mardi 18 septembre 2018

Découvrons le marais de Chirens.

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Nous voilà dans l'ENS du marais de Chirens, pour une visite un peu particulière. J'anime pour l'occasion une sortie pour mes proches. Le lieu est idéal, l'histoire géologique est riche, ne serait-ce que par la formation du marais à la suite du retrait des glaciers qui donna naissance à un lac dont les traces les plus anciennes remontent à 14 000 ans.

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Nous sommes de ce fait une joyeuse bande à partir à la découverte de la faune et surtout de la flore locale. Les milieux sont très diversifiés : saulaies, mares, phragmiteraies, peupleraie ou encore prairies humides, ce sont tout autant d'habitats pour s'initier aux joies de la botanique. Je suis partie tôt le matin quelques jours auparavant repérer les lieux. Il fait alors très chaud, pas moins de 26°C à 6 heures du matin. Hormis une troupe de chevreuils et quelques sangliers, un héron timide et quelques passereaux, les lieux semblent déserts. Je connais bien l'endroit mais un rafraîchissement de mémoire ne fait jamais de mal, d'autant plus que vérifier si le sentier est praticable ou que le lieu n'est pas fermé au public n'est pas un luxe, surtout quand on se trouve dans un espace sensible où la fréquentation est un des axes de sa gestion.

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Le circuit est accessible, nous sommes pour l'occasion pas loin d'une vingtaine. Une courte présentation me permets de retracer l'histoire du site mais aussi, son passé historique, en particulier avec l'influence des occupants celtes de la région, les Allobroges. Ces derniers ont laissé dans le paysage plusieurs vestiges dont des mottes castrales, traces de maisons-villages fortifiées et situées au sommet des collines entourant le marais de Chirens.

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Parmi les espèces présentes, on peut citer le solidage géant (Solidago gigantea), qui se différencie de son cousin canadien de par sa non pilosité (glabre) et de sa plus petite taille. C'est une espèce dite EEE : espèce envahissante exotique, c'est à dire venue d'une autre contrée que celle où elle se trouve, de manière non naturelle et représentant une menace pour la santé humaine et ou les milieux naturelles et ou l'économie. Outre son statut qui fait débat, ce solidage appelé aussi verge d'or géante est une plante médicinale employée par de nombreux peuples amérindiens. C'est aussi une plante mellifère dont le miel au goût fort est proche de celui de sarrasin.

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Par endroit sur le marais, le pourcentage de couverture de ce solidage est proche de 100%, c'est à dire que sur un espace donné, il est la seule plante à se développer, créant ainsi un peuplement monospécifique comme sur cette photo. Le problème, c'est que cette couverture végétale, toute belle qu'elle soit, empêche d'autres espèces essentielles au bon fonctionnement de la tourbière de se développer. Cela est particulièrement préjudiciable pour la liparis de Loesel (Liparis loeselii), une petite orchidée discrète et très rare, typique des zones humides et qui tend à disparaître à vitesse grand V. Une partie des animaux n'y trouvent pas leur compte non plus. Adieu les zones propices à la mise bas ou au pouponnage, pour apprendre aux jeunes à se nourrir ou nicher. Peu à peu les espaces colonisés se vide de leur grande faune et de leurs oiseaux.

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Le sureau hièble (Sambucus ebulus) n'est pas comestible contrairement au sureau rouge (Sambucus racemosa) et le sureau noir (Sambucus nigra) du fait de sa légère toxicité qui le rend purgatif. Dans l'usge populaire, sa racine était employée comme diurétique, bien qu'il soit plus sage de lui préférer le pissenlit pour cette usage. Ses fruits sont vomitifs et ses fleurs ont la réputation d'être soporifiques.

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Elles étaient employées également pour soigner les problèmes oculaires, sans que cela ne s'avère réellement efficace. Cet usage aurait donné à cette plante ses surnoms d'herbe aux yeux ou d'herbe aux aveugles. On l'a nomme également herbe aux punaises en raison de son odeur forte qui caractérise ce sureau mais aussi pour son purin qui fait office de répulsif contre les insectes ravageurs. La réalisation de ce purin est extrêmement simple, à raison d'1 Kg de plante fraîche mise à macérer dans 10 L d'eau.

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Proche de la mare, une angélique officinale (Angelica archangelica) prend ses aises à l'ombre, les pieds dans l'eau, joussant de l'abondance de matière organiqe (MO). Originaire du nord de l'Europe, c'est au 12e siècle qu'elle fait son entrée en France. Comestible, ses tiges et ses pétioles entrent dans la composition de nombreux desserts de la renaissance. Cependant, ses vertus curatives incitent à la consommer avec prudence par les femmes enceintes, du fait que la plante est abortive, d'où son nom d'angélique tiré de sa réputation de faiseuse d'anges, les anges étant dans la tradition les enfants morts avant d'avoir pu connaître le baptistère.

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Le long du sentier, des bosquets d'armoise commune (Artemisia vulgaris) se développent. C'est une plante que j'emploie régulièrement pour stimuler l'appétit et soigner les douleurs menstruelles de manière efficace. C'est également une plante à l'usage cérémoniale pour de nombreux peuples. Elle est par exemple fumée au Mexique dans des cérémonies religieuses ou employée en campagne française pour provoquer les rêves extra-lucides.

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La carotte sauvage (Daucus carota) est une plante commune voire banale et qui bien souvent, n'est que peut regardée. Et pourtant, elle en vaut la peine. Son goût anisé est parfait pour composer des infusions sauvages à l'aide des fleurs et graines glanées pendant une sortie.

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Elle se reconnaît à ses grandes bractées, à ses fleurs blanches dont une de couleur pourpre, marque souvent son centre. À la fin de la floraison, les fleurs de l'ombelle se referment sur elles mêmes, formant un véritable nid d'oiseau. Outre leur goût anisé, les graines possèdent de nombreuses vertus. Toniques, stimulantes, dépuratives, anti-inflammatoires ou encore anti-microbiennes, elles ont été pendant longtemps utilisées comme panacée contre les coliques néphrétiques et les rétentions urinaires. Les feuilles et fleurs peuvent également être employées à ces fins en infusion du fait de leur caractère diurétique. Elles entrent également dans la composition de nombreux produits de beauté anti-ride, anti-cellulite et anti-acné.

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L'ail des jardins (Allium oleraceum) se reconnaît à ses ovaires gonflés et à sa floraison délicate. Typique des friches et des pelouses rases, on le rencontre partout sur le territoire français. Utilisé en cuisine, il serait arrivé dans les pays nordiques sous l'impulsion des migrations vikings. Il est d'ailleurs souvent utilisé comme indicateur de vestige, l'espèce étant cultivée dans les cours des châteaux et les jardins de paysans au Moyen Âge.

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L'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) est une jolie plante aux fleurs roses réunnient en ombelles. De grande taille, elle tire son nom de la ressemblance de ses feuilles avec celles du chanvre et de ses propriétés pharmacologiques qu'elle partage avec l'aigremoine eupatoire (Agrimonia eupatoria).

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Typique des zones humides, en particulier de la mégaphorbiaie (habitat composé de grandes plantes aimant l'eau), c'est une mellifère sur la quelle on peut observer une grande diversité de papillons de belle dimension. Plante cholagogue (bénéfique à la production de bile et à la digestion de ce fait), ce sont ses feuilles et sa racine qui sont utilisées. Son intérêt réside également dans ses propriétés antioxidantes de par ses acides ascorbiques et coumariques et de la lutéine qu'elle contient, ses effets digestifs avec ses polysaccharides ou encore, ses vertus anti-inflammatoires de par ses lactones, ce qui invite à l'employer de manière discontinue et avec prudence.

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La bourdaine (Rhamnus frangula) est un arbuste des marais. Violent purgatif, il est aussi un arbre remède qui était prisé à l'antiquité. Cependant ses nombreux alcaloïdes poussent à préférer des plantes aux mêmes effets mais beaucoup plus douces pour l'organisme. Les chevreuils sont de grands amateurs des fruits de bourdaines, ceux-ci ayant des effets psychotropes sur les cervidés. C'est aussi une plante tinctoriales dont des rameaux on tire des teintes rouges et brunes, de l'écorce sèche un rouge framboise et des ses baies à maturité du vert.

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Il y a de nombreuses autres plantes médicinales et comestibles sur le marais de Chirens, elles sont tout autant d'occasions de montrer la richesse de ce site souvent méconnu et pourtant essentiel au bon fonctionnement de la vallée de l'Ainan, que cela soit pour son agriculture, sa faune ou le maintient de ses paysages. Morelle douce-amère, menthe aquatique, lamier maculé ou reine de prés, ce sont là quelques unes des merveilles à découvrir.

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Sur le retour, nous tombons  sur une plume de chouette hulotte (Strix aluco). L'abondance de rongeurs du fait de la multiplicité de milieux est une aubaine pour cette espèce qui doit aussi partager son teritoire avec le hiboux moyen duc (Asio otus) dont la présence est avérée sur le site.

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Galéopsis tétrahit (Galeopsis tetrahit) est appelé ortie royale bien qu'il n'en soit pas une. Il n'a en effet ni les vertus, ni les poils urticants. De même, on l'appel parfois chanvre bâtard bien qu'il en soit éloigné botaniquement parlant. Son nom de "Galéopsis" signifie "celui qui a l'aspect de la belette", en raison de la pilosité de ses fleurs et de la forme de son labelle, typique de cette famille, les lamiacées.

Arrivée sur la place de l'église, le circuit prend fin. Le tour aura duré un peu plus de 2 heures, le temps qu'il faut pour aborder une vingtaine de plantes, présenter les habitats emblématiques du marais, faire sentir et toucher les graines, fruits et feuilles parfumées rencontrées tout au long du chemin et surtout, pour prendre le temps d'échanger. C'est une expérience formidable que j'ai hâte de renouveler d'ici peu dans les forêts de Chartreuse pour une approche plus ethnobotanique sur les usages passés et magiques des plantes et des champignons.

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dimanche 9 septembre 2018

Sortie en montagne 22.

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LA GRANDE SÛRE

 

S'élevant à 1920 mètres d'alitude, ce sommet de moyenne montagne se trouve en Chartreuse et domine la ville de Voiron. Son alpage se dessine en un cirque enclavé observable qu'à l'arrivée des trois grands cols qui le desservent. Leurs noms évocateurs de col de la Grande Vache, de la Petite Vache, ou encore de la Combe des Veaux attestent de l'ancienneté des pratiques pastorales qui s'y déroulent encore. Dans les années 1900, plusieurs chalets familiaux occupés l'été s'y trouvaient.

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Disparus depuis, leurs fondations peuvent être observés, en particulier en cheminant par le col de la Placette. C'est un espace classé ZNIEFF, c'est à dire "Zone Naturel d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique" en raison des espèces et des milieux qui s'y trouvent et qui sont typiques des estives pré-alpiennes. Pour cet été 2018, la série des "Sortie en montagne" ne déroge pas à la règle puisque la montagne vous est présentée en deux temps pour marquer les deux saisons à la quelle nous l'avons découverte.

 

Au printemps :

Tout est vert. Nous commençons notre excursion bien tard et nous arrêtons à mi-chemin. Les plantes sont au paroxysme de leur floraison, aussi bien dans le sous-bois que le long du chemin qui mène au bout du sommet en trois heures de marche, quatre si on se trouve en famille. Plantes médicinales, magiques et comestibles sont disséminées ça et là le sentier et ponctues le paysage tout au long de notre randonnée.

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Lichens et mousses pendent des branches. Contrairement à ce que peut renvoyer l'imagerie populaire, leur présence sur une face d'un tronc ou d'un rocher n'indique pas nécessairement le nord. Le vent, le pluie, l'humidité ambiante, la luminosité et l'essence de l'arbre sont tout autant d'éléments qui peuvent faire mentir ce lieu commun.

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Les lichens et les mousses sont également des micro-habitats. Peuplés d'insectes, de petits gastéropodes (escargots, limaces), de bactéries, de champignons et même d'algues, ils sont essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes en abritant les ravageurs des arbres mais aussi leurs prédateurs, permettant la régulation des populations végétales et l'autorégulation de la forêt. Les lichens sont très prisés. Certains sont médicinaux comme le lichen barbu (Usnea barbata) et sont utilisés dans la pharmacopée. Les autres sont essentiellement récoltés pour être utilisés dans l'agro-alimentaire comme gélifiant. Dans les pays nordiques comme la Suède, ils servent de fourrage aux immenses troupeaux de rennes élevés en semi-liberté dans les terres inhabitées.

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Les champignons font leur apparition. Ceux-ci sont vieux. Il s'agit de polypores marginés (Fomitopsis pinicola) dont le carpophore, c'est à dire la partie visible et souvent associée au chapeau et au pied, est en train de dépérir. Ce phénomène est le plus souvent le signe que la reproduction s'est bien effectuée et a été menée à son terme. Cependant, cela peut aussi dire que le champignon est entrain de subir une attaque par un autre organisme.

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Portraits d'orchidées. De gauche à droite, la discrète listère à feuilles ovales (Neottia ovata), la platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), la non chlorophyllienne néottie à nid d'oiseaux (Neottia nidus-avis) et l'imposante orchis maculée (Dactylorhiza maculata) qui se détermine à son profond labelle.

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La raiponce en épi (Phyteuma spicata) semble être un terrain de chasse pour cette araignée crabe (Thomisidae sp.). Ses épis sont blancs mais peuvent parfois être bleus, ce qui est souvent le cas en Chartreuse, ce qui peut entraîner une confusion avec sa sous-espèce, la raiponce occidentale (Phyteuma spicatum subsp. occidentale). Plante forestière et des lisières, elle aime les sols humides, riches en matière organique et exposés au mi-ombre. Comestible, les usages que l'on en tire sont multiples. Avant la floraison ou en tout début de celle-ci, les épis peuvent être cuisinés crus en salade ou mangés tels quels. On peut également les cuire en omelettes, à la vapeur, sautés à la poêle comme des asperges avec leur tige ou caramélisés. Les feuilles caractérisées par la tâche noire qui marque leur centre, connaissent le même sort. Récoltées jeunes et avant la montée en graines, on les incorpore aux salades ou on les mange en soupe ou comme des épinards. La racine peut être râpée ou bouillie. Elle se fait douce quand elle est épluchée, piquante quand elle ne l'est pas. Véritable légume des bois, les innombrables fleurs qui composent l'épi font le délice des abeilles forestières et de nombreux autres pollinisateurs qui se font souvent piéger par les araignées aux aguets. Robuste et ne craignant pas les basses températures, la raiponce en épi pousse jusqu'en haute altitude, parfois à plus de 2000 mètres d'altitude. De ce fait on la trouve sur tout le territoire français, ce qui explique son usage récurrent au cours des siècles pour ses propriétés apéritives et digestives mais aussi ses fleurs utilisées pour soigner les problèmes oculaires et buccaux en raison de leurs supposées vertus astringentes et anti-inflammatoires.

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Récolte sauvage. Les jeunes pousses de sapin blanc (Abies alba) et d'épicéa d'Europe (Picea abies) tombent dans nos paniers sous les pincements de nos ongles. Elles termineront en délicieux sirops fait maison qui non contents d'êtres bons, sont également expectorants et mucolutiques, c'est à dire qu'ils fluidifient les mucus. Ces arbres ont également des propriétés anti-inflammatoires, décontractantes et antiseptiques.

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À leurs pieds pousse le bolet à pied rouge (Neoboletus luridiformis), à proximité de myrtillers sauvages (Vaccinium myrtillus), choses courantes en particulier en montagne. Pouvant atteindre une belle taille (20 centimètres pour le chapeau), sa chair jaune une fois coupée passe du bleu au rouge poupre rapidement.

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La capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) se nomme également fausse capillaire ou doradille chevelue. Son système racinaire est puissant, ce qui permet à cette fougère de se loger dans les interstices des falaises et des murs, dans des milieux où elle ne subit que peu la concurrence des autres végétaux, à condition que son substrat soit de nature calcaire ou du moins basique.

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Présente sur tout le territoire, elle est facile de culture pour peu qu'on ne lui apporte pas trop de substrat et qu'on lui procure assez d'ombre et d'humidité. Dans la grande théorie des signatures, qui associe une plante à l'organe humaine auquel elle ressemble ou à un mal ayant des attraits similaires à elle (conditions d'apparition, milieu de vie etc.), les asplenium ont réputation de soigner la rate, en raison de leur réseau de sporanges qui évoquent les réseaux sanguins alimentant cette dernière. De là vient leur nom, inspiré du terme grec "Splenon" qui signifie "rate". Le terme capillaire fait allusion à cette même ressemblance avec les fines veinures du corps humain, les capillaires, mais aussi à l'usage de la plante au moyen âge qui voulait que, mélangée à des déjections de chats, elle permette la repousse des cheveux.

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Les bords de talus moussus et ouverts à la mi-ombre offrent une grande variété de plantes tel des monotropes suce-pin, des belladones, des saxifrages en tout genre et des scolopendres qui profitent du ruissellement de l'eau et de la couche de bryophytes qui agit comme une véritable éponge, protégeant les végétaux de la sécheresse.

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Drôles d'organismes n'est-ce pas ? Il s'agît de myxomycètes, un règne à part qui comporte des milliers d'espèces. Entre le champignon et l'animal, ils sont capables de se déplacer, certe lentement, d'un point à un autre. Ils sont présents dans la litière forestières, les mousses, le bois mort et la matière organique en décompositions.

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La plupart d'entre eux se nourrissent de champignons, que ça soit la partie immergée, le carpophore ou souterraine, le mycélium. Certains se spécialisent dans les réseaux mycéliens morts, d'autres sur la fonge vivante. À leur tour ils servent de nourriture, en particulier aux moisissures mais aussi aux insectes et même à de petits gastéropodes. Présents presque partout dans le monde, on en dénombre plus de mille espèces. Leur étude qui fait appelle à la microscopie, donne à avoir des fromes et des couleurs extraordinaires, en particulier sur les parties reproductives.

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Nous voilà arrivés au belvédère de None, à 1200 mètres d'altituide. Encore deux heures nous séparent du sommet, compter en trois si vous êtes partis avec votre smala. À nos pieds s'étends la ville de Saint Laurent du Pont dont vous pouvez retrouver l'histoire dans le précédant billet de sortie en forêt (ICI). Et dire qu'il y a un peu plus de 1000 ans de cela, c'est un lac qui s'étendait à perte de vue et non pas un fond de vallée humide et fertile.

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Cependant, nous ne continuons pas plus loin. La nuit se fait présente, nous rentrons retrouver nos pénates, non pas sans avoir fait une halte auprès d'un orme des montagne (Ulmus glabra), espèce peu courante en raison de la graphiose mais relativement présente ici et reconnaissable aux dimensions de ses feuilles et de son tronc. 

 

Au coeur de l'été :

Changement de saison et de températures. Cette fois-ci nous sommes partis pour atteindre le sommet. Il fait chaud, une grande partie de la végétation en basse altitude est brûlée par les rayons du soleil. Bien que l'année 2018 ne soit pas comparable à 2003, on a le sentiment de s'en approcher et cela n'est pas prêt de s'arrêter, les pronostics annonçant la répétition de ces épisodes de canicules pour les 5 prochaines années au moins.

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La belladone (Atropa belladonna) est une plante agitant l'imaginaire collectif. Rattachée à la magie noire pendant l'antiquité et le moyen âge, elle était prisée dans les cours seigneuriales de la renaissance. Les femmes de haut rang s'en appliquaient l'extrait contenant un puissant alcaloïde, l'atropine, sur les yeux pour dilater leurs pupilles et se rendre ainsi plus attirantes d'où son nom tiré de l'italien "Bella donna", belle dame. C'est à la même époque qu'apparaissent des dictons autour de la plante. Ainsi, faire consommer une graine de belladone à une femme la rendrait folle d'amour et très active sexuellement, mais lui en faire consommer deux la rendrait folle et trois, la conduirait à la mort. Toxique et mortelle, elle appartient à la grande famille des solanacées, connue pour les espèces qui la composent et qui sont employées comme poisons et psychotropes. De ce fait, la belladone entre dans la composition  du baume de sorcière, une préparation ancestrale qui appliquée sur les muqueuses permettaient aux magiciennes des campagnes de partir en transe.

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Dans notre ascension forestière, nous tombons sur un très belle exemplaire de lichen pulmonaire (Lobaria pulmonaria). En période humide, il prend une jolie couleur verte et à la fructification, présenter des organes reproducteurs roses semblables à de petits fruits sans pour autant en être.

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Il tient sa couleur à l'un des trois organismes qui le composent, l'algue Dictyochloropsis reticulata. Avec une cyanobactérie et un champignon, elle forme cette organisme hybride. Il est appelé pulmonaire en raison de l'usage ancien qui en était fait pour soigner les problèmes respiratoire en raison de sa ressemblance avec les lobes des poumons. Il est actuellement employé pour ses vertus anti-inflammatoires sur les muqueuses. Néanmoins, on n'aurait idée de le récolter, celui-ci se faisant extrêmement rare en raison de la sur-récolte qui a bien faillit le mener à sa disparition, phénomène renforcé par la pollution à la quelle il est très sensible et les grandes campagnes d'abbatages qui ont durablement modifiées son habitat. En rencontrer indique que l'on est dans une zone à l'air sain mais aussi, préservée en partie de l'action humaine.

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L'aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) est l'une des plantes, pour ne pas dire la plante, la plus toxique d'Europe. Son nom de tue-loup lui vient de l'usage que l'on en faisait pour lutter contre les espèces que l'on jugeait indésirables, ce qui donne une idée de sa dangerosité. En Inde, on l'emploie encore aujourd'hui pour confectionner un poison virulent que l'on applique sur les têtes de flèches utilisées pour la chasse et la guerre.

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Arrivée sur La Terrasse, à 1340 mètres d'altitude. La montée est aisée et la forêt se peuple peu à peu de grands conifères, les arbres aux feuillages caduques se retirant à mesure que nous grimpons, les conditions devenant peu favorables à eux, en particulier les températures qui se font fraîches très tôt dans l'année.

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Les fougères sont à la fête. L'humidité ambiante et l'abondance d'ombre sont favorables à leur développement, leur reproduction impliquant la présence d'eau grâce à la quelle leurs spores peuvent se disséminer et se rencontrer.

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La fougère mâle (Dryopteris filix-mas). Ses frondes se développent en formant un entonoire prenant pied sur une souche épaisse, écailleuse et profondément encrée dans le sol. Traditionnellement elle était employée comme vermifuges en l'incorporant dans l'alimentation animale et à la litières des bêtes de somme pour les débarrasser d'une partie de leurs parasites. Consommée au Japon et au Canada quand elle est sous forme de fronde, elle occasionne régulièrement des mises en hospitalisation, en raison des triterpènes et de la filicine qu'elle contient. Au pays du soleil levant, sa consommation serait la première cause de cancers de l'appareil digestif. Dans notre folklore européen, on racontait aux veillées du soir que les aventureux qui se trouvaient à minuit un soir de pleine Lune en forêt pouvait avoir la chance d'en trouver la fleur. S'il la cueillait et la gardait avec lui, il pouvait se rendre invisible volonté et avoir de grandes richesses le temps d'une année. Passé ce délai, la fleur ne faisait plus effet.

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Enfin, le sommet de la Grande Sûre se dévoile à nous, à l'arrivée du pierrier qui nous fait pour un temps quitter la forêt. Au loin, un vautour fauve (Gyps fulvus) s'élève dans les airs, nous gratifie d'un regard puis passe derrière la crête rocheuse. Depuis le début de l'année nous en voyons à presque chacune de nos sorties.

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Le chemin est étroit mais bien tracé, il faut cependant se montrer prudent dans le pierrier même si le cheminement se fait sans difficulté. Cette ouverture dans le flanc de la montagne est un véritable décroché où des plantes d'étages et milieux différents se côtoient, pour le plus grand bonheur des naturalistes et des botanistes. Petit rappel, la récolte de plantes et de fleurs dans le secteur selon les espèces est interdite ou réglementée.

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Nous arrivons petit à petit à l'apage, qui se caractérise par des pelouses d'herbes rases et une abondance de plantes montagnardes. C'est de ce fait que nous avont la chance de tomber sur nos premiers plans de thè des Alpes (Sideritis hyssopifolia), appelé aussi crapaudine. Malgré son air simple, c'est une plante prisée pour ses propriétés.

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C'est une plante digestive et expectorante, dont la délicieuse eau de vie est connue pour être vivifiante. De ce fait, elle entrerait dans la composition de la liqueur des pères chartreuse. En infusion, elle est excellente et parfume très bien les gâteau et les crèmes. Séchée, elle donne une odeur délicate au tiroir dans lequel elle se trouve. Emblématique du Dauphiné, elle est bien connue en Chartreuse où elle pousse sur l'étage alpin dès 1500 mètres d'altitude. Très appréciée des chamois, on peut souvent les observer en brouter les touffes sur les pends enherbés du Charmant Som, de la Pinéa, du Pinet, du Col de l'Alpette et de Chamechaude.

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Enfin, nous voilà à l'alpage. En cuvette, il n'est que peu visible du pied de la montagne et s'ouvre à nous comme le cratère  d'un volcan. Superbe, il est pâturé l'été par des vaches qui empruntent parfois d'étroits sentiers forestiers à fleur de falaise pour atteindre les pousses les plus tendre. La sécheresse y a fait son oeuvre et nous ne comptons plus les conifères morts et brunis par ce temps qui donne à l'herbage une couleur cramoisie bien triste.

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Autre plante propre au folklore local, la vulnéraire des chartreux (Hypericum nummulariifolium). Ce millepertuis rentre également dans l'elexir de Chartreuse. On l'utilisait en médecine populaire comme l'arnica pour parer les coups mais aussi comme cicatrisant. En infusion, on l'employait comme tonique. En comme toujours en montagne pour les plantes médicinales, la vulnéraire est couramment préparée en liqueur. Appelée aussi millepertuis à sous, elle est protégée, particulièrement en Isère où sa récolte doit faire l'objet du suivis de règles particulières pour préserver cette espèce devenue rare en raison de la sur-cueillette mais aussi du dérèglement climatique et du renfermement des alpages suite à la déprise agricole de certains espaces de montagne. Elle se développe sur la roche, de préférence calcaire, dans les crevasses et les fentes de celle-ci. De ce fait elle est courante dans les lapiaz, des formations rocheuses typiques des sommets de Chartreuse.

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Les éricacées sont à la fête, en montagne, elles sont bien plus nombreuses que l'on pourrait le croire. On peut par exemple rencontrer le raison d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) présenté ici à gauche, un petit sous-arbrisseau aux baies rouges comestibles et aux feuilles médicinales mais tout aussi riches en contre-indications qu'en propriétés. Au centre se trouve les myrtillier sauvages (Vaccinium myrtillus), aux fruits délicieux que l'on ne présente plus. À droite, il s'agit d'un rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) à la floraison printanière rose et qui semble atteint par une énorme galle, sans doute provoquée par une colonie d'acariens ou par des champingons.

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Autre grande figure de cette famille, la callune commune (Calluna vulgaris) qui souvent est prise à tort pour de la bruyère. Pour les distinguer, il faut savoir que les pétales de la callune sont en grande partie séparés, alors que ceux de la bruyères sont soudés et forment une clochette. Le département de Biologie ENS Lyon a, à ce sujet, créer un document simple pour apprendre à faire la distinction.

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Elle est peu présente sur le plateau, du fait qu'elle ait une préférence marquée pour les sols de nature acide, d'où sa présence couramment remarquée dans les peuplements de conifères et sur les sols tourbeux. C'est aussi une plante médicinale utilisée en usage externe comme antiseptique pour soigner les engelures mais aussi les rhumatismes, en interne comme dépuratif et diurétique entre autre. La callune commune fait aussi partie des plantes qui sont prédisposées à l'absobtion des éléments radioactifs et toxiques présents dans le sol, ce qui demande en cas d'utilisation après récolte, une bonne connaissance de la nature du sol et de son histoire (nuage radioactive, enfuissages industriels, rejets d'industries etc.).

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) est une petite fleur de moyenne montagne qui se plaît généralement à partir de 1000 mètres d'altitude. On la différencie de la gentiane d'Allemange (Gentianella germanica) qui lui est presque identique grâce au nombre de pétales : 4 chez la champêtre, 5 chez la germanique.

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L'euphraise  casse-lunette (Euphrasia rostkoviana) est une plante de plaine lumière qui pousse de faible altitude jusqu'à 3000 mètres, de préférence dans les zones à tendances humides, les pelouses, les lisières et les bords de talus.

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Elle tient son surnom à la théorie des signatures. les veinures colorées qui traversent ses pétales évoquant les vaisseaux sanguins d'un oeil. De ce fait et par association d'images, la petite fleur fût utilisée pour soigner les problèmes oculaires comme les conjonctivites ou la myopie. Aujourd'hui encore elle est employée à ces fins en homéopathie et dans les médecines dites "douces". Il était également d'usage de penser qu'elle pouvait apporter la claire-voyance à celui qui s'apposait sur les yeux un linge imbibé de l'infusion de cette euphraise. On pensait également que la mise en place de cette technique sur les oreilles permettait de faire preuve de claire-audience, ce qui explique pourquoi dans certaines régions, on en plaçait des bouquets séchés dans les oreillers pour leurs vertus supposées.

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La parnaisie des marais (Parnassia palustris) est une plante représentative des zones humides de montagne et qui se reconnaît à sa fleur blanche aux cinq pétales veinés de vert. Elle est aussi bien présente en Europe, de préférence occidentale et du nord, qu'en Asie et s'étend de la Chine au Japon. Cependant, elle reste peu commune dans de nombreux départements du pays d'où sa protection dans certains secteurs comme en Picardie, dans les Pays de la Loire ou dans le Centre. On parle alors de répartition euro-sibérienne pour cette espèce. On retrouve dans certaines traditions les traces de son usage populaire et qui est aujourd'hui abandonné, en raison de la rareté de la parnaisie mais aussi, de l'existance d'une pharmacopée plus appropriée, en particulier dans l'emploie qui en était fait pour ses tanins, des molécules plus présentes et facilement extrayables dans le chêne ou le thé entre autre.

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Les mouflons corses (Ovis aries musimon) sont présents. Aux jumelles nous en dénombrons environs 35 en deux petits groupes distincts. La grande harde que composent ces animaux en Chartreuse partage son temps entre les alpages de la Grande Sûre et ceux du Charmant Som, peu sensibles aux passages des randonneurs.

 

Au sommet :

Le panorama change, l'herbe déjà rase laisse place aux pierres. Quelques plantes parviennent à s'adapter et prennent des formes tortueuses. Les vents forts qui s'expriment au sommet forcent les herbacées à prendre des forment rampantes ou en coussins pour résister aux faibles températures et à la morsure du gel.

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Le genévrier commun (Juniperus communis) adopte cette stratégie pour se maintenir aux fortes altitudes. Ces fruits ressemblent à des baies bleues mais sont en réalité des cônes, en adéquation avec le fait que le genévrier appartient aux conifères et à la famille des Cupressacées.

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C'est une espèce de plein soleil, qui aime les sols de nature calcaire, à l'image du massif. Les fruits, les genièvres, sont utilisées dans la confection d'eau-de-vie mais aussi de nombreux alcools locaux en Europe de l'Est et du Nord, comme dans le gin. Outre cet aspect, on les emploie parfois infusés pour les maux de l'appareil digestif. Utilisés pour lutter contre les lourdeurs intestinales, on les retrouve souvent dans les plats traditionnels riches, en particulier là où il est abondant. Leur présence dans la choucroute l'illustre particulièrement bien. Cependant une consommation abusive n'est pas sans danger pour les reins.

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Enfin, nous voilà au sommet. La vue est incroyable. En face de nous, la Pinéa, Chamechaude et le Charmant Som se dressent. Nous dominons de tout son long l'alpage que nous venons de gravir et où nous avons la chance de croiser quelques chamois (Rupicapra rupicapra). Trois adultes accompagnés de deux petits prennent l'ombre non loin du sentier, une chance pour nous de les observer sans trop les perturber dans leurs habitudes.

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De l'autre côté, l'Isère et sa vallée s'étendent. Le ciel est dégagé, des jumelles nous arrivons même à apercevoir Lyon et les monts du lyonnais. À nos pieds, Voiron se dresse fièrement. Du sommet nous pouvons retracer les éternelles marches menées dans la ville mais aussi, admirer les espaces naturelles que nous aimons arpenter comme les Gorges de Crossey, la Vouise, un bout des marais de Chirens et au loin, l'Herretang vers St Lau'.

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Enfin, dernier tour sur le paysage nous offre un point de regard démentiel sur le Mont Blanc. Écrasant les autres sommets, on ne voit que lui. Sa cime couverte de neige éternelle nous rappel qu'il culmine à 4810 mètres d'altitude.

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Plus près de nous et dans la même ligne de vue, le Pinet, le Granier mais aussi le lac d'Aiguebelette qui se love dans les plis du relief. L'action de l'Homme est visible, entre les alpages apparus avec la conquête du désert vert et l'arrivée du pastoralisme sur lequel la forêt reprend désormais ses droits, les grands axes de communication qui creusent la roche, les milliers de points lumineux qui enchaînent les allers-retours dans le ciel et les sentiers tracés au fil des années par les marcheurs, il y a de nombreux éléments à disposition pour s'essayer à la lecture de paysage. Constructions culturelles plus qu'on ne le pense, nos paysages sont des livres ouverts pour découvrir les activités liées à un territoire. C'est aussi un outil pour comprendre les enjeux économiques et environnementaux actuels.

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Sur le retour nous avons une belle surprise, nous faisons un bout de chemin sur l'étroit sentier accompagnés d'une partie du troupeau des vaches en estive et qui semblent trouver leur bonheur dans le sous-bois. Au pied léger, elles s'engoufrent rapidement dans la forêt nous laissant seuls au retour vers le monastère de Currière.

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Un dernier passage par le belvédère de la none, comme il y a quelques semaines de cela lors de notre première ascension. Saint Laurent du Pont n'a pas bougé, la ville a juste perdu quelques couleurs pour tendre vers le grillé et le jaunie.

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Sur le retour, nous tombons nez à nez avec un magnifique de verveine officinale (Verbena officinalis), ponctuant la randonnée sur une touche colorée. Loin de la verveine asiatique que l'on retrouve dans les potagers ou dans les sachets d'infusion, notre verveine indigène donne une très bonne infusion détergente en extérieur et se montre diurétique et astringente en consommation, d'autant plus quand elle est mélangée à d'autres espèces comme la menthe ou la mauve. C'est sur cette récolte que se termine cette randonnée, teintée de botanique et de contemplation de paysages montagnards. Les mollets sont désormais au repos jusqu'à nos prochaines aventures.

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mercredi 29 août 2018

Au jardin sous l’éclipse de Lune.

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L'été au jardin, à la lumière des flammes des bougies, cela faisait longtemps que nous en rêvions. Pour la peine nous voilà pour juillet en Isère à profiter de la fraîcheur de la maison familiale. C'est le moment idéal pour se retrouver. Je travaille tout au long de la belle saison en bureau, mais je ne perds pas de vue ma passion, dans ce cadre idyllique pour observer les oiseaux et en particulier les petits passereaux.

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La nuit des étoiles a été radieuse, le 3-4-5 aout ce fût le moment de jouer avec l'obscurité, de s'étendre dans l'herbe pour observer les astres et les comètes traverser le ciel. Mars comme au soir de l'éclipse de Lune était en habit de fête et il a même été possible d'observer les anneaux de Vénus.

Pour voir la grande éclipse lunaire, il fallait être au rendez-vous avec l'univers le 27 juillet. Dans de nombreuses régions les nuages ont été de la mise mais ont permis de créer des photographies incroyables pour certains. D'ordinaire blanche, la Lune est apparue dans une teinte pourpre qu'on lui connaît rarement.

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Les prochains rendez-vous sont pris : le 16 juillet 2019 pour une éclipse de Lune partielle puis le 5 janvier et le 5 juin 2021 pour une éclipse pénombrale souvent difficile à détecter à l'oeil nu. Reste plus qu'à attendre d'ici là où à partir sur les continents que sont l'Asie ou l'Amérique pour observer au plus tôt ces phénomènes astraux.

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En propection autours du potager, je fais une triste découverte. Une chauve-souris gît à l'entrée de celui-ci, sans doute victime d'un chat de la maisonnée. Son espèce reste encore à déterminer. C'est là un des cruels dilemmes qui se pose quand on aime la faune et les animaux de compagnie. Bien souvent la cohabitation des deux pose problème, en particulier pour les espèces sensibles qui, victimes de nombreuses pressions liées à leur habitat, se voient également prédatées plus que d'ordinaire ce qui ne va pas sans impacter leurs populations.

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Voilà les dits coupables. Le noiraud, c'est un de mes chats bien-aimés et que je n'ai pu prendre dans ma valise en partant pour la ville. Recueilli à l'âge de 4 semaines, il était voué à finir comme le reste de sa portée si mes frangins n'étaient pas intervenus à temps : un coup derrière la tête. La non stérilisation des chats en campagne est un véritable problème. La non gestion de leur fécondité conduit à l'apparation de chats errants à la population croissante, malades et prédateurs de notre faune indigène. Il existe pourtant des solutions simples et durables pour permettre une bonne régulation de leur effectif tout en restant respectueux des animaux.

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Ce soir c'est cuisine ! Après une promenade digestive de l'après-midi et la récolte d'une poignée reine des prés (Filipendula ulmaria), nous sommes bons pour la réalisation d'une délicate crème dessert parfumée de ces fleurs. Quatre oeufs, un peu de sucre, du lait végétal, une grande casserole et le tour est joué. Pour peu que l'on aime les pétales de rose, les hortensias et la chantilly, on peut s'en tirer avec un joli plat à déguster les pieds dans l'herbe.

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Le soir, on ne chaume pas. Confection d'une bûche suédoise (appelée aussi bougie canadienne) qui, fendue en son centre, se consume pendant des heures. Elle est idéale pour partager un moment de complicité autour du feu. Elle peu également être utilisée comme on le ferrait d'un poêle à bois en posant la casserole à même la flamme.

Les soirées d'été sont les plus belles, en particulier quand la température baisse, que la pénombre s'intalle et que les animaux sortent. La canicule s'est bien installée et le paysage semble défraîchit avec l'herbe jaunie qui implore la pluie. Pourtant, allongée dans la pelouse, mon regard ne peut s'empêcher de fixer les hautes cimes vertes des arbres, celles des hêtres, des sapins blancs et des épicéas qui semblent nous inviter à les rejoindre en forêt.

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jeudi 23 août 2018

Sortie dans les marais 13.

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LE GRAND LEMPS

 

L'été est prolixe, nous avons eu la chance de faire le tour de quelques un des ENS locaux et pour commencer, celui du Grand Lemps. Pour rappel un ENS est un site remarquable pour son écosystème, pour les espèces qu'il abrite, pour le rôle essentiel qu'il joue dans la vie culturelle et économique pour les habitants du coin et pour sa valeur pédagogique. C'est un espace naturel sensible géré soit par le CEN Avenir (conservatoire des espaces naturels) sous la direction du département, soit par une association naturaliste. En Isère nous avons la chance d'avoir non seulement le plus grand nombre d'ENS, mais aussi de gestionnaires de ces espaces, de journées découvertes consacrées à ceux-ci et à leurs préservation. Ils touchent pour beaucoup des milieux humides car peu nombreux en France métropolitiane, mais aussi des forêts, des pelouses sèches ou des alpages.

Au Grand Lemps, c'est une tourbière et son étang qui sont désignés comme ENS. Comme pour la plupart de ces sites, seule une partie très restreinte du marais est accessible pour permettre de concilier à la fois l'intérêt du public, la tranquillité des animaux et l'intégritée des plantes et du milieu, souvent sensibles aux questions de piétinement. Une multitude d'habitats se succèdent et marque l'évolution naturelle du site. Un chemin balisé et des structures de bois à l'épreuve du temps ont été mis en place pour faire découvrir le coeur de la tourbière, d'ordinaire peu accessible en raison de l'eau, des terres mouvantes et des moustiques.

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Voilà une des merveilles que l'on peut trouver dans les mares parmi les joncs. L'utriculaire australe (Utricularia australis) est une plante carnivore qui a la particularité de se développer entièrement dans l'eau et de n'ermeger qu'à la période de floraison. Ses feuilles aquatiques sont de deux nature : les photosynthétiques permettant l'élaboration de la photosynthèse et celles à pièges.

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En forme d'outres, ces dernières ne dépassent pas le millimètre et sont couvertes de poils. Ceux-ci permettent l'ouverture et la fermeture du clapé de la feuille. Lorsqu'ils sont agités par une micro-proie, l'outre s'ouvre et aspire la malheureuse qui termine emprisonnée puis digéré sans autre forme de procès. C'est de cette particularité que les plantes de ce genre tir leur nom, inspiré du latin "utriculus" qui signifie "petite outre". L'utriculaire australe se reconnaît à la lèvre inférieur de sa fleur veinée de rouge qui est légèrement plus grande que les autres pièces florales, cependant il est aisé de la confondre avec l'urticulaire commune (Utricularia vulgaris). De ce fait l'identification se fait bien souvent à la loupe binoculaire, en particulier quand les fleurs sont absentes.

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Sans être placée sur les listes rouges nationales, c'est une espèce peu présente à la répartition disparate. Protégée par arrêté dans de nombreuses régions, en particulier dans le nord du pays, elle est un des indicateurs floristiques retenus lors de l'élaborations des ZNIEFF, les zones naturelles d'intérêts écologiques, faunistiques et floristiques qui se matérialisent par la réalisation d'inventaires.

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On trouve une autre carnivore tout aussi belle bien qu'originaire d'Amérique du Nord. La sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea) aime les sols pauvres. Pour combler le manque de certains nutriments absents des sols tourbeux, elle se nourrie d'invertèbrés qu'elle piège à l'aide de ses feuilles en outres aux parois glissantes.

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Cependant, les pièges de la sarracénie pourpre ne sont pas uniquement des tombeaux à ciel ouverts pour les bestioles imprudentes. Plus de 180 espèces vivantes tels des insectes, des algues, des crustacés et des bactéries y vivraient, formant ainsi un micro écosystème à part. La digestion des organismes piègés se ferrait semble-t-il par leur intermédiaire et non pas uniquement par les enzymes que la plante sécrète. Protégée dans son aire d'origine, son introduction par des passionnées de plantes carnivores dans la tourbière du Grand Lemps avant le mise en protection de celui-ci pose problème, l'espèce ayant tendance à coloniser l'espace au détriment des sphaignes.

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La bourdaine (Frangula alnus) est un arbrisseau qui pousse dans une grande pluralités de milieux, de préférence humides. Ses baies noires sont toxiques et purgatives, on tire d'elle une teinture naturelle qui colore les linges en vert tendre. Des jeunes rameaux frais on tire du pourpre et du violine, des écorces séchées un très beau jaune.

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L'installation des passerelles a demandé non seulement un gros investissement mais également de gros moyens humains. Posées sur la tourbe, leur fondation s'enfonce profondément dans le sol meuble, rendant peu aisé les travaux. Sur plus d'une dizaine de mètres par endroits, le marais n'offre pas une surface suffisamment stable. Un puit mit en place dans le parcours permet de mesure la profondeur à l'aide d'un long bâton. Il rend également visible les strates de la tourbe qui se compose de tourne blonde (vieille de moins 3000 ans), de tourbe brune (aux alentours de 5000 ans) et de tourne noire (12 000 ans et plus).

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Le bas-marais alcalin est un habitat de référence dans les suivis des milieux humides. Il représente 55% des zones humides de l'Isère. Il se caractérise par une mise en eau constante, pauvre en nutriments et très souvent calcaire. Les carex acidophiles y sont courants, de même que les sphaignes (famille des mousses). Ils sont le premier maillon dans la constitution de la tourbe. Peu communs, ces grands systèmes palustres sont surtout présents dans l'Est de la France, protégés par la topographie des montagnes.

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La cladiaie fait partie des milieux typiques du bas-marais. Ce sont de grands peuplements de marisques (Cladium mariscus) dont les tiges peuvent frôler les 3 mètres. Pauvre en espèces végétale, elle regorge d'animaux en particuliers d'oiseaux et d'insectes qui trouvent gîte parmi ses feuilles coupantes et ses tiges persistent à l'hiver bien que brunies par l'action du froid et du gel.

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La cladiaie se compose parfois de marisques poussants sur la matière végétale se trouvant à la surface de l'eau ou en suspension entre deux strates aquatiques. Vértibles radeaux flottants, ces îlots sont trompeurs pour le promeneur qui pense pouvoir y poser le pied et termine dans le fond du marais. L'accumulation de ces formations fait prémice au comblement du marais par la matière organique, laissant place au haut-marais qui se caractérise par une mise en eau périodique, des pelouses humides et la possibilité d'y mener des pratiques agricoles tel que la pâture, la fauche ou la mise en céréales sur les terres devenues arables.

Le marais nous donne des ailes. Nous n'avons pas vu les droseras, d'autres plantes carnivores encore bien différentes de celels qu'offre le mairais et que nous avons pu voir. Petit mais riche en découverte, le sentier à l'avantage de préserver une grandre partie du site du bruit et des regards des visiteurs, assurant un semblant de tranquillité aux animaux qui le peuple tel les hérons cendrés et les faucons hobereaux. Il nous reste bien d'autre ENS à découvrir, le prochain se situe dans les marais de l'Ainan, sur la commune de Chirens où pousse la rare et discrète Liparis de Loesel, une orchidée qui ne paye pas de mine mais dont la sauvegarde est capitale.

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dimanche 12 août 2018

Sortie en montagne 21.

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LE LAC DU PONTET

En partant du jardin botanique du col du Lautaret, nous ne pouvons nous empêcher de nous arrêter au lac du Pontet, que l'on retrouve déjà dans plusieurs vieux articles du blog . Situé à 1982 mètres d'altitude, le Pontet est facile d'accès depuis le village de Villar d'Arêne. Il fait office de base de loisir pendant l'été pour les locaux et les touristes de passage. On y croise parfois quelques pêcheurs qui titillent les poissons. Ceux-ci sont le fruit d'une campagne d'empoissonnement des points d'eau de montagne qui mena à l'uniformisation et/ou la destruction d'une grande partie de ces écosystèmes fragiles. Le lac n'est plus givré, il y a beaucoup plus simple d'y observer la flore qui est typique des plateaux humides de montagne de haute altitude. La faune commence également à s'éveiller, avec nos premières marmottes des Hautes-Alpes.

 

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Les grassettes communes (Pinguicula vulgaris), charmantes plantes carnivores, sont là. C'est ici que j'ai découvert ma toute première grassette et j'en reste toujours très émue car elle marque la période où a débuté ma passion pour la botanique. Sur la face ouest du lac, des centaines de pieds s'épanouissent sur les sols pauvres.

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La floraison violine débute en juin. Elle tranche avec les feuilles qui détonnent avec la végétation jaunie par les plaques de neige qui ont connu une fonte tardive. Le feuillage des grassettes est un piège mortel où les moucherons viennent s'engluer. Ils y sont digérés par la plante pour pallier au manque de matière organique.

 

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Les tarines sont les vaches emblématiques des montagnes. Nées dans la vallée de la Maurienne en terre savoyarde, on les rencontre désormais un peu partout dans les Alpes. Robuste et agile, ce sont de bonnes laitières également très présente sur les plateaux Maghreb où elles sont favorisées par leur morphologie.

 

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La globulaire à feuilles en coeurs (Globularia cordifolia) est une petite fleur bleue de montagne que l'on rencontre dès l'étage collinéen voire en plaine mais c'est entre 1500 et 2000 mètres d'altitude qu'elle s'épanouit le mieux. Ses feuilles lui ont valu son nom de par leurs formes atypiques.

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Bénéficiant d'un arrêté de protection préfectoral dans le Midi-Pyrénée, on récoltait de ce petit arbrisseau les feuilles qui donnent une fois infusée, un puissant laxatif qui était utilisé en médecine populaire. Cette endémique des Alpes fleurie de Mai à Juillet et pour fleurs des pompons bleus denses. On la nomme également de manière poétique "veuve-céleste".

 

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Arrivés au lac, nous profitons de l'alcamie des nuages. Nous sommes seuls, c'est idéal pour inspecter les berges du lac, retrouver les plantes carnivores qui m'avait fait bondir de joie il y a bientôt 5 ans de cela et voir si les orchidées sont à la fête. Il faudra revenir à la fin de l'été pour observer les linaigrettes qui se balancent au vent.

 

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L'orchis rouge sang (Dactylorhiza incarnata) est aussi appelé dactylorhize couleur de sang. Cette orchidée est une sous-espèce de l'orchis incarnat beaucoup plus massive et foncée que l'espèce type et qui se différencie par la présence de tâches noires sur les deux faces des feuilles très incurvées. Elle bénéficie d'une protection complète sur l'ensemble de la région PACA. Elle pousse dans les zones humides et les prairies marécageuses.

 

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La pie-grièche grise (Lanius excubitor) est un oiseau prédateur de la taille d'un merle noir. Son plumage noir, gris et blanc lui permet de se fondre dans le paysage minéral de la haute montagne même si on la retrouve dans des milieux ouverts, semi-boisés et les bosquets. En France, les individus de cette espèce sont non migrateurs à la différence des populations scandinaves qui tendent à descendre dans les îles britanniques et en Europe de l'Est.

 

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Le spectacle débute dès l'assension. Au loin, la vallée de la Romanche s'étend, écrasée par les montagnes mais c'est tout autre chose qui attire notre regard. Dans la végétation de bord, une multitude de petits oiseaux au plastron rouge virevolte en tout sens. Il s'agit du sizerin cabaret (Acanthis carduelis), un oiseau granivore commun dans le grand nord mais aussi en Europe de l'Est et dans certaines îles italiennes où il trouve les pins dans lesquels il aime nicher. Fin mai et début juin on peut le voir localement former des petits groupes.

 

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Les marmottes des Alpes (Marmota marmota) font leur sortie. Elles sont nombreuses à pointer leur nez au-dessus du lac est ne sont effrayées que si les curieux ne s'approchent d'un peu trop près. Sur la commune, on compte pas moins de 720 observations ne serait-ce que pour ce qui touche aux relevés de population.

 

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La primevère farineuse (Primula farinosa) est une primevère de montagne qui se reconnaît à ses fleurs roses et ses feuilles ovales en rosettes. Elle se plaît en milieu humide, en particulier dans les marais et les abords de ruisseaux. 

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C'est une espèce subalpine qui a d'importants besoins en soleil, en humidité et qui tolère très mal les températures trop élevées. Fait particulier, elle ne croît que sur les sols dépourvus d'acidité ou, où celle-ci se trouve très limitée. Pour ceux qui souhaitent la rencontrer, elle n'est présente que dans les Alpes, le Jura et les Pyrénnées pour ce qui est du territoire métropolitain.

 

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Le narcisse des poètes (Narcissus poeticus) est connu pour le fort parfum qu'il dégage. Longtemps récolté pour la parfumerie et pour orner les maisons, au point qu'il a manqué de dispraître. Désormais il est protégé dans de nombreuses régions. Au lac, il pousse abondamment couvrant les champs de blanc.

 

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Une nouvelle découverte pour moi ! La bartsie des Alpes (Bartsia alpina) est une hémi-parasite qui est l'une des rares plantes à être proche du noir. Ses fleurs se fondent dans ses pièces foliaires tant et si bien que l'on ne sais pas nécessairement où s'arrêtes les feuilles. Elle tire son nom de Johann Barsch, botaniste mort au Surinam et grand ami de Carl Von Linné qui, en son souvenir, donna à cette fleur alpine le non de bartsie.

 

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Le trolle d'Europe (Trollius europaeus) est une des plus grandes et grosses renonculacées que l'on peut rencontrée. Typique des montagnes, seuls les bourdons sont assez puissants pour forcés ses pétales et la butiner. De ce fait la fleur donne l'impression constante d'être en bouton. Certains petits scarabés aiment y prendre habrit.

 

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Voilà une excellente surprise, à la fin de notre sortie nous tombons sur un rond de sorcière de tricholome de la Saint George (Calocybe gambosa) appelés aussi parfois mousserons de la Satin George. C'est un champignon de couleur crème au parfum doux de farine et qui est un excellent comestible. C'est sur cette récolte que s'achève cette énième sortie en montagne qui, bien que courte et grisailleuse, fût pleine de charme et de découvertes.

 

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jeudi 2 août 2018

Le Jardin Alpin du Lautaret

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Juin, la neige couvre encore les sommets des montagnes. Nous sommes au col du Lautaret, qui culmine à 2000 mètres d'altitudes. Ce jour là, je viens de passer mes dernières épreuves écrites. Pour m'aléger l'esprit, mon bien-aimé à décider de me mener à la porte des Écrins, un coin que je connais bien pour l'avoir arpenté pendant 3 années.

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Né en 1899, il se compose alors de rocailles présentant plus de 500 plantes alpines. Hélas pour lui, la région s'ouvre au reste du territoire et le tracé de la nationale actuelle vient prendre place sur celui-ci dès 1913 et entre en travaux dès 1918. En 1919 le jardin réouvre, après avoir été déplacé à 300 mètres de la route plus haut sur l'alpage. Animé par l'université Joseph-Fournier de Grenoble en partenariat avec le CNRS, c'est un laboratoire à ciel ouvert pour comprendre les grands phénomènes liés, entre autre, au climat comme la migration des espèces mais aussi, pour sensibiliser le public lors de visites guidées. Ce jour là il pleut à grosses gouttes et nous sommes les seuls à arpenter les sentiers du jardin, une aubaine pour profiter d'une visite guidée personnalisée.

 

DSC04552Passage par les bassins, je découvre avec étonnement voire surprise que contrairement à ce que pouvait me dire certaines de mes flores et ce que je pouvais écrire sur le blog (mea culpa), la populage des marais (Caltha palustris) n'est pas la seule à composer le genre Caltha. On peut ainsi trouver la populage à tige creuse (Clatha fistulosa), une espèces présente en Chine, en Sibérie et au Japon. On trouve même une sous-espèce irlandaise.

 

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À l'entrée du circuit botanique, un énorme mélèze d'Europe (Larix decidua) accueille les visiteurs. Ces pompons roses sont les chatons femelles de l'arbre, c'est là que le cône se forme, une fois la pollinisation effectuée. Semblables à des fleurs, ils attirent les abeilles. Les chatons mâles sont jaunes car couverts de pollens.

 

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Le cynoglosse du Mont Maiella (Cynoglossum magellense) est une espèce italienne (absente au nord) qui se reconnait à son aspect tomentueux et qui pousse d'ordinaire à l'étage alpin à partir de 1800 mètres d'altitude.

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Il tire son nom scientifique de la ressemblance supposée des feuilles des plantes de ce genre avec la langue d'un chien, Cynoglossum voulant dire "langue-de-chien". De la famille de la bourrache, il présente des fleurs très similaires mais teintées de pourpre et violine. En France on compte pas moins de 6 espèces de cynoglosses dont deux disposant de statuts de protection régionaux et départementaux.

 

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En juin, il y a encore peu à voir et pour cause, la neige est partie depuis seulement quelques jours, les températures sont basses et pour de nombreuses espèces, la floraison intervient beaucoup plus tard dans leurs contrées d'origine. Cependant, le jardin n'est pas désert et de très belles espèces sont à observer, en particulier dans les tableaux dédiées aux tourbières de montagnes, aux rocailles du Caucase et de l'Europe de l'Est.

 

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En voilà un que je connais bien ! Le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) est un arbuste qui se reconnaît particulièrement bien à l'automne en raison de ses baies orange. En sol acide, il est relativement abondant, en particulier dans les étendues herbeuses et en lisières de par sa nature d'arbuste pionnier. Il aime les forêts d'épicéa.

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Contrairement à ce que l'on peut croire, les fruits ne sont pas uniquement consommables par les oiseaux. Séparés de leur noyau qui contient une molècule proche du cyanure, ils sont cuisinés en gelées ou en confitures pour accompagner les viandes, en particulier le gibier. Néanmoins, ils étaient plus couramment récoltés dans les campagnes pour en tirer une eau-de-vie très appréciée, surtout dans les Voges. Aimés des volatiles qui y trouvent le gîte en automne, on plantait ces sorbiers dans les secteurs propices au tir aux petites oiseux, en particulier des grives.

 

DSC04418L'androsace de Vital (Androsace vitaliana) porte aussi le nom d'androsace à fleurs de primevères. On la rencontre entre 1700 et 3000 mètres d'altitude, sur les empierrements et les pierriers où elle forme des cousins denses qui lui permettent de limiter la déperdission en eau et en chaleur du fait du climat alpin plus que rude.

 

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L'aulne vert (Alnus viridis) est un arbuste au port buissonnant qui dans le parc des Ecrins, forme des bosquets propices à la faune. C'est dans les alpages qu'on les remarque le mieux. Les oiseaux mais aussi les chamois y trouvent refuge au plus chaud de l'été.

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Commun à l'ensemble de l'hémisphère Nord, les chatons mâles présents ici en photos sont, au Canada, employés une fois séché puis réduits en poudre sous le nom de poivre des dunes et utilisés comme du poivre dit classique pour leur goût proche paraît-il de celui de la citronnelle mais avec une amertume marquée. C'est aussi un très bon fixateur d'azote sur les sols qui en sont pauvres ou dépourvus.

 

DSC04447La nurseries est la lieu où les plantes issues des quatre coins du monde arrivent. Après une période de quarantaine, elles sont acclimatées et remises en état avant de prendre place dans les massifs. C'est aussi une zone d'étude scientifioques où les suivis sont nombreux et une pépinières pour multiplier les plants qui prendrons à leur trou place dans le jardin ou qui partirons à leur tour dans un autre parc alpin comme il en existe en Europe.

 

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Pour certaines espèces, comme ce bec-de-grue de Grèce (Erodium guicciardi) que l'on retrouve dans le pays éponyme mais aussi en Albanie et en Macédoine, il n'est pas simple de trouver des informations, pour peu que l'on ne sache pas lire l'alphabet grec ou que l'on ne parle pas allemands, les deux seules sources disponibles étant dans ces langues là.

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Avec l'ancien nom de "Erodium absinthoides subsp. guicciardii", les plus chanceux trouverons leur bonheur sur Greekflora et apprendront que la floraison de cette espèce s'étend de mai à juillet ou que c'est une espèce rare prise en compte à l'échelle européenne dans les espace Natura 2000.

 

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La pluie redouble d'intensitée, nous devons prendre la fuite jusuqu'à la voiture. Nous passerons le reste de l'après-midi à arpenter en voyageur échoués le nord du Vercors. Plaisir au retour, nous tombons sur quelques anémones des Alpes (Pulsatilla alpina) dont les fleurs blanches parsèment les pelouses. Typique des massifs montagneux, elle se rencontre dès 1000 mètres d'altitude. Dans certaines régions, elle est soumise à une protection stricte. Nous terminons la course dans notre appartement, programmant notre prochaine sortie montagne.

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vendredi 27 juillet 2018

Sortie en montagne 20.

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CHARMANT SOM

 

C'est un mont bien connu de la Chartreuse de par son accès facile en voiture qui mène à son alpage du quel il faut moins d'une heure pour atteindre le sommet. Circuit familiale particulièrement bien adapté aux familles, on en oublierait presque que c'est également un lieu de nature sauvage du quel on peut très facilement observer la grande faune mais également faire de belle découvertes botaniques.

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À la croix, qui culmine à 1867 mètres d'altittude, il est possible d'observer les autres grandes montagnes emblématiques du massif comme Chamechaude, la Grande Sûre et la Dent de Crolles mais aussi, le monastère des pères Chartreux et les Entremonts qui portent bien leur nom. Toujours dans la même démarche que celle du précédant article traitant de la montagne, le Charmant Som vous est présenté à l'ermérgeance des premières fleurs quand le printemps se fait plus chaud mais que la neige tarde à partir puis, à l'arrivée de l'été en juin.

 

Au printemps

Il pleut à grosses trombe, ce qui nous assure d'être presque seuls dans notre escapade. Nous empruntons le sentier qui longe l'alpage ouest, à fleur des parois rocheuses au pied des quelles l'on peut parfois croiser des lagopédes alpins (Lagopus muta) en début septembre quand le temps se fait plus frais.

 

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Les combes sont encore enneigées et sur le premier kilomètre nous avons du nous avancer sur des névés où, fort heureusement, le chemin été déjà tracé par les pas de randonneurs équipés de crampons. L'herbe est alors encore jaunie, le manteau neigeux ne s'étant retiré que quelques jours avant notre arrivée.

 

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Voilà que se présente le merle à plastron (Turdus torquatus). C'est un gros passereau noir dont on peut aisément identifier l'espèce par la bavette blanche qu'il présente sur la gorge et une partie du torse. Typique des montagnes, selon la latitude et l'altitude mais aussi le caractère de l'individu,  il est sédentaire ou migrateur. Par chez nous c'est surtout l'étage alpin qu'il fréquente, en particulier la zone de transition entre la forêt et l'alpage.

 

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Nous n'en avions vu qu'un ou deux pied lors de notre première sortie à Chamechaude, nous sommes heureux de la croiser à nouveau. La soldanelle des Alpes (Soldanella alpina) est une plante qui aime les étages de haute altitude et peut se rencontrer jusqu'à 3000 mètres, pour un peu que l'on est bon marcheur. Apparaissant aux premières fontes des neiges, elle disparaît presque aussitôt. Très fragile, il est déconseillée de la manipuler.

 

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Se partageant les mêmes étages que la soldanelle (800 à 300 mètres), les marmottes des Alpes (Marmota marmota) font leur toutes premières sorties de l'année ! Ce gros rongeur de 40 à 60 centimètres peut aisément atteindre 8 kilos, donnant une silouette fort corpulente qui peut être allourdie par le pelage dense de l'animal. Typique des Alpes comme son nom l'indique, elle a été lâchée dans d'autres massifs comme celui des Pyrénnées.

 

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Malgré son nom de bois gentil ou de bois joli, on ne serait oubilier que le daphné morillon (Daphne mezereum) est un arbuste fortement toxique, que cela soit son bois, ses feuilles ou ses baies dont la dose létale chez l'enfant s'évalue à 4-5 fruits, 10-20 chez l'aldutle. On les utilisait de ce fait pour empoissonner les animaux vus comme nuisibles mais s'est un arbre qui fût fort précieux dans les temps anciens, en particulier pour teinter le linge en jaune. Ses fleurs roses et son parfum suave ont permis sa diffusion dans les jardins de plus basse altitude. 

 

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Populaires chez les amoureux des belles randonnées, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont encore en bouton. Eux aussi ont quitté les montagnes pour se diffuser dans les jardins des particuliers. Appelé parfois laurier rose des Alpes à tord, il est typiques des landes alpines à éricacées qui se situent entre 1400 et 2200 mètres, bien que son étage de prédilection se situe entre 1600 et 2400 mètres.

 

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L'orchis sureau (Dactylorhiza sambucus) est uen orchidée des alpages qui a la particularité se présenter une forme jaune vanille et une forme fushia. Son nom vient du parfum qu'elle dégage, en particulier en fin de floraison et qui se rapproche du sureau noir (Sambucus nigra) dont les ombelles sont prisées par les amateurs de cueillettes sauvages pour réaliser des sirops, des vins et des limonades parfumées.

 

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En cours de route nous tombons sur nos premiers mouflons corses (Ovis aries musimon) de l'année. Introduits pour la chasse sportive, ils forment l'une des deux populations de mouflons présents sur la France continentale, cette espèce étant endémique à l'origine de l'Île de beauté. Introduits  à la fin des années 1990, les 15 individus relâchés ont donné vie à une troupe de pas moins 90 têtes. Des lâchés ont été depuis reprogrammés pour maintenir la population stable, éviter la consanguinité et la pérenniser sur le territoire bien que le milieu ne soit pas vraiment adapté à ce type d'animaux préférant les pentes rocheuses et moins vertes typiques de la Corse.

 

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Le brouillard se lève quand nous atteignons le sommet, une constante dans nos explorations. Nous restons bien sagement sur le sentier, un décrochage étant vite arrivé. Les pierriers sont entourés d'herbe verte et de narcisses jaunes (Narcissus pseudonarcissus), appelé bien souvent jonquilles bien qu'ils n'en soient pas.

 

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Au loin, la Grande Sûre sort de son écrin de nuages. C'est notre prochain objectif, déjà nous avons pu en parcourir les pentes boisées au moment de la rédaction de cette article, pour récolter entre autre les jeunes pousses de sapin et d'épicéa pour la confections de délicieux sirop. La suite dans un prochain article.

 

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Lui aussi est un incontournable des montagnes de Chartreuse. Le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) n'est pas un banal corvidé au plumage noir. Leur chant très mélodieux se compose de sifflements longs et de cris roulants. Il est un habitué des pâtures et alpages de montagnes où il se nourrit d'insectes, de mollusques, de baies et parfois de petites charognes. Chapardeur, il aime tourner autour des restaurants d'altitude.

 

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Sur la fin de parcours nous voyons enfin les chamois (Rupicapra rupicapra). Tous le long de notre marche, nous les avons croisés, parfois à quelques mètres nous, sans pouvoir figer l'instant magique que nous vivions. La route menant au sentier étant encore peu fréquentée à cette période de l'année, ils ont pris loisir à pâturer en bordure de celle-ci. D'effectif très réduit dans les années 1960, il est aujourd'hui bien implanté dans les massifs français.

 

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Le long du sentier nous tombons sur deux orchidées au nom évocateur. À gauche figure l'orchis moucheron (Gymnadenia conopsea) appelée aussi orchis moustique, peut être en raison du long éperon de ses fleurs et qui dégage une délicieux odeur. À droite l'orchis grenouille (Dactylorhiza viridis) qui présente des fleurs surprenant et que l'on retrouve dans tous l'alpage faisant dos à la fromagerie située en contre-bas.

 

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Le sommet ? Non, un contre-point rocheux qui mène à celui-ci. À la belle saison il se peuple d'aconites-tue loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) qui, avec l'aconite napel nommée casque de Jupitère (Aconitum napellus subsp. napellus), est l'un des deux plantes les plus toxiques d'Europe continentale.

 

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Voilà enfin le sommet, depuis lequel on voit le monastère des Pères Chartreux. Cependant, ce n'est pas là que le précieux élixir, la Chartreuse, est distillé. D'atteinte facile, la croix symbolise les 1867 mètres d'altitude du Charmant Som et se trouve sur les lapiaz, des rainures et creux formés par la pluie sur la roche tendre faite de calcaire. Familiale, cette randonnée est un incontournable pour les habitants du bassin grenoblois et du massif.

 

Les prémices de l'été

Voilà la sortie du soleil, enfin ! La floraison bat son plein, il est temps de reprendre les chaussures et le sac de randonnée pour observer tout ça en directe. Nous ne sommes pas les seuls à en avoir l'idée et bientôt le parking de l'auberge du Charmant Som se couvre d'une soixantaine de voiture. Pas farouches, nous entreprenons de botaniser au milieu des enfants, des coureurs et des amoureux de la montagne.

 

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Le sorbier petit néflier (Sorbus chamaemespilus) est une découverte pour moi. Appartenant à la grande famille des alisiers, cet arbrisseau ne dépassant pas un mètre présente une corolle de fleurs rosées. Rare dans le Massif Central, c'est surtout dans les Pyrénées, les Alpes et le Jura qu'on peut l'observer dès 1200 mètres d'altitude.

 

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L'alpage est devenu verdoyant et accueille les vaches, de belles tarines, le temps de l'estive. Matin et  soir, elles rejoignent l'étable de traite. Le lait est directement traité sur place pour devenir des fromages qui sont affinés pendant un an et plus avant d'être mis en vente. L'un des plus célèbres est le coeur de Chartreuse.

 

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Enfin, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont en fleurs. Ils colorent de rose les abords du sommet, ne laissent personne insensible à ce spectacle. Très nectarifère, il est apprécié des abeilles domestiques dont le miel blanc ivoire est commercialisé dans les Pyrénées sous le nom de miel de rhododendron. Son nom scientifique vient du grec et signifie littéralement arbre (Dendron) rose (Rhodo) rouille (Ferrugo).

 

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Voilà belle lurette que l'orchis mâle (Orchis mascula) ne fleurit plus à l'étage colinéaire et en plaine. En montagne, l'altitude aidant, on peut encore le voir fleurir. Cette orchidée terrestre se distingue des autres taxons rencontrés sur le Charmant Som par l'odeur dégagée par ses fleurs violines, proche de celle de l'urine de chat.

 

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Le trolle d'Europe (Trollius europaeus) n'est pas une créature du folklore local mais une plante de la famille des renoncules aux imposantes fleurs jaunes dont seuls certains bourdons parviennent à forcer les pétales pour les féconder. L'impression que donnent les inflorescences d'être perpétuellement en bouton ou non éclosent leur a valu leur surnom de boule d'Or. À savoir, le terme trolle venant de l'Allemand "Trol" et voulant dire "globe".

 

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Un pigamon à feuilles d'ancolie (Thalictrum aquilegiifoliumus) est sur le point de donner ses premières fleurs. Cette espèce se rencontre d'ordinaire dans les bois et les ravines de montagne mais aussi les marais d'altitudes et les prairies riches en matière organique et en apports azotés. Sa floraison débute en juin et se poursuit juillet.

  

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Nouveau focus sur la gentiane acaule (Gentiana acaulis). C'est une espèce calcicole, c'est à dire qui apprécie le calcaire. La roche mère étant de cette nature et affleurant bien souvent la litière, pour même parfois la remplacer, cette plante à fleur se trouve bien aisée de s'y développer au point d'en trouver un pied sur chaque rocher composant la délimitation du sentier. Avis aux amateurs, on la trouve entre 1400 et 3000 mètres d'altitude.

 

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Botaniser, c'est aussi tomber sur des colles. Voilà quatre belles,  certaines dont il est aisé de donner le genre ou la famille comme pour les cirses et le renoncule de cette série de photos. Pour l'espèce sa coince. La patience devient alors la meilleure des armes, pour peu que l'on ait pensé à photographier les feuilles ... 

 

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Nouvel arrêt, cette fois au sommet. Les nuages sont beaucoup plus dissipés, nous pouvons cette fois-ci profiter du spectacle. En face de nous au loin, le Pinet, à gauche Chamechaude, à droite la Dent de Crolles et derrière, la Grande Sûre. Des sommets emblématiques que nous rêvons d'explorer à nouveau. Dans les lapiaz, l'ail du cerf (Allium victoralis) et la gesse jaune (Lathyrus ochraceus) ne vont pas tarder à faire leur apparition.

 

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C'est aussi du sommet que nous avons l'une de nos plus belles surprises de la journée. Ce n'est pas un mais quanrante mouflons corses (Ovis aries musimon que nous voyons remonter l'alpage auquel nous faisons face.

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Une partie des mâles mène la marche, suivie des femelles et des nombreux petits. Ils se dispersent le temps de brouter le coteau pentu avant de dispraître derrière la crête rocheuse. C'est sur le coup des 17 heures que le troupeau se rassemble et quitte le fond du plateau pour remonter vers son air dortoire. Le bêlement de ces animaux ne va pas sans surprendre le promeneur et pour cause, les mouflons sont les ancêtres directes des moutons (Ovis aries). Cependant le mouflon Corse ne serait être à l'origine de ces derniers, c'est dans les espèces situées à l'est et au Sud de l'Eurasie qu'il faut regarder de plus près, en particulier chez le mouflon oritental (Ovis orientalis).

 

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La pensée à deux fleurs (Viola biflora) ne supporte pas le gel. Elle survit en altitude grâce aux névés, les fontes de neige tardives. Protégée part le manteau neigeux, la plante ne laisse pas de prise au froid. Dés la fonte, elle sort de sa torpeur et fleurie. De ce fait on la trouve souvent dans les zones abritées comme les crevasses et les failles rocheuses mais aussi les marais des hauteurs, cette espèce ayant d'importants besoins en eau.

 

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Assis sur les hauteurs, nous nous armons de patience pour voir à l'aide de nos jumelles et notre objectif le va-et-vient des marmottes. Nous suivons aussi du coin de l'oeil le vol infatigable des martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba) dont les passages en rase motte au dessus de nos tête font siffler l'air.

 

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L'orpin rose (Rhodiola rosea) n'est pas un orpin et n'appartient même pas au genre des sedums. Nommé également racine d'or, c'est une plante typique des étages de haute altitude mais aussi des pays proche du cercle arctique. Rare, c'est une plante médicinale précieuse pour sa capacité à traiter les états dépressifs. En Sibérie, la racine d'or est couramment utilisée pour lutter contre le manque de soleil qui conduit à des états suicidaire de mélancolique profonde. Son nom d'orpin rose vient de la forme de ses feuilles semblabes à celle des plantes dites grasses et du parfum puissant de rose que dégage sa racine quand elle est tranchée.

 

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La dryade à huit pétales (Dryas octopetala) est une fleur qui tire son nom des dryades mythologiques, des nymphes des arbres affiliées aux chênes. Ce sont de belles jeunes filles timides et souvent bienveillantes dont il faut s'assurer les grâces pour abattre les arbres et les forêts qui sont sous leur protection.

 

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Encore une plante qui doit son nom au massif alpin. Le carmérisier des Alpes (Lonicera alpigena) est un chèvrefeuille qui peut destabiliser au premier abords par sa petite taille et ses grandes feuilles galbres.

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Présent entre 500 et 2200 mètres, il a une préférence marquée pour les bois de hêtres. Sa floraison s'étale de mai à juin. Elle est caractérisée par l'apparition des fleurs liées deux par deux par un ovaire double, ce qui donne des fruits en forme de coeur allongé ou de petites cerises à la fin de l'été. On ne serait les croquer, les baies étant toxiques pour nous autres humains masi faisant le délice des passereaux.

 

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Redescente sur l'aplage puis le parking, avec toujours en vue les verts pâturages, les affleurements rocheux où les grandes gentianes jaunes s'établissent et se confondent parfois avec les vératres blancs, entourées de gaillet. Il nous faudra revenir percer les secrets des fossiles emprisonnés des roches qui scellent l'entrée du sentier, des oiseaux trop rapides pour être saisis et identifiés, des milliers de baies en formation et des lys martagons qui se font désirer en ce début d'été. Septembre semble être le meilleur mois pour revenir profiter de ce petit coin de paradis.       

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samedi 7 juillet 2018

Sortie en montagne 19.

Chamechaude


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Une montagne, deux saisons, c'est le concept des articles à venir sur le blog. Ces dernières semaines, nous avons eu l'occasion de beaucoup randonner et de faire plusieurs sommets, certains à leur sortie des neiges, d'autres pendant la période de pleine floraison et parfois, les deux. Pour ce premier tour d'horizon des montagnes de Chartreuse, nous nous attarderons sur Chamechaude, toit de l'Isère et du massif culminant à plus de 2082 mètres d'altitudes et véritable terrain de jeu des Grenoblois en mal d'assenssion.

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Forêts mixtes et de conifères, verts alpages, pierriers ... les milieux sont diversifiés, la faune et la flore aussi.

 

Au printemps

Tout est émergeant à cette période mais les éléments restent féroces. Les névés et les dernières neiges sont encore bien présentes et nous barrent l'accés au sommet. Les sentiers subissent la fonte et nombreux sont ceux qui se retrouvent les pieds mouillés à les escalader. Les nuages montant de la vallée limitent notre visibilité. Prudence est le maître mot pour cette première grande randonnée de l'année.

 

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Le sureau rouge (Sambucus racemosa) est un arbuste typique des étages montagnards. Ces baies peuvent se consommer en gelée ou en confiture à condition de les mélanges pour moitié avec d'autres fruits rouges, au risque de voir le mélange devenir quelques peu indigeste. Il se différencie des autres sureaux de par ses fruits de couleur rouge et ses fleurs qui tirent vers le crème et qui ne forment pas d'ombelles bien régulières.

 

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Boueux les sentiers ? Ce n'est pas un hasard. Argileux, le sol reste accroché à nos semelles. Cela tient aux feuillets d'argile qui le composent et qui ont la faculté de se gorger d'eau. Quand ceux-ci arrivent au maximum de leur capacité, ils forment alors une couche compacte qui empêche l'eau de s'infiltrer, formant les ruisseaux printaniers que l'on peut couramment observer dans les alpages et qui arrivent avec force dans la vallée sous forme de torrents tumultueux qui provoquent parfois en période de forte pluies de grands dégâts.

 

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Les premières fleurs de myritiller sauvage (Vaccinium myrtillus) sortent. Dans le Pilat, cela fait plusieurs semaines qu'elles s'épanouissent et nombreux sont ceux à préparer leurs râteaux pour récolter les baies à la fin de l'été. Caractéristique des substrats acides, cette espèce se rencontre souvent en lisière des forêts de conifères, et même en sous-bois quand la lumière arrive à filtrer à travers les branchages. Ses fruits entrent dans un dessert typique des Alpes : la tarte à la myrtille mais il semblerait que les hommes ne soient pas les seuls à convoiter ce petit fruit bleu à l'instar l'escargot de bourgogne (Helix pomatia).

 

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Les scilles printanières (Scilla bifolia) se plaisent sur les pelouses qui bordent les chemins menant au sommet, les talus herbeux où elles forment des tapis bleues composés de milliers d'individus, les sous-bois et même les éboulis. Leur nom scientifique "biofolia" désigne le fait qu'elles ne possèdent que deux feuilles.

 

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Les chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) sont des corvidés curieux et très intelligents qui s'approchent souvent des promeneurs pour leur quémander un bout de leur pique-nique. Bien mal leur en prend, la nourriture humaine bien qu'appétante et facile d'accés n'est pas du tout adapté à leur organisme. Même si cela est tentant, il ne faut jamais les nourrir au risque de réduire de façon drastique leur espèrance de vie.

 

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À l'étage collinéen, les fleurs de printemps ont de puis bien longtemps fini leur cycle de floraison, cependant dès que l'on prend un peu d'altitude, on a la chance de pouvoir les voir de nouveau et de prolonger la saison. De gauche à droite : la primevère élevée (Primula eliator), le pétasite blanc (Petasites albus), le crocus printanier (Crocus vernus) et ce qui semble être une valérinae des montagnes (Valeriana montana).

 

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J'adore la primevère oreille d'ours (Primula auricula). Rustique, elle affectionne les paroies rocheuses. Typique des Alpes, sa diffusion en Angleterre a lancé la grande et populaire mode outre-manche des primevères colorées et de haut port que l'on rencontre désormais en jardinerie et qui ont pour origine cette espèce.

 

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La hêtraie-sapinière est le peuplement typique des étages inférieurs aux alpages. Elle se caractérise par un sol à tendance acide en raison de la présence des conifères, bien que la roche mère soit de nature calcaire. De nombreuses espèces floristiques lui sont inféodées mais aussi, tout un cortège fongique. Il n'y est pas rare d'y découvrir des girolles (Cantharellus cibarius) parmi les feuilles et les aiguilles.

 

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La gentiane de printemps (Gentiana verna) est une des premières plantes à fleurs de montagne à apparaître après la fonte des neiges. Elle tolèrent les sols faiblement acides et reste plutôt abondante sur les sols calcaires. C'est par les fourmis que ses graines sont dispersées, en raison de l'enveloppe riche en protéine qui l'entourent et que ces insectes récoltent pour nourrir leur colonie.

 

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Voilà que la neige nous bloque le passage. Certains bloggueurs on pu atteindre le sommet quelques jours avant le début de notre randonnée et l'ont partagé sur leurs blog. Nous pensions pouvoir faire comme eux mais hélas cette fois-ci il faudra se raviser. Nous terminons au "Champignon", un dôme de roche aux allures oniriques. Un peu plus d'une heure de marche nous sépare alors de la cime.

 

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Sur le retour nous nous dirigeons vers le Granier, un de nos objectifs de l'été. En route nous croisons un très beau pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) qui le temps de l'été quitte l'Afrique pour s'installer sous nos l'atitudes. Il fait partie des oiseaux possédant des dents subterminales dans leur bec, pour cette espèce deux très exactement. Elles lui permettent de tuer sa proie rapidement et sans prendre le risque de recevoir un mauvais coup.

 

Aux prémices de l'été

Les sentiers sont beaucoup plus fréquentés. Les épisodes pluvieux nous ont empêché de mener l'assenssion comme nous l'espérions et à plusieurs reprises, il a fallut reporter cette sortie. Mais voilà que le soleil se présente, le temps est au beau fixe. Nous terminerons cependant notre épopée sous une pluie battante, chose à la quelle nous commençons à être habitués et qui a l'avantage de nous laisser souvent seuls sur les chemins, augmentant ainsi nos chance de voir la faune sauvage vaquer à ses occupations.

 

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Le départ du sentier a bien changé, les pétasties hybrides (Petasites hybridus) ont laissé place aux renoncules à feuilles de platane (Ranunculus platanifolius) qui se différencient des renoncules à feuilles d'aconites (Ranunculus aconitifolius) de par la limbe des feuilles qui est découpée jusqu'au rachis, c'est à dire la base des folioles qui forment la feuille. C'est une espèce typique des flancs des montagnes alpines.

 

DSC04870L'aspérule odorante (Galium odoratum) forme de jolis  bosquets à l'entrée de la forêt. Séchée, elle peut être utilisée pour fabriquer des tisanes au goût de foin et de vanille, si on prend soin de la conserver à l'abris de l'humidité. Elle entre aussi dans la confection du vin de mai si précieux aux alsaciens.

 

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Le carmérisier des Alpes (Lonicera alpigena) est un chèvrefeuille aux fleurs généralement rosées aux étamines rouges et au stigmate long qui aime l'altitude. On le rencontre entre 500 et 2500 mètres en particulier en Europe de l'Est mais aussi en Chine et au Japon. En France on le trouve dans les massifs présents dans la moitié sud du pays. Comme chez presque la totalité des espèces de cette famille, ses baies colorées sont toxiques.

 

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La forêt se densifie à mesure que nous progresssons. Cultivée comme la hêtraie-jardineraie, la sapinière tend peu à peu à mesure de l'atitude et du degré d'inclinaison des pans de la montagne, à se mêler aux épicéas et aux hêtres. Le couvert végétal est composé de fougères, profitant de la litière acide pour se développer.

 

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Le sous-bois n'est pas le lieu le plus évident pour voir de la grande faune. L'obscurtié qui y règne, la densité de troncs, les couleurs et le tapis d'aiguilles qui couvrent les bruits de pas ne permettent pas toujours, même pour les plus aguerris, de sentir la présence des sangliers et autres goupils qui peuplent les lieux.

 

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Enfin, nous voilà proches de l'alpage ! Quelques merveilles se présentent à nous, comme avec cette chenille de petite tortue (Aglais urticae) amatrice des feuilles d'orties et qui a atterrie sur une pétasite hybride (Petasites hybridus), cette soldanelle des Alpes (Soldanella alpina), ce polygala (Polygala sp.) ou encore cette anémone des Alpes (Pulsatilla alpina) aux fleurs blanches et aux feuilles découpées.

 

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La gentiane à feuilles étroites (Gentiana angustifolia) est une gentiane à grosse fleur bleue qui arrive avec les prémices de l'été. Elle s'établie à partir de 500 mètres d'altitude dans les éboulis et les pelouses rases calcaires et parfois, dans l'intestices des falaises. Plus l'altitude se fait élevée, plus elle laisse place à ses cousines : la gentiane des Alpes (Gentiana alpina) et la gentiane acaule (Gentiana acaulis).

 

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Le bois-joli (Daphne mezereum) est un petit daphné arbustif aux fleurs roses et parfumées. L'entièreté de la plante est toxique et sa résine est un puissamment vésicante, ce qui insiste à ne pas ramasser les rameaux de cette plante qui est protégées dans de nombreux massifs en raison de sa raréfaction.

 

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Le raisin des ours (Arctostaphylos uva-ursi) est de la familles des myrtilles et des bruyères : les éricacées. Cet arbuste résiste au climat rude par sa forme de buisson et son port légèrement rampant. Les premières traces écrites de son usage médicinal remontent au 13e siècle. Ses feuilles sont utilisées traditionnellement dans presque tout l'hémisphère nord comme herbe à fumer. Les fruits entrent dans la composition de confitures.

 

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En montagne le temps change très rapidement. Les sentiers se plongent dans le brouillard ce qui invite à la prudence. Chaque année, elle se fait le tombeau d'intrépides qui, trop souvent, oublient que les étroits chemins ne sont pas des parcours de course. Dégât sur la flore, dérangement de la faune, blessures et drames, il est peut être temps de penser la montagne autrement et de ramener un peu de sacralité dans la manière de l'aborder.

 

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À une heure de marche du sommet, nous tombons sur une multitude de plantes à fleurs, certaines nous sont que peu connues. De gauche à droite : le rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) encore en boutons, une giroflée (Erysimum sp.), ce qui semble être un alysson et ma préférée de toutes, l'hellébore fétide (Helleborus foetidus), bien nommée rose de vipère, griffe de lion ou encore herbe aux fous.

 

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La mésange noire (Periparus ater) est la plus petite des mésanges du territoire français. Insectivore, elle se tourne vers les pignes des conifères à l'hiver venu pour se nourrir. Bien que de petit gabarit, elle pond 8 à 10 oeufs dans un nid composé de mousse et qui parfois a du mal à contenir tout les oisillons.

 

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Nous voilà à la Folatière, que l'on nomme également le Champignon. Cet élément géologique un brin particulier est un point de repère dans ce dédale végétal et peut s'observer depuis le sommet du Charmant Som qui lui fait face. C'est de là que partent les sentiers pour parcourir les flancs de Chamechaude. 

 

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L'orchis  sureau (Dactylorhiza  sambucina) est une orchidée qui peut présenter des fleurs jaune ou violette. Cette espèce est commune à l'étage sub-alpin et débute sa floraison dès le mois de mai, et peut l'étendre à la période de juin selon les altitudes. Si elle se caractérise par sa très forte présence dans le Massif Central, elle est aussi commune dans une moindre mesure dans les Alpes et les autres massifs français.

 

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Les chamois (Rupicapra rupicapra) sont de sortie et entament leur mue annuelle. Au début de l'été, il n'y a pas encore grande foule même si les marcheurs commencent à être nombreux et hélas, oublient trop à mon goût une des règles de base en montagne : discrétion et respect vis-à-vis de la faune. Pour le moment ces capridés sauvages partagent l'alpage avec les marmottes qui sont affairées à reconstituer la litières de leur terrier. 

 

Au sommet de l'Isère

Nous atteignons notre but. Gravir le sommet est beaucoup moins dur que je le pensais. Les pâturages cèdent la place un piérier calcaire blanc où des espèces à fleurs rares nous émerveillent. Le paysage est spectaculaire mais bien vite caché par les nuages, ce qui donne une atmosphère mystique au lieu. Une ascension à la fin de l'été est de ce fait programmée pour nous permettre de prendre le temps d'observer l'Isère depuis son sommet.

 

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Les fleurs du silène acaule (Silene acaulis) pointent le bout de leur nez. Constitués en coussins denses et ras, leur forme leur permet de limiter la déperdition de chaleur, d'être soumis aux vents forts, d'être trop broutés et de faire face aux basses températures. C'est un formidable exemple de l'incroyable ingionisité de la nature et de l'adaptabilité dont le vivant fait preuve pour résister aux éléments.

 

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Autre merveille, la dryade à huit pétales (Dryas octopetala). C'est une plante dite arctico-alpine, c'est à dire une espèce dont la science n'a pas encore réussie à déterminer si l'origine est alpienne ou arctique. L'importance de ce travail résulte entre autre, dans le fait qu'il permet de comprendre l'évolution du vivant et surtout, comment les espèces migrent en fonction des variations de climats, ce qui pourrait permettre de prévoir les réactions et comportements de notre biosphère face à la grande crise climatique qui anime notre planète.

 

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En voilà du paysage. Au loin Grenoble se dresse, à la confluence des massifs de Belledone, de la Chartreuse et du Vercors ce qui légitime son nom de ville porte des Alpes. Les monts de Chartreuses sont calcaires et présentent d'incroyables falaises qui donnent l'impression de sortir d'un coup d'un seul des entrailles de la Terre. 

 

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Enfin, le sommet. La croix culmine à 20082 mètres d'altitude, loin des 1326 mètres de col de porte d'où nous sommes partis. Au bord de l'arrête, plongée dans la brume sur la crête rocheuses, je ne suis pas des plus rassurée mais je ne suis pas seule. Le charme du lieu nous invite à l'exploration, avec prudence, de la flore des falaises qui détonne par rapport à tout ce que nous avions pu voir jusqu'à présent. Bien sûre, les dryades à huit pétales sont toujours bien présentes, au point de verdir de leurs feuilles les bords du sentier.

 

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Surprise, un vulcain (Vanessa atalanta) prend la pause au bord du vide. C'est une espèce migratrice hormis dans le sud de l'Europe où les populations passent l'année sur place. À l'instar de la chenille de petite tortue (Aglais urticae), ses larves se nourrissent comme chez de nombreux papillons des feuilles d'orties.

 

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Chasse aux fossiles ! Le gel, la pluie et le temps érodent la roche, fendent les blocs les plus massifs et font apparaître les vestiges de temps immémoriaux. Huîtres et coquilles en tout genre abondent dans les éboulis qui couvrent une bonne partie du sommet et il suffit de se baisser pour en ramasser. Récemment, un fossile d'une nouvelle espèce de reptile marin a été découvert, signe que la région n'a pas fini de livrer tous ses secrets.

 

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Voici quelques espèces typiques du sommet : l'accenteur alpin (Prunella collaris), un oiseau de petite taille qui a conquit tous les massifs de l'Eurasie, une renoncule m'étant inconnue (Ranunculus), la célèbre linaire des Alpes (Linaria alpina subsp. alpina) que je n'avais pas vu depuis très longtemps et la renoncule de Séguier (Ranunculus seguieri) qui ne pousse pas en dessous de 1800 mètres d'altitude.

 

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Ayant le vertige, la petite grimpette à l'aide du câble pour atteindre le sommet fût une épreuve pour moi, mais rien d'insurmontable ou même de dangereux pour ceux qui sont plus à l'aise. Peu à peu je ne crains plus d'emprunter ce type d'itinéraire et sans pour autant en être guérie, je m'aventure de plus en plus haut sur les sentiers de montagne, parfois à fleur de roche pour la plus grande joie de mon palpitant.

Chamechaude présente de merveilleux itinéraires pour les amoureux de faune, de flore et de beaux paysages. Très fréquentée l'éte, notre prochaine montée ne s'effectura pas avant la fin de l'été, quand les marmottes s'apprêtent à s'endormir profondément dans leur terrier et les chamois à redescendre sur des altitudes leur étant plus favorables pour trouver leur nourriture au coeur de l'hiver.

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mercredi 27 juin 2018

Rallye ornitho avec la LPO.

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Retour dans l'Ain et l'Isère fin mai 2018 pour un événement un peu particulier, un rallye ornitho. Qu'est ce que donc ? Il s'agit tout au long d'un parcours dessiné à l'avance d'observer le plus d'espèces d'oiseaux possible. Composées en petits groupes, les équipes doivent se déplacer sur 3 à 4 sites afin de pouvoir mener leur inventaire. L'enjeu de cette matinée d'observation est d'évaluer année après année la présence et le nombre d'oiseaux pour évaluer leur population. Il n'y a pas de mystère, la tendance est encore et toujours à la baisse, de quoi se miner le moral malgré cette journée placée sous le signe de la convivialité et de la découverte. Cela ne serait cependant faire oublier la beauté de site, en particulier de l'étang de Lemps et du plateau de Larina où nous retournons de temps à autre traîner nos savates. Le temps et couvert et la pluie s'invite par moment, c'est idéal pour observer certains animaux en quête de chevreuil. Un ragondin et un chevreuil d'humeur matinale croise notre route, il n'en faut pas plus pour contribuer à notre bonne humeur. Pour l'occasion je suis avec 4 de mes camarades qui m'ont accompagnés tout au long de mon GPN, et qui, passionnés de nature et d'ornithologie m'ont convié à eux pour cette sortie.

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Le paysage n'est pas forcément celui auquel on s'attend. La centrale nucléaire du Bugey s'offre au promeneur, mais c'est sur les falaises qu'il faut s'attarder. Outre l'autour des palombes (Accipiter gentilis) qui nous a gratifié d'un très rapide passage, il y a fort à voir. Déjà en contre-bas, où une grande héronnière s'étend, on peut y observer les parents nourrir leurs pettis. Sur la falaise, les choucas des tours (Corvus monedula) sont rois, ce qui semble nullement déranger ce pigeon colombin (Columba oenas).

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Les ascalaphes (Libelloides) malgré leur aspect ne sont pas des papiilons. Ils se reconnaissent à leurs ailes en partie transparentes, aux massues au bout de leurs antennes et à leur régime alimentaire qui se compose essentiellement de mouches qu'ils capturent en plein vol. Ils sont typiques des milieux secs et pierreux.

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Le gazé (Aporia crataegi) est aussi nommé piéride de l'aupébine. Généralement, les ailes aux nervures noires des femelles sont beaucoup plus transparentes que celles des mâles et possèdent une marge brune, ce qui permet de différencier les sexes, à condition que les individus aient déjà quelques heures d'existance sous leur forme d'imago. Une quinzaine de pontes de 60 à 120 oeufs jaunes à chaque mise sous feuilles finissent par épuiser dame gazé qui bien souvent, meurt d'épuisement. Comme son nom l'indique, l'aubépine est l'arbre hôte des chenilles de ce papillon. 

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Sur le plateau de Larina, bien d'autres espèces se rencontrent. Ceux de la famille des nymphalidae sont les plus abondants. Souvent de grande taille, ces papillons sont des butineurs précieux car ils sont souvent les seuls à être capable avec leurs longues trompes à atteindre le nectar contenu dans les éperons profonds de certaines fleurs.

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Le lézard vert occidental (Lacerta bilineata) a fait de Larina son fief. Pourtant celui-ci n'y a pas été observé. Il est originaire de l'ENS de l'étang de Lemps. C'est un endroit idéal pour d'observer la faune de part ses observatoires et ses palissades. Bien cachés, nous sommes gratifiés du passage de la bondrée apivore (Pernis apivorus) et semble-t-il du faucon hobereau (Falco subbuteo) s'ajoutant à la multitude de canards présents.

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Deux couples de grèbes huppés (Podiceps cristatus) s'affèrent à leur pêche. En fin de notre parcours, nous avons même la chance d'observer sur le lac devant le quel nous pique-niquons un adulte transportant un petit sur son dos. Cet oiseau se caractérise par plumage pourpre, par son vol saccadé et par son cri de trompette.

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Ô joie ! Nous tombons sur l'emblême de l'ENS : la tortue cistude (Emys orbicularis). C'est la première fois que j'observe des specimens sauvages, autant vous dire que je n'en reviens toujours pas. C'est une des deux espèces de tortues sauvages en France métropolitaine avec la tortue d'Hermann (Testudo hermanni). Aquatique, elle était présente dans tout le pays avant que les milieux humides ne se réduisent à peau de chagrin. Désormais elle est en voie de disparition dans l'ensemble de l'Europe, en Russie et au Nord de l'Afrique.

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L'ornithogale des Pyrénées (Ornithogalum pyrenaicum) est appelé asperge des bois. Au stade de fleurs il n'est plus apte à être cueillie. C'est quand il est en bourgeon, quand le soleil n'est pas encore trop dur, qu'on le récolte en forêt ou en lisière. Sa saveur douce, verte et sucrée en fait un met recherché. De ce fait il se ratifie dans de nombreuses forêts se qui a poussé certaines régions et communes à le protéger complètement ou de manière partielle en réglementant sa récolte. Ce soir là, c'est omelette aux asperges des bois à la maison.

DSC04064Notre itinéraire s'arrête dans les marais qui se trouvent au pied du plateau de Larina. Sur la berge, un héron pourpré (Ardea purpurea) tente de trouver un peu de calme malgré les piaillements incessants des locustelles cachées dans la phragmitaie. La matinée rallye prend fin, au compteur plus de 140 espèces mais avec des effectifs très faibles. Mauvais temps, activité humaine, prédation ... nos amis à plumes sont de moins en moins présents dans nos campagnes et les causes sont multiples. Notre morale s'en trouve quelque peu endeuillé, malgré la convivialité ambiante qui émane du repas partagé avec les autres équipes.

mardi 12 juin 2018

Sortie en campagne 10.

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Nous voilà sur le plateau de Larina, dans l'Ain. C'est un site remarquable qui à travers son statut d'ENS, espace naturel sensible, dispose d'une protection bien définie ainsi que d'un ensemble de missions, à savoir la protection et la mise en valeur de son patrimoine : études scientifiques, visites au public, installations de panneaux, maintient des vestiges gallo-romains. Tourbières, falaises calcaires, pelouses sèches et forêts de charmes sont quelques uns des milieux composent ce site. Le faucon pèlerin (Falco peregrinus) en est l'espéce emblématique, on peut l'observer le long des parois rocheuses où il se plaît à chasser et à nicher. Quand l'espace vient à manquer ou que le milieu est trop perturbé, il se rabat sur les milieux anthropisés. Toits, cornières, balcons ... tout autant d'éléments propices à son installation. Sa présence en ville à l'avantage de réguler en partie les populations de pigeons bisets, en particulier pendant la période de nourrissage des petits.

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L'abondance d'amas de pierres et la présence d'une carrière est propice aux reptiles. Un suivis scientifique est en cours pour connaître, entre autre, la population des serpents du plateau. Mal aimés, ces animaux sont essentiels à nos écosystèmes et sont sous nous latitudes, peu dangereux. La vipère aspic (Vipera aspis), appelée aussi vipère rouge, possède la plus mauvaise des réputations, pourtant c'est un animal timide qui finit bien souvent sous les pneus de nos automobiles comme celle-ci. Parmi les mythes qui l'entourent, on la présenté comme agressive, poursuivant les promeneurs et leur sautant aux cuisses ou au thorax pour les mordre mortellement. Pourtant il n'en est rien. Cependant ces idées demeures tenaces, tour autant que celles qui voudraient que des caisses contenant des serpents soient régulièrement lâchées depuis des hélicoptères ou, que les vipères et les couleuvres s'accouplent pour donner vie à des hybrides aussi dangereux que le mamba noire. Espérons que ces idées préjudiciables à notre environnement viennent un jour à disparaître.

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Le plateau de Larina est connu pour ses strates de roche qui s'emplilent les unes sur les autres. Mises à nu par endroit, elles permettent de découvrir ça et là des vestiges d'un autre temps. Des fossiles de moules, d'huîtres, d'oursins et de divers coquillages apparaissent en relief sur les blocs qui jonchent la prairie. Il rappellent que, il y a quelques millions d'années de ça, plus de la moitié du pays était couverte par une mer chaude grouillante de vie.

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J'adore les orchidées et bien plus encire leurs hybrides. À chaque fois c'est un festival de formes et de couleurs. Ici nous avons un rejeton d'un orchis de l'Homme pendu (Orchis anthropophora) situé tout à gauche et d'un orchis singe (Orchis simia) présenté tout à droite. Le plan ainsi né se nomme l'orchis de Bergonii (Orchis x bergonii ou Orchis anthropophora x Orchis simia), le x marquant l'hybridation. Il n'est fécond qu'avec un individu de la même espèce que ces parents. C'est grâce à l'intervention de pollinisateurs que ce type de phénomènes s'observe, plus ou moins fréquemment selon les espèces.

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L'orchis brûlé (Neotinea ustulata) est une orchidée commune dans les pelouses calcaires bien ensoleillées qui se reconnaît à sa sommité cramoisie et aux gros points qui marquent le label. Commune en France mais vulnérable dans de nombreuses régions et départements, elle est protégée en Corse, dans le Centre et en Picardie. Sa pollinisation s'effectue à travers une miniscule mouche.

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À la lisère de bois on trouve une autre orchidée, poussant ici à côté de l'orchis brûlé. Il s'agît de la céphalanthère à feuilles en épée (Cephalanthera longifolia) ici à droite, une espèce des milieux plus ombragés, contrairement à l'hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum) à gauche et dont les fleurs tout aussi blanches recherchent le soleil. C'est un sous arbrisseau calcicole présent dans de nombreux pays méditerranéens.

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Dans le sous-bois, c'est une autre flore qui s'exprime. Les fleurs blanches des stellaires holostées (Stellaria holostea) se mêlent à celles bleues de la véronique petit chêne (Veronica chamaedrys) formant des bosquets denses. Alors que la première a plutôt tendance à être acidophile, la seconde préfère les sols calcaires. Croiser ce mélange n'est de ce fait pas si courant même si ces deux espèces se rencontrent assez souvent en lisière.

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Bien qu'elle soit en fin de floraison, on peut encore voir la pulsatille rouge (Anemone rubra). Elle se cantonne principalement à la région Auvergne-Rhône-Alpes bien qu'on la trouve dans quelques départements alentours. C'est également dans cette région qu'elle fait l'objet d'une protection soutenue. Certains auteurs ne la dinstingue pas de la pulsatille des montagnes (Anemone montana) dont les couleurs seraient moins prononcées.

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La véronique prostrée (Veronica scheereri) se reconnaît à ses fleurs bleues en épis, son port ras et sa pilosité blanchâtre. Elle aime les milieux secs, pauvres en nutriments, bien ensoleillés et strictement calcaires. Elke est parfois confondu avec la véronique d'Autriche (Veronica austriaca) et la véronique germandrée (Veronica teucrium) ce qui explique sa sous-représentation dans de nombreux départements. Comme pour l'hélianthème des Apennins, sa souche est ligneuse. Bien que pouvant pousser sur de hautes altitudes, plus de 2000 mètres, on ne la rencontre que ponctuellement dans les Alpes.

Une des particularités du plateau est la présence par endroits de résurgences, créant ainsi des îlots humides au milieu des pelouses xérophiles. Des arbres pionniers tels les boulots s'y sont installés, procurant une fraîcheur bienvenue pour des espèces aimants l'ombre, les sciaphiles. Ils donnent aussi l'occasion d'observer une faune qui d'ordinaire se rencontre en contrebas des falaises, dans les étangs de la tourbière.

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La valériane officinale (Valeriana officinalis) fait partie de ses plantes aimant les milieux humides mais ayant besoin de soleil. Cependant celle-ci semble s'accomoder de l'ombre procurée par la proximité du sous-bois. C'est une plante médicinale qui s'emploie pour aider à l'endormicement et pour lutter contre l'anxiété. Sédative, son emploi se fait non sans mesure. Sa racine agît comme l'herbe à chat sur nos compagnons à quatre pattes, ceux-ci étant stimulés par une molécule entrant dans la composition de leurs phéromones sexuelles propres aux félins.

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Les hélianthèmes jaunes ne sont pas simples à différencier vu les similarités entre chacune des dizaines espèces que l'on trouve sur le territoire. Il pourrait ici s'agir de l'hélianthème à feuilles de nummulaire (Helianthemum nummularium). Il est aussi appelé hélianthème commun et se reconnaît à son port élancé, à ses fleurs jaunes et à ses feuilles opposées dont la marge est couverte de poils blancs ou gris. Aimant les sols calcaires qui ont le désavantage de ne pas retenir l'eau, il s'y est adapté en développant des racines peuvent s'enfoncer jusqu'à 50 centimètres de profondeur pour capter la moindre goutte.

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L'épine-vinette (Berberis vulgaris) est un petit arbuste épineux connu pour ses fruits rouges qui font le délice des enfants et des oiseaux. En gelée, en confis, en sirop ou en confiture, ses baies se mangent à toutes les sauces, même en plat de résistance avec du gibier. Seuls quelques départements, localisés surtout en Bretagne, sont dépourvus de cette espèce qui pousse dans une grande variabilité de milieux tant que le sol est calcaire.

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Installé tranquillement, un lézard vert occidental (Laceera bilineata) prend du repos. Chez cette espèce, les mâles peuvent atteindre jusqu'à 30 centimètres de long, ce qui en fait de bons amuses-gueules pour les couleuvres et les rapaces qui s'en nourrissent . Vif, il se réfugie dans la végétation broussailleuse des plateaux ensoleillés. C'est lui aussi un grand fan de vieilles pierre dont il tire profit de la chaleur le soir venu.

DSC02505La vue sur le plateau me laisse songeuse. Au loin, s'étendent des plaines en agriculture intensive, une centrale nucléaire passée d'âge, un fleuve contrain dans son liénaire, des lignes à haute tension et tout au fond, là où le regard s'arrête, le ville de Lyon. Ce n'est pas le paysage que j'aime mais c'est celui qui, pour le moment, et nécessaire à subvenir à nos besoins. Il temps de consommer autrement, mieux, moins. Je suis convaincue qu'il est possible, petit à petit de tendre vers d'autres modes de vie plus sains et plus respectueux de ce qui nous entourent. Mais il faut laisser le temps aux choses, garder espoir et ne pas tomber dans le cliché de l'anticonsumorisme primaire. Une sacrée épreuve en somme. C'est sur cette pensée, et cette vue pour le moins peu habituelle que prend fin cette journée de randonnée en campagne ainsi que l'article.

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