sol a été retourné, dans ceux où du fumier a été épandu ou dans ceux qui sont légèrement humides et qui attirent de nombreux invertébrés.

DSC04160 DSC04162

 

La passerage drave (Lepidium draba).

On la nomme parfois brocolis sauvage ou pain blanc. C'est un légume sauvage oublié originaire des régions orientales et méditerranéennes. On en consomme les graines comme un condiment piquant, les feuilles en salade et les jeunes pousses/inflorescences crues ou cuites à la vapeur. Les anciens pensaient à tord que cette plante pouvait soigner la rage. De ce fait on l'employait surtout dans les soins vétérinaires populaires.

DSC04527 DSC04528DSC04526

 

La pensée des champs (Viola arvensis).

 La floraison de cette pensée est assez étendue, d'avril à octobre en fonction des régions. Elle aime les sols bien drainés, souvent arides, pierreux et peu hospitaliers. Elle ne craint pas le froid, ni le vent, ni de subir un ensoleillement prolongé. De ce fait on la trouve dans toute l'Europe sur des terres en friches et difficiles.

DSC04133 DSC04494

 

Le bruant proyer (Emberiza calandra).

C'est un oiseau petit mais qui a du coffre. Son plumage tacheté et terne lui permet de se dissimuler dans fourrés sans difficultés. On le rencontre dans les plaines et les plateaux où l'agriculture est développée. On le voit souvent sur des postes élevés sur les arbres et les haies d'où il peut chanter et observer les autres oiseaux.

DSC04521

 

La sylviculture en milieu semi-montagnard.

La culture des résineux en France est importante. Ces arbres rentre dans une multitude d'usages : bois de chauffe, bois de charpente, planches ... la liste est longue. En France on compte 3 à 4 essences très utilisées : le sapin, l'épicéa, le pin sylvestre et le pin douglas, le plus populaire de tous, venu des États-Unis. 

DSC04394DSC04354 DSC04522DSC04335

 

La galle en champignon (Andricus dentimitratus).

Cette galle est due à un petit insecte (Andricus dentimitratus) de la famille des Cynipidae comme c'est le cas de la galle de l'églantier (bédégar). La femelle pond ses oeufs dans les glands qui vont produire du tissus plus que nécessaire et souvent, de manière anarchique ce qui donne cette forme de champignon. Les larves vont s'en nourrir puis à maturité, sortir de leur cage dorée en perforant la paroi du gland vidé de sa substance.

DSC04200 DSC04201

 

Le prunellier (Prunus spinosa).

Il porte de nombreux noms comme celui d'épine noire, de buisson noire ou de prunellier commun. C'est le prunier sauvage. C'est une espèce pionnière qui s'installe souvent en lisière de bois ou dans les champs laissés à l'abandon. Ses fruits sont instragints, amers et font une délicieuse eau de vie. Petit mais dense et épineux, le prunellier est utilisé pour fabriquer des haies naturelles impénétrables qui font le bonheur des mésanges.

DSC04241DSC04054 DSC04059DSC04274

 

La chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa).

 Cette chenille venue d'ailleurs pose bien des soucis à la faune, à la flore et aux productions humaines. Ses poils urticants peuvent provoquer des lésions pulmonaires et des oedèmes chez les chiens qui ont la mauvaise idée d'en croquer. Cette espèce affaiblit aussi gravement les arbres sur les quels elle vit et se nourrie.

DSC04209 DSC04211DSC04212

 

Le muscari à grappe (Muscari neglectum).

C'est un des muscaris sauvages les plus communs en France. C'est surtout dans le sud qu'on le rencontre. On le rencontre dans les pelouses sèches, les champs d'herbes rases et les vignes. Il a été introduit depuis peu dans d'autres régions du monde où il semble avoir un caractère envahissant si ce n'est pas invasif.

DSC04232 DSC04240

 

Le passé géologique de la région.

On l'oublie parfois mais le sud de la France est riche en fossiles. Au delà de ceux des ammonites et nautiles plutôt communs, on trouve parfois de véritables trésors et le mont Ventoux ni fait pas exception. Fémurs de dinosaures du Jurassique, dents de requins, crânes de crocodiles, oeufs ... la liste est longue.

DSC04409 DSC04523DSC04530

 

L'orchis géant (Himantoglossum robertianum).

Cet orchis a été renommé une multitude de fois depuis son identification. C'est l'une des plus grandes et des plus massives orchidées de France mais aussi, l'une des premières à fleurir. On la rencontre sur le pourtour méditerranéen sur les sols calcaires. Ces dernières années l'orchis géant remonte vers le nord de la France par la vallée du Rhône. Ses graines se disséminent par l'action du vent, on le dit à dissémination anémochore.

DSC04433 DSC04434

 

 

Le chardonneret élégant (Carduelis carduelis).

C'est un petit passereau que l'on peut rencontrer dans presque tous les pays de l'Eurasie. Le mâle se différencie de la femelle par sa tâche rouge qui englobe toute la face est passe derrière les yeux. À la fin de l'été on peut le voir perché sur les sommités fanées chardons et en particulier les cardères pour en manger les graines.

DSC04439 DSC04541DSC04444

 

Le mot de la fin.

Super ballade, super week-end. Nous avons pu voir une grande variété d'oiseaux et même les pister, surprendre un jeune brocard et toucher la neige. Bref, un vrai plaisir. Depuis le paysage locale a du bien changer avec l'arrivée du beau temps mais la pluie et le vent restent très présent, peut être est-ce pour ces deux raisons que le vin du mont Ventoux est si bon et la lavande si parfumée. À venir, une petite sortie dans les marais isérois.

DSC04555 DSC04556DSC04482