mardi 19 février 2019

Retour sur la côte méditerranéenne.

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L'hiver a débuté en douceur dans le sud de la France. Les bords de mer sont calmes, peu de monde flâne le long de l'eau, nous errons dans la ville avant de finir sur le rivage. Les goélands leucophés (Larius michaheliis) sont les rois de la plage à cette heure. Ils ont été récemment dissociés de leurs cousins les goélands argentés (Larius argentatus) dont les pattes sont roses. De ce fait, nos voisins anglais le nomment goéland aux pattes jaunes. C'est un grand oiseau avec une envergure maximale de 160 centimètres et dont le vol est similaire à celui des rapaces, se laissant porter par les vents et pouvant se reconnaître dans les airs à son battement d'ailes lent. Ce ne serait être la seule espèce remarquable qu'il est possible de voir en cette saison aux abords de Marseille et plus globalement dans le sud de la France. En effet bien d'autres bestioles nous ont fait le plaisir de pointer le bout de leur nez ou de leur bec. Parmi celles-ci, on compte le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). Bien qu'il soit commun, on oublie souvent à quel point il peut-être fascinant.

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Chez notre ami le rouge-gorge, mâle comme femelle chantent. Cela tient au fait que l'oiseau est très territorial, quelque soit son sexe, ce qui lui demande de faire savoir à ses congénères qu'il est là et que son domaine s'étant jusqu'ici. Peu farouche, on le rencontre en sous-bois, dans les milieux ouverts et au jardin où on peut le voir se nourrir à la belle saison d'insectes. Quand les invertébrés viennent à manquer, il se tourne vers les baies et les graines.

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Le romarin officinal (Rosmarinus officinalis) est en fleurs. Son nom scientifique, tiré du latin, est des plus poétiques puisqu'il signifie "rosée de la mer". Caractéristique des sols secs et calcaires du sud de la France qui composent la garrigue, il est une source non négligeable de nourriture pour les pollinisateurs hivernaux comme certaines abeilles ou syrphes. D'ailleurs, le miel de romarin est très réputé pour ses qualités gustatives et médicinales.

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Celui-ci provient du parc des Bruyères, une des nombreuses portes d'entrée sur les Calanques. Sa présence dans un parc nationnal interdit toute cueillette même s'il est abondant et apprécié en cuisine méditerranéenne pour parfumer les plats. Parmi les plantes présentes on trouve de nombreuses essences réputées pour leur parfum, leur floraison précoce mais aussi pour le fait qu'elles sont spécifiques à la région. En résulte un tableau bucolique digne du roman "La gloire de mon père" où les lianes et les buissons épineux s'entremêlent sur fond de roche blanche.

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L'ajonc de Provence (Ulex parviflorus) surprend le promeneur. Outre sa jolie floraison jaune au coeur de l'hiver, il dégage une puissante odeur de noix de coco qui ne laisse personne indifférent. Ce buisson épineux était employé comme barrière impénétrable pour cloisonner les zones de pâture et protéger les habitations des maraudeurs.

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On dissocie deux sous espèces, Ulex parviflorus subsp. funkii typique de l'Afrique du Nord et du sud de l'Espagne, et Ulex parviflorus subsp. parviflorus courant dans nos régions. Cet ajonc appartient à la famille des légumineuses au même titre que les pois ou les haricots. Il était et est encore parfois broyé comme fourrage pour le bétail. Souvent confondu avec le genêt, il se différencie de celui-ci de par son arsenal  défensif et la non toxicité de son bois et de ses fruits. On trouve de nombreuses espèces proches sur le territoire comme l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus) et sa sous-espèce l'ajonc maritime (Ulex europaeus subsp. maritimus) typique quant à lui du massif armoricain.

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Pour rester dans la thématique Pagnol, voici la clématite brûlante (Clematis flammula) nommée aussi clématite flammette. Elle est proche de la clématite des haies (Clematis vitalba) mais s'en distingue par ses folioles dentées et sa préférence marquée pour les littoraux et les zones de basse altitude (0 à 600 mètres). Autrefois elle était fumée tel un cigare par les enfants pour imiter les plus grand. On peut l'utiliser aussi comme allume feu.

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Les chenilles processionnaires (Thaumetopoea pityocampa) ont pris possession des pins. Issues d'un tout petit papillon de nuit blanc à la durée de vie éphémère : pas plus d'une nuit, les chenilles vivent en groupe dans un cocon commun d'où elles sortent la nuit pour se nourrir des aiguilles du conifère sur lequel elles vivent. De juin à septembre les papillons déposent jusqu'à 320 oeufs sur l'arbre hôte. Six semaines plus tard les chenilles en émergent, crées leur cocon et se mettent à table. Entre février et mars elles descendent de leur arbre, s'enfouissent dans le sol et se mettent en nymphose. À partir de juin les papillons émergent de la terre et cherchent un partenaire puis les femelles pondent sur les arbres et le cycle peut recommencer.

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Passage par la plantation d'oliviers (Olea europaea var. europaea). La taille ne devrait pas tarder, celle-ci est nécessaire s'il on souhaite obtenir une fructification importante en favorisant les branches les plus solides et les mieux portantes. Dans le coin on peut également rencontrer l'olivier sauvage (Olea  europaea var. sylvestris), nommé aussi oléastre et dont la présence dans le sud daterait de - 8000 ans avant notre ère.

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La globulaire buissonnante (Globularia alypum) est un arbrisseau petit et dense aux fleurs touffues bleues aux étamines et pétales abondants. Courant sur tout le pourtour méditerranéen, elle pousse en touffes isolées.

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Médicinale, elle était employée comme panacée en Méditerranée sous forme d'infusion ou de teinture mère, en particulier pour soigner les problèmes liés au diabète en permettant après usage une libération accrue d'insuline. Antiseptique, cicatrisante, astringente et anti-fongique, sa consommation doit être encadrée et pour cause, elle peut aussi causer des vomissements, de l'exitation et des troubles nerveux. Son nom scientifique "Alypon" est tiré du grec et rend hommage à son usage populaire, le terme signifiant "qui soigne". Ses fruits (des akènes) sont dits épizoochores, c'est à dire qu'ils utilisent le plumage ou le pelage des animaux pour se disperser aux quatre vents grâce à leurs déplacements. On parle alors plus généralement de zoochorie.

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La tarente de Mauritanie (Tarentola mauritanica) est un petit gecko méditerranéen aux moeurs nocturnes. On la rencontre sous les végétaux, dans les broussailles, dans les amas de pierres, sur les façades ensoleillées et sur les toits bien exposés. Chasseresse, elle se nourrie de larves et d'insectes cachés dans la végétation ou les failles de la roche. Elle peut même se nourrir de jeunes reptiles dont des juvéniles de son espèce si sa taille lui permet.

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L'hiver, elle hiberne à demi-enfouie dans le sol ou la végétation, hémergeant quand le soleil se présente. L'été, elle sort la nuit et devient active à partir d'une température dépassant les 20°C. Avec l'emballement du climat, elle tend à remonter depuis le sud jusqu'à Lyon en passant par la vallée du Rhône. De ce fait, des prospections à la recherche de ce petit reptil rare et protégé sont organisées pour établir une cartographie de sa population. 

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Comme chaque année, la bruyère multiflore (Erica multiflora) nous émerveille. Des millions de clochettes roses colorent les collines et donnent au paysage des reflets dignes d'un couché de soleil. À savoir, c'est une des rares espèces de bruyères à tolérer les sols calcaires.

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Elle s'ajoute aussi la la liste des espèces méllifères présentées ici. Elle fait le bonheur de nombreux insectes de part sa longue floraison durant parfois plus de 5 mois. Bien que se développant en méditerranée, c'est une plante robuste qui peut résister à des températures frôlant le -10°C. Elle fait également fi des sécheresses prolongées ce qui lui a valu une belle place dans de nombreux jardins. Cependant, s'il on veut profiter de ses fleurs incroyables tout en gardant un joli buisson, la taille ne devra intervenir qu'à la floraison passée. De toute façon cette bruyère ne dépasse pas les 80 cm de haut et possède par nature un port harmonieux et ne nécessite de ce fait que très peu d'interventions. Facile de cullture quand le climat et la nature du sol s'y prêtent, on peut aussi bien la semer, la marcotter, la bouturer ou repiquer ses rejets printaniers.

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Toujours depuis le parc des Bruyères (et dont désormais vous pouvez avoir une idée d'où il tire son nom), le paysage s'ouvre à nous. La Bonne Mère figure comme un point culminant au-dessus de la ville de Marseille tandis que la mer se dessine en arrière plan.  Au-dessus des falaises et éboulis calcaires du premier plan, un faucon crécerelle femelle (Falco tinnunculus) qui se différencie du mâle à l'absence de plumes gris-bleuté sur la tête, s'adonne à sa chasse quotidienne. Tout inspire le calme et la tranquillité dans ce parc, où seul le silence est rompu par l'abboyement des chiens des promeneurs, les cris des enfants et les halètements des coureurs.

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Retour à la maison, avec un petit passage obligé par le massif des Alpilles. Son point culminant se trouve au sommet des Opies, à 498 mètres d'altitudes, bien loin de la pointe des Alpes culminant à 4809 mètres d'altitudes.

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Surprise pendant notre ascension, un joyeux troupeau de chèvres naines nous accompagne. Agiles, elles escaladent les falaises nous distansant sans mal pour rejoindre le sommet. Par endroit nous employons des gaudres, petits ruisseaux typiques de la régions souvent à sec. Leur lit nous sert de sentier pour rejoindre le chemin balisé. Pendant notre visite nous avons également l'occasion de croiser de nombreux grimpeurs attirés par les parois rocheuses abruptes. C'est là aussi que le grand duc (Bubo bubo) à pour habitude de prendre ses quartiers mais pas de traces ce jour là du bel oiseau de nuit. La cohabitation entre hommes et rapaces nocturnes est difficile et souvent les activités de loisir font fuir les animaux nichant sur le massif. C'est sur cette pensée que notre périple prend fin ... enfin presque, car c'est sans compter sur notre petit tour par la Camargue. Suite au prochain billet !

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samedi 17 novembre 2018

Journée des Plantes à Aiguebelette

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Plantes et Jardins de Savoie

Il y a peu, nous avons pu assister aux "Journées des Plantes du Lac d'Aiguebelette" en Savoie pour marquer la belle saison qu'est l'automne. C'est pour moi l'occasion de quitter la sphère des plantes sauvages pour vous présenter quelques unes de mes horticoles préférées et qui, je l'espère, peupleront un jour mon jardin rêvé. Arbres, fleurs, lianes, fougères, mousses et même champignons font partie de ce paysage mental que nous tendons peu à peu à coucher sur le papier pour en faire un jour une réalité. En attendant, nous courrons les parcs, les jardins, les foires et les expositions pour trouver l'inspiration. C'est ainsi que nous avons pu faire la découverte il y a quelques années de cela du tilleul d'Henry (Tilia henryana), un cultivar qui se distingue par ses petites feuilles en forme de coeur et à la limbe hérissée. C'est ce que je préfère chez lui, il détone par son aspect rude mais une grande poésie se dégage de l'ensemble, en particulier du vert du feuillage qui contraste avec les nervures plus claires et qui donne l'impression de voir tout un réseau de veine, pour un rendu organique. Organique, c'est un des mots que j'ai à la bouche quand je dois décrire les plantes horticoles que j'aime. La ressemblance de certaines avec le monde animal ou des organes me fascine et m'attire.

Cependant, ce n'est pas le seul des critères qui animent nos choix. La liste de ceux-ci est longue. Plantes non invasives (surtout), aux écorces d'exception, adaptées à la nature du sol, aux floraisons hivernales ou prolongées, délicieusement parfumées, dépolluantes, fruitières et fourragères ou encore rares, il y a de quoi se constituer un sacré catalogue. Parmi nos préférences, les érables (Acer) et les cornouillier (Cornus) sont les rois, avec pour ma part une grande préférence pour le cornouiller du Japon (Cornus kousa) aux fruits roses.

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C'est la première fois que je rencontre l'échevérie de l'Etna (Echeveria cv. 'Etna'). C'est un hybride issu d'Echeveria 'Mauna Loa' (aux motifs rouges le long de la limbe) et d'Echeveria 'Barbillion' (aux caroncules prononcés), deux cultivars qui comme le genre du même nom, sont originaires du Mexique et de l'ouest d'Amérique du Sud.

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Créée aux Etats-Unis, son nom d'Etna fait référence à ses couleurs qui pour ses créateurs évoquent une coulée de lave. Résistante à la sécheresse, elle se plaît dans les sols drainés exposés à mi-ombre, ce qui laisse entendre que sous nos l'atitudes, elle ne peut être cultivée qu'en intérieur ou en serre car la belle ne supporte pas la moindre gelée. Côté floraison, rien de très extraordinaire. Cette echéverie apparatient à la famille des crassulacées comme les orpins et les joubarbes, ses fleurs orangées en sont caractéristiques et se dressent au sommet d'une hampe florale rouge. Le feuillage persistant fait la particularité et la beauté de ce cultivar qui me plaît tellement.

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D'une manière plus générale, j'adore les crassulacées que l'on range aisément dans la catégorie des plantes grasses. Leur adaptation aux zones sèches, la grande résistance de certaines au froid et au piétinement mais aussi, leur apparence de cactée ou de cailloux ne va pas sans susciter la curiosité. J'aime particulièrement les joubarbes car elles m'évoquent les jardins de grand-mère et de montagne mais aussi, pour les légendes qui s'y raccrochent. Associées à Zeus puis Jupiter et enfin le bon Dieu, on les plaçait parfois sur les toits des maisons pour empêcher le foudre de les frapper. Au Moyen Âge, on les employait comme aphrodisiaque mais aussi cobtre la dureté d'oreille, ce qui tendrait à faire mentir l'adage selon lequel certaines pratiques pourraient rendre sourd ...

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Au premier abords, je n'ai jamais été fan des conifères, et puis j'ai découvert les merveilles du sapin blanc (Abies alba) des forêts de Chartreuse, puis le pin parasol du Japon (Sciadopitys verticillata) dont je suis littéralement tombée folle amoureuse en le découvrant au fin fond de l'arboretum de Huelgoat il y a un peu plus d'un an. Aujourd'hui mon dévolu se porte sur le sapin de Corée nain panaché blanc (Abies koreana "Ice Breaker"). Ne dépassant que rarement 1 mètre, son aspect de buisson dense et tortueux me fait complétement craquer.

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Je ne pouvais pas non plus m'arréter sur ces deux cultivars nains de ginkgo (Ginkgo biloba) aux feuillages incroyables ! Le Chris Dwarf ne dépasserai pas les 60 centimètres en 10 ans et le Sehoshaphat n'aurait une croissance guère plus remarquable mais détonerait par des feuilles de petite taille et d'un joli vert glauque.

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C'est également à la fête aux sorbiers (Sorbus),  des arbustes de grande taille connus pour leurs fruits et leurs feuillages colorés quand s'en vient l'automne. Là encore mon coeur chavir, et bien que je dois avouer rêver de planter un jour le sorbier des oiseleurs (Sorbus domestica) et son cousin, le cormier (Sorbus aucuparia), ils ne sont pas les seuls. Dans la liste, on trouve ce superbe spécimen.

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Le sorbier à feuilles de fougère (Sorbus scalaris) est une espèce asiatique qui se développe dans les montagnes de Chine jusqu'à 3000 mètres d'altitude, en particulier dans les forêts mixtes, c'est à dire qui se composent de feuillus et de conifères. Néanmoins il est rare de trouver l'espéce sous nos l'attitude, sa culture s'avérant complexe. Il s'agît le plus clair du temps d'hybrides issus d'un parent européen. Il est apprécié comme arbre d'hornement pour son feuillage qui devient intégralement pourpre à l'automne mais aussi, ses imposantes ombelles de fleurs blanches mélifères qui, au printemps, embaument l'air.

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J'adore les hortensias (Hydrangea). Pendant longtemps, je les ai rangé dans les plantes à mémé avec les bégonias et les pensées (qui s'y trouvent toujours), mais notre premier road-trip en Bretagne, les nombreux jardins visités puis l'incroyable jardin de mon professeur de mathématique m'ont finalement fait changer d'avis.

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Originaires d'Amérique du Nord et d'Asie, en particulier de Chine et de Japon où ils sont aujourd'hui encore très populaires, les hortensias ont conquis la Gaule. Si le classique Hydrangea macrophylla est en tête des ventes, il commence à être peu à peu talloner par de petits nouveaux.

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Pour nous, c'est l'hortensia paniculé (Hydrangea paniculata) qui remporte tous les suffrages. J'ai eu l'occasion de présenter brièvement cette espèce (qui n'est pas illustré en photo ici) dans un des derniers articles du blog. D'originie asiatique et à la floraison blanche, il supporte très bien les sols de nature acide et neutre, s'acclimatant sans mal sous nos l'atitudes. Son intérêt esthétique réside à mon sens dans la forme et les couleurs de ses feuilles. D'abords vertes et ternes tout en évoquant celles du chêne, elles se parent d'un magnifique rouge-orangé quand l'automne s'annonce tandis que les fleurs stériles deviennent rouilles.

 

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Sur l'allée des associations, mon regard s'arrête sur superbe tente en voilage blanc peuplée de jolies fleurs. Une initiation aux plantes sauvages y est proposée en stand, autant vous dire que je saute littéralement dessus. Pesto d'ortie et de plantain, conserve d'ail des ours, fibres de laine teintés avec des plantes sauvages, coloriage nature, miel et huiles essentielles, bénévoles accueillants et sympathiques, il y a tout ce qu'il faut pour faire mon bonheur !

Belle et grosse journée en perspective, avec de nombreuses découvertes ! Mon porte-monnaie se félicite du fait que nous n'ayons pas encore de jardin, sinon la visite se serait soldée par une banqueroute assurée ! Mais nous ne perdons pas bredouilles, dans nos têtes les idées et les envies foisonnent, nos mains se mettent vite au travail et déjà émerge des brouillons papiers notre futur jardin. D'ici la réalisation, il faudra se montrer bien patient.

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dimanche 11 novembre 2018

Défendons notre île et sa forêt !

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L'île de la Table Ronde, un coin de paradis en danger.

C'est un article un peu moins léger qu'à l'habituée que je vous propose ce soir. Il y a quelques semaines de cela, j'ai pu participer avec 200 autres personnes à la marche pour l'Île de la Table Ronde au Sud de Lyon. Si vous êtes un habitué du blog, ce nom vous est peut être famillier et pour cause, c'est là que j'ai pu faire une grande partie des mes chantiers-écoles dans le cadre de mes études.

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Par où commencer ? Peut être par le fait qu'il s'agit de l'une des plus grandes ripisylves de France (et la plus grande du Sud du pays) et que celle-ci est sur le point de disparaître. S'il n'y avait que cela.  Longtemps utilisée comme décharge et comme ball-trap, ses sols sont aujourd'hui fortement pollués. Pourquoi s'émouvoir ? Tout simplement parce que l'écosystème qui s'y trouve y est remarquable et pas un seul titre. Les arbres comme les saules dépolluent lentement mais surement les dérivés d'hydrocarbures présents un peu partout. Les peupliers captent les métaux lourds et les stockent, empêchant que ceux-ci ne finissent dans l'eau ou dans la chaîne alimentaire.

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La mobilisation citoyenne ne s'articule pas uniquement autour de ces enjeux. L'île est devenue au fil des années, sur les espaces ouverts au public, un site majeur pour les familles. Animations nature, observations de la faune, randonnées, baignades et ballades en vélo sont les quotidiens de centaines de métropolitains.  Quant aux habitants de Vernaisons, ils sont aussi les premiers concernés. Il y a 20 ans de cela, ils été invités a payer de leur poche, à travers les impôts locaux, la réhabilitation partielle du site qui se compte en millions d'euros. Aujourd'hui ils vont être mis à nouveau à contribution pour financer sa destruction. Un gâchis énorme en vue.

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Pourquoi donc détruire ce patrimoine me direz-vous ? Pour y installer une pépinière en hors sol pardi, et pas des moindre car il s'agit de le deuxième plus grande de France. Installée à l'origine sur l'île de la Chèvre plus au Sud sur le Rhône, elle a été contrainte de déménager face aux risques chimiques liés aux nombreuses industries locales. Parmi les sites proposés, de nombreuses terres cultivées, des friches et enfin, notre île de la Table Ronde. Pourquoi la choisir ?

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Tout simplement pour des questions pratiques : il n'y a ici qu'un seul propriétaire, ce qui se résume en un gain de temps et de démarches administratives. Quelle brillante idée. Au diable la santé des employés, la faune et la flore, ce n'est pas comme si sur site se trouvait une espèce de champignon endémique, une orchidée protégée, le castor, la loutre de temps à autre, le martin pêcheur, une des plus grandes populations de fougère langue de serpent du département mais aussi, l'un des plus grands sites de nidification du milan noir en France, un rapace protégé. Quel manque de considération pour le patrimoine naturel rhodanien et le bien-être de la population.

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Pour compléter le tableau, un lobbyiste a été engagé pour mettre à mal les démarches visant à proposer d'autres alternatives, agissant littéralement comme la chenille gâte bois (Cossus cossus) que vous pouvez voir si contre sur la photo, qui a été observée au pendant la manifestation sur l'île et, qui se caractérise par sa voracité et sa capacité à mettre à mal tout ce qui peut porter des fruits. Face à l'immobilisme des autorités et les tentatives de sape, les citoyens engagés tiennent bon et tentent de faire primer leurs revendications qui sont plus que légitimes dans un pays démocratique : faire une étude sur les autres sites candidats et rendre publique l'étude d'impact sur les espaces naturels, des choses d'ordinaires obligatoires mais qui semblent ici ne pas tenir compte de la loi.

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Je suis en colère, en colère de voir que la démocratie même à petite échelle ne marche pas partout, de voir les prairies à orchidées (18 espèces tout de même) sur le point de disparaître, de voir pour la dernière fois les tapis d'ail des ours, de voir un poumon vert pour la métropole disparaître à l'heure où on comprend enfin que ceux-ci sont essentiels au bien être humain et à la paix sociale. Quel scandale que celui de refuser d'autres alternatives. Cette nature là c'est un bien commun, elle apaise, elle dépollue et assainie, elle fait gagner des milliers chaque année à la collectivité avec les services écosystémiques qui s'y rattachent. J'ai passé des heures à pratiquer des protocoles, à recenser les fleurs, à observer les oiseaux, à compter les ophrys de mai, à faucher l'herbe haute et à couper les ligneux qui referment le milieu, à contempler les coulées des blaireaux et à sentir l'ail de printemps qui embaume l'air. Je ne pouvais pas ne pas m'engager. Ce n'est pas un acte militant, c'est un acte de bon sens. Un seul credo : "ni écolos, ni bobos mais juste citoyens". Des citoyens déterminés qui plus est. Nos mornes existences manque de nature, ne nous privons pas du peu qu'il en reste aux abords de nos grandes villes. Nos voix ne seront peut être pas entendues mais nos actes les porterons loin.

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samedi 3 novembre 2018

Sortie en montagne 24.

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Au sommet du Pilat

Dans le précédent article, nous nous étions aventurés à son pied en explorant le Pet du Loup. Cette fois-ci c'est au sommet que nous nous attaquons. Le Pilat appartient au Massif Central et se caractérise par la nature acide de son sol et de sa roche mère. De ce fait, la flore que je vous présente dans ce billet et qui en est caractéristique fait son apparition pour la première fois sur le blog.  Cela change quelque peu des espèces que j'ai l'habitude de mettre en lumière dans les "Sorties Montagne", et tiens au fait que cet été nous avons beaucoup visité le massif de la Chartreuse qui lui est de nature calcaire, ce qui favorise les végétaux adaptés aux substrats neutres ou légèrement basiques. Toute fois, on trouve dans l'humus des sapinières cartusiennes et à leurs abords des plantes communes aux deux massifs. Pour en revenir à notre montagne, il faut savoir qu'elle détonne par les climats dominants qui s'y trouvent et qui là aussi, permettent de rencontrer des espèces peu communes dans mes explorations alpines. Si les hauteurs sont animées par un climat montagnard balayé par les vents, la face Ouest est à tendance continentale et celle située à l'Est, à influence méditerranéenne. Autant le dire tout de suite, niveau milieux et habitats, ça détonne. L'agriculture s'est appuyée sur cette spécificité pour se développer. Pastoralisme sur les sommets, sylviculture sur les froides pentes de l'Ouest, viticulture, arboriculture et cultures maraîchères à l'Est, là où le soleil tape le plus fort et où les températures sont les plus douces.

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Pas évident le genre qu'est celui des ronces (Rubus). En botanique on se plaît souvent à dire qu'il y a une espèce de ronce par forêt et je pense de même. Certes on peut aisément différencier la ronce bleue (Rubus caesius) de la ronce à poils glanduleux (Rubus glandulosus) mais de là à pouvoir à mon petit niveau décrire toute la gamme des ronciers, il y a un gouffre. Cependant une chose reste immuable : le plaisir que procure la récolte et la dégustation des fruits qui tâchent tant et colorent les doigts de pourpre.

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Les humains ne sont pas les seuls à aimer ces petites baies sucrées. Merles noirs, muscardins, renards roux ou encore grives musiciennes, c'est un grand nombre d'espèces qui se nourrissent de la ronce. Ces feuilles en particulier font le bonheur  des phasmes et des chenilles comme celles du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi) que j'ai pu présenter il y a quelques jours et qui portent le nom très évocateur d'anneau du Diable. La ronce est très présente dans l'imaginaire collectif, on al retrouve même dans les Disney. Par exemple dans la Belle au bois dormant, elle forme des entraves impénétrables autour du château de la terrible sorcière. Cependant, on ne saurait oublier son rôle bénéfique. Couvrant de son ombre les jeunes plantules des arbres, c'est elle bien souvent qui permet à la forêt de prendre naissance.

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Qu'elles sont belles les dernières campanules (Campanula) de l'année. Elles se distinguent des autres plantes par leurs fleurs bleues à cinq pétales à demi-soudés. Leur nom scientifique Campanula vient du même mot médiéval qui désigne une petite cloche, du fait de leur forme de clochette. Cela explique pourquoi elles sont rattachées à de nombreuses légendes, surtout en Italie, où il est question de clochers et de sonneurs de verpes.

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Connaissez-vous l'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea subsp. vitis-idaea), l'un des plus célèbres pisse-mémé qu'il soit avec le pissenlit ? J'ai fait l'erreur de la confondre au premier abords avec le raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) que l'on nomme bousserole et qui tout aussi diurétique.

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La distinction se fait entre autre, à partir des feuilles dont les bords sont couverts de petits poils. L'airelle rouge s'étant sur une grande aire géographique, on l'a rencontre aussi bien dans des zones arctiques que tempérées et est présente en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. En France elle se plaît dans les collines et massifs acides mais reste rare dans certaines régions comme les Pyrénnées, les Voges et la Normandie (ce ne sont pas les seules). De manière assez générale, elle se plaît sur les sols pauvres, strictement acides et de mi-ombre. De ce fait les tourbières et les flancs des montagnes schisteuses lui conviennent très bien. 

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Bien que très tentante, la récolte de l'airelle rouge ne se fait pas de manière libre et fort heureusement. Certains départements et régions ont mis en place un calendrier et une réglementation visant à préserver les populations de cet arbrisseau qui se fait de plus en plus rare dans les étages collinéens. Un ramassage abusif, l'utilisation d'outils et de techniques inadaptées et le piétinement des plans figurent parmi les causes de sa diminution.

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Côté cuisine, les airelles sont consommées crues en salade et en jus mais aussi infusées. Cuites elles entrent dans la composition de confitures, de sauces pour le gibier et de compotés. Elles peuvent également être distillées pour donner une très bonne eau de vie. Dans l'usage médicinal populaire, le fruit est utilisé pour régler les problèmes de vessie mais aussi utérins. On emploie également à ces fins la teinture mère que l'on tire des feuilles ou de la plante entière, ce qui ne va pas sans impacter les peuplements. C'est également une espèce associée aux maux typiques de ce que l'on appel la vieillerie, du fait de son utilisation pour les problèmes intestinaux et digestifs, les faiblesses osseuses et les défaillances des tissus sanguins comme ceux entourant le coeur.

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Voici un bref aperçu du sommet des Crêtes dominé par la callune commune (Calluna vulgaris). Elle fait bien souvent le bonheur des apiculteurs qui en tirent un délicieux miel. Ici elle compose une partie des pâturages et il arrive régulièrement aux moutons d'en grignoter les jeunes sommités ce qui a pour effet de rajeunir les pieds. À l'instar de certains champignons comme le bolet bai (Imleria badia), elle a la capacité de concentrer certains métaux lourds mais aussi des éléments radioactifs. Pour la petite histoire et l'aspect légendaire, on peut partir du côté de la Bretagne, connue pour ses paysages qui se composent de landes à callune et où, il était de tradition de raconter que la plante jouait un rôle protecteur en chassant les fantômes et les mauvais esprits.

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Une simple sauterelle ? Pas si sûr ! L'identification des orthoptères n'est pas aussi aisée qu'on pourrait le croire. Avec 17 genres et bine plus d'espèces, c'est à la bonne votre pour donner un nom à celle-ci. Cependant on trouve de très bons outils comme cette clé de détermination pour y parvenir.

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Après une petite recherche, il semblerait qu'il s'agisse ici de la dectique verrucivore (Decticus verrucivorus verrucivorus) appelée aussi sauterelle à sabre et qui se trouve, dans le cas présent, dans sa forme verte. Le sobriquet de "verrucivore" viendrait d'une ancienne pratique utilisant cette sauterelle pour se débarrasser des verrues en les faisant mordre par l'insecte puis en les couvrant du suc que celui-ci produit. C'est une espèce appréciant les mosaïques d'habitats, en particulier l'alternance de végétation dense et les zones nues comme les sentiers, les pierriers et les aires d'herbes rases que favorise le pastoralisme même si cette espèce supporte très mal cette pratique. L'individu peu farouche présent sur la photographie est posté sur un myrtiller (Vaccinium myrtillus), une espèces qui accompagne souvent l'airelle rouge et la callune, du fait que ces plantes aient des besoins similaires et appartiennent à la même famille, celle des éricacées.

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Actuellement présente un peu partout en Europe, la dectique verrucivore est en forte régression. En Grande Bretagne elle est même en voie d'extinction et fait l'objet de mesures de protection importantes depuis les années 1990. La disparition de son habitat est l'une des premières causes de l'effondrement de sa population, bien que l'espèce soit ubiquiste (très "adaptable") en se nourrissant aussi bien d'insectes, de larves ou de végétaux. 

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Un couvert de myrtillers, de lichens, et callunes et d'herbes hautes, cela ne va pas sans rappeler les grandes étendues de la Scandinavie avec laquelle notre pays partage bien plus d'espèces végétales qu'on ne le croit, du fait de conditions climatiques similaire entre cette région du monde et une partie de nos montagnes. Néanmoins on ne trouvera au Pilat ni ours, ni boeufs musqués et encore moins de rennes.

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Parmi les gros mammifères qui peuplent les lieux et qui se nourrissent de la végétation locale, on peut citer le chevreuil qui est plutôt forestier mais surtout, les vaches et les moutons qui chaque année montent en estive pour assurer le maintient du milieu. Sans cette intervention les paysages du Pilat seraient bien différents et pour une partie, beaucoup plus forestiers. C'est dans cet environnement que l'on peut aisément apercevoir le renard roux (Vulupes vulupes) tout occupé à se nourrir des fruits de saison. Il reviendra aux premières neiges muloter les rongeurs imprudents réfugiés sous l'épaisse couche de neige.

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Les vents soufflent terriblement fort. Les poacées en sont les premières victimes et finissent par céder face à leur force en se couchant par endroit. Le paysage prend alors des aires de parc américain et on s'attendrait presque à voir débouler un troupeau de bisons (Bison bison) au galop ou d'antilopes américaines (Antilocapra americana).

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Le sommet cumule à 1431 mètres d'altitude et est le point le plus élevé du Crêt de la Perdrix. De là il est possible d'observe la plaine rhodanienne, de voir Vienne, Givor, Saint Etienne, un bout de Lyon et paraît-il, le Mont Ventoux, mais c'est avant tout la vue sur le Rhône qui nous saisie. 

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Une autre des caractéristiques du Mont Pilat réside dans l'abondance de chirats. Typiques du versant nord, ils sont peu nombreux. Ils sont apparus à la toute dernière glaciation et sont le fruit de l'éclatement des roches granitiques sous l'effet du gel. Ils forment un habitat rare, composé de mousses et de lichens, où les reptiles viennent prendre leur bain de soleil. C'est un endroit rêvé pour les herpétologues à la recherche de lézards et de serpents. Emblématiques du territoire, ils figurent  sur le logo du parc régional naturel. D'autres formations géologiques présentent également des pierriers de cette nature, notamment en Ardèche, dans le Puy de Dôme et semble-t-il, au Granier en Savoie (ils sont à dissocier des récents éboulements).

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Je vous en parlais en début d'article, voici la chenille du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi). N'est-elle pas magnifique ? Polyphage, elle se nourrit de feuilles de ronces mais aussi de celles des bruyères et de la callune entre autre. Autant dire que dans la lande elle est tel un coq en pâte. Elle est aussi l'hôte de nombreux parasites, en particulier des larves de certaines guêpes solitaires qui se développent à l'intérieur de la malheureuse.

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La randonnée se termine au chaud à la Jasserie, lieu historique où il fait bon déguster une tarte à la myrtille et un thé. Il faudra désormais attendre le retour des beaux jours, la fonte de la neige qui commence à s'installer et les vacances pour identifier la multitude d'espèces qui composent la végétation du Pilat comme l'alisier blanc, le sorbier des oiseleurs, les genêts, le pin des montagnes, le hêtre, les chênes pubescents et bien sûr les orchidées.

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mercredi 24 octobre 2018

Faune et flore du beaujolais.

 

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C'est me voilà à me coltiner mon premier rhume de l'année. C'est l'occasion de se replonger dans les photographies des derniers jours de l'été. La lumière a été magnifique en particulier pendant les quelques jours où j'ai séjourné dans le Beaujolais vert. Terre de vins, la région s'est relevée être bien plus riche en faune et flore que je ne pouvais le penser et cela, bien que les forêts avoisinantes n'aient rien à voir avec celles de ma belle Chartreuse. Je n'étais pas équipée pour le récolte à laquelle je me suis adonnée tôt le matin, étant dans le coin pour une toute autre raison, il a donc fallu passer par le système D pour ammasser mes premières provisions automnales de graines et de fruits sauvages.

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Le quartier est calme à cette heure, le soleil se lève tout juste. Les murs des habitations sont jaunes et dorés, en raison de la pierre utilisée et qui a valu la réputation du massif rhodanien des Mont d'Or.  Celui-ci se compose de roches jaunes, grises et ocres faites de calcaire fossilifère daté du jurassien moyen (174 à 163 millions d'années).

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Pas de grande faune à l'horizon, seulement quelques oiseaux des champs dissimulés dans les herbes. Les fleurs s'accrochent mais leur maigre corolle ploie déjà sous les rayons du soleil à peine sortis et déjà mordants. Les terres arables mises au repos sont un terrain de jeu parfait pour ceux qui veulent s'exercer aux plantes rudérales, c'est à dire qui poussent dans un milieu impacté par l'homme : bord de route, champs, trottoirs, chemin de fer etc.

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Parmi les rudérales, on peut compter sur les papavéracées dont les pavots. Le plus connu d'entre eux est sans aucun doute le coquelicot (Papaver roheas), appelé pavot rouge. Il fait l'object d'une grande campagne à l'heure actuelle : "Nous voulons des coquelicots" issu du manifeste de Fabrice Nicolino et de François Veillerette et pour cause, la fleur rouge est emblématique de la disparition de la biodiversité à cause de l'emploi à outrance des intrants et des pesticides.

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Se priver du coquelicot et de ses confrères, c'est se priver de nombreuses autres espèces mais aussi d'un patrimoine culturel riche. Saviez-vous que le nom scientifique du coquelicot "Papaver" viendrait semble-t-il du mot issu directement de la culture viking ? Les pétales des pavots dont le coquelicot, étaient écrasés pour donner une bouillie distribuée aux enfants pour les aider à dormir. Cette préparation dans le dialecte de ce peuple du nord était nommée "papa". En France le nom vernaculaire commun "coquelicot" vient de "cocorico" en raison de la ressemblance entre la fleur et la crête du coq, d'ailleur on l'appel encore de manière traditionnelle "pavot coq".

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Après quelques minutes d'affût, une joyeuse bande de faisans de Colchide (Phasianus colchicus) tendent là tête hors des graminées. Pas farouches pour un sous, c'est tout juste s'ils ne s'approchent pas de moi pour vérifier si je n'ai pas de quoi les nourrir. Insatisfaits, ils retournent picorer les graines restées au sol entre les sillons avant de prendre leur envol, apeurés par l'approche d'un gros chat de gouttière.

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Dans les vignes bien d'autres espèces évolues. Grives, lièvres, lapins de garenne, perdrix et perdreaux trouvent refuges au pied des serments de raisin et se régalent des herbes folles qui sur les parcelles les moints traités trouvent quelques rares espaces pour s'exprimer à loisir. Je ne m'étenderai pas plus sur les faisans lâchés pour les besoins de la chasse. Je ne suis pas pro, je ne suis pas anti, je me pose juste énormément de questions non seulement sur l'impact environnemental de cette pratique, mais aussi sur les aspects moraux tant liés au tir de ce type de gibier qu'aux conditions de son élevage.

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Comme je vous le disais un peu plus haut, c'est le moment de se lancer dans la récolte ! Noix, mûres  sauvages, prunes et raisins rejoignent la table à travers de fabuleux desserts faits de coulis, de salades sucrées, de vins, de sirops mais aussi de gâteaux et de tartes qui sont à la couleur de la saison. C'est le meilleur moment pour faire le plein en vitamines, préparer les bocaux pour ne manquer de rien en hiver et oublier pour de bon les régimes.

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Autre fruit de saison, les prunelles issues du prunelier (Prunus spinosa) qui est aussi appelé épine noire. Espèce pionnière, il est courant de la trouver dans les champs en friche, dans les haies et dans les brouissailles.

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Les fruits frais sont très âpres et de ce fait inconsommables crus. Ils sont récoltés traditionnellement blettes pour être consommés tel quel. Pour la cuisine, on peut se passer des premières gelées, en particulier si l'on souhaite confectionner des liqueurs, des confitures ou des confits sucrés-salés au vin rouge. Attention à l'abus de prunelles, celles-ci sont aussi connues comme étant légèrement laxatives, tout comme la décoction de l'écorce du tronc. Des jeunes rameaux on tire aussi le célèbre vin d'épine à boire en apéritif ou en dessert. L'intérêt de cette arbuste ne réside pas uniquement dans son utilisation. Il est l'hôte des chenilles d'une quinzaine d'espèces de papillon, sert de gîte, d'abris et d'arbre nourricier à un grand nombre d'oiseaux et de micrommamifères. Ecologiquement parlant il est d'un intérêt capital pour restaurer les milieux agricoles où l'action de l'homme a pu se montrer destructrice.

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Dans la même famille que le prunelier, celles des rosacées, on trouve l'aubépine monogyne (Crataegus monogyna) appelée épine blanche. Les fruits sont des cenelles, de nature farineuse on les utilise en infusion pour les problèmes cardiaux, pour le stress ou encore pour l'hypertension.

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Portant des fleurs blanches, l'aubépine est associé à la virginité, à la Vierge Marie et au monde des fées. Il n'était pas rare de déposer des offrandes sur ses branches et à ses pieds pour s'attirer les bonnes grâces du petit peuple. On allait jusqu'à offrir des nattes et des tresses de cheveux. Ces dernières ont peu à peu été remplacées par des brioches en forme d'épis et tressées, gourmandises dont on retrouve encore là forme dans nos boulangeries. C'est aussi l'arbre de toutes les greffes qui peut servir de support à de nombreuses espèces comme le poirier, le néflier, le cognassier, le pommier, le prunier,  ou encore le cerisier.

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Le liseron des champs (Convolvulus arvensis) est une plante mal aimée et pourtant fascinante. Le pied de cette photo vit en bord de route, résistant à la chaleur provoquée par la réverbation, aux émanations des pots d'échappement et du goudron, aux pneux des voitures et des tracteurs. Autant de ténacité, ça se salue, d'autant plus que la belle est l'hôte de la chenille d'un magnifique papillon de nuit, le sphinx du liseron (Agrius convolvuli).

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Nous étions il y a peu avec les plantes de fées, nous voilà avec les plantes à sorcières ! Le datura stramoine (Datura stramonium) n'a pas toujours bonne presse. Considéré comme plante invasive, toxique et mortelle, il est souvent recommandé de l'arracher à grand renfort d'huiel de coude.

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Pourtant il est un indicateur précieux pour connaître l'état du sol. Celui-ci se plaît dans les milieux perturbés, inondés, en friche voire pollués mais se contente tout aussi bien de sols sains, c'est donc une de ces pionnières capables d'établir les premiers couverts verts essentiels à la biodiversité. Cependant la belle n'est pas de chez nous, et même si son origine fait encore débat, elle serait native du Mexique et aurait prit l'essort qu'on lui connaît aux alentours du 17e avec les échanges Europe-Amérique. Il n'en fallait pas plus à certains pour la considérer comme invasive, sans tenir compte du fait qu'elle est la conséquence et non la cause des perturbations rencontrées. Nommée "plante parasite" dans les revue spécialisées, la peur des autorités sanitaires réside dans le fait que les graines de sarrasin et de datura sont de même diamètre empêchant la séparation mécanique, le seuil de risque étant statué à une échelle d'une graine de datura pour 10 000 de sarrasin. Cependant l'obligation de maîtriser l'adventisse a été appliquée à la quasi-totalité des autres cultures, avec comme solution principale l'arrache manuel et l'emploie de pesticides dans les tous premiers stades de la plante. Du toxique pour limiter du toxique, brillante idée des pouvoirs publiques. Cependant il ne faut pas amoindrir les risques pour le bétail consommant du maïs d'ensillage et le manque à gagner pour les exploitants.

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Pour rester dans les mal-aimés, voici un superbe reptile fort utile aux cultures et aux jardiniers. La couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus) est le serpent indigène le plus long de France avec une taille record pour les femelles de 2 mètres. Inoffensive pour l'homme, elle ne se ferra menaçante que si elle agressée et acculée contre un mur. 

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Pas de panique, la belle ici n'a été importunée que quelques instant le temps d'une ou deux photos. C'est une remarquable chasseresse qui se plaît aussi bien dans les milieux aquatiques qu'arrides et il n'est pas rare de la croiser dans les ronciers. Gourmande, elle se nourrit de lézards, de rongeurs, d'autres serpents et de grenouilles. Comme tous les reptiles français, elle est protégée ce qui n'empêchent pas aux individus de cette espèce de finir sous les coups d'une pelle ou d'un balai. C'est peut être le cas de celle-ci dont la mâchoire est légèrement déformée.

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Partout le constat est le même, ce n'est plus le temps de la récolte des herbes vertes et fraîches mais de leurs graines. Parfois utilisées pour les soins ou la cuisine, elles seront avant tout récoltées pour la mise en semis du futur jardin à travers une grainothèque mais aussi comme matériel pour ma malle pédagogique.

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Quand on voit une chenille poilue, qui plus est noir et marron, on a tendance à crier au danger et à piétiner la malheureuse en argumentant qu'il s'agit d'une chenille processionnaire. Il n'en est rien ici, cette gracieuse et velue créature est la chenille du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi).

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Pas de panique, la manipuler ne provoque pas de réaction urticante, tout au plus un très léger gratouilli chez les plus sensibles. Pour la trouver il faut chercher dans les feuilles des ronciers mais aussi sur celles de la luzerne, du trèfle, des rosiers, des fraisiers ou encore des bruyères car la dame n'est pas difficile et s'acclimate d'un peu près tout ce que la nature lui offre à portée de mandibule. Bel exemple à suivre. Quand elle est repue et après avoir passée l'hiver à l'abris, elle tisse un cocon au niveau du collet des plantes qui furent ses hôtes. En émerge alors en juin un papillon de nuit robuste aux teintes beiges, grises et rosées, le fameux bombyx de la ronce. Dans certaines régions la chenille porte aussi le nom d'anneau du Diable du fait de sa capacité à se mettre en boule quand elle se sent menacée. Un truc poilu, mou, informe et sombre, forcement ça ne pouvait qu'incarner une figure bestiale dans l'imaginaire collectif et maudite ...

Voilà, en pas moins de deux heures, c'est tout un bestiaire qui s'est ouvert à moi. Des arbres protecteurs, des fleurs colorés, des oiseaux peu timides mais surtout, des animaux et des plantes encore mal-aimés aujourd'hui mais au combien importants pour le bon fonctionnement de nos écosystèmes. Leurs noms ne vont pas sans nous évoquer ce mal-amour qui aujourd'hui ne peut plus se justifier. Mauvaises herbes, plantes de sorcière et animaux du Diable, il serait peut être tant de porter sur eux le regard bienveillant qu'ils méritent.

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lundi 15 octobre 2018

Fin d'été au jardin.

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L'été s'en est allé. Les fortes chaleurs ont perduré quelques peu après son départ mais enfin, la pluie et la grisaille sont là pour le plus grand bonheur des mycophiles. Pour autant, il ne faut pas en oublier la belle saison et s'est températures alarmantes qui ont fait prendre conscience un peu tardivement à certains que notre monde ne sera décidément plus comme avant. Sécheresse, dépérissement des semis, bétail qui peine à se nourrir, moissons, vendanges et fenaisons avancées de plusieurs semaines ... le bilan climatique est dramatique. Les plantes et les animaux ont eu la vie rudement menée pendant cette période et déjà, on peut voir les signes avant coureurs de ce que pourrait être nos forêts de demain. Le sapin blanc, sensible aux fortes chaleurs laisse place peu à peu aux chênes et les frênes tendent à disparaître des bordures de fossés pour

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trouver refuge dans les zones humides. Hôtes de nombreuses espèces d'oiseaux et de champignons, il faudra très bientôt se lever tôt le matin pour partir à la recherche du bec croisé et des morilles, le milieu ne leur étant désormais plus favorable. À plus grande échelle, c'est toute la biodiversité qui est impactée et dont on observe la mutation à vitesse grand V, et il y a de quoi prendre peur. J'ai le sentiment d'appartenir à une génération qui assiste inéluctablement au déclin du monde qu'elle connaît pour tendre vers un autre beaucoup moins stable climatiquement parlant. C'est l'une des grandes raisons qui a entraîné dans notre quotidien et nos pratiques des changements radicaux. Les gestes se font différemment, la réflexion aussi et petit à petit nous tendons vers l'autonomie et l'autosuffisance mais le chemin est encore long pour y parvenir.

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Le potager offre ses dernières tomates. Baignées de soleil, elles ont pu profiter des arrosages réguliers et répétés issus de la source qui se trouve dans le jardin. Néanmoins la nappe est basse. Le paillage reste l'un des meilleurs moyens pour limiter la déperdition en eau au plus fort de l'été mais aussi, pour préserver les jeunes plans.

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Un nouveau venu a fait son apparition dans le jardin. Il s'agît de l'hortensia paniculé (Hydrangea paniculata). Présent en Chine, au Japon ou encore en Corée, c'est un arbuste qui dépasse rarement les 2 mètres de haut. Il a pour spécificité de faire des fleurs stériles aux grands tépales blancs qui se teintent petit à petit de rouille.

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Au jardin, le gros roncier sauvage qui pousse sous le sureau donne de plus belle. Cette myriade de mûres terminera non pas dans le gosier des merles noirs mais sur le billot de la cuisine. Un kilo de sucre, de l'eau, une casserole et un peu de patiente suffisent à les transformer en un délicieux sirop au parfum de lisière forestière.

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Les orages de chaleur sont nombreux mais donnent rarement de la pluie. Quand c'est le cas, celle-ci percute le sol avec fracas. Sec, ce dernier a bien du mal à absorber l'eau qui se contente de glisser dans les rainures de la terre avant de rejoindre la rigole en bout de champs et de se jeter dans le ruisseau tout proche qui grossira alors l'Ainan. Long de plusieurs kilomètres, il a permit à la vallée du même nom de rester verdoyante ces derniers mois.

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Les voisins sont en voyage, les veinards ! Nous voilà pour quelques soirs de mission : assurer le bien être des milliers d'escargots de leur élevage. La tâche est beaucoup plus ardue qu'elle ne peut le laisser croire. L'arrosage et le nourrissage n'en sont pas le problème car la technicité de l'opération réside dans l'accomplissement du moindre pas. Une trajectoire mal calculée, peu assurée ou de travers et crac, c'est le drame, une coquille se brise et avec, l'être qui l'abrite. Autant vous dire que nous avons été tout aussi attentifs à nos pieds qu'il nous a été permis de l'être. Pour le reste, nos amis gastéropodes ne sont pas exigeants. Un repas à heure régulière, un peu d'eau et de fraîcheur, du calcaire dans leur nourriture, des végétaux par-ci par-là, un abri ombragé fait de planches et de grands filets pour ne pas faire l'objet de prédation suffisent à leur bonheur.

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L'heure de la pâtée a sonné. Les escargots s'éveillent doucement, alléchés par l'odeur de la farine que leur très bon odorat détecte immédiatement. Celle-ci se compose généralement de blé et de légumineuses déshydratés et réduits en poudre (type soja, haricots), de graines  de tournesol concassés parfois et surtout, de minéraux.

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La transformation et le produit fini se font en laboratoire de préparation. Les escargots termineront en croque-coquilles, en terrines, ou encore en persillade. Pour ce qui est de leurs cousins sauvages (petit gris et Bourgogne) dont les effectifs sont de plus en plus incertains, une réglementation précise encadre leur récolte.

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Les rayons se font moins mordant et la lumière plus douce le soir, c'est le moment de lancer nos lignes. Dans l'etang, il y a bien quelques tanches, des brochets, des carpes et des gardons mais surtout, des perches-soleil, des écrevisses américaines et des silures. De joyeux imbéciles ont eu la mauvaise idée d'introduire ces espèces exogènes envahissantes qui sont une menace pour nos espèces indigènes et tendent à appauvrir le milieu.

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Le temps de préparer les cannes, un curieux nous rejoins. Peu farouche, il ne perdra pas une miette du spectacle. Perchée sur mon arbre, je guette en vain les poissons parmi les nénuphars.

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Cependant celui-ci me fait office d'observatoire pour mirer attentivement le vol des martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba). Ceux-ci ont établi leur colonies sous le toit du clocher de la chapelle de Saint Sixte. Elle même repose sur un très vieux temple romain dédié à Dyonisos et dont des dédales oubliés passeraient sous l'étang. Ce temple se trouverait lui même sur un site encore plus ancien et érigé alors par les arobogènes, peuple celte propre au bassin grenoblois et ses alentours. C'est un véritable mille feuille culturel qui compose l'édifice et autour du quel j'espère voir un jour des fouilles s'organiser. Sources magiques, pierres druidiques, dolmens, tunnels dissimulés dans les bois, cimetière oublié, bornes moyenâgeuses et stèles gravées ... l'histoire de notre campagne est riche et ne demande qu'à être révélée au grand jour.

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En attendant, on titille le gardon mais les perches-soleil (Lepomis gibbosus) semblent être les seuls poissons de sortie. Cette espèce se caractérise par ses couleurs resplendissantes et son très grand appétit. Originaires d'Amérique du nord, elles se nourrissent d'un peu près tout ce qui leur tombe sur la dent. Oeufs, alvins, mollusques et petits crustacés constituent une grande partie de son alimentation, ce qui conduit à la diminution rapide des espèces autochtones dans nos plans d'eau. De ce fait il est interdit de la relâcher et de la transporter vivante une fois sortie de l'eau pour limiter son impact et sa dispersion sur le territoire français.

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Les soirées sont belles. Quand le lune tend à se lever, les monts de Chartreuses se couvrent. C'est le moment idéal pour partir à l'affût de la faune, tenter de voir les chevrettes et leurs petits, les sangliers, les lapins de garenne et les lièvres dans les champs à l'herbe jaunie et où la fauche ne semble pas vouloir se faire.

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Compère renard est de sortie et n'a pas manqué de signaler son passage. À cette période de l'année, sa nourriture se compose exclusivement de baies et de fruits sauvages. Mûres, églantines, cerises tardives, sureaux et pommes sauvages composent la moitié de son alimentation. 

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Sauterelles, criquets, grillons, limaces, lapins, écureuils, petits passereaux, poules faisanes et occasionnellement volailles de basse-cour entrent également dans son régime alimentaire mais le plus gros est assuré par les campagnols. En une année, le goupil peut dévorer pas moins  de 10 000 rongeurs, une véritable aubaine pour les exploitants dont les récoltes connaissent de plus en plus de ravages liées aux rats taupiers et sur lesquels les raticides se montrent non seulement limités mais aussi, très dangereux pour notre santé et celle de l'environnement. Cela tend à expliquer l'interdiction de le tirer dans certains département comme la Savoie mais aussi, sur certaines commune et secteurs géographiques comme la vallée de la Valdaine. Néanmoins cet argument serait suffire. En Isère, on peut le tirer presque toute l'année et utiliser des techniques plus que douteuses pour le mener à mal. Le risque sanitaire est invoqué : il transmettrait la rage et l'ecchiconose. Hors quand on sait que la première a disparue et que la seconde est principalement véhiculée par les chiens et chats, on peut se poser des questions sur le bien fondé de ses actions souvent barbares (enfumage, déterrage, piégeage) si ce n'est une grande méconnaissance de certains de la dynamique des écosystèmes et du rôle essentiel du renard dans ceux-ci. 

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C'est la période de la récolte des aulx sauvages. En France, les espèces de ce genre sont très nombreuses, certaines sont rares et parfois protégées, il est plus sage alors de se concentrer sur celles qui sont communes que l'on peut identifier et récolter facilement sans impacter le milieu.

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Ci-dessus, l'ail des jardins (Allium oleraceum) appelé aussi ail des champs et qui se reconnaît à ses fleurs aux ovaires gonflés qui pourrait faire croire à des graines déjà formées. À droite, un ail des vignes (Allium vineale) aux semences dorées. Les aulx sauvages peuvent se récolter toute l'année. Sur les deux espèces présentées, on utilise volonté les feuilles longues et très fines ciselées comme de la ciboulette. Le bulbe peut se consommer également mais petit, il relève peut d'intérêt et prélevé ne permet pas au plan de se multiplier. Les graines qui sont en réalités des bulbiles peuvent se manger crus, en salade, dans les sauces ou pour aromatiser des plats tels les fricassées de légumes, les plâtrées de champignons d'automne ou les gratins.

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Les derniers papillons font du zèle. Les azurés sont nombreux, ils appartiennent tous à la famille des lycénidés (Lycaenidae) qui comprend aussi les cuivrés. Majoritairement bleus, ces petits lépidoptères sont extrêmement difficile à identifier. La plupart du temps une prise photo des deux faces des ailes est nécessaire.

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Les "tâches" rondes des ailes des papillons sont nommées ocelles, elles permettent en partie de reconnaître l'espèce mais aussi s'il s'agît d'un mâle ou d'une femelle. Ce sont parmi les premiers éléments à observer quand on veut s'essayer à la détermination. Couleurs, cerclage et nombre, elles doivent être passées au peine fin. À savoir, les insectes ne sont pas les seuls à faire usage de ce motif. De nombreux animaux en font usage pour se camoufler, impressionner un partenaire ou effrayer un prédateur à l'image du paon, des jaguars ou de certains poissons tropicaux. La forme des antennes est également très importante, en fonction de si elles se terminent en massue, si elles sont velues ou annelées, il est possible de déterminer avec pression le sexe et la famille de l'individu.

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Nous quittons un jardin pour en rejoindre un autre, celui du site médiéval du Couvent des Carmes. Situé en Isère à Beauvoie en Royan, il se compose d'un impressionnant vergers comportant des centaines de cultivars de poires, raisins, pommes et prunes qui ont fait sensation à la table des rois mais aussi dans les arrières cours des fermes et d'un potager historique. Classées par usages et propriétés, ont y retrouve toutes les plantes de jardin de curés.

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Plantes de sorcière, plantes tinctoriales, plantes comestibles, légumes oubliés, plantes à fleurs pour les messes, vigne pour le vin de l'officine ... la liste est longue. Toutes peuvent se regrouper dans la case attribuée aux plantes des signatures, une théorie du Moyen Âge qui veut qu'une plante soigne un mal du fait de sa ressemblance avec l'organe touché, avec les réactions qu'entraîne la maladie, avec le mal lui même ou par rapprochement avec son habitat et les lieux où se trouve les pathogènes. Passée de mode en raison des progrès de la science, certains continuent de s'y plier, voyant en celle-ci un signe divin pour rapprocher l'homme de son environnement.

La visite se termine par un tour du propriétaire. Il faut savoir que cet ancien couvent se trouve dans l'enceinte d'un immense château en ruine dont on peut profiter des reliques. Siège du seigneur du Dauphiné, Humber II, il surplombe depuis la falaise où il se trouve une grande partie de la vallée et de la rivière Isère qui coule à ses pieds et qui se jette un peu plus loin dans le Rhône. Une belle découverte en somme pour les amoureux de plantes et d'histoire. L'automne semble être la meilleure période pour découvrir le verger et les arbres fruitiers d'exceptions qui le composent, et je vous le recommande chaudement. À bientôt pour d'autres découvertes nature.

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lundi 8 octobre 2018

Le forum Mycélium : le secret des champignons.

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Grand évènement à venir, tous à vos agendas ! Le 13 et 14 octobre de cette année se tiendra sur les terres de Regis Marcon à Saint André en Vivarais le forum Mycélium. Si l'Ardèche verte est propice à ce type de manifestations autour du champignon, elle l'est encore bien plus en terme d'échanges et de découvertes.

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Pour cette 2e édition, j'ai la très grande fierté d'animer une conférence sur l'amanite tue-mouche. L'approche que j'aurai s'articulera autour de deux grandes question que l'on me pose parfois : Pourquoi parler des champignons ? Qu'elle utilité à les connaître ? Outre le fait que la fonge est un objet d'étude facinant et inépuisable d'un point de vue scientifique, il anime les foules quand il est question de gastronomie mais aussi de développement durable, d'agronomie, d'agriculture, de recyclage, de médecine et d'innovation. Cependant, ce n'est pas sur ces thématiques que je vais m'aventurer, ou du moins pas directement. Les champignons font partie de notre quotidien culturel. On les trouve partout, dans les jeux vidéos, la mode, la littérature, la peinture, le cinéma ... et pourtant nous n'en avons pas toujours conscience.

Quoi de mieux alors que de prendre le plus emblématique d'entre eux dans l'imaginaire populaire pour mettre en lumière ce phénomène ?

Suscitant la peur et la fascination, l'amanite tue-mouche véhicule à elle seule toute une partie des mythes et traditions européennes. Oubliés ou encore très vivaces, les usages et représentations liés à ce champignon ont marqué profondément la culture du vieux continent. De la Sibérie avec les chamanes et les éleveurs de rennes, en passant par la vallée des merveilles en France en poursuivant notre route jusqu'en Inde sur les traces des époux Gordon Wasson, je vous invite à retracer quelques brides de notre histoire à travers la célèbre amanite rouge à points blancs. Nous découvrirons ensemble des oeuvres, des récits, des religions et des reliques nous donnant quelques indices sur ce qu'était ce champignon pour nos ancêtres et pour nous même, nous offrant ainsi un nouveau regard, si ce n'est pas notre société, du moins sur les symboles qui l'animent. Cependant, il serait présomptueux de réduite l'événement à cet unique aspect de la mycologie.

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Organisé par le Mycorium Sauvage de France que vous pouvez également retrouver sur les réseaux sociaux, l'événement propose une multitude de conférences, de débats, d'ateliers et de sorties sur les thèmes de la mycologie, de la botanique, de l'agriculture et de la cuisine. Une très belle exposition mycologiquee avec de nombreux spécimens permettra aux curieux et aux passionnés de découvrir et redécouvrir le monde fongique. Loin de l'image vieillotte que l'on peut se faire de la mycologie, ce week-end forum se déroulera sous le signe de l'innovation, de la sicence et de l'éveil à la nature. De nombreuses activités s'adressent aussi bien aux enfants qu'aux parents. C'est aussi un moyen idéal de se reconnecter à la nature en famille. Bref, je vous y attends avec impatience et pour vous faire un idée, vous retrouverez ci-dessous les intervenants pour ces deux jours qui s'annoncent radieux.

Christophe France

La mycorhization d'arbustes et d'arbrisseaux fruitiers a pour objectif de permettre au végétal de créer un réseau avec les autres plantes qui l'entourent pour créer des échanges d'informations et de nutriments. Appliqué à l'agriculture, c'est un outil pour rendre les cultures plus productives tout en repectant le sol et la santé humaine.

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Les champignons ont pour réputation d'être des accumulateurs. Métaux lourds, éléments polluants ... ils peuvent également de capter la radioactivité dans le sol. Cette capacité ne va pas sans risque pour la santé humaine mais s'avère fournir de précieuses informations sur l'état d'un milieu et son rayonnement ionisant.

Damien Duverger

La question de comestibilité est souvent au coeur des échanges sur les forums de mycologie mais aussi dans les bois quand les cueilleurs se croisent. Qui de mieux pour aborder cette thématique qu'un fin gourmet, amoureux de la nature qui se trouve confronté chaque jours sur les réseau à la question de la dangerosité des champignons ?

Gérard Mottet

Parce que la mycologie est tout un art, quelques bases s'imposent avant de se lancer dans la détermination. Apprendre à reconnaître un milieu, distinguer ce qu'est un stipe, une marge, une lamelle, un pli ou un tube est essentiel si on veut pouvoir remplir avec plaisir son panier et sa tête des bons noms d'espèces sans danger.

Helena Amalric

Les champignons, on ne les trouve plus seulement dans l'assiette et le jardin, désormais ils s'invitent dans notre quotidien. Cuir, isolation thermique, liant, teinture et aggloméra, ce sont quelques unes des nombreuses fonctions qu'ils peuvent revêtir pour changer notre quotidien et tendre à un mode de vie plus éthique et durable.

Hervé Cochini

Parler du monde fongique c'est bien, l'observer dans la nature avec tout ce qui peut interagir avec lui, c'est bien mieux. Laissez vous guider par la voie d'Hervé et partez à la découverte de l'environnement sous un jour nouveau. C'est l'occasion de se retrouver en famille, de découvrir les joie du pleine air et de l'automne.

Hervé Coves

Plus qu'une maxime, une philosophie. Avec Hervé vous découvrez au combien la vie est belle à travers les relations complexes mais si passionnantes qu'entretiennent les êtres vivants entre eux. Les champignons jouant un rôle fondamentale dans ces unions cachées sous nos pieds auront la belle place lors de ces échanges.

Issoufou zougrana

Tirer profit des déchets agricoles tout en soignant les sols, une utopie ? Pas si sûr que cela à la vue des travaux d'Issoufou au Burkina Faso. Une discussion riche pour prendre conscience des possibles qui s'offrent à nous et qui peuvent permettre de solutionner bien des problèmes dans notre monde moderne à bout de souffle.

Jacques Marcon

Avis aux gourmets ! L'heure est à la ripaille. Étudier les champignons c'est bien beau, mais les cuisinier c'est bien bon ! Pour autant on peut vite se trouver désarmé fasse à un sparrassis crépu ou une poignée de pézizes veinées. Pas de panique, cet atelier est l'occasion de découvrir des gestes simples pour les accommoder.

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Et quoi de mieux pour une plâtrée fongique qu'un vin choisit à la perfection ? À vos stylos, avec la cave Marcon vous aurez toutes les informations nécessaires pour ne plus commettre d'impairs lors de vos dîners. Sans pour autant vous ruiner, suivre quelques règles simples vous suffiront à réussir un repas du meilleur effet.

Jérôme Legros

Cueilleur, passionné de nature, de plantes et d'agriculture, Jérôme est un touche à tout. Outre son intervention dans un domaine qu'il connaît et maîtrise, la culture de champignon, vous pourrez aller à sa rencontre lors de ce forum pour découvrir et apprendre auprès de lui la spécificité des espèces et les liens qui les unissent aux sols.

La forêt des contes

Parce que la nature et les champignons ne sont pas seulement une histoire de science et de cuisine, venez découvrir à travers les contes et histoires la mémoire de nos campagnes et de nos bois. Laissez-vous le temps d'une échappée poétique partir à la découverte de nos forêts et du petit peuple mycélien qui l'habite.

Marc Andre selosse

Le monde végétal nous est encore étranger cependant il s'ouvre peu à peu à nous avec les dernières découvertes scientifiques. Sensible, complexe et beau, c'est aussi un saut vers l'inconnu que de s'imisser dans les interactions symbiotiques qu'entretiennent les plantes et les champignons que nous invite à faire Marc André.

Nathael Jouhet

Loin de l'image que l'on peut parfois se faire de la paysannerie, il est bon de rappeler l'importance de l'agriculture dans le maintien de la biodiversité. Producteurs de ressources, les exploitants sont aussi garants de la diversité des milieux et de leur durabilité, un mission trop souvent oubliée et pourtant essentielle pour les espèces.

Pierre Roux

Un pharmacien et mycologue pour parler de comestibilité et de danger, c'est s'assurer doublement que l'on a les éléments nécessaires et essentiels en main pour partir faire sa récolte en toute sécurité. Et si l'on doute encore, on pourra toujours se plonger dans les recueil "Le Guide des Champignons - France et Europe".

J'espère avec ces quelques lignes vous avoir donné l'envie de nous rejoindre le 13 et 14 octobre 2018, ou du moins, de découvrir l'univer des intervenants pour ces deux jours de forum qui s'annoncent être riches en rencontres et en découvertes. Pour ceux qui sont hélas trop loin de nous, ils vous est possible sur adhésion à l'association, de reçevoir toutes les prises vidéos des interventions qui marqueront cette 2e édition.

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mercredi 3 octobre 2018

Sortie en montagne 23.

DSC00208LE CHARMANT SOM
sous le soleil de fin d'été

 

La fin d'été est là, elle marque le sommet du Charmant Som. Bien installés à l'auberge, nous dégustons une délicieuse tarte aux myrtilles, tout en ayant les jumelles collées sur les yeux. Deux vautours fauves (Gyps fulvus) tournoyent dans les nuages au-dessus de nous, autant vous dire ma joie. Aussi vite aperçus, aussi vite disparus. Qu'à cela ne tienne, un grand vol de chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) gravite autour de la terrasse, dans l'optique de profiter des restes de repas des promeneurs attablés face au paysage sous de grands parasols. Cependant, ils ne seraient prendre la place aux nombreux coqs et poules qui évoluent librement entre nos pieds et qui, rapides comme l'éclair, se saisissent de la moindre miette tombée au sol. Ainsi va la vie là haut. C'est le moment de faire les provisions à la formagerie. Les fromages d'estives que l'on y trouve sont directement produits sur place et le lait vient du troupeau qui broutte les pentes du sommet. Celui-ci est issu de la traite qui se fait depuis la fermette dans la quelle se trouve l'auberge, autant dire que l'on ne peut pas faire plus direct. Chaque soir, c'est le même spectacle : les tarines entrent une à une dans la salle de traite, autant dire un vrai défilé qui attire les badauds car il faut se le dire, du monde il y en a. Le parking est prit d'assaut tout comme le bas côté de la route, si bien qu'il en devient difficile de croiser un autre véhicule. Même au pied de la montagne, les places se font rares pour accéder au circuit de 6 kilomètres qui permet d'atteindre les alpages. Prions pour la faune, la flore et les milieux que cet afflux diminue rapidement.

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Les millepertuis (Hypericum) sont connus pour leurs composés médicinaux. Cependant, seules quelques espèces sont utilisées dans la pharmacopée. Leur usage doit être très encadré, du fait de leur pouvoir inhibiteur sur certains traitements médicaux, en particulier dans tout ce qui touche à la contraception, à certains cancers et au VIH. Il peut également modifier les effets des médicaments employés pour soigner les troubles dépressifs. En interne, il est utilisé pour lutter contre les dépressions légères mais ne doit jamais être pris en automédication, de ce fait on préfère l'utiliser en externe en huile pour lutter efficacement contre les coups de soleil et les problèmes de peau grâce à l'hypéricine contenue dans le végétal. Cependant, les parties frictionnées avec la préparation ne doivent pas être exposées au soleil au risque de provoquer des brûlures sévères. Comme toujours, la médecine par les plantes est avant tout une affaire de médecins et de professionnels.

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Sur le sentier, nous tombons sur un cairn qui fait écho à la Pinéa en arrière plan, un sommet de Chartreuse culminant à 1771 mètres d'altitude et qui fait le bonheur des randonneurs. Composé des pierres du chemin, on peut voir sur certaines d'entre-elles de remarquables fossiles de coquillages et de passages de vers dans ce qui vu jadis le fond marin. Sous l'effet de la gélification, causée par le froid, le vent et de l'eau, les blocs se fissurent et finissent par se disloquer en milliers de morceaux qui font tout autant de souvenirs pour les promeneurs.

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La vue du sommet est superbe, en contre-bas de nous se dessine la Grande Chartreuse et son célèbre monastère. En famille pour l'occasion, nous sommes plus que bien équipés. Le ciel se fait désespérément vide, faute au caniard qui tape depuis des semaines sur la roche blanche et qui ne semble pas vouloir cesser.

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Vide le ciel ? Pas tant que cela. Les chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) tournoient inlassablement. Ces corvidés sont des opportunistes qui ont appris à vivre avec l'homme et é tirer profit de son mode de vie.

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Restes de pique-nique, déchets, sucreries abandonnées ... ce sont tout autant d'occasions pour ces oiseaux de se nourrir, au prix de leur santé. Leur régime alimentaire habituel se compose de petits insectes et de gastéropodes qu'ils capturent dans les pelouses alpines et parmi les rochers. Ils peuvent également se nourrir de carcasses de micro-mammifères (campagnols, souris et mulots) si l'occasion se présente à eux. Vivant en colonie, les couples se forment au printemps. La nidification se fait alors en solitaire pour les parents qui élèvent 3 à 6 poussins dans un nid massif fait de branchages et lové dans les crevasses des falaises et plus rarement, sous le toit des maisons alpines.

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La crapaudine (Sideris hyssopifolia) est aussi nommé thé des Alpes tout comme la dryade à huit pétales et l'épilobe à feuilles étroite ce qui ne va pas sans entraîner des confusion. C'est une plante protégée dont la récolte se limite à une poignée et uniquement pour l'usage personnel.

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C'est une espèce typique des pelouses calcaires et des éboulis de montagne, entre 1500 et 1800 mètres d'altitude pour ce qui concerne la Chartreuse. De ce fait on ne la rencontre que très sporadiquement dans le Massif Central, le gros des population étant dans les Pyrénées et surtout, dans les Alpes. Elle entre dans la composition de liqueurs et de délicieuses infusions dont nous nous régalons le soir devant le feu et qui pour l'occasion, a fait le bonheur de toute la famille, surtout après avoir bien marché sous le soleil brûlant. Son goût et son prafum dégagent des notes d'herbe séchée et de fleurs ces champs qu ise marient très bien avec une bonen cuillère le miel posée au fond du verre ou de la tasse pour les plus gourmands.

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Les alchémilles tiennent leur nom des alchimistes des lumières dont la plante symbolisait l'imagination débordante. Selon la légende, l'eau de la rosé perlant sur leurs feuilles auraient été utilisée pour chercher en vain la recette de la pierre philosophale. Ici il pourrait s'agir de l'alchémille des Alpes ( Alchemilla alpina).

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Voici deux espèces emblématiques de l'apage. À gauche l'euphraise casse lunette (Euphrasia rostkoviana) dont l'usage populaire voudrait qu'elle soigne les infections oculaires, les myopies et les troubles temporaires de la vision. À droite, la gentiane champêtre (Gentianella campestris) qui se différencie de la gentiane d'Allemagne (Gentianella germanica) par le nombre de ses pétales : 4 pour elle, 5 pour sa cousine germanique.

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L'aconite tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) se reconnaît au casque jaune que forme sa fleur. Bien mal averti celui qui aurait l'idée d'en cueillir quelques brins pour l'infusion du soir ou d'en garnir un dessert, la plante est dangereuse et pas qu'un peu.

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Ce n'est pas pour rien qu'elle se nomme tue-loup. Elle était employée jadis pour empoisonner à l'aide d'appâts infusés de ses feuilles les animaux dits nuisibles. Loups mais aussi renards, chats, martres et furets ont été nombreux à en être victime et pour cause, la belle est l'une des plantes si ce n'est la plante la plus toxique d'Europe. Cependant, elle n'est pas la seule à tirer son nom de sa funeste réputation. On retrouve le même phénomène linguistique chez le raisin du renard (Paris quadrifolia) dont l'usage était similaire. La morelle noire (Solanum nigrum), comestible si bien mûre, porte quand à elle le surnom de raisin du loup.

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Les oeillets de Montpellier (Dianthus monspessulanus) parsèment les prairies rases et font écho aux dryades à huit pétales (Dryas octopetala) dont les akènes au duvet blanc s'apprêtent à prendre leur envol. Toutes deux ont pour commun de porter des noms glorieux. Les oeillets se nomment Dianthus, ce qui signifie plante de Zeus/des dieux et les dryades tirent directement leur nom des nymphes arbres nommées pareillement.

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La carline acaule (Carlina acaulis) est une espèce protégée. De la famille de ce qui est souvent nommé "chardons", elle en diffère par son genre, les Carlina. Il est encore de tradition dans accrocher séchées (fleurs et feuilles comprises) sur les portes des chalets comme indicateur météo. Au moindre signe d'humidité, les feuilles et le coeur se referment sur eux même. Le mécanisme est similaire chez les cônes des conifères avec leurs écailles.

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Les montagnes de Chartreuse sont constituées en grande partie de calcaire. Elles sont les traces d'une période vieille de plusieurs millions d'années. À l'époque, une mer quasi-tropicale couvre presque l'intégralité de l'hexagone.

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La région est alors une immense étendue d'eau salée où évolue une faune extrêmement variée. Des micro-organismes côtoient des reptiles marins aux allures de dauphins mais aussi, de nombreux arthropodes à la coquille faite de calcium. À la mort de ceux-ci, leur corps se dépose sur le fond marin. À force de superposition, de l'action des courant et du temps, la pression exercée finie par transformer en une couche de calcaire les carapaces et restes de ces créatures. Celle-ci est dite fossilifère  alors car on y retrouve systématiquement des reliques d'animaux datant du temps des dinosaures. Puis le climat change, la mer se retire et la terre bouge sous l'action des plaques tectoniques, donnant naissance aux monts que nous connaissons et plaçant le plancher océanique à plus de 1800 mètres d'altitude, laissant alors place nette aux glaciers et aux forêts que nous connaissons aujourd'hui.

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L'heure avance, il est déjà 17 heures, les tarines ont entamé leur voyage journalier vers l'étable pour la traite. Matin et soir elles se pressent pour la récolte de lait. Celui-ci est transformé directement sur place.

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Parmi les produits vendus en direct, des fromages d'estive, de la crèmes, des fromages blancs mais aussi du miel d'alpage et de la confiture de myrtille. Que des produits du terroir que nous nous sommes empressés d'emporter chez nous. Il n'y a pas à dire, c'est toujours meilleur quand ça vient de là où ça a été produit. Nous arrêterons là pour cette journée. La forte affluence, les cris des promeneurs, les fortes chaleurs et l'herbes jaunie sont tout autant de causes qui auront fait que les chamois et bouquetins auront été les grands absents de cette randonnée. Qu'importe, nous sommes en famille et là est l'essentiel. Partager un bon repas, l'effort de la monté, l'odeur du foin de montagne et l'extase que procure ces paysages suffit à notre bonheur. Nous reviendrons à l'automne, quand la nature se fait silencieuse et que les grandes migrations battent leur plein.

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mercredi 29 août 2018

Au jardin sous l’éclipse de Lune.

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L'été au jardin, à la lumière des flammes des bougies, cela faisait longtemps que nous en rêvions. Pour la peine nous voilà pour juillet en Isère à profiter de la fraîcheur de la maison familiale. C'est le moment idéal pour se retrouver. Je travaille tout au long de la belle saison en bureau, mais je ne perds pas de vue ma passion, dans ce cadre idyllique pour observer les oiseaux et en particulier les petits passereaux.

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La nuit des étoiles a été radieuse, le 3-4-5 aout ce fût le moment de jouer avec l'obscurité, de s'étendre dans l'herbe pour observer les astres et les comètes traverser le ciel. Mars comme au soir de l'éclipse de Lune était en habit de fête et il a même été possible d'observer les anneaux de Vénus.

Pour voir la grande éclipse lunaire, il fallait être au rendez-vous avec l'univers le 27 juillet. Dans de nombreuses régions les nuages ont été de la mise mais ont permis de créer des photographies incroyables pour certains. D'ordinaire blanche, la Lune est apparue dans une teinte pourpre qu'on lui connaît rarement.

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Les prochains rendez-vous sont pris : le 16 juillet 2019 pour une éclipse de Lune partielle puis le 5 janvier et le 5 juin 2021 pour une éclipse pénombrale souvent difficile à détecter à l'oeil nu. Reste plus qu'à attendre d'ici là où à partir sur les continents que sont l'Asie ou l'Amérique pour observer au plus tôt ces phénomènes astraux.

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En propection autours du potager, je fais une triste découverte. Une chauve-souris gît à l'entrée de celui-ci, sans doute victime d'un chat de la maisonnée. Son espèce reste encore à déterminer. C'est là un des cruels dilemmes qui se pose quand on aime la faune et les animaux de compagnie. Bien souvent la cohabitation des deux pose problème, en particulier pour les espèces sensibles qui, victimes de nombreuses pressions liées à leur habitat, se voient également prédatées plus que d'ordinaire ce qui ne va pas sans impacter leurs populations.

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Voilà les dits coupables. Le noiraud, c'est un de mes chats bien-aimés et que je n'ai pu prendre dans ma valise en partant pour la ville. Recueilli à l'âge de 4 semaines, il était voué à finir comme le reste de sa portée si mes frangins n'étaient pas intervenus à temps : un coup derrière la tête. La non stérilisation des chats en campagne est un véritable problème. La non gestion de leur fécondité conduit à l'apparation de chats errants à la population croissante, malades et prédateurs de notre faune indigène. Il existe pourtant des solutions simples et durables pour permettre une bonne régulation de leur effectif tout en restant respectueux des animaux.

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Ce soir c'est cuisine ! Après une promenade digestive de l'après-midi et la récolte d'une poignée reine des prés (Filipendula ulmaria), nous sommes bons pour la réalisation d'une délicate crème dessert parfumée de ces fleurs. Quatre oeufs, un peu de sucre, du lait végétal, une grande casserole et le tour est joué. Pour peu que l'on aime les pétales de rose, les hortensias et la chantilly, on peut s'en tirer avec un joli plat à déguster les pieds dans l'herbe.

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Le soir, on ne chaume pas. Confection d'une bûche suédoise (appelée aussi bougie canadienne) qui, fendue en son centre, se consume pendant des heures. Elle est idéale pour partager un moment de complicité autour du feu. Elle peu également être utilisée comme on le ferrait d'un poêle à bois en posant la casserole à même la flamme.

Les soirées d'été sont les plus belles, en particulier quand la température baisse, que la pénombre s'intalle et que les animaux sortent. La canicule s'est bien installée et le paysage semble défraîchit avec l'herbe jaunie qui implore la pluie. Pourtant, allongée dans la pelouse, mon regard ne peut s'empêcher de fixer les hautes cimes vertes des arbres, celles des hêtres, des sapins blancs et des épicéas qui semblent nous inviter à les rejoindre en forêt.

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jeudi 23 août 2018

Sortie dans les marais 13.

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LE GRAND LEMPS

 

L'été est prolixe, nous avons eu la chance de faire le tour de quelques un des ENS locaux et pour commencer, celui du Grand Lemps. Pour rappel un ENS est un site remarquable pour son écosystème, pour les espèces qu'il abrite, pour le rôle essentiel qu'il joue dans la vie culturelle et économique pour les habitants du coin et pour sa valeur pédagogique. C'est un espace naturel sensible géré soit par le CEN Avenir (conservatoire des espaces naturels) sous la direction du département, soit par une association naturaliste. En Isère nous avons la chance d'avoir non seulement le plus grand nombre d'ENS, mais aussi de gestionnaires de ces espaces, de journées découvertes consacrées à ceux-ci et à leurs préservation. Ils touchent pour beaucoup des milieux humides car peu nombreux en France métropolitiane, mais aussi des forêts, des pelouses sèches ou des alpages.

Au Grand Lemps, c'est une tourbière et son étang qui sont désignés comme ENS. Comme pour la plupart de ces sites, seule une partie très restreinte du marais est accessible pour permettre de concilier à la fois l'intérêt du public, la tranquillité des animaux et l'intégritée des plantes et du milieu, souvent sensibles aux questions de piétinement. Une multitude d'habitats se succèdent et marque l'évolution naturelle du site. Un chemin balisé et des structures de bois à l'épreuve du temps ont été mis en place pour faire découvrir le coeur de la tourbière, d'ordinaire peu accessible en raison de l'eau, des terres mouvantes et des moustiques.

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Voilà une des merveilles que l'on peut trouver dans les mares parmi les joncs. L'utriculaire australe (Utricularia australis) est une plante carnivore qui a la particularité de se développer entièrement dans l'eau et de n'ermeger qu'à la période de floraison. Ses feuilles aquatiques sont de deux nature : les photosynthétiques permettant l'élaboration de la photosynthèse et celles à pièges.

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En forme d'outres, ces dernières ne dépassent pas le millimètre et sont couvertes de poils. Ceux-ci permettent l'ouverture et la fermeture du clapé de la feuille. Lorsqu'ils sont agités par une micro-proie, l'outre s'ouvre et aspire la malheureuse qui termine emprisonnée puis digéré sans autre forme de procès. C'est de cette particularité que les plantes de ce genre tir leur nom, inspiré du latin "utriculus" qui signifie "petite outre". L'utriculaire australe se reconnaît à la lèvre inférieur de sa fleur veinée de rouge qui est légèrement plus grande que les autres pièces florales, cependant il est aisé de la confondre avec l'urticulaire commune (Utricularia vulgaris). De ce fait l'identification se fait bien souvent à la loupe binoculaire, en particulier quand les fleurs sont absentes.

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Sans être placée sur les listes rouges nationales, c'est une espèce peu présente à la répartition disparate. Protégée par arrêté dans de nombreuses régions, en particulier dans le nord du pays, elle est un des indicateurs floristiques retenus lors de l'élaborations des ZNIEFF, les zones naturelles d'intérêts écologiques, faunistiques et floristiques qui se matérialisent par la réalisation d'inventaires.

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On trouve une autre carnivore tout aussi belle bien qu'originaire d'Amérique du Nord. La sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea) aime les sols pauvres. Pour combler le manque de certains nutriments absents des sols tourbeux, elle se nourrie d'invertèbrés qu'elle piège à l'aide de ses feuilles en outres aux parois glissantes.

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Cependant, les pièges de la sarracénie pourpre ne sont pas uniquement des tombeaux à ciel ouverts pour les bestioles imprudentes. Plus de 180 espèces vivantes tels des insectes, des algues, des crustacés et des bactéries y vivraient, formant ainsi un micro écosystème à part. La digestion des organismes piègés se ferrait semble-t-il par leur intermédiaire et non pas uniquement par les enzymes que la plante sécrète. Protégée dans son aire d'origine, son introduction par des passionnées de plantes carnivores dans la tourbière du Grand Lemps avant le mise en protection de celui-ci pose problème, l'espèce ayant tendance à coloniser l'espace au détriment des sphaignes.

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La bourdaine (Frangula alnus) est un arbrisseau qui pousse dans une grande pluralités de milieux, de préférence humides. Ses baies noires sont toxiques et purgatives, on tire d'elle une teinture naturelle qui colore les linges en vert tendre. Des jeunes rameaux frais on tire du pourpre et du violine, des écorces séchées un très beau jaune.

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L'installation des passerelles a demandé non seulement un gros investissement mais également de gros moyens humains. Posées sur la tourbe, leur fondation s'enfonce profondément dans le sol meuble, rendant peu aisé les travaux. Sur plus d'une dizaine de mètres par endroits, le marais n'offre pas une surface suffisamment stable. Un puit mit en place dans le parcours permet de mesure la profondeur à l'aide d'un long bâton. Il rend également visible les strates de la tourbe qui se compose de tourne blonde (vieille de moins 3000 ans), de tourbe brune (aux alentours de 5000 ans) et de tourne noire (12 000 ans et plus).

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Le bas-marais alcalin est un habitat de référence dans les suivis des milieux humides. Il représente 55% des zones humides de l'Isère. Il se caractérise par une mise en eau constante, pauvre en nutriments et très souvent calcaire. Les carex acidophiles y sont courants, de même que les sphaignes (famille des mousses). Ils sont le premier maillon dans la constitution de la tourbe. Peu communs, ces grands systèmes palustres sont surtout présents dans l'Est de la France, protégés par la topographie des montagnes.

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La cladiaie fait partie des milieux typiques du bas-marais. Ce sont de grands peuplements de marisques (Cladium mariscus) dont les tiges peuvent frôler les 3 mètres. Pauvre en espèces végétale, elle regorge d'animaux en particuliers d'oiseaux et d'insectes qui trouvent gîte parmi ses feuilles coupantes et ses tiges persistent à l'hiver bien que brunies par l'action du froid et du gel.

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La cladiaie se compose parfois de marisques poussants sur la matière végétale se trouvant à la surface de l'eau ou en suspension entre deux strates aquatiques. Vértibles radeaux flottants, ces îlots sont trompeurs pour le promeneur qui pense pouvoir y poser le pied et termine dans le fond du marais. L'accumulation de ces formations fait prémice au comblement du marais par la matière organique, laissant place au haut-marais qui se caractérise par une mise en eau périodique, des pelouses humides et la possibilité d'y mener des pratiques agricoles tel que la pâture, la fauche ou la mise en céréales sur les terres devenues arables.

Le marais nous donne des ailes. Nous n'avons pas vu les droseras, d'autres plantes carnivores encore bien différentes de celels qu'offre le mairais et que nous avons pu voir. Petit mais riche en découverte, le sentier à l'avantage de préserver une grandre partie du site du bruit et des regards des visiteurs, assurant un semblant de tranquillité aux animaux qui le peuple tel les hérons cendrés et les faucons hobereaux. Il nous reste bien d'autre ENS à découvrir, le prochain se situe dans les marais de l'Ainan, sur la commune de Chirens où pousse la rare et discrète Liparis de Loesel, une orchidée qui ne paye pas de mine mais dont la sauvegarde est capitale.

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