samedi 30 novembre 2019

Sortie en montagne 29.

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La Charteuse, le Charmant Som ... notre été aura été dédié à ce petit sommet. Cette fois-ci nous ne sommes pas seuls mais accompagnés d'un couple d'amis.

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Ce sont amoureux de la nature et de la randonnée, d'ailleurs nous sommes bien loin d'avoir leur niveau. Objectif ? Toujours la grande faune et les rapaces mais cette fois-ci nous sommes plus attirés par les plantes de herbages et de montagne. Comestibles ou non, c'est le bon moment pour partir observer les espèces à la floraison tardive et que l'on prend trop peu souvent le temps de regarder.

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Les mouflons méditerranéens (Ovis Orientalis) sont fidèles au poste. Trois femelles en contre-bas broutent tranquillement. À notre arrivée, elles prennent le temps d'évaluer la menace que nous sommes. Nous ne bougeons pas. Doucement, elles s'éloignent du sentier pour partir plus loin. D'ordinaire peu farouches, l'ouverture de la chasse rend nerveux ces animaux introduits localement pour répondre à la demande des A.C.C.A.

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Cette fois-ci ce ne sont pas les fleurs jaunes de l'herbe à sous appelée vulnéraire des Chartreux (Hypericum nummularium) qui attire mon attention, mais les jeunes feuilles bien vertes et rondes qui lui ont valu son nom. Endémique des Alpes et des Pyrénées, elle est courante dans les lapiaz, formations rocheuses apparues suite à l'érosion de la pluie et formant des crevasses de pierre débouchant souvent dans des galeries souterraines.

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Dans un tapis de myrtilles, un lactaire pousse. Pied orangé, haute altitude et conifères à proximité, on a vite fait de crier au lactaire délicieux. Pourtant il faut bien plus d'éléments pour permettre une bonne identification, car il n'y a pas moins de 6 espèces dans le secteur qui se confondent et qui ne peuvent être déterminées que par leur arbre hôte.

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La présence de sapins blancs (Abies alba), d'un sol à tendance calcaire et la période de l'année, ainsi que les motifs sur le peid et le verdissement des chairs permettent de déterminer qu'il s'agit ici du lactaire couleur saumon (Lactarius salmonicolor), un piètre comestible à l'odeur et a ugoût de résineux et qui serait semble-t-il, indigeste chez de nombreuses personnes. Il m'arrive parfois de le consommer mais toujours grillé, souvent sous forme de chips. En prospection je trouve parfois son cousin le lactaire de l'épicéa (Lactarius deterrimus) ayant la même réputation.

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En parlant des myrtilles (Vaccinium myrtillus), les voicis. D'ordinaire, c'est une espèce qui se développe sur des sols acides, ce qui explique leur faible nombre et l'état quelques peu défraîchit de certains plants. Connue dans les Ardennes, ou dans le Pilat, la récolte des myrtilles ne fait pas partie des traditions de Chartreuse même si on peut trouver de nombreuses préparations à base de ce petit fruit. La framboise y est bien plus commune.

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Belel surprise, au pied d'un gros bloc de roche, une pleurote corne d'abondance (Pleurotus cornucopiae) . Comestible, c'est un champignon qui pousse souvent en groupe. 

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Poussant sur le bois mort, que cela soit des branches, des troncs ou de souches, il peut devenir rapidement imposant avec un chapeau blanc crème pouvant atteindre comme ici 10 à 12 centimètres. Cependant les gros exemplaires sont souvent coriaces et leur chair est facilement colonisée par les vermisseaux. Il s'identifit aussi via son pied couvert d'un ensemble de réseau brun formé par les lamelles qui se prolongent sur le pied, par sa chair filandreuse à la saveur douce et à l'odeur de farine et à sa forme d'entonoire. Productif, il connaît une importante poussée au printemps puis à l'automne. On le trouve désormais dans le commerce, sa culture étant simple et peu onéreuse, de nombreux cultivars ayant été développés.

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Arrivés au sommet, un petit groupe de chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) nous rejoignent. Constatent l'absence de pique-nique dans nos sacs et le fait que nous ne comptions pas partager notre casse-dalle d'acension, ils nous abandonne au profit d'une pente herbeuse riche en insectes caprophages suite au passage d'un troupeau de chèvres et au nombreuses bouses des vaches d'alpages pâturant sur le secteur.

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Emblème des montagnes, la carline acaule (Carlina acaulis). On ne serait la traiter de chardon, mais reste une proche cousine de ces derniers. Protégée en France, on continue dans certains patelins de l'utiliser pour décor les portes des maisons mais aussi, de consommer les boutons floraux comme on pourrait le faire avec de jeunes artichauts, ce qui ne va pas sans participer à la diminution voire disparition de l'espèce.

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Il est temps de descendre dans la plaine, non sans jeter un dernier coup d'oeil au monastère de la Grande Chartreuse et sans avoir fait le plein de Serac à la fromagerie et avoir pris en coulis de framboise de quoi tenir tout l'hiver, n'ayant pas eu la chance de pouvoir partir faire nos récoltes estivales comme nous aimons tant le faire. La prochaine montée sera pour le printemps 2020, quand la chasse sera finie et le manteau neigeux parti.

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samedi 9 novembre 2019

Sortie en montagne 28 : retour en Chartreuse.

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Nous voilà partis à l'ascension du Charmant Som, une fois de plus. Arrivés un peu avant 7 heures du matin, nous espérons pouvoir observer la grande faune qui peuple ce sommet facile d'accès et très fréquenté. Chamois, mouflons, marmottes ... nous croisons quelques unes des figures animales qui peuplent les montagnes de Chartreuse, certaines depuis plus longtemps que d'autres. C'est aussi l'occasion de tester pour nous notre nouveau matériel qui nous permet d'observer les animaux sans les déranger, chose qui n'est pas toujours aisée, même pour les plus grands passionnés. Nous cheminerons jusqu'aux douze coups de midi, au moment où l'averse viendra nous ramener à notre auto et à la chaleur du salon familial, non sans être passés prendre une bonne tasse de chocolat chaud à la célèbre ferme de l'alpage.

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Pas moins de 17 chamois (Rupicapra rupicapra) nous attendaient sachegement sur les falaises abruptes. Tranquilles, nous approchons au rythme des animaux qui pâturent pour certains sur le chemin, afin de leur laisser le temps de s'éloigner sur les éboulis sans rien craindre. La plupart des femelles sont accompagnées de leurs cabris, ce qui donne des instants de vie sublimes à observer comme la course-poursuite de cette petite troupe.

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L'été est la période où les chamois accumulent le plus de réserves, à l'entrée de l'automne et les plus gros mâles peuvent atteindre 40 kilos. Autre signe de dimorphisme sexuel, les cornes chez ces derniers peuvent atteindre 27 centimètres. Celles des femelles, comme sur cette photo, sont toujours plus petites. C'est un vrai plaisir de voir cet animal en montagne qui à l'automne se fait discret, celui-ci étant chassé sur le domaine montagnard.

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La récompense de cette grimpette est toujours aussi belle. Devant nos yeux, le Vercors se dessine à perte de vue. La plaine de Grenoble, les aux massifs savoyards, Belledone ... ce sont là quelques unes des merveilles que nous observons et que nous explorerons, je l'espère pour l'année 2020, avec pour objectif de découvrir les rapaces des Alpes et de mettre dans le viseur de notre longue vue le gypaète barbu (Gypaetus barbatus).

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J'aime toujours la vulnéraire (Hypericum nummularium) ce millepertuis endémique des Pyrénées mais aussi des Alpes françaises, appelé aussi millepertuis à sous en raison de la forme de ses feuilles, et dont on tire une liqueur propre au massif de Chartreuse. Elle aime les sols calcaires et pousse le plus souvent à même la roche, dans les infractiosités de la roche, les failles et le plus souvent, sur les falaises ce qui le rend parfois difficile d'accès. Protégé, ce millepertuis ne se récolte que sous certaines conditions bien précises. En Isère par exemple, on ne peut cueillir que 100 brins de vulnéraire, toujours à l'aide d'un sécateur poour ne pas endommager de trop la plante. Dans la confection d'alcools locaux, on emploi le plus souvent les brins fleuris. On peut également l'utiliser en infusion, cependant on prendra garde de le faire sans connaître la posologie ni sans en avertir son médecin si on est sous traitement médicamenteux, la consommation du millepertuis étant incompatible avec l'utilisation de la pilule, de traitements soignants les états dépressifs, le VIH, la bipolarité etc.

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Autre plante emblématique de nos moyennes montanges, le sureau rouge (Sambucus racemosa), un arbuste de petite taille produisant des grappes de fruits rouges attrayantes pour les osieaux qui s'en nourrissent à l'arrive de la saison froide. Riches en pectines, les fruits mélangés à d'autres sont utilisées pour la confection de gelées et de confitures. On prendra cependant garde à retirer les baies non mures ainsi que les graines contenant des hétérosides cyanogènes pouvant avoir des effets néfastes sur l'organisme.

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Vaillante, une marmotte des Alpes (Marmota marmota) fait le guet sur un gros rocher. Selon le type de sifflements, elle indique à ses congénères s'il s'agit d'une menace qui vient du ciel ou qui se trouve sur le plancher des vaches. Dodus, les plus gros spécimens peuvent atteindre facilement 5 kilos et pour cause, l'espèce étant hivernante, il lui faut de bonnes provisions de graisse pour passer l'hiver sans à avoir sortir de son terrier.

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Le chamois n'est pas seul ici, le mouflon méditerranéen (Ovis Orientalis) peuple aussi les coteaux. Ce jour là, nous en verrons plus d'une cinquantaine. Peu farouches, ils ne sont pas originaire de Chartreuse mais y ont été introduis pour le plaisir de la chasse, ce que je dois l'avouer, me fait énormément tiquer. Outre le fait de l'impact non mesuré de l'espèce sur les milieux, ces animaux ne sont pas adaptés au paysage et il faut régulièrement importer de nouveaux individus, une perte d'argent qui met de plus à mal la question du bien-être animal.

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Je me doute bien en quoi l'animal fait figure de trophée, avec ses cornes impressionnantes. Cependant cela ne serait justifier sa présence dans nos montagne ni sa chasse. Hormis de grandes hardes de mâles, nous avons croisés de petits groupes de femelles accompagnées d'un ou plusieurs agneaux de l'année broutant tranquillement dans les alpages. Cette espèce, habituée aux steppes et milieux plutôt plats, à une préférence pour les herbes des milieux semi-désertiques. Actuellement nous sommes en plein dans le rut, les petits naissant aux alentours du printemps. Lors de notre randonnée estivale, nous avons pu entendre raisonner et observer de près les premiers combats chez trois mâles peu importunés par notre présence.

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Fait amusant, il semblerait que certains de ces mouflons soient en réalité des moutons domestiques (Ovis aries aries) retournés à l'état sauvage il y a 8000 ans de cela. L'étude des chromosomes et de l'ADN tend à valider de plus en plus sérieusement cette hypothèse, faisant apparaître que la domestication du mouton aurait connue deux foyers distincts en Eurasie. En reste un animal sublime qui serait bien mieux dans son milieu d'origine.

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En direction du sommet, en bord de falaise, nous prenons le temps d'admirer le monastère de la Grande Chartreuse. Construit dans le désert vert en raison de son sol qui ne retient pas l'eau malgré les nombreux jours de pluies, son fondateur Saint Bruno mené par l'évêque Hugues de Grenoble y fût attiré par le silence ambiant. 1000 ans plus tard, la règle y reste inchangée. Les moines font voeux de silence, n'échangeants entre eux qu'à des moments précis de la journée ou de la semaine, et une zone de silence entoure le monastère pour permettre le recueillement des membres de l'ordre mais aussi des auteurs célébres qui y passèrent comme Chateaubriand, Stendhal, Honoré de Balzac, Léon Bloy ou encore Alexandre Dumas.

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Au sommet, un drôle d'oiseau se présente à nous. L'accenteur mouchet (Prunella modularis) est un petit passereau brun à la tête joliment colorée de gris aux moeurs coquines. Quand plusieurs mâles se dispute une femelle et un territoire, c'est souvent au plus fort que revient le droit de copuler. Le ou les subalternes ont alors pour mission de nourrir la portée. On peut également le confondre avec l'accenteur alpin (Prunella colaris) au ventre orangé et qui à cette période de l'année, vit à des altitudes bien plus hautes.

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Autre oiseau incontournable, le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus).  Appelé à tort choucas, il aime les alpages de montagne et de haute montagne où il se nourrit principalement d'insectes mais aussi de graines, de fruits et parfois, des restes de repas des promeneurs peu délicats, à l'aide de son bec jaune petit et légèrement incurvé. Peu farouche, il s'approche l'hiver des habitations pour trouver de quoi se nourrir. 

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Grégaires, les oiseaux se regroupent en dortoirs pour passer la nuit. Ils peuvent également chercher leur nourriture ensemble ou se montrer plus solitaire. Côté reproduction, les couples sont le plus souvent observer seuls pendant la nidification, même si parfois ils peuvent être proches des uns des autres sans que l'on puisse véritablement parler de colonie comme on peut l'observer chez certains corbeaux ou chez les hérons.

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Si leur vol en grands groupes est toujours impressionnant, c'est surtout par leurs cris mélodieux qu'ils se font remarquer aux premiers abords, en particulier quand ils traversent la brume qui, au petit matin couvre les sommets. Présent sur tout le continent eurasien, il se trouve en Europe de l'ouest souvent entre 1200 et 300 mètres d'altitude. Côté Himalaya, il sera plutôt à des altitudes de 3000 à 5000 mètres.

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Pour rester dans la famille des corvidés, voici l'un des plus beaux et des plus grands que l'on peut rencontrer en France. Le grand corbeau (Corvus corax), est un oiseau atteignant un mètre d'envergue au plumage noir brillant. Ces cris rauques se font parfois entendre dans les boisement et les prairies alpines qu'il aime survoler, allant jusqu'à s'installer sur les bords de mer. Charognard, il peut également se nourrir d'insectes et de petits animaux, voire parfois de végétaux quand l'occasion se présente. Fidèle, le couple défend avec énergie son territoire.

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Sur le chemin du retour, nous sommes accompagnés par un visiteur surprise. Un jeune border collie abandonne le troupeau de chèvre de mène sa mère pour nuit suivre jusqu'à la ferme en contrebas. Joueur, il incarne sans mal le caractère si particulier de cette espèce utilisée non pas comme chien de garde mais comme chien de berger pour aider le berger à mener les bêtes.

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C'est une race documentée depuis le 17e siècle et qui prend naissance entre l'Ecosse et l'Angleterre, dans les grandes étendues herbeuses connues pour leurs troupeaux de moutons et pour les légendes. Il faudra cependant attendre 1982 pour qu'elle soit officiellement reconnue. Pour se faire des critères physiques et esthétiques sont reconnus mais aussi, liés au travail mené sur la conduite de troupeaux, seule race de chien à en bénéficier. Très affectueux, il est dépendant de son mettre et de son environnement, ne supportant la solitude. De ce fait on ne peut en faire un chien de compagnie à moins de le mener avec soi partout.

C'est donc sous bonne escorte que nous arrivons à notre point de départ. Le temps de prendre de la crème, de la tomme et du sérac, de prendre un bon chocolat chaud à l'abris de la pluie et de sécher nos pieds, et nous revoilà repartis. Cependant, nous serons bientôt de retour pour chercher cette fois-ci les fleurs de montagne.

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dimanche 27 octobre 2019

Sortie en montagne 27 : le Pilat.

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Escapade en amoureux. Le Pilat semble le lieu tout trouvé. Il y a peu de monde ce jour là, juste quelques habitués venus récolter les myrtilles à l'aide de grands seaux de plastiques blancs et de peignes, outil à main destiné à la récolte des baies. Nous ne sommes pas là pour cela, seul le paysage nous attire à cette occasion. Nous sommes en recherche de calme et de sérénité. L'air est frais, le ciel dégagé, la faune et la flore et surtout le silence y contribuent. Nous sommes sur le crêt de la Perdrix culminant à 1431 mètres d'altitude, sommet de ce petit massif situé à la pointe nord-est du Massif Central bien qu'il soit proche des Alpes. Les grands pierriers de roches granitiques nous permettent de nous initier à la lichénologie, et de m'aperçevoir que malgré toute ma bonne volonté ce domaine ne sera jamais vraiment le mien, du moins pour l'aspect identification.

DSC05356En voilà un de lichens, identifié par le brillant Hervé Cochini, et dont j'ai déjà perdu le nom ... Mixte entre différents organismes, il s'agit le plus souvent d'un mariage plus ou moins heureux entre une cyanobactérie et un champignon.

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Sur les chirats, les amas rocheux du Pilat, on peut rencontrer la lécanorie à deux formes (Lecanora biformis), un lichen vert très épais représentatif du massif et de ses sommets. On le rencontre aussi en Cors, en Savoie, dans les Pyrénées ou dans le Massif Centrale. Peu commun, il abonde dans les rares endroits où il se plaît, ne laissant pas penser au regard profane comme le notre qu'il se trouve devant un petit joyau. Son aspect de croûte, en plaque et fendu le classe dans la famille des lichens crustacés, nommés aussi incrustant car donnant l'impression d'être fusionnés à la pierre et ne pouvant s'en détacher aisément. Ils figurent parmi les organismes pionniers, capables de s'installer dans les conditions les plus dures et formant le substrat nécessaire à l'installation à toute autre forme de de vie.

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La callune commune (Calluna vulgaris) ressemble aux bruyères avec qui elle peut pousser conjointement, toujours sur des sols acides. Cependant la callune présente des fleurs aux pétales peu soudées, donnant des fleurs en étoiles, là où les bruyères présentent des pétales soudées, ressemblant à des clochettes. 

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Les myrtilles (Vaccinium myrtillus) sont là. Fruits du myrtiller, petit arbuste de la famille des Ericacées comme les bruyères et les callunes, ils figurent dans la tradition gastronomique locale. Ses fleurs rosées en forme d'outre sont caractéristiques de cette famille et attire de très nombreux pollinistateurs, animaux souvent peu communs dans les peuplements de conifères et de landes de montagne, milieux où la plante aime croître dans nos régions.

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Quelques autres plantes illuminent la montagne. De gauche à droite, on peut observer la matricaire odorante (Matricaria discoidea), espèce nord-américaine à l'odeur de pomme verte et d'ananas, le fenouil des Alpes (Meum athamanticum) au goût anisé, la linaigrette (Eriophorum sp.) aux graines munies de longues soies blanches et enfin, l'achillée millefeuilles (Achillea millefolium) aux propriétés médicinales bien connues.

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Je suis toujours heureuse d'en voir. La digitale pourpre (Digitalis purpurea) est une plante des sols calcaires, portant en elle le poids des légendes liées à la sorcellerie du Moyen Âge et surtout de la Renaissance.

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Car il ne faut pas se mentir, si la belle est si populaire, c'est pour ses propriétés toxiques, médicinales, délirogènes et surtout, son usage par les sorcières dans l'imaginaire populaire. Elle serait entrée dans la conception du baume de vol, appliqué sur les manches des balais pour partir au sabbat. En Irelande, il n'en est pas de même, les parties fleuries étant bouillies pour être transformées en encre pourpre, utilisée pour peindre des croix sur l'entrée des maisons pour éloigner le démon. Sa longue et large fleur accueille sans mal le bout d'un doit, d'où son nom scientifique de "digitalis" mais aussi de doigtier, gant-de-la-bergère, gant-de-fée, gant-de-Notre-Dame ou gantière, mettant en lumière la perception ambigue de cette espèce portant des noms parfois Saints mais associée à la magie noire. Les anglais ont la délicatesse de la nommer foxglove, ce qui signifie gant de renard.

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Sur la route pour atteindre les crêts, nous tombons sur un jeune faucon crécerelle (Falco tinnunculus), posé sur le rebords d'un petit barrage. Impassible et affairé à sa toillette, il est survolé d'une miriade d'hirondelles des fenêtres, mécontentes de la présence de ce prédateur potentiel. Il n'en est pas de même pour la famille de crécerelles que nous croisons à notre arrivée. Deux jeunes accompagnés de leurs parents s'exercent à la chasse.

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Nous nous approchons d'une mare. Dans celle-ci évolue une multitude degrenouillettes. Celle-ci, peu timide, ne tardera pas à perdre sa queue par résorbation pour devenir une grenouille adulte. Sur 100 000 oeufs, seulement 1 à 10 % donneront un adulte viable, le reste servira de nourriture pour tous les prédateurs évoluant autour et dans la pièce d'eau. Ainsi, les tétârds constituent une des bases de la chaîne alimentaire des milieux humides.

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Restons en forêt. Sous l'ombre des sapins et des épicéas, nous sommes bien. Certains arbres semblent dépéris. Sur l'un d'eux, c'est tout un écosystème qui a prit place. Un polypore marginé (Fomitopsis pinicola) exsude des gouttelettes. Celles-ci contiennent molécules fongicides et des antibactériennes. Les abeilles sauvages viennent s'en délecter, assurant ainsi une automédication efficace. Cela ne serait être suffisant au champignon, il est également exceptionnel du fait qu'il serait transporté par le bec des pics, comme ici avec le pic noir (Dryocopus martius), pour coloniser de nouveaux troncs de conifères. Les recherches sur ces sujets en sont à leurs débuts. 

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Continuons dans les baies. Deux espèces s'illustrent particulièrement bien sur les sols acides de moyenne montagne. Le framboisier (Rubus idaeus) figure parmi les arbrisseaux les plus connus pour ses fruits sucrées et légèrement acides et ses tiges peu épineuses.

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Le sureau rouge (Sambucus racemosa) est un arbuste typique de montagne et de moyenne montagne. Les grappes de drupes rouges de part leurs couleurs attirent aisément les oiseaux qui sans mal les dispersent par leurs fientes au quatre coins de la forêt. On peut consommer ses fruits en confiture ou sirop, à condition de les mélanger à hauteur de 50% avec d'autres baies. Souvent on le couple avec du sureau noir ou des mures. En pleine floraison, on le différencie des autres sureaux par les fleurs qui forment non pas de belles ombrelles blanches mais des inflorescences crèmes et/ou verdâtres de forme pyramidale. 

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C'est au milieu des champs et des vaches quand prend fin notre épopée d'une après-midi, après un passage un peu décevant à la Jasserie, ou qui du moins, ne correspondait pas aux souvenirs que nous en avions. Les sentiers sont magnifiques, nous alternons entre les boisements de conifères et les pierriers exposés au soleil et où les serpents et les lézards ont trouvé refuge. Récompense du sommet, les baies font notre goûter.

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samedi 12 octobre 2019

Sortie en montagne 26 : le Ventoux.

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Escapade dans le sud de la France, au pied du mont Ventoux. Les lavandes sont en fleur et presque toute la famille est là, un bonheur. Les amandiers ont bien poussé, l'olivier est beau, bref, on prend plaisir à se retrouver ensemble. Nous avons même la bonne surprise de nous apercevoir que la maison et ses alentours se trouvent sous un couloir migratoire ! Un vautour fauve, un circaète Jean Leblanc et même un aigle royal nous honorent de leur passage, le rêve ! C'est une carte postale que je tente ici de dresser, un peu maladroitement.

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Nous sommes à Sault, joli village connu comme capitale de la lavande. Nous sommes à quelques jours du 15 aout, date où les lavandes et lavandins sont célébrés. Déjà quelques champs sont fauchés et partent massivement à la distillerie. L'essence qui en est tirée part aux quatre coins du monde pour entrer dans la confection de parfums, de cosmétiques, de produits d'entretiens mais aussi de dissolvants et de bons petits plats.

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Nous partons à Aroma'plantes, distellerie du village qui ouvre ses portes aux visiteurs. Nous sommes agréablement surpris de découvrir un véritable musée de la lavande, avec démonstrations, distillations en direct et visites guidées avec dégustation et boutique des produits de l'exploitation.

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Nous sommes ravis, vraiment. L'endroit est superbe, didactique et met en valeur ce patrimoine propre à la Provence. L'exposition, le Lavandoscope est ludique et accessible. Il retrace avec brio l'histoire locale. Les visites gratuites, les ateliers intelligemment présentés, les produits du bar délicieux et l'ensemble terriblement moderne tout en respectant les traditions. Un sentier de découverte (musée en plein air) en accès libre et un jardin ethnobotanique nommé Plantothèque complète l'ensemble. Les plantes et arbustes sont numérotés, et chaque usage et mode d'extraction y sont détaillés. Si vous êtes tentés de fabriquer vos propres savons, vos fuseaux ou vos produits de beauté, c'est une adresse à conserver précieusement.

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Si la lavande peuple les champs, on peut la trouver aussi à l'état sauvage. Dans les cultures et les talus, on peut rencontre plusieurs espèces : la lavande vraie (Lavandula angustifolia), la lavande aspic (Lavandula latifolia) et le lavandin (Lavandula latifolia x angustifolia), hybride naturel des deux premières qui, moins parfumé, et plus productif et plus simple de culture. La lavande papillon (Lavandula stoechas) pour sa part orne les jardins.

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L'ergate forgeron (Ergates faber) se présente à nous sur la fin de la visite. C'est la toute première fois que nous croisons ce gros coléoptère. Il s'agît ici d'une femelle un peu mal au point. C'est un des plus grands longicorne, assez présent dans le sud et dont le corps dépasse parfois 6 centimètres. Il est inféodé aux pinèdes, ses larves se nourrissant des souches pourrissantes. Il joue ainsi le rôle d'un décomposeur précieux à la forêt.

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Passage éclair par Mont Brun, où le chant des cigales nous séduit. Nous pouvons même en approcher une de très près. C'est une superbe cigale grise (Lyriste plebejus), identifiée par un des vérificateurs de Faune-PACA pour qui nous sommes très reconnaissant. Appelée grande cigale commune ou cancan en raison de son chant, elle peut atteindre 5 centimètres. Les adultes et les larves se nourrissent le plus souvent de la sève des arbres.

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Retour à la maison. Les amandiers ont bien grandis et la période de taille a été manquée. Même si la saison ne s'y prête pas, nous n'avons pas d'autres choix que de faire une coupe drastique. Heureusement, Thomas fait toujours preuve de talent dans ce domaine.

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Les gestes sont précis, calculés selon le ratio de la dimension des fruits et de leur abondance. Les branches les moins aptes à produire les amandes sont supprimées, les branches charpentières précieuses conservées. À chaque arbuste, les outils sont soigneusement désinfectés. Cela permet de limiter la transmission de maladies entre les plants, à la manière d'un généraliste auscultant et opérant sur plusieurs patients. Il s'agit ici d'amandiers de culture (Prunus Dulcis), plantés comme ornement mais aussi dans l'objectif de récolter des amandes. Il faudra attendre que les arbres soient suffisamment matures pour donner leurs premiers fruits, c'est là que nous serrons si les amandes seront douces ou amères.

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Beaux papillons, ils profitent du champ de lavande. À gauche, un demi-deuil (Melanargia galathea), qui porte mal son nom, dont le paterne noir et blanc peut varier en fonction des régions et être plus sombre dans les Alpes. À gauche, un azuré, papillon qui appartient à l'un des genre les plus durs à identifier, en particulier quand on ne voit qu'une seule face des ailes. Il pourrait s'agir sans assurance de l'azuré des nerpruns (Celastrina argiolus).

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Un cri perçant nous attire dans le jardin. C'est un hibou petit duc (Otus scops), quelle joie ! Ce rapace nocturne est typique du sud de la France et à la particularité d'être migrateur. Il est connu ici comme nicheur depuis plus de 40 ans mais c'est la première fois que nous le voyons. Pas plus gros qu'un merle, il est prédaté par d'autres oiseaux de proies. Pour s'en protéger, son plumage est mimétique de l'écorce des arbres dans lesquels il vit.

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Dernier tour par le village de Sault. L'été bat son plein, et nous nous mêlons sans mal aux touristes qui commencent à affluer. Les bouquets de lavande sont accrochés aux murs, pour préparer l'arrivée du 15 août. Pour l'occasion des courses de chevaux sont organisés sur l'hippodrome utilisé uniquement à cette occasion.

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Objectif Ventoux, enfin. Nous somme nombreux ce jour là, avec peu de temps, l'asencion ne se ferra donc pas à pied. La vue est incroyable et nous sommes avec quelques cyclistes les premiers arrivés, ce qui nous permets de profiter du lieu en toute quiétude. Les accenteurs mouchets (Prunella modularis) et les venturons montagnards (Carduelis citrinella) volent ça et là, nous sommes heureux de les voir car cela faisait plusieurs années que nous cherchions à voir ces derniers. Ces petits passereaux ont une aire de répartition très stricte, réduit à certains massifs européens. Granivores, ils affectionnent les boisements de conifères situés à plus de 700 mètres d'altitude. Pendant la période de nourrissage des petits, ils consomment essentiellement des graines de pins, de pissenlits, d'autres astéracées et de graminées, en ajoutant une part non négligeable d'insectes au régime pour apporter les protéines nécessaires aux oisillons.

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Le sommet situé à 1910 mètres d'altitude, donnant une vue imprenable sur les autres massifs. Repéré par les hommes très tôt, il est prisé des cyclistes et des parapentistes mais aussi pour son point stratégique. C'est de-là que bien des étoiles sont observées grâce à l'observatoire astronomique et des ondes envoyées par le grand émetteur rouge et blanc qui s'observe à très grande distance et qui est emblématique de cette montagne solitaire.

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Nous ne l'avions encore jamais vu. Le pavot velu du Groenland (Papaver aurantiacum) est extrêmement rare, uniquement observable dans le sud de l'Europe au sommet du Ventoux où il abonde dans les éboulis rocheux. Relique de la flore locale, c'est un survivant de la période glacière, ayant trouvé refuge en altitude. La phylogénétique semble indiquer qu'il s'agît plutôt d'une sous-espèce du pavot des Alpes (Papaver alpinum).

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Il se reconnaît à ses fleurs aux pétales jaune vif, tirant parfois sur le orange, couleur lui ayant valu son nom scientifique d'aurantiacum, qui signifie orangé. Son nom vernaculaire de velu désigne ses feuilles vert-gris poilues qui lui permettent de retenir l'humidité et se protéger du froid.

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La pilosité de la plante a longtemps été retenue comme critère déterminant pour la désigner comme une espèce endémique, mais la variabilité entre les individus est un autre élément indiquant que ce statut n'est pas si légitime, la présence de poils ne se relevant pas discriminant dans sa détermination. Sur les sites de référence comme l'INPN, Inventaire National du Patrimoine Naturel, tenu par le MNHN, le Musée National d'Histoire Naturel, il a désormais le nom technique de Papaver alpinum var. aurantiacumn rejoignant ainsi le pavot des Alpes (Papaver alpinum) qui lui présente aussi bien des pétales blancs que jaunes.

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C'est une espèce caractéristique de milieux précis, et entre dans la détermination de ceux-ci en particulier des "éboulis à Thlaspi rotundifolium", le tabouret à feuilles rondes que nous avons pu croiser ici et là quelques deux-trois plutôt au même endroit. Ce pavot est aussi caractéristique des "éboulis calcaires subalpins à alpins à éléments moyens des Alpes", un long terme utilisé dans les cahiers de détermination d'habitats.

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La flore du mont Ventoux est assez incroyable. On y croise des centaines d'espèces végétales, dont pas moins d'une trentaine rares, souvent typiques du climat méditerranéen des montagnes des pays de l'est ou du grand nord, un avantage quand on veut s'exercer à la botanique sans partir à l'autre bout du monde. 

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Une famille de mésanges charbonnières (Parus major) s'égosille dans les branches d'un pin à crochets (Pinus uncinata). C'est la mésange la plus commune d'Europe, qui à l'hiver est si présente dans les mangeoires des jardins. Bien qu'abondante et n'ayant pas de statut de menace, c'est une espèce protégée dont les effectifs commencent à chuter, comme celui de tant d'autres petits passereaux qui font partis de notre quotidien.

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Un grand classique des milieux arborés, quelques qu'ils soient, le chardonneret élégant (Carduelis carduelis), qui n'a pas volé son nom avec son plumage éclatant. Son masque rouge, sa poitrine chamois, son croupion blanc, ses ailes jaunes et noires et sa queue sombre tachetée sont tout autant d'éléments qui permettent de l'identifier aisément. Granivore, son régime alimentaire se devine à son bec épais l'aidant à briser les graines.

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Le départ de Sault approche, un dernier oiseau s'offre à nous, le majestueux circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus). Ce rapace se nourrie de reptiles, en particulier de serpents. Sa grande envergure, plus d'1,80 mètre pour certains individus, permet de le voir d'arriver de loin. Migrateur, il quitte la France dès septembre, ce qui explique les grands mouvements que l'on peut observer le long des axes migratoires connus et par les cols.

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Passage par un dernier village. Sur les oliviers et les ormes, des dizaines de papillons sèches les ailes. Ces mêmes papillons qui nous ont accompagné tout au long de notre week-end. Il s'agit de la silène (Brintesia circe), une espèce faisant partie de celles qui ont un genre à elles seules. Il est typique des milieux herbacés, roches ne poacées (graminées) dont sa chenille se nourrie. Il ne produit qu'une seule génération par an.

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Le voyage n'est pas fini. Un de notre objectif de l'année est de retourner voir les guêpiers d'Europe (Merops apiaster), des oiseaux très colorés que nous n'avions pu observer l'an dernier faute de matériel adapté. Pour se faire nous sommes dans le Colorado Provençal, un site aux premiers abords naturel mais complètement industriel, fruit de l'extractions des ocres du sol, connues sous le nom d'ocres de Rustre et où les oiseaux nichent dans les falaises à la roche tendre.

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Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas du Far West que le site tire son nom, bien que ressemblant, mais du provençal, Colorado étant un dérivé du mot couleur. En effet, depuis la route on peut admirer des strates variées, formant 24 nuances s'étallant du rouge au blanc, en passant par le jaune ou le vert, résultat de l'altération du fer, de l'aluminium, des silicates ou encore du manganèse contenus dans les argiles vieilles du Crétacé et formées il y a 110 millions d'années. Sur 30 hectares, un sentier permet aux visiteurs de découvrir cet héritage.

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Les oiseaux sont au rendez-vous. L'instant est magique. Sur les branches d'un arbre mort, ils se posent comme des feuilles multicolores, faisant écho aux chapeaux de fées alentours. Parmi les guêpier, des juvéniles venant tout juste de sortir des terriers creusés par leurs parents. Ils réclamant leur pitance, mais les nourrissages sont peu nombreux, ceux-ci devant apprendre à se débrouiller seuls pour la migration s'annonçant imminente.

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Nous partons. Vraiment ? Sur la route nous apercevons les falaises de Lioux. Demi-tour immédiat, dans l'espoir fou de voir un percnoptère (Neophron percnopterus) un petit vautour revenu depuis peu en France et extrêmement rare. Très bel oiseau qui doit le jaune de son bec aux excréments des carcasses dont il se nourrie. On repassera pour le glamour. Nous ne le verrons pas mais nous serrons gratifier d'une bataille violente entre deux couples de faucons crécerelles, du vol des martinets à ventre blanc et des hirondelles des rochers et d'une quarantaine de guêpiers. C'est sur ces belles images que nous quittons le sud de la France.

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samedi 21 septembre 2019

Sortie en montagne 25 : les Écrins.

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L'été est là, c'est le moment des grandes explorations en montagne. Nous voilà partis pour 3 jours dans les Écrins, 3 jours sur les lieux que j'ai connu il y a 9 ans de cela et que j'avais à coeur de faire découvrir à mon bien-aimé, pour y graver là des souvenirs indélébiles. Nous n'avons pas été déçus, le voyage fût fabuleux et nous avons pu découvrir une multitude d'espèces. Arrivés peu avant la tombée de nuit, quatre chamois (Rupicapra rupicapra) nous accueillent de leur silhouette, un moment magique et unique qui se renouvellera le soir suivant. 

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Visite du village peu avant manger. L'église de Villar d'Arêne, commune où nous logeons est sur le point de s'effondrer en raison de malfaçons. De larges fissures lézardes les murs, mettant à nu les fossiles des pavés de calcaire qui la composent. L'entrée toujours ouverte, sert de reposoir à une hirondelle rustique (Hirundo rustica) pour la nuit.

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Une autre hirondelle peuple le hameau, l'hirondelle des rochers, une espèce des falaises au plumage terne qui se plaît aussi sur les habitations qui offrent de nombreuses failles et recoins et où, les oiseaux peuvent y installer leur nid fait de boue, d'herbes et de salive. À la différence des hirondelles rustiques, elle n'a pas besoin de s'engouffrer plus en profondeur dans les greniers et dans les granges. Insectivore elle aussi, elle chasse les moucherons, les moustiques et les petits insectes volants très présents dans le coin en raison des nombreuses étables qui se trouvent autour du village et des champs de pâtures où bon nombres arthropodes se développent.

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Nous arrivons au sommet du col du Lautaret, à 2085 mètres d'altitude. Nous sommes accueillis au point culminant par une bergeronnette grise (Motacilla alba) en chasse dans la prairie fleurie. Très souvent liée à l'eau, elle semble tirer profit ici des nombreux ruisseaux montagnards. Énergique, on la reconnaît comme toutes les bergeronnettes aux soubresauts incessants de sa queue quand elle est posée au sol et à son vol onduleux.

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Une belle surprise nous attendait aux abords du jardin alpin, la polémoine bleue (Polemonium carerulum). Inconnue dans les Hautes-Alpes, celle-ci s'est échappée des collections botaniques. Protégée nationalement, elle est extrêmement rare mais doit être désherbée localement.

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Il arrive ça et là que certains plants soient entièrement blancs, un peu comme chez la bourrache. D'ordinaire, la plante se rencontre dans les prairies et fonds de vallées humides jusqu'à 2000 mètres d'altitude dans les régions de l'Alsace, du Massif Jurassien ou encore du Cantal et de la Haute-Garonne. Elle est parfois appelée valériane grecque en raison de ses feuilles un peu similaire, elle n'est pas native de Grèce et elle n'appartient pas à la famille des Valérinanacées mais à celle des des Polemiacées au même titre que les phlox, beaucoup plus connus. On compte 27 espèces de polémoines dont, d'après mes recherches, une seule espèce serait présente en France, la fameuse polémoine bleue que voici.

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Moment d'émotion, un vautour fauve (Gys fulvus) nous survole. Nous en verrons pas loin d'une quarantaine pendant notre séjour. Ce matin là, nous sommes chanceux, les rapaces ayant plutôt l'habitude de s'élever dans les airs depuis le plateau voisin. Par trois, puis par dix et au final, par trente, ils ont tranquillement pris les courants d'air chaud pour partir à la recherche de leur nourriture. Nécrophage, leur rôle est essentiel.

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En débarrassant les montagnes des carcasses d'animaux morts, ils jouent aux éboueurs, empêchant l'apparition de zoonoses (épidémies du bétail) et la pollution organique des points d'eau potables. Cependant ces animaux protégés sont encore accusés de nombreux actes et maux dont ils ne peuvent être à l'oeuvre. Les préjugés ont la vie dure, on peut lire ça est là qu'ils capturent des animaux encore vivants, chose dont ils sont incapables du fait de leur pattes et serres trop peu puissantes. On peut aussi entendre qu'ils effrayent volontairement le bétail pour le précipiter dans le vide ou qu'ils peuvent en vol venir prélever des lambeaux de chair sur les promeneurs ... ces idées infondées et fausses ont conduit à l'éradication de ces animaux de nos montagnes, et de même pour les trois autres vautours français. Revenant peu à peu mais encore menacés, la sensibilisation semble être désormais la meilleure arme pour que ces oiseaux majestueux puissent continuer à faire partie de notre patrimoine. Les mentalités changent, et des placettes de nourrissage voies le jour sous l'impulsions des agriculteurs et des naturalistes. Remplaçant les équarrisseurs, elles permettent aux oiseaux de se nourrir, aux exploitants de gérer les pertes à moindre coûts et aux villes de maintenir la sécurité sanitaire.

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Si le jardin alpin du col du Lautaret est si connu, c'est d'une part pour son emplacement et la longévité (120 ans!), mais d'autre part, pour les espèces rares et exceptionnelles qu'il acceuille. Ci-dessus, je vous propose de découvrir de gauche à droite 4 fleurs hors normes qui font bien souvent le bonheur des visiteurs. 1 : Le mulinum épineux (Mulinum spinosum) est une espèce d'Amérique du Sud, épineuse mais prisée pour le bétail en raison du goût particulier qu'il donne à la viande, surtout chez les lapins. On la nomme localement neneo 2 : Le pavot bleu de l'Himalaya (Meconopsis betonicifolia), une espèce très rare et qu'ont ne peut voir que dans 10 à 15 jardins en Europes. Son succès tient à sa couleur si particulière. 3 : L'iris de Sibérie (Iris sibirica) est une espèce résistant à des températures artiques. 4 : La primevère à fleurs d'un seul côté (Primula secundiflora) porte peut être le nom vernaculaire le plus long parmi toutes les espèces présentées.

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Pour finir cette visite, voici deux petits passereaux communs aussi bien en plaine qu'en montagne, granivores et qui tirent profit des nombreux arbres à graines et conifères plantés il y a des dizaines d'années de cela. À gauche, un chardonneret élégant (Carduelis carduelis) posé sur un pin à crochet (Pinus uncinata) observant les visiteurs. À droite, un pinson des arbres (Fringilla coelebs) dans la même position et tout aussi curieux.

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Nous quittons les sentiers battus pour en rejoindre d'autres, ceux de la montagne pour une randonnée calme mais riche, à la découverte du lac du Pontet et de l'Aiguillon. La boucle fait un peu plus de 3,8 kilomètres et le dénivelé approche les 500 mètre, rien de très compliqué en somme, mais comme toujours, quand on a l'appareil photo en main et les jumelles autour du coup, les minutes peuvent vite devenir des heures.

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La grande astrance (Astrantia major) figure parmi les plus belles fleurs de nos montagnes. Fine, délicate, gracile ... bien des adjectifs peuvent lui être attribués. On la reconnaît à ses fleurs blanches et violines, perchées sur des tiges hautes de 30 à 90 centimètres. D'ordinaire présente dans les zones ombragées voire en limite de bois, elle pousse ici en prairie bien exposée, mais très humide. Leur floraison prolongée égaie les jardins anciens.

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) présente des pétales violacés, parfois roses ou blancs, au nombre de 4 ce qui la différencie d'autres espèces très proches ayant 5 pétales. Elle présente un port érigé mais reste petite.

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Bien que subalpine voire alpine, on peut la rencontrer de juin à septembre dans d'autres milieux, notamment en Bretagne où elle est protégée. En général, c'est entre 1000 mètres et 2700 mètres d'altitude ce qui en fait en France une des championnes de nos massifs. Elle aime les sols acides et neutres, ce qui en fait un indicateur précieux. Néanmoins la littérature scientifique l'indique comme bio-indicatrice des milieux calcicoles. Bisannuelle le plus souvent, elle fût utilisée par le passé pour aromatiser la bière et les liqueurs, surtout dans les pays de l'Est, et pu être utilisée comme légume en cas de famine. Cependant son goût très amer ne permet pas d'en faire un aliment du quotidien.

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Dans l'herbe, des belles des champs. Parmi elles, des orchidées, et d'autres qui leur ressemble sans en être. Toujours de gauche à droite. 1 : L'orchis vanille (Gymnadenia nigra subsp. rhellicani), à l'odeur si douce et puissante. 2 : Une fleur plus discrète, la renouée vivipare (Bistorta vivipara) que je redécouvre cette année. 3 : une seconde orchidée, l'orchis globulaire (Traunsteinera globosa). 4 : L'épiaire hérissée (Betonica hirsuta), dont les fleurs en pompons roses me charme toujours. Plante de montagne, on l'identifie à ses feuilles velues.

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Retour de l'hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris), qui survole une prairie fleurie à la chasse d'insectes au-dessus de nos têtes. Sa reconnaissance est aisée, son dos gris brun, son ventre et le dessous de ses ailes blanches, sa queue noire ornée de deux tâches blanches permettent de ne pas se tromper.

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Nous avions pu en voir quelques brins dans le jardin alpin, nous avons cet après-midi la chance de pouvoir en croiser de sauvage. Le génépi jaune (Artemisia glacialis) n'a pas besoin de plus de présentation, sa réputation est déjà faite. Appelé parfois génépi blanc en opposition au génépi noir (Artemisia genipi), il est à l'origine de la délicieuse liqueur du même nom. Sa récolte est très réglementée et certaines espèces sont protégées.

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Une drôle de grenouille dalmatien fait son apparition. La grenouille rousse (Rana temporaria) se confond aisément avec la grenouille agile (Rana dalmatina) mais présente de légères variations et vit en plus haute altitude même si toutes deux partagent certaines zones sur l'hexagone. Celle-ci aborde un paterne un peu inhabituel. En milieu montagnard, le développement des amphibiens est beaucoup plus lent. Les oeufs sont mis en eau aux toutes premières fontes des neiges. Les têtards qui en émergent mettront tout le printemps et tout l'été à devenir grenouillettes ou crapelets, là où en plaine ils mettent d'ordinaire 72 jours grand maximum. Pour en revenir à note grenouille, elle se rencontre surtout dans le nord de la France mais aussi dans nos massifs. Dans les Alpes, elle peut être observer à plus de 2800 mètres d'altitudes, un sacré record pour un animal poïkilotherme, c'est à dire dont la température interne dépend du milieu dans lequel il se trouve.

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Arrivés au sommet, à 2086 mètres d'altitudes. En contre-bas, minuscule, Villar d'Arêne et au loin, dans le creux du vallon, la Grave-La Meije. En face, immenses et écrasants, la Meije et le Bec-de-l'Homme. Le paysage laisse sans voix. Les neiges éternelles ne seront bientôt plus, tout comme les glaciers. Entre ma première arrivée ici à 18 ans et maintenant, il y a 9 ans, ils ont fondu de moitié et je crains qu'à notre prochain séjour ils ne soient plus.

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Autre moment magique, avec le passage de ce grand corbeau (Corvus corax) poursuivit par deux corneilles noires (Corvus corone) inquiètes de le voir s'approcher de leur territoire d'un peu trop près. Immense, avec pas loin d'1,20 mètre d'envergure. Je dois avouer qu'il s'agit là d'un des oiseaux que j'aime le plus et qui, il y a quelques jours de cela, nous a fait la surprise de traverser à deux le jardin familial, nous laissant ébahis. Craint, c'est pourtant un animal inoffensif, peu commun et protégé dont la réputation ne reflète pas le génie de l'oiseau.

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L'edelweiss (Leontopodium nivale subsp. alpinum) est l'étoile de nos montagnes. Rare voire très rare, c'est une des espèces emblématiques des Alpes. Relique de l'époque glacière, elle surprend par ses pétales blancs velus. Ceux-ci sont une défense contre la rudesse du climat et en particulier du soleil qui est si mordant en haute altitude.

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Ceux-ci protège la plante de l'évapotranspiration, mais aussi des UV, du gel et de la gourmandise de certains phytophages. Pour la trouver, il faut scruter les pelouses, les rocailles et les pâturages qu'ils soient calcaires ou schisteux. Néanmoins, il faut se montrer patient. Protégée, c'est une plante qui attire la convoitise mais aussi, qui ne pousse pas sur tous les massifs alpins, d'autant qu'il ne faut pas craindre d'utiliser ses mollets, la fleur poussant entre 1200 et 3000 mètres d'altitude. Aujourd'hui, on en trouve des cultures ça et là dans des exploitations spécialisées. Les brins fleuris sont récoltés pour être utilisés pour aromatiser les liqueurs et les infusions traditionnelles.

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Les machaons (Papilio machaon) sont à la fête, les floraisons battant leur plein là où en vallée, le soleil grille tout. Leurs chenilles sont uniques. De forte taille et reconnaissables à leur couleur verte et leurs tâches noires, elles se nourrissent d'apiacées, que cela soit des fenouils et des persils au jardin ou les grandes berces des fossés. Plusieurs générations, deux à trois, peuvent animer les champs fleuris de mars à septembre jusqu'à 2000 mètres.

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Deux petits oreilles dépassent des bosquets de gentianes jaunes (Gentiana lutea). Voilà une jolie chevrette, une femelle de chevreuil d'Europe (Capreolus capreolus). Ce petit cervidé est commun aime les milieux ouverts pour se nourrir mais favorise les milieux forestiers pour s'habriter. Son principal prédateur, outre le chasseur, est d'ordinaire le lynx boréal (Lynx Lynx), mais celui-ci est quasi-absent en France. Longtemps chassé, disparu puis réintroduit, la principale menace de ce gros félin est le braconnage, accusé souvent de prédater les chevreuils (que certains veulent s'accaparer), pourtant jugés comme trop nombreux, occasionnant des dégâts.

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Le tarier des prés (Saxicola rubetra) fût l'oiseau du week-end. C'est bien simple, à chaque visite, à chaque sortie, à chaque randonnée, il était là. Difficile de de ce fait de passer à côté. Autrefois commun en basse altitude, il s'observe désormais plutôt dans les milieux montagnards.

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C'est un oiseau bio-indicateur des prairies de bonne santé, où les plantes sont très diversifiées et l'entomofaune riche. C'est un oiseau migrateur qui niche en Europe et en Asie et qui retourne à l'hiver en Afrique pour profiter de l'abondance d'insectes. On connaît encore mal les déplacements et le mode de vie de ce petit passereau, et bien qu'il ne soit pas encore considéré menacé, bien des éléments sont alarmants. Baisse de l'effectif de 90% en Alsace, quasi-disparition des plaines françaises et fort échec des nichés (nids au sol), il est temps d'agir. La disparition des insectes, la fauche et le pâturage intensif, la transformation des plaines alluviales en culture arboricole et la disparition des jachères mettent à mal le tarier des prés.

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Les patous veillent au grain, les loups et les chiens n'ont qu'à bien se tenir. Ici les moutons passent la journée en alpage, dans des parcs électrifiés sous la surveillance de leur chien de garde, puis regagnent à l'arrivée du soir la bergerie, toujours accompagné de leur veilleur. Ce dernier rejoint le troupeau encore chiot pour s'identifier au mieux à brebis qui deviennent alors ses mères de substitution. Il restera alors en tout temps avec elles.

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Fin de ballade, retour à l'hotel-restaurant du Faranchin, qui en plus de donner une très belle vue, apporte un calme bienvenue et offre des plats délicieux. Quel étrange sentiment d'arpenter ces sentiers qui n'ont pas changés. Il n'en est pas de même pour la montagne. Rongée, fatiguée, elle perd à grande vitesse son manteau blanc.

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Levé tardif, il fait bon de passer une nuit, bercés par les bruits des animaux nocturnes. Passage rapide à La Grave - La Meije. Objectif : observer les fossiles de l'église locale, chercher les traces du tichodrome échelette (Tichodroma muraria), un oiseau incroyable que nosu rêvons de voir et qui l'hiver, vient régulièrement sur les murs de l'édifice.

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Certes, nous ne verrons pas le tichodrome, mais nous aurons la chance de tomber sur de très nombreux nids d'hirdonelles des rochers. Équipés d'un téléphone avec l'application NaturaList, pendant du site Faune-France, nous avons pu nous adonner à un de nos passe-temps préférés, cartographier et indiquer le nombre d'individus et de nids que nous croisions. Voilà de quoi nous mettre en jambe pour arpenter les hauts sommets même si la machinerie humaine nous a bien aidée ce jour-là, quitte à nous promettre d'entreprendre l'assencion à pied l'an prochain. Nous verrons si la promesse est tenue.

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Loué soit le téléphérique de La Meije ! L'assencion se fait en deux temps, une première descente à 2400 mètres puis une seconde à 3200 mètres, chaque tronçon étant sensiblement le même. Amateurs du vide, c'est votre instant, la vue étant imprenable sur les montagne. Dans les petites cabines colorées, il nous a été possible d'observer un faucon crécerelle, des rouges-queues noirs, des niverolles alpines et même des chamois.

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Arrêt à 2400 mètres. L'acceuil se fait par des bouquets d'asters des Alpes (Aster alpinus). Poussant sur des sols rocailleux, elles font figure d'emblême des montagnes au même titre que les edelweiss. Sa floraison estivale et sa rusticité lui ont valu sa culture et sa démocratisation dans les jardins de plaine et des grands parcs.

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Étonnant non ? Un lac ou plutôt un étang artificiel a été créer il y a quelques années, il permet de jouird'une pièce d'eau dont le reflet agît comme un miroir et reflète avec grâce le glacier d'en face. Dans l'eau, des truites d'élevage, un ajout que je trouve pour ma part un peu dommage car absolument pas nécessaire au lieu qui se suffit à lui même. Des agrès, des hamacs, un terrain de bois pour les VTT et du mobilier complètes l'ensemble.

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Elles étaient là, les grassettes communes (Pinguicula vulgaris), des plantes carnivores dont les feuilles sont des pièges mortels pour les petits insectes. Couvertes de poils gluants, odorants et sensibles, celles-ci se referment à la moindre goutte d'urée détectée sur les arthropodes maladroits et inattentifs. Ils apportent aux plantes tous les éléments nutritifs absents dans les sols où elles poussent, sols bien souvent pauvres en nutriments.

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Les espèces nouvelles sont encore nombreuses ce jour-là, aussi bien pour le végétal que pour les animaux. Nous croisons quelques niverolles alpines (Montifringilla nivalis), véritables moineaux des neiges qui sautillent de rocher en rocher. Quelques venturons montagnards (Carduelis citrinella) sont de la partie aussi, pour notre plus grand plaisir, ces oiseaux ne s'étant présenter à nous 4 ans auparavant dans le Vaucluse, au mont Ventoux.

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Arrivée à 3200 mètres, nous posons le pied sur l'un des plus belles montagnes des Alpes. Nous ne serons jamais, je pense, suffisamment prêts et équipés pour en gravir le sommet mais la vue nous suffit amplement. Le thermostat est bas, et s'il n'est pas à 0°C même s'il s'en rapproche.

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Pause de midi, au menu tartiflette, il faut bien honorer les traditions locales bien que ce plat soit relativement récent. Sa création daterait des années 1960, en faisant une spécialité montagnarde depuis peu. Depuis la terrasse, nous observons le Grand Pic, trophée de bien des alpinistes des quatre coins du globe. Il s'agit ici de l'une des ascensions les plus difficiles d'Europe, aucun des itinéraires existant n'étant simples. Nous ne nous lassons pas du paysage, et le bain de soleil est au programme. De là-haut, le Râteau, grand plateau d'alpage, s'étend de tout son long. Nous n'y verrons pas les vautours fauves qui font notre bonheur mais de nouveaux les grands corbeaux ainsi que quelques chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus), nos mascottes quand nous nous trouvons en Chartreuse. Ils tirent profit de la générosité des clients du restaurant d'altitude.

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Voici la reine du sommet, la linaire des Alpes (Linaria alpina) aux couleurs éclatantes appelée parfois muflier des Alpes bien qu'elle n'en soit pas un. Ne poussant que dans les grands massifs (à l'exception des Pyrénées, du Jura et en Bourgogne), ont la trouve ça et là en Europe central et du Sud. Elle ne se plaît que dans les milieux très pauvres, la caillasse et les pierriers, sous des climats arides voire hostiles. Elle ne craint ni la neige, ni le gel.

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C'est sur ces images et la visite de la grotte de glace que nous terminons notre week-end. Il n'y a pas à dire, les montagnes nous appellent et bien que nous ne soyons pas des alpinistes dans l'âme, nous ne pouvons nous empêcher de monter au plus près des sommets. Notre pallette s'est aggrandie, désormais les oiseaux ont une belle part dans nos découvertes à côté des fleurs. Vivement les prochaines sorties dans de nouveaux massifs.

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lundi 5 août 2019

La Savoie à travers champs.

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Un mois au pied des montagnes

Ce n'est pas moi pour le coup qui suis partie, mais mon bien-aimé pour un mois de formation aux techniques de culture et de transformation des petits fruits en wwoofing. Face au Mont Blanc, nous avons pu le temps de deux week-ends découvrir la faune et la flore savoyardes, nous émerveiller des oiseaux et en particulier des rapaces, ramasser quelques belles sauvages et nous initier aux espèces des milieux humides. Bref, de belles découvertes et de nouvelles coches pour les amoureux de la nature que nous sommes.

À notre tableau de chasse le pic mar (Dendrocoptes medius), à la calotte rouge et aux cris nasillards. Pas bien gros (50 à 80 gr), il est que modérément montagnard et se plaît avant tout en plaine et les vieilles forêts de feuillus qui n'exédent pas 700 mètres d'altitude, où il peut nicher dans les troncs de bois tendre ou fragilisés par le temps.

DSC00019Ils sont revenus ! Après un long périple, les milans noirs (Milvus migrans) sont à nouveau en France. Ils ont quitté l'Afrique pour venir nicher chez nous. Ces oiseaux nécrophages se nourrissent la plupart du temps de poissons morts, ceux-ci représentant jusqu'à 70 % de leur régime alimentaire. Il n'est pas rare non plus de les voir suivre les moissonneuses dans les champs, cherchant les débris des micro-mammifères (souris, campagnoles etc.) pris dans les mécanimses de la machinerie. Lors de notre séjour nous avons pu voir deux individus prédater en pleine journée une chauve-souris, fait relativement rare pour être signalé bien que l'espèce soit partiellement prédatrice.

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C'est le temps des amours en ce mois de mars pour la sitelle torchepot (Sitta  europaea). Ça chante et ça s'accouple à tout va. Celle-ci s'évertue à chercher de quoi se contenter dans le creux d'une vieille branche morte d'un érable, la belle étant insectivore pendant le printemps et l'été. Son nom de torchepot est bien trouvé, car l'oiseau a pour particularité, entre autre, de confectionner à l'aide de boue et de salive de quoi rétrécir l'entrée des cavités dans lesquelles il s'installe quand ces dernières sont trop grandes pour lui et sa couvée. C'est aussi le seul volatile de nos contrés à descendre les arbres la tête la première grâce à ses pattes équipées de doigts longs et puissants.

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Outre des oiseaux, on croise aussi des castors d'Europe (Castor fiber). La proximité du Rhône n'y est pas pour rien. Ici il s'est installé dans un lac proche de l'exploitation et relié au fleuve par un petit court d'eau qui n'est que rarement à sec, permettant de nombreuses connections entre ces différents milieux humides.

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En campagne, il n'y a pas un jour sans surprise. S'il on est habitué à croiser des poules et des canards en liberté, on l'est beaucoup moins pour les cochons et pour cause, ceux-ci se sont échappés d'un élevage tout proche et batifolent gaîment dans un beau champ de bel qui, semble-t-il, sera peu productif cette année vu le labourage subi. Il faudra un après-midi complet pour que tout le monde retourne dans son chez soi.

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Pas de moineaux cisalpins ou friquets mais de bons vieux moineaux domestiques (Passer domesticus) dans la coure de la ferme. Nous en sommes pas pour autant déçus, l'espèce étant fascinante. Perçu comme commun, le moineau disparaît de nos villes et de nos campagnes à une vitesse hallucinante. Pour le moment, nulle réponse semble se dessiner sur ce déclin. La diminution drastique des insectes semblent être une piste plausible.

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Quelles sont belles ! Un couple de chevêches d'Athéna (Athene noctua Scopoli) s'est installé dans le gros creux d'un vieille arbre, juste en face de l'une des fenêtres de la maison. Quel bonheur de les observer mais aussi quelle surprise, d'autant plus quand on sait qu'une chouette hulotte (Strix aluco) occupe le grenier de la grange. L'ayant vue la toute première, nous pensions ne pas voir d'autre rapaces, ceux-ci ayant du mal à s'entendre en règle général.

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Force est de constater que nous nous trompions, Dans le trou, un adulte montre le haut de sa tête tandis que l'autre monte la garde. Au moindre passage d'un vélo ou d'une voiture en contrebas, tout le monde saute dans le nid. Je dois vous faire une confidence, la chevêche d'Athéna est l'un de mes oiseaux préférés, au point de figurer sur ma carte de visite. Ce n'est pas à cause de son nom et de sa symbolique, celle-ci étant la compagne et messagère de la déesse de la guerre et de la sagesse, Athéna, mais pour ses magnifiques yeux dorés et sa drôle d'allure.

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Pesticides, disparitions des vieux arbres et des haies, ce sont là quelques uns des éléments expliquant son déclin. Aujourd'hui la petite chouette connaît un peu de répit avec des populations stables qui semble-t-il, commencent à nouveau à décroître depuis 2-3 ans. Pourtant elle n'est pas sans charme, en plus d'être une bonne chasseresse. Son régime alimentaire se compose essentiellement d'insecte mais elle n'est pas contre le fait de becter une ou deux lézards et ne rechigne pas à planter mettre à son menu des mésanges ou des rainettes arboricoles.

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Départ pour le lac du Bourget, qui n'est pas très loin. C'est l'occasion de filer dans la réserve naturelle qui se trouve au sud de l'étendue. Là bas, une grande diversité d'oiseaux s'offre à nous. Les nettes rousses (Netta rufina), se plaisent à barboter en eau plus ou moins profonde profonde en bordure de roselière pour chercher leur nourriture. Elles peuvent plonger jusqu'à 4 mètres pendant une courte durée, ce qui les classent dans la famille des canards plongeurs. La femelle se différencie du mâle par ses couleurs ternes et discrètes qui la protège des prédateurs pendant la couvaison. Son partenaire pour sa part affiche une tête flamboyante.

La nidification se fait au sol, dans un nid parfois fait de boues et de végétaux, parfois volé à une autre espèce de canard, qu'il soit colvert ou un fuligule. Les oeufs mettent un peu moins d'un mois à éclore. Les petits nidifuges quittent directement le nid et mettrons 80 et 100 jours pour être complètement autonomes.

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C'est un oiseau migrateur dont le gros de la population européenne se retrouve en Espagne à l'arrivé des grands froids de l'hiver où 200 000 nettes rousses peuvent se réunnir d'un seul bloc. Cependant on peut en rencontrer un bon nombre sur les grandes étendues d'eau dont Miribel Jonage dans le Rhône. En France, des nidifications sont observées dans la Dombes et en Camargues ou des hivernages sont aussi observés.

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La grande aigrette (Ardea alba) est un magnifique oiseau. C'est le plus grand de nos hérons métropolitains et se reconnaît à son plumage blanc et son long bec jeune. Présente sur l'intégralité du globe hormis le Groéland, elle affectionne une grande variabilité de milieux comme les bords de mer, les rives de fleuves et les grands lacs où elle se nourrie de poissons, d'amphibiens, de crustacés et d'autres arthropodes aquatiques. 

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Dans les herbiers inondés, deux espèces de sarcelles se tiennent compagnie, permettant une comparaison fort intéressante entre elles, d'autant plus qu'il s'agit ici de canards aux comportements particuliers. Au centre, une sarcelle d'été mâle (Spatula querquedula) reconnaissable à son grand sourcil blanc. C'est un oiseau migrateur, le seul parmi les canards européens, qui revient d'Afrique Saharienne dès février pour nicher au mois de mai même s'il favorise que très peu les milieux humides d'Europe occidentale. De part et d'autre de celui-ci, deux mâles de sarcelles d'hiver (Anas crecca) à la tête verte et rousse. Il s'agit du plus petit anatidé d'eau douce de nos contrées dont la nidification intervient entre avril et juin. Sarcelles d'été et d'hiver partagent le même régime alimentaire, au menu on compte des algues et des petits organismes tels des insectes et de crustacés, toujours en eau peu profonde ce qui en fait des canards de surface.

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Retour sur l'exploitation agricole. Une mer de nuages nous assaille sur le chemin. C'est le bon moment pour se rendre au lac en contrebas, dans une ambiance tamisée de fin de journée pluvieuse. Outre le castor d'Europe comme résident à l'année, de nombreuses espèces végétales peuvent y demeurent.

DSC09833Les pulmonaires (Pulmonaria sp.) sont bien difficiles à identifier et parfois, il faut attendre les feuillages d'été pour les nommer correctement. Elles appartiennent à la famille des Boraginacées, celle des primevères et des consoudes.

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Le nom de pulmonaire est hérité de la théorie des signatures, voulant qu'une plante, une roche ou un animal soignent un organe ou une maladie leur étant similaire. Ici les tâches blanches des feuilles font écho à celles présentes dans les poumons dans les cas de peste ou de pneumonie. Il n'en fallait pas plus pour faire le lien entre maladies thoraciques et les pulmonaires, l'une d'elle portant même le nom de pulmonaire officinale (Pulmonaria officinalis). Dans les faits, bien qu'expétorante et adoucissante, elle n'a jamais pu guérir des maux portés par des maladies terribles comme celles cités plus haut. Une autre légende chrétienne veut que les tâches blanches du feuillage soient le fruit de gouttes de laits tombée du sein de la Vierge Marie l'allaitant son fils. De quoi allimenter le mythe.

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Comme de nombreuses plantes de cette famille, les fleurs ont la particularité de changer de couleurs après fécondation. D'abords rouge-rosé, les pétales tirent peu à peu vers le violine. C'est un moyen pour la pulmonaire d'indiquer qu'elle a était fécondée et qu'il n'est plus nécessaire de la visiter, celle-ci étant vide de nectar. En somme une co-évolution permettant aux deux partis de ne se rencontrer que quand cela leur est utile.

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L'ail des ours (Allium ursinum) est à la mode, et nombreux sont ceux à courir les bois pour en faire la cueillette. Nous nous n'y échappons pas. C'est une plante de sous-bois frais et des bords de ruisseaux, sur les sols de nature basique (souvent calcaire), humides et riches en nutriments, le plus souvent ombragés. Ce jour là la récolte est bonne, nous avons de quoi en faire des confis, des pestos, des vinaigres et des feuilles séchées.

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Prudence toute fois, de nombreuses plantes jeunes et arrivées à maturité peuvent se confondre aisément avec l'ail des ours. Jeunes plants d'arums, muguets ... on ne compte plus les cas d'empoisonnements plus ou moins graves, certains se terminant parfois mal. Autant être sûr de ce que l'on fait et de ce que l'on met dans son panier.

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D'autant plus que parmi les feuilles d'ail des ours, pousse des centaines de scilles à deux feuilles (Scilla bifolia) et que toutes deux partagent le même milieu. Frêle, l'étoile bleue comme on la nomme, appartient à la famille des asperges d'après les dernières études phylogénétiques. Pour autant on ne serait la mettre à sa table, celle-ci n'étant pas comestible.

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C'est une espèce qui n'est pas si courante en forêt, protégée dans plusieurs régions et département comme en Aquitaine, autant favoriser les prises photos plutôt que les bouquets, les fleurs ne vivant qu'un jour ou deux en vase. Cela serait aussi priver de nombreux insectes de son nectar mais aussi de sa délicieuse odeur de propolis et de miel, sans oublier les fourmis qui, avec d'autres insectes, en transporte les graines. Elle est également typique de certains milieux, en particulier des chênaies de chênes pédonculés et les chênaies-charmaies au sol de nature calcaire.

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Sur les premiers chatons de saule, un paon du jour (Aglzis io) prend le soleil. Ici c'est un adulte qui a passé l'hiver sur sa forme de papillon (imago) et qui prend ses forces avant de partir en parade pour permettre à la prochaine génération de voir le jour. Chez ces papillons, deux à trois générations peuvent voir le jour, une seule s'ils se trouvent en montagne, les conditions étant bien moins clémentes avec un ensoleillement plus court. Tout cela n'est pas favorable à la principale source de nourriture de sa chenille, les orties qui bien que résistantes, ne se développent pas ou peu sous le manteau neigeux et dans le froid.

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La bonne vieille ortie dioïque ou grande ortie (Urtica dioica), celle que l'on aime dans les soupes et les gratins, un peu moins dans les jardins et les bords de chemin bien qu'elle soit essentielle à la vie de bien d'animaux. Outres les très nombreuses espèces de chenilles dont elle est l'hôte, elle abrite aussi des coléoptères, des punaises ou encore des pucerons. Toute cette faune se nourrie de ses feuilles et tiges riches en protéines. C'est une plante à tout faire, on en tire de quoi faire des cordes, du tissus, de purin, de fertilisant et de s'en nourrir. Dans ce dernier cas on favorisera les jeunes pousses et les feuilles d'avant floraison, la plante étant riche en cystolithes quand elle est en fleurs, composants pouvant entraîner des problèmes urinaires. On prendra aussi garde en cas de traitement médical, certaines prises de médicaments étant incompatibles avec sa consommation.

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De jeunes tramètes (Trametes sp.) se développent sur les restes d'un arbre mort. Il pourrait s'agir de tramètes versicolores (Trametes versicolor), un champignon de la famille des polypores qui est est plus que commune et se trouve un peu partout dans les forêts comportant des feuillus.

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Pour le reconnaître, on prendra le soin de regarder sa marge noir et la variation de couleurs qu'il présente, dessinant dans le temps de jolies bandes colorées allant du marron au bleu-grisé en passant par le roux, le jaune et le vert. Cependant pour une identification sûr, l'observation de la sporée reste la meilleure chose à faire. Ce champignon appartient aussi à la famille des pourritures blanches, élément incontournable pour l'assimillation par la forêt de la matière organique morte si essentielle aux végétaux qui l'a compose. Des champignons, nous n'en verrons pas d'autres hélas, moi qui comptait tant en ajouter de nouveaux à mon tableau de chasse, avec un vague espoir de croiser ça et là quelques morilles printanières cachées dans l'ai ldes ours.

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Soudain, deux silhouettes sombres fendent le ciel avec pour fond les montagnes enneigées. Il s'agit de hérons cendrés (Ardea cinerea) se dirigeant vers la héronnière. Rassemblés là, une dizaine d'individus s'affairent à fabriquer ou réparer leur nid à l'aide de branchages collectés dans la ripisylve toute proche. La saison des amours est là, les couples parades et se forme et bientôt 3 à 5 oeufs bleu-vert viendront se nicher entre les brindilles.

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Un petit carnet, outil indispensable pour noter toutes nos observations. Depuis nous sommes passés à la versio numérique grâce à l'application Naturalist, version pour téléphone du site Faune-Rhône au combien précieux pour les naturalistes et les ornithologues passionnés.

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Nous quittons à regret les paysages de montagne pour retourner aux plaines du Rhône, non sans faire le plein de produits locaux : miel de forêt, confitures de casseilles, de cassis et de groseilles, vinaigre d'ail des ours, crème de cassis, vin de noix ... les ventres, les yeux et les esprits partent remplis. Un dernier regard vers le lac, la roselière et les bosquets de noisetiers abritant quelques troglodytes mignons, rouges gorges et mésanges charbonnières. Les semaines à venir s'annoncent fort chargées, et ces quelques jours d'escapade en Savoie sont une bouffée d'air frais dans le tumulte qu'est notre quotidien d'urbain.

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samedi 3 novembre 2018

Sortie en montagne 24.

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Au sommet du Pilat

Dans le précédent article, nous nous étions aventurés à son pied en explorant le Pet du Loup. Cette fois-ci c'est au sommet que nous nous attaquons. Le Pilat appartient au Massif Central et se caractérise par la nature acide de son sol et de sa roche mère. De ce fait, la flore que je vous présente dans ce billet et qui en est caractéristique fait son apparition pour la première fois sur le blog.  Cela change quelque peu des espèces que j'ai l'habitude de mettre en lumière dans les "Sorties Montagne", et tiens au fait que cet été nous avons beaucoup visité le massif de la Chartreuse qui lui est de nature calcaire, ce qui favorise les végétaux adaptés aux substrats neutres ou légèrement basiques. Toute fois, on trouve dans l'humus des sapinières cartusiennes et à leurs abords des plantes communes aux deux massifs. Pour en revenir à notre montagne, il faut savoir qu'elle détonne par les climats dominants qui s'y trouvent et qui là aussi, permettent de rencontrer des espèces peu communes dans mes explorations alpines. Si les hauteurs sont animées par un climat montagnard balayé par les vents, la face Ouest est à tendance continentale et celle située à l'Est, à influence méditerranéenne. Autant le dire tout de suite, niveau milieux et habitats, ça détonne. L'agriculture s'est appuyée sur cette spécificité pour se développer. Pastoralisme sur les sommets, sylviculture sur les froides pentes de l'Ouest, viticulture, arboriculture et cultures maraîchères à l'Est, là où le soleil tape le plus fort et où les températures sont les plus douces.

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Pas évident le genre qu'est celui des ronces (Rubus). En botanique on se plaît souvent à dire qu'il y a une espèce de ronce par forêt et je pense de même. Certes on peut aisément différencier la ronce bleue (Rubus caesius) de la ronce à poils glanduleux (Rubus glandulosus) mais de là à pouvoir à mon petit niveau décrire toute la gamme des ronciers, il y a un gouffre. Cependant une chose reste immuable : le plaisir que procure la récolte et la dégustation des fruits qui tâchent tant et colorent les doigts de pourpre.

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Les humains ne sont pas les seuls à aimer ces petites baies sucrées. Merles noirs, muscardins, renards roux ou encore grives musiciennes, c'est un grand nombre d'espèces qui se nourrissent de la ronce. Ces feuilles en particulier font le bonheur  des phasmes et des chenilles comme celles du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi) que j'ai pu présenter il y a quelques jours et qui portent le nom très évocateur d'anneau du Diable. La ronce est très présente dans l'imaginaire collectif, on al retrouve même dans les Disney. Par exemple dans la Belle au bois dormant, elle forme des entraves impénétrables autour du château de la terrible sorcière. Cependant, on ne saurait oublier son rôle bénéfique. Couvrant de son ombre les jeunes plantules des arbres, c'est elle bien souvent qui permet à la forêt de prendre naissance.

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Qu'elles sont belles les dernières campanules (Campanula) de l'année. Elles se distinguent des autres plantes par leurs fleurs bleues à cinq pétales à demi-soudés. Leur nom scientifique Campanula vient du même mot médiéval qui désigne une petite cloche, du fait de leur forme de clochette. Cela explique pourquoi elles sont rattachées à de nombreuses légendes, surtout en Italie, où il est question de clochers et de sonneurs de verpes.

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Connaissez-vous l'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea subsp. vitis-idaea), l'un des plus célèbres pisse-mémé qu'il soit avec le pissenlit ? J'ai fait l'erreur de la confondre au premier abords avec le raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) que l'on nomme bousserole et qui tout aussi diurétique.

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La distinction se fait entre autre, à partir des feuilles dont les bords sont couverts de petits poils. L'airelle rouge s'étant sur une grande aire géographique, on l'a rencontre aussi bien dans des zones arctiques que tempérées et est présente en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. En France elle se plaît dans les collines et massifs acides mais reste rare dans certaines régions comme les Pyrénnées, les Voges et la Normandie (ce ne sont pas les seules). De manière assez générale, elle se plaît sur les sols pauvres, strictement acides et de mi-ombre. De ce fait les tourbières et les flancs des montagnes schisteuses lui conviennent très bien. 

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Bien que très tentante, la récolte de l'airelle rouge ne se fait pas de manière libre et fort heureusement. Certains départements et régions ont mis en place un calendrier et une réglementation visant à préserver les populations de cet arbrisseau qui se fait de plus en plus rare dans les étages collinéens. Un ramassage abusif, l'utilisation d'outils et de techniques inadaptées et le piétinement des plans figurent parmi les causes de sa diminution.

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Côté cuisine, les airelles sont consommées crues en salade et en jus mais aussi infusées. Cuites elles entrent dans la composition de confitures, de sauces pour le gibier et de compotés. Elles peuvent également être distillées pour donner une très bonne eau de vie. Dans l'usage médicinal populaire, le fruit est utilisé pour régler les problèmes de vessie mais aussi utérins. On emploie également à ces fins la teinture mère que l'on tire des feuilles ou de la plante entière, ce qui ne va pas sans impacter les peuplements. C'est également une espèce associée aux maux typiques de ce que l'on appel la vieillerie, du fait de son utilisation pour les problèmes intestinaux et digestifs, les faiblesses osseuses et les défaillances des tissus sanguins comme ceux entourant le coeur.

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Voici un bref aperçu du sommet des Crêtes dominé par la callune commune (Calluna vulgaris). Elle fait bien souvent le bonheur des apiculteurs qui en tirent un délicieux miel. Ici elle compose une partie des pâturages et il arrive régulièrement aux moutons d'en grignoter les jeunes sommités ce qui a pour effet de rajeunir les pieds. À l'instar de certains champignons comme le bolet bai (Imleria badia), elle a la capacité de concentrer certains métaux lourds mais aussi des éléments radioactifs. Pour la petite histoire et l'aspect légendaire, on peut partir du côté de la Bretagne, connue pour ses paysages qui se composent de landes à callune et où, il était de tradition de raconter que la plante jouait un rôle protecteur en chassant les fantômes et les mauvais esprits.

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Une simple sauterelle ? Pas si sûr ! L'identification des orthoptères n'est pas aussi aisée qu'on pourrait le croire. Avec 17 genres et bine plus d'espèces, c'est à la bonne votre pour donner un nom à celle-ci. Cependant on trouve de très bons outils comme cette clé de détermination pour y parvenir.

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Après une petite recherche, il semblerait qu'il s'agisse ici de la dectique verrucivore (Decticus verrucivorus verrucivorus) appelée aussi sauterelle à sabre et qui se trouve, dans le cas présent, dans sa forme verte. Le sobriquet de "verrucivore" viendrait d'une ancienne pratique utilisant cette sauterelle pour se débarrasser des verrues en les faisant mordre par l'insecte puis en les couvrant du suc que celui-ci produit. C'est une espèce appréciant les mosaïques d'habitats, en particulier l'alternance de végétation dense et les zones nues comme les sentiers, les pierriers et les aires d'herbes rases que favorise le pastoralisme même si cette espèce supporte très mal cette pratique. L'individu peu farouche présent sur la photographie est posté sur un myrtiller (Vaccinium myrtillus), une espèces qui accompagne souvent l'airelle rouge et la callune, du fait que ces plantes aient des besoins similaires et appartiennent à la même famille, celle des éricacées.

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Actuellement présente un peu partout en Europe, la dectique verrucivore est en forte régression. En Grande Bretagne elle est même en voie d'extinction et fait l'objet de mesures de protection importantes depuis les années 1990. La disparition de son habitat est l'une des premières causes de l'effondrement de sa population, bien que l'espèce soit ubiquiste (très "adaptable") en se nourrissant aussi bien d'insectes, de larves ou de végétaux. 

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Un couvert de myrtillers, de lichens, et callunes et d'herbes hautes, cela ne va pas sans rappeler les grandes étendues de la Scandinavie avec laquelle notre pays partage bien plus d'espèces végétales qu'on ne le croit, du fait de conditions climatiques similaire entre cette région du monde et une partie de nos montagnes. Néanmoins on ne trouvera au Pilat ni ours, ni boeufs musqués et encore moins de rennes.

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Parmi les gros mammifères qui peuplent les lieux et qui se nourrissent de la végétation locale, on peut citer le chevreuil qui est plutôt forestier mais surtout, les vaches et les moutons qui chaque année montent en estive pour assurer le maintient du milieu. Sans cette intervention les paysages du Pilat seraient bien différents et pour une partie, beaucoup plus forestiers. C'est dans cet environnement que l'on peut aisément apercevoir le renard roux (Vulupes vulupes) tout occupé à se nourrir des fruits de saison. Il reviendra aux premières neiges muloter les rongeurs imprudents réfugiés sous l'épaisse couche de neige.

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Les vents soufflent terriblement fort. Les poacées en sont les premières victimes et finissent par céder face à leur force en se couchant par endroit. Le paysage prend alors des aires de parc américain et on s'attendrait presque à voir débouler un troupeau de bisons (Bison bison) au galop ou d'antilopes américaines (Antilocapra americana).

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Le sommet cumule à 1431 mètres d'altitude et est le point le plus élevé du Crêt de la Perdrix. De là il est possible d'observe la plaine rhodanienne, de voir Vienne, Givor, Saint Etienne, un bout de Lyon et paraît-il, le Mont Ventoux, mais c'est avant tout la vue sur le Rhône qui nous saisie. 

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Une autre des caractéristiques du Mont Pilat réside dans l'abondance de chirats. Typiques du versant nord, ils sont peu nombreux. Ils sont apparus à la toute dernière glaciation et sont le fruit de l'éclatement des roches granitiques sous l'effet du gel. Ils forment un habitat rare, composé de mousses et de lichens, où les reptiles viennent prendre leur bain de soleil. C'est un endroit rêvé pour les herpétologues à la recherche de lézards et de serpents. Emblématiques du territoire, ils figurent  sur le logo du parc régional naturel. D'autres formations géologiques présentent également des pierriers de cette nature, notamment en Ardèche, dans le Puy de Dôme et semble-t-il, au Granier en Savoie (ils sont à dissocier des récents éboulements).

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Je vous en parlais en début d'article, voici la chenille du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi). N'est-elle pas magnifique ? Polyphage, elle se nourrit de feuilles de ronces mais aussi de celles des bruyères et de la callune entre autre. Autant dire que dans la lande elle est tel un coq en pâte. Elle est aussi l'hôte de nombreux parasites, en particulier des larves de certaines guêpes solitaires qui se développent à l'intérieur de la malheureuse.

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La randonnée se termine au chaud à la Jasserie, lieu historique où il fait bon déguster une tarte à la myrtille et un thé. Il faudra désormais attendre le retour des beaux jours, la fonte de la neige qui commence à s'installer et les vacances pour identifier la multitude d'espèces qui composent la végétation du Pilat comme l'alisier blanc, le sorbier des oiseleurs, les genêts, le pin des montagnes, le hêtre, les chênes pubescents et bien sûr les orchidées.

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mercredi 3 octobre 2018

Sortie en montagne 23.

DSC00208LE CHARMANT SOM
sous le soleil de fin d'été

 

La fin d'été est là, elle marque le sommet du Charmant Som. Bien installés à l'auberge, nous dégustons une délicieuse tarte aux myrtilles, tout en ayant les jumelles collées sur les yeux. Deux vautours fauves (Gyps fulvus) tournoyent dans les nuages au-dessus de nous, autant vous dire ma joie. Aussi vite aperçus, aussi vite disparus. Qu'à cela ne tienne, un grand vol de chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) gravite autour de la terrasse, dans l'optique de profiter des restes de repas des promeneurs attablés face au paysage sous de grands parasols. Cependant, ils ne seraient prendre la place aux nombreux coqs et poules qui évoluent librement entre nos pieds et qui, rapides comme l'éclair, se saisissent de la moindre miette tombée au sol. Ainsi va la vie là haut. C'est le moment de faire les provisions à la formagerie. Les fromages d'estives que l'on y trouve sont directement produits sur place et le lait vient du troupeau qui broutte les pentes du sommet. Celui-ci est issu de la traite qui se fait depuis la fermette dans la quelle se trouve l'auberge, autant dire que l'on ne peut pas faire plus direct. Chaque soir, c'est le même spectacle : les tarines entrent une à une dans la salle de traite, autant dire un vrai défilé qui attire les badauds car il faut se le dire, du monde il y en a. Le parking est prit d'assaut tout comme le bas côté de la route, si bien qu'il en devient difficile de croiser un autre véhicule. Même au pied de la montagne, les places se font rares pour accéder au circuit de 6 kilomètres qui permet d'atteindre les alpages. Prions pour la faune, la flore et les milieux que cet afflux diminue rapidement.

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Les millepertuis (Hypericum) sont connus pour leurs composés médicinaux. Cependant, seules quelques espèces sont utilisées dans la pharmacopée. Leur usage doit être très encadré, du fait de leur pouvoir inhibiteur sur certains traitements médicaux, en particulier dans tout ce qui touche à la contraception, à certains cancers et au VIH. Il peut également modifier les effets des médicaments employés pour soigner les troubles dépressifs. En interne, il est utilisé pour lutter contre les dépressions légères mais ne doit jamais être pris en automédication, de ce fait on préfère l'utiliser en externe en huile pour lutter efficacement contre les coups de soleil et les problèmes de peau grâce à l'hypéricine contenue dans le végétal. Cependant, les parties frictionnées avec la préparation ne doivent pas être exposées au soleil au risque de provoquer des brûlures sévères. Comme toujours, la médecine par les plantes est avant tout une affaire de médecins et de professionnels.

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Sur le sentier, nous tombons sur un cairn qui fait écho à la Pinéa en arrière plan, un sommet de Chartreuse culminant à 1771 mètres d'altitude et qui fait le bonheur des randonneurs. Composé des pierres du chemin, on peut voir sur certaines d'entre-elles de remarquables fossiles de coquillages et de passages de vers dans ce qui vu jadis le fond marin. Sous l'effet de la gélification, causée par le froid, le vent et de l'eau, les blocs se fissurent et finissent par se disloquer en milliers de morceaux qui font tout autant de souvenirs pour les promeneurs.

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La vue du sommet est superbe, en contre-bas de nous se dessine la Grande Chartreuse et son célèbre monastère. En famille pour l'occasion, nous sommes plus que bien équipés. Le ciel se fait désespérément vide, faute au caniard qui tape depuis des semaines sur la roche blanche et qui ne semble pas vouloir cesser.

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Vide le ciel ? Pas tant que cela. Les chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) tournoient inlassablement. Ces corvidés sont des opportunistes qui ont appris à vivre avec l'homme et é tirer profit de son mode de vie.

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Restes de pique-nique, déchets, sucreries abandonnées ... ce sont tout autant d'occasions pour ces oiseaux de se nourrir, au prix de leur santé. Leur régime alimentaire habituel se compose de petits insectes et de gastéropodes qu'ils capturent dans les pelouses alpines et parmi les rochers. Ils peuvent également se nourrir de carcasses de micro-mammifères (campagnols, souris et mulots) si l'occasion se présente à eux. Vivant en colonie, les couples se forment au printemps. La nidification se fait alors en solitaire pour les parents qui élèvent 3 à 6 poussins dans un nid massif fait de branchages et lové dans les crevasses des falaises et plus rarement, sous le toit des maisons alpines.

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La crapaudine (Sideris hyssopifolia) est aussi nommé thé des Alpes tout comme la dryade à huit pétales et l'épilobe à feuilles étroite ce qui ne va pas sans entraîner des confusion. C'est une plante protégée dont la récolte se limite à une poignée et uniquement pour l'usage personnel.

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C'est une espèce typique des pelouses calcaires et des éboulis de montagne, entre 1500 et 1800 mètres d'altitude pour ce qui concerne la Chartreuse. De ce fait on ne la rencontre que très sporadiquement dans le Massif Central, le gros des population étant dans les Pyrénées et surtout, dans les Alpes. Elle entre dans la composition de liqueurs et de délicieuses infusions dont nous nous régalons le soir devant le feu et qui pour l'occasion, a fait le bonheur de toute la famille, surtout après avoir bien marché sous le soleil brûlant. Son goût et son prafum dégagent des notes d'herbe séchée et de fleurs ces champs qu ise marient très bien avec une bonen cuillère le miel posée au fond du verre ou de la tasse pour les plus gourmands.

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Les alchémilles tiennent leur nom des alchimistes des lumières dont la plante symbolisait l'imagination débordante. Selon la légende, l'eau de la rosé perlant sur leurs feuilles auraient été utilisée pour chercher en vain la recette de la pierre philosophale. Ici il pourrait s'agir de l'alchémille des Alpes ( Alchemilla alpina).

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Voici deux espèces emblématiques de l'apage. À gauche l'euphraise casse lunette (Euphrasia rostkoviana) dont l'usage populaire voudrait qu'elle soigne les infections oculaires, les myopies et les troubles temporaires de la vision. À droite, la gentiane champêtre (Gentianella campestris) qui se différencie de la gentiane d'Allemagne (Gentianella germanica) par le nombre de ses pétales : 4 pour elle, 5 pour sa cousine germanique.

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L'aconite tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) se reconnaît au casque jaune que forme sa fleur. Bien mal averti celui qui aurait l'idée d'en cueillir quelques brins pour l'infusion du soir ou d'en garnir un dessert, la plante est dangereuse et pas qu'un peu.

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Ce n'est pas pour rien qu'elle se nomme tue-loup. Elle était employée jadis pour empoisonner à l'aide d'appâts infusés de ses feuilles les animaux dits nuisibles. Loups mais aussi renards, chats, martres et furets ont été nombreux à en être victime et pour cause, la belle est l'une des plantes si ce n'est la plante la plus toxique d'Europe. Cependant, elle n'est pas la seule à tirer son nom de sa funeste réputation. On retrouve le même phénomène linguistique chez le raisin du renard (Paris quadrifolia) dont l'usage était similaire. La morelle noire (Solanum nigrum), comestible si bien mûre, porte quand à elle le surnom de raisin du loup.

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Les oeillets de Montpellier (Dianthus monspessulanus) parsèment les prairies rases et font écho aux dryades à huit pétales (Dryas octopetala) dont les akènes au duvet blanc s'apprêtent à prendre leur envol. Toutes deux ont pour commun de porter des noms glorieux. Les oeillets se nomment Dianthus, ce qui signifie plante de Zeus/des dieux et les dryades tirent directement leur nom des nymphes arbres nommées pareillement.

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La carline acaule (Carlina acaulis) est une espèce protégée. De la famille de ce qui est souvent nommé "chardons", elle en diffère par son genre, les Carlina. Il est encore de tradition dans accrocher séchées (fleurs et feuilles comprises) sur les portes des chalets comme indicateur météo. Au moindre signe d'humidité, les feuilles et le coeur se referment sur eux même. Le mécanisme est similaire chez les cônes des conifères avec leurs écailles.

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Les montagnes de Chartreuse sont constituées en grande partie de calcaire. Elles sont les traces d'une période vieille de plusieurs millions d'années. À l'époque, une mer quasi-tropicale couvre presque l'intégralité de l'hexagone.

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La région est alors une immense étendue d'eau salée où évolue une faune extrêmement variée. Des micro-organismes côtoient des reptiles marins aux allures de dauphins mais aussi, de nombreux arthropodes à la coquille faite de calcium. À la mort de ceux-ci, leur corps se dépose sur le fond marin. À force de superposition, de l'action des courant et du temps, la pression exercée finie par transformer en une couche de calcaire les carapaces et restes de ces créatures. Celle-ci est dite fossilifère  alors car on y retrouve systématiquement des reliques d'animaux datant du temps des dinosaures. Puis le climat change, la mer se retire et la terre bouge sous l'action des plaques tectoniques, donnant naissance aux monts que nous connaissons et plaçant le plancher océanique à plus de 1800 mètres d'altitude, laissant alors place nette aux glaciers et aux forêts que nous connaissons aujourd'hui.

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L'heure avance, il est déjà 17 heures, les tarines ont entamé leur voyage journalier vers l'étable pour la traite. Matin et soir elles se pressent pour la récolte de lait. Celui-ci est transformé directement sur place.

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Parmi les produits vendus en direct, des fromages d'estive, de la crèmes, des fromages blancs mais aussi du miel d'alpage et de la confiture de myrtille. Que des produits du terroir que nous nous sommes empressés d'emporter chez nous. Il n'y a pas à dire, c'est toujours meilleur quand ça vient de là où ça a été produit. Nous arrêterons là pour cette journée. La forte affluence, les cris des promeneurs, les fortes chaleurs et l'herbes jaunie sont tout autant de causes qui auront fait que les chamois et bouquetins auront été les grands absents de cette randonnée. Qu'importe, nous sommes en famille et là est l'essentiel. Partager un bon repas, l'effort de la monté, l'odeur du foin de montagne et l'extase que procure ces paysages suffit à notre bonheur. Nous reviendrons à l'automne, quand la nature se fait silencieuse et que les grandes migrations battent leur plein.

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vendredi 28 septembre 2018

Sortie en forêt 78.

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Nous voilà de retour au col des mille martyrs, en hommage aux dix milles martyrs romains chrétiens n'ayant pas voulu abjurer leur religion. Le fond de l'air est frais, cependant le sol est sec, ce qui ne permet pas à la fonge d'être aussi développée que nous l'espérions. 

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La forêt est timide, le chant des oiseaux discret, mais la ballade n'en est pas moins belle. Paysages sublimes, lumière tamisée filtrant à travers les branches des conifères, montagnes dans les nuages et myriade de baies sauvages le long des chemins nous attendent. La fin de l'été a déjà un doux parfum d'automne. C'est le moment de jouer à la sorcière, de courir dans les bois, de ramasser les pommes au jardin, les courges dans le potager avec les dernières framboises gorgées de soleil, d'attraper les grappes de raisin à pleine main et de dire adieu définitivement aux vacances. C'est le temps des vendanges, des fruits, des champignons, des feuilles mortes, celui de vivre au rythme des jours qui raccourcissent.

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J'adore marcher dans la pénombre des bois. L'atmosphère y est toute particulière. L'humidité ambiante invite à la prudence, celle-ci étant propice à la sortie des amphibiens forestiers. Crapauds, grenouilles et salamandres font partis de ces animaux se faufilant parmi les feuilles mortes et que l'on peut croiser pendant les pluies d'été, pendant la recherche des cèpes ou juste après une averse éclaire, de celles qui surprennent le promeneur.

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Cependant nous ne sommes pas bredouillent. Les lépiotes élevées (Macrolepiota procera) sont de la partie. De forte stature, seul le chapeau est à prélevé. L'avantage de cette espèce, outre le fait qu'elle remplit rapidement le panier et qu'elle soit esthétique, est sa comestibilité.

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Si on prend soin de bien la cuire comme l'usage le recommande, ce champignon nommé également Coulemelle s'avère délicieux. Frit, grillé au barbecue, sauté à la crème ou en soupe, il peut se manger à toutes les sauces. On prendra cependant garde à son lieu de récolte, du fait qu'il soit un très bon bio-accumulateur. De ce fait, il est employé dans les analyses de sols pour déterminer leur teneur en agents chimiques polluants. Pour la trouver rien de plus simple, il suffit de s'aventurer dans les prairies, les bois clairs et les lisières riches en matière organique à décomposée. Attention cependant, des espèces semblables de lépiotes s'avères mortelles, autant bien connaître ses critères de détermination avant la récolte.

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Surprise, quelques girolles améthystes (Cantharellus amethysteus) nous attendent sagement dans la mousse, au milieu d'une forêt mixte composée de sapins blancs (Abies alba) et de hêtres communs (Fagus sylvatica) et dont les feuilles s'entassent déjà au sol. La sécheresse semble être passée par là, les specimens sont petits, craquelés et peu nombreux. Il faudra se monter patient avant la prochaine sortie pour mettre la main dessus.

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Dans une éclaircie, un petit buisson de callune commune (Calluna vulgaris) apparaît. l'espèce indique la présence d'un sol acide. Elle est l'hôte de nombreuses espèces d'insectes, en particulier de leur larve comme on le voit parfois avec la chenille du très beau petit paon de nuit (Saturnia pavonia).

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Ici elle indique la présence d'une tourbière, qui plus est ombrogène. Cependant elle a bien du mal à faire face à l'avancée de la fougère aigle (Pteridium aquilinum) qui peuple le lieu qui, en espèce pionnière, tend à le refermer, suivis bien souvent par les boulots blancs, hôte principal d'un champignon que j'affectionne tout particulièrement, l'amanite tue-mouche (Amanita muscaria). Pour en revenir à la callune, c'est une plante aux mille vertus, étant une très bonne mellifère, servant autrefois dans l'éllaboration des bières mais aussi, comme plante magique associée à la protection (notamment contre les fantômes).

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La récolte avance. Les mûres sont de saison. Nous les adorons. En salade, en sirop, en infusion, en confiture ... il y tellement de façon de les mettre en valeurs que nous nous privons d'en récolter une poignée dès que nous croisons un bosquet de ronces. Riches en vitamines, elles sont idéales pour affronter le froid.

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Instant de liberté face à la Grande Sûre dont la cime est plongée dans les nuages. Nous sommes dans une prairie à vaches surplombant Saint Laurent du Pont et sa vallée. L'herbe verte cache des merveilles dont un rond de sorcières de rosés des prés (Agaricus campestris). Hélas pour nous, nous arrivons un peu trop tard.

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Dans une partie pentue du bois, composé essentiellement de sapins blancs et où la lumière pénètre sans difficulté, nous faisons une jolie découverte. Il semblerait qu'il s'agisse d'une mâchoire de renard roux (Vulpes vulpes). Il faut se le dire, le renard à mauvaise presse. On le tire désormais de nuit dans certains départements. Dans la plupart, on le déterre, on l'enfume, on l'empoisonne, on le piège.

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C'est vrai que le goupil aime chaparder les poulets et les canards, et les dégâts ne sont pas sans conséquences dans les grands élevages de pleine. Est-ce pourtant autant la peine de le traquer partout ? Dans certaines vallées agricoles, on comprend désormais son rôle. Dans celle de la Valdaine, il est interdit de le chassé, afin de limiter les populations de campagnols qui dévastent les cultures. Plus de renards, moins de campagnols, la logique est simple mais encore dure à faire entendre, alors que dire de son impacte bénéfique sur la maladie de Lyme, lui qui réduit les populations de rongeurs qui font parties du cycle de ce mal ? Oh bien sûr, on peut parler de l'échinococcose que l'on nomme à tort maladie du renard et qu'il véhicule via ses déjections (et non son urine comme on l'entend souvent) mais cela ne concerne que 10 à 15 personnes par an et les vecteurs principaux en son le chien et le chat, autant dire que si l'argument était vraiment d'importance, nos compagnons auraient du soucis à ce faire. Quand à la rage, cela fait belle lurette qu'elle n'est plus présente sur le territoire français. Alors, si on laissait le renard roux un peu tranquille, histoire que les écosystèmes fonctionnent par eux mêmes et soient encore plus bénéfiques qu'ils ne le sont à l'agriculture ?

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Sur une souche, dans un boisement dense, nous tombons sur une multitude de carpophores (parties aériennes d'un champignon) de polypores soufrés (Laetiporus sulphureus). Pas plus simple à reconnaître que celui-ci : un chapeau marginé de blanc, des pores jaunes et absence du pied. Il n'y a pas à dire, en forêt il n'y en a pas deux comme lui.

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Aux Etats-Unis et au Canada, ce champignon est très recherché et est communément nommé "poulet des bois" en raison de sa chaire et de son goût proche de la volaille. Cependant, il faut bien l'appréter, la cuisson pouvant le rendre sec et filandreux. Pour ma part je le transforme en nuggets après un rapide blanchissement ou, je le découpe en fines lanière que je fais en fricassée dans de l'huile d'olive, de l'oignon, de l'ail et surtout, avec beaucoup de fromage de pays. Attention toute fois, les champignons nord-américains bien que très semblablent aux notres sont différents, aussi bien sur le plan de la biologie que de la comestibilité, d'autant plus que cette espèce ne convient pas aux estomacs sensibles. Les individus poussant sur des conifères (cette espèce appréciant également les feuillus), seraient plus indigestes. Mieux vaut lors d'une première dégustation le goûter en petite quantité.

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Dîner du soir. Au programme oeufs poêlés, chapeaux de lépiotes élevées revenus à l'huile d'olive, fricassée de polypores soufrés et gnocchi et infusion au mûres forestières. De quoi se régaler avec la récolte de notre promenade, il nous aura fallu un peu moins de 2 heures en forêt pour trouver de quoi confectionner notre repas.

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Sur le chemin, nous croisons pas moins de treize chevreuils (Capreolus capreolus). Chevrettes avec leurs faons de l'année, jeunes mâles en pleine forme ou petits groupes broutant dans les prairies enherbées, c'est notre jour de chance et pour cause, c'est le meilleur moment de la journée pour les observer. En effet, la lumière tombante, la fraîcheur amenée par la petite pluie du matin et le faible flux des voitures et promeneurs incitent les animaux à sortir du bois pour s'alimenter. Faute de prédateurs, leur population s'est accrue rapidement dans le secteur, présentant quelques problèmes pour le peuplement, en particulier sur les question de consanguinité et de maladies selon certains. Bien que chassée, en l'état des choses seule une prédation naturelle semble envisageable pour enrayer la dégradation génétique de l'espèce à l'échelle locale.

La nuit commence à tomber, il est temps de retourner chez soi pour s'atteler à la préparation du repas, et plus globalement, de la fin de l'été. Changement de contrat, même poste, je m'épanouie dans ma nouvelle filière : l'agriculture. Cependant, il me tarde de retourner à mes premiers amours : l'éducation à l'environnement. Qui sait ? d'ici quelques temps, peut être me croiserez vous au détour d'un bosquet, avec tout un groupe en quête de nature à découvrir. En attendant, il me reste à enfiler mes chaussures de randonnée et à vous dire à bientôt.

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vendredi 17 août 2018

Sortie en forêt 77.

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Il y a bien trop de monde sur les plages. Les grands lacs que sont Aiguebelette et Paladru sont pris d'assaut. Il est temps d'aller dans nos coins secrets en forêt pour trouver un peu de fraîcheur. Aux portes de la Chartreuse, une cascade discrète alimentée par l'Aigueblanche nous sert de terrain de jeu le temps d'une soirée.

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Le sureau de montagne (Sambucus racemosa) est bientôt à point. Ses baies se consomment en confiture ou en gelée une fois débarrassées de leurs graines qui sont riches en hétérosides cyanogènes. On les mêle souvent à d'autres fruits en raison de leur teneur en pectine qui permet une gélification rapide des préparations.  

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Depuis une éclaircie dans la forêt, il est possible d'observer Saint Laurent du Pont, du nom du Saint romain martyr, ainsi que la vallée du Guiers Mort dans la quelle cette petite ville de campagne se trouve. Elle est récente au regard de l'histoire géologique de la région, la vallée étant un lac lacustre jusqu'au début du Moyen Âge. Cependant, l'occuppation du site sur ses hauteurs est bien plus ancienne. Des reliques paléolithiques mais surtout gallo-romaines ont pu être exhumées. Des pierres taillées aux pièces en argent, en passant par l'hospice pour croisés lépreux et les dolmens allobrogènes, c'est un site historique où bien des secrets restent à être levés.

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Dans le sous-bois de la forêt mixte où se mêlent les sapins blancs et les hêtres, quelques traces laissées par un charmant oiseau ne trompent pas. Les lieux sont habités par la chouette hulotte (Strix aluco). Commune, son hululement lui a valu son nom de chat-huant. C'est une très bonne chasseresse qui permet la régulation des populations de micro-mammifères. Elle a pour habitude de régurgiter ses proies sous forme de pelotes de rejection qui s'identifient à leur taille mais aussi à la présence d'ossements, en particulier de crânes, en bon état.

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L'herbe aux sorcières (Circaea lutetiana) porte aussi le nom de Circée de Paris, en hommage à la sorcière Circé de l'Odyssé d'Homère. Il paraîtrait qu'Hermès porta à Ulysse quelques brins de cette plante comme antidote aux potions de la magicienne pour ne pas finir comme ses camarades en porcs. Son nom scientifique "lutetiana" fait pour sa part écho à la ville de Lutèce, qui de nos jours se nomme Paris. Appelée de la sorte dans de nombreux pays d'Europe, la Circée de Paris est souvent associée à la figure de la plante maléfique bien qu'elle soit que peu toxique. Dans certaines régions elle est nommée en patois "herbe aux sourciers" du fait qu'elle pousse de préférence dans les milieux riches en matière organique, humides et ombragés. 

Riche en tanins, on lui connaît dans la tradition populaire un usage médicinal, en particulier pour le soin des plaies et pour la bonne cicatrisation de celles-ci. Cependant, c'est sur les muqueuses qu'elle a de véritables effets, par sa nature de plante astringente. Fortement attachée au folklore européen, elle porte encore bien des surnoms comme ceux d'enchanteresse en patois français, de Gewöhnliches Hexenkraut en allemand (Herbe aux sorcières commune), de Enchanter's Nightshade en anglais (Morelle de l'enchanteur), de Erba-maga en italien (Sorcière commune) ou encore de Groot Heksenkruid en norvégien (Grande sorcière). Bien que présente de manière abondante sur presque tout le territoire français métropolitain, elle est intégralement protégée en région PACA du fait qu'elle y trouve plus rarement les conditions favorables à son développement, celle-ci n'aimant pas la salinité et les sols rocheux de la côte.

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Autre plante forte de notre folklore, la fougère aigle (Pteridium aquilinum). Son nom tiendrait au fait que tranchée, la moelle de sa tige laisse apparaître une tête d'aigle. Pour ma part je n'ai jamais rien vu de la sorte. Plante protectrice, on pensait que la brûler attirait la pluie en période de sécheresse et chassait les serpents des étables, ces derniers et plus particulièrement les vipères étant accusés de venir boir le lait aux pis des vaches.

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La saison des papillons noctures et forestiers bas son plein. Au sol, une aile d'un de ces lépidoptères (soit Catocala nupta nommée "la mariée", soit Catocala elocata nommée "la déplacée" à la vue des motifs et des couleurs), sans doute happé en vol par un oiseau ou une chauve-souris forestière, les chiroptères adorant croquer les gros papillons nocturnes.

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À savoir, à 2,25 kilomètres de là se trouve le clocher de l'église de Merlas. Celui-ci abrite une importante population de petits rhinolophes (Rhinolophus hipposideros), une espèce de chauve-souris devenue extrêmement rare en raison des pollutions lumineuses et agricoles qui ont mené à la disparition de leur habitat et de leurs proies. En période d'hibernation ou en repos, ce rhinolophe s'enroule dans ces grandes ailes et prend la forme d'une minuscule goutte, celui-ci ne dépassant pas les 7 grammes. Il mange de nombreux insectes qu'il chasse à la cimes des arbres, dans les bois, en lisière et dans les marais. Pouvant manger en une nuit plus d'une centaine de moustiques, il se tourne aussi vers les papillons nocturnes au vol plutôt lent et les araignées.

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Pas ou peu de champignons poussent en cette période de sécheresse, quelques satyres puants (Phallus impudicus) sortent ça et là pour le plus grand plaisir des mouches qu'ils attirent avec leur délicieuse odeur de cadavre. Je l'accorde, il y a plus romantique, de ce fait nous retournons dans l'eau jusuqu'au prochaine article.

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