dimanche 19 janvier 2020

Sortie en forêt 80.

 

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La Nature en proximité de ville

Qui aurait cru, en allant se promener sur les hauts de Brignais, tomber sur un si joli coin. Pas moi en tout cas qui, errant dans la zone commerciale en attendant que mon auto soit retapée à neuf, fût pris de l'envie d'explorer la colline boisée qui se dressait au loin. Je ne regrette pas cette pointe de curiosité qui m'a traversé l'esprit. Me voilà l'un des bois du plateau des Hautes-Barolles. Oiseaux, champignons, arbustes et arbres, tout est passé au crible. Malgré quelques gouttes de pluies, la faune est au rendez-vous et se montre peu farouche. De quoi patienter au point d'en oublier de retourner en ville. Les pigeons ramiers (Columba  palumbus) y sont nombreux. Appelés palombes dans le sud, ce sont des oiseaux affiliés aux arbres à la différence de son cousin urbain le pigeon biset (Columba livia). On les reconnaît à leur grande taille et à leur poitrail rose.

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C'est un deuxième printemps. Les fleurs d'automne sortent leurs pétales pour profiter du moindre rayon du soleil. Les cyclamens à feuilles de lierre (Cyclamen hederifolium) est d'origine méditerranéenne et s'est naturalisé sur large partie de la France, contrairement à l'oxalis petite oseille (Oxalis acetosella). Celle-ci, ressemblant au trèfle sans en être, est indigène au département du Rhône et ne fleurira pour sa part qu'au début du printemps.

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Dans un robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) d'une grande propriété clôturée, un grimpereau des jardins (Certhia brachydactyla) s'adonne à sa toilette. Pesant quelques grammes (8 à 12 gr), cet insectivore explore sans relâche les troncs aux nombreuses aspérités et les crevasses des écorces à l'aide de son long bec légèrement incurvé et ses grands doigts. Le meilleur moyen de le différencier du grimpereau des bois (Certhia familiaris) est son chant, très différent entre les deux espèces qui morphologiquement, se distinguent par une tâche claire sur l'aile légèrement plus grande chez le grimpereau des bois.

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Beaucoup d'autres passereaux tirent profit des arbres. Les moineaux domestiques (Passer domesticus) en font partis. Si dans l'imaginaire ils sont associés à la ville, on oublie trop souvent que se sont aussi des oiseaux des campagnes.

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Il aura fallu moins de 30 ans pour voir cette espèce s'effondrer. Moins 70% des moineaux ont disparu, que ce soit en ville ou en milieu rural. La disparition des insectes et des habitats est ciblée mais il semblerait que d'autres causes nous étant encore inconnues seraient aussi responsables de cette disparition programmée. À contrario, les moineaux domestiques introduits en Afrique et en Amérique du nord se portent mieux que jamais, au risque de causer des dégâts sur la faune locale, notamment dans la compétition qui animent les oiseaux pour avoir les meilleurs sites de nidification. Rien de très réjouissant pour nos compagnes qui deviennent de plus en plus silencieuses.

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Les petits passereaux savent toujours où trouver de la nourriture quand les insectes se font rares, pour peu qu'on laisse les haies. L'églantier sauvage (Rosa canina) donne des fruits sucrés, le fusain d'Europe (Euonymus europaeus) des graines dorées toxiques pour l'Homme, le pourpier maraîcher (Portulaca oleracea) des graines noires et des feuilles délicieuses en salade et les cotonéasters (Cotoneaster sp.), des fruits farineux.

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Restons à la lisière de la forêt. Un rouge-gorge famillier (Erithacus rubecula) s'égosille pendant qu'un petit groupe de pinsons des arbres (Fringilla coelebs) explore un vieux verger. Si on traduit son nom scientifique de "coelebs", on tombe sur le terme "célibataire". Celui-ci fait référence au fait que les mâles et les femelles font pendant l'hiver bande à part, formant chacun de leur côté des vols comportant parfois plus de 200 oiseaux.

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Cachés dans la prairie, environ 50 chardonnerets élégants (Carduelis carduelis) cherchent de quoi se nourrir. Avec leurs couleurs chatoyantes et leurs petits cris, on ne peut pas les louper. Figurant sur la liste rouge des espèces menacées en France, il souffre de la disparition des pairies à chardon et du braconnage. Apprécié pour son plumage et son caractère docile, il est souvent braconné pour finir tristement comme animal domestique.

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Plusieurs espèces de lépiotes se croisent dans la forêt du plateau des Hautes-Barolles. Dans celle-ci, on trouve des comestibles et des toxiques voire mortelles. Les plus grandes portent même le nom de macrolépiotes en référence à leur dimensions. C'est bien souvent un casse-tête pouvoir toutes les nommer tant elles sont similaires. Stipe, anneau, chapeau, chinure du pied ... ce sont quelques uns des éléments à observer attentivement.

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La lépiote fuligineuse (Macrolepiota fuliginosa) agite souvent les passions. Cousine de la coulemelle, elle est appréciée pour sa chaire douce rougissant à la coupe. Elle se trouve le plus souvent dans les pâtures sur les sols bien drainés mais aussi dans les lisières de bois pour peu qu'elles légèrement humides. Ses dizaines et dizaines de noms patois indique que c'est un champignon ayant eu une place importante à table dans les campagnes.

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La lépiote déguenillée de Bohème (Chlorophyllum brunneum) nommée aussi lépiote des jardins se reconnaît à ses grandes écailles rougies qui parsèment son chapeau. Son large chapeau, son pied rougi et son odeur fruitée sont quelques éléments dans son identification.

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On la trouve tout au long de l'été et de l'automne, en particulier après les pluies abondantes, ce qui en fait un champignon que l'on retrouve régulièrement à la table pour peu que l'on sache le reconnaître. En effet, elle est parfois confondue avec des espèces plus petites aux écailles rougies et pouvant s'acérer toxiques voire mortelles. Comme pour toutes les lépiotes, le pied est à rejeter, celui-ci étant fibreux, rêche et indigeste. Chez cette espèce, il se montre trapu, une autre caractéristique dans l'identification de ce genre complexe. On la trouve dans un grand nombre de milieux : bois, parcs, clairières, jardins, les pieds de haies, les bords de route ou les fossés n'en sont que quelques uns.

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Les jeunes chapeaux en forme de boule peuvent être farcis puis cuits aua four. Plus vieux, ils peuvent être pannés pour finir dans un hamburger à la place d'un steak, dans une omelette aux herbes, dans un gratin de fromage, dans un poatge forestier ou encore, comme cordon bleu en remplaçant  la viande et en étant garnis de comté. 

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Il n'y a pas que des lépiotes comestibles dans le bois. La lépiote en bouclier jaunissante (Lepiota ochraceosulfurescens, un des rares cas où le nom latin semble plus simple que le nom commun), aime pousser à l'automne au pied des conifères. Ici, c'est dans un tapis de mousse surplombé de cèdres qu'elle s'épanouie.

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Poussant souvent en rond de sorcières, elle dégage une odeur de caoutchouc. Les individus jeunes et frais prennent une teinte jaune ce qui lui vaut son nom. Pendant longtemps, elle a été considérée comme une sous-espèce de la lépiote en bouclier (Lepiota clypeolaria) sous le nom de Lepiota clypeolaria var. minor. Bien que toute adorable qu'elle soit, elle reste toxique. En règle général, il est déconseillé de consommer les petites lépiotes pour éviter tout accident. Celle-ci mesurant moins de 10 centimètres, elle ne devrait pas tenter les mycophages avertis.

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C'est la première fois que je croise le crucibule lisse (Crucibulum laeve), un champignon appartenant à la famille des "nids d'oiseaux" et saprophyte, se plaisant aussi bien dans les forêts de conifères que de feuillus. Les "oeufs" contenu à l'intérieur de celui-ci sont éjectés aux premières gouttes de pluie. Ils contiennent des millions de spores qui seront ainsi dispersés dans la nature et pourront à leur tour fructifier entre août et octobre.

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Les vesses et les bovistes (Lycoperdaceae) sont des champignons en forme d'autres qui a maturité dégagent, sur la pression des éléments, des spores. Au sommet du carpophore apparaît une perforation qui les laissent s'échapper en grand nuage. On prendra garde à ne pas le respirer, celui-ci pouvant être néfaste pour les voies respiratoires. Drôlerie linguistique, le nom commun de vesse de loup signifie en patois "pet odorant de loup".

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Un clitocybe géotrope (Clitocybe geotropa) défraîchit par la pluie fait le bonheur des limaces. Ce grand et gros champignon au goût peu prononcé est apprécié dans les poêlées automnales. Abondants et poussant en rond de sorcière, il est toujours plaisant de le trouver jeune pour agrémenter un panier un peu vide, l'hiver s'approchant et les espèces fongiques étant de moins en moins nombreuses en forêt, la faute à l'arrivée du gel.

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Cette année, j'ai pu redécouvrir le clitocybe odorant (Clitocybe odora) en cuisine. Très parfumé, ce champignon bleu pastel à l'odeur et au goût d'anis détonne dans le sous-bois. En vieillissant il prend des teintes gris-verdâtre. C'est là que son caractère odorant est le plus exalté. Le pied fibreux est souvent rejeté. On peut lire qu'il est recommandé dans ajouté un ou deux dans une poêlé pour son goût, mais je dois avouer en mettre bien plus.

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On peut pousser m'expérience culinaire encore plus loin en le transformant en glace. Émincés finement, mélangés à un appareil d'oeufs battus, de sucres et de lait chaud puis filtrés au chinois, les champignons se retrouvent au congélateur. Pour les plus gourmands on peut ajouter une gousse de vanille pour donner une pointe d'exostisme à cette préparation pleine de surprise. Les plus téméraires expérimente cette crème glacée en entrée ou entre-met.

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Courte sortie du bois. Une dizaine de corbeau freux (Corvus frugilegus) accompagnés de choucas des tours (Coloeus monedula) inspectent un pré où quelques vaches pâtures. Rien ne leur échappe, aussi bien les mouches voltant autour des bouses fraîches comme les derniers criquets de l'année qui, dérangés par les pas lourds des bovins. Mal-aimés, j'adore croiser ces corvidés à la grande intelligence qui sont fascinants à observer.

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Arrêtons nous sur les arbres morts. Sur une vieille souche, une colonie d'armillaires couleur de miel (Armillaria mellea) s'épannouie. Longtemps consommé, cet armillaire est aujourd'hui présenté comme une espèce à risque.

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Il est plus prudent de consommer les jeunes individus se présentant sous forme de boutons, c'est à dire au chapeau à peine ouvert. Plus la colonie vieillie, et plus le risque qu'une bactérie toxique s'installe sur elle est grand. On peut l'observe facilement, celle-ci formant une poudre blanche sur les chapeaux. Outre ce fait, il s'avère indigeste chez certaines personnes, pouvant conduire à des problèmes gastro-intestinaux. C'est aussi un parasite qui s'attaque aux arbres, en particulier au niveau des racines et du collet du tronc. Noyers, vignes, fruitiers ... peut d'arbres lui échappent, on le rencontre même épisodiquement sur les conifères sous l'écorce des quels il forme des filaments noirs. Poussant à l'automne, c'est un des champignons le plus commun à cette saison.

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Beaucoup plus rare, voici l'hypholome à lames enfumées (Hypholoma capnoides). On le reconnaît à son chapeau jaune orangé, à son pied ocre, à son reste de cortine brun-violacé et à ses lames grisées quand il vieillit.

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On le trouve le plus souvent sur les racines, les branches et les souches des arbres morts, en particulier des conifères, se nourrissant du bois en décomposition. Il pousse presque toute l'année, du début du printemps à la fin de l'automne. Bien que sa chair soit douce mais peu consistante, il reste un très piètre comestible, dont le risque de confusion avec l'hypholome en touffe (Hypholoma fasciculare) est grand, ce dernier étant suspecté d'être toxique et d'entraîner des troubles gastro-intestinaux importants. Beaucoup plus abondant (jusqu'à 50% de la masse fongique des forêts), son goût amer et sa mauvaise odeur auront vite fait de passer l'envie de le croquer aux plus téméraires.

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Trop tard, trop haut, je n'aurai pas le plaisir de déguster ces langues de boeufs (Fistulina  hepatica), champignons à l'aspect et à la texture de la viande. Tranchés, ils laissent voir une chair rouge nervurée de blanc comme pourrait l'être celle d'un steak ou une entrecôte veinés de gras.

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Le chapeau rouge lie de vin possède une fine cuticule visqueuse que l'on retire pour le cuisiner. Les tubes sont crèmes avant de devenir plus sombres avec l'âge. On peut manger la langue de boeuf crue ou cuite, essentiellement quand elle est jeune. En shashimi, en ragoût, poêlée ou en tartare, elle offre une large palette de saveurs. Épaisse de 2 à 6 centimètres et d'une circonférence de 10 à 60 centimètres, un seul individu suffit souvent à remplir une poële. Nous reviendrons plusieurs fois pendant l'année 2020 visiter le chêne où pousse ce champignon, celui-ci étant fidèle à son arbre hôte et fructufiant souvent.

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Les coprins et les mycènes se développent parfois sur les vieilles souches. Il leur faudra 10 à 20 ans pour qu'ils finissent par assimiler celle-ci intégralement. Ils créent ainsi un milieu propice au développement des larves de coléoptères et autres insectes se nourrissant du bois mort. Lucanes, rhinocéros et autres bestioles rares ont un cycle de vie dépendant intégralement d'eux et de leur capacité à dégrader les liaisons carbonées du bois.

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On parle alors de lignivores, c'est à dire d'organismes décomposeurs capables de briser et consommer la grande molécule que forme la lignine, principal composant du bois. C'est dans celle-ci que se trouve la cellulose, un glucide rechercher par de nombreux lignivores pour se nourrir. On peut aussi parler d'espèces saproxyliques, c'est à dire qui possède un cycle de vie lié de près ou de loin à la décomposition du bois mort.

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Près des fossés humides, des fougères mâles (Dryopteris filix-mas) s'épanouissent. Elles portent le nom de mâles car il était d'usage de croire, avant l'arrivée de la classification et de la compréhension de la reproduction des ptéridophytes, que les fougères portaient des fleurs. On racontait que ces dernières apparaissaient les soirs de pleine lune et que de les posséder rendaient riches et invisible à souhait pendant une année.

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La géastre sessile (Geastrum fimbriatum) appartient à la famille des champignons étoiles, du fait que 5 à 8 lanières blanches entourent le sac brun contenant les spores. Elles sont les reliques de l'épaisse enveloppe protégeant le champignon quand il se trouve sous terre.

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Proche des vesses de loups et autres bovistes, sa reproduction reste la même : c'est par la perforation de la poche contenant les spores que l'espèce peut se disperser. On la rencontre de préférence à l'été et à l'automne, aussi bien dans les feuilles mortes et les aiguilles, dans les bois comme dans les parcs. Il semblerait qu'elle ait une nette préférence pour les forêts d'épicéas communs (Picea abies) où elle se rencontre toute l'année. Classée comme comestible sans intérêt à non comestible, la faible épaisseur de sa chair et l'imangabilité de ses spores invitent à la laisser dans la nature plutôt que dans l'assiette.

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En ressortant de la forêt, nous tombons sur quelques espèces typiques des lisières. Ici, il s'agit du fusain d'Europe (Euonymus europaeus), aux capsules roses et aux baies oranges dorées. Toxiques pour les humains, elles font le bonheur des oiseaux qui trouvent là une source de protéine importante pour passer l'hiver qui s'annonce rude.

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Autre arbuste de saison, le prunelier commun  (Prunus spinosa) aux prunelles âpres qui deviennent délicieuses aux premières gelées arrivées. En confiture, en confit ou en liqueurs, les usages sont multiples. On nomme aussi cet arbuste épine noire, en opposition à l'épine blanche que sont les aubépines (Crataegus), les deux ayant en commun d'avoir de longues épines. Résistant, le prunelier peut supporter des températures proches du -20°C, les neiges prolongées, les sécheresses et les épisodes de stress hydrique tout au long de l'année. Espèce pionnière de pleine lumière, il ne supporte pas la concurence avec d'autres espèces pouvant lui faire de l'ombre.

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La lisière est un milieu riche, on parle même d'écotone, c'est à dire de la rencontre entre deux écosystèmes. La faune et la flore s'y avèrent très riche. La haie est un milieu similaire de même importance, pour peu que l'on prenne soin de planter des espèces locales, diverses et offrant aussi bien des fleurs, des fruits et un feuillage dense pour que les espèces animales puissent y trouver leur compte, aussi bien pour se nourrir que pour nicher.

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Voici l'un des paniers récoltés dans le bois. Des champignons, des baies et des herbes sauvages, de quoi faire un repas sur le vif, des pots et conserves pour se faire plaisir jusqu'à la fin de l'hiver. Les champignons étant des polluo-capteurs et étant difficiles à assimiler, il est recommandé d'en manger, peu de fois pendant le mois et pour la plupart des espèces, bien cuits pour éviter tout risque d'intoxication ou de dégradation cellulaire.

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Fin de l'escapade, retour au garagge dans la zone industrielle. Sur le chemin, surprise, me voilà face à des pleurotes en forme d'huître (Pleurotus ostreatus). Cultivées un peu partout dans le monde, on les trouve dans pratiquement tous les commerces agro-alimentaires.

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C'est pendant l'automne et l'hiver qu'on peut récolter ces pleurotes en milieu naturel, de préférence sur les feuillus blessés ou tombés au sol. On les reconnaît à leur chapeau qui varie du gris souris au violacé et leur stipe d'exacé. Ici les champignons ont été trouvés dans le sol, poussant sans doute sur une branche ensevelie dans la terre. On les cuisine souvent en accompagnement ou mêlés à d'autres espèces. On les consommera jeunes, les vieux exemplaires devenant rapidement véreux, la chair élastique et le pied devenant coriace. Pour ma part je l'adore cuisiné en fines lamelles avec de la crème et des épices.

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Voici ce que je pense être un hygrophore blanc de neige (Hygrocybe virginea), rencontré sur un rond point. Ce petit champignon blanc de quelques centimètres est réputé comestible. Il peut se confondre avec d'autres espèces proches visuellement mais mortelles. Autant jouer la prudence et ne pas le mettre au menu. On le trouve essentielle met dans les pelouses, en particulier des parcs, les lisières aérées et parfois dans les bois clairsemés.

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Ce n'est pourtant pas la saison, mais les orchidées sont déjà sur le pied de guerre. L'orchis bouc (Himantoglossum hircinum) ne sera en fleurs que d'ici avril-mai, mais déjà leurs feuilles commencent à pointer le bout de leur nez sur les pelouses sèches. À la belle saison, elles déploieront une hampe florale pouvant avoisiner un mètre et dont inflorescences dégagent une douce odeur de chèvre. Pour la peine elles ne volent par leur nom.

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Pour clore cette belle sortie, je tombe et ajoute à mon panier quelques pholiotes du peuplier (Agrocybe aegerita). Le chapeau brun-roux, la marge blanche et le stipe clair à gros anneau ne laisse que peu de doutes dans leur identification.

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Excellents comestibles, elles dégagent un parfum puissant et varié, allant de la farine à la vinasse en passant par les fruits et le vieux bois. On la récolte tout au long de l'année, même s'il reste rare de la croiser l'hiver. Si c'est sur les souches et les pieds des vieux peupliers qu'elles sont les plus communes, elles s'attachent aussi à d'autres essences, en particulier les saules, les ormes ou encore les sureaux. Il est même possible de les cultiver sur bille de bois sous couvert de terreau ou de fumure avant de les exposer au soleil, afin de provoquer la fructification. Une expérience que j'espère bien expérimenter d'ici quelques années en compagnie d'autres espèces, en particulier les pleurotes, les truffes, les hydnes et les cèpes. De belles perspectives en somme pour qui sait être un peu patient.

Clape de fin, le prochain article sur la forêt ne se ferra pas de si tôt, les zones humides captant toute notre attention, mon coeur balançant régulièrement entre le mycologie et l'ornithologie. Cependant, il n'est pas à exclure que nos pieds nous traînent dans des endroits inattendus, et il se pourrait que je change rapidement d'avis. Une affaire à suivre pour ce début d'année 2020 pour laquelle j'ai de grands projets.

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samedi 11 janvier 2020

Sortie dans les marais 18 : retour en Dombe.

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Nous revoilà une fois de plus dans l'Ain, et plus particulièrement dans la Dombe, à moins d'une heure de chez nous. La plupart des oiseaux inféodés à l'eau et migrateurs sont partis, à l'instar de la cigogne noire qui a fait battre si fort notre coeur il y a quelques semaines lors d'une rencontre fantastique. Mieux encore, les busards sont toujours aussi présents et nous en observons un bon nombre pour notre plus grand bonheur, non sans avoir une pensée triste pour ces oiseaux qui ont souffert cette année encore dans le Rhône du manque de nourriture entraîné par la sécheresse. La nidification s'est avérée catastrophique et sans l'effort d'un groupe de passionnés pour suivre la nidification, il est fort à parier qu'il n'en resterait pratiquement plus dans le département à l'heure où j'écris ses lignes. Au premier plan de l'étang éphémère où se masse tous les canards fuyants les fusils et trouvant refuge sur cette zone protégée, les tiges sèches de cardères sauvages (Dipsacus fullonum) rappellent que l'automne s'est durablement installé.

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À vrai dire, tous les migrateurs ne sont pas vraiment partis. Quelques cigognes blanches (Ciconia ciconia) restent fidèles à la Dombe, fidélité entretenue par l'évolution des températures, la proximité du parc des oiseaux où certains individus faibles trouvent refuges et par l'abondance de nourriture dans les étangs qui ne gèlent que très rarement.

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Trois individus tournent dans les airs, tirent profit des courants thermiques. Ce sont des planeurs que l'on observent que rarement battre des ailes pour faire de longues distances. Ne s'élevant pas haut dans le ciel, il a fort à parier qu'elles sont à la recherche d'une aire de nourrissage propice à répondre à leurs appétits et surtout à leur régime alimentaire. Celui-ci se compose d'animaux aquatiques tels que des grenouilles, des escargots, des mollusques, de petits poissons mais aussi des insectes des prairies comme les criquets voire des petits mammifères comme des campagnols et des mulots mais aussi des reptiles tels des lézards et des couleuvres.

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Dans les saules qui nous servent de cachette, les passereaux se font la guerre. Courses poursuites et acrobaties dantesques, ce sont là quelques unes des techniques utilisées par les oiseaux pour s'assurer la suprématie sur les rares sources de nourriture, à savoir les bourgeons et les rares insectes présents. Parmi les espèces observée, on peu citer la mésange bleue (Cyanistes caeruleus), connue pour être une féroce compétitrice.

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Soudain, tous le monde quitte le marais effarouchés. Le responsable ? Le busard des roseaux (Circus aeruginosus) qui survole les sarcelles et les canards pilets à la recherche d'un repas. S'il est considéré comme commun, il est reste très localisé, en raison de son habitat qui se raréfie. Côté régime alimentaire, il cible les oiseaux jeunes, malades ou affaiblis en particulier en cette période de l'année difficile pour l'avifaune. 

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À la tombée de la nuit, les busards des roseaux se réunissent en sécurité dans le même dortoir. Celui-ci se trouve le plus souvent dans la rosselière d'un marais, plus rarement dans une forêt alluviale au bord d'un lac, d'une rivière ou d'un fleuve. Ce sont des oiseaux au vol rapide, plus de 50 km/heure, planant au ras de la végétation et piquant brusquement dès qu'ils détectent leur proie. Outre les oiseaux aquatiques, ils peuvent aussi se saisir d'amphibiens, de petits mammifères, d'insectes, de reptiles ou encore d'oeufs. Cette diversification de leur alimentation leur permet de faire face aux épisodes de sécheresse qui deviennent récurrents ces dernières années et qui expliquent son déclin avec l'urbanisation galopante, l'écobuage des friches et la chasse. Fait étonnant, ce busard est connu pour se saisir des proies toujours avec la patte gauche.

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Un autre rapace s'est installé dans le secteur. Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus) est un animal ubiquiste, c'est à dire capable de s'adapter à une grande variété de milieux. Celui-ci, un mâle, fait du surplace pour attraper l'une de ses proies favorites, le campagnol. Cette technique de chasse est parfois nommée le " vol en Saint Esprit"/ Energivore, elle permet à l'oiseau de repérer sa proie sans avoir besoin de poste d'affût. On la retrouve chez d'autres rapaces comme la buse ou la bondrée apivore mais reste plus rarement employée.

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Casse-croûte au bord de la route. La faim nous tenaille. Nous nous posons face aux éttends, toujours cachés par une haie de saules et d'aulnes afin de ne pas faire prendre la fuite. Là encore nous ne sommes pas seuls. Dans les arbres, de nombreux passereaux s'agitent dans les branches.

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Parmi eux, le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula), dont la gorge est plus orangée que rouge. Deux individus se mènent une guerre sans relâche sous nos yeux. Hors période de reproduction, mâles comme femelles sont extrêmement territoriaux et se poursuivent en poussant de nombreux cris. À cette période de l'année, ce sont avant tout des oiseaux issus du nord de l'Europe que l'on observe, ceux présents l'été et les jeunes préfèrent descendre du côté de l'Espagne pour passer l'hiver. On peut ainsi au fil de l'année, voir passer jusqu'à 4 ou 5 rouge-gorges différents dans son jardin sans jamais s'en apercevoir.

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Quelques gouttes de pluie, le retour du busard des roseaux, deux voitures arrêtées sur le bas côté à quelques mettre des oiseaux ... il n'en faut pas plus pour que la plupart des canards mettent les voiles et partent à 200 mètres de là, sur un autre étang protégé un peu plus les oiseaux des curieux. Seul alors le train brise leur quiétude pendant un bref instant. Nous ne nous éternisons pas, un autre spot attirant toute notre convoitise à cette heure.

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Nous arrivons au grand étang. Seulement voilà, il est à sec. Nous n'observons alors qu'un petit ruisseau qui traverse l'étandu de bout. Cela ne déplaît pas pour autant aux oiseaux, et bien que nous ne croisons pas de limicoles, nous sommes heureux de voir cachés dans notre observatoire quelques oies sauvages. Il s'agit d'oies cendrées (Anser anser), ancêtre de certaines de nos oiseaux domestiques. Cependant elles sont surtout connues pour sa chasse polémique et les nombreuses démarches de la fédération française de chasse qui demande l'autorisation par dérogation de pouvoir tirer ces animaux en dehors des dates imposées, à savoir pendant la période de migration de ces oies, quand elles retournent affaiblis et fragiles dans le grand Nord. Une hécatombe annoncée pour leur population européenne qui, pour le moment, est déjouée par des défenseurs tenaces de l'environnement et de la biodiversité et par le soutient des instances européennes.

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Les grands échassiers sont de la partie. Les hérons cendrés (Ardea cinerea) sont nombreux à profiter des poissons pris au piège dans ce faible cours d'eau, accompagnés de grands cormoran (Phalacrocorax carbo), leur pêche semble bonne. Leurs pattes hautes leurs permettent de remuer la vase afin de faire fuir les poissons et de les attraper avec leur bec en forme de dague. Ils les utilisent aussi comme véritable tour de guet.

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La grande aigrette (Adrea alba) est aussi de la partie. C'esr un oiseau pouvant atteindre pas moins de d'un mètre dix de haut et ayant un régime alimentaire similaire à celui des autres grands hérons : poissons, grenouilles, insectes, rougeurs et petits reptiles y figurent.

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Très cosmopolite, on peut la confondre sous nos latitudes avec l'aigrette garzette (Egretta garzetta), plus petite et au bec noir. La grande aigrette aime les zones humides pour peu qu'elle y trouve des arbres où elle peut reposer et nicher à l'abri des prédateurs car bien que grande, elle ne fait pas le poid face à un hiboux grand duc (Bubo bubo) ou à un renard roux (Vulupes vulupes) déterminé. Au compteur, elle ne cumule que 1 à 1,5 kilo pour les plus gros individus, autant dire qu'il n'y a pas de quoi effrayer les carnassiers du coin. Ses effectifs sont stables mais restent menacés par l'activité humaine, en particulier l'asséchement et l'exploitation agricole des zones humides ainsi que les installations de loisirs en bord de lac et de rivière.

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Que serait une sortie sans champignons ? Nous voilà les mains dans l'herbe à récolter quelques marasmes des Oréades (Marasmius oreades) appelés aussi mousserons ou faux-mousserons. Les Oréades sont des nymphes des montagnes et des grottes nées de la mortelle Niobé et du Titan Hécatéros. Les marasmes sont une famille de champignons dont le nom du latin Marasmos "désséchement" pour leurs capacité à sécher naturellement.

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Sur notre chemin, nous tombons sur de grands alignements de clitocybes géotropes (Clitocybe geotropa) un champignon de belle taille et comestible à la saveur peut prononcée. Nous en récoltons quelques jeunes exemplaires pour le repas du soir qu is'annonce somptueux.

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On rejette son pied fibreux au profit de son large chapeau. Indicateur d'un sol calcaire et légèrement humide, il se plaît sous les feuillus où il n'est pas rare de le voir pousser en rond de sorcières. Bien qu'il soit commun, il ne se cueille que pendant une courte durée, d'octobre à mi-décembre faisant ainsi de lui l'un des champignons les plus tardifs que l'on peut retrouver dans une poêlée forestière. Si son parfum marqué voire fétide pour certains, il reste bien apprécié du côte du sud-ouest et dans certains pays de l'est de l'Europe. Pour notre part, nous avons apprécié cette récolte en omelette puis en civet végétarien.

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Les mammifères ne sont pas en reste. Nous assistons à une houleuse dispute de ragondins (Myocastor coypus). ┴ peine avons nous le temps de prendre l'appareil photo que le plus petit, vaincu, file à toute allure la queue entre les jambes. En parlant de fuite, non loin de-là, nous croisons un chevreuil (Capreolus capreolus). Discret comme une ombre, sa présence ne nous est indiquée que par un coup de feu, par les cris d'une meute de chien au loin et par sa sihouette se glissant dans la végétation d'une petite île d'un lac privé aux eaux peu profondes.

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Retour sur la métropole lyonnaise. Un groupe de cygnes semble prendre le même chemin que nous. Graciles, le battement de leurs ailes actionnent leur cage thoracique,  leur faisant échapper un râle sonore dans leur envolée. La chasse, la pluie et les journées de travail bien remplis, nous ne retournerons sans doute qu'à l'hiver dans la Dombe pour observer les canards hivernants cherchant un peu de réconfort et de nourriture dans les étangs.

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dimanche 5 janvier 2020

Sortie dans les marais 17 : la cigogne noire.

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Voilà un titre qui laisse peu de suspense. Je pense qu'il s'agit ici de notre plus belel observation de l'année. Nous sommes au coeur de l'automne, il fait gris et il pleut ça et là quelques gouttes. Tout autant de raisons pour partir en direction de la Dombe. Nous avons alors un objectif : observer des tadornes de Belon (Tadorna tadorna), un beau canard coloré au petit gabarit. Sur la route, une couleuvre à collier helvétique (Natrix helvetica), notre première de l'année. Nous nous arrêtons pour la dégager de la route, craignant qu'elle ne se fasse écraser. J'avoue l'avoir dégagé un peu brutalement avec le pied, n'étant vraiment pas en confiance au milieu de cette voie où les conducteurs sont nombreux à frôler les 100 km/h avec leurs bolides. Nous portons les yeux sur les champs alentours. Elles sont là, 21 cigognes blanches (Ciconia ciconia) sont tranquilles dans un prés d'herbes hautes. Elles sont bien connues dans la Dombe, une partie d'entre elles nichant même dans le parc des oiseaux. À l'origine migratrices, elles se sédentarisent de plus en plus sur le territoire.

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Et au milieu de tout cela, la cigogne noire (Ciconia nigra). Rarissime, discrète voire fantomatique, nous n'en revenons pas. Très farouche, nous sommes séparées  d'elle par deux champs, une petite phragmitaie et la route, de quoi mettre une bonne distance entre l'oiseau et nous, ce qui nous permet de bien l'observer avec notre longue vue sans l'incommoder, l'animal étant sensible au dérangement et pouvant abandonner un site si trop fréquenté.

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Plus petite que la cigogne blanche avec 95 à 100 centimètres, on peine à croire qu'elle ne fait que 3 kilos quand on voit qu'elle peut déployer une envergure d'1,55 mètres. Nous avons été fascinés par son plumage qui de loin noir, semble de près métallisé, avec de beaux reflets vert et violets. Son bec, d'ordinaire rouge vif comme le contour de son oeil, semblait sur cet individu très terne, ce qui indique qu'il s'agissait sans doute d'un jeune.

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Habituée aux milieux ofrestiers où elle niche en solitaire, elle reste inféodée aux milieux humides où elle se nourrie d'insectes et d'amphibiens. Ce n'est que pendant les migrations que l'on peut aisément l'observer. Ce n'est que peu voire pas courant de croiser une cigogne noire à cette période de l'année. Peut être faut-il y voir un animal perdu, blessé ou malade ou comme pour les cigognes blanches, un changement de comportement de l'espèce.

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Bien d'autres oiseaux passent dans le ciel tel des grands cormorans (Phalacrocoras carbo) dont les hommes poussés par leurs bêtise ont décidé de légaliser le tir de 11000 d'entre eux. Effet inattendu, la longue vue posée en bord de route à un effet plus que bénéfique. Les fous du volant, pris au dépourvu, y voit l'intervention de la Maréchaussée et appuie sans vergogne sur le frein, nous assurant plsu de sécurité et de tranquillité.

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Ce ne sont pas les seuls échassiers qui nous donne de la joie ce jour là. 49 grues cendrées (Grus grus) se promènent dans un champ immergé. C'est la première fois que nous les voyons ailleurs qu'en Camargue à l'exception d'un vol nocturne au dessus de Vienne et, la première fois que nous pouvons les prendre en photo posées. Elles sont accompagné de 4 autres grands échassiers : la grande aigrette (Ardea alba), le héron cendré (Ardea cinerea), de l'aigrette garzette (Egretta garzetta) et d'une cigogne blanche (Ciconia ciconia) solitaire.

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Derrière nous, un grand étang qui protégé, abrite une multitude d'oiseaux d'eau. La chasse battant son plein, pas moins d'un millier de colverts (Anas platyrhynchos) sont venus trouver refuge dans ce havre de paix. Ils sont accompagnés de sarcelles d'hiver (Anas crecca) ainsi que de canards siffleurs (Mareca penelope) et de canards pilets (Anas acuta) que nous observons avec plaisir pour la première fois.

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Dans les airs, des rapaces nous survolent. Ce ne sont ni des buses ni des crecerelles mais bien des busards des roseaux (Circus aeruginosus). Hormis cet été sur l'île de Ré, nous ne les avons jamais vu de si près et c'est la première fois que nous en apperçevons autant. Atteignant 110 à 130 centimètres d'envergure, il s'attaque aux petits animaux des roselières. Nous l'avons même observé en chasse sur des petits passereaux indéterminés.

Si vous voulez tout savoir, nous avons bien vu nos tardornes de Belon (Tadorna tadorna), accompagnés de canards souchets (Anas clypeata) au bec et aux couleurs si atypiques. Bref, un moment magique qui nous a émerveillé, avec une pointe d'amertume à l'idée qu'une grande partie de ces oiseaux soit tirés bien que vulnérables voire menacés pour certains. De quoi nous démoralisé en rentrant sur la métropole lyonnaise.

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vendredi 27 décembre 2019

L'Isère au fil des saisons.

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Voici un an de sorties en Isère pour l'année 2019. Un an à explorer le jardin familliale, les sous bois, les lacs alentours, les marais et les petites villes de campagnes.

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Un an que je suis heureuse et fière de vous présenter ici. Il n'a pas été facile de choisir les photos ni de sélectionner les meilleures des anecdotes que nous avons pu vivre pendant cette année chargée en émotions. Ne voulant pas un article à rallonge, je m'arrêterai là.

 

L'hiver, la neige et les oiseaux.

Aux portes de la Chartreuse, à plus de 500 mètres d'altitude, il fait parfois froid. En 2014 puis en 2017, nous avons parfois frôlé le -17°C, autant vous dire qu'il faut être bien équipé. Néanmoins la tendance est au redoux et les épisodes neigeux sont de plus en plus rares. Il est à crainte que d'ici moins d'une décennie, il n'y en ait plus.

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Les comtois, chevaux communs dans le coin, abordent un poil épais, celui-ci leur permet de faire face au froid. Ces animaux doux et dociles sont originaires des reliefs escarpés de Franche-Comptée et sont la race la plus commune à l'heure actuelle de cheveaux de traits. Leur origine remonte aux croisements de juments françaises avec des étalons germaniques. Solides, ils étaient utilisés par les chevaliers pendant les joutes.

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Les toits en contre-bas sont tout enneigés. Saint Geoire en Valdaine, village de mon enfance, se drape de blanc. Niché entre l'Isère et la Savoie, sa proximité entre Grenoble et Chambéry lui ouvre les portes des montagnes.

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Il tire son nom de la tradition chrétienne, le terme "Saint Geoire" faisant écho à Georges de Lydda, saint connue pour avoir selon la légende combattu un terrible dragon pour sauver une princesse Libannaise mais aussi, à l'évêque de Saint-Georges-de-Vienne qui mena les affaires religieuses sur le diocèse. Le terme "Valdaine" vient du français "val" désignant une vallée et du savoyard "nans" qui signifie "petit cours d'eau". En sommes la commune porte le nom poétique de "Vallée aux ruisseau de Saint Georges". Cette affiliation à un chasseur de dragons ne va pas sans faire écho au passé glorieux de la Valdaine, avec pas moins de 7 châteaux et maisons fortes qui émaillent le paysage. Parmi ceux-ci, l'ancien couvent qui accueilli pendant des siècles les filles des nobles familles et qui aujourd'hui fait office de mairie et le château de Longpras, une maison forte qui pendant la révolution française abritât les clés des portes de Versailles. Une légende veut même qu'un poulain noir diabolique hanteraient les lieux.

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Remontons sur les collines tant bien que mal, une vingtaine de centimètres de poudreuse étant tombée, nous faisons le chemin aller-retour entre la maison et la boulangerie à pied. Ce sont 2 kilomètres qui nous séparent des baguettes fumantes et de croissants frais du matin, autant vous dire que nous mettons pas longtemps.

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Cachée dans un arbre, une buse variable (Buteo buteo) veille sur une branche. Chassant les petits oiseaux, les lézards, parfois les insectes mais avant tout les micro-mammifères tels que les mulots, les campagnols et les souris, elle peut en cas de mauvais temps comme ce jour là, quand le vent souffle et la neige tombe, se rabattre sur les carcasses d'animaux morts, les vers voire des baies, même si cela reste plutôt rare.

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Avec l'hiver, les arbres se trouvent privés leurs feuilles. C'est alors un de meilleurs moments pour observer les oiseaux sédentaires et en particulier les granivores qui s'approchent des maisons.  À gauche, le verdier d'Europe (Chloris chloris) qui porte si bien son nom avec son plumage vert. À droite, un de mes oiseaux préférés, le pinson du Nord (Fringilla montifringilla), qui quitte les pays du Grand Nord pour nous rejoindre.

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Crise du logement à la mangeoire. Moineaux domestiques, mésanges bleues, mésanges huppées, mésanges noires, mésanges boréales, verdiers d'Europe, chardonnerets élégants, pinsons du nord, pinsons des arbres, sitelles torchepots, accenteur mouchet ... il y a du monde au balcon ! Il est toujours important de rappeler que sur ce type de mangeoires à plateau, il faut nettoyer régulièrement l'aire de nourrissage, les oiseaux marchant sur les graines et pouvant avec leurs pattes et l'humidité, apporter des éléments pathogènes dangereux.

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Problème, les oiseaux ne sont pas seuls dans le jardin. Les chats sont tout aussi présents. Le dilemme est fort. Bien que castrés et nourris, ils font acte de prédation de temps à autre. C'est toujours dur de l'entendre mais les chats sont responsables d'un désastre écologique.

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Australie, îles lointaines, Amérique du Nord, Europe ... tous les continents sont touchés. Introduit par l'Home, on ne peut en vouloir à l'animal de posséder un instinct de prédateur affûté. Cependant on peut s'indigner du comportement de certains propriétaires. Félins non castrés, portées laissées à elles mêmes et donnant des individus farouches et errants ... c'est en partie la reproduction non contrôlée des chats qui explique leur forte expansion et les dégâts importants causés sur la faune, à savoir les petits rongeurs (ce qui ne semble pas émouvoir grand monde) mais aussi les reptiles et les passereaux dont les effectifs sont en chute libre. Le propos n'est pas d'érradiquer les chats, étant une grande amoureuse des petits félins moi-même, mais de changer notre regard et nos comportements liées aux animaux de compagnie.

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La météo annonce du redoux, vite, enfilons les bonnets et jetons nous dans la neige avant qu'elle ne disparaisse. La vieille luge n'est pas habituée à la poudreuse, d'ordinaire le manteau neigeux sur lequel nous glissons est gelé, les glissade se faisant le plus souvent le matin après que les flocons soient tombés toute la nuit. Ce n'est pas grave, nous nous tournons vers un équipement plus moderne pour dévaler les pentes.

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Voilà, le paysage reprend ses teintes grises et mornes. Nous partons pour Grenoble et plus précisément au Bois de la Bâtie nommé aussi Bois Français. Cet ENS (Espace Naturel Sensible) est réputé pour sa faune mais aussi pour la zone de loisir qui se trouve à proximité. Ancien bras mort de la rivière Isère, les étangs qui composent le site sont également connus pour leurs poissons qui attirent les pêcheurs et les oiseaux d'eaux.

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Nous ne croiserons que peu d'espèces. Quelques passereaux, deux cygnes tuberculés (Cygnus olor), un vol de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) et de joyeuses foulques macroules (Fulica atra). Bruyantes, on les reconnaît à leur plumage noir et à la tâche blanche qui surplombe leur bec robsute de la même couleur. Elles aiment les eaux calmes, en particulier les lacs, les marais et les zones humides forestières.

La fin de l'hiver sonne déjà et nous ne percevons pas le passage au printemps, le mois de février ayant défrisé la chronique avec des températures similaires à une fin mars voire, un début avril. D'ailleurs, 2019 est à l'heure actuelle l'année la plus chaude jamais enregistrée depuis que l'Homme est en capacité de faire des relevés.

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Le printemps, ses chants et ses fleurs.

Du vert de partout, c'est une explosion et cela fait bien plaisir. Fini l'hiver, bonjour le printemps. C'estl e temps des fleurs, des amours et de la reproduction pour un grand nombre d'animaux. Sortant en affût, nous avons espoir dans croiser quelques uns tout en ayant plaisir à récolter les premiers fruits de la saison.

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L'égopode podagraire (Aegopodium podagraria) est une plante souvent maudite car considérée comme une mauvaise herbe qui aime envahir les jardins. C'est aller bien vite et oublier le passé historique de la belle. Importée en Gaule par les romains pour sa culture rapide et facile, elle s'en retourna à la nature et fût peu à peu oubliée des hommes. Pourtant elle reste excellente en salade, soupe ou gratin avec son petit goût de céleri.

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Si j'aime le printemps c'est avant tout pour eux, les champignons ! Cette année nous avons ête peu chanceux du côté des morilles (Morchella) et nous nous sommes tournés vers leurs cousins moins réputés mais totu de même réputés, les morillons à semi-libres (Mitrophora semilibera), qui depuis peu sont classés dans la classe des morilles.

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On le reconnaît à son pied blanc, fragile et élancé, à sa chaire mince à la saveur douce et qui jaunie à la coupe, et à son petit chapeau brun et alvéolé qui ne dépasse que rarement les 5 centimètres. Il exalte une légère odeur de champignon qui devient plus forte au fur et à mesure qu'il vieilli. Son nom de semi-libre vient de l'insersion du pied qui se fait à la moitié du chapeau, laissant la partie inférieur libre. On le distingue ainsi des verpes (Verpa) dont le pied est soudé au sommet du chapeau et des morilles dont le leur est soudé à la base du chapeau. Excellent comestible, il faut bien le cuire pour le consommer, au moins 15 minutes  à plus de 70°C.

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Le récolte est belle, les sachets de tissus que nous avons apportés avec nous dans le cas d'éventuelles récoltes nous sont fort utiles. Depuis, j'ai pu me munir d'un très beau panier en châtaignier, essentiel pour bine préparer la cueillette de champignons de cet automne qui s'annonce formidable. En tout et pour tout ce sont environs 70 morillons que nous récoltons ce jour là dans les herbes hautes, sous les frênes du champ attenant à la maison.

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Les frênes communs (Fraxinus excelsior) et les noisetiers communs (Corylus avellana) figurent parmis les arbres avec lesquels les morilles et les morillons poussent en symbiose, toujours sur des sols calcaires. Poussant à proximité d'un ancien vergé, à la lisière de ce qui commence à devenir un petit bois, il est dans son élément de prédilection. On peut également le trouver dans les vallons boisées et aux abords des ruisseaux.

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En parlant de verpes, en voici. Il s'agit des verpes en forme de dé (Verpa conica), un champignon certes comestible mais de faible intérêt culinaire. Peu commun en plaine, un peu plus présent en moyenne altitude, il reste cependant assez rare. Il est alors plus sage de ne pas le récolter et de tirer profit d'autres espèces plus abondantes (mousserons, pézizes ...) entre avril et mai, période à laquelle les verpes poussent.

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Les jeunes grillons champêtres (Grillus campestris) émergent. Minuscules, leur croissance rapide leur permet l'été venu de figurer parmi les plus gros grillons d'Europe. Robustes, leur poids et leur morphologie leur interdit tout vol, faisant d'eux des insectes strictement terrestres.

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Pour faire face aux prédateurs, il creuse un trou profond. Au moindre signe de danger, il s'y faufile. Les mâles se postent à l'entrée de leur antre et chante dans l'espoir d'attirer une femelle. Territoriaux, on peut assister à des combats violents avec parfois, une issue dramatique pour l'un des deux combattants. Herbivore, ce grillon se nourrie principalement de poacées (graminées), qu'il consomme à l'aide de ses très puissantes mandibules. Cependant il peut agrémenter son régime alimentaire quand l'occasion s'en présente, de vers de terre et de restes d'autres insectes morts. Même s'il semble commun, la fragmentation et la dispartion de ses habitats et son incapacité à voler conduisent à la diminution de ses populations.

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Des fleurs, des feuilles, des herbes folles et aromatiques, des écorces, des champignons ... il ne reste plus qu'à conditionner nos cueillettes. Séchés pour la plupart, les éléments collectés seront tout au long de l'année utilisés dans la cuisine ou en infusion du soir pour apporter au coeur de l'été quand il fait chaud, les après-midi pluvieux d'automne ou les soirées froides de l'hiver des petites notes de printemps colorées et parfumées.

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Certes on retrouve les morillons, mais aussi les fleurs de primevères coucou (Primula veris) pour leur goût et leurs effets apaisants, celles du lamier maculé (Lamium maculatum) pour leurs propriétés colorantes et les feuilles du lierre terrestre (Glechoma hederacea) pour parfumer les bouillons, les fromages blancs et les infusions froides. Si depuis les bocaux se sont peu à peu vidés, il nous reste de quoi apporter de soleil jusqu'à mars.

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Thomas revient de son wwoofing en Savoie, et dans ses bagages, il nous ramène quelques surprises. Prennent désormais place dans le jardin de jeunes pousses d'arbustes à petits fruits, de quoi préparer d'ici quelques temps des jus et des glaces parfumées pour les futurs étés.

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Des cassissiers (Ribes nigrum) aux fruits noirs se mêlent à leurs cousins, les caseilles (Ribes x nidigrolaria), hybrides entre un cassissier et un groseillier à maquereaux (Ribes uva crispa) né en Allemagne au début des années 80. Résistant aux maladies et aux températures extrêmes (jusqu'à -20°C), il produit des fruits charnus et bleus, on un goût fruité et acidulés. Ils sont récoltés entre juin et juillet, de manière régulière, les baies ne mûrissant pas toutes en même temps. Sa floraison rouge foncée détonne au potager et attire de nombreux pollinisateurs. Cependant stériles, ce n'est que par bouturage qu'il est possible de le reproduire. Pour cela il suffit de couper de jeunes rameaux, de les mettre en vase puis, à l'apparition des radicelles, de les replanter. En sommes rien de très compliqué pour le cultiver.

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Dans les prés où l'herbe se fait tendre, les chevreuils (Capreolus capreolus) sont de sortie. Toujours proches de la forêt, ils déguerpissent à la moindre alerte. Cependant n'étant pas chassés à cette période de l'année, ils se montrent moins farouches. Grégaires, ils peuvent vivre en grand groupe comme on peut l'observer un peu partout en France, l'engrainage et l'absence de prédateurs naturels ayant favorisés sa forte démographie.

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C'est au printemps que les femelles mettent bas. Les faons, cachés dans les herbes hautes d'un champ ce qui leur est parfois fatal, où dans la végétation en lisière de forêt, attend sagement sa mère. Celle-ci se nourrie à heures régulières et rejoint son petit pour lui donner la tétées et le réchauffer. Ce n'est que tardivement qu'il la rejoindra bien qu'il soit capable de se déplacer peu de temps après sa naissance, s'assurant d'avoir une chance d'échapper aux prédateurs que sont le loup, le lynx, le renard ou encore les chiens errants.

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Les chevreuils ne sont pas les seuls dans les pâtures. Nombreux sont les troupeaux de vaches à patûrés. Si on trouve quelques laitières, se sont surtout les bêtes  dites mixtes que l'on croise le plus de par chez nous.

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Si on croise quelques animaux de la race Simmental Française originaire de Suisse, se sont surtout les Montbéliardes qui sont à l'honneur. Originaires de Franche-Comté, elle déscend de la race Pie rouge Simmental. L'hiver, les animaux restent longtemps en stabulation et se nourrissent des foins récoltés plutôt en été. À l'apparition des beaux jours, les vaches sont envoyés en estives dans les prés où elles broutterons l'herbe tendre. Dans notre région les troupeaux sont de petite taille, ce qui limite le surpâturage qui cause bien souvent l'affaissement des sols et des dégradations importantes sur les cours d'eau. Cette race est de plus en plus utilisée comme vache laitière.

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La Valdaine se situe à l'extrémité Nord Est des Terres Froides, territoire non pas nommé poru son climat mais pour la terre de potier que l'on en tire et qui à la particularité de donner des poteries de terre crue qui ne cèdent pas sous l'action du gel. Cependant, nous bénéficions ici de la météo typique du Massif de Chartreuse, un climat océanique montagnard ce qui implique de l'humidité et un manteau neigeux importnat même s'il à diminué de moitié en 50 ans, ce qui ne vas pas sans inquiéter les populations sur les questions liées à la disponibilité d'eau.

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Les talus sont tout aussi passionnants, les oiseaux s'installent dans les cavités des arbres alignés, et en bord de route, les orchidées commencent à fleurir. L'une des plus impressionnantes de toutes sont les orchis militaires (Orchis militaris) appelés aussi orchis guerriers. Robustes et portant un épi floral dense, ils aiment les sols calcaires frais, pauvres en matière organique et bien ensoleillés. On les croise jusqu'à 2000 mètres d'altitude.

DSC02484Partons dans les marais et plus précisément sur la tourbière de l'Herretang, entre la commune de Saint Joseph de Rivière et celle de Saint Laurent du Pont, à la confluence de la fin de la langue rocheuse du Vercors et le début du Massif de Chartreuse. Ayant pour statue celui d'ENS (Esapce Naturel Sensible), il est possible de la visiter une grande partie de l'année grâce à un système de pontons de bois. Abritant des espèces rares et protégées, il faut bien prendre garde à ne pas s'éloigner des chemins ni à venir troubler la tranquillité des animaux.

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Les oiseaux  chantent et sont pour certains afférés à nourrir leur première portée. Une couple de mésange charbonnière (Parus major) peut prélever sans mal 250 à 300 chenilles par jour, faut-il encore trouver des chenilles. Le développement de celles-ci intervient de plus en plus tôt, fruit de l'augmentation des températures année après année. Le soucis est que le poussins de mésanges émergent quand les chenilles sont bien développées, et plus forcément de taille pour entrer dans le gosier des petits oiseaux. Cela serait l'une des explications de la forte mortalité observée sur les portées de mésanges charbonnières.

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Des champignons, toujours des champignons. À la sortie de la forêt, des mousserons de la Saint Georges (Calocybe gambosa) nous attendent. Leur nom leur vient de la période à laquelle ont les rencontre le plus souvent, et il est de tradition de dire qu'ils poussent à partir de la Saint Georges, chose qui dans les faits ne s'observe pas toujours.

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Excellents, ils dégagent une légère odeur de farine. Charnus, il suffit de quelques pieds pour remplir rapidement un panier et une casserole. C'est dans les zones herbeuses comme les prairies et les vergers mais aussi les lisères, les bois clairs et les haies qu'on le trouve le plus souvent, à proximité le plus souvent des aubépines et des ormes. L'entolome livide (Entoloma sinuatum) lui ressemblant beaucoup, il est recommandé d'être méticuleux dans sa récolte et surtout dans son identification. Pour rappel, la plupart des intoxications surviennent après la consommation de champignons dont les cueilleurs étaient sûrs à 100% de l'identification. Prudence est mère de sûreté.

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Le marais abritent plusieurs espèces d'oiseaux inféodées aux milieux humides. Parmi celles-ci on compte notamment le grand cormoran (Phalacrocorax carbo) que l'on peut voir à gauche. Mal aimé, il fût longuement chassé au point de disparaître de l'intérieur des terres. Il recommence néanmoins à réinvestir son territoire. À droite, un héron cendré  (Ardea cinerea), grand échassier qui a connu un sort moins funeste bien qu'il soit encore braconné car jugé trop gourmand. Pourtant, on sait aujourd'hui que l'impact de ces deux espèces pour la pêche est pratiquement nul, les oiseaux consommant essentiellement des poissons peu prisés par l'Homme.

Profitons de la fraîcheur, de la brume qui descend lentement des montagnes et des dernières rosées. Déjà l'air se réchauffe et bientôt suffoquant, il faudra alors partir se réfugier dans les sous-bois. C'est aussi le moment de prendre de la hauteur, sur les plateaux alpins et de lézarder le long des rivières sauvages. Pour l'heure, profitons encore des dernières fleurs, des herbes aromatiques du printemps et des derniers champignons de saison.

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L'été, la fraîcheur des forêts et des bords de ruisseaux.

Il fait chaud, l'herbe du jardin a entièrement jaunie, et même à l'ombre, nous suons à grosses gouttes. Il faut se rendre à l'évidence, la canicule fait rage. Les points d'eau sont pris d'assauts et même les marais d'ordinaire si calmes deviennent des sites attirants les promeneurs. Reste alors les alpages, et encore, ceux aux pentes rudes et dont les sentiers ombragés nous donnent un peu de répit face à la morsures brûlantes du soleil.

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Sortons la longue vue, pointée les sommets. Nous sommes dans un champ pentu, entouré des forêts de conifères et mixtes. Outre les vaches, nombreux sont les mammifères à profiter des touffes d'herbes encore bien vertes. Lièvres, lapins, chevreuils et autres sangliers peuvent se croiser à la tomber de la nuit. D'ailleurs pour les derniers, il est courant d'observer sur ce site le labour de leur groin, trace de leur recherche nocturne de vers et de bulbes.

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Première récolte de la saison. Dans les prés, quelques agarics champêtres (Agaricus campestris) nommés aussi rosés des prés. Il est bien difficile d'identifier cette famille qui comporte en France plus de 60 espèces. À ceux-ci s'ajoutent dans le panier un petit polypore soufré (Laetiporus sulphureus), apprécié au Canada, peu considéré chez nous. Il faut le consommer jeune et de préférence récolté sur des feuillus car allergisant sur résineux.

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Entre les yeux en direction du ciel et du sol, dur de trouver le bon équilibre. Lui regarde les oiseaux, moi les champignons, autant dire que nous formons une équipe de choc, ratissant le moindre petit bout de nature que nous pouvons saisir.

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Cet été, nous avons cumulé pas moins de 11 week-ends d'affilés en escapade à deux, à chercher du côté des montagnes, du sud, de la côte méditerranéenne et de la vallée du Rhône des espèces nouvelles et des paysages grandioses. Nous n'avons pas été déçus, cependant retourner à la source, en Chartreuse, fût l'un des plus doux moments de l'été. Le grand calme des petits bois de moyenne montagne que nous avons pu parcourir nous fît le plus grand bien, loin de la ville, de ses klaxonnes, des pots d'échappements et du béton. Un petit havre de paix qu'il nous tarde à nouveau de rejoindre pour ses longs chemins bordés d'épicéas communs (Pinus abies).

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Au-dessus de nos têtes, deux espèces que nous connaissons bien et que nous n'avons rarement l'occasion de croiser ici. Plus d'une centaine de martinets noirs (Apus apus) tournoient, déjà sur le départ pour rejoindre l'Afirque où ils s'éjourneront tout l'hiver. Au milieu, un intrus de plus grande taille, un martinet à ventre blanc (Tachymarptis melba), qui est connu pour partir plus tardivement en hivernage et revenir également plus tôt.

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Nous sommes à deux pas du lac de Saint Sixte ,canton du village de Merlas connu pour son lac, les ruines de sa maison forte et ses légendes. Au bords de l'eau, des libellules prennent le frais e, compagnie des pêcheurs. Si je ne peux mettre de nom sur l'individu à gauche, je peux néanmoins le faire pour celui de droite. Il s'agit d'une libellule déprimée (Libellula depressa) nommée de la sorte en raison de ses ailes pendantes. L'abdomen bleu indique qu'il s'agit d'un mâle, les femelles présentant de colories jaunes et brunes.

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Sur la berge, dans les ruines de l'ancien abris à bateaux, une plante remarquable pousse. Il s'agit de la grande douve (Ranunculus lingua) connue parfois sous l'appelation de renoncule langue, une fleur de la famille des renoncules comme l'est le bouton d'or. C'est une espèce rare aux faibles effectifs, protégée intégralement en France.

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Si à l'échelle du monde et de l'Europe elle a pour statut celui de préoccupation mineur, il en est tout autre chose chez nous. En Alsace, en Aquitaine et en Bourgogne, elle est considérée comme en danger. En Basse-Normandie elle est classée comme vulnérable. En Auvergne et dans le Centre, elle est placée sur la liste des espèces en danger critique de disparition. Une fois de plus, on a un exemple d'une espèce au bord de la disparition sans avoir besoin de partir à l'autre bout du monde pour observer le phénomène. Au milieu du jaune, une autre espèce tire son épingle du jeu. Le chanvre d'eau (Bidens tripartita), qui n'en a rien et qui est aussi connu comme lycope d'Europe. Il s'agit d'une plante semi-aquatique aimant les cours d'eau, les prairies humides et les marais.

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Qu'il est changeant le temps de basse montagne. En un rien de temps la brume remplace le soleil et l'humidité prend le pas sur la chaleur qui irradiait jusqu'à peu les collines. Ne nous en plaignons pas, non seulement cela nous laisse prendre un peu de répit mais de plus, permet aux champignons de faire timidement leur apparition dans le sous-bois. Il faudra cependant attendre encore un peu avant de récolter les premiers cèpes.

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En retournant au jardin, nous avons le plaisir de croiser sur un câble une magnifique pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) et à la vue de sa calotte grise, un mâle. Un peu plus bas dans un bosquet la femelle attend d'être nourrie par celui-ci. Migrateurs, le couple partira à la fin de l'été pour rejoindre l'Afrique. Il faudra attendre mai soit sept mois pour les voir revenir à nouveau nicher dans les bosquets et les haies des prairies grasses.

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Enfin, les champignons sortent. Ici il s'agit de deux espèces mignonnes comme tout, le cyathe hirsute (Cyathus striatus) à gauche qui se reconnaît entre autre à sa forme de coupelle et le marasme petite roue (Marasmius rotula) à droite, qui figurent parmi les best-sellers de la saison et qui porte bien son nom. Il se développe sur les branches mortes de feuillus tombées au sol. Il contribue activement à la formation de l'humus forestier.

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Les premières amanites rougissantes (Amanita rubescens) ont fait leur apparition. Appéles aussi amanite rougissante ou golmotes, c'est une des quelques amanites comestibles qui vaut la peine d'être récolter. Cepandant on prendra garde de bine la cuire, celle-ci contenant des hémolysines, molécules connues pour détruire les globules rouges.

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À la cassure, ses chairs deviennent rouges, ce qui permet de la différencier d'autres espèces comme la dangereuse amanite panthère (Amanita pantherina), plus brune et aux flammèches blanches plus larges et plus marquées. On ne serait sans bien connaître l'une et l'autre s'aventurer à récolter les golmottes. Très commune, aussi bien dans les forêts de feuillus que de conifères du moment que le sol est pauvre, c'est surtout dans les bois d'épicéas communs (Picea abies) qu'on en rencontre le plus grand nombre. Apparaissant dès juillet en Chartreuse, on peut l'observer au plus tard à la fin du mois d'octobre si l'été indien veut bien se prolonger.

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C'est aussi l'heure des premières girolles (Cantharellus cibarius) que nous récoltons avec émotion. Dégageant un léger parfum d'abricot, en particulier quand l'air est humide, leur couleur jaune tirant parfois sur le pâle ou l'orangé et la présence de plis et non de lamelles ne laisse que peu de doute lors de l'identification de cet excellent comestible. Cependant il faut là aussi être prudent, en évitant toute confusion avec la fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca) ou le très toxique clitocybe de l'olivier (Omphalotus olearius) qui à la différence des girolles qui se développe sur le sol, pousse sur le bois mort et en particulier sur les souches.

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Restons avec les champignons, mais partons sur un tout autre milieu. Nous voici de retour dans les marais de l'Herretang. La plupart des espèces composant la fonge concerne de petits champignons éphèmères résistant aux soudaines varaitions de niveaux d'eau, et d'autres lignicoles restant bien au sec sur les troncs et les branches qu'ils colonisent. À droite, un magnifique polypore soufré (Laetiporus sulphureus) qui, bien que nous faisant très envie, n'a pas été récolté en raison du statut du site; un ENS (Espace Naturel Sensible).

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Tout comme au printemps, un grand cormoran (Phalacrocorax carbo) se trouve sur une des berges du grand lac. Celui a été formé à l'époque où il était encore de mise d'extraire la tourbe du marais, que cela soit pour se chauffer ou pour la commercialiser sous le nom de terre de bruyère. L'exploitation ayant été suspendue en raison des dégâts provoqués sur les milieux humides fragiles, les carrières ont été mises en eau et empoissonnées.

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Sur les observatoires mais aussi un peu partout sur la végétation, créant ainsi une véritable marée verte, pousse des lianes de houblon grimpant (Humulus lupulus). De la même famille que le chanvre, celle des cannabaceae, il est utilisé depuis des temps immémoriaux.

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Son nom scientifique de "lupulus" vient du latin, les romains pensant à tort que le houblon suçait la sève des arbres et arbustes sur lesquels il pousse. Hors cela n'en est rien, néanmoins il a gardé cette réputation fort longtemps lui donnant le surnom de "petit loups" qui se traduit par "lupulus". Il est drôle de voir qu'aujourd'hui c'est le lierre grimpant (Hedera helix) qui possède cette réputation sulfureuse. Pour en revenir au houblon, il est surtout connu comme plante aromatique pour apporter de l'amertume à la bière mais aussi pour ses propriétés sédatives, stomachiques et son pouvoir œstrogénique.

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La porte du grand observatoire n'est pas fermée, miracle ! Nous fonçons au sommet de cet ancien relai EDF reconverti en tour de guet. De là, nous avons une vue imprenable sur les étangs, sur la prairie et sur la phragmitraie. C'est là que deux petits museaux feront leur apparition. Une chevrette, femelle du chevreuil européen (Capreolus capreolus) suivit de son jeune faon né au début du printemps.

Les jours deviennent de plus en plus courts, la pluie s'invite et la fin septembre approche, nous voici aux portes de l'automne, la plus belle des saisons. Avant de fêter la fin de l'été, nous nous offrons quelques escapades sauvages du côté du Loiret, de la Camargue et des Alpes, histoire de profiter de la saison du mieux possible.

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L'automne, ses champignons et ses oiseaux.

Déjà l'automne sonne à la porte, signe que l'année est presque bouclée. Si le froid tarde à venir et ne se ferra présent qu'à la mi-novembre, on enfile déjà les pulls et les bonnets à grosses mailles de laine. Pour moi, il s'agit de la plus belle des saisons, les bois deviennent jaunes et rouges, les oiseaux du grand nord arrivent doucement chez nous et les rougegorges familiers (Erithacus rubecula) poussent de nouveau la chansonnette.

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Petit saut au lac de Paladru. Situé aux portes du voironnais, ce lac palustre est issu de la fonte des glaciers qui couvraient la région il y a 40 000 ans de cela. Riche en légendes, il fut occupé par les pères Chartreux où l'on trouve des vestiges relativement anciens de pontons de bois. C'est là que l'on peut trouver les foulques macroules (Fulica atra). Toutes occupées à barboter, elles troubles la calme du lieu par leurs cris brefs.

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Au-dessus de l'eau dans un robinier faux-accacia (Robinia pseudoacacia), deux tourterelles turques (Streptopelia decaocto) sèchent leurs plumes. Elles ont dû la nuit précédente faire face à une pluie glaciale et violente. C'est une espèce que l'on pourrait pense comme originaire de nos contrées mais il n'en est rien. Originaire de Truquie, elle ne s'est implantée naturellement en France que depuis 1963 avec une première apparition dans les Voges en 1950. Depuis la belle se trouve sur les quatre coins du monde, surtout dans les villes et villages, sans que sa présence ne semble porter atteinte aux espèces locales.

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Une femelle canard colvert (Anas platyrhynchos) se montre peu farouche et s'approche relativement près de nous. On la différencie des autres femelles d'espèces de canards par sa grande taille et son bec orange et noir. Peu farouche, il est fort à parier que l'on se trouve sur un individu issu ou du moins ayant une origine liée aux canards colverts domestiques qui sont utilisés pour l'ornement, comme appelant de chasse et pour l'élevage.

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Quittons les berges, non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil au ponton sur lequel un rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) se promène. L'hiver, il est possible d'y observer des dizaines de cormorans et de goélands. Nous avons espoir pour cet hiver d'y rencontrer de nouvelles espèces et de voir les canards hivernants, en particulier les fuligules qui aiment se reposer au centre du lac. Équipés de notre nouveau matériel, il a fort à parier que nous allons être surpris par les oiseaux sur lesquels nous allons enfin pouvoir poser les yeux.

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Direction les bois, et bien sûr, toujours avec le panier à la main. La saison des champignons a été exceptionnelle pour certaines espèces cette année et nous en avons bien profité, que cela soit dans les bois isérois ou d'ailleurs. Même l'un des chats de la maison est venu pointer le bout de son nez pour voir où en était la récolte. Il n'y a pas à dire, même si on trouve des champignons toute l'année, c'est vraiment à l'automne qu'ils sont rois.

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Un lycoperdon brun d'ombre (Lycoperdon umbrinum) attire notre attention. Non comestible, cette vesse de loup un peut particulière appartient, commetoutes les espèces portant ce nom générique, à la famille des Lycoperdacées.

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Le terme vesse est féminin et vient du vieux français. Il désigne un pet silencieux et nauséabond, mot qui peut se décliner par le verbe vesser. La transposition au champignon se fait par la spécificité de celui-ci de dégager à maturité, ses spores sombres en se crevant par le milieu et en les laissant passer par gros nuages sombres par un tout petit trou. L'image est là, reste à savoir d'où vient le sobriquet de loup. Peut être par le mésamour éprouvé en vers cet animal, par le fait que cette vesse soit forestière ou tout simplement par jeu de mot. Dans tout les cas le lycoperdon brun d'ombre orne joliment les forêts et bien qu'il ne soit pas comestible, anime toujours une sortie automnale.

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Dans la mousse, aux pieds des arbres et sur les troncs les champignons poussent à foison. Le tricholome rutillant (Tricholomopsis rutilans) a perdu ses belles couleurs suite à la pluie et les mucidules visqueuses (Oudemansiella mucida) bien qu'étincelantes semblent défraîchies. Se développant sur les troncs de feuillus, en particulier de hêtres, on les reconnaît à leur chapeau blanc-translucide couvert d'un mucus gluant.

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2019 fût une année exceptionnelle pour les cèpes de Bordeaux (Boletus edulis). Nous en avons trouvé de partout, même là où d'ordinaire nous ne croisons rien hormis quelques crottiers de blaireaux et de chevreuils. Champignon très prisé, c'est un excellent comestible qui se déguste aussi bien cru en carpaccio avec un peu d'huile d'olive que cuit, rissolé avec du persil et du beurre ou revenu dans un peu de crème fraîche. Sa mousse devenant gluante avec l'âge, elle s'accomode parfaitement en potage ou dans une sauce d'accompagnement.

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Pour l'occasion je suis seule avec mes parents. Les accompagner aux champignons et faire fructifier à ma manière cet héritage qu'ils ont pu me transmettre en approfondissant la discipline qu'est la mycologie est une véritable fierté pour moi. Le cèpe part exemple a été longtemps ignoré dans ma famille, voire boudé. Jugé comme gluant et trop fort, je ne l'apprécie que depuis récemment, grâce aux amis du Mycorium et du feu forum "le club des cèpes" avec qui j'avais pu partir il y a plusieurs années découvrir le Béarnais, que je rêve de visiter à nouveau.

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Symbiotique, le cèpe de Bordeaux aime s'accoquiner avec les chênetes, les chataîgniers, les hêtres et les sapins pectinés. Il n'est pas le seul à aimer ces milieux, bien souvent il est accompagner d'autres champignons dont la pousse survient suite à des épisodes de chaleurs et de pluies tel que le meunier (Clitopilus prunulus) qui, à la bonne odeur de farine et au chapeau blanc, et lui aussi un bon comestible même si moins récolté que les cèpes.

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Autre espèce appréciant les mêmes milieux que le cèpe de Bordeaux et ayant parfois des hôtes symbiotiques similaires, l'amanite tue-mouches (Amanita muscaria). Si celle-ci est toxique voire délirogène pour les hommes et de nombreux animaux, quelques uns comme le renne n'hésitent pas à planter un coup de dents dans le chapeau et en particulier la cuticule rouge riche en éléments hallucinogènes.

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Lames, pied et chair d'un blanc immaculé, chapeau rouge sang qui selon les sous-espèces et la météo peut tirer sur l'oranger, pustules floconneux variants du crème au jaune, il semble au premier regard aisé d'identifier cette espèce. Pourtant, les confusions avec l'amanite des Césars (Amanita Caeserea), sa délicieuse et prisée cousine, sont peu rares. On retiendra que chez cette dernière les lamelles et le pied sont d'un orange doré et que le stipe prend sa base dans une volve blanche en forme de sac.

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Petits joyaux rouges qui annoncent la fin de l'automne, il faudra désormais attendre l'an prochain pour les rencontrer à nouveaux dans les forêts de Chartreuse. Il fait froid, humide mais les champignons ne désertent pas complétement les bois. Cependant nous nous réfugions dans le Rhône, où nous faisons notre bonheur avec les pholiotes du peuplier (Cyclocybe aegerita) qui abondent dans les peupleraies si typiques des rives du fleuve.

C'est un court résumé de cette année en Isère riche et inspirante. Nous avons eu la bougeotte et beaucoup visité d'autres départements, puis vinrent le boulot et parfois la flemme qui par moment, nous ont cantonné à notre petit appartement lyonnais. Cependant on ne saurait penser que le tour est fait, on est loin d'avoir encore tout vu de cette enclave dauphinoise, de ses forêts et de ses sites historiques teintés de mysticismes. À 2020, belle Isère.

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samedi 30 novembre 2019

Sortie en montagne 29.

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La Charteuse, le Charmant Som ... notre été aura été dédié à ce petit sommet. Cette fois-ci nous ne sommes pas seuls mais accompagnés d'un couple d'amis.

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Ce sont amoureux de la nature et de la randonnée, d'ailleurs nous sommes bien loin d'avoir leur niveau. Objectif ? Toujours la grande faune et les rapaces mais cette fois-ci nous sommes plus attirés par les plantes de herbages et de montagne. Comestibles ou non, c'est le bon moment pour partir observer les espèces à la floraison tardive et que l'on prend trop peu souvent le temps de regarder.

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Les mouflons méditerranéens (Ovis Orientalis) sont fidèles au poste. Trois femelles en contre-bas broutent tranquillement. À notre arrivée, elles prennent le temps d'évaluer la menace que nous sommes. Nous ne bougeons pas. Doucement, elles s'éloignent du sentier pour partir plus loin. D'ordinaire peu farouches, l'ouverture de la chasse rend nerveux ces animaux introduits localement pour répondre à la demande des A.C.C.A.

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Cette fois-ci ce ne sont pas les fleurs jaunes de l'herbe à sous appelée vulnéraire des Chartreux (Hypericum nummularium) qui attire mon attention, mais les jeunes feuilles bien vertes et rondes qui lui ont valu son nom. Endémique des Alpes et des Pyrénées, elle est courante dans les lapiaz, formations rocheuses apparues suite à l'érosion de la pluie et formant des crevasses de pierre débouchant souvent dans des galeries souterraines.

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Dans un tapis de myrtilles, un lactaire pousse. Pied orangé, haute altitude et conifères à proximité, on a vite fait de crier au lactaire délicieux. Pourtant il faut bien plus d'éléments pour permettre une bonne identification, car il n'y a pas moins de 6 espèces dans le secteur qui se confondent et qui ne peuvent être déterminées que par leur arbre hôte.

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La présence de sapins blancs (Abies alba), d'un sol à tendance calcaire et la période de l'année, ainsi que les motifs sur le peid et le verdissement des chairs permettent de déterminer qu'il s'agit ici du lactaire couleur saumon (Lactarius salmonicolor), un piètre comestible à l'odeur et a ugoût de résineux et qui serait semble-t-il, indigeste chez de nombreuses personnes. Il m'arrive parfois de le consommer mais toujours grillé, souvent sous forme de chips. En prospection je trouve parfois son cousin le lactaire de l'épicéa (Lactarius deterrimus) ayant la même réputation.

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En parlant des myrtilles (Vaccinium myrtillus), les voicis. D'ordinaire, c'est une espèce qui se développe sur des sols acides, ce qui explique leur faible nombre et l'état quelques peu défraîchit de certains plants. Connue dans les Ardennes, ou dans le Pilat, la récolte des myrtilles ne fait pas partie des traditions de Chartreuse même si on peut trouver de nombreuses préparations à base de ce petit fruit. La framboise y est bien plus commune.

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Belel surprise, au pied d'un gros bloc de roche, une pleurote corne d'abondance (Pleurotus cornucopiae) . Comestible, c'est un champignon qui pousse souvent en groupe. 

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Poussant sur le bois mort, que cela soit des branches, des troncs ou de souches, il peut devenir rapidement imposant avec un chapeau blanc crème pouvant atteindre comme ici 10 à 12 centimètres. Cependant les gros exemplaires sont souvent coriaces et leur chair est facilement colonisée par les vermisseaux. Il s'identifit aussi via son pied couvert d'un ensemble de réseau brun formé par les lamelles qui se prolongent sur le pied, par sa chair filandreuse à la saveur douce et à l'odeur de farine et à sa forme d'entonoire. Productif, il connaît une importante poussée au printemps puis à l'automne. On le trouve désormais dans le commerce, sa culture étant simple et peu onéreuse, de nombreux cultivars ayant été développés.

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Arrivés au sommet, un petit groupe de chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) nous rejoignent. Constatent l'absence de pique-nique dans nos sacs et le fait que nous ne comptions pas partager notre casse-dalle d'acension, ils nous abandonne au profit d'une pente herbeuse riche en insectes caprophages suite au passage d'un troupeau de chèvres et au nombreuses bouses des vaches d'alpages pâturant sur le secteur.

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Emblème des montagnes, la carline acaule (Carlina acaulis). On ne serait la traiter de chardon, mais reste une proche cousine de ces derniers. Protégée en France, on continue dans certains patelins de l'utiliser pour décor les portes des maisons mais aussi, de consommer les boutons floraux comme on pourrait le faire avec de jeunes artichauts, ce qui ne va pas sans participer à la diminution voire disparition de l'espèce.

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Il est temps de descendre dans la plaine, non sans jeter un dernier coup d'oeil au monastère de la Grande Chartreuse et sans avoir fait le plein de Serac à la fromagerie et avoir pris en coulis de framboise de quoi tenir tout l'hiver, n'ayant pas eu la chance de pouvoir partir faire nos récoltes estivales comme nous aimons tant le faire. La prochaine montée sera pour le printemps 2020, quand la chasse sera finie et le manteau neigeux parti.

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samedi 23 novembre 2019

Expédition en Camargue.

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Nous n'avons pu résister à passer de nouveaux quelques jours dans le sud. Le crochet par la réserve de Crau s'est mue en une longue visite des marais de Camargue. Mais avant cela, nous bifurquons en direction des falaises de Liou, non loin du Colorado Provençal avant de venir poser nos valises du côté de la citée phocéenne. Nous espérons voir alors les vols de guêpiers que nous avons pu croiser quelques semaines plutôt lors de notre escapade au mont Ventoux. Pour le coup, nous sommes chanceux et nous nous trouvons au sommet d'un rocher où pas moins d'une quarantaine de guêpiers d'Europe (Merops apiaster) aux couleurs chatoyantes nous survolent. Un moment magique passé à observer les oiseaux s'éloiogner dans le lointain. L'après-midi sera ponctué par ce type de rencontre, nous donnant un nouveau regard sur les terres agricoles éloignées du bord de mer et que nous boudions jusqu'alors lors de nos expéditions.

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Sur une aire d'autoroute au niveau de Valence, nous sommes témoins d'un spectacle sublime. Deux circaètes Jean-Leblanc (Circætus gallicus) sont en pleine chasse à quelques dizaines de mètres de nous. Immense rapace d'1,80 mètre pour les plus grands, il se nourrie presque exclusivement de reptiles et en particulier de serpents.

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De nombreux fruits se trouvent au pied de la falaise de Liou, ce qui fait le bonheur des passereaux. Les ronces (Rubus sp.) mais aussi les amélanchiers à feuilles ovales (Amelanchier ovalis) et les pommiers sauvages (Malus sylvestris) sont une grande source de nourriture pour ces derniers. Nous ne verrons pas le vautour percnoptère (Neophron percnopterus) tant espéré mais des dizaines de martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba). Les faucons crécerelles (Falco tinnunculus) feront même une timide apparition.

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Des éclairs bleus traversent le ciel. Il ne s'agit pas des guêpiers mais d'un oiseau que nous croisons pour la première fois, le rollier d'Europe (Coracias garrulus). Cet oiseau turquoise au vol léger est un insectivore qui s'attaque aux gros insectes. Migrateur, on le rencontre uniquement dans le sud de la France où pendant l'été, il éleve ses petits le plus souvent abrités dans une cavité de pic, toujours entre 5 et 10 mètres de haut.

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Le promontoire rocheux regorge de papillons et en particulier de silènes (Brintesia crice), un lépidoptère reconnaissable à ses grandes ocelles noires et à ses ailes brunes. Sa chenille se nourrie essentiellement de poacées, anciennement appelées graminées. L'adulte se rencontre dans les milieux herbeux secs, de préférence dans la moitié sud du pays, parfois plus haut mais toujours éloigné des zones côtières.

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Changement de décor, nous voilà désormais au jardin de Gaston, du côté de la Crau. Arboretum et jardin de ville, le lieu est aussi connu pour sa collection d'oiseaux où les espèces sauvages et d'ornement se croisent. Nous pensions naïvement faire fasse à des oiseaux indigènes mais les nombreuses bagues vertes aux pattes des animaux nous ont indiqué que nous étions dans l'erreur, nous créant ainsi quelques fausses joies. Au milieu de la grande étendue d'eau, un couple de poules d'eau (Gallinula chloropus) se relaie pour couver. Le nid fait de branches glanées ici et là accueille les cinq petites têtes rouges des poussins qui viennent tout juste de naître. Nidifuges, il ne leur faudra moins d'une heure pour se jeter à l'eau et suivre leurs parents, histoire d'attendre que tout le monde soit sortie de son oeuf, ait eu le temps de se sécher et de faire connaissance avec le reste de la famille. Ils seront autonomes dans 3 à 6 semaines.

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Coup d'arrêt, un eider à duvet (Somateria mollissima) fait son apparition, un beau mâle en plumage post nuptial. Nous en avons les yeux brillants, nous qui depuis plusieurs jours suivons les observations de deux individus du côté de Nice depuis nos téléphones. Seulement voilà, celui-ci est bagué et en partie plumé pour ne pas quitter le plan d'eau. Il faudra donc encore attendre pour voir notre premier eider sauvage.

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Sur la berge creusée par l'eau, une tortue de Floride (Trachemys scripta elegans) prend un bain de soleil avant de rejoindre ses congénères dans l'étang. On l'a nomme également tortue à tempes rouges en raison de ce signe distinctif qui permet de ne pas la confondre avec les autres trotues nord américaines car oui, la belle n'est pas originaire de nos latitudes ce qui cause bien du tord à notre faune autochtone.

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Un fuligule morillon (Aythya fuligula) mâle barbotte tranquillement à proximité. Lui aussi porte à la patte une bague indiquant qu'il s'agit d'un animal de captivité. Nous avons l'habitude de croiser cet oiseau, mais plutôt en période hivernale où il se rassemble sur les étangs de Miribel et du parc de la Tête d'Or en petits groupes, souvent mêlé à d'autres canards. Chose surprenante, l'espèce peut être chassée dans certains territoires français mais est interdite à la vente. Il pourrait alors s'agir ici d'un hybride, qui n'est pas soumis à la même réglementation.

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Changement de paysage, nous partons pour les portes de la Camargue, non sans avant tomber sur un site remarquable. En bord de nationale, enclavé entre des entrepôts industrielles, une vieille gare et la rivière, un champ. Les jeunes pousses de la culture sont immergées de moitié, piégeant les insectes non volant au sommet des feuilles. C'est l'occasion rêvée pour de nombreux oiseaux de venir se nourrir sans le moindre effort.

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Ce sont là des centaines de volatiles qui ne sont perturbés dans leur recherche de nourriture que par le passage bref d'une buse variable (Buteo buteo). Des goélands (Larius sp.), des mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus), des choucas des tours (Coloeus monedula), des étourneaux sansonnet (Sturnus vulgaris) et quelques corneilles noires (Corvus corone) sont affairés à se remplir le ventre. Une telle diversité d'espèces et un si grand nombre d'animaux laisse penser sans grand doute que la nourriture est plus qu'abondante.

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Nous voilà arrivés à la réserve naturelle nationale des Marais du Vigueirat, sur un coup de tête et après avoir croisé un panneau indiquant le site au détour d'une route de campagne. Sur place, on nous indique que la saison et l'heure ne sont pas les meilleurs pour croiser les oiseaux. En effet il fait chaud et la majeure partie des étangs est à sec. Qu'importe, nous sommes là pour découvrir le site.

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Première belle surprise, les cistudes d'Europe (Emys orbicularis). Ces tortues d'eau douce, indigènes en France, sont rares et difficiles à observer d'ordinaire. C'est la troisième fois que nous la crooisons cet été mais jsuqu'alors nous n'avions jamais pu la voir de si près. Inféodées aux eaux boueuses, elle se nourrie principalement de petits animaux mais peut également se tourner vers les végétaux tendres et les charognes pour complémenter son alimentation. Pour distinguer les sexes des individus, rien de plus simple, là où les jeunes et les femelles ont les yeux jaunes, les mâles les ont rouges.

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Depuis l'observatoire en restauration, nous admirons dans le loin une myriade d'oiseaux colorés et de grande taille sans pouvoir leur donnent de nom. Une troupe de hérons gardes-boeufs (Bubulcus ibis) vient suivre les chevaux camarguais qui entre dans notre champ de vision pour se nourrir des insectes que les pas des équidés font s'envoler dans l'air chaud et poussiéreux. C'est l'heure pour nous de rejoindre la visite guidée du marais.

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Arrivés dans le coeur de réserve, nous faisons la découverte de dizaines d'espèces. L'endroit est fantastique et accessible seulement sur autorisation comme c'est le cas pour cette visite guidée. Au loin, les flamants roses se nourrissent en fouillant la vase (Phoenicopterus roseus). Le passage d'un circaète Jean Leblanc croisé plus tôt sur la Crau fait lever la plus part des oiseaux qui ne mettront que peu de temps à revenir se poser sur l'étang.

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Dans le ciel, les cigognes blanches (Ciconia ciconia) font des passages remarqués et remarquables mais c'est leur cousine qui attire notre attention. Au loin, une cigogne noire (Ciconia nigra) s'élève dans les airs. Oiseau solitaire et rarissime, nous le voyons pour la première fois, autant dire que notre émotion est grande. Celle-ci est renforcé par l'observation d'une sarcelle marbrée (Marmaronetta angustirostris), petit canard présent uniquement en Espagne. C'est le premier signalement de l'espèce en France pour l'année en France, et nous sommes pas peu fiers de pouvoir ajouter cette observation à notre liste de nouvelles coches.

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Prenons le temps de poser les yeux au sol. La satice commune (Limonium vulgare) forme de grands tapis roses. Appelée lavande de mer bien qu'elle n'en soit pas une, elle a pour particularité d'exuder le sel contenu dans le sol et l'eau où elle puise de quoi se nourrir. Ce sel se retrouve au revers des feuilles qui, comestibles permettent de confectionner de délicieuses salades sauvages.

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Protégée par endroits, le pâturage, la cueillette et la bétonisation des côtes sont les trois principales menaces qui repose sur cette fleur. Aimant les pré-salés, l'irrigation et la désalinisation des sols pour créer de nouveaux espaces agricoles posent également problème dans le bon maintient de ses populations. On la trouve d'ailleurs sur une grande partie des côtes françaises mais aussi dans le bassin méditerranéen et même en Europe du Nord, jusqu'en Suède. Son nom scientifique est inspiré du grec "Leimon" qui désigne les prairies humides dans lesquelles bon nombre des espèces de satices se développent.

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Autre espèce halophile (qui se développe dans des milieux riches en sel), la salicorne d'Europe (Salicornia europaea). Les jeunes pousses sont bien connues en cuisine. Elles peuvent être cuisinées à la vapeur, blanchies comme des épinards, comme des cornichons au vinaigre ou plus simplement sautées à la poêle. Le site dans lequel nous nous trouvons étant une réserve, il est bien sûr hors de question de les récolter.

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Fouillant la vase, des mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus), des échasses blanches (Himantopus himantopus), des chevaliers cul-blanc (Tringa ochropus), des chevaliers gambettes (Tringa totanus), des chevaliers guignettes (Actitis hypoleucos) et des chevaliers sylvains (Tringa glareola), une bécasse des marais (Gallinago gallinago) et bien d'autres oiseaux se mêlent et se chamaillent joyeusement dans un grand brouhaha. Dans notre observatoire, nous ne bougeons pas, subjugués par le spectacle.

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Changement d'étang. Nous sommes accueillis par un jeune crabier chevelu (Ardeola ralloides). Là aussi c'est la première fois que nous en observons un de si près. Face à nous, une île ou pas moins de 70 spatules blanches (Platalea leucorodia) prennent du repos. Elles sont entourées d'une colonie de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) nichant là depuis 2-3 ans. Les ibis facinelles (Plegadis falcinellus) complètent le tableau. 

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Arrêt à Marseille, devant un bon plat traditionnel. Voilà de quoi reprendre nos esprits. Nous avons vécu une journée très folle, et bien qu'il ne s'agisse que d'animaux et de plantes, le plaisir de faire de nouvelles découvertes, de voir pour la première fois des espèces aussi bien communes que rares et de prendre le temps d'observer la nature nous met toujours autant en joie. Il nous reste encore temps à découvrir ! 

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Pour finir le séjour, petit saut par les Calanques, avec une superbe vue sur la baie des singes. Sur la roche, pousse la criste marine (Crithmum maritimum).  Comestible, elle possède elle aussi un goût proche de l'anis et légèrement salé. Cependant on prendra bien garde à respecter les règles de récolte, l'espèce étant protégée par endroit et/ou soumise à la réglementation pour ce qui est de sa cueillette.

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Poussant en buissons haut de 20 à 50 centimètres, sa floraison n'attire pas l'oeil au premier abord, ses fleurs vertes se confondant avec ses feuilles charnues. Résistant aux embruns salés, elle ne connaît que peu de concurrence sur les affleurements rocheux et les falaises où elle se développe, du fait qu'elle figure parmi les rares plantes à supporter les assauts des vagues. Cela lui a valu le surnom de perce-pierre, même si par endroit elle est connue comme fenouil de mer en raison de sa saveur.

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Toujours pour rester dans les comestibles, voici le diplotaxis à feuilles étroites (Diplotaxis tenuifolia) reconnaissable à ses feuilles découpées et à sa floraison jaune. On la nome également roquette sauvage ou roquette jaune, elle n'est pas du meêm genre que la roquette (Eruca sativa) mais appartiennent à la même famille, celle des brassicacées au même titre que les choux, la moutarde, les radis, les giroflées ou encore le colza.

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Nous regardons les voiliers se laisser porter par le vent et les bateaux de traversée partir pour la Corse. C'est le moment de prendre le large mais cette fois-ci dans le sens inverse, en direction de la vallée du Rhône, des gris vignobles et de l'herbe jaunie qui parsème les coteaux. L'automne se fait sentir avec une pointe d'été dans les températures. La migration bien avancée ne serait nous faire oublier que c'est le moment de rejoindre notre logis.

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samedi 16 novembre 2019

Sortie dans les marais 15 : le lac du Bourget.

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Le temps est bien gris pour cette rapdie excursion. Pour quelques jours en Isère, nous décidons de partir du côté du lac du Bourget en Savoie pour tenter notre chance et observer des espèces remarquables qui sont plus que discrètes voire absentes dans le Rhône. Les grands cormorans et les laridés (mouettes et goélands) sont bien présents, mais nous espérons avant tout approcher de graciles échassiers et des petits passereaux des milieux humides, des oiseaux que nous ne voyons que trop peu souvent. Pour se faire nous sommes équipés de notre longue vue et d'une bonne paire de jumelles pour assurer le plus de tranquillité possible aux animaux. Déçus par le comportement de certains des observateurs et photographes de l'affût du château Thomas, nous nous tournons vers une des bases de loisirs aux grands herbiers. Outre le calme du secteur, nous y ferrons nos plus belles observations de la semaine et possibles sur le site.

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Bel oiseau n'est-ce pas. Il s'agit d'une toute jeune bergeronette grise (Motacilla alba) qui attend sagement ses parents sur une branche pour être nourrie. Posée dans une bourdaine (Frangula alnus), ce ne sont pas les fruits de l'arbuste qui suscite son intérêt mais les insectes qui composent la majeur partie de son régime alimentaire.

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Après de longues minutes à attendre, la jeune bergeronette est récompensée par l'arrivée providentielle d'un de ses deux géniteurs. Bec bien ouvert et gorge bien visible pour montrer à celui-ci que la faim se fait sentir, et en une bouchée les arthropodes durement récoltés sont avalés. Chez certaines espèces, les parents peuvent être amenés à réaliser 200 à 500 allers-retours dans une journée pour nourrir leur progéniture. Heureusement pour cette famille de bergeronettes grises, il semble que l'indépendance des oiseaux est sur le point d'arriver.

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Voici un autre oiseau que nous adorons et que nous avons pu surprendre à nourrir un de ses petits posé dans la phragmitraie, le martin pêcheur d'Europe (Alcedo atthis). Le bleu éclatant de ses plumes est un bleu structurel, c'est à dire que les plumes ne contiennent aucuns pigments de cette couleur, celle-ci venant de la structure même des plumes qui reflètent la lumière bleue. Depuis peu, un jeune mâle à élu domicile sur un tronçon de l'Yzeron situé au pied de chez nous, pour notre plus grand bonheur. Le bec entièrement noir indique qu'il s'agît d'un mâle.

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Pour en revenir aux échassiers, en voici deux de belle taille qui figurent parmi les plus grands oiseaux de France si on en s'en tient à leur port. À gauche, un jeune héron cendré (Ardea cinerea) qui adulte atteindra avec un peu de chance 98 centimètres et à droite, la grande aigrette (Adrea alba) reconnaissable à son plumage blanc et à son long bec jeune. Appartenant à la famille des hérons, elle peut atteindre 104 centimètres. Pour voir aussi grand si ce n'est plus, il faut se tourner vers les grues cendrées (Grus grus) avec 114 centimètre, les cigognes noires (Ciconia nigra) avec 100 centimètres, les cigognes blanches (Ciconia ciconia) avec 102 centimètres et enfin, les flamants roses (Phoenicopterus roseus) avec 127 centimètres. De vrais géants des milieux lacustres.

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Il était là ou plutôt, ils étaient là. Trois bongios nains (Ixobrychus minutus), ultime rareté du lac du Bourget bien que ça ne soit pas la seule. Nous ne boudons pas notre plaisir, les oiseaux jouant leur cinéma pendant de longues minutes. Petite taille, corps beige, ailes noires laissant entrevoir de grandes tâches blanches quand elles sont ouvertes, le doute n'est plus permis. Après avoir vu un des plus grands hérons d'Europe avec l'aigrette blanche, en voici le plus petit. Très rare en France où on compte une centaine de couples sur tout le pays, il est en nette régression. La photo n'est pas des plus belles mais nous ne voulions pas déranger outre mesure les oiseaux.

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La journée ne serait se finir ainsi. Non loin de là, nous croisons un fuligule milouin (Aythya ferina) à la tête et à l'oeil rouges caractéristiques. Tranquillement posé sur un tronc immergé, il se trouve à quelques mètres d'un drôle d'enclos. Entièrement couvert de fillets, il abrite une importante population de tortues, des cistudes d'Europe (Emys orbicularis). Espèce disparue à l'échelle locale, elle fait l'objet d'un programme de réintroduction.

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Pour bien terminer la journée, nous tombons en regagnant notre voiture sur une jolie population d'oreilles de Judas (Auricularia auricula-judae). Ces champignons de la famille des champignons noirs asiatiques sont comestibles. Le plus souvent je les sèche pour les utiliser par la suite dans les soupes, les rouleaux de printemps ou les sauces, ceux-ci pouvant gélifier un peu les préparations leur donnant ainsi plus de consistance.

Fin de partie, il faudra désormais attendre un peu pour revenir sur le lac. Lh'iver et ses osieaux hivernants semble un moment propice et même plein de promesses pour revenir en observation, en particulier au petit matin quand les promeneurs sont rares à venir affronter le froid et la bise qui peuvent faire rage ici. 

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dimanche 3 novembre 2019

Sortie dans les marais 14.

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Nous revoilà partis, cette fois-ci pour découvrir les milieux humides aux limites de l'Ain et de la Svoie, deux régions présentant une grande variété de milieux et d'habitats. La matinée se déroule au Marais de Lavour, connu pour ses populations de crapauds, des sonneurs à ventre jaune (Bombina variegata) entre autre. Bien que nous soyons chanceux en observant dès notre arrivée une famille d'écureuils roux (Sciurus vulgaris) fort bruyante et un martin pêcheur d'Europe (Alcedo atthis), le reste du parcours restera bien silencieux, les conditions météorologiques n'étant pas les plus propices pour faire de l'ornithologie. Néanmoins le circuit reste très agréable.

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Hélas, trois fois hélas, la balsamine de l'Himalaya (Impatiens glandulifera) est bien présente. Originaire d'Asie, elle s'est installée dans les zones humides, elle met à mal les milieux, modifiant leur nature et conduisant à la disparition de certaines espèces indigènes aussi bien végétales qu'animales. Cependant arracher des centaines de milieux de pieds dans les vasières, en plus d'être coûteux, n'est pas toujours possible laissant un goût amer face à l'empleur du désastre. Alors pour les abeilles, les orchidées, les plantes carnivores ou encore les oiseaux des roselières, mieux vaut ne pas l'implanter et la favoriser, bien que sa floraison soit superbe.

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Levons la tête au ciel. Pas moins de 43 cigognes blanches (Ciconia ciconia) tournoient dans le ciel. En pleine migration, elles se sont arrêtées pour la nuit dans un champs humide tout proche. Au petit matin, elles profitent de la chaleur et des thermiques pour s'élever dans les airs avant de reprendre leur voyage. Je peux vous assurer que le moment était incroyable et qu'il nous a permis d'inaugurer notre longue vue pour sa première sortie.

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Sur la plus haute branche d'un arbre mort, un pic épeiche (Dendrocopos major) mâle vient se poser pour lancer ses cris. En période de reproduction, il utilise aussi le tambourinage pour communiquer avec ses pairs, le plus souvent sur les troncs creux. Si on se fît à la fiche espèce sur oiseaux.net, un mâle n'ayant pas eu la chance de se reproduire dans la saison peut tambouriner jusqu'à 600 fois dans une journée, soit 3000 à 12000 coups dans la journée, autant dire que son bec est vite aiguisé. Pour amortir le choc et préserver ses neurones, l'oiseau possède une très longue langue qui a pour particularité d'entourer son cerveau, agissant comme un airbag.

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Une grenouille du type verte (Pelophylax sp.) émerge à la surface d'un des canaux. L'hybridation entre les différentes espèces de grenouilles locales avec la grenouille de Lessona (Pelophylax lessonae) ou encore la grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) mais aussi avec les grenouilles exogènes comme la grenouille sauteuse (Lithobates clamitans). La couleur des sacs vocaux, le chant, la taille et la ligne dorsale figurent parmi les critères d'identification les plus employés, mais l'identification ADN reste l'outil le plus sûr pour déterminer les hybridations entre espèces. Parmi celles-ci on trouve la grenouille verte (Pelophylax kl. esculentus) appelée aussi grenouille comestible et qui résulte du croisement de la grenouille de Lessona et de la grenouille rieuse. En France, on la rencontre dans la partie nord du pays.

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Départ pour la retenue CNR non loin de là. Après 30 minutes de route, nous prenons notre première claque. Un rarissime cygne chanteur (Cygnus cygnus se promène tranquillement au milieu de 80 cygnes tuberculés (Cygnus olor). Plus petit et ayant un bec jaune, on le reconnaît également à son chant. Il s'agirait un oiseau soit de passage, soit ayant suivi un groupe de tuberculés depuis l'Ain. S'il se reproduit le plus souvent du côté de la Russie dans les grandes étendues de la toundra, on peut trouver quelques couples nicheurs en Grande-Bretagne ou même dans la Dombe. On peut aussi le confondre avec le cygne de Bewick (Cygnus columbianusqui est plus petit et dont le bec est possède moins de jaune.

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Les zones humides que nous parcourrons sont bordées de bourdaine (Frangula alnus), petit arbuste que j'adore. Outre le fait que les chevreuils sont régulièrement observés entraint de se défoncer avec ses fruits (véridique), on en tire également une grande gamme de colorants.

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De ses baies mures, on tire du vert, de son écorce sèche et de son bois des teintes étendues du rouge au brun, de son écorce fraîche des teintes vermeille à framboise. De quoi inspirer le DIY. L'espèce fût également utilisée comme ingrédient principale dans la fabrication de poudre à feu (poudre noire) à destination des carrières d'extraction de pierres. On ne serait cependant croquer ses fruits ou même goûter toute autre partie de la plante, celle-ci étant toxique bien qu'elle pu être utilisée par le passé comme laxatif. Séchée, elle s'avère moins virulente mais reste un végétal dont l'usage ne doit pas être fait en auto-médication.

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Le ragondin (Myocastor coypus) est un gros mammifère venu d'Amérique et qui, en France, s'est échappé des élevages de fourrure. On le trouve désormais partout dans nos milieux humides. Classé invasif, des études tendraient à montrer que son impact est à évaluer au cas par cas et que ses dégâts sur les cultures et sur les berges ne seraient pas si élevés qu'on pouvait le penser. Reste à voir dans quelle mesure il impacte la faune.

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Bonheur. Un tout jeune martin pêcheur d'Europe (Alcedo atthis) se tient sur un roseau commun (Phragmites australis). Ses parents se relaient pour venir le nourrir. Nous nous délectons du spectacle. Le bleu de leurs plumes est éclatant. Il s'agit d'un bleu structurel, c'est à dire que la couleur n'est pas dû à un pigment, mais à la structure même de la plume qui renvoie uniquement le bleu de la lumière, rendant encore plus fascinant l'oiseau.

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Les canards ne sont pas en reste. À gauche, une mère nette rousse (Netta rufina) avec ses petits. C'est de mai à juin la femelle pond et couve ses oeufs. Il faudra alors attendre un mois de plus pour voir la sortie des canetons. À droite, une nouvelle venue chez nous, la tadorne casarca (Tadorna ferruginea). Ce gros canard ne se rencontre que très rarement en France mais commence à devenir commun dans certains secteurs (Savoie - Alsace).

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Un gang de hérons cendrés (Ardea cinerea) ratissent le fond vaseux à la recherche de petits invertébrés. Les longues pattes de ces échassiers leurs permettent de se mouvoir aisément sur le sol instable. Au premier plan, un immature, reconnaissable à son bec clair et son masque gris et non noir comme celui des deux adultes en arrière plan dont le bec est bien jaune. Chez les mâles, les plumes noires à l'arrière de la tête sont plus longues.

La sortie se termine avec deux reptiles bine sympathiques. À droite un lézard des murailles (Podarcis muralis), qui se chauffe tranquillement sur une pierre. À gauche, la mue d'un grand serpent, une couleuvre à voir la taille. Si mes collègues experts parviennent à identifier l'espèce aisément avec ses restes de peau, je suis loin de faire si bien. C'est avec cette trouvaille que se termine cette sortie entre l'Ain et la Savoie, sous un beau couché de soleil.

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dimanche 27 octobre 2019

Sortie en montagne 27 : le Pilat.

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Escapade en amoureux. Le Pilat semble le lieu tout trouvé. Il y a peu de monde ce jour là, juste quelques habitués venus récolter les myrtilles à l'aide de grands seaux de plastiques blancs et de peignes, outil à main destiné à la récolte des baies. Nous ne sommes pas là pour cela, seul le paysage nous attire à cette occasion. Nous sommes en recherche de calme et de sérénité. L'air est frais, le ciel dégagé, la faune et la flore et surtout le silence y contribuent. Nous sommes sur le crêt de la Perdrix culminant à 1431 mètres d'altitude, sommet de ce petit massif situé à la pointe nord-est du Massif Central bien qu'il soit proche des Alpes. Les grands pierriers de roches granitiques nous permettent de nous initier à la lichénologie, et de m'aperçevoir que malgré toute ma bonne volonté ce domaine ne sera jamais vraiment le mien, du moins pour l'aspect identification.

DSC05356En voilà un de lichens, identifié par le brillant Hervé Cochini, et dont j'ai déjà perdu le nom ... Mixte entre différents organismes, il s'agit le plus souvent d'un mariage plus ou moins heureux entre une cyanobactérie et un champignon.

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Sur les chirats, les amas rocheux du Pilat, on peut rencontrer la lécanorie à deux formes (Lecanora biformis), un lichen vert très épais représentatif du massif et de ses sommets. On le rencontre aussi en Cors, en Savoie, dans les Pyrénées ou dans le Massif Centrale. Peu commun, il abonde dans les rares endroits où il se plaît, ne laissant pas penser au regard profane comme le notre qu'il se trouve devant un petit joyau. Son aspect de croûte, en plaque et fendu le classe dans la famille des lichens crustacés, nommés aussi incrustant car donnant l'impression d'être fusionnés à la pierre et ne pouvant s'en détacher aisément. Ils figurent parmi les organismes pionniers, capables de s'installer dans les conditions les plus dures et formant le substrat nécessaire à l'installation à toute autre forme de de vie.

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La callune commune (Calluna vulgaris) ressemble aux bruyères avec qui elle peut pousser conjointement, toujours sur des sols acides. Cependant la callune présente des fleurs aux pétales peu soudées, donnant des fleurs en étoiles, là où les bruyères présentent des pétales soudées, ressemblant à des clochettes. 

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Les myrtilles (Vaccinium myrtillus) sont là. Fruits du myrtiller, petit arbuste de la famille des Ericacées comme les bruyères et les callunes, ils figurent dans la tradition gastronomique locale. Ses fleurs rosées en forme d'outre sont caractéristiques de cette famille et attire de très nombreux pollinistateurs, animaux souvent peu communs dans les peuplements de conifères et de landes de montagne, milieux où la plante aime croître dans nos régions.

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Quelques autres plantes illuminent la montagne. De gauche à droite, on peut observer la matricaire odorante (Matricaria discoidea), espèce nord-américaine à l'odeur de pomme verte et d'ananas, le fenouil des Alpes (Meum athamanticum) au goût anisé, la linaigrette (Eriophorum sp.) aux graines munies de longues soies blanches et enfin, l'achillée millefeuilles (Achillea millefolium) aux propriétés médicinales bien connues.

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Je suis toujours heureuse d'en voir. La digitale pourpre (Digitalis purpurea) est une plante des sols calcaires, portant en elle le poids des légendes liées à la sorcellerie du Moyen Âge et surtout de la Renaissance.

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Car il ne faut pas se mentir, si la belle est si populaire, c'est pour ses propriétés toxiques, médicinales, délirogènes et surtout, son usage par les sorcières dans l'imaginaire populaire. Elle serait entrée dans la conception du baume de vol, appliqué sur les manches des balais pour partir au sabbat. En Irelande, il n'en est pas de même, les parties fleuries étant bouillies pour être transformées en encre pourpre, utilisée pour peindre des croix sur l'entrée des maisons pour éloigner le démon. Sa longue et large fleur accueille sans mal le bout d'un doit, d'où son nom scientifique de "digitalis" mais aussi de doigtier, gant-de-la-bergère, gant-de-fée, gant-de-Notre-Dame ou gantière, mettant en lumière la perception ambigue de cette espèce portant des noms parfois Saints mais associée à la magie noire. Les anglais ont la délicatesse de la nommer foxglove, ce qui signifie gant de renard.

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Sur la route pour atteindre les crêts, nous tombons sur un jeune faucon crécerelle (Falco tinnunculus), posé sur le rebords d'un petit barrage. Impassible et affairé à sa toillette, il est survolé d'une miriade d'hirondelles des fenêtres, mécontentes de la présence de ce prédateur potentiel. Il n'en est pas de même pour la famille de crécerelles que nous croisons à notre arrivée. Deux jeunes accompagnés de leurs parents s'exercent à la chasse.

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Nous nous approchons d'une mare. Dans celle-ci évolue une multitude degrenouillettes. Celle-ci, peu timide, ne tardera pas à perdre sa queue par résorbation pour devenir une grenouille adulte. Sur 100 000 oeufs, seulement 1 à 10 % donneront un adulte viable, le reste servira de nourriture pour tous les prédateurs évoluant autour et dans la pièce d'eau. Ainsi, les tétârds constituent une des bases de la chaîne alimentaire des milieux humides.

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Restons en forêt. Sous l'ombre des sapins et des épicéas, nous sommes bien. Certains arbres semblent dépéris. Sur l'un d'eux, c'est tout un écosystème qui a prit place. Un polypore marginé (Fomitopsis pinicola) exsude des gouttelettes. Celles-ci contiennent molécules fongicides et des antibactériennes. Les abeilles sauvages viennent s'en délecter, assurant ainsi une automédication efficace. Cela ne serait être suffisant au champignon, il est également exceptionnel du fait qu'il serait transporté par le bec des pics, comme ici avec le pic noir (Dryocopus martius), pour coloniser de nouveaux troncs de conifères. Les recherches sur ces sujets en sont à leurs débuts. 

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Continuons dans les baies. Deux espèces s'illustrent particulièrement bien sur les sols acides de moyenne montagne. Le framboisier (Rubus idaeus) figure parmi les arbrisseaux les plus connus pour ses fruits sucrées et légèrement acides et ses tiges peu épineuses.

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Le sureau rouge (Sambucus racemosa) est un arbuste typique de montagne et de moyenne montagne. Les grappes de drupes rouges de part leurs couleurs attirent aisément les oiseaux qui sans mal les dispersent par leurs fientes au quatre coins de la forêt. On peut consommer ses fruits en confiture ou sirop, à condition de les mélanger à hauteur de 50% avec d'autres baies. Souvent on le couple avec du sureau noir ou des mures. En pleine floraison, on le différencie des autres sureaux par les fleurs qui forment non pas de belles ombrelles blanches mais des inflorescences crèmes et/ou verdâtres de forme pyramidale. 

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C'est au milieu des champs et des vaches quand prend fin notre épopée d'une après-midi, après un passage un peu décevant à la Jasserie, ou qui du moins, ne correspondait pas aux souvenirs que nous en avions. Les sentiers sont magnifiques, nous alternons entre les boisements de conifères et les pierriers exposés au soleil et où les serpents et les lézards ont trouvé refuge. Récompense du sommet, les baies font notre goûter.

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samedi 12 octobre 2019

Sortie en montagne 26 : le Ventoux.

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Escapade dans le sud de la France, au pied du mont Ventoux. Les lavandes sont en fleur et presque toute la famille est là, un bonheur. Les amandiers ont bien poussé, l'olivier est beau, bref, on prend plaisir à se retrouver ensemble. Nous avons même la bonne surprise de nous apercevoir que la maison et ses alentours se trouvent sous un couloir migratoire ! Un vautour fauve, un circaète Jean Leblanc et même un aigle royal nous honorent de leur passage, le rêve ! C'est une carte postale que je tente ici de dresser, un peu maladroitement.

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Nous sommes à Sault, joli village connu comme capitale de la lavande. Nous sommes à quelques jours du 15 aout, date où les lavandes et lavandins sont célébrés. Déjà quelques champs sont fauchés et partent massivement à la distillerie. L'essence qui en est tirée part aux quatre coins du monde pour entrer dans la confection de parfums, de cosmétiques, de produits d'entretiens mais aussi de dissolvants et de bons petits plats.

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Nous partons à Aroma'plantes, distellerie du village qui ouvre ses portes aux visiteurs. Nous sommes agréablement surpris de découvrir un véritable musée de la lavande, avec démonstrations, distillations en direct et visites guidées avec dégustation et boutique des produits de l'exploitation.

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Nous sommes ravis, vraiment. L'endroit est superbe, didactique et met en valeur ce patrimoine propre à la Provence. L'exposition, le Lavandoscope est ludique et accessible. Il retrace avec brio l'histoire locale. Les visites gratuites, les ateliers intelligemment présentés, les produits du bar délicieux et l'ensemble terriblement moderne tout en respectant les traditions. Un sentier de découverte (musée en plein air) en accès libre et un jardin ethnobotanique nommé Plantothèque complète l'ensemble. Les plantes et arbustes sont numérotés, et chaque usage et mode d'extraction y sont détaillés. Si vous êtes tentés de fabriquer vos propres savons, vos fuseaux ou vos produits de beauté, c'est une adresse à conserver précieusement.

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Si la lavande peuple les champs, on peut la trouver aussi à l'état sauvage. Dans les cultures et les talus, on peut rencontre plusieurs espèces : la lavande vraie (Lavandula angustifolia), la lavande aspic (Lavandula latifolia) et le lavandin (Lavandula latifolia x angustifolia), hybride naturel des deux premières qui, moins parfumé, et plus productif et plus simple de culture. La lavande papillon (Lavandula stoechas) pour sa part orne les jardins.

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L'ergate forgeron (Ergates faber) se présente à nous sur la fin de la visite. C'est la toute première fois que nous croisons ce gros coléoptère. Il s'agît ici d'une femelle un peu mal au point. C'est un des plus grands longicorne, assez présent dans le sud et dont le corps dépasse parfois 6 centimètres. Il est inféodé aux pinèdes, ses larves se nourrissant des souches pourrissantes. Il joue ainsi le rôle d'un décomposeur précieux à la forêt.

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Passage éclair par Mont Brun, où le chant des cigales nous séduit. Nous pouvons même en approcher une de très près. C'est une superbe cigale grise (Lyriste plebejus), identifiée par un des vérificateurs de Faune-PACA pour qui nous sommes très reconnaissant. Appelée grande cigale commune ou cancan en raison de son chant, elle peut atteindre 5 centimètres. Les adultes et les larves se nourrissent le plus souvent de la sève des arbres.

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Retour à la maison. Les amandiers ont bien grandis et la période de taille a été manquée. Même si la saison ne s'y prête pas, nous n'avons pas d'autres choix que de faire une coupe drastique. Heureusement, Thomas fait toujours preuve de talent dans ce domaine.

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Les gestes sont précis, calculés selon le ratio de la dimension des fruits et de leur abondance. Les branches les moins aptes à produire les amandes sont supprimées, les branches charpentières précieuses conservées. À chaque arbuste, les outils sont soigneusement désinfectés. Cela permet de limiter la transmission de maladies entre les plants, à la manière d'un généraliste auscultant et opérant sur plusieurs patients. Il s'agit ici d'amandiers de culture (Prunus Dulcis), plantés comme ornement mais aussi dans l'objectif de récolter des amandes. Il faudra attendre que les arbres soient suffisamment matures pour donner leurs premiers fruits, c'est là que nous serrons si les amandes seront douces ou amères.

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Beaux papillons, ils profitent du champ de lavande. À gauche, un demi-deuil (Melanargia galathea), qui porte mal son nom, dont le paterne noir et blanc peut varier en fonction des régions et être plus sombre dans les Alpes. À gauche, un azuré, papillon qui appartient à l'un des genre les plus durs à identifier, en particulier quand on ne voit qu'une seule face des ailes. Il pourrait s'agir sans assurance de l'azuré des nerpruns (Celastrina argiolus).

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Un cri perçant nous attire dans le jardin. C'est un hibou petit duc (Otus scops), quelle joie ! Ce rapace nocturne est typique du sud de la France et à la particularité d'être migrateur. Il est connu ici comme nicheur depuis plus de 40 ans mais c'est la première fois que nous le voyons. Pas plus gros qu'un merle, il est prédaté par d'autres oiseaux de proies. Pour s'en protéger, son plumage est mimétique de l'écorce des arbres dans lesquels il vit.

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Dernier tour par le village de Sault. L'été bat son plein, et nous nous mêlons sans mal aux touristes qui commencent à affluer. Les bouquets de lavande sont accrochés aux murs, pour préparer l'arrivée du 15 août. Pour l'occasion des courses de chevaux sont organisés sur l'hippodrome utilisé uniquement à cette occasion.

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Objectif Ventoux, enfin. Nous somme nombreux ce jour là, avec peu de temps, l'asencion ne se ferra donc pas à pied. La vue est incroyable et nous sommes avec quelques cyclistes les premiers arrivés, ce qui nous permets de profiter du lieu en toute quiétude. Les accenteurs mouchets (Prunella modularis) et les venturons montagnards (Carduelis citrinella) volent ça et là, nous sommes heureux de les voir car cela faisait plusieurs années que nous cherchions à voir ces derniers. Ces petits passereaux ont une aire de répartition très stricte, réduit à certains massifs européens. Granivores, ils affectionnent les boisements de conifères situés à plus de 700 mètres d'altitude. Pendant la période de nourrissage des petits, ils consomment essentiellement des graines de pins, de pissenlits, d'autres astéracées et de graminées, en ajoutant une part non négligeable d'insectes au régime pour apporter les protéines nécessaires aux oisillons.

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Le sommet situé à 1910 mètres d'altitude, donnant une vue imprenable sur les autres massifs. Repéré par les hommes très tôt, il est prisé des cyclistes et des parapentistes mais aussi pour son point stratégique. C'est de-là que bien des étoiles sont observées grâce à l'observatoire astronomique et des ondes envoyées par le grand émetteur rouge et blanc qui s'observe à très grande distance et qui est emblématique de cette montagne solitaire.

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Nous ne l'avions encore jamais vu. Le pavot velu du Groenland (Papaver aurantiacum) est extrêmement rare, uniquement observable dans le sud de l'Europe au sommet du Ventoux où il abonde dans les éboulis rocheux. Relique de la flore locale, c'est un survivant de la période glacière, ayant trouvé refuge en altitude. La phylogénétique semble indiquer qu'il s'agît plutôt d'une sous-espèce du pavot des Alpes (Papaver alpinum).

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Il se reconnaît à ses fleurs aux pétales jaune vif, tirant parfois sur le orange, couleur lui ayant valu son nom scientifique d'aurantiacum, qui signifie orangé. Son nom vernaculaire de velu désigne ses feuilles vert-gris poilues qui lui permettent de retenir l'humidité et se protéger du froid.

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La pilosité de la plante a longtemps été retenue comme critère déterminant pour la désigner comme une espèce endémique, mais la variabilité entre les individus est un autre élément indiquant que ce statut n'est pas si légitime, la présence de poils ne se relevant pas discriminant dans sa détermination. Sur les sites de référence comme l'INPN, Inventaire National du Patrimoine Naturel, tenu par le MNHN, le Musée National d'Histoire Naturel, il a désormais le nom technique de Papaver alpinum var. aurantiacumn rejoignant ainsi le pavot des Alpes (Papaver alpinum) qui lui présente aussi bien des pétales blancs que jaunes.

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C'est une espèce caractéristique de milieux précis, et entre dans la détermination de ceux-ci en particulier des "éboulis à Thlaspi rotundifolium", le tabouret à feuilles rondes que nous avons pu croiser ici et là quelques deux-trois plutôt au même endroit. Ce pavot est aussi caractéristique des "éboulis calcaires subalpins à alpins à éléments moyens des Alpes", un long terme utilisé dans les cahiers de détermination d'habitats.

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La flore du mont Ventoux est assez incroyable. On y croise des centaines d'espèces végétales, dont pas moins d'une trentaine rares, souvent typiques du climat méditerranéen des montagnes des pays de l'est ou du grand nord, un avantage quand on veut s'exercer à la botanique sans partir à l'autre bout du monde. 

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Une famille de mésanges charbonnières (Parus major) s'égosille dans les branches d'un pin à crochets (Pinus uncinata). C'est la mésange la plus commune d'Europe, qui à l'hiver est si présente dans les mangeoires des jardins. Bien qu'abondante et n'ayant pas de statut de menace, c'est une espèce protégée dont les effectifs commencent à chuter, comme celui de tant d'autres petits passereaux qui font partis de notre quotidien.

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Un grand classique des milieux arborés, quelques qu'ils soient, le chardonneret élégant (Carduelis carduelis), qui n'a pas volé son nom avec son plumage éclatant. Son masque rouge, sa poitrine chamois, son croupion blanc, ses ailes jaunes et noires et sa queue sombre tachetée sont tout autant d'éléments qui permettent de l'identifier aisément. Granivore, son régime alimentaire se devine à son bec épais l'aidant à briser les graines.

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Le départ de Sault approche, un dernier oiseau s'offre à nous, le majestueux circaète Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus). Ce rapace se nourrie de reptiles, en particulier de serpents. Sa grande envergure, plus d'1,80 mètre pour certains individus, permet de le voir d'arriver de loin. Migrateur, il quitte la France dès septembre, ce qui explique les grands mouvements que l'on peut observer le long des axes migratoires connus et par les cols.

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Passage par un dernier village. Sur les oliviers et les ormes, des dizaines de papillons sèches les ailes. Ces mêmes papillons qui nous ont accompagné tout au long de notre week-end. Il s'agit de la silène (Brintesia circe), une espèce faisant partie de celles qui ont un genre à elles seules. Il est typique des milieux herbacés, roches ne poacées (graminées) dont sa chenille se nourrie. Il ne produit qu'une seule génération par an.

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Le voyage n'est pas fini. Un de notre objectif de l'année est de retourner voir les guêpiers d'Europe (Merops apiaster), des oiseaux très colorés que nous n'avions pu observer l'an dernier faute de matériel adapté. Pour se faire nous sommes dans le Colorado Provençal, un site aux premiers abords naturel mais complètement industriel, fruit de l'extractions des ocres du sol, connues sous le nom d'ocres de Rustre et où les oiseaux nichent dans les falaises à la roche tendre.

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Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce n'est pas du Far West que le site tire son nom, bien que ressemblant, mais du provençal, Colorado étant un dérivé du mot couleur. En effet, depuis la route on peut admirer des strates variées, formant 24 nuances s'étallant du rouge au blanc, en passant par le jaune ou le vert, résultat de l'altération du fer, de l'aluminium, des silicates ou encore du manganèse contenus dans les argiles vieilles du Crétacé et formées il y a 110 millions d'années. Sur 30 hectares, un sentier permet aux visiteurs de découvrir cet héritage.

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Les oiseaux sont au rendez-vous. L'instant est magique. Sur les branches d'un arbre mort, ils se posent comme des feuilles multicolores, faisant écho aux chapeaux de fées alentours. Parmi les guêpier, des juvéniles venant tout juste de sortir des terriers creusés par leurs parents. Ils réclamant leur pitance, mais les nourrissages sont peu nombreux, ceux-ci devant apprendre à se débrouiller seuls pour la migration s'annonçant imminente.

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Nous partons. Vraiment ? Sur la route nous apercevons les falaises de Lioux. Demi-tour immédiat, dans l'espoir fou de voir un percnoptère (Neophron percnopterus) un petit vautour revenu depuis peu en France et extrêmement rare. Très bel oiseau qui doit le jaune de son bec aux excréments des carcasses dont il se nourrie. On repassera pour le glamour. Nous ne le verrons pas mais nous serrons gratifier d'une bataille violente entre deux couples de faucons crécerelles, du vol des martinets à ventre blanc et des hirondelles des rochers et d'une quarantaine de guêpiers. C'est sur ces belles images que nous quittons le sud de la France.

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