dimanche 15 septembre 2019

Sortie en marais 14 : le lac du Ronzey.

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Visite du lac du Ronzey dans lequel l'Yzeron, cours d'eau qui termine sa course dans le Rhône et qui passe juste sous notre fenêtre. S'étendant sur plus de 3 hectares, il n'est pas très ancien, sa création remonte à 1982. Il est avant tout un lac de plaisance pour les habitants du coin mais aussi les citadins quittant la tristesse de la ville. Néanmoins, il est rapidement devenu un refuge pour la faune. Les hauts conifères d'ornements qui le bordent sont même un abri pour les chouettes dont certaines ont laissé ça et là quelques plumes et pelotes de réjection.

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Dans l'herbe verte tendre, là où bien des familles et des amoureux viennent pique-niquer, poussent mille et unes merveilles. Les fleurs du sureau noir (Sambucus nigra) nous apportèrent pour les jours à venir une délicieuse limonade. Une partie des inflorescences séchées rejoindront les tisanes de l'hiver. Retournés en août sur place, nous avons pu des baies faire une délicieuse gelée consommée en tartines ou dilluée dans de l'eau chaude.

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Ce jour là ce ne sont pas les fruits sucrés du sureau qui font notre joie, mais des marasmes des Oréades (Marasmius  oreades) appelés par endroits mousserons bien qu'ils n'en soient pas. La confusion est aisée avec d'autres champignons des prés toxiques voire mortels, mais leur pied élastique, leur odeur et leur chapeau mamelonné ne trompent pas. Pour la petite histoire, les Oréades sont des nymphes de la mythologie grecques associées aux grottes et montagnes, peut être est-ce dans ce dernier élément que le lien entre le champignons et ces divinités peut être fait. Autre belle surprise, deux agarics des jachères (Agaricus arvensis) appelés aussi boules-de-neiges en raison de leur forme complètent notre panier et notre omelette du soir bien qu'un peu véreux.

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Le rubanier d'eau (Sparganium erectum) est une plante semi-aquatique dont les feuillages immergés forment de grands herbiers dans lesquels les poissons, les insectes et les amphibiens viennent pondre et s'habriter. Dans les milieux lacustres et humides faits d'eau douce, le rubanier joue un rôle important en permettant la stabilisation de sédiments, leur dépôt, l'oxygénation de l'eau ou encore, la dépollution de certains éléments chimiques d'origine anthropique. Les inflorescences se nomment capitules. Les capitules mâles sont plus petits et verts, ceux femelles sont de larges pompons, blancs et jaunes à leur extrémité. Les deux sexes se trouve sur un même plant.

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Petit crapelet deviendra grand. Ici il pourrait s'agir d'un bébé crapaud commun (Bufo bufo). Ayant perdu ses attributs de têtard, il quitte l'étang et les mares attenantes à celui-ci pour regagner la forêt. Il y restera pas moins de 3 ans avant de retourner à l'eau pour se reproduire. Celui-ci a été sortie de la route par nos soins. Les amphibiens sont des animaux protégés et très fragiles, ils ne doivent être manipulés qu'en cas de danger et toujours avec es mains humides pour ne pas abîmer leur peau et éviter que celle-ci soit plus sensible à la transmission de germes. Pour nous humains, la manipulation ne présente aucun danger, il faut juste ne pas prendre l'idée de se frotter les yeux ou de se lécher les doigts après l'intervention.

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Petite observation de la cinquantaine de canards colverts (Anas platyrhynchos) qui peuplent le lieu et qui laissent une multitude de plumes sur les berges pour mon plus grand bonheur. Retour à Oullins, là aussi nous avons nos canards colverts, juste sous nos fenêtres, mais aussi les klaxonnes, les pots d'échappement, le goudron et les crises de nerfs. En sommes, c'est un coin à connaître et à investir passé 19h pour plus de tranquillité.

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dimanche 8 septembre 2019

Congrès national de la LPO - 2019

Photo Bastien le soir au muséum de la Rochelle

Une photo pour mille mots. Nous étions à la toute fin du mois de juin non loin de la Rochelle pour participer au Congrés National de la LPO pour son édition 2019. Nous n'étions pas là sous la bannière du salariat mais du bénévolat, comme membres du groupe jeunes LPO Rhône qui depuis décembre anime notre quotidien. Au programme, une journée dense rythmée par la rencontre des différents représentants des autres groupes jeunes du territoire (pas moins de 7 sur les 12 connus), par la mise en commun de nos attentes et de nos objectifs et par la réalisation d'actions communes. Nous avons également participé aux temps de réflexion sur les grandes thématiques de l'association et pu découvrir la faune et la flore de la côté atlantique. Un programme passionnant.

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Première journée, levé à 5 heures du matin. Nous partons à la réserve naturelle nationale qui se trouve non loin de là, celle du Marais d'Yves. L'objectif alors est d'observer les oiseaux limicoles et les migrateurs qui trouvent refuge ici. C'est pour nous un moment exceptionnel, nous voyons là nos premières barges à queue noire (Limosa limosa) et nos premiers grands gravelots (Charadrius hiaticula). La pluralité de milieux, qu'ils soient lagunaires, de dunes, arborés ou de mares saumâtres, permet aux échassiers de trouver une nourriture variée. S'ajoute à cela la marée qui apporte chaque jour la laissée de mer riche en reste d'animaux et de végétaux, dont une myriade d'invertébrés se nourrissent, devenant à leur tour le repas du jour. Nous sommes une petite dizaine, tous équipés de jumelles, le longues-vues et de guides d'identifications. Nous sommes prêts et motivés pour arpenter la plage à la recherche des premiers oiseaux du matin si attendus.

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Les yeux sont petits voire, encore clos par moments. Pourtant le spectacle est là. Derrière une butté de sable où quelques lapins de garenne  (Oryctolagus cuniculus) prennent plaisir à grignotter les herbes sèches, le ballet des oiseaux débute. Ca piaille dans tous les sens et des nuées de piafs quittent leur refuge nocturne pour partir en direction de la mer pour sonder la vase à la recherche de leur pitance quotidienne.

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Le hanneton foulon (Polyphylla fullo) est une toute nouvelle espèce pour nous. Elle ne va pas sans me faire rire, celle-ci partageant le même nom que celui d'un de mes anciens professeurs d'anthropologie. Il est inféodé aux milieux sableux, les larves se nourrissant de racines là où les adultes affectionnent les jeunes feuilles et plus particulièrement les aiguilles des conifères.

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Ils sont nombreux, les crabes défunts que la mer rejette sur le rivage. Leur carapace est tout aussi vite investie que leur arrivée sur la mer. Des miliers de miniscules mouches, de puces de mer et de crusatcés s'affèrent à tirer profit de ce repas bien tombé. Arrive alors les mouettes et les goélands, qui en quelques coups de becs parviennent à percer la solide carapace et briser les articulations pour faire à leur tour festin. Ne reste alors que quelques bout éparces qui, avec un peu de chance, finiront par former du sable.

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Clape de fin, le soleil est haut dans le ciel, il est temps de retourner en ville pour lancer notre première journée de rencontre, bien que celle-ci est véritable débutée la veille et se soit terminée au petit matin. Un dernier coup d'oeil vers les algues vertes, le large et les gravelots et nous plions bagages pour rejoindre Chataillon-Plage.

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Question : comment concilier l'avis de 35 personnes ? C'est à cela que nous avons répondu pendant ce temps d'échange où nous avons appris à nous connaître, où nous avons découvert le fonctionnement de chaque groupe et où nous avons posé les premières pierres de ce qui, nous l'espèrons, ferra le socle commun des groupes jeunes de la LPO. Les idées fuses, les talents aussi. Néophytes ou connaisseurs confirmés, tout le monde à sa place et son mot à dire. Nous avons certes des orateurs doués pour transmettre nos idées, mais également des profils plus discrets, qui sans avoir nécessairement l'envie de porter la voix, parviennent à faire avancer notre réflexion à pas de géant. Bientôt, nous pourrons présenter à la fois une charte commune, un logo mais aussi une ligne de conduite pour partager les valeurs de notre engagement associatif et naturaliste. 

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La cloche sonne, il est 18 heures. Nous partons sur la plage qui se trouve à 200 mètres de notre séminaire histoire de nous mettre en jambe avant de manger. Le ciel est gris, la mer calme et le thermos indique 21°C. Un vrai bonheur quand on sait que le reste du pays est en alerte canicule et que nous avons roulé 8 heures la veille, serrés à 5 dans la voiture par des températures extérieurs par plus de 42°C. Nous avons alors tout juste le temps de nous initier à une nouvelle clade, celle des cnidaires (Cnidaria) auxquels appartiennent les méduses.

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Deuxième journée, il est l'heure de présenter le bilan et de travailler sur la thématique de la médiation sur la faune sauvage, et plus particulièrement sur les centres de soins. 

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Nous avons cependant le temps d'aller faire un court inventaire dans lequel les moineaux domestiques (Passer domesticus) et les queues de lièvres (Lagurus ovatus) ont une bonne place. C'est là que nous entendrons notre première fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala) sous les indications d'un des ténors de l'association. La soirée s'achève autours d'un repas partagé et par un spectacle fabuleux autour des oiseaux, évidement, joué par Jean Boucault et Johnny Rasse.

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Dernier jour, départ pour la réserve de l'île de Ré, Lilleau des Niges. Ces marais salants sont habités de centaines d'espèces, dont beaucoup d'oiseaux. C'est là que nous avons pu voir de loin un beau hibou moyen-duc (Asio otus) et notre premier busard des roseaux (Circus aeruginosus), un adulte très mal au point, car le site est connu pour être un site de nidification établit. Outre la faune remarquable, le site est connu pour l'exploitation salinière.

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Derniers moments partagés avant de retourner chacun chez soi. Drôme, Ardèche, Savoie, Rhône, Anjou, Haute Savoie, Auvergne ... sans parler des départements et des régions que j'oublie à la rédaction de ces quelques lignes. Quoi de plus beau que de se découvrir autour d'une passion commune ? Pour beaucoup d'entre-nous, nous avons la joie et la chance de voir une multitude d'espèces pour la première fois, rendant l'instant magique.

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Il est petit, sa gorge est bleue, son sourcil blanc, son chant plaintif et sa renommée grande. Au centre de la photo, un mâle de gorgebleue à miroir (Luscinia svecica). Pour le voir il faut s'armer de patience, et scruter de préférence les buissons où il se pavane, les touffes d'herbes où il niche et les bosquets denses où il chasse les insectes et larves dont il se nourrit. Classé non menacé à l'échelle mondial, il est très rare et protégé en France.

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La centaurée chausse-trappe (Centaurea calcitrapa) ne se laisse pas approcher aisément. Ses longues bractées piquantes, dressées comme des épines la rendent au premier abord peu sympathique et pourtant. Sa floraison violine au coeur de l'été est précieuse pour de nombreux pollinisateurs qui trouvent là une source de nourriture bienvenue. Et que dire alors des entomologistes ? Ils ont là de quoi étancher leur soif de découverte.

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Voici les avocettes élégantes (Recurvirostra avosetta) qui portent si bien leur nom. Ces délicats limicoles prospectent la vase à l'aide de leur long bec recourbé pour saisir les vers, mollusques et crustacés qui y trouvent refuge. Au-dessus de leur tête, les sternes pierregarin (Sterna hirundo), toutes aussi noires et blanches que les avocettes mais à l'épais bec orangé, font de grands plongés dans l'eau. Elles nichent dans la réserve en raison du refuge que présentent les îlots entourés d'eau salé et peuplés pour certains de poissons, leur nourriture principale. Les nids, posés au même sol, sont composés de terre et/ou de galets voire, sont parfois creusés à même le sable. Ils sont férocement protégés des prédateurs et il n'est pas rare de voir une nuée de sternes se lancer à la poursuite d'un faucon crécerelle (Falco tinnunculus) comme nous avons pu le voir ce matin là.

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Photo bombing d'une mouette rieuse (Ichthyaetus melanocephalusdont la tête noire indique qu'il s'agit d'un individu apte à la reproduction. Energique, l'oiseau apprécie les insectes mais ne délaisse pas non plus les poissons et les mollusques. Migrateur, on peut l'observer une grande partie de l'année sur le littoral mais aussi dans les terres. Elle nidifie en grande colonnie au sol, où chaque couple élève entre 2 et 3 poussins.

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Belle tourterelle des bois (Streptopelia turtur), qui fait parler d'elle en raison des autorisations de tirs sur cet oiseau gravement menacé mais dont le conseil d'Etat a autorisé les tirs malgré les faibles effectifs et le rapport alarmant des scientifiques étudiant son cas et sa population. Que dire ? Que notre biodiversité est mal barrée ? Sans doute. Pour en revenir à la bestiole, celle-ci tes migratrice et se trouve sous nos latitudes dès avril.

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La bergeronette des ruisseaux (Motacillia cinerea) nous fait l'honneur de sa présence. Nous sommes habitués à la croiser devant la fenêtre de notre appartement. On la reconnaît à son ventre jaune, son dos et sa tête grise et son sourcil blanc marqué. Le mâle aborde une bavette noire sous le bec ce qui permet son identification aisée. C'est un oiseau des milieux aquatiques, qui aime les insectes et les larves des bords de torrents et des rivières. Migratrice partielle, les osieaux des montagnes et des plaines regagnent à la fin de la nidification les côtes méditerranéennes et d'Afrique du Nord. Cependant, certains individus restent à l'année sur leur territoire, se repprochant des étendues d'eau non gelées et des courts d'eau vifs. Le plus souvent le nid fait de mousse, de crins voire de déchets, est construit dans le trou d'un bâtiment tel un pont ou une digue mais aussi entre les rochers et les racines qui bordent les rives d'une rivière. 4 à 6 poussins y voient le jour.

Fin de congré, retour à Lyon après ces trois jours intenses. Nous avons des images pleins les yeux et beaucoup de projets en tête pour la rentrée du groupe jeunes LPO Rhône qui débutera en septembre. En attendant, c'est weeks-ends escapades et vacances à la découverte de la biodiversité. Le programme de l'été est déjà chargé.

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vendredi 30 août 2019

Du marais au plateau : quelques reptiles de l'Isère.

 

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L'étang de Lemps

Il fait bon, c'est le début de l'été et la nature est en fête. Chaussures de randonnée aux pieds, nous partons en direction de l'Isère, à la limite de l'Ain pour nous offrir une matinée reptiles. Les écailleux sont plutôt du genre à aimer le soleil et cette saison est celle de leurs amours, tout autant de conditions pour espérer en croiser quelques uns.  L'an dernier j'avais pu visiter l'étang avec mes camarades de BTS lors du rallye ornitho de la LPO 38. Cette année c'est en amoureux que nous nous y rendons, ayant à coeur de faire découvrir à Thomas la joie de voir les tortues sauvages. L'étang de Lemps appartient à un ensemble constitué d'une pièce d'eau, du marais de Gâ et du bois de Burnoud. Ces entités constituent une ZNIEFF, c'est à dire une zone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique. Le site n'est pas pour autant protégé ou classé, il s'agit avant tout d'une zone d'inventaire relevant des caractéristiques particulière d'un lieu sur le plan de la biodiversité (que cela soit par ses espaces ou ses espèces). Ainsi, on peut y trouver des rainettes vertes, du chat forestier, des lièvres d'Europes, des busards Saint-Martin, des hérons pourprés ou des orchidées, mais c'est bine autre chose qui ce jour là attira notre attention. Ce fût le cas notamment avec cet arbuste qui semble au premier abords anodin, l'épine-vinette (Berberis vulgaris) mais au combien fascinant. Hôte du champignon pathogène du blé, la rouille noire (Puccinia graminis), il fût systématiquement éliminé des campagnes. Heureusement on le trouve aisément sur les coteaux calcaires, dans les zones de friches ou dans le nord du pays. On peut de ce fait profiter de ses grappes de fleurs jaunes qui aurait donné le nom de Berberis à la plante de par leur forme de coquille.

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À peine arrivés nous tombons nez-à-nez avec une magnifique cistude d'Europe (Emys orbicularis), une petite tortue indigène très craintive, inféodée aux milieux aquatiques. Il s'agit ici d'une femelle, la pupille de l'oeil étant jaune. Chez les mâles elle se présente rouge.

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Sur l'étang, un radeau servant de reposoir aux canards et aux tortues. Un grand observatoire permet de les admirer en toute quiétude. Appelée également tortue boueuse, la cistude aime chasser dans les eaux palustres des étangs, des marais et des rivières envasées où la végétation est importante. C'est dans celle-ci qu'elle trouvera les poissons, les insectes et les algues dont elle se nourrie. Quand l'hiver arrive, elle s'enfonce dans la vase pour n'en ressortir que le printemps venu, s'assurant ainsi une hibernation tranquille. Quasi menacée, elle est en grande régression en particulier dans le le sud de la France. En Suisse, elle avait pratiquement disparu mais depuis 10 ans, un programme de réintroduction vise à son retour dans le pays.

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La grenouille verte (Pelophylax sp.) est une appellation qui désigne les grenouilles de cette colorie présentes en Europe. Cela comporte trois espèces distinctes : la grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae), la grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) et la grenouille de Pèrez (Pelophylax perezi). Tout ce joyeux monde se reproduit, entraînant l'apparition d'hybrides fertiles, autant vous dire qu'il y a du challenge dans les identifications.

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Sous la haie, au milieu des véroniques de Perse (Veronica persica), un magnifique lézard à deux raies mâle (Lacerta bilineata). Nommé pendant fort longtemps lézard vert, la génétique et l'observation minutieuse à conduit à la distinction de deux espèces : à l'Ouest de l'Europe celui à deux raies, à l'Est le lézard vert (Lacerta viridis).

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Monsieur, chez qui la gorge est d'un bleu particulièrement vif, mord la queue de madame, signe que l'accouplement est sur le point de se produire. Cependant, un concourant arrivant à toute vitesse, la joute amoureuse prend fin pour devenir une véritable combat entre les deux rivaux se soldant par une course poursuite effrénée. Le vainqueur aura non seulement le droit de se reproduire mais aussi, de jouir du territoire. Deux à trois mois plus tard, sortirons du sable 20 à 40 bébés lézards d'1 gramme. En fonction de la température du sol et de la profondeur d'enfouissement, les oeufs donneront des mâles ou des femelles, la chaleur jouant sur le sexage de l'individu à naître.

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L'adulte atteint facilement 30 centimètres, 40 plus rarement. Les 2/3 de son corps sont composés de sa queue. Celle-ci lui sert de balancier dans ses courses, de réserve de graisse, d'apparat de séduction et en cas de danger, de leurre. Rapide, il se saisi sans mal de ses proies. Sauterelles, mouches, araignées, vers et parfois même petits mammifère, c'est un bon chasseur qui se déplace cependant bruyamment, ce qui ne va sans attirer l'attention.

DSC01997Les juvéniles, particulièrement vulnérables, on une croissance rapide ce qui leur permet dès la première année de se protéger d'un nombre important de prédateurs. Chats, rapaces (buses et circaètes), serpents (en particulier les couleuvres) ... les dangers sont nombreux.

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Pour survivre au mieux, les petits lézards verts abordent une robe différente de celle de leurs parents, marquée par deux bandes blanches qui a valu à cette espèce son nom. Dans les feuilles de lierre et des ronciers, ce juvénile semble à l'abri de toute menace et peut à loisir saisir les jeunes grillons des bois émergeant de la litière forestière. Si tout ce passe bien pour lui, il pourra se rerpduire dès l'âge de deux ans, vivre au grand maximum une quinzaine d'années et tirer à profit de ses incroyables capacités, comme celle de grimper aux arbres à l'aide de ses doigts légèrement ventousés comme ceux des geckos.

Cette visite de l'étang se termine par un peu de botanique. Les asperges des bois étant montées en fleurs, il n'est plus question d'en faire la collecte pour réaliser une délicieuse omelette, pas plus que les feuilles d'ail des ours devenues trop rêches et amères. Les pousses de tarrier ne sont pas elels aussi au menu. Bref, il faudra alors se contenter des fleurs de saison et de quelques feuilles de mélisse officinale pour l'infusion du soir.

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Le Grémil pourpre bleu (Lithospermum purpurocaeruleum) est une superbe fleur dont les graines blanches, dures et nacrées sont similaires à des perles. C'est elles qui ont donné à la plante le nom grec de Lithospernum, qui signifie littéralement semence de pierre. On le retrouve également sous une autre appellation : Buglossoides purpurocaerulea. 

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Sauvage, on le trouve de plus en plus dans les jardineries comme couvre-sol, celui-ci se plaisant à l'ombre des arbres, des lisières de forêts et des broussailles. De la famille des Boraginacées comme la bourrache et la consoude, ses fleurs naissent violines avant de terminer bleues, indiquant par cette couleur aux pollinisateurs que la plante ne dispose plus de nectar, la reproduction s'étant effectuée. Un échange de bon procédé en somme. C'est là que notre excursion du matin s'achève, mais ce n'est que pour prendre plus de hauteur sur le plateau qui surplombe une autre zone humide à quelques kilomètre de là seulement, terrain de chasse favoris des hirondelles et des rapaces.

 

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Le plateau de Larina

Nous avions pu l'an dernier le découvrir à travers une randonnée sympathique mais aussi en apprécier toute la faune. Pour 2019, pas de vipère aspic (Vipera aspis) en vue mais bien d'autres choses, à l'instar des hérons cendrés (Ardea cinerea) qui nidifient au pied du belvédère ou le vol de nos toutes premières hirondelles des rochers (Ptyonoprogne rupestris) qui ont élu domicile sur les falaises du plateau. La chance nous sourit, il fait toujours aussi beau et il y a peu de monde, deux conditions essentielles pour croiser des animaux aux heures où nous nous aventurons dans Larina, entre les vestiges d'un autre âge, les blocs de pierre couverts de fossiles et les bosquets de peupliers trembles. L'endroit est connu pour ses lièvres, ses papillons mais aussi ses orchidées qui se plaisent sur ce sol pauvre est calcaire, présentant à la fois des milieux de pelouses humides et de pelouse sèches, le rêve pour les orchidphiles.

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En parlant d'orchidées, en voici une qui ne paye pas de mine, l'orchis de l'homme-pendu (Orchis anthropophora). Son nom vient de ses fleurs au sépal beige-rosé qui évoquerait des petits hommes pendus au casque que forme les tépales, fruits de la fusion des pétales et des sépales de la plante. C'est une orchidée qui s'hybride facilement avec d'autre, donnant des rejetons stériles mais magnifiques comme l'Orchis x.spuria.

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La pulsatille rouge (Pulsatilla rubra) est une très belle fleur relativement rare qui apprécie les landes sèches, en particulier là où évolue les genêts. Typique du Massif Centrale, on ne la trouve qu'en de rares occasions ailleurs. Elle bénéficie d'une protection intégrale sur l'ex-région Rhône-Alpes. De floraison assez précoce, le plus souvent en avril, elle ne dévoile que pendant peu de temps ses pétales rouge bordeaux qui la rendent singulière.

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Les oiseaux balayent le ciel : hirondelles, martinets, milans ... tous profitent des thermiques pour prendre de l'assension et foncer sur leur proies : des insectes pour les deux premiers, des charognes pour le dernier. Au loin deux paons chantent, rendant l'instant irréel. Nous avons beau guetter sur les crêtes et les failles rocheuses, aucun rapace ne viendra à notre rencontre. Il faudra attendre notre prochaine sortie pour forcer la  chance.

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Ce jeune lézard des murailles (Podarcis muralis) est en pleine mue, portant son ancienne peau comme un chandail. Européen, il a été introduit en Amérique du Nord. Les vieux murs, les éboulis, les rochers et les souches constituent son principal habitat. Urbain on le retrouve sans peine en ville et au coeur des villages, là où la plupart de ses cousins désertent le goudron et le béton. Carnivore, il becte sans mal les papillons et leurs chenilles, les araignées, les criquets et grillons, les verres de terre et les mouches, ce qui en fait de lui un précieux auxiliaire du jardinier et qui, croquant même dans les pucerons, ne demande pas grand chose pour s'installer au jardin.Un tas de bois, quelques vieilles pierre, un bout de mur bien exposé au soleil, un tas de sable pour la ponte ... et le tour est joué. Il n'est pas rare de le voir couvert de tiques, mais ce sont les chats domestiques et les oiseaux de proies qui présentes le plus grand danger pour ce petit lézard qui n'excède que très rarement les 20 centimètres. Chez moi, dans le Dauphiné, les anciens le nomme la larmuze / la larmuse, surnom que je ne lui connaissais pas. Polymorphe, il peut parfois être confondu avec d'autres lézards plus rares et plus discrets comme le lézard des souches (Lacerta agilis) ou les jeunes lézards verts (Lacerta viridis). Protégé partout en France, on est tout de même parfois tenté enfant de le courser pour le voir abandonner sa queue. Grave erreur, car non seulement cela porte atteinte à l'animal en l'effarouchant, mais cela conduit aussi l'animal à se séparer d'une précieuse réserve de graisse et d'un atout majeur de séducation utilisé dans la recherche d'un partenaire, réduisant ainsi ses chances de se reproduire.

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Des papillons ? Pas tous. L'ascalaphe soufré (Libelloides coccajus) à droite appartient à l'ordre des névroptères, constitué de familles d'insectes les pour la plus part étranges et surprenants comme les mantispes. Ici on a un véritable croisement entre une libellule et un papillon, ce qui donne un redoutable prédateur aux ailes colorées.

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Le flambé (Iphiclides podalirius) est un véritable papillon. On le reconnaît à ses grandes ailles zébrées et à ses ocelles orangées.Sur celui-ci elles sont abondantes, sans doute ont elles finis dans le ventre d'un oiseau gourmand. Il vole de mars à septembre, et trois générations peuvent émerger en une seule année. La femelle pont ses oeufs sur les arbustes de la famille des rosacés, en particulier les prunelliers, cerisiers et autres aubépines. On y observe alors de jeunes chenilles noirs devenir peu à peu vertes au fil de leur croissance, se fondant dans le feuillage qu'elles dévorent.

Escapade terminée, retour sur Lyon, la routine de la ville mais aussi, le bonheur de faire le travail que nous aimons. C'est toujours un plaisir de découvrir de nouvelles espèces, de ce dire qu'elles sont à portée de main et que la patience et un brin de chance suffisent à les approcher d'un peu plus près. Depuis Larina et l'étang de Lemps, nous nous sommes équipés en matériel, et sans être de véritables naturalistes, nous avons la prétention de nous en approcher peu à peu chaque jours afin d'en devenir de véritables.

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vendredi 16 août 2019

Sortie en campagne 12.

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Escapade sur l'ENS (Espace Naturel Sensible) de Montagny, à la recherche des reptiles et des rapaces. Il fait chaud, trop chaud, le soleil nous brûle la couenne et nous nous précipitons sous le peu d'ombre que nous trouvons. Pas un promeneur, nous sommes seuls pour chercher les animaux et les fleurs du bocage. L'objectif de la journée est de mettre la main sur quelques unes des espèces remarquables et emblématiques du site. Déjà nous sommes chanceux en croisant notre tout premier gobe-mouche gris (Muscicapa striata) et un très gros ragondin (Myocastor coypus), signe que nous ne sommes pas seuls à arpenter les sentiers et les haies champêtres. De grandes formations rocheuses ponctues ça et là le paysage, ce sont tout autant de refuges pour les animaux en mal de fraîcheur. Cependant elles ont bien d'autre fonctions pour ces derniers.

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Sous un gros bloc de pierre, se trouve une oothèque, une ponte de mante religieuse (Mantis religiosa) semblable à un panier d'osier dans lequel la mante aurait déposé ses oeufs. Redoutable prédatrice, on l'a dit ravisseuse en raison de ses pattes avant repliées sur elles-mêmes et que l'insecte déploie pour saisir dans leur course les rampants et autres abeilles, mouches et papillons ayant l'imprudence de passer un peu trop près d'elle.

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L'orchis bouffon (Anacamtpis morio) peuple les prairies humides de Montagny. Cette orchidée y est protégée et se plaît dans les champs de fauche où souvent, elle passe à trépas avant d'avoir pu mener à maturité ses graines. Cependant on ne saurait trop vite blâmer l'agriculteur qui travaille sa parcelle, cette action maintenant le milieu pauvre en limitant l'ajout de matière organique dans le sol, chose essentiel pour notre orchidée qui ce fait absente dans des milieux trop riches même si elle semble tolérante sur certains substrats amendés.

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Pas de serpents en vue hélas, mais un oeuf caché dans les hautes herbes ! Suspecté d'être celui d'une couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus), une espèce appréciant les broussailles et les zones ensoleillées, ce qui correspond tout à fait à là où nous nous trouvons.

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Le couleuvreau à fendu la membrane souple de son oeuf et a pu ainsi débuter sa vie de serpent. C'est un animal fascinant, pas venimeux pour un sous mais gourmand qui se nourrie en premier lieu de lézards mais qui ajoute également à la carte de son menu des oisillons, des poissons, des amphibiens, des rongeurs et d'autres serpents qu'elle va avaler d'un coup d'un seul, à l'exeption des plus grosses proies qu'elle tue par constriction. Intégralement protégée, elle souffre aujourd'hui encore de la méconnaissance dont elle fait l'objet et fini parfois sous les coups d'un balai ou d'un bâton. Le trafic routier, l'agriculture intensive et l'urbanisation sont bien d'autres facteurs impactant cette espèce qui semble malgré tout réussir à se maintenir tant bien que mal, en particulier à proximité des zones humides car, outre le fait d'être discrète, la belle est une excellente nageuse.

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Méfiance, les tiques (Ixodida) sont particulièrement actives cette année. Chaussures hautes, grandes chaussettes et bas de pantalons fermés, ce ne sont là que quelques uns des recours pour limiter les piqûres. Véhiculant de terribles maladies comme celle de Lyme, un mal encore mal détecté et mal connue, nous traquons chaque centimètre de notre peau quand nous revenons de sortie. Ici il s'agirait d'une tique du sanglier.

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Le lézard des murailles (Podarcis muralis) peut lui aussi être victime des tiques et il n'est pas rare d'en découvrir 5 ou 6 sur un même individu. Ici il s'agit d'un beau mâle en apparat de séduction, reconnaissable à son ventre orange, signe de sa bonne santé.

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Confortablement installé sur son rocher, il défend ardemment son territoire, ne supportant la présence de concurrents convoitant la même partenaire. Le reste du temps, il s'adonne à la chasse d'araignées, de criquets, de vers et de mouches, le rendant fort utile pour tout jardinier ayant pris le soin d'installer dans son jardin un muret en pierres sèches. Ces principaux prédateurs naturels sont les couleuvres et les oiseaux tel le circaète Jean-le-blanc  (Circaetus gallicus). En milieu urbain et dans les zones rurales habitées densément, les chats domestiques sont la principale cause de mortalité des lézards des murailles.

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Le genêt à balais (Cytisus scoparius) est un arbuste à l'éblouissante floraison jaune. Il tient son nom de son utilisation ancestrale comme balais pour nettoyer les sols de terre battue. Il était alors vu comme un outil de magie noire, celui des sorcières en opposition au balais de bouleau blanc sur lequel ces dernières ne pourraient monter pour se rendre au sabbat. Toxique et abortif, sa mauvaise réputation pourrait venir de ces deux propriétés.

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Dans les bordures, au pied des haies, milles trésors s'animent. Un nid de guêpe sur une ronce commune, les fleurs d'une grande berce, un bouquet de renoncules ... voilà de quoi faire briller les yeux de bien des amoureux de la nature. La saison est idéal pour s'adonner à l'ornithologie et à la botanique, car tout dans le printemps invite à la découverte : l'herbe est encore verte, les oiseaux chantent dans les arbres et les insectes butinent gaiement.

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L'Aurore (Anthocharis cardamines) est un très beau papillon inféodé à la cardamine des près (Cardamine pratensis), plante sur laquelle les deux individus s'accouplant se trouvent. Pour différencier le mâle de la femelle rien de plus simple, ce dernier est le seul à porter sur le dessus de sa première paire d'ailes deux grandes tâches orangées. Non sélective, la chenille peut tout aussi bien se nourrir de cardamine que d'alliaire (Alliaria petiolata).

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La stellaire holostée (Stellaria holostea) adore les talus où elle peut y former de grands tapis blancs. Grêle, ses tiges évoquent des articulations, d'où son utilisation dans la théorie des signatures pour soigner les problèmes osseux. La médecine et la science ont depuis exclue cette espèce des soins, sa ressemblance n'allant pas au-delà de la forme. On lui donne aussi le nom de langue d'oiseau en raison de ses longues feuilles.

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Le lièvre d'Europe (Lepus europaeus) et le lapin de garenne (Oryctolagus cuniculus) cohabitent joyeusement à Montagny, bien qu'ils ne partagent pas exactement la même écologie. Le lièvre aime les steppes, un milieux pratiquement disparue France. Il se rabat de ce fait sur d'autres milieux ouverts comme les prairies et les champs cultivés.

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Le lapin pour sa part aime les talus sur les terrains secs à la terre meuble, bordés de haies touffues, talus dans lesquels il creuse son terrier qu'il tapisse d'herbes sèches. En fonction de la saison et des bonnes conditions, jusqu'à 12 petits peuvent y voir le jour et cela, 3 à 5 fois dans l'année. Discret, il a bien manqué de disparaître suite à l'introduction en différents points de la myxomatose en 1952, fruit de l'intiative personnelle d'un médecin soutenue par la suite par les instances de l'Etat, et conduisant à la mort en trois ans de 95 à 98 % de ses effectifs. Aujourd'hui le lapin de garenne a bien du mal à s'en remettre et les réintroductions n'étant que peu fructueuses à l'heure actuelle.

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Un lapin ? Non, un ragondin (Myocastor coypus! Dodu, ce gros mâle remonte un petit ruisseau traversant un champ. Le ragondin n'est pas une espèce originaire de chez nous. Américain, il est arrivé en France par la mise en place de fermes à fourrures. Certains individus dégourdis réussirent à s'échapper et s'installèrent chez nous. Sa présence fait débat. Piégé pour les dégâts qu'il occasionne, certaines études tendraient à montrer que son impact est limité quand d'autres le pointe comme une des causes du déclin des berges et de la faune y étant associée.

Fin de la marche, aujourd'hui nous avons trouvé bien des trésors ! J'aime ces sorties qui se font dans la douceur de l'après-midi, quand la chaleur n'est pas encore trop vive et que les animaux pointent sans mal le bout de leur museau à la proche du soir. Les oiseaux chantent à plein poumons, pressés de se reproduire et les lézards se dorent sur les pierres des vieux murets bordant les chemins de campagne que nous empruntons. Le paradis.

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lundi 5 août 2019

La Savoie à travers champs.

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Un mois au pied des montagnes

Ce n'est pas moi pour le coup qui suis partie, mais mon bien-aimé pour un mois de formation aux techniques de culture et de transformation des petits fruits en wwoofing. Face au Mont Blanc, nous avons pu le temps de deux week-ends découvrir la faune et la flore savoyardes, nous émerveiller des oiseaux et en particulier des rapaces, ramasser quelques belles sauvages et nous initier aux espèces des milieux humides. Bref, de belles découvertes et de nouvelles coches pour les amoureux de la nature que nous sommes.

À notre tableau de chasse le pic mar (Dendrocoptes medius), à la calotte rouge et aux cris nasillards. Pas bien gros (50 à 80 gr), il est que modérément montagnard et se plaît avant tout en plaine et les vieilles forêts de feuillus qui n'exédent pas 700 mètres d'altitude, où il peut nicher dans les troncs de bois tendre ou fragilisés par le temps.

DSC00019Ils sont revenus ! Après un long périple, les milans noirs (Milvus migrans) sont à nouveau en France. Ils ont quitté l'Afrique pour venir nicher chez nous. Ces oiseaux nécrophages se nourrissent la plupart du temps de poissons morts, ceux-ci représentant jusqu'à 70 % de leur régime alimentaire. Il n'est pas rare non plus de les voir suivre les moissonneuses dans les champs, cherchant les débris des micro-mammifères (souris, campagnoles etc.) pris dans les mécanimses de la machinerie. Lors de notre séjour nous avons pu voir deux individus prédater en pleine journée une chauve-souris, fait relativement rare pour être signalé bien que l'espèce soit partiellement prédatrice.

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C'est le temps des amours en ce mois de mars pour la sitelle torchepot (Sitta  europaea). Ça chante et ça s'accouple à tout va. Celle-ci s'évertue à chercher de quoi se contenter dans le creux d'une vieille branche morte d'un érable, la belle étant insectivore pendant le printemps et l'été. Son nom de torchepot est bien trouvé, car l'oiseau a pour particularité, entre autre, de confectionner à l'aide de boue et de salive de quoi rétrécir l'entrée des cavités dans lesquelles il s'installe quand ces dernières sont trop grandes pour lui et sa couvée. C'est aussi le seul volatile de nos contrés à descendre les arbres la tête la première grâce à ses pattes équipées de doigts longs et puissants.

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Outre des oiseaux, on croise aussi des castors d'Europe (Castor fiber). La proximité du Rhône n'y est pas pour rien. Ici il s'est installé dans un lac proche de l'exploitation et relié au fleuve par un petit court d'eau qui n'est que rarement à sec, permettant de nombreuses connections entre ces différents milieux humides.

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En campagne, il n'y a pas un jour sans surprise. S'il on est habitué à croiser des poules et des canards en liberté, on l'est beaucoup moins pour les cochons et pour cause, ceux-ci se sont échappés d'un élevage tout proche et batifolent gaîment dans un beau champ de bel qui, semble-t-il, sera peu productif cette année vu le labourage subi. Il faudra un après-midi complet pour que tout le monde retourne dans son chez soi.

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Pas de moineaux cisalpins ou friquets mais de bons vieux moineaux domestiques (Passer domesticus) dans la coure de la ferme. Nous en sommes pas pour autant déçus, l'espèce étant fascinante. Perçu comme commun, le moineau disparaît de nos villes et de nos campagnes à une vitesse hallucinante. Pour le moment, nulle réponse semble se dessiner sur ce déclin. La diminution drastique des insectes semblent être une piste plausible.

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Quelles sont belles ! Un couple de chevêches d'Athéna (Athene noctua Scopoli) s'est installé dans le gros creux d'un vieille arbre, juste en face de l'une des fenêtres de la maison. Quel bonheur de les observer mais aussi quelle surprise, d'autant plus quand on sait qu'une chouette hulotte (Strix aluco) occupe le grenier de la grange. L'ayant vue la toute première, nous pensions ne pas voir d'autre rapaces, ceux-ci ayant du mal à s'entendre en règle général.

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Force est de constater que nous nous trompions, Dans le trou, un adulte montre le haut de sa tête tandis que l'autre monte la garde. Au moindre passage d'un vélo ou d'une voiture en contrebas, tout le monde saute dans le nid. Je dois vous faire une confidence, la chevêche d'Athéna est l'un de mes oiseaux préférés, au point de figurer sur ma carte de visite. Ce n'est pas à cause de son nom et de sa symbolique, celle-ci étant la compagne et messagère de la déesse de la guerre et de la sagesse, Athéna, mais pour ses magnifiques yeux dorés et sa drôle d'allure.

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Pesticides, disparitions des vieux arbres et des haies, ce sont là quelques uns des éléments expliquant son déclin. Aujourd'hui la petite chouette connaît un peu de répit avec des populations stables qui semble-t-il, commencent à nouveau à décroître depuis 2-3 ans. Pourtant elle n'est pas sans charme, en plus d'être une bonne chasseresse. Son régime alimentaire se compose essentiellement d'insecte mais elle n'est pas contre le fait de becter une ou deux lézards et ne rechigne pas à planter mettre à son menu des mésanges ou des rainettes arboricoles.

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Départ pour le lac du Bourget, qui n'est pas très loin. C'est l'occasion de filer dans la réserve naturelle qui se trouve au sud de l'étendue. Là bas, une grande diversité d'oiseaux s'offre à nous. Les nettes rousses (Netta rufina), se plaisent à barboter en eau plus ou moins profonde profonde en bordure de roselière pour chercher leur nourriture. Elles peuvent plonger jusqu'à 4 mètres pendant une courte durée, ce qui les classent dans la famille des canards plongeurs. La femelle se différencie du mâle par ses couleurs ternes et discrètes qui la protège des prédateurs pendant la couvaison. Son partenaire pour sa part affiche une tête flamboyante.

La nidification se fait au sol, dans un nid parfois fait de boues et de végétaux, parfois volé à une autre espèce de canard, qu'il soit colvert ou un fuligule. Les oeufs mettent un peu moins d'un mois à éclore. Les petits nidifuges quittent directement le nid et mettrons 80 et 100 jours pour être complètement autonomes.

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C'est un oiseau migrateur dont le gros de la population européenne se retrouve en Espagne à l'arrivé des grands froids de l'hiver où 200 000 nettes rousses peuvent se réunnir d'un seul bloc. Cependant on peut en rencontrer un bon nombre sur les grandes étendues d'eau dont Miribel Jonage dans le Rhône. En France, des nidifications sont observées dans la Dombes et en Camargues ou des hivernages sont aussi observés.

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La grande aigrette (Ardea alba) est un magnifique oiseau. C'est le plus grand de nos hérons métropolitains et se reconnaît à son plumage blanc et son long bec jeune. Présente sur l'intégralité du globe hormis le Groéland, elle affectionne une grande variabilité de milieux comme les bords de mer, les rives de fleuves et les grands lacs où elle se nourrie de poissons, d'amphibiens, de crustacés et d'autres arthropodes aquatiques. 

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Dans les herbiers inondés, deux espèces de sarcelles se tiennent compagnie, permettant une comparaison fort intéressante entre elles, d'autant plus qu'il s'agit ici de canards aux comportements particuliers. Au centre, une sarcelle d'été mâle (Spatula querquedula) reconnaissable à son grand sourcil blanc. C'est un oiseau migrateur, le seul parmi les canards européens, qui revient d'Afrique Saharienne dès février pour nicher au mois de mai même s'il favorise que très peu les milieux humides d'Europe occidentale. De part et d'autre de celui-ci, deux mâles de sarcelles d'hiver (Anas crecca) à la tête verte et rousse. Il s'agit du plus petit anatidé d'eau douce de nos contrées dont la nidification intervient entre avril et juin. Sarcelles d'été et d'hiver partagent le même régime alimentaire, au menu on compte des algues et des petits organismes tels des insectes et de crustacés, toujours en eau peu profonde ce qui en fait des canards de surface.

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Retour sur l'exploitation agricole. Une mer de nuages nous assaille sur le chemin. C'est le bon moment pour se rendre au lac en contrebas, dans une ambiance tamisée de fin de journée pluvieuse. Outre le castor d'Europe comme résident à l'année, de nombreuses espèces végétales peuvent y demeurent.

DSC09833Les pulmonaires (Pulmonaria sp.) sont bien difficiles à identifier et parfois, il faut attendre les feuillages d'été pour les nommer correctement. Elles appartiennent à la famille des Boraginacées, celle des primevères et des consoudes.

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Le nom de pulmonaire est hérité de la théorie des signatures, voulant qu'une plante, une roche ou un animal soignent un organe ou une maladie leur étant similaire. Ici les tâches blanches des feuilles font écho à celles présentes dans les poumons dans les cas de peste ou de pneumonie. Il n'en fallait pas plus pour faire le lien entre maladies thoraciques et les pulmonaires, l'une d'elle portant même le nom de pulmonaire officinale (Pulmonaria officinalis). Dans les faits, bien qu'expétorante et adoucissante, elle n'a jamais pu guérir des maux portés par des maladies terribles comme celles cités plus haut. Une autre légende chrétienne veut que les tâches blanches du feuillage soient le fruit de gouttes de laits tombée du sein de la Vierge Marie l'allaitant son fils. De quoi allimenter le mythe.

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Comme de nombreuses plantes de cette famille, les fleurs ont la particularité de changer de couleurs après fécondation. D'abords rouge-rosé, les pétales tirent peu à peu vers le violine. C'est un moyen pour la pulmonaire d'indiquer qu'elle a était fécondée et qu'il n'est plus nécessaire de la visiter, celle-ci étant vide de nectar. En somme une co-évolution permettant aux deux partis de ne se rencontrer que quand cela leur est utile.

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L'ail des ours (Allium ursinum) est à la mode, et nombreux sont ceux à courir les bois pour en faire la cueillette. Nous nous n'y échappons pas. C'est une plante de sous-bois frais et des bords de ruisseaux, sur les sols de nature basique (souvent calcaire), humides et riches en nutriments, le plus souvent ombragés. Ce jour là la récolte est bonne, nous avons de quoi en faire des confis, des pestos, des vinaigres et des feuilles séchées.

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Prudence toute fois, de nombreuses plantes jeunes et arrivées à maturité peuvent se confondre aisément avec l'ail des ours. Jeunes plants d'arums, muguets ... on ne compte plus les cas d'empoisonnements plus ou moins graves, certains se terminant parfois mal. Autant être sûr de ce que l'on fait et de ce que l'on met dans son panier.

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D'autant plus que parmi les feuilles d'ail des ours, pousse des centaines de scilles à deux feuilles (Scilla bifolia) et que toutes deux partagent le même milieu. Frêle, l'étoile bleue comme on la nomme, appartient à la famille des asperges d'après les dernières études phylogénétiques. Pour autant on ne serait la mettre à sa table, celle-ci n'étant pas comestible.

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C'est une espèce qui n'est pas si courante en forêt, protégée dans plusieurs régions et département comme en Aquitaine, autant favoriser les prises photos plutôt que les bouquets, les fleurs ne vivant qu'un jour ou deux en vase. Cela serait aussi priver de nombreux insectes de son nectar mais aussi de sa délicieuse odeur de propolis et de miel, sans oublier les fourmis qui, avec d'autres insectes, en transporte les graines. Elle est également typique de certains milieux, en particulier des chênaies de chênes pédonculés et les chênaies-charmaies au sol de nature calcaire.

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Sur les premiers chatons de saule, un paon du jour (Aglzis io) prend le soleil. Ici c'est un adulte qui a passé l'hiver sur sa forme de papillon (imago) et qui prend ses forces avant de partir en parade pour permettre à la prochaine génération de voir le jour. Chez ces papillons, deux à trois générations peuvent voir le jour, une seule s'ils se trouvent en montagne, les conditions étant bien moins clémentes avec un ensoleillement plus court. Tout cela n'est pas favorable à la principale source de nourriture de sa chenille, les orties qui bien que résistantes, ne se développent pas ou peu sous le manteau neigeux et dans le froid.

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La bonne vieille ortie dioïque ou grande ortie (Urtica dioica), celle que l'on aime dans les soupes et les gratins, un peu moins dans les jardins et les bords de chemin bien qu'elle soit essentielle à la vie de bien d'animaux. Outres les très nombreuses espèces de chenilles dont elle est l'hôte, elle abrite aussi des coléoptères, des punaises ou encore des pucerons. Toute cette faune se nourrie de ses feuilles et tiges riches en protéines. C'est une plante à tout faire, on en tire de quoi faire des cordes, du tissus, de purin, de fertilisant et de s'en nourrir. Dans ce dernier cas on favorisera les jeunes pousses et les feuilles d'avant floraison, la plante étant riche en cystolithes quand elle est en fleurs, composants pouvant entraîner des problèmes urinaires. On prendra aussi garde en cas de traitement médical, certaines prises de médicaments étant incompatibles avec sa consommation.

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De jeunes tramètes (Trametes sp.) se développent sur les restes d'un arbre mort. Il pourrait s'agir de tramètes versicolores (Trametes versicolor), un champignon de la famille des polypores qui est est plus que commune et se trouve un peu partout dans les forêts comportant des feuillus.

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Pour le reconnaître, on prendra le soin de regarder sa marge noir et la variation de couleurs qu'il présente, dessinant dans le temps de jolies bandes colorées allant du marron au bleu-grisé en passant par le roux, le jaune et le vert. Cependant pour une identification sûr, l'observation de la sporée reste la meilleure chose à faire. Ce champignon appartient aussi à la famille des pourritures blanches, élément incontournable pour l'assimillation par la forêt de la matière organique morte si essentielle aux végétaux qui l'a compose. Des champignons, nous n'en verrons pas d'autres hélas, moi qui comptait tant en ajouter de nouveaux à mon tableau de chasse, avec un vague espoir de croiser ça et là quelques morilles printanières cachées dans l'ai ldes ours.

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Soudain, deux silhouettes sombres fendent le ciel avec pour fond les montagnes enneigées. Il s'agit de hérons cendrés (Ardea cinerea) se dirigeant vers la héronnière. Rassemblés là, une dizaine d'individus s'affairent à fabriquer ou réparer leur nid à l'aide de branchages collectés dans la ripisylve toute proche. La saison des amours est là, les couples parades et se forme et bientôt 3 à 5 oeufs bleu-vert viendront se nicher entre les brindilles.

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Un petit carnet, outil indispensable pour noter toutes nos observations. Depuis nous sommes passés à la versio numérique grâce à l'application Naturalist, version pour téléphone du site Faune-Rhône au combien précieux pour les naturalistes et les ornithologues passionnés.

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Nous quittons à regret les paysages de montagne pour retourner aux plaines du Rhône, non sans faire le plein de produits locaux : miel de forêt, confitures de casseilles, de cassis et de groseilles, vinaigre d'ail des ours, crème de cassis, vin de noix ... les ventres, les yeux et les esprits partent remplis. Un dernier regard vers le lac, la roselière et les bosquets de noisetiers abritant quelques troglodytes mignons, rouges gorges et mésanges charbonnières. Les semaines à venir s'annoncent fort chargées, et ces quelques jours d'escapade en Savoie sont une bouffée d'air frais dans le tumulte qu'est notre quotidien d'urbain.

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mardi 19 février 2019

Retour sur la côte méditerranéenne.

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L'hiver a débuté en douceur dans le sud de la France. Les bords de mer sont calmes, peu de monde flâne le long de l'eau, nous errons dans la ville avant de finir sur le rivage. Les goélands leucophés (Larius michaheliis) sont les rois de la plage à cette heure. Ils ont été récemment dissociés de leurs cousins les goélands argentés (Larius argentatus) dont les pattes sont roses. De ce fait, nos voisins anglais le nomment goéland aux pattes jaunes. C'est un grand oiseau avec une envergure maximale de 160 centimètres et dont le vol est similaire à celui des rapaces, se laissant porter par les vents et pouvant se reconnaître dans les airs à son battement d'ailes lent. Ce ne serait être la seule espèce remarquable qu'il est possible de voir en cette saison aux abords de Marseille et plus globalement dans le sud de la France. En effet bien d'autres bestioles nous ont fait le plaisir de pointer le bout de leur nez ou de leur bec. Parmi celles-ci, on compte le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). Bien qu'il soit commun, on oublie souvent à quel point il peut-être fascinant.

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Chez notre ami le rouge-gorge, mâle comme femelle chantent. Cela tient au fait que l'oiseau est très territorial, quelque soit son sexe, ce qui lui demande de faire savoir à ses congénères qu'il est là et que son domaine s'étant jusqu'ici. Peu farouche, on le rencontre en sous-bois, dans les milieux ouverts et au jardin où on peut le voir se nourrir à la belle saison d'insectes. Quand les invertébrés viennent à manquer, il se tourne vers les baies et les graines.

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Le romarin officinal (Rosmarinus officinalis) est en fleurs. Son nom scientifique, tiré du latin, est des plus poétiques puisqu'il signifie "rosée de la mer". Caractéristique des sols secs et calcaires du sud de la France qui composent la garrigue, il est une source non négligeable de nourriture pour les pollinisateurs hivernaux comme certaines abeilles ou syrphes. D'ailleurs, le miel de romarin est très réputé pour ses qualités gustatives et médicinales.

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Celui-ci provient du parc des Bruyères, une des nombreuses portes d'entrée sur les Calanques. Sa présence dans un parc nationnal interdit toute cueillette même s'il est abondant et apprécié en cuisine méditerranéenne pour parfumer les plats. Parmi les plantes présentes on trouve de nombreuses essences réputées pour leur parfum, leur floraison précoce mais aussi pour le fait qu'elles sont spécifiques à la région. En résulte un tableau bucolique digne du roman "La gloire de mon père" où les lianes et les buissons épineux s'entremêlent sur fond de roche blanche.

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L'ajonc de Provence (Ulex parviflorus) surprend le promeneur. Outre sa jolie floraison jaune au coeur de l'hiver, il dégage une puissante odeur de noix de coco qui ne laisse personne indifférent. Ce buisson épineux était employé comme barrière impénétrable pour cloisonner les zones de pâture et protéger les habitations des maraudeurs.

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On dissocie deux sous espèces, Ulex parviflorus subsp. funkii typique de l'Afrique du Nord et du sud de l'Espagne, et Ulex parviflorus subsp. parviflorus courant dans nos régions. Cet ajonc appartient à la famille des légumineuses au même titre que les pois ou les haricots. Il était et est encore parfois broyé comme fourrage pour le bétail. Souvent confondu avec le genêt, il se différencie de celui-ci de par son arsenal  défensif et la non toxicité de son bois et de ses fruits. On trouve de nombreuses espèces proches sur le territoire comme l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus) et sa sous-espèce l'ajonc maritime (Ulex europaeus subsp. maritimus) typique quant à lui du massif armoricain.

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Pour rester dans la thématique Pagnol, voici la clématite brûlante (Clematis flammula) nommée aussi clématite flammette. Elle est proche de la clématite des haies (Clematis vitalba) mais s'en distingue par ses folioles dentées et sa préférence marquée pour les littoraux et les zones de basse altitude (0 à 600 mètres). Autrefois elle était fumée tel un cigare par les enfants pour imiter les plus grand. On peut l'utiliser aussi comme allume feu.

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Les chenilles processionnaires (Thaumetopoea pityocampa) ont pris possession des pins. Issues d'un tout petit papillon de nuit blanc à la durée de vie éphémère : pas plus d'une nuit, les chenilles vivent en groupe dans un cocon commun d'où elles sortent la nuit pour se nourrir des aiguilles du conifère sur lequel elles vivent. De juin à septembre les papillons déposent jusqu'à 320 oeufs sur l'arbre hôte. Six semaines plus tard les chenilles en émergent, crées leur cocon et se mettent à table. Entre février et mars elles descendent de leur arbre, s'enfouissent dans le sol et se mettent en nymphose. À partir de juin les papillons émergent de la terre et cherchent un partenaire puis les femelles pondent sur les arbres et le cycle peut recommencer.

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Passage par la plantation d'oliviers (Olea europaea var. europaea). La taille ne devrait pas tarder, celle-ci est nécessaire s'il on souhaite obtenir une fructification importante en favorisant les branches les plus solides et les mieux portantes. Dans le coin on peut également rencontrer l'olivier sauvage (Olea  europaea var. sylvestris), nommé aussi oléastre et dont la présence dans le sud daterait de - 8000 ans avant notre ère.

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La globulaire buissonnante (Globularia alypum) est un arbrisseau petit et dense aux fleurs touffues bleues aux étamines et pétales abondants. Courant sur tout le pourtour méditerranéen, elle pousse en touffes isolées.

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Médicinale, elle était employée comme panacée en Méditerranée sous forme d'infusion ou de teinture mère, en particulier pour soigner les problèmes liés au diabète en permettant après usage une libération accrue d'insuline. Antiseptique, cicatrisante, astringente et anti-fongique, sa consommation doit être encadrée et pour cause, elle peut aussi causer des vomissements, de l'exitation et des troubles nerveux. Son nom scientifique "Alypon" est tiré du grec et rend hommage à son usage populaire, le terme signifiant "qui soigne". Ses fruits (des akènes) sont dits épizoochores, c'est à dire qu'ils utilisent le plumage ou le pelage des animaux pour se disperser aux quatre vents grâce à leurs déplacements. On parle alors plus généralement de zoochorie.

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La tarente de Mauritanie (Tarentola mauritanica) est un petit gecko méditerranéen aux moeurs nocturnes. On la rencontre sous les végétaux, dans les broussailles, dans les amas de pierres, sur les façades ensoleillées et sur les toits bien exposés. Chasseresse, elle se nourrie de larves et d'insectes cachés dans la végétation ou les failles de la roche. Elle peut même se nourrir de jeunes reptiles dont des juvéniles de son espèce si sa taille lui permet.

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L'hiver, elle hiberne à demi-enfouie dans le sol ou la végétation, hémergeant quand le soleil se présente. L'été, elle sort la nuit et devient active à partir d'une température dépassant les 20°C. Avec l'emballement du climat, elle tend à remonter depuis le sud jusqu'à Lyon en passant par la vallée du Rhône. De ce fait, des prospections à la recherche de ce petit reptil rare et protégé sont organisées pour établir une cartographie de sa population. 

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Comme chaque année, la bruyère multiflore (Erica multiflora) nous émerveille. Des millions de clochettes roses colorent les collines et donnent au paysage des reflets dignes d'un couché de soleil. À savoir, c'est une des rares espèces de bruyères à tolérer les sols calcaires.

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Elle s'ajoute aussi la la liste des espèces méllifères présentées ici. Elle fait le bonheur de nombreux insectes de part sa longue floraison durant parfois plus de 5 mois. Bien que se développant en méditerranée, c'est une plante robuste qui peut résister à des températures frôlant le -10°C. Elle fait également fi des sécheresses prolongées ce qui lui a valu une belle place dans de nombreux jardins. Cependant, s'il on veut profiter de ses fleurs incroyables tout en gardant un joli buisson, la taille ne devra intervenir qu'à la floraison passée. De toute façon cette bruyère ne dépasse pas les 80 cm de haut et possède par nature un port harmonieux et ne nécessite de ce fait que très peu d'interventions. Facile de cullture quand le climat et la nature du sol s'y prêtent, on peut aussi bien la semer, la marcotter, la bouturer ou repiquer ses rejets printaniers.

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Toujours depuis le parc des Bruyères (et dont désormais vous pouvez avoir une idée d'où il tire son nom), le paysage s'ouvre à nous. La Bonne Mère figure comme un point culminant au-dessus de la ville de Marseille tandis que la mer se dessine en arrière plan.  Au-dessus des falaises et éboulis calcaires du premier plan, un faucon crécerelle femelle (Falco tinnunculus) qui se différencie du mâle à l'absence de plumes gris-bleuté sur la tête, s'adonne à sa chasse quotidienne. Tout inspire le calme et la tranquillité dans ce parc, où seul le silence est rompu par l'abboyement des chiens des promeneurs, les cris des enfants et les halètements des coureurs.

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Retour à la maison, avec un petit passage obligé par le massif des Alpilles. Son point culminant se trouve au sommet des Opies, à 498 mètres d'altitudes, bien loin de la pointe des Alpes culminant à 4809 mètres d'altitudes.

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Surprise pendant notre ascension, un joyeux troupeau de chèvres naines nous accompagne. Agiles, elles escaladent les falaises nous distansant sans mal pour rejoindre le sommet. Par endroit nous employons des gaudres, petits ruisseaux typiques de la régions souvent à sec. Leur lit nous sert de sentier pour rejoindre le chemin balisé. Pendant notre visite nous avons également l'occasion de croiser de nombreux grimpeurs attirés par les parois rocheuses abruptes. C'est là aussi que le grand duc (Bubo bubo) à pour habitude de prendre ses quartiers mais pas de traces ce jour là du bel oiseau de nuit. La cohabitation entre hommes et rapaces nocturnes est difficile et souvent les activités de loisir font fuir les animaux nichant sur le massif. C'est sur cette pensée que notre périple prend fin ... enfin presque, car c'est sans compter sur notre petit tour par la Camargue. Suite au prochain billet !

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samedi 17 novembre 2018

Journée des Plantes à Aiguebelette

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Plantes et Jardins de Savoie

Il y a peu, nous avons pu assister aux "Journées des Plantes du Lac d'Aiguebelette" en Savoie pour marquer la belle saison qu'est l'automne. C'est pour moi l'occasion de quitter la sphère des plantes sauvages pour vous présenter quelques unes de mes horticoles préférées et qui, je l'espère, peupleront un jour mon jardin rêvé. Arbres, fleurs, lianes, fougères, mousses et même champignons font partie de ce paysage mental que nous tendons peu à peu à coucher sur le papier pour en faire un jour une réalité. En attendant, nous courrons les parcs, les jardins, les foires et les expositions pour trouver l'inspiration. C'est ainsi que nous avons pu faire la découverte il y a quelques années de cela du tilleul d'Henry (Tilia henryana), un cultivar qui se distingue par ses petites feuilles en forme de coeur et à la limbe hérissée. C'est ce que je préfère chez lui, il détone par son aspect rude mais une grande poésie se dégage de l'ensemble, en particulier du vert du feuillage qui contraste avec les nervures plus claires et qui donne l'impression de voir tout un réseau de veine, pour un rendu organique. Organique, c'est un des mots que j'ai à la bouche quand je dois décrire les plantes horticoles que j'aime. La ressemblance de certaines avec le monde animal ou des organes me fascine et m'attire.

Cependant, ce n'est pas le seul des critères qui animent nos choix. La liste de ceux-ci est longue. Plantes non invasives (surtout), aux écorces d'exception, adaptées à la nature du sol, aux floraisons hivernales ou prolongées, délicieusement parfumées, dépolluantes, fruitières et fourragères ou encore rares, il y a de quoi se constituer un sacré catalogue. Parmi nos préférences, les érables (Acer) et les cornouillier (Cornus) sont les rois, avec pour ma part une grande préférence pour le cornouiller du Japon (Cornus kousa) aux fruits roses.

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C'est la première fois que je rencontre l'échevérie de l'Etna (Echeveria cv. 'Etna'). C'est un hybride issu d'Echeveria 'Mauna Loa' (aux motifs rouges le long de la limbe) et d'Echeveria 'Barbillion' (aux caroncules prononcés), deux cultivars qui comme le genre du même nom, sont originaires du Mexique et de l'ouest d'Amérique du Sud.

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Créée aux Etats-Unis, son nom d'Etna fait référence à ses couleurs qui pour ses créateurs évoquent une coulée de lave. Résistante à la sécheresse, elle se plaît dans les sols drainés exposés à mi-ombre, ce qui laisse entendre que sous nos l'atitudes, elle ne peut être cultivée qu'en intérieur ou en serre car la belle ne supporte pas la moindre gelée. Côté floraison, rien de très extraordinaire. Cette echéverie apparatient à la famille des crassulacées comme les orpins et les joubarbes, ses fleurs orangées en sont caractéristiques et se dressent au sommet d'une hampe florale rouge. Le feuillage persistant fait la particularité et la beauté de ce cultivar qui me plaît tellement.

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D'une manière plus générale, j'adore les crassulacées que l'on range aisément dans la catégorie des plantes grasses. Leur adaptation aux zones sèches, la grande résistance de certaines au froid et au piétinement mais aussi, leur apparence de cactée ou de cailloux ne va pas sans susciter la curiosité. J'aime particulièrement les joubarbes car elles m'évoquent les jardins de grand-mère et de montagne mais aussi, pour les légendes qui s'y raccrochent. Associées à Zeus puis Jupiter et enfin le bon Dieu, on les plaçait parfois sur les toits des maisons pour empêcher le foudre de les frapper. Au Moyen Âge, on les employait comme aphrodisiaque mais aussi cobtre la dureté d'oreille, ce qui tendrait à faire mentir l'adage selon lequel certaines pratiques pourraient rendre sourd ...

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Au premier abords, je n'ai jamais été fan des conifères, et puis j'ai découvert les merveilles du sapin blanc (Abies alba) des forêts de Chartreuse, puis le pin parasol du Japon (Sciadopitys verticillata) dont je suis littéralement tombée folle amoureuse en le découvrant au fin fond de l'arboretum de Huelgoat il y a un peu plus d'un an. Aujourd'hui mon dévolu se porte sur le sapin de Corée nain panaché blanc (Abies koreana "Ice Breaker"). Ne dépassant que rarement 1 mètre, son aspect de buisson dense et tortueux me fait complétement craquer.

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Je ne pouvais pas non plus m'arréter sur ces deux cultivars nains de ginkgo (Ginkgo biloba) aux feuillages incroyables ! Le Chris Dwarf ne dépasserai pas les 60 centimètres en 10 ans et le Sehoshaphat n'aurait une croissance guère plus remarquable mais détonerait par des feuilles de petite taille et d'un joli vert glauque.

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C'est également à la fête aux sorbiers (Sorbus),  des arbustes de grande taille connus pour leurs fruits et leurs feuillages colorés quand s'en vient l'automne. Là encore mon coeur chavir, et bien que je dois avouer rêver de planter un jour le sorbier des oiseleurs (Sorbus domestica) et son cousin, le cormier (Sorbus aucuparia), ils ne sont pas les seuls. Dans la liste, on trouve ce superbe spécimen.

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Le sorbier à feuilles de fougère (Sorbus scalaris) est une espèce asiatique qui se développe dans les montagnes de Chine jusqu'à 3000 mètres d'altitude, en particulier dans les forêts mixtes, c'est à dire qui se composent de feuillus et de conifères. Néanmoins il est rare de trouver l'espéce sous nos l'attitude, sa culture s'avérant complexe. Il s'agît le plus clair du temps d'hybrides issus d'un parent européen. Il est apprécié comme arbre d'hornement pour son feuillage qui devient intégralement pourpre à l'automne mais aussi, ses imposantes ombelles de fleurs blanches mélifères qui, au printemps, embaument l'air.

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J'adore les hortensias (Hydrangea). Pendant longtemps, je les ai rangé dans les plantes à mémé avec les bégonias et les pensées (qui s'y trouvent toujours), mais notre premier road-trip en Bretagne, les nombreux jardins visités puis l'incroyable jardin de mon professeur de mathématique m'ont finalement fait changer d'avis.

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Originaires d'Amérique du Nord et d'Asie, en particulier de Chine et de Japon où ils sont aujourd'hui encore très populaires, les hortensias ont conquis la Gaule. Si le classique Hydrangea macrophylla est en tête des ventes, il commence à être peu à peu talloner par de petits nouveaux.

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Pour nous, c'est l'hortensia paniculé (Hydrangea paniculata) qui remporte tous les suffrages. J'ai eu l'occasion de présenter brièvement cette espèce (qui n'est pas illustré en photo ici) dans un des derniers articles du blog. D'originie asiatique et à la floraison blanche, il supporte très bien les sols de nature acide et neutre, s'acclimatant sans mal sous nos l'atitudes. Son intérêt esthétique réside à mon sens dans la forme et les couleurs de ses feuilles. D'abords vertes et ternes tout en évoquant celles du chêne, elles se parent d'un magnifique rouge-orangé quand l'automne s'annonce tandis que les fleurs stériles deviennent rouilles.

 

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Sur l'allée des associations, mon regard s'arrête sur superbe tente en voilage blanc peuplée de jolies fleurs. Une initiation aux plantes sauvages y est proposée en stand, autant vous dire que je saute littéralement dessus. Pesto d'ortie et de plantain, conserve d'ail des ours, fibres de laine teintés avec des plantes sauvages, coloriage nature, miel et huiles essentielles, bénévoles accueillants et sympathiques, il y a tout ce qu'il faut pour faire mon bonheur !

Belle et grosse journée en perspective, avec de nombreuses découvertes ! Mon porte-monnaie se félicite du fait que nous n'ayons pas encore de jardin, sinon la visite se serait soldée par une banqueroute assurée ! Mais nous ne perdons pas bredouilles, dans nos têtes les idées et les envies foisonnent, nos mains se mettent vite au travail et déjà émerge des brouillons papiers notre futur jardin. D'ici la réalisation, il faudra se montrer bien patient.

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dimanche 11 novembre 2018

Défendons notre île et sa forêt !

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L'île de la Table Ronde, un coin de paradis en danger.

C'est un article un peu moins léger qu'à l'habituée que je vous propose ce soir. Il y a quelques semaines de cela, j'ai pu participer avec 200 autres personnes à la marche pour l'Île de la Table Ronde au Sud de Lyon. Si vous êtes un habitué du blog, ce nom vous est peut être famillier et pour cause, c'est là que j'ai pu faire une grande partie des mes chantiers-écoles dans le cadre de mes études.

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Par où commencer ? Peut être par le fait qu'il s'agit de l'une des plus grandes ripisylves de France (et la plus grande du Sud du pays) et que celle-ci est sur le point de disparaître. S'il n'y avait que cela.  Longtemps utilisée comme décharge et comme ball-trap, ses sols sont aujourd'hui fortement pollués. Pourquoi s'émouvoir ? Tout simplement parce que l'écosystème qui s'y trouve y est remarquable et pas un seul titre. Les arbres comme les saules dépolluent lentement mais surement les dérivés d'hydrocarbures présents un peu partout. Les peupliers captent les métaux lourds et les stockent, empêchant que ceux-ci ne finissent dans l'eau ou dans la chaîne alimentaire.

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La mobilisation citoyenne ne s'articule pas uniquement autour de ces enjeux. L'île est devenue au fil des années, sur les espaces ouverts au public, un site majeur pour les familles. Animations nature, observations de la faune, randonnées, baignades et ballades en vélo sont les quotidiens de centaines de métropolitains.  Quant aux habitants de Vernaisons, ils sont aussi les premiers concernés. Il y a 20 ans de cela, ils été invités a payer de leur poche, à travers les impôts locaux, la réhabilitation partielle du site qui se compte en millions d'euros. Aujourd'hui ils vont être mis à nouveau à contribution pour financer sa destruction. Un gâchis énorme en vue.

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Pourquoi donc détruire ce patrimoine me direz-vous ? Pour y installer une pépinière en hors sol pardi, et pas des moindre car il s'agit de le deuxième plus grande de France. Installée à l'origine sur l'île de la Chèvre plus au Sud sur le Rhône, elle a été contrainte de déménager face aux risques chimiques liés aux nombreuses industries locales. Parmi les sites proposés, de nombreuses terres cultivées, des friches et enfin, notre île de la Table Ronde. Pourquoi la choisir ?

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Tout simplement pour des questions pratiques : il n'y a ici qu'un seul propriétaire, ce qui se résume en un gain de temps et de démarches administratives. Quelle brillante idée. Au diable la santé des employés, la faune et la flore, ce n'est pas comme si sur site se trouvait une espèce de champignon endémique, une orchidée protégée, le castor, la loutre de temps à autre, le martin pêcheur, une des plus grandes populations de fougère langue de serpent du département mais aussi, l'un des plus grands sites de nidification du milan noir en France, un rapace protégé. Quel manque de considération pour le patrimoine naturel rhodanien et le bien-être de la population.

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Pour compléter le tableau, un lobbyiste a été engagé pour mettre à mal les démarches visant à proposer d'autres alternatives, agissant littéralement comme la chenille gâte bois (Cossus cossus) que vous pouvez voir si contre sur la photo, qui a été observée au pendant la manifestation sur l'île et, qui se caractérise par sa voracité et sa capacité à mettre à mal tout ce qui peut porter des fruits. Face à l'immobilisme des autorités et les tentatives de sape, les citoyens engagés tiennent bon et tentent de faire primer leurs revendications qui sont plus que légitimes dans un pays démocratique : faire une étude sur les autres sites candidats et rendre publique l'étude d'impact sur les espaces naturels, des choses d'ordinaires obligatoires mais qui semblent ici ne pas tenir compte de la loi.

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Je suis en colère, en colère de voir que la démocratie même à petite échelle ne marche pas partout, de voir les prairies à orchidées (18 espèces tout de même) sur le point de disparaître, de voir pour la dernière fois les tapis d'ail des ours, de voir un poumon vert pour la métropole disparaître à l'heure où on comprend enfin que ceux-ci sont essentiels au bien être humain et à la paix sociale. Quel scandale que celui de refuser d'autres alternatives. Cette nature là c'est un bien commun, elle apaise, elle dépollue et assainie, elle fait gagner des milliers chaque année à la collectivité avec les services écosystémiques qui s'y rattachent. J'ai passé des heures à pratiquer des protocoles, à recenser les fleurs, à observer les oiseaux, à compter les ophrys de mai, à faucher l'herbe haute et à couper les ligneux qui referment le milieu, à contempler les coulées des blaireaux et à sentir l'ail de printemps qui embaume l'air. Je ne pouvais pas ne pas m'engager. Ce n'est pas un acte militant, c'est un acte de bon sens. Un seul credo : "ni écolos, ni bobos mais juste citoyens". Des citoyens déterminés qui plus est. Nos mornes existences manque de nature, ne nous privons pas du peu qu'il en reste aux abords de nos grandes villes. Nos voix ne seront peut être pas entendues mais nos actes les porterons loin.

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samedi 3 novembre 2018

Sortie en montagne 24.

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Au sommet du Pilat

Dans le précédent article, nous nous étions aventurés à son pied en explorant le Pet du Loup. Cette fois-ci c'est au sommet que nous nous attaquons. Le Pilat appartient au Massif Central et se caractérise par la nature acide de son sol et de sa roche mère. De ce fait, la flore que je vous présente dans ce billet et qui en est caractéristique fait son apparition pour la première fois sur le blog.  Cela change quelque peu des espèces que j'ai l'habitude de mettre en lumière dans les "Sorties Montagne", et tiens au fait que cet été nous avons beaucoup visité le massif de la Chartreuse qui lui est de nature calcaire, ce qui favorise les végétaux adaptés aux substrats neutres ou légèrement basiques. Toute fois, on trouve dans l'humus des sapinières cartusiennes et à leurs abords des plantes communes aux deux massifs. Pour en revenir à notre montagne, il faut savoir qu'elle détonne par les climats dominants qui s'y trouvent et qui là aussi, permettent de rencontrer des espèces peu communes dans mes explorations alpines. Si les hauteurs sont animées par un climat montagnard balayé par les vents, la face Ouest est à tendance continentale et celle située à l'Est, à influence méditerranéenne. Autant le dire tout de suite, niveau milieux et habitats, ça détonne. L'agriculture s'est appuyée sur cette spécificité pour se développer. Pastoralisme sur les sommets, sylviculture sur les froides pentes de l'Ouest, viticulture, arboriculture et cultures maraîchères à l'Est, là où le soleil tape le plus fort et où les températures sont les plus douces.

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Pas évident le genre qu'est celui des ronces (Rubus). En botanique on se plaît souvent à dire qu'il y a une espèce de ronce par forêt et je pense de même. Certes on peut aisément différencier la ronce bleue (Rubus caesius) de la ronce à poils glanduleux (Rubus glandulosus) mais de là à pouvoir à mon petit niveau décrire toute la gamme des ronciers, il y a un gouffre. Cependant une chose reste immuable : le plaisir que procure la récolte et la dégustation des fruits qui tâchent tant et colorent les doigts de pourpre.

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Les humains ne sont pas les seuls à aimer ces petites baies sucrées. Merles noirs, muscardins, renards roux ou encore grives musiciennes, c'est un grand nombre d'espèces qui se nourrissent de la ronce. Ces feuilles en particulier font le bonheur  des phasmes et des chenilles comme celles du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi) que j'ai pu présenter il y a quelques jours et qui portent le nom très évocateur d'anneau du Diable. La ronce est très présente dans l'imaginaire collectif, on al retrouve même dans les Disney. Par exemple dans la Belle au bois dormant, elle forme des entraves impénétrables autour du château de la terrible sorcière. Cependant, on ne saurait oublier son rôle bénéfique. Couvrant de son ombre les jeunes plantules des arbres, c'est elle bien souvent qui permet à la forêt de prendre naissance.

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Qu'elles sont belles les dernières campanules (Campanula) de l'année. Elles se distinguent des autres plantes par leurs fleurs bleues à cinq pétales à demi-soudés. Leur nom scientifique Campanula vient du même mot médiéval qui désigne une petite cloche, du fait de leur forme de clochette. Cela explique pourquoi elles sont rattachées à de nombreuses légendes, surtout en Italie, où il est question de clochers et de sonneurs de verpes.

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Connaissez-vous l'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea subsp. vitis-idaea), l'un des plus célèbres pisse-mémé qu'il soit avec le pissenlit ? J'ai fait l'erreur de la confondre au premier abords avec le raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) que l'on nomme bousserole et qui tout aussi diurétique.

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La distinction se fait entre autre, à partir des feuilles dont les bords sont couverts de petits poils. L'airelle rouge s'étant sur une grande aire géographique, on l'a rencontre aussi bien dans des zones arctiques que tempérées et est présente en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. En France elle se plaît dans les collines et massifs acides mais reste rare dans certaines régions comme les Pyrénnées, les Voges et la Normandie (ce ne sont pas les seules). De manière assez générale, elle se plaît sur les sols pauvres, strictement acides et de mi-ombre. De ce fait les tourbières et les flancs des montagnes schisteuses lui conviennent très bien. 

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Bien que très tentante, la récolte de l'airelle rouge ne se fait pas de manière libre et fort heureusement. Certains départements et régions ont mis en place un calendrier et une réglementation visant à préserver les populations de cet arbrisseau qui se fait de plus en plus rare dans les étages collinéens. Un ramassage abusif, l'utilisation d'outils et de techniques inadaptées et le piétinement des plans figurent parmi les causes de sa diminution.

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Côté cuisine, les airelles sont consommées crues en salade et en jus mais aussi infusées. Cuites elles entrent dans la composition de confitures, de sauces pour le gibier et de compotés. Elles peuvent également être distillées pour donner une très bonne eau de vie. Dans l'usage médicinal populaire, le fruit est utilisé pour régler les problèmes de vessie mais aussi utérins. On emploie également à ces fins la teinture mère que l'on tire des feuilles ou de la plante entière, ce qui ne va pas sans impacter les peuplements. C'est également une espèce associée aux maux typiques de ce que l'on appel la vieillerie, du fait de son utilisation pour les problèmes intestinaux et digestifs, les faiblesses osseuses et les défaillances des tissus sanguins comme ceux entourant le coeur.

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Voici un bref aperçu du sommet des Crêtes dominé par la callune commune (Calluna vulgaris). Elle fait bien souvent le bonheur des apiculteurs qui en tirent un délicieux miel. Ici elle compose une partie des pâturages et il arrive régulièrement aux moutons d'en grignoter les jeunes sommités ce qui a pour effet de rajeunir les pieds. À l'instar de certains champignons comme le bolet bai (Imleria badia), elle a la capacité de concentrer certains métaux lourds mais aussi des éléments radioactifs. Pour la petite histoire et l'aspect légendaire, on peut partir du côté de la Bretagne, connue pour ses paysages qui se composent de landes à callune et où, il était de tradition de raconter que la plante jouait un rôle protecteur en chassant les fantômes et les mauvais esprits.

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Une simple sauterelle ? Pas si sûr ! L'identification des orthoptères n'est pas aussi aisée qu'on pourrait le croire. Avec 17 genres et bine plus d'espèces, c'est à la bonne votre pour donner un nom à celle-ci. Cependant on trouve de très bons outils comme cette clé de détermination pour y parvenir.

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Après une petite recherche, il semblerait qu'il s'agisse ici de la dectique verrucivore (Decticus verrucivorus verrucivorus) appelée aussi sauterelle à sabre et qui se trouve, dans le cas présent, dans sa forme verte. Le sobriquet de "verrucivore" viendrait d'une ancienne pratique utilisant cette sauterelle pour se débarrasser des verrues en les faisant mordre par l'insecte puis en les couvrant du suc que celui-ci produit. C'est une espèce appréciant les mosaïques d'habitats, en particulier l'alternance de végétation dense et les zones nues comme les sentiers, les pierriers et les aires d'herbes rases que favorise le pastoralisme même si cette espèce supporte très mal cette pratique. L'individu peu farouche présent sur la photographie est posté sur un myrtiller (Vaccinium myrtillus), une espèces qui accompagne souvent l'airelle rouge et la callune, du fait que ces plantes aient des besoins similaires et appartiennent à la même famille, celle des éricacées.

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Actuellement présente un peu partout en Europe, la dectique verrucivore est en forte régression. En Grande Bretagne elle est même en voie d'extinction et fait l'objet de mesures de protection importantes depuis les années 1990. La disparition de son habitat est l'une des premières causes de l'effondrement de sa population, bien que l'espèce soit ubiquiste (très "adaptable") en se nourrissant aussi bien d'insectes, de larves ou de végétaux. 

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Un couvert de myrtillers, de lichens, et callunes et d'herbes hautes, cela ne va pas sans rappeler les grandes étendues de la Scandinavie avec laquelle notre pays partage bien plus d'espèces végétales qu'on ne le croit, du fait de conditions climatiques similaire entre cette région du monde et une partie de nos montagnes. Néanmoins on ne trouvera au Pilat ni ours, ni boeufs musqués et encore moins de rennes.

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Parmi les gros mammifères qui peuplent les lieux et qui se nourrissent de la végétation locale, on peut citer le chevreuil qui est plutôt forestier mais surtout, les vaches et les moutons qui chaque année montent en estive pour assurer le maintient du milieu. Sans cette intervention les paysages du Pilat seraient bien différents et pour une partie, beaucoup plus forestiers. C'est dans cet environnement que l'on peut aisément apercevoir le renard roux (Vulupes vulupes) tout occupé à se nourrir des fruits de saison. Il reviendra aux premières neiges muloter les rongeurs imprudents réfugiés sous l'épaisse couche de neige.

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Les vents soufflent terriblement fort. Les poacées en sont les premières victimes et finissent par céder face à leur force en se couchant par endroit. Le paysage prend alors des aires de parc américain et on s'attendrait presque à voir débouler un troupeau de bisons (Bison bison) au galop ou d'antilopes américaines (Antilocapra americana).

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Le sommet cumule à 1431 mètres d'altitude et est le point le plus élevé du Crêt de la Perdrix. De là il est possible d'observe la plaine rhodanienne, de voir Vienne, Givor, Saint Etienne, un bout de Lyon et paraît-il, le Mont Ventoux, mais c'est avant tout la vue sur le Rhône qui nous saisie. 

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Une autre des caractéristiques du Mont Pilat réside dans l'abondance de chirats. Typiques du versant nord, ils sont peu nombreux. Ils sont apparus à la toute dernière glaciation et sont le fruit de l'éclatement des roches granitiques sous l'effet du gel. Ils forment un habitat rare, composé de mousses et de lichens, où les reptiles viennent prendre leur bain de soleil. C'est un endroit rêvé pour les herpétologues à la recherche de lézards et de serpents. Emblématiques du territoire, ils figurent  sur le logo du parc régional naturel. D'autres formations géologiques présentent également des pierriers de cette nature, notamment en Ardèche, dans le Puy de Dôme et semble-t-il, au Granier en Savoie (ils sont à dissocier des récents éboulements).

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Je vous en parlais en début d'article, voici la chenille du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi). N'est-elle pas magnifique ? Polyphage, elle se nourrit de feuilles de ronces mais aussi de celles des bruyères et de la callune entre autre. Autant dire que dans la lande elle est tel un coq en pâte. Elle est aussi l'hôte de nombreux parasites, en particulier des larves de certaines guêpes solitaires qui se développent à l'intérieur de la malheureuse.

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La randonnée se termine au chaud à la Jasserie, lieu historique où il fait bon déguster une tarte à la myrtille et un thé. Il faudra désormais attendre le retour des beaux jours, la fonte de la neige qui commence à s'installer et les vacances pour identifier la multitude d'espèces qui composent la végétation du Pilat comme l'alisier blanc, le sorbier des oiseleurs, les genêts, le pin des montagnes, le hêtre, les chênes pubescents et bien sûr les orchidées.

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lundi 29 octobre 2018

Sortie en forêt 79.

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Au pied du Pilat :

Nous voici sur la commune Les Haies, plus exactement au Pet du Loup, un espace naturel que vous retrouverez dans plusieurs de mes articles retraçant mon parcours d'étudiante en BTS GPN. C'est ici qu'avec mes camardes de classe, j'ai pu en partie me former aux questions propres à la gestion des milieux, en particulier en créant des placettes de nidification pour les busards, en dirigeant un chantier, en abattant des bouleaux menaçants de refermer le milieu, en rajeunissant des bosquets de callune ou encore, en déterminant les parcelles cadastrales à l'aide de GPS. Depuis novembre 2017, certaines zones ont beaucoup changées et sont devenues de véritables forêts de fougères aigles, signe que le milieu se ferme à nouveau. D'ordinaire, ce phénomène naturel ne pose pas problème car il s'inscrit dans l'évolution que connaît la lande à callune, cependant cette dernière étant devenue rare ici, il est nécessaire d'intervenir pour la maintenir.

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L'endroit est idéal pour observer la mante religieuse (Mantis religiosa). Cette merveilleuse créature aurait pu avoir sur le blog un article à elle seule. Mal aimée et souvent mal nommée, elle ne mérite pas le sobriquet de cheval du Diavle qu'on lui donne et qui est pour le moins imagé. 

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Il existe plusieurs espèces de mantes en France. Celle-ci est la plus commune et contrairement à ce que l'on peut penser, elle n'est pas nécessairement verte mais peut présenter toute une gamme de bruns et de gris lui permettant de se fondre dans la végétation. Elle peut ainsi à loisir se cacher des prédateurs mais également attendre le passage d'une proie qu'elle capture avec ses pattes avant, que l'on nomme ravisseuses et qui sont équipés de dentures. Contrairement à ce que l'on peut lire, celles-ci ne peuvent pas entailler la peau humaine, d'ailleurs la mante ne les utilise pas de cette manière pour se défendre. Elle a cependant à la capacité de les déplier en un éclair de temps et de le refermer tout aussi vite. L'insecte ainsi emprisonné n'a plus les moyens de prendre la fuite et fini dévoré. À la base de chaque ravisseuse on trouve un motif singulier ressemblant à un oeil. En situation de danger la mante écarte grand ses pattes avant puis les agitent, donnant l'impression d'être un animal bien plus gros et bien plus menaçant que ce qu'elle laisse supposer. Si cette technique fait parfois ses preuve, cela n'empêche pas les oiseaux d'en faire leur quatre-heure.

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On appel souvent sans scrupule une femme criminelle, une intrigante ou collectionneuse d'hommes "mante religieuse" du fait que les femelles mantes se plaisant dans un cas sur trois à dévorer le mâle. Il ne faut voir dans cet acte que ce qu'il est pour la belle : un moyen d'assurer le bon développement des oeufs en ayant accès à une source de protéine de premier choix. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, pour le mâle malchanceux, tout n'est pas perdu. Pendant que sa douce lui dévore la tête, son appareil génital continu son travail et fini même par cloisonner l'orifice de la femelle, empêchant ainsi tout autre de mâle de prendre part à la fécondation.

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La mante religieuse fascine. Dans la Grèce antique, elle est associée de par sa position de chasse aux prêtresses en prière. Son nom scientifique de "Mantis" est inspiré du grec Μάντις qui signifie prophétesse. Le terme "religieuse" double cette association, du fait de sa ressemblance avec un croyant en prière, d'où son surnom de Prie Dieu. Dans de nombreuses cultures asiatiques, elle est synonyme de fécondité et d'abondance, certains peuplent allant jusqu'à orner leurs tenus traditionnelles de représentations de mantes.

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Les femelles se distinguent des mâles par leur taille, 8 à 9 centimètres là où leurs amants sont plus proches des 4 à 5 centimètres. Chez les femelles l'abdomen est plus long, plus large et se termine par deux pointes formées de cerques (en somme deux pointes striées d'anneaux). Si les deux sexes peuvent voler sur de longues distances, les dames sont souvent clouées au sol quand elles deviennent gravides. Il faut savoir que faute de trouver un partenaire à proximité, la mante est capable de s'autoféconder, on parle alors de parthénogenèse. Les petites mantes qui sortent des oeufs contenus dans l'oothèque seront alors tous des mâles.

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Pour l'observer, il faut baisser les yeux. Les endroits où j'ai pu en observer en abondance sont les vignes du Beaujolais, les buissons denses mais aussi la végétation à ras le sol des Calanques marseillaises, les pâtures couvertes de broussailles du Libournais, les prairies de fauche de l'Ainan et les clairières à callune du Pet du Loup. En règle générale, l'habitat de prédilection de la mante religieuse se compose d'une zone ouverte, toujours en dessous de 800 mètres d'altitude, aux herbes hautes qui lui permettent de chasser à loisir les insectes et les araignées. Des cas relativement bien documentés de mantes prédatant de jeunes lézards et de jeunes serpents laisse penser qu'elle est le seul insecte Européen capable de se nourrir de vertébrés.

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Nous sommes dans un lande sèche à callune, c'est à dire un habitat qui se caractérise entre autre par l'abondance de callune (Calluna vulgaris) que l'on distingue des bruyères par l'insertion de ses feuilles et ses fleurs dont les pétales ne sont pas complètement soudés. Elle se développe sur des sols acides et drainés avec une faune spécifique.

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Lapins de garenne, perdrix, poules faisanes, vipères aspics, engoules vent, coronelle lisse, tariers pâtres, demoiselles en chasse et lézards en tout genre, se sont tout autant d'espèces qui se plaisent dans ce milieu. Les champignons ne sont pas en reste, en particulier ceux associés aux callunes et et qui permettent aux plantes de puiser la moindre ressource du sol. Pour maintenir ces landes au couvert arbustif, il est recommandé de limiter voire de supprimer les ligneux et les plantes au fort ombrage permettant l'émergeance de plantules d'arbres. Le pâturage avec des moutons ou des chèvres est une des solutions techniques employée pour empêcher le phénomène de fermeture.

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Le genêt à balai (Cytisus scoparius) fait aussi parti des espèces typiques de ce type de lande acide. Son nom vient de son usage ancestrale comme balai une fois les jeunes rameaux réunis en bouquet puis séchés. On l'utilisait plus particulièrement sur les sols de terre battue. Il s'oppose à un autre végétal, le bouleau verruqueux (Betula pendula) dont on disait que les sorcières ne pouvaient chevaucher les branches réunies en balai, le considérant alors comme un arbre associé à la magie blanche, là où le genêt noire était associé à la magie noir et faisait figure de monture pour se rendre au sabbat. Voici un exemple de deux espèces pionnières, ayant une dynamique similaire et une aire commune mais aux considérations complètement contraires.

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Autre espèce pionnière, le peuplier tremble (Populus tremula). Il est le seul de sa famille à se plaire en milieu forestier. Là où les autres peupliers prennent plaisir à s'intaller dans les milieux humides et sur les rives, il s'épanouit plutôt dans les sols frais mais drainés.

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Son nom de tremble vient de son feuillage qui au moindre vent de met à frétiller avec force ce qui ne va pas sans laisser s'échapper une délicate mélodie dans le sous bois. C'est un arbre bien connu du fait qu'il est employé à des fins économiques pour réaliser de la pâte à papier mais aussi des allumettes, de la menuiserie du fait de sa capacité à prendre des teintes argentées en vieillissant et des emballages comme les cagettes si précieuses pour allumer la cheminer l'hiver. Son écorce a été longtemps employée pour ses propriétés permettant de lutter contre la douleur. Aujourd'hui on préfère l'emploi des feuilles et des bourgeons, plus particulièrement pour soigner les infections respiratoires comme la bronchite. Chez les grecs anciens, ce peuplier est l'incarnation de la nymphe Leucé qui prit la forme du végétal pour échapper aux avances d'Hadès. Il incarnait dans la culture hellénique une passerelle symbolique entre le monde des morts et celui des vivants.

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Cela fait longtemps que les digitales pourpres (Digitalis purpurea) ne sont plus en fleurs. La plante est extrêmement toxique du fait qu'elle contient de la digitaline. Cette molécule n'est cependant pas sans utilité, car celle-ci permet de réguler le rythme cardiaque. Administrée il y a encore peu à partir d'extraits naturels, elle a été depuis synthétiser ce qui à l'avantage de permettre des dosages plus justes et une meilleure prise en charge des patients. Cette méthode préserve également les populations de digitales en Europe des cueillettes commerciales.

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La belle ondontite jaune (Odontites luteus) est au rendez-vous. Nommée aussi euphraise jaune, son nom d'ondontite ne va pas sans rappeler tout ce qui touche aux dents, d'ailleurs en arabe son nom signifie "molaire jaune" ce qui laisse supposer mais sans aucune certitude d'un usage ancien de la plante pour soigner les troubles de la dentaires.

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En France on la rencontre dans tout le Sud (exception faite au Pays Basque) et dans l'intégralité de l'Est du Pays, le plus souvent dans les milieux secs et arides, parfois en lisière de forêt ce qui correspond plutôt bien au Pet du Loup. C'est une plante hémiparasite, c'est à dire que bien chlorophyllienne (qui fabrique donc sa nourriture), elle va également puiser des ressources dans ces proches voisines, en particulier les minéraux essentiels à son développement. En sommes, c'est une forme de vampirisme végétal. Il n'est pas rare de la voir fleurir jusqu'en septembre et bien qu'elle préfère les zones géographiques au climat plutôt clément, on peut la croiser jusqu'à 1800 mètres d'altitude.

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Ce lézard des murailles (Podarcis muralis) prend un bain de soleil avant de retourner à sa cachette. L'hiver approchant, il se mettra alors en hivernation et n'émergera de temps à autre de son sommeil que si l'ensolleillement est suffisant. Les grands froids ne permettant pas aux papillons, mouches, sauterelles et autres araignées dont il se nourrit d'être abondants, il doit se mettre à la diète faute de proies. Néanmoins ce régime alimentaire ne l'empêche pas de vivre 5 à 8 ans, les plus vieux spécimens pouvant atteindre 20 centimètres.

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Que de chemin parcouru depuis les chantiers de novembre 2017 au Pet du Loup. Une année bien fournie, avec l'obtention du diplôme, un poste dans la fonction public comme vacataire sur les questions d'agriculture et d'aides européennes, la PAC. Cependant, cela ne serait être le seul bouleversement, et pour tout dire il est de taille, j'aurai l'occasion de revenir dessus dans les prochains articles du blog et pourquoi pas, d'y consacrer un billet entier. En attendant ,l'heure est aux sorties d'automne, avec l'approches du suivi loutre et les grandes expositions mycolgoiques locales. Les soirées s'annoncent bien remplies mais passionnantes, d'autant plus que le secteur rhodanien n'est pas sans atouts. Cela promets quelques reportages faunistique en perspective et pourquoi, une très prochaine sortie entre visiteurs du blog. À suivre !

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