samedi 30 novembre 2019

Sortie en montagne 29.

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La Charteuse, le Charmant Som ... notre été aura été dédié à ce petit sommet. Cette fois-ci nous ne sommes pas seuls mais accompagnés d'un couple d'amis.

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Ce sont amoureux de la nature et de la randonnée, d'ailleurs nous sommes bien loin d'avoir leur niveau. Objectif ? Toujours la grande faune et les rapaces mais cette fois-ci nous sommes plus attirés par les plantes de herbages et de montagne. Comestibles ou non, c'est le bon moment pour partir observer les espèces à la floraison tardive et que l'on prend trop peu souvent le temps de regarder.

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Les mouflons méditerranéens (Ovis Orientalis) sont fidèles au poste. Trois femelles en contre-bas broutent tranquillement. À notre arrivée, elles prennent le temps d'évaluer la menace que nous sommes. Nous ne bougeons pas. Doucement, elles s'éloignent du sentier pour partir plus loin. D'ordinaire peu farouches, l'ouverture de la chasse rend nerveux ces animaux introduits localement pour répondre à la demande des A.C.C.A.

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Cette fois-ci ce ne sont pas les fleurs jaunes de l'herbe à sous appelée vulnéraire des Chartreux (Hypericum nummularium) qui attire mon attention, mais les jeunes feuilles bien vertes et rondes qui lui ont valu son nom. Endémique des Alpes et des Pyrénées, elle est courante dans les lapiaz, formations rocheuses apparues suite à l'érosion de la pluie et formant des crevasses de pierre débouchant souvent dans des galeries souterraines.

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Dans un tapis de myrtilles, un lactaire pousse. Pied orangé, haute altitude et conifères à proximité, on a vite fait de crier au lactaire délicieux. Pourtant il faut bien plus d'éléments pour permettre une bonne identification, car il n'y a pas moins de 6 espèces dans le secteur qui se confondent et qui ne peuvent être déterminées que par leur arbre hôte.

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La présence de sapins blancs (Abies alba), d'un sol à tendance calcaire et la période de l'année, ainsi que les motifs sur le peid et le verdissement des chairs permettent de déterminer qu'il s'agit ici du lactaire couleur saumon (Lactarius salmonicolor), un piètre comestible à l'odeur et a ugoût de résineux et qui serait semble-t-il, indigeste chez de nombreuses personnes. Il m'arrive parfois de le consommer mais toujours grillé, souvent sous forme de chips. En prospection je trouve parfois son cousin le lactaire de l'épicéa (Lactarius deterrimus) ayant la même réputation.

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En parlant des myrtilles (Vaccinium myrtillus), les voicis. D'ordinaire, c'est une espèce qui se développe sur des sols acides, ce qui explique leur faible nombre et l'état quelques peu défraîchit de certains plants. Connue dans les Ardennes, ou dans le Pilat, la récolte des myrtilles ne fait pas partie des traditions de Chartreuse même si on peut trouver de nombreuses préparations à base de ce petit fruit. La framboise y est bien plus commune.

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Belel surprise, au pied d'un gros bloc de roche, une pleurote corne d'abondance (Pleurotus cornucopiae) . Comestible, c'est un champignon qui pousse souvent en groupe. 

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Poussant sur le bois mort, que cela soit des branches, des troncs ou de souches, il peut devenir rapidement imposant avec un chapeau blanc crème pouvant atteindre comme ici 10 à 12 centimètres. Cependant les gros exemplaires sont souvent coriaces et leur chair est facilement colonisée par les vermisseaux. Il s'identifit aussi via son pied couvert d'un ensemble de réseau brun formé par les lamelles qui se prolongent sur le pied, par sa chair filandreuse à la saveur douce et à l'odeur de farine et à sa forme d'entonoire. Productif, il connaît une importante poussée au printemps puis à l'automne. On le trouve désormais dans le commerce, sa culture étant simple et peu onéreuse, de nombreux cultivars ayant été développés.

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Arrivés au sommet, un petit groupe de chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) nous rejoignent. Constatent l'absence de pique-nique dans nos sacs et le fait que nous ne comptions pas partager notre casse-dalle d'acension, ils nous abandonne au profit d'une pente herbeuse riche en insectes caprophages suite au passage d'un troupeau de chèvres et au nombreuses bouses des vaches d'alpages pâturant sur le secteur.

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Emblème des montagnes, la carline acaule (Carlina acaulis). On ne serait la traiter de chardon, mais reste une proche cousine de ces derniers. Protégée en France, on continue dans certains patelins de l'utiliser pour décor les portes des maisons mais aussi, de consommer les boutons floraux comme on pourrait le faire avec de jeunes artichauts, ce qui ne va pas sans participer à la diminution voire disparition de l'espèce.

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Il est temps de descendre dans la plaine, non sans jeter un dernier coup d'oeil au monastère de la Grande Chartreuse et sans avoir fait le plein de Serac à la fromagerie et avoir pris en coulis de framboise de quoi tenir tout l'hiver, n'ayant pas eu la chance de pouvoir partir faire nos récoltes estivales comme nous aimons tant le faire. La prochaine montée sera pour le printemps 2020, quand la chasse sera finie et le manteau neigeux parti.

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mercredi 8 novembre 2017

Sortie en forêt 75.

DSC03235La fin de la saison des champignons approche, il va falloir bientôt faire une croix sur les délicieux cèpes et girolles qui peuplent nos forêts. Pour certains, c'est déjà l'heure de faire le compte. D'autres auront un peu plus de répit, parfois jusqu'à janvier. Dans les jardins, une espèce fait figure de champignon : l'armillaire couleur de miel (Armillaria mellea). C'est un amateur d'arbres, en particulier de fruitiers mais pas que, sur les quels il s'installe quand ils sont faibles et dont il se nourrit jusqu'à entraîner la mort e l'hôte. Il continuera alors à se nourrir de ses  racines pourrissantes. Actuellement l'armillaire couleur de miel suscite de nombreux débats sur les forums et en particulier, chez les mycophages. Consommé de manière traditionnelle dans de nombreuses régions, il s'avère que ce champignon ne soit pas toléré par de nombreuses personnes et que sur la durée, il se relève dangereux pour l'organisme, en particulier pour tout ce qui touche au sang. Pour certains mycologues, il est désormais à classer dans les non comestibles voire les toxiques. Pour d'autre, il peut être consommé sous conditions : ne récolter que les jeunes individus, au chapeaux fermés, qui n'ont pas subit le gel, les manger en petit quantité après les avoir blanchis dans plusieurs eaux, plus de 20 minutes et surtout, ne jamais les consommer s'ils ont été surgelés. Fait amusant, les armillaires couleurs de miel présents au Canada ne présenteraient pas cette toxicité, signe qu'il s'agît peut être d'une autre espèce encore inconnue. En effet, les champignons nord-américains, bien que très ressemblants aux nôtres, sont réputés pour avoir des degrés de comestibilités souvent différents, la notion de comestibilité restant propre à chacun.

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En l'état, ces armillaires ne sont pas comestibles. Leur aspect blanc, voire poudré, est dû à leur sporée c'et à dire l'ensemble des spores qu'ils relâchent pour se reproduire. De nombreuses espèces et familles se reconnaissent à la couleur de leurs spores. Chez les armillaires et plus généralement le genre Armillaria, ils sont blancs.

DSC03276Sur ce tronc, un mycélium d'armillaire couleur de miel s'en donne à coeur joie. Se nourrissant peu à peu de la cellulose, il a fructifié au point de faire de gros bouquets. La partie visible des champignons se nomme le carpophore ou, au choix, le sporophore. Chez cette espèce il se compose d'un chapeau qui prend toutes les colories du miel, des lamelles aux mêmes teintes et d'un pied long, courbé et fibreux équipé d'un anneau.

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Notre récolte reste bien frugale. Quelques cèpes de bordeaux en bouchon (Boletus edulis) viennent remplir notre panier. À eux s'ajoute deux-trois lactaires détestables (Lactarius deterrimus) qui seront découpés en lamelle puis grillés à l'huile et, une unique chanterelle d'automne (Craterellus tubaeformis) bien solitaire et biscornue.

DSC03305Certaines espèces sont particulièrement atypiques. Le tricholome à odeur de savon (Tricholoma saponaceum) ce caractérise par l'odeur qui lui doit son nom. Peu appétissant, son goût âcre et prononcé le rend inconsommable.

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On le trouve dans les bois mixtes, de préférence sous chêne mais pas uniquement. Ubiquiste, on le trouve dans une grande diversité de milieu, sur presque tout le territoire français. Appelé aussi tricholome savonneux, il se caractérise par les nombreuses sous-espèces qui sont regroupé sous son nom. On les différencie en partie aux couleurs de leur chapeau, ainsi T. nympharum se caractérise à son chapeau et ses lames blanchâtres, T. carneiforme par son cheapeau sombre et ses lames roses pâles, T. artrovirens à son chapeau vert foncé ou encore T. napipes par ses teintes jaunâtres sur les lamelles.

DSC03271Un peu sorcière sur les bords, je ne peux que me rejouir de la sortie des amanites tue-mouche (Amanita muscaria). J'adore ce champignon, non pas pour ces effets délirogènes et hallucinogènes (non merci), mais pour les nombreuses légendes et religions auxquelles il a donné naissance, en particulier en Europe de l'Est.

DSC03266De temps à autre, je ne peux m'empêcher d'écrire au sujet de cette amanite sur le blog. D'une part, parce qu'esthétiquement elle est sublime et d'autre part, parce qu'il y a tout simplement beaucoup de choses à dire sur celle-ci. Elle fait souvent le bonheur des gourmets, non pas qu'elle soit comestible bien que certains peuples du Nord aient développés des techniques pour la consommer sereinement, mais parce qu'elle est souvent bio-indicatrice de milieux propices pour les cèpes. Thermophile, il n'est pas rare de la voir pousser en même temps que ces derniers voir, côte à côte. On la trouve dans l'art pictural de nombreux peuples. En occident, on la retrouve un peu partout, que ça soit dans nos jeux vidéos comme Mario, dans nos bandes dessinés comme avec Tintin ou encore, dans la représentation de nos contes et légendes. Il n'est pas rare de la voir apparaître, à l'arrivée d'Haloween, dans les chaudrons des sorcières et les forêts ensorcelées. Rober Gordon Wasson, ethno-mycologue de génie, retrace avec brio le parcours de l'amanite tue-mouche dans les traditions humaine. De l'Europe à l'Asie, en passant par l'Amérique du Nord, elle est souvent un des pilier des rîtes et des pratiques chamaniques qui pour certaines, subsistent encore et qui ont donné naissance à de nombreuses religions dites modernes.

Bref, l'amanite tue-mouche c'est un chapeau rouge vif, parfois orangé suite à de fortes chaleurs qui entraînent le dessèchement du champignon. À sa surface on trouve des mouchetures blanches qui parfois disparaissent suite à une bonne pluie. Le pied, appelé stipe, les lamelles et l'anneau ainsi que la volve sont également blancs.

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Bref, voilà de quoi jouer les sorcières en forêt. On a longtemps cru que la muscarine de cette amanite (découverte en 1869) était l'origine des effets psychédéliques du champignons de par son effet excitant en agissant sur les synapses mais cette molécule est bien trop peu présente dans l'amanite tue-mouche pour expliquer ses propriétés.Il faut chercher du côté de la muscimole et de l'acide iboténique (majoritairement concentrés dans le chapeau dans la cuticule rouge) pour trouver les causes des hallucinations mais aussi des vomissements, des somnolences, d'une certaine euphorie, des délires, des confusions, des états de prostration, des troubles de l'équilibre, de l'hypervantilation, de la sudation accrue et/ou des troubles gastriques que son ingestion provoque.

DSC03317Tous les éléments sont là pour jouer à la sorcière, aussi bien la pacerelle de la Pierre au Loup qui surplombe la cascade remise en état par la cousin avec son groupement de scouts et les chasseurs locaux, les chats qui attendent sagement leur de la gamelle sur le perron de la maison familiale ou bien, les fayards qui s'ornent de feuilles d'or. Hélas, trois fois hélas, la vilel grise et triste n'offre pas autant de magie. Ici, elle vibre dans l'air.

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