samedi 4 novembre 2017

L'arboretum des Barres.

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Sur le chemin retour de la côte bretonne en direction de Lyon, nous avons fait un grand crochet par les rues piétonnes d'Orléans puis, par l'arboretum des Barres. Cet arboretum situé dans l'est du Loiret est l'un des plus grands d'Europe. Entièrement géré par l'ONF (Office Nationale des Forêts), nous y sommes restés pas moins de 7 heures. Autant vous dire que nous avons beaucoup de choses à vous raconter. Nous y reviendrons dans quelques mois, au printemps, pour profiter de la floraison des centaines et centaines d'arbres qui s'y trouvent.

DSC01710Trois collections composent l'arboretum : Continetalis qui présente essentiellement des arbres issus d'Amérique du Nord et du Nord de l'Asie, la collection Bizarretum aux espèces aux formes étranges et Classifica, qui permet d'identifier aisément les espèces par familles. Certains spécimens sont titanesques, donnant ainsi le tournis au promeneur qui déambule librement dans le parc.

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Au sol, un humus riche et épais s'est composé au fil des années. Cela est dû en partie à l'ancienneté du parc qui comptabilise presque 200 ans d'existance. Aujourd'hui se sont pas moins de 400 espèces d'arbres qui le composent.

Des milieux comme ceux-ci, bien que complètement artificiels car créés de la main de l'Homme, donnent l'impression d'être immergé en pleine nature. La diversité d'espèces végétales permet d'observer un grand nombre d'espèces animales. C'est en particulier l'entomofaune qui est favorisé par ces habitats diversifiés.

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Tel un signe, une mante religieuse (Mantis religiosa) nous attendait le matin de notre départ d'Orléans devant notre porte. Quel plaisir d'en rencontrée une seconde quelques heures plus tard, dissimulée dans un buisson fleurit. C'est un redoutable prédateur qui utilise avec habilité ses pattes avant nommées ravisseuses pour saisir ses proies. Les femelles ne devraient pas tarder à pondre leur oeufs dans une oothèque protectrice.

DSC01821Les sorbes du sorbier domestique (Sorbus domestica) sont de petits fruits que l'on surnomme parfois à tort poirillons car, bien qu'ayant la forme de petites poires, ils n'en sont pas. On parle alors plus volontier de cormes. C'est un arbre en pleine régression sur le territoire européen et qui se fait de plus en plus rare dans les forêts françaises. La qualité de son bois pourrait susciter un regain d'intérêt auprès des forestiers.

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Sur son tronc pousse une fistuline hépatique (Fistulina hepatica). C'est un champignon comestible qui porte également le nom de langue de boeuf. Malgré son drôle d'aspect, il est assez apprécié pour sa saveur de viande.

Ce n'est pas le seul à pousser dans l'arboretum. En effet on compte près de 400 espèces composant la fonge locale et poussant sur le site. Certaines sont parasites des arbres, d'autres poussent en symbiose avec, d'autres encore se nourrissent du bois mort ou de la matière organique présente dans le sol. Bref, il y a de quoi faire.

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DSC01752Parmi les espèces que l'on peut rencontrer, on peut citer de gauche à droite l'armillaire couleur de miel (Armillaria mellea), terreur des arbres qui s'intalle sur les spécimens fragiles et les fait péricliter. Parfois consommé jeune en boutons, il est concidéré comme indigeste voire toxique (surtout à maturité), en particulier chez les personnes sensibles. On rencontre aussi l'hygrophore jaune-verdâtre (Hygrocybe chlorophana), qui se caractérise par sa couleur flamboyante mais aussi comme bio-indicateur de leur milieu et de la santé de celui-ci. Enfin, de nombreuses russules (Russula sp.) poussent sous les conifères et dans l'herbe au pied des feuillus. Néanmoins il ne faut pas être tenté de tout croquer, de nombreuses espèces étant belles et ... seulement belles.

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Une belle découverte nous attendait au détour d'un sentier. Un ganoderme luisant (Ganoderma lucidum), champignon populaire en Asie (sous le nom de reishi) et connu pour les vertus que son mycélium posséderait (anti-VIH, anti-cancer, anti-oxydant, anti-virale ...) et qui sont actuellement à l'étude. Il présente également des propriétés très intéressantes qui pourraient permettre de trouver des alternatives à l'emploi du plastique.

DSC01650Parmi les arbres remarquables du lieu, il y a le cryptomère à feuilles vrillées (Cryptomeria japonica). Il est le seul représentant de son genre, celui des Cryptomeri, à l'instar de la populage des marais (Caltha palustris) qui est la seule représente du genre Caltha. Endémique du Japon, il est employé dans diverses régions du monde à des fins de reboisement et de production industrielle de papier.

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C'est aussi l'arbre national du Japon et de ce fait, on le trouve devant l'entrée de nombreux temples. C'est aussi un très bon bois de construction, imputrescible, parfumé et aux teintes rouges ce qui lui vaut son succès en architecture.

DSC01826Le cyclamen de Naples (Cyclamen hederifolium) est également appelé cyclamen à feuilles de lierre. Il croit naturellement dans le Sud de la France et dans une grande partie du bassin méditerranéen. Il est apprécié dans les jardins où il s'est naturalisé. Peu difficile, on le trouve aussi bien en forêt qu'en plein cagnard sur roche.

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Plante bulbeuse, il appartient à la famille des primulacées, c'est à dire des primevères (sans totue fois en être une). En Occident il symbolise la beauté mais aussi la jalousie. C'est une plante de l'amour voire de la passion d'où le fait que la religion catholique l'ai reprit comme un des symboles représantant la Vierge Marie.

DSC01743L'if à petites feuilles (Taxus baccata cv. adpressa) est un if horticole issu de notre if européen qui pousse dans nos forêts bien qu'il s'y fasse rare. Ils partagent l'un et l'autre les mêmes besoins, à savoir être exposés dans une zone de préférence ombragée, au sol légèrement humide et acide même s'ils supportent les compositions à tendance basique.

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L'if à petites feuilles a un développement l'an et se maintient en boule. Il est parfaitement adapté aux jardins dits à la français qui nécessite des espèces supportant bien la taille en taupière. Il se maintient entre 50 et 100 cm de haut. Il existe une variété aux feuilles jaunes dorées.

Ces quelques arbres font partis de la collection Classifica. Elle est un excellent outil pédagogique pour les amoureux des arbres et les curieux qui viennent découvrir l'arboretum mais aussi, pour les étudiants du centre d'étude qui se trouve au milieu des arbres, en plein coeur du site, nous rendant le temps d'une journée jaloux.

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La collection Bizarretum est celle où j'ai pris le plus de plaisir (peut être parce que je suis moi même un peu Bizarretum). Des arbres nains, des arbres tordus, des arbres aux multiples couleurs ... il y a quelque chose de beau et d'étrange à la fois, où l'on est émerveillé par les formes des branches et la découpe des feuilles mais aussi, où on ne peut s'empêcher de penser que l'Homme aime modifier le vivant, sans parvenir à aimer ce qu'il est.

DSC01855On peut, en s'y aventurant, rencontrer quelques rares cultivars sur les quels il existe peut de littérature hormis dans les catalogues spécialisés. Le Quercus robur 'Doumetii' en fait parti. Il est un des cultivars du chêne pédonculé (Quercus robur). Il se caractérise par ses feuilles très découpées au point d'évoquer celles de certaines érables, comme on peut le voir sur les deux photos placées à droite du panneau "Bizarretum". Désormais on rencontre plus couramment dans les jardins le chêne pédonculé fastigié (Quercus robur "Fastigiata") aux feuilles moins laciniées.

De nombreuses variétés horticoles présentent cette particularité. Aubépines, érables, saules, ormes, alisiers, peupliers ... rares  sont les espèces à ne pas connaître cette déclinaison dans les parcs et jardins botaniques.

DSC01833L'entrée de Bizarretum se présente tel un cocon. Pas de fleurs ici mais des feuillages bien verts et à foisonnants qui forment une ambiance très particulière. Entre forêt sauvage et jardin travaillé, il est dur de se décider. Les allées laissent alors le choix au visiteur de découvrir plusieurs tableaux plus ou moins ensauvagés.

DSC01914Sur un buddelia blanc (Buddleja davidii white profusion), un tabac d'Espagne (Argynnis paphia) butine tranquillement. Les buddelias (en particulier daviddi) sont des arbustes asiatiques naturalisés en Europe qui posent énormément de problèmes d'un point de vu écologique. Contrairement à ce qu'ils laissent penser, ils ne sont pas bons pour les papillons car dépourvus pour la majeure partie de nectar. Ces derniers sont attirés par le doux parfum qui s'échappe des fleurs sans pour autant trouver de nourriture. Les buddelias ont aussi la fâcheuse tendance à empiéter sur la niche écologique de nombreuses espèces qui tendent alors à disparaître. Hors bien souvent, elles sont les hôtes des chenilles de papillons, ce qui accroît leur disparation, ceux-ci ne trouvant plus de sites de pontes. Il modifie durablement la faune et la flore de milieux remarquables et/ou fragiles ce qui mènent à des campagnes de sensibilisation, pas toujours comprises, auprès du public. Cependant, dans certaines friches urbaines, ils figurent parmi les rares espèces à pouvoir se maintenir dans les milieux pollués et anthropisés, apportant un peu de vie dans les déserts de béton. Autant dire que tout n'est pas blanc ou noir.

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L'arboretum des Barres est aussi un refuge précieux pour de nombreuses espèces animales, en particulier d'oiseaux et d'amphibiens, que cela soit dans la marre avec les grenouilles vertes (Pelophylax sp.) ou, dans les arbres avec les rainettes arboricoles (Hyla arborea). Ces dernières utilisent les deux tâches noires situées à l'arrirère de leur corps pour effrayer leur prédateur en montrant leur dos (comme sur la photo ci-dessus).

Bref, on est ravie d'avoir pu faire cette expérience. Nous avons passé un temps fou entre les arbres mais aussi dans la boutique souvenir (à feuilleter entre autre les ouvrages de Terre Vivante). Depuis, nous sommes repartis pour une année scolaire bien chargée, au coeur de la vallée du Rhône. Néanmoins elle sera ponctuée de quelques visites dans ce lieu pour le quel nous nous sommes pris de passion et où nous avons encore tant à découvrir.

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mardi 13 janvier 2015

Un weekend à Sault.

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Petit tour par le Vaucluse et par la commune de Sault. Située à 763 mètres d'altitudes, le village donne accès aux nombreuses randonnées situées sur le mont Ventoux. Entourée de forêts, son sol calcaire est parfait pour la culture de la truffe noire, de la lavande et du lavandin.

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Que dire sur Sault ? Que la ville apparaît pour la première fois dans les textes en 859 sous le nom de Saltus, ce qui désigne une terre sauvage et boisée. A la renaissance le bourg devient un comté dirigé par une famille ici de chez, le Dauphiné, les biens nommés Morard... oui tout de suite avec un tel nom, ba ça en jette moins.

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Spécialité locale, la réalisation de colombages en torchis pour les plafonds. Les maisons sont typique du sud, toutes de pierres et en hauteur. La plupart d'entre elles datent du XVIe siècle. Elles sont adaptées pour que bêtes et hommes cohabitent mais aussi pour que les récoltes de fruits et de céréales sèchent à l'abris des rongeurs sur des terrassent nommées trihard.

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La culture de la lavande fait partie intégrante du paysage local avec l'élevage ovin. Connue depuis l'antiquité pour ses nombreuses propriétés médicinales, elle appartient à la famille des liamacées au même titre que le menthe et la verveine. Mellifère, elle se porte particulièrement sur les terres calcaires très ensoleillés.

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Le lieu fait le bonheur des spéléologues avec de nombreuses cavernes à explorer, parfois au pied même du village. Les vestiges qui y ont été découvert sont exposé dans le musée de la municipalité qui présente une collection très éclectique mêlant fossiles, armes blanches anciennes ou même momie !

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Pourquoi aimer Sault ? Pour son nougat ! La nougaterie Boyer se trouve dans le centre du village et est réputée pour ses petites douceurs. Fondée en 1887, le nougat est composé de produits locaux : miel de lavande et amandes provençales. Oeufs en neige et sirop de sucre viennent s'ajouter.

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N'oublions pas les macarons, les galettes d'épautre, les calissons, les amandes enrobées, les fruits confits et les guimauves à l'ancienne ! Un vrai paradis pour tous les gourmands et les amoureux de terroir. Le nougat deSault a même sa propre page sur Wikipédia ! 

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Depuis 1515, tous les mercredis se tient le marché sur la place du village. Légumes, savons, saucissons, fromages et autres produits locaux sont proposés. Le 15 août c'est sur la place de de l'Hippodrome que se fête la lavande à Sault. Folklore et épices font bon ménage.

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Retour à l'ermitage, entre les allées des grands platanes pour profiter des derniers rayons du soleil. Les températures sont exceptionnelles pour la saison cequi donne l'occasion de voir de nombreuses plantes en fleurs.

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Vielles pierres et magies des grands arbres, les habitations locales ne manquent pas de charme. Y passer une nuit nous replongent dans des oeuvres emblématiques tel que "Le château de ma mère".

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Ineffables parfums de rouges fruits confits,
Délicates saveurs âpres de raisins mûrs.
L’ivresse est profonde et la narcose embellit
L’instant si fugace au potron-jacquet azur.

Ah ! Le long des chemins hasardeux de Provence,
Je respire la saponaire et la lavande
Aussi ces infinies bacchanales fragrances
Que le Sombre et le Libeccio austral répandent.

Didier Sicchia

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Fleurs, baies, nid et sève montante... c'est non pas un été indien mais un printemps avant l'heure qui s'annonce ici. Papillons et guêpes parcours les airs, les oiseaux chantent... décidément dame nature perd la tête.

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L'ancien verger est une véritable mine d'or pour la biodiversité. Les écorces des vieux arbres servent d'abris aux insectes pour s'abriter des froids à venir et de garde-manger pour les oiseaux tel la sittelle troche-pot

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Incroyable, rencontre avec mes touts premiers et véritables sanguins (Lactarius sanguifluus), délices du sud très prisés. Une orchidée aux larges feuilles fait une sortie remarquée au milieu des pommes de pins et des feuilles dorées de l'érable champêtre (Acer campestre) tombées au sol.

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L'if commun (Taxus baccata) est un arbre avec une incroyable duré de vie. Réuni en bosquet, on parle d'ivaies qui sont souvent des bois sacrés. C'est un arbre extrêmement toxique et même mortel, don seule la chair des baies (et non les graines qu'elles contiennent) et comestible. Chaque année il entraîne de nombreux décès.

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Aperçu des différentes baies de la campagne environnante :
1 : le gui blanc (Viscum album) est une plante parasite qui tir son énergie en partie de la sève des arbres sur les quelques il se nourrit. Ses feuilles se consomment en infusion. Il peut être toxique.
2 : Le prunellier (Prunus spinosa) produit des prunelles, riches en vitamines C et en tanins.
3 : Le rosier des chiens (Rosa canina) donne quand à lui les célèbres cynorhodons appelés aussi grattes-culs en raison de leur utilisation comme poil à gratté. Ils peuvent être récoltés et consommés après les premières gelées.
4 : Le fusain d'Europe (Euonymus europaeus) présente les plus belles des baies : oranges dorées dans une cosse rose pétant. Très toxiques, elles ne sont là que pour le plaisir des yeux.

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Avec l'aubépine (Crataegus) et quelques vieux chênes pédonculés (Quercus robur L.), ces divers arbustes composes des haies épaisses qui servent à parquer le bétail et à protéger les cultures du vent et des sangliers.

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Nouvelles terres, nouveaux champignons, il faut se familiariser avec de nouvelles espèces. Parmi celles-ci de grands classique comme la russule du fiel (Russula fellea) ou l'armillaire couleur de miel (Armillaria mellea) mais pour les autres, mystère.

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La lépiote élevée (Macrolepiota procera), délicieux champignon au goût de noisette semble se plaire sous ces latitudes. Au four ou à la poêle, elle se cuisine facilement. Sa grande taille permet de vite remplir un panier. Attention toute fois à na pas confondre avec d'autres espèces de lépiotes comme la lépiote brun-incarna qui peuvent être mortelles.

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Qui dit chêne et sol calcaire dit truffes. Il n'est pas rare de rencontrer des chênaies très surveillées. En effet le recel de ce précieux et rare champignon est un fléau qui met souvent les producteurs sur la paille. La saison de production a débuté en douceur cette année.

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Voilà un sympathique rond de sorcièredans la forêt. Un rond de sorcière, appelé aussi cercle de fée est la manifestation d'un mycélium qui s'étend. Dans les croyances populaire on y voyait surtout la manifestation de pratiques magiques, bonnes comme mauvaises.

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Il fallait bien qu'il se pointe celui-là, l'hypholome en touffe (Hypholoma fasciculare). A lui seul il représente presque 50% des espèces de champignons rencontrées en Europe. Malheureusement il n'est pas comestible. Peut être que ceci explique cela. En tout cas un chouette weekend qui sans bon la Provence.

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