dimanche 23 mars 2014

Dame Sorcière.

Toujours dans mon approche plus ou moins ethnographique des plantes, des animaux, des traditions oubliées et de la nature dans son ensemble, j'en suis venue à me pencher sur ce que l'on nomme dans le langage courant la Sorcière:

http://chezguizbis.blogspot.fr/2012/03/inspiration-mucha.html

Dans l'imaginaire européen, la sorcière est le plus souvent représentée sous les traits d'un vieille femme laide, méchante et sale qui utilisent des ingrédients farfelus dans un chaudron pour créer des poisons et des filtres d'amour.

Mais dans les faits, qui étaient ces femmes qui, à la Renaissance, avaient une bien sombre réputation au point de finir sur le bûcher?

Les sorcières et sorciers étaient des femmes et des hommes, nomades ou non, qui ont hérités des religions dites païennes la connaissance des plantes et du corps, la croyance magique et les rituels. À l'image des prêtresses nordiques, ils étaient appelés comme guérisseurs, voyants, médiums, jeteurs de sorts, empoisonneurs ou comme purificateurs en échange d'argent, d'un bon repas ou/et d'offrandes diverses.
Avec la christianisation, les pratiques magiques et les soins par la nature ont été diabolisés en étant relégués au rend d'hérésie.

Les recettes des filtres magiques et des potions de guérisons étaient jalousement gardées. Des codes étaient utilisés pour permettre aux initiés de comprendre les écrits et de les protéger des curieux. Ainsi les ingrédients et les actions pouvaient paraître des plus insolites aux yeux des non initiés (sic: l'emploi de la traditionnelle bave de crapaud).

Voici une petite liste glanée sur le net non exhaustive des correspondances entre les formules employées et les plantes. Attention, chaque époque et chaque lieu a son propre vocabulaire de sorcière,ici ne figure qu'un des nombreux langages employés par ce que l'on nommait les hommes et femmes médecine:

Aile de chauve-souris => houx
Arbre à concombre => magnolia

Baton de jupiter => molène
Bec d’oie => potentille
Belle dame => belladone
Bile humaine => sève de navet
Blé des fourmis => chiendent
Blé noir => sarrasin
Bois de mai => aubépine
Bois de vie => bois de gaiac
Bourreau des arbre => lierre grimpant
Bourse à berger / bourse de capucin => bourse de pasteur
Bouton d’or => ficaire, renoncule
Brosse à chevaux => prêle des marais
Buisson ardent => fraxinelle

Caille-lait => gaillet
Cillot => molène
Capuche de moine / casque de jupiter => aconit
Cassave => manioc
Casse-pierre => renouée
Cendrée => chélidoine
Cervelle de chat => gomme de cerisier
Char de Vénus => aconit
Chasse-diable => millepertuis
Cheveux de Vénus => capillaire
Cheveux du diable => cuscute
Cloche d’argent => viome
Coeur d’aigle => absinthe
Coeur de berger => bourse de pasteur
Corbeille d’argent => alysse odorant
Corail rouge => piment rouge
Corne de licorne => hélonias
Coudrier => noisetier
Courrone de terre => lierre
Crache-venin => bryone
Crinière de lion => origan des marais
Cumin des près => carvi

Dent de lion => pissenlit
Disocorée chevelue => igname

Echelle du Christ / herbe à fièvre => centaurée
Ecorce sacrée => cascara
Eupatoire des Anciens / herbe à la trompette/ herbe de saint John => aigremoine

Faux buis => busserole
Fée verte => absinthe
barda
Fenouil puant => aneth
Férule fétide => asa foetida
Fève de loup => hellébore
Fiel de terre => fumeterre
Figuier d’inde => banian
Fleur de chocolat => géranium

Gant de fée /gant de Marie => ancolie
Gant de Notre Dame => digitale
Gazon de Marie => alysse
Gommier bleu => eucalyptus
Graine d’Horus => marube
Gratte-cul => églantier
Grippe de loup => lycopode
Gueule de chien => gueule de loup

Hélénine => grande aunée
Hellébore des Anciens => verâtre blanc
Herbe à bouteille => pariétaire
Herbe à la coupure / herbe du cardinal => grande consoude
Herbe à l’ail => alliaire
Herbe à lait => polygala vulgaire
Herbe au somme => jusquiame noire
Herbe au cents goûts => armoise
Herbe aux mille trous / herbe de la saint Jean => millepertuis
Herbe aux myopes => euphraise
Herbe aux sorcières => belladone
Herbe aux sorciers => datura
Herbes à verrues => chelidoine
Herbe de l’enchanteur / herbe de sainte Marie => verveine
Herbe de saint Jacques => jacobée
Herbe des vierges => absinthe
Herbe du bonhomme => lierre terrestre
Herbe du bon soldat => benoîte
Herbe sacrée / herbe sainte => yerba

Jasmin sauvage => jasmin de virginie

Lait de louve / lait de serpent => euphorbe
Lait de notre-Dame => chardon-marie
Laitue des chiens => chiendent
Laitue indienne => pourpier d’hiver
Langue d’addition => cornouiller
Langue de cheval => liatrix
Langue de moineau => renouée à fleur
Langue d’oie => grasette
Langue de serpent => erythrone
La sorcière / l’élégante / maître des bois => aspérule
Lilas les indes => margousier
Lys de la vallée => muguet

Manteau de Notre-Dame / manteau des dames => alchémille
Maroute => camomille puante
Mauve indienne => abutilon 
Mescal => peytol
Millet des Indes => maïs
Molène => bouillon-blanc
Morelle grimpante => douce amère
Mousse d’Irlande => carragheen
Moutarde des allemands / mourtarde des capucins => raifort
Museau de veau => gueule de loup
Museau de porc => pissenlit

Navet du diable => bryone
Noisetier des sorcières => hamamélis

Oeil de cheval => grande aunée
Oeil du Christ => sauge
Ombrage des bois / pain de saint Jean=> caroubier
Oreille de souris => piloselle épervière

Pain du coucou => plantago
Patience crepue => patience sauvage
Patte d’ours => acanthe
Patte de chat => asaret
Patte de corbeau (ou de corneille) => géranium tâcheté
Patte de crapaud => noyer cendré
Patte de loup => bugle rampant
Pas d’âne /pied d’âne / pied de taureau => tussilage
Perce-muraille => pariètaire
Petit chène => veronique germandrée
Petit houx => fragon épineux
Pied de griffon => hellébore noire
Plante du tonerre => joubarbe
Plante royale => basilic
Plume d’aigle => ail sauvage
Plume de paon => coquelicot
Poivre à queue => cubère
Polypode du chène => polypode (ou fougère)
Pomme épineuse => datura
Pommier d’arménie => abricotier
Poupée de cire => fumeterre
Prune de java => jamelongue
Punaise mâle => coriandre

Queue de cheval /queue de chèvre=> prêle
Queue de cochon => fléau du léopard
Queue du chapon => valériane
Queue de renard => prêle ou amarante
Quintefeuille => potentille rampante

Racine de l’amour => racine de patchouli
Racine d’oeil => hydratis
Racine de Licorne => alétris
Raisin de renard => parisette à 4 feuille
Raisin d’ours => busserole
Réglisse des bois => polypode
Reine de la nuit => vanille
Reine des près => ulmaire / pygamon (toxique)
Rouvre => chêne
Roseau aromatique => acore vrai (appelé aussi calami)
Rose de noël => hellébore noire
Rudbeckie pourpre => echinacée (populaire en allemagne)

Sabline rouge => arenaria
Sabot de Vénus => valériane américaine
Salivaire => pyrèthre d’afrique
Sang => sang de dragon (résine rouge tiré du dragonnier) / sève de sureau noir
Sang d’Arès => pourpier
Sang de chatte => verveine
Sang d’oie => lait de murier
Sang de nez => millefeuille
Sang de titan => laitue sauvage
Sang d’héphaistos => absinthe
Santé de l’homme => ginseng
Sensitive => mimosa
Serpentaire => clématite
Soucis des jardins => soucis ou calendula
Sparte => genet d’espagne
Sperme d’amon => joubarbe
Sperme d’Hélios => rose de Noël
Sperme d’Hermes => aneth

Tabac indien => lobélie
Tête de grenouille => renoncule
Thé des abyssins => qat
Toile d’arignée => cuscute
Trifiol => trèfle
Tue-loup /tueur de brutes /tueur de femmes / tueur de léopard => aconit napel
Turquette => herniaire

Verbénaire => verveine
Verge des ménagères => genêt à balai
Violette du sorcier => petite pervenche

Yeux de chat => chicorée sauvage

http://postlucemtenebrae.eu/luis-ricardo-falero_maitre_sorcieres/

Bref, voilà un inventaire à la Prevert qui peut donner un autre regard sur les pratiques du passé en particulier, sur les soin par les plantes, à une époque où les médicaments et les techniques médicales n'étaient pas celles-d'aujourd'hui. D'ailleur, herboristerie et médecine n'étaient pas dissociées l'une de l'autre, comme l'explique ce long texte du dénommé "Karsho":

"L’histoire des plantes médicinales

Se soigner par les plantes est une forme de médecine aussi ancienne que peut l’être la conscience humaine. Des études ont observé le comportement de certains animaux qui consomment sans se tromper des plantes comestibles. La connaissance des plantes a souvent commencé par l’observation des animaux. Les moutons par exemple, broutent d’eux même la fougère mâle quand ils souffrent de vers intestinaux. La fougère mâle est un remède contre le ver solitaire connu depuis la plus haute antiquité.
Les effets sur l’organisme de la consommation de plantes sauvages ont été observés pendant des millénaires. Consommées régulièrement en période de disette, on ne peut manquer de constater certain effets : laxatifs, diurétiques, constipants, sudorifiques, adoucissants, …
Au XVIIIè siècle par exemple, on ajoutait de la farine de glands au pain. On utilisait aussi les glands pour faire du café pendant la seconde guerre mondiale.
Mais les intoxications sont toujours un risque à garder à l’esprit.

Les premiers textes médicinaux parvenus en France provenaient de Chine, Egypte et Mésopotamie, montrant

http://postlucemtenebrae.eu/luis-ricardo-falero_maitre_sorcieres/

ainsi que le savoir thérapeutique existait déjà il y a 3000 ou 4000 ans. A l’époque, la médecine était surtout pratiquée à base de rituels magiques, puis furent développés des remèdes à base de minéraux, d’animaux et surtout de végétaux.
On sait que les Egyptiens connaissaient les propriétés sédatives du pavot ou encore que les Assyriens utilisaient correctement la belladone contre les spasmes.
Toute la base de la médecine occidentale se retrouve dans les médecines grecque, latine, arabe.
Au Moyen Age, l’Europe connaît une période d’extrême ignorance, tous savoirs étant mis à l’écart par l’Eglise. Le savoir médical est alors réservé aux ecclésiastiques. Les « non prêtres » utilisant un savoir médical quelconque avaient vite fait de passer pour hérétiques.
C’est à partir de la Renaissance que les textes anciens sont « retrouvés ». L’Antiquité est un sujet qui passionne. Les peintures et sculptures représentent les héros des mythes grecs. On traduit, on compile des ouvrages, et la connaissance des végétaux se précise. Le XVIè siècle est marqué par un grand intérêt pour les plantes, en témoignent quantité d’ouvrages et de publications très illustrées. Tout ce savoir, ces livres, vont se propager jusque dans les campagnes où il va se mêler aux savoirs populaires. Le fond devient commun mais chaque région y ajoute ses
propres connaissances ancestrales. Citons par exemple le suc d’ortie, préconisé par Dioscoride (1er siècle) contre les saignements de nez. En 1980, on retrouvait cet usage de l’ortie à Banon (Alpes de Haute Provence). Mais si le suc d’ortie a eu sa place dans un livre, ce n’est pas le cas de toutes les plantes, comme le plantain œil de chien qui est utilisé dans la médecine populaire sans avoir été mentionné dans un quelconque ouvrage.
Ainsi, l’intérêt pour l’Antiquité et la redécouverte des savoirs a établi les bases d’un savoir « savant » qui nous conduira vers la médecine moderne que nous connaissons actuellement.

 

 Le remède du peuple

De tous temps, il y a eu la médecine des riches et la médecine des pauvres. Voici une citation qui résume bien l’idée :
« Les hommes qui appartiennent aux premières classes de la société ont sur les propriétés des médicaments des préjugés qu’il serait dangereux de heurter : ils aiment la multiplicité des remèdes, ils prennent pour de grandes vertus la singularité de leurs noms, leur rareté et surtout leurs prix élevés. Médecins, n’allez pas leur prescrire ces végétaux précieux mais d’un emploi trop vulgaire, que la nature fait croître abondamment dans nos campagnes, réservez les pour le peuple. Voulez vous donner une haute idée de votre génie? N’ordonnez jamais que des remèdes extraordinaires, ou des substances amenées à grands frais des contrées les plus éloignées. »
MONTFALCON, Dictionnaire des sciences médicales, 1850

 

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Les fortunéss ont toujours préféré le recours aux remèdes et drogues exotiques, aux épices, aromates et résines comme le benjoin et la myrrhe. Toutes ces substances étaient très coûteuses et très souvent falsifiées. Le principe était qu’un médicament était d’autant plus efficace qu’il était cher et complexe.
Un exemple typique est la Thériaque. Cette composition était attribuée à Andromaque, médecin de Néron (1er siècle). Elle contenait plus de 100 produits différents, animaux, végétaux et minéraux, dont certains très toxiques comme l’opium ou le venin de vipère. A l’origine un remède aux poisons, la Thériaque est vite devenue un remède à tout faire. En 1884, la pharmacopée française en donnait encore une formule à 60 composants.
Bon nombre de recueils de recettes au XVIIè et XVIIIè siècles en particulier font état d’une grande quantité de recettes compliquées.
Il va sans dire que les pauvres ne pouvaient mettre en pratique ces formules.
Le mot « simple » fera son apparition au XVè siècle, désignant un médicament constitué d’une seule substance. Par la suite, il s’appliquera pour désigner les plantes médicinales.

Dans la société traditionnelle, le savoir sur les simples était indispensable pour survivre. Transmis de génération en génération, il s’enrichissait du savoir empirique et des recettes rapportées par les colporteurs, les pèlerins, les ouvriers saisonniers, …Ce savoir qui fait aujourd’hui sourire a su se préserver au fil du temps. Comme cité plus haut avec l’ortie, on gardait des recettes du 1er siècle et au delà.
Le savoir médical populaire a eu ses spécialistes : des guérisseurs qui préparaient potions et onguents auxquels ils ajoutaient leur propre pouvoir de magnétiseur. On venait de loin pour profiter de leurs recettes.

Après l’opposition médecine des riches/médecine des pauvres, une autre confrontation a vu le jour : savoir savant/savoir populaire. Bon nombre de médecins actuels jugent la médecine populaire avec dédain. C’est signe qu’un fossé s’est creusé entre les deux car la base de la médecine savante prend racine dans la médecine populaire. Cette dernière s’inscrit dans une association entre médecine, croyances magiques et religion. La médecine moderne s’est complètement émancipée de ces concepts non avérés scientifiquement.

 

 Les femmes et la médecine traditionnelle

C’est surtout par les femmes que c’est transmis le savoir sur les plantes dans les campagnes. C’était un domaine qui leur était souvent réservé et la connaissance des remèdes était l’une des rares libertés qu’elles avaient.
Ces guérisseuses étaient appelées les « bonnes femmes ». Sur les illustrations médiévales on voit souvent une femme choisir les plantes pour en préparer un remède.

 

http://www.calirezo.com/dotclear/index.php?post/2004/09/16/1054-sorcieres

Mais ces remèdes et cette liberté seront dénoncés par l’Eglise, principale détentrice du savoir et soucieuse de son influence sur le peuple. Les femmes détenant les secrets des plantes seront donc considérées comme sorcières et persécutées du XIIè au XVIIè siècle. Les pèlerinages aux saints guérisseurs ont ainsi toute légitimité.
Pour l’Eglise, la sorcière était celle qui avait partie liée avec les forces de la nature, considérées comme des forces mauvaises. Le Diable était parfois nommé « le maître qui fait germer les plantes ».
Quoi qu’il en soit, même si l’empirisme véhicule certaines erreurs, la médecine moderne a explicité et confirmé la valeur de bon nombre de « remèdes de bonnes femmes ». Malgré le dédain des médecins « savants », les guérisseuses parvenaient à soigner avant que ceux ci n’arrivent dans les campagnes. Très rares sont ceux qui ont reconnu leurs limites et le succès des "bonnes femmes" dee campagne. Citons le témoignage d’un célèbre médecin provençal au XVIIIè siècle:
« Ne sommes nous pas obligés de déclarer avec confusion l’impuissance où nous sommes de pouvoir secourir les malades, tandis qu’une femmelette guérit par un simple remède, à nous inconnu, la maladie qui nous parraisoit incurable. Les médecins qui ont de la bonne foi ne sauroient en disconvenir. »
Pierre Garidel, Histoire des plantes qui naissent aux environs d’Aix, 1715

De nos jours, les conditions sociales se sont nettement améliorées pour les femmes, et le rapport avec les herbes se transmet toujours. Les nouvelles héritières peuvent comparer avec des ouvrages de vulgarisation scientifique et modifier leurs pratiques vers un empirisme éclairé, limitant les erreurs potentielles.

 

 La médecine des signatures

Les Hommes ont pendant longtemps observé la nature. Ils y voyaient un espace soumis et guidé par la volonté du créateur. Toutes les réponses devaient être dans la nature, pour qui saurait décoder ces messages en formes, en couleurs, en comportements, des animaux, végétaux et minéraux. Tout un savoir s’est donc construit sur cette perception des analogies entre la nature et l’Homme.
De tous temps, les Hommes ont distingué les plantes aux particularités remarquables et offrant des similitudes avec des parties du corps ou des maladies.
Cette médecine par analogie était déjà pratiquée dans la Chine ancienne. Elle fut redécouverte en Europe à la Renaissance, via les travaux de médecins alchimistes parmi lesquels Paracelse (1493-1541), Porta (1540-1615), Crollius, …
Les alchimistes étaient d’accord pour dire que la forme, l’image des plantes étaient la signature de leurs pouvoirs, offerts par la volonté divine. C’est de là que vient le nom de « médecine des signatures ».
Cette pratique, qui ne manque pas de faire sourire nos esprits « scientifiques » modernes, en a quand même surpris plus d’un car de nombreuses vertus supposées par ce mode de thérapie se sont avérées réelles.
Cependant, la « mode » de l’analogie a aussi attribué des pouvoirs imaginaires aux plantes. Toutes les plantes capillaires devaient soigner le cuir chevelu et la noix, avec sa forme en cerveau, devait vaincre la folie. Mais aujourd’hui, sait on tout de la noix?
Le domaine sexuel a lui aussi (et lui surtout) fait l’objet de toutes les fantaisies. Tout le monde y voyait des analogies partout ou presque et toutes sortes d’interprétations ont vu le jour.
Prenons l’exemple de Crollius dans son livre La Royale Chimie (1624). Il parlait des racines d’orchidées sauvages à deux tubercules. L’un des deux était toujours plus flétri car c’est dans ses réserves que tige, feuilles et fleurs avaient prélevé l’énergie. Crollius écrivait que « [les deux tubercules] peuvent se corriger l’un l’autre : car le plus grand, plus haut et plus plein excite grandement au fait, mais le plus bas, mol et ridé, a un effet tout contraire : car au lieu d’eschauffer il refroidit, merveille de la sagesse de la nature. » C’est à dire que la même plante était supposée être aphrodisiaque ou anaphrodisiaque selon le tubercule choisi.

 

Source inconnue.

Voici un exemple d’analogie dont la science moderne a reconnu les vertus : le millepertuis. Ces feuilles ont de nombreuses glandes translucides bien visibles par transparence. Elles évoquent donc les blessures (trous) et la transpiration (image des pores de la peau). Les glandes de l’inflorescence sécrètent un suc rouge qui rappelle le sang.
On se sert encore du millepertuis comme cicatrisant et anti inflammatoire.

 

 Plantes médicinales et magie

De nombreuses plantes médicinales, et en particulier les plantes toxiques, ont été liées à la magie. Citons la plus caractéristique des familles : les Solanacées (belladone, jusquiame, datura, mandragore, …)
Ces plantes ont des actions sur le psychique : hallucinations, délires, …
Les breuvages hallucinatoires étaient utilisés par les sorcières médiévales pour la divination ou pour apaiser les douleurs. Le vol des sorcières était d’ailleurs très certainement une sensation de vol par hallucinations.
Les plantes ont fait l’objet de toutes les craintes et de tous les fantasmes, et tant que contre sort, amulette ou talisman. Toutes ces croyances finissent par créer des ambiguïtés. Le sureau par exemple est protecteur dans le nord de l’Europe (Scandinavie) et maléfique dans le Berry.

 Les rites de la cueillette

Un savoir très ancien a associé aux plantes des planètes et des signes du zodiaque. Il y a donc une période propice pour chaque plante. Généralement les plantes étaient cueillies en lune croissante, bien que l’on note parfois quelques exceptions. La rue par exemple était cueillie en lune croissante quand on la destinait à soigner la gorge et en lune décroissante pour un effet abortif.
Des recherches montrent que l’influence de la lune, observée par nos ancêtres, existe bel et bien.

Pendant longtemps, l’herboriste s’apparentait au prêtre et la cueillette était un véritable culte au végétal. La personne qui s’apprêtait à cueillir la plante la considérait avec respect et procédait à tout un rituel de purification : jeûne, abstinence, ablutions, vêtements blancs, … et s’approchait pieds nus puis s’agenouillait devant la plante.
On ne la coupait jamais avec du fer, considéré comme un métal vil, mais avec des métaux précieux comme l’or et l’argent. Une coutume consistait à déterrer la plante avec une pièce d’or.
En général on recommandait la cueillette à la main.
Parfois, quand la plante était considérée comme néfaste, on l’approchait à reculons pour la surprendre et éviter un quelconque maléfice du Diable.
De très nombreuses plantes étaient cueillies le jour du solstice d’été. On les appelle les Herbes de la St Jean. La plus symbolique d’entre elles, solaire par excellence, est le millepertuis.

 

http://www.pinterest.com/pin/97179304431222029/

De la gloire à l’oubli

Certaines plantes étaient si utilisées qu’on les croyait capable de tout guérir. On leur a donné le titre de panacées, du grec pan = tout et akos = remède. Parmi elles : la sauge officinale, la bétoine, la verveine officinale, …
Mais le temps faisant, certaines plantes à la réputation parfois surfaite ont été jugées « peu usités » ou « faibles » et leur usage a fini par disparaître.

Au début du XIXè siècle, le savoir populaire se dégrade et alimente les critiques de la médecine savante. Peu de temps avant la Révolution, les médecins de la Faculté avaient obtenu l’autorisation d’interdire les médicaments empiriques fabriqués par le non médecins et non apothicaires.
Au début des années 1800, les premiers principes actifs sont extraits (du pavot). C’est le début de la pharmacologie moderne qui signe le déclin de la médecine populaire.
Plusieurs causes ont précipité ce déclin :
- la prolifération des charlatans
- la mauvaise qualité des plantes vendues (abîmées, périmées ou falsifiées)
- l’exode rural qui rend difficile la transmission du savoir
- la baisse de confiance en comparaison avec les nouveaux médicaments.

C’est une véritable révolution pharmaceutique qui est en marche et qui fait table rase sur les fables. La technique remplace la tradition et la magie. Mais même si certains médicaments sont parfois indispensables (les antibiotiques par exemple) il ne faut pas oublier qu’il y a une plante derrière."

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dimanche 22 septembre 2013

La théorie des Signatures.

 

 

La théorie des signatures

(Cet article paraitra bientôt dans le numéro 3 de "La Renarde des Alpes).

 

5Avvocadoes-Womb

(photo issue de: http://bistrobarblog.blogspot.fr/2012/01/la-theorie-des-signatures.html)

La théorie des signatures est une médecine qui date du Moyen Age mais qui prend racine à l'antiquité avec Pline l'Ancien notamment puis, qui se démocratise à la Renaissance avec l'alchimie mais il se pourrait qu'elle soit bien plus ancienne.

En effetOtzie, conservé pendant 5300 dans la glace, portait un collier de champignon pour soigner sa trichinose et des documents datant des babyloniens parlent de plantes associées pour leur forme à des maladies spécifiques de certaines parties du corps humain.

Elle se fonde sur la ressemblance entre certaines plantes ou animaux et parties du corps humain ou, avec des capacités de celles-ci qui sont proches ou opposées aux troubles qui les animent. Néanmoins, certaines des plantes utilisées dans cette conception médicale sont employées depuis bien plus longtemps pour soigner les maux, la conception de signature leur ayant été apposées pour expliquer leur action bénéfique.

On peut caractériser cette pratique ainsi: Smilia similibus curantur, les semblables soignent les semblables (Marc Lachèvre).

De la théorie des signatures découle aujourd'hui quelques unes des conceptions de l'homéopathie, de la naturopathie et de l'utilisation des fleurs de Bach.

 

1Kidney-Beans

(photo issue de: http://bistrobarblog.blogspot.fr/2012/01/la-theorie-des-signatures.html)

Les principaux enseignants de cette doctrine sont:

Théophrase-Otto Brunfels-Pline l'Ancien-Cameriarus-Paracelse-Leonhart Fuchs-Henri Mondeville-Giambattista della Porta-Jean-Baptiste Porta-Nicholas Culpeper-Taton-Foucault-Jacob Böhme-Bellon-Crollius.

Il faut toujours être prudent dans l'emploie des plantes car elles peuvent se montrer toxiques ou du moins fortement allergisantes. Elles ne se révèlent pas toujours être des remèdes appropriés et souvent, leurs emplois appartient plus au domaine de la croyance que de la science. Certaines d'entre-elles semblent pire que le mal.

De plus de nombreuses espèces citées sont protégées, mieux vaut les laisser dans leur milieu.

 

2Walnut-Brain

(photo issue de: http://bistrobarblog.blogspot.fr/2012/01/la-theorie-des-signatures.html)

Avocat: il évoque le ventre maternelle bien bombé de part sa forme mais aussi par son temps de maturation (9 mois). On l'utilise pour stimuler le col de l'utérus, pour régler le cycle hormonale, pour perdre du poids après un accouchement ou prévenir le cancer de l'utérus.

Café: les graines ressemblent aux deux lobes d'un cerveau. On l'emploie pour accentuer la résistance physique et l'acquittée mentale.

Capillaire de Montpellier: elle évoque des cheveux et accélérerait leur pousse.

Carotte: sa couleur orange et son eau de cuisson jaune évoque les jaunissements qu'elle est censé combattre. Coupée en deux elle évoque un œil (pupille, iris …) et était consommée pour accroître la vue.

Céleri: semblable au cartilage des os, il est utilisé pour solidifié ceux-ci. Riche en sodium, leur effet serait en effet bénéfique pour le squelette.

Cervidés: ses bois sont gages de puissance et de virilité car un mâle avec de grandes ramures aura l'assurance de posséder un harem. On les consomme en poudre afin de se rendre plus viril.

Champignon de Paris (ou rosé des prés): coupé en deux, il ressemble à une oreille. On le consomme pour rétablir une mauvaise audition. La présence de vitamine D pourrait justifier cette utilisation.

Chélidoine: le latex jaune qui s'échappe de la plante est utilisé contre les jaunissements mais aussi pour le foie car il évoque la bile.

Toxique.

Chou: de par son odeur, il est associé à l'état d'ivresse. Son suc chasserait l'état d'ivresse.

Concombre de mer: sa forme et couleur évoque selon les cultures les selles et est employé pour le transite, soit la forme phallique et sera alors utilisé pour le désir amoureux. Sa capacité de se vider entièrement pour se reconstituer lui confère un fort pouvoir « magique ».

Corydale bulbeuse: ressemblant à la rate, elle en soignerait tout les troubles.

Toxique.

Dentaire: elle tire son nom de ses racines qui ressemble à des dents. Elle en soignerait les maux.

Digitales: celles poussant en altitude sont liées au soin des cœurs défaillants par manque d'oxygène en montagne car elles s'y épanouissent sans difficulté. Depuis on a découvert que ces plantes, en particulier la digitale rouge, ont des propriétés cardio-toniques mais leur grande toxicité à fait stopper tout emploie de celles-ci.

Toxique.

Euphraise: son motif centrale évoque un œil. Elle est employée pour solutionner les troubles et les inflammations liés à la vue.

Férule: elle évoque des cheveux et accélérerait leur pousse

Toxique.

Ficaire: la forme de ses rhizomes évoque les hémorroïdes. Elle était conseillée de se fait pour s'en défaire.

Toxique.

Figue: en générale se fruit pend deux par deux comme des testicules et contient de nombreuses graines associées au spermatozoïdes. On le mangeait dans le but d'accroitre le nombre de cellules reproductrices et de pallier au manque de virilité.

Gingembre: Sa couleur et parfois, sa forme,évoque un estomac. On l'utilise pour aider la digestion et lutter contre la nausée.

Ginseng: la forme phallique de la racine est associé à la force virile. On la consomme pour s'assurer une descendance nombreuse.

Haricot rouge: sa couleur et sa forme évoque un rein (il existe une variété du nom de rognon). On l'employait pour les problèmes rénaux,.

Hépatite à trois lobes: sa ressemblance avec un foie à raison du dessous rouge de sa feuilles trilobée explique son utilisation comme remède lorsque les troubles de cet organe se présente.

Hermodacte: nommé doigt de Mercure, la ressemblance de sa racine avec ce membre a popularisé son emploie pour soigner celui-ci puis plus généralement, les articulations et leurs troubles comme la goutte.

Toxique.

Jujube: comme pour le pruneau, cuit sa consistance et sa couleur évoque les selles. On l'emploit contre la constipation.

Lichen du chêne: elle évoque des cheveux et accélérerait leur pousse

Limace: sa production de bave va de paire avec l'excès de muqueuses dans l'organisme. On l'emploiera contre la toux grave et le rhume. Aujourd'hui sa composante que l'on retrouve aussi chez l'escargot, l'hélix, est utilisée dans les sirops contre la toux.

Mandragore: sa grosse racine qui ressemble à un corps humain (forme 4 membres) est très recherchée quand elle présente un analogie femelle (fente), mâle (excroissance) ou qu'elle est dédoublée (image du couple). Elle est utilisée pour avoir des relations sexuelles harmonieuses, connaitre l'amour ou souhaiter la mort. En sorcellerie on raconte qu'il faut faire déraciner la plante par un chien attaché à celle-ci car, à sa sortie elle pousserait un cri qui serait fatal. Dans les faits la plante a un effet thérapeutique semblable à celui de la jusquiame, de la belladone ou de la datura et a pu servir d'anesthésique préopératoire.

Toxique.

Noix: ressemblance de l'amande avec un cerveau. Elle est employée pour les troubles de la mémoire et de l'attention. La science a mit à jour la présence de sérotonine essentielle pour le cerveau.

Olive: de par sa rondeur et sa petite taille, elle évoque les ovaires et les ovules. On l'emploie pour permettre au cycle menstruel d'être plus efficace.

Orange: coupée elle ressemble à la glaire mammaire. Elle serait bonne pour la lymphe du sein.

Orchidées: en particulier chez les orchis mâles et l'orchis bouc, présentes deux bulbes ressemblants à des testicules humains. On les consommait pour résoudre les problèmes de virilité, et aujourd'hui encore, sous la forme d'une poudre sucrée ou braisés.

Patate douce: sa forme proche du pancréas (enfin presque) permet de régler l'index glycémique, notamment de manière concrète chez les diabétiques.

Pimprenelle: la couleur rouge flamboyant de la fleur était associée à la capacité d'absorber le sang. On l'employait pour les hémorragies.

Polytric: il évoque des cheveux et accélérerait leur pousse

Prêle: la tige ressemble à une colonne vertébrale. On l'utilise contre les maux de dos.

Toxique.

Pruneau: cuit, il évoque les selles. Il est employé pour avoir un bon transite et lutter contre la constipation, chose avérée.

Pulmonaire officinale: les tâches des feuilles évoquent les tumeurs et les tâches dû à la pneumonie. Utilisée pour les troubles des voies pulmonaires, les voies engorgées et la toux.

Raisin: en grappe, il évoque les alvéoles pulmonaires. On le consomme pour soigner les infections pulmonaire. Scientifiquement, il réduirait les risques de cancer du poumon et ses pépins réduiraient les crises d'asthme.

Reine des près: comme pour le saule blanc, elle vit les pieds dans l'eau et est donc employée contre la fièvre. C'est partir de la composition moléculaire de celle-ci que l'aspirine fût crée.

Rhinocéros: comme les bois de cervidés, sa corne permet aux mâles de s'accoupler avec les meilleures femelles. De se fait elle sera associée à la virilité et consommée dans ce but.

Sagittaire: les feuilles de la plante sont lancéolées, c'est à dire en forme de flèches. Elles servaient à soigner les blessures de ces dernières.

Toxique.

Sanguinaire du Canada: la couleur rouge vif du bulbe l'associe au sang dont elle soignerait tout les maux.

Toxique. 

Saule blanc: le fait qu'il ait les racines dans l'eau rappel la pratique de placer les pieds d'un malade dans une bassine d'eau pour faire baisser sa température. De ce fait il soignerait la fièvre et permettrait de réguler la température corporelle surtout quand elle est élevée. Depuis, on a découvert que l'écorce de cet arbre contiendrait des extraits proches de l'aspirine.

Chez les amérindiens, la souplesse des branches du saule permettrait de combattre l'arthrite qui se caractérise par une grande raideur.

Sceau de Salomon: racine proche d'une articulation. Soignerait l'arthrose, l'arthrite et les blessures/douleurs articulaires.

Toxique.

Sève: sa capacité à refermer les plaies des arbres est associée à l'action des plaquettes. On l'ingère pour permettre la bonne cicatrisation.

Toxique selon les essences.

Tomate: ces quatre compartiments, sa couleur rouge et son jus abondant évoque le cœur. Elle est ingérée pour réduire les troubles cardiaques.

Vipérine: les fleurs ressembles à la gueule d'un serpent, le pistil à une langue fourchue et les graines sont en V comme pour vipère ou venin. On employait la plante contre les morsures de reptiles.

Vigne: elle serrait vive et posséderait de par son odeur, les mêmes propriétés que le chou, à savoir qu'elle chasserait l'ivresse qui se caractérise souvent par un état de torpeur.

 

theorie-des-signatures

(photo issue de: http://ettolrubi.meabilis.fr/naturopathie/theorie-des-signatures.html)

Plus généralement, les plantes à latex étaient utilisées pour la lactation, celles pubescentes pour remédier à la calvitie.

D'autres sont utilisées pour leur signature olfactive, une senteur forte pouvant être utilisée pour un mal coriace par exemple.

Pour les viandes, on conseillait aux femmes de manger de la viande d'animaux femelles et pour les hommes, de la viande d'animaux mâles pour que les deux sexes acquièrent des capacités et spécificités propres à leur genre.

Il existe également une signature entre le symbolisme entre la partie du corps et la plante qui sera marqué par un des quatre éléments ou un astre par exemple. Ainsi le feu est associé à la digestion, à la sexualité, au métabolisme et à la joie de vivre. De ce fait une plante aux couleurs chaudes, à la texture et au goût piquants ou chaud (présence de poils par exemple) comme l'ortie ou le millepertuis, sera utilisée. L'élément terre se caractérise dans les os par leur aspect de structure. On consommera alors des plantes aux fruits et tiges ligneux, rigides, en cloches au goût âpre et amer comme l'épinard, la bette, la bryone et la belladone (deux plantes très toxiques!). L'eau se matérialise dans les humeurs, la lymphe, le sang. Les plantes aux couleurs pastelles, vertes, argents, qui sont rondes, fraîches et humides au goût fade ou acidulé seront employées ce qui comprend le sureau, l'aulne ou encore le saule. L'air quand à lui réside dans la respiration et dans les cellules. Les plantes associées possèdent des fleurs délicates aux couleurs variées mais douces, les feuilles évoques des plumes, leur parfum est agréable et léger comme l'achillée ou la mauve.

Il en va de même pour les astres. Le système uro-génital sera associé chez l'homme à la Lune qui a pour plante l'oignon et l'ail. De ce fait on emploiera celle-ci a des fins thérapeutique sur cette partie du corps.

 

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(photo issue de: http://bistrobarblog.blogspot.fr/2012/01/la-theorie-des-signatures.html)

Sources:

- divers sites internet.

- "LA THÉORIE DE LA SIGNATURE DES PLANTES ET SES IMPLICATIONSpar Michel DENIZOT, ACADEMIE DES SCIENCES ET LETTRES DE MONTPELLIER Séance du 11/12/2006 Conf. n°3952, Bull. 37, pp. 205-216 (2007).

- "Bioactive", Marc Lachèvre 2010.

- "L'héritage oublié des signes de la nature", de Danielle Ball-Simon et Piotr Daszkiewicz, éd. Les Deux Océans, 1999.

- "L’esprit des plantes ou la théorie des signatures" par Catherine-Katell GUT.