vendredi 17 août 2018

Sortie en forêt 77.

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Il y a bien trop de monde sur les plages. Les grands lacs que sont Aiguebelette et Paladru sont pris d'assaut. Il est temps d'aller dans nos coins secrets en forêt pour trouver un peu de fraîcheur. Aux portes de la Chartreuse, une cascade discrète alimentée par l'Aigueblanche nous sert de terrain de jeu le temps d'une soirée.

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Le sureau de montagne (Sambucus racemosa) est bientôt à point. Ses baies se consomment en confiture ou en gelée une fois débarrassées de leurs graines qui sont riches en hétérosides cyanogènes. On les mêle souvent à d'autres fruits en raison de leur teneur en pectine qui permet une gélification rapide des préparations.  

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Depuis une éclaircie dans la forêt, il est possible d'observer Saint Laurent du Pont, du nom du Saint romain martyr, ainsi que la vallée du Guiers Mort dans la quelle cette petite ville de campagne se trouve. Elle est récente au regard de l'histoire géologique de la région, la vallée étant un lac lacustre jusqu'au début du Moyen Âge. Cependant, l'occuppation du site sur ses hauteurs est bien plus ancienne. Des reliques paléolithiques mais surtout gallo-romaines ont pu être exhumées. Des pierres taillées aux pièces en argent, en passant par l'hospice pour croisés lépreux et les dolmens allobrogènes, c'est un site historique où bien des secrets restent à être levés.

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Dans le sous-bois de la forêt mixte où se mêlent les sapins blancs et les hêtres, quelques traces laissées par un charmant oiseau ne trompent pas. Les lieux sont habités par la chouette hulotte (Strix aluco). Commune, son hululement lui a valu son nom de chat-huant. C'est une très bonne chasseresse qui permet la régulation des populations de micro-mammifères. Elle a pour habitude de régurgiter ses proies sous forme de pelotes de rejection qui s'identifient à leur taille mais aussi à la présence d'ossements, en particulier de crânes, en bon état.

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L'herbe aux sorcières (Circaea lutetiana) porte aussi le nom de Circée de Paris, en hommage à la sorcière Circé de l'Odyssé d'Homère. Il paraîtrait qu'Hermès porta à Ulysse quelques brins de cette plante comme antidote aux potions de la magicienne pour ne pas finir comme ses camarades en porcs. Son nom scientifique "lutetiana" fait pour sa part écho à la ville de Lutèce, qui de nos jours se nomme Paris. Appelée de la sorte dans de nombreux pays d'Europe, la Circée de Paris est souvent associée à la figure de la plante maléfique bien qu'elle soit que peu toxique. Dans certaines régions elle est nommée en patois "herbe aux sourciers" du fait qu'elle pousse de préférence dans les milieux riches en matière organique, humides et ombragés. 

Riche en tanins, on lui connaît dans la tradition populaire un usage médicinal, en particulier pour le soin des plaies et pour la bonne cicatrisation de celles-ci. Cependant, c'est sur les muqueuses qu'elle a de véritables effets, par sa nature de plante astringente. Fortement attachée au folklore européen, elle porte encore bien des surnoms comme ceux d'enchanteresse en patois français, de Gewöhnliches Hexenkraut en allemand (Herbe aux sorcières commune), de Enchanter's Nightshade en anglais (Morelle de l'enchanteur), de Erba-maga en italien (Sorcière commune) ou encore de Groot Heksenkruid en norvégien (Grande sorcière). Bien que présente de manière abondante sur presque tout le territoire français métropolitain, elle est intégralement protégée en région PACA du fait qu'elle y trouve plus rarement les conditions favorables à son développement, celle-ci n'aimant pas la salinité et les sols rocheux de la côte.

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Autre plante forte de notre folklore, la fougère aigle (Pteridium aquilinum). Son nom tiendrait au fait que tranchée, la moelle de sa tige laisse apparaître une tête d'aigle. Pour ma part je n'ai jamais rien vu de la sorte. Plante protectrice, on pensait que la brûler attirait la pluie en période de sécheresse et chassait les serpents des étables, ces derniers et plus particulièrement les vipères étant accusés de venir boir le lait aux pis des vaches.

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La saison des papillons noctures et forestiers bas son plein. Au sol, une aile d'un de ces lépidoptères (soit Catocala nupta nommée "la mariée", soit Catocala elocata nommée "la déplacée" à la vue des motifs et des couleurs), sans doute happé en vol par un oiseau ou une chauve-souris forestière, les chiroptères adorant croquer les gros papillons nocturnes.

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À savoir, à 2,25 kilomètres de là se trouve le clocher de l'église de Merlas. Celui-ci abrite une importante population de petits rhinolophes (Rhinolophus hipposideros), une espèce de chauve-souris devenue extrêmement rare en raison des pollutions lumineuses et agricoles qui ont mené à la disparition de leur habitat et de leurs proies. En période d'hibernation ou en repos, ce rhinolophe s'enroule dans ces grandes ailes et prend la forme d'une minuscule goutte, celui-ci ne dépassant pas les 7 grammes. Il mange de nombreux insectes qu'il chasse à la cimes des arbres, dans les bois, en lisière et dans les marais. Pouvant manger en une nuit plus d'une centaine de moustiques, il se tourne aussi vers les papillons nocturnes au vol plutôt lent et les araignées.

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Pas ou peu de champignons poussent en cette période de sécheresse, quelques satyres puants (Phallus impudicus) sortent ça et là pour le plus grand plaisir des mouches qu'ils attirent avec leur délicieuse odeur de cadavre. Je l'accorde, il y a plus romantique, de ce fait nous retournons dans l'eau jusuqu'au prochaine article.

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lundi 27 novembre 2017

La nature en ville.

DSC02558La nature en ville, c'est un terme nouveau, né pour décrire quelque chose qui a toujours été là, près de nous, mais que nous n'avons pas toujours su voir. Le vivant sauvage, la plante non maîtrisée, l'oiseau qui s'intalle sous la fenêtre et l'animal dit nuisible font partis de cette nature en ville. Elle prend place dans le pied de lierre qui s'infiltre dans les jardins et court sur les murettes à recherche de lumière. C'est là, dans les interstices des pierres, que viennent prendre refuge les lézards de murailles et les chauves souris comme les pipistrelles, coupant court à à nos villes aseptisées.

DSC02567C'est aussi en ville que l'on remarque le plus la présence de belles étrangères, les espèces dites invasives ou EEE (espèces exogènes envahissantes). Les plantes à fleurs invasives égayent nos bords de routes, poussent souvent là où aucunes autres ne peuvent pousser en raison de la pollution et sont parfois des réserves de nourriture pour les animaux. Cependant, dans un même temps, leurs fortes capacités d'adaptation entraînent la disparition de notre faune et de notre flore et d'important dégâts pour notre santé, notre environnement et notre économie.

DSC02572Dans la formation de gestionnaire environnemental (via le BTS GPN), la nature en ville est une question de plus en plus présente. Comment favoriser la nature dans la ville ? Comment la faire connaître ? Comment concilier celle-ci avec notre mode de vie et nos infrastructures ? Comment la préserver ? Quelle gestion et quelles mesures pour les EEE ? C'est là que se trouve une partie des grands enjeux auxquels les gestionnaires sont amenés à trouver des solutions, d'autant plus que la demande de naturalité dans nos ville se fait de plus en plus grande.

dimanche 7 mai 2017

Sortie en forêt 70.

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 Nous voila de retour à l'Île de la Table Ronde, cette fois pour notre loisir personnel. Un mois s'est écoulé entre cette visite et notre chantier sur la petite pairie de l'île et on peut dire que depuis, elle a bien verdie. les oiseaux y sont plus actifs que jamais sans parler de la flore et plus particulièrement des orchidées précoces.

 

L'ail des ours (Allium ursinum).

Amateurs de plantes sauvages à vos paniers ... ou pas. L'ail des ours de l'Île de la Table Ronde fait parti des habitats précieux qui composent ce milieu. Bien que délicieux, il se trouve aussi dans une zone péri-urbaine ce qui implique la présence de pollutions multiples, en particulier le long des chemins et dans les zones reculées. Pour les plus courageux, il faut aussi se méfier des tiques et autres parasites qui sont nombreux.

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 Le milan noir (Milvus migrans).

Bien que le ciel soit gris les milans noirs sont nombreux. À la moindre percée du soleil on peut les voir tourner au dessus des prairies ou se percher sur les branches des arbres. Ce sont des rapaces qui se nourrissent d'animaux morts et de charognes, ce qui explique pourquoi on les voit souvent suivre les engins agricoles.

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Le grand cormoran (Phalacrocorax carbo).

Pour s'alléger et avoir une meilleure pénétration dans l'eau, son plumage n'est pas imperméable, ce qui l'oblige à passer une partie de son temps à sécher ses ailes en les tenant grandes ouvertes. Amateur de poisson et concurent des pêcheurs, des individus vont être tirés cette année bien que les populations sont encore fragiles.

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Au bout du chemin.

L'île est longue, très longue et bien mal nous en a prit de penser que nous pouvions en 1 heure en traverser la moitié. Celle-ci s'étend sur 11 km de long et sur 2 km de large. Autant vous dire que nous avons marché un moment avant de nous poser afin de pique-niquer à la pointe de celle-ci, là où les deux Rhône se réunissent. 

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Retour sur le chantier.

Retour sur la petite prairie où les actions de chantier, visant à mettre en place une gestion différenciée dans le but favoriser les populations d'azuré du serpolet (Phengaris arion) et les populations d'orchidées, ont été menées. Vous pouvez d'ailleurs retrouver les trois épisodes précédents ICI. Depuis notre intervention, la pluie a rendu le site vert et les rejets de saules coupés ont donné quelques feuilles, signe qu'ils sont prêts à être plantés.

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Le vieux Rhône et ses crues.

Le vieux Rhône est le lit historique du fleuve Rhône qui a été canalisé par l'Homme. Il est souvent suivit en parallèle par le canal du Rhône qui a été creusé pour permettre le passage des péniches de fret. Son débit est très bas mais connaît parfois des hausses spectaculaires, en particulier quand les barrages en amont font de gros lâchés d'eau, en particulier si les précipitations sont trop importantes et menacent les hydroliques.

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L'aurore (Anthocharis cardamines).

 Les mâles de cette espèce se reconnaissent au premier coup d'oeil : ils ont l'extrémité de leurs ailes oranges. On en dénombre pas moins de douze sous-espèces dont certaines sont propres à l'Angleterre et l'Irlande. La chenille se développe sur les cardamines mais aussi d'autres brassicacées comme l'allaire officinal (Alliaria petiolata).

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Les méloés (Meleo sp.).

Ce sont de gros coléoptères dont on voit souvent les femelles au printemps présenter un abdomen gonflé. Les larves, chez la plus part des espèces de cet ordre, parasitent les ruches et se nourrissent du couvain. On l'appel parfois l'enfle-boeuf en raison du fait que les animaux de ferme le broute parfois par erreur et peuvent s'intoxiquer, la faute à la cantharidine, molécule utilisée par certains insectes pour éloigner les prédateurs de leurs oeufs.

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L'Ophrys de Mars (Ophrys exaltata subsp. marzuola).

Cette espèce dans le monde de l'orchidophlie (l'étude des orchidées) fait débat. Sous-espèce pour certains, espèce à part entière pour d'autres ou même erreur de classification pour les derniers, cet ophrys ne laisse pas indiffèrent. Il est souvent associé à une forme précoce d'ophrys araignée (Ophrys arachnitiformis) ou d'ophrys occidental (Ophrys occidentalis). Il est surtout présent dans le sud du pays, jusqu'au département du Rhône.

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Le castor européen (Castor fiber).

Il est revenu depuis quelques temps sur le Rhône et laisse de nombreuses traces visibles de lui. Cependant il n'est pas simple de l'observer. C'est un animal discret qui n'aime pas être dérangé et qui se croise plutôt le soir et tôt le matin comme de nombreux animaux. Il est friand de branches et d'écorces de bois tendre.

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Le mot de la fin.

Voilà une sortie fort sympathique. C'est un vrai plaisir de voir l'évolution du chantier et de faire découvrir le site à mon bien aimé, et puis quel plaisir de voir des orchidées de sorties, ça commençait vraiment à me manquer. Bref, c'est un joli petit coin de nature à 10-15 minutes de Lyon qui est même accessible en train. À tester.
Cet article est dédié à Michel, grand amoureux de nature, blagueur et bon vivant, il manquera à bien des gens.

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