samedi 21 septembre 2019

Sortie en montagne 25 : les Écrins.

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L'été est là, c'est le moment des grandes explorations en montagne. Nous voilà partis pour 3 jours dans les Écrins, 3 jours sur les lieux que j'ai connu il y a 9 ans de cela et que j'avais à coeur de faire découvrir à mon bien-aimé, pour y graver là des souvenirs indélébiles. Nous n'avons pas été déçus, le voyage fût fabuleux et nous avons pu découvrir une multitude d'espèces. Arrivés peu avant la tombée de nuit, quatre chamois (Rupicapra rupicapra) nous accueillent de leur silhouette, un moment magique et unique qui se renouvellera le soir suivant. 

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Visite du village peu avant manger. L'église de Villar d'Arêne, commune où nous logeons est sur le point de s'effondrer en raison de malfaçons. De larges fissures lézardes les murs, mettant à nu les fossiles des pavés de calcaire qui la composent. L'entrée toujours ouverte, sert de reposoir à une hirondelle rustique (Hirundo rustica) pour la nuit.

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Une autre hirondelle peuple le hameau, l'hirondelle des rochers, une espèce des falaises au plumage terne qui se plaît aussi sur les habitations qui offrent de nombreuses failles et recoins et où, les oiseaux peuvent y installer leur nid fait de boue, d'herbes et de salive. À la différence des hirondelles rustiques, elle n'a pas besoin de s'engouffrer plus en profondeur dans les greniers et dans les granges. Insectivore elle aussi, elle chasse les moucherons, les moustiques et les petits insectes volants très présents dans le coin en raison des nombreuses étables qui se trouvent autour du village et des champs de pâtures où bon nombres arthropodes se développent.

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Nous arrivons au sommet du col du Lautaret, à 2085 mètres d'altitude. Nous sommes accueillis au point culminant par une bergeronnette grise (Motacilla alba) en chasse dans la prairie fleurie. Très souvent liée à l'eau, elle semble tirer profit ici des nombreux ruisseaux montagnards. Énergique, on la reconnaît comme toutes les bergeronnettes aux soubresauts incessants de sa queue quand elle est posée au sol et à son vol onduleux.

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Une belle surprise nous attendait aux abords du jardin alpin, la polémoine bleue (Polemonium carerulum). Inconnue dans les Hautes-Alpes, celle-ci s'est échappée des collections botaniques. Protégée nationalement, elle est extrêmement rare mais doit être désherbée localement.

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Il arrive ça et là que certains plants soient entièrement blancs, un peu comme chez la bourrache. D'ordinaire, la plante se rencontre dans les prairies et fonds de vallées humides jusqu'à 2000 mètres d'altitude dans les régions de l'Alsace, du Massif Jurassien ou encore du Cantal et de la Haute-Garonne. Elle est parfois appelée valériane grecque en raison de ses feuilles un peu similaire, elle n'est pas native de Grèce et elle n'appartient pas à la famille des Valérinanacées mais à celle des des Polemiacées au même titre que les phlox, beaucoup plus connus. On compte 27 espèces de polémoines dont, d'après mes recherches, une seule espèce serait présente en France, la fameuse polémoine bleue que voici.

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Moment d'émotion, un vautour fauve (Gys fulvus) nous survole. Nous en verrons pas loin d'une quarantaine pendant notre séjour. Ce matin là, nous sommes chanceux, les rapaces ayant plutôt l'habitude de s'élever dans les airs depuis le plateau voisin. Par trois, puis par dix et au final, par trente, ils ont tranquillement pris les courants d'air chaud pour partir à la recherche de leur nourriture. Nécrophage, leur rôle est essentiel.

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En débarrassant les montagnes des carcasses d'animaux morts, ils jouent aux éboueurs, empêchant l'apparition de zoonoses (épidémies du bétail) et la pollution organique des points d'eau potables. Cependant ces animaux protégés sont encore accusés de nombreux actes et maux dont ils ne peuvent être à l'oeuvre. Les préjugés ont la vie dure, on peut lire ça est là qu'ils capturent des animaux encore vivants, chose dont ils sont incapables du fait de leur pattes et serres trop peu puissantes. On peut aussi entendre qu'ils effrayent volontairement le bétail pour le précipiter dans le vide ou qu'ils peuvent en vol venir prélever des lambeaux de chair sur les promeneurs ... ces idées infondées et fausses ont conduit à l'éradication de ces animaux de nos montagnes, et de même pour les trois autres vautours français. Revenant peu à peu mais encore menacés, la sensibilisation semble être désormais la meilleure arme pour que ces oiseaux majestueux puissent continuer à faire partie de notre patrimoine. Les mentalités changent, et des placettes de nourrissage voies le jour sous l'impulsions des agriculteurs et des naturalistes. Remplaçant les équarrisseurs, elles permettent aux oiseaux de se nourrir, aux exploitants de gérer les pertes à moindre coûts et aux villes de maintenir la sécurité sanitaire.

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Si le jardin alpin du col du Lautaret est si connu, c'est d'une part pour son emplacement et la longévité (120 ans!), mais d'autre part, pour les espèces rares et exceptionnelles qu'il acceuille. Ci-dessus, je vous propose de découvrir de gauche à droite 4 fleurs hors normes qui font bien souvent le bonheur des visiteurs. 1 : Le mulinum épineux (Mulinum spinosum) est une espèce d'Amérique du Sud, épineuse mais prisée pour le bétail en raison du goût particulier qu'il donne à la viande, surtout chez les lapins. On la nomme localement neneo 2 : Le pavot bleu de l'Himalaya (Meconopsis betonicifolia), une espèce très rare et qu'ont ne peut voir que dans 10 à 15 jardins en Europes. Son succès tient à sa couleur si particulière. 3 : L'iris de Sibérie (Iris sibirica) est une espèce résistant à des températures artiques. 4 : La primevère à fleurs d'un seul côté (Primula secundiflora) porte peut être le nom vernaculaire le plus long parmi toutes les espèces présentées.

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Pour finir cette visite, voici deux petits passereaux communs aussi bien en plaine qu'en montagne, granivores et qui tirent profit des nombreux arbres à graines et conifères plantés il y a des dizaines d'années de cela. À gauche, un chardonneret élégant (Carduelis carduelis) posé sur un pin à crochet (Pinus uncinata) observant les visiteurs. À droite, un pinson des arbres (Fringilla coelebs) dans la même position et tout aussi curieux.

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Nous quittons les sentiers battus pour en rejoindre d'autres, ceux de la montagne pour une randonnée calme mais riche, à la découverte du lac du Pontet et de l'Aiguillon. La boucle fait un peu plus de 3,8 kilomètres et le dénivelé approche les 500 mètre, rien de très compliqué en somme, mais comme toujours, quand on a l'appareil photo en main et les jumelles autour du coup, les minutes peuvent vite devenir des heures.

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La grande astrance (Astrantia major) figure parmi les plus belles fleurs de nos montagnes. Fine, délicate, gracile ... bien des adjectifs peuvent lui être attribués. On la reconnaît à ses fleurs blanches et violines, perchées sur des tiges hautes de 30 à 90 centimètres. D'ordinaire présente dans les zones ombragées voire en limite de bois, elle pousse ici en prairie bien exposée, mais très humide. Leur floraison prolongée égaie les jardins anciens.

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) présente des pétales violacés, parfois roses ou blancs, au nombre de 4 ce qui la différencie d'autres espèces très proches ayant 5 pétales. Elle présente un port érigé mais reste petite.

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Bien que subalpine voire alpine, on peut la rencontrer de juin à septembre dans d'autres milieux, notamment en Bretagne où elle est protégée. En général, c'est entre 1000 mètres et 2700 mètres d'altitude ce qui en fait en France une des championnes de nos massifs. Elle aime les sols acides et neutres, ce qui en fait un indicateur précieux. Néanmoins la littérature scientifique l'indique comme bio-indicatrice des milieux calcicoles. Bisannuelle le plus souvent, elle fût utilisée par le passé pour aromatiser la bière et les liqueurs, surtout dans les pays de l'Est, et pu être utilisée comme légume en cas de famine. Cependant son goût très amer ne permet pas d'en faire un aliment du quotidien.

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Dans l'herbe, des belles des champs. Parmi elles, des orchidées, et d'autres qui leur ressemble sans en être. Toujours de gauche à droite. 1 : L'orchis vanille (Gymnadenia nigra subsp. rhellicani), à l'odeur si douce et puissante. 2 : Une fleur plus discrète, la renouée vivipare (Bistorta vivipara) que je redécouvre cette année. 3 : une seconde orchidée, l'orchis globulaire (Traunsteinera globosa). 4 : L'épiaire hérissée (Betonica hirsuta), dont les fleurs en pompons roses me charme toujours. Plante de montagne, on l'identifie à ses feuilles velues.

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Retour de l'hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris), qui survole une prairie fleurie à la chasse d'insectes au-dessus de nos têtes. Sa reconnaissance est aisée, son dos gris brun, son ventre et le dessous de ses ailes blanches, sa queue noire ornée de deux tâches blanches permettent de ne pas se tromper.

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Nous avions pu en voir quelques brins dans le jardin alpin, nous avons cet après-midi la chance de pouvoir en croiser de sauvage. Le génépi jaune (Artemisia glacialis) n'a pas besoin de plus de présentation, sa réputation est déjà faite. Appelé parfois génépi blanc en opposition au génépi noir (Artemisia genipi), il est à l'origine de la délicieuse liqueur du même nom. Sa récolte est très réglementée et certaines espèces sont protégées.

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Une drôle de grenouille dalmatien fait son apparition. La grenouille rousse (Rana temporaria) se confond aisément avec la grenouille agile (Rana dalmatina) mais présente de légères variations et vit en plus haute altitude même si toutes deux partagent certaines zones sur l'hexagone. Celle-ci aborde un paterne un peu inhabituel. En milieu montagnard, le développement des amphibiens est beaucoup plus lent. Les oeufs sont mis en eau aux toutes premières fontes des neiges. Les têtards qui en émergent mettront tout le printemps et tout l'été à devenir grenouillettes ou crapelets, là où en plaine ils mettent d'ordinaire 72 jours grand maximum. Pour en revenir à note grenouille, elle se rencontre surtout dans le nord de la France mais aussi dans nos massifs. Dans les Alpes, elle peut être observer à plus de 2800 mètres d'altitudes, un sacré record pour un animal poïkilotherme, c'est à dire dont la température interne dépend du milieu dans lequel il se trouve.

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Arrivés au sommet, à 2086 mètres d'altitudes. En contre-bas, minuscule, Villar d'Arêne et au loin, dans le creux du vallon, la Grave-La Meije. En face, immenses et écrasants, la Meije et le Bec-de-l'Homme. Le paysage laisse sans voix. Les neiges éternelles ne seront bientôt plus, tout comme les glaciers. Entre ma première arrivée ici à 18 ans et maintenant, il y a 9 ans, ils ont fondu de moitié et je crains qu'à notre prochain séjour ils ne soient plus.

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Autre moment magique, avec le passage de ce grand corbeau (Corvus corax) poursuivit par deux corneilles noires (Corvus corone) inquiètes de le voir s'approcher de leur territoire d'un peu trop près. Immense, avec pas loin d'1,20 mètre d'envergure. Je dois avouer qu'il s'agit là d'un des oiseaux que j'aime le plus et qui, il y a quelques jours de cela, nous a fait la surprise de traverser à deux le jardin familial, nous laissant ébahis. Craint, c'est pourtant un animal inoffensif, peu commun et protégé dont la réputation ne reflète pas le génie de l'oiseau.

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L'edelweiss (Leontopodium nivale subsp. alpinum) est l'étoile de nos montagnes. Rare voire très rare, c'est une des espèces emblématiques des Alpes. Relique de l'époque glacière, elle surprend par ses pétales blancs velus. Ceux-ci sont une défense contre la rudesse du climat et en particulier du soleil qui est si mordant en haute altitude.

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Ceux-ci protège la plante de l'évapotranspiration, mais aussi des UV, du gel et de la gourmandise de certains phytophages. Pour la trouver, il faut scruter les pelouses, les rocailles et les pâturages qu'ils soient calcaires ou schisteux. Néanmoins, il faut se montrer patient. Protégée, c'est une plante qui attire la convoitise mais aussi, qui ne pousse pas sur tous les massifs alpins, d'autant qu'il ne faut pas craindre d'utiliser ses mollets, la fleur poussant entre 1200 et 3000 mètres d'altitude. Aujourd'hui, on en trouve des cultures ça et là dans des exploitations spécialisées. Les brins fleuris sont récoltés pour être utilisés pour aromatiser les liqueurs et les infusions traditionnelles.

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Les machaons (Papilio machaon) sont à la fête, les floraisons battant leur plein là où en vallée, le soleil grille tout. Leurs chenilles sont uniques. De forte taille et reconnaissables à leur couleur verte et leurs tâches noires, elles se nourrissent d'apiacées, que cela soit des fenouils et des persils au jardin ou les grandes berces des fossés. Plusieurs générations, deux à trois, peuvent animer les champs fleuris de mars à septembre jusqu'à 2000 mètres.

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Deux petits oreilles dépassent des bosquets de gentianes jaunes (Gentiana lutea). Voilà une jolie chevrette, une femelle de chevreuil d'Europe (Capreolus capreolus). Ce petit cervidé est commun aime les milieux ouverts pour se nourrir mais favorise les milieux forestiers pour s'habriter. Son principal prédateur, outre le chasseur, est d'ordinaire le lynx boréal (Lynx Lynx), mais celui-ci est quasi-absent en France. Longtemps chassé, disparu puis réintroduit, la principale menace de ce gros félin est le braconnage, accusé souvent de prédater les chevreuils (que certains veulent s'accaparer), pourtant jugés comme trop nombreux, occasionnant des dégâts.

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Le tarier des prés (Saxicola rubetra) fût l'oiseau du week-end. C'est bien simple, à chaque visite, à chaque sortie, à chaque randonnée, il était là. Difficile de de ce fait de passer à côté. Autrefois commun en basse altitude, il s'observe désormais plutôt dans les milieux montagnards.

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C'est un oiseau bio-indicateur des prairies de bonne santé, où les plantes sont très diversifiées et l'entomofaune riche. C'est un oiseau migrateur qui niche en Europe et en Asie et qui retourne à l'hiver en Afrique pour profiter de l'abondance d'insectes. On connaît encore mal les déplacements et le mode de vie de ce petit passereau, et bien qu'il ne soit pas encore considéré menacé, bien des éléments sont alarmants. Baisse de l'effectif de 90% en Alsace, quasi-disparition des plaines françaises et fort échec des nichés (nids au sol), il est temps d'agir. La disparition des insectes, la fauche et le pâturage intensif, la transformation des plaines alluviales en culture arboricole et la disparition des jachères mettent à mal le tarier des prés.

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Les patous veillent au grain, les loups et les chiens n'ont qu'à bien se tenir. Ici les moutons passent la journée en alpage, dans des parcs électrifiés sous la surveillance de leur chien de garde, puis regagnent à l'arrivée du soir la bergerie, toujours accompagné de leur veilleur. Ce dernier rejoint le troupeau encore chiot pour s'identifier au mieux à brebis qui deviennent alors ses mères de substitution. Il restera alors en tout temps avec elles.

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Fin de ballade, retour à l'hotel-restaurant du Faranchin, qui en plus de donner une très belle vue, apporte un calme bienvenue et offre des plats délicieux. Quel étrange sentiment d'arpenter ces sentiers qui n'ont pas changés. Il n'en est pas de même pour la montagne. Rongée, fatiguée, elle perd à grande vitesse son manteau blanc.

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Levé tardif, il fait bon de passer une nuit, bercés par les bruits des animaux nocturnes. Passage rapide à La Grave - La Meije. Objectif : observer les fossiles de l'église locale, chercher les traces du tichodrome échelette (Tichodroma muraria), un oiseau incroyable que nosu rêvons de voir et qui l'hiver, vient régulièrement sur les murs de l'édifice.

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Certes, nous ne verrons pas le tichodrome, mais nous aurons la chance de tomber sur de très nombreux nids d'hirdonelles des rochers. Équipés d'un téléphone avec l'application NaturaList, pendant du site Faune-France, nous avons pu nous adonner à un de nos passe-temps préférés, cartographier et indiquer le nombre d'individus et de nids que nous croisions. Voilà de quoi nous mettre en jambe pour arpenter les hauts sommets même si la machinerie humaine nous a bien aidée ce jour-là, quitte à nous promettre d'entreprendre l'assencion à pied l'an prochain. Nous verrons si la promesse est tenue.

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Loué soit le téléphérique de La Meije ! L'assencion se fait en deux temps, une première descente à 2400 mètres puis une seconde à 3200 mètres, chaque tronçon étant sensiblement le même. Amateurs du vide, c'est votre instant, la vue étant imprenable sur les montagne. Dans les petites cabines colorées, il nous a été possible d'observer un faucon crécerelle, des rouges-queues noirs, des niverolles alpines et même des chamois.

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Arrêt à 2400 mètres. L'acceuil se fait par des bouquets d'asters des Alpes (Aster alpinus). Poussant sur des sols rocailleux, elles font figure d'emblême des montagnes au même titre que les edelweiss. Sa floraison estivale et sa rusticité lui ont valu sa culture et sa démocratisation dans les jardins de plaine et des grands parcs.

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Étonnant non ? Un lac ou plutôt un étang artificiel a été créer il y a quelques années, il permet de jouird'une pièce d'eau dont le reflet agît comme un miroir et reflète avec grâce le glacier d'en face. Dans l'eau, des truites d'élevage, un ajout que je trouve pour ma part un peu dommage car absolument pas nécessaire au lieu qui se suffit à lui même. Des agrès, des hamacs, un terrain de bois pour les VTT et du mobilier complètes l'ensemble.

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Elles étaient là, les grassettes communes (Pinguicula vulgaris), des plantes carnivores dont les feuilles sont des pièges mortels pour les petits insectes. Couvertes de poils gluants, odorants et sensibles, celles-ci se referment à la moindre goutte d'urée détectée sur les arthropodes maladroits et inattentifs. Ils apportent aux plantes tous les éléments nutritifs absents dans les sols où elles poussent, sols bien souvent pauvres en nutriments.

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Les espèces nouvelles sont encore nombreuses ce jour-là, aussi bien pour le végétal que pour les animaux. Nous croisons quelques niverolles alpines (Montifringilla nivalis), véritables moineaux des neiges qui sautillent de rocher en rocher. Quelques venturons montagnards (Carduelis citrinella) sont de la partie aussi, pour notre plus grand plaisir, ces oiseaux ne s'étant présenter à nous 4 ans auparavant dans le Vaucluse, au mont Ventoux.

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Arrivée à 3200 mètres, nous posons le pied sur l'un des plus belles montagnes des Alpes. Nous ne serons jamais, je pense, suffisamment prêts et équipés pour en gravir le sommet mais la vue nous suffit amplement. Le thermostat est bas, et s'il n'est pas à 0°C même s'il s'en rapproche.

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Pause de midi, au menu tartiflette, il faut bien honorer les traditions locales bien que ce plat soit relativement récent. Sa création daterait des années 1960, en faisant une spécialité montagnarde depuis peu. Depuis la terrasse, nous observons le Grand Pic, trophée de bien des alpinistes des quatre coins du globe. Il s'agit ici de l'une des ascensions les plus difficiles d'Europe, aucun des itinéraires existant n'étant simples. Nous ne nous lassons pas du paysage, et le bain de soleil est au programme. De là-haut, le Râteau, grand plateau d'alpage, s'étend de tout son long. Nous n'y verrons pas les vautours fauves qui font notre bonheur mais de nouveaux les grands corbeaux ainsi que quelques chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus), nos mascottes quand nous nous trouvons en Chartreuse. Ils tirent profit de la générosité des clients du restaurant d'altitude.

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Voici la reine du sommet, la linaire des Alpes (Linaria alpina) aux couleurs éclatantes appelée parfois muflier des Alpes bien qu'elle n'en soit pas un. Ne poussant que dans les grands massifs (à l'exception des Pyrénées, du Jura et en Bourgogne), ont la trouve ça et là en Europe central et du Sud. Elle ne se plaît que dans les milieux très pauvres, la caillasse et les pierriers, sous des climats arides voire hostiles. Elle ne craint ni la neige, ni le gel.

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C'est sur ces images et la visite de la grotte de glace que nous terminons notre week-end. Il n'y a pas à dire, les montagnes nous appellent et bien que nous ne soyons pas des alpinistes dans l'âme, nous ne pouvons nous empêcher de monter au plus près des sommets. Notre pallette s'est aggrandie, désormais les oiseaux ont une belle part dans nos découvertes à côté des fleurs. Vivement les prochaines sorties dans de nouveaux massifs.

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jeudi 2 août 2018

Le Jardin Alpin du Lautaret

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Juin, la neige couvre encore les sommets des montagnes. Nous sommes au col du Lautaret, qui culmine à 2000 mètres d'altitudes. Ce jour là, je viens de passer mes dernières épreuves écrites. Pour m'aléger l'esprit, mon bien-aimé à décider de me mener à la porte des Écrins, un coin que je connais bien pour l'avoir arpenté pendant 3 années.

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Né en 1899, il se compose alors de rocailles présentant plus de 500 plantes alpines. Hélas pour lui, la région s'ouvre au reste du territoire et le tracé de la nationale actuelle vient prendre place sur celui-ci dès 1913 et entre en travaux dès 1918. En 1919 le jardin réouvre, après avoir été déplacé à 300 mètres de la route plus haut sur l'alpage. Animé par l'université Joseph-Fournier de Grenoble en partenariat avec le CNRS, c'est un laboratoire à ciel ouvert pour comprendre les grands phénomènes liés, entre autre, au climat comme la migration des espèces mais aussi, pour sensibiliser le public lors de visites guidées. Ce jour là il pleut à grosses gouttes et nous sommes les seuls à arpenter les sentiers du jardin, une aubaine pour profiter d'une visite guidée personnalisée.

 

DSC04552Passage par les bassins, je découvre avec étonnement voire surprise que contrairement à ce que pouvait me dire certaines de mes flores et ce que je pouvais écrire sur le blog (mea culpa), la populage des marais (Caltha palustris) n'est pas la seule à composer le genre Caltha. On peut ainsi trouver la populage à tige creuse (Clatha fistulosa), une espèces présente en Chine, en Sibérie et au Japon. On trouve même une sous-espèce irlandaise.

 

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À l'entrée du circuit botanique, un énorme mélèze d'Europe (Larix decidua) accueille les visiteurs. Ces pompons roses sont les chatons femelles de l'arbre, c'est là que le cône se forme, une fois la pollinisation effectuée. Semblables à des fleurs, ils attirent les abeilles. Les chatons mâles sont jaunes car couverts de pollens.

 

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Le cynoglosse du Mont Maiella (Cynoglossum magellense) est une espèce italienne (absente au nord) qui se reconnait à son aspect tomentueux et qui pousse d'ordinaire à l'étage alpin à partir de 1800 mètres d'altitude.

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Il tire son nom scientifique de la ressemblance supposée des feuilles des plantes de ce genre avec la langue d'un chien, Cynoglossum voulant dire "langue-de-chien". De la famille de la bourrache, il présente des fleurs très similaires mais teintées de pourpre et violine. En France on compte pas moins de 6 espèces de cynoglosses dont deux disposant de statuts de protection régionaux et départementaux.

 

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En juin, il y a encore peu à voir et pour cause, la neige est partie depuis seulement quelques jours, les températures sont basses et pour de nombreuses espèces, la floraison intervient beaucoup plus tard dans leurs contrées d'origine. Cependant, le jardin n'est pas désert et de très belles espèces sont à observer, en particulier dans les tableaux dédiées aux tourbières de montagnes, aux rocailles du Caucase et de l'Europe de l'Est.

 

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En voilà un que je connais bien ! Le sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia) est un arbuste qui se reconnaît particulièrement bien à l'automne en raison de ses baies orange. En sol acide, il est relativement abondant, en particulier dans les étendues herbeuses et en lisières de par sa nature d'arbuste pionnier. Il aime les forêts d'épicéa.

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Contrairement à ce que l'on peut croire, les fruits ne sont pas uniquement consommables par les oiseaux. Séparés de leur noyau qui contient une molècule proche du cyanure, ils sont cuisinés en gelées ou en confitures pour accompagner les viandes, en particulier le gibier. Néanmoins, ils étaient plus couramment récoltés dans les campagnes pour en tirer une eau-de-vie très appréciée, surtout dans les Voges. Aimés des volatiles qui y trouvent le gîte en automne, on plantait ces sorbiers dans les secteurs propices au tir aux petites oiseux, en particulier des grives.

 

DSC04418L'androsace de Vital (Androsace vitaliana) porte aussi le nom d'androsace à fleurs de primevères. On la rencontre entre 1700 et 3000 mètres d'altitude, sur les empierrements et les pierriers où elle forme des cousins denses qui lui permettent de limiter la déperdission en eau et en chaleur du fait du climat alpin plus que rude.

 

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L'aulne vert (Alnus viridis) est un arbuste au port buissonnant qui dans le parc des Ecrins, forme des bosquets propices à la faune. C'est dans les alpages qu'on les remarque le mieux. Les oiseaux mais aussi les chamois y trouvent refuge au plus chaud de l'été.

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Commun à l'ensemble de l'hémisphère Nord, les chatons mâles présents ici en photos sont, au Canada, employés une fois séché puis réduits en poudre sous le nom de poivre des dunes et utilisés comme du poivre dit classique pour leur goût proche paraît-il de celui de la citronnelle mais avec une amertume marquée. C'est aussi un très bon fixateur d'azote sur les sols qui en sont pauvres ou dépourvus.

 

DSC04447La nurseries est la lieu où les plantes issues des quatre coins du monde arrivent. Après une période de quarantaine, elles sont acclimatées et remises en état avant de prendre place dans les massifs. C'est aussi une zone d'étude scientifioques où les suivis sont nombreux et une pépinières pour multiplier les plants qui prendrons à leur trou place dans le jardin ou qui partirons à leur tour dans un autre parc alpin comme il en existe en Europe.

 

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Pour certaines espèces, comme ce bec-de-grue de Grèce (Erodium guicciardi) que l'on retrouve dans le pays éponyme mais aussi en Albanie et en Macédoine, il n'est pas simple de trouver des informations, pour peu que l'on ne sache pas lire l'alphabet grec ou que l'on ne parle pas allemands, les deux seules sources disponibles étant dans ces langues là.

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Avec l'ancien nom de "Erodium absinthoides subsp. guicciardii", les plus chanceux trouverons leur bonheur sur Greekflora et apprendront que la floraison de cette espèce s'étend de mai à juillet ou que c'est une espèce rare prise en compte à l'échelle européenne dans les espace Natura 2000.

 

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La pluie redouble d'intensitée, nous devons prendre la fuite jusuqu'à la voiture. Nous passerons le reste de l'après-midi à arpenter en voyageur échoués le nord du Vercors. Plaisir au retour, nous tombons sur quelques anémones des Alpes (Pulsatilla alpina) dont les fleurs blanches parsèment les pelouses. Typique des massifs montagneux, elle se rencontre dès 1000 mètres d'altitude. Dans certaines régions, elle est soumise à une protection stricte. Nous terminons la course dans notre appartement, programmant notre prochaine sortie montagne.

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samedi 8 juillet 2017

La jardin alpin du parc de la Tête d'Or.

DSC05648Depuis quelques temps déjà, le jardin alpin du Parc de la Tête d'Or de Lyon est ouvert, joie ! Peut être est-ce là qu'est cachée la fameuse tête du Christ en or massif qui demeurerait dissimulée sous terre dans le parc ... qui sait ! Le jardin est ouvert le matin jusqu'à 11h et présente une multitude de plantes issues des quatre coins du monde et poussant dans les milieux montagnards.

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La scolopendre (Asplenium scolopendrium) est une fougère commune qui pousse dans les zones humides, de préférence les ravines. En France on la trouve jusqu'à 1800 mètres d'altitude. Elle est protégée en Alsace, dans le Centre et en Provence-Alpes-Côtes-d'Azur. Récemment, il a été découvert que cette espèce pourrait produire des molécules salvatrices pour lutter contre certains cancers.

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Exemple d'une fougère scolopendre
dégénérative dont les feuilles et les 
appareils reproducteurs mutés.

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Les végétaux sont présentés pour certaines dans des formations rocheuses artificielles faites de béton.

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 Le Victoria cruziana est un nénuphar géant que l'on rencontre en Amérique du Sud. Il peut prendre des dimensions démentielles, à savoir pas moins de 2 à 3 mètres d'envergure pour 60 kilos. On compte 8 parcs en France où il est possible de le voir, comme le jardin botanique de Menton ou celui de Nancy.

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 Il fait parti de la collection de nénuphars et de plantes aquatiques des douves qui entourent le jardin alpin. Il n'y est pas rare d'y croiser des poules d'eau (Gallinula chloropus) avec leur progéniture. Hélas la pluie approche, le vent se lève, les photos deviennent sombres et les premiers éclairs retentissent dans le loin. Il faut déjà rentrer.

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