lundi 29 octobre 2018

Sortie en forêt 79.

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Au pied du Pilat :

Nous voici sur la commune Les Haies, plus exactement au Pet du Loup, un espace naturel que vous retrouverez dans plusieurs de mes articles retraçant mon parcours d'étudiante en BTS GPN. C'est ici qu'avec mes camardes de classe, j'ai pu en partie me former aux questions propres à la gestion des milieux, en particulier en créant des placettes de nidification pour les busards, en dirigeant un chantier, en abattant des bouleaux menaçants de refermer le milieu, en rajeunissant des bosquets de callune ou encore, en déterminant les parcelles cadastrales à l'aide de GPS. Depuis novembre 2017, certaines zones ont beaucoup changées et sont devenues de véritables forêts de fougères aigles, signe que le milieu se ferme à nouveau. D'ordinaire, ce phénomène naturel ne pose pas problème car il s'inscrit dans l'évolution que connaît la lande à callune, cependant cette dernière étant devenue rare ici, il est nécessaire d'intervenir pour la maintenir.

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L'endroit est idéal pour observer la mante religieuse (Mantis religiosa). Cette merveilleuse créature aurait pu avoir sur le blog un article à elle seule. Mal aimée et souvent mal nommée, elle ne mérite pas le sobriquet de cheval du Diavle qu'on lui donne et qui est pour le moins imagé. 

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Il existe plusieurs espèces de mantes en France. Celle-ci est la plus commune et contrairement à ce que l'on peut penser, elle n'est pas nécessairement verte mais peut présenter toute une gamme de bruns et de gris lui permettant de se fondre dans la végétation. Elle peut ainsi à loisir se cacher des prédateurs mais également attendre le passage d'une proie qu'elle capture avec ses pattes avant, que l'on nomme ravisseuses et qui sont équipés de dentures. Contrairement à ce que l'on peut lire, celles-ci ne peuvent pas entailler la peau humaine, d'ailleurs la mante ne les utilise pas de cette manière pour se défendre. Elle a cependant à la capacité de les déplier en un éclair de temps et de le refermer tout aussi vite. L'insecte ainsi emprisonné n'a plus les moyens de prendre la fuite et fini dévoré. À la base de chaque ravisseuse on trouve un motif singulier ressemblant à un oeil. En situation de danger la mante écarte grand ses pattes avant puis les agitent, donnant l'impression d'être un animal bien plus gros et bien plus menaçant que ce qu'elle laisse supposer. Si cette technique fait parfois ses preuve, cela n'empêche pas les oiseaux d'en faire leur quatre-heure.

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On appel souvent sans scrupule une femme criminelle, une intrigante ou collectionneuse d'hommes "mante religieuse" du fait que les femelles mantes se plaisant dans un cas sur trois à dévorer le mâle. Il ne faut voir dans cet acte que ce qu'il est pour la belle : un moyen d'assurer le bon développement des oeufs en ayant accès à une source de protéine de premier choix. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, pour le mâle malchanceux, tout n'est pas perdu. Pendant que sa douce lui dévore la tête, son appareil génital continu son travail et fini même par cloisonner l'orifice de la femelle, empêchant ainsi tout autre de mâle de prendre part à la fécondation.

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La mante religieuse fascine. Dans la Grèce antique, elle est associée de par sa position de chasse aux prêtresses en prière. Son nom scientifique de "Mantis" est inspiré du grec Μάντις qui signifie prophétesse. Le terme "religieuse" double cette association, du fait de sa ressemblance avec un croyant en prière, d'où son surnom de Prie Dieu. Dans de nombreuses cultures asiatiques, elle est synonyme de fécondité et d'abondance, certains peuplent allant jusqu'à orner leurs tenus traditionnelles de représentations de mantes.

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Les femelles se distinguent des mâles par leur taille, 8 à 9 centimètres là où leurs amants sont plus proches des 4 à 5 centimètres. Chez les femelles l'abdomen est plus long, plus large et se termine par deux pointes formées de cerques (en somme deux pointes striées d'anneaux). Si les deux sexes peuvent voler sur de longues distances, les dames sont souvent clouées au sol quand elles deviennent gravides. Il faut savoir que faute de trouver un partenaire à proximité, la mante est capable de s'autoféconder, on parle alors de parthénogenèse. Les petites mantes qui sortent des oeufs contenus dans l'oothèque seront alors tous des mâles.

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Pour l'observer, il faut baisser les yeux. Les endroits où j'ai pu en observer en abondance sont les vignes du Beaujolais, les buissons denses mais aussi la végétation à ras le sol des Calanques marseillaises, les pâtures couvertes de broussailles du Libournais, les prairies de fauche de l'Ainan et les clairières à callune du Pet du Loup. En règle générale, l'habitat de prédilection de la mante religieuse se compose d'une zone ouverte, toujours en dessous de 800 mètres d'altitude, aux herbes hautes qui lui permettent de chasser à loisir les insectes et les araignées. Des cas relativement bien documentés de mantes prédatant de jeunes lézards et de jeunes serpents laisse penser qu'elle est le seul insecte Européen capable de se nourrir de vertébrés.

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Nous sommes dans un lande sèche à callune, c'est à dire un habitat qui se caractérise entre autre par l'abondance de callune (Calluna vulgaris) que l'on distingue des bruyères par l'insertion de ses feuilles et ses fleurs dont les pétales ne sont pas complètement soudés. Elle se développe sur des sols acides et drainés avec une faune spécifique.

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Lapins de garenne, perdrix, poules faisanes, vipères aspics, engoules vent, coronelle lisse, tariers pâtres, demoiselles en chasse et lézards en tout genre, se sont tout autant d'espèces qui se plaisent dans ce milieu. Les champignons ne sont pas en reste, en particulier ceux associés aux callunes et et qui permettent aux plantes de puiser la moindre ressource du sol. Pour maintenir ces landes au couvert arbustif, il est recommandé de limiter voire de supprimer les ligneux et les plantes au fort ombrage permettant l'émergeance de plantules d'arbres. Le pâturage avec des moutons ou des chèvres est une des solutions techniques employée pour empêcher le phénomène de fermeture.

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Le genêt à balai (Cytisus scoparius) fait aussi parti des espèces typiques de ce type de lande acide. Son nom vient de son usage ancestrale comme balai une fois les jeunes rameaux réunis en bouquet puis séchés. On l'utilisait plus particulièrement sur les sols de terre battue. Il s'oppose à un autre végétal, le bouleau verruqueux (Betula pendula) dont on disait que les sorcières ne pouvaient chevaucher les branches réunies en balai, le considérant alors comme un arbre associé à la magie blanche, là où le genêt noire était associé à la magie noir et faisait figure de monture pour se rendre au sabbat. Voici un exemple de deux espèces pionnières, ayant une dynamique similaire et une aire commune mais aux considérations complètement contraires.

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Autre espèce pionnière, le peuplier tremble (Populus tremula). Il est le seul de sa famille à se plaire en milieu forestier. Là où les autres peupliers prennent plaisir à s'intaller dans les milieux humides et sur les rives, il s'épanouit plutôt dans les sols frais mais drainés.

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Son nom de tremble vient de son feuillage qui au moindre vent de met à frétiller avec force ce qui ne va pas sans laisser s'échapper une délicate mélodie dans le sous bois. C'est un arbre bien connu du fait qu'il est employé à des fins économiques pour réaliser de la pâte à papier mais aussi des allumettes, de la menuiserie du fait de sa capacité à prendre des teintes argentées en vieillissant et des emballages comme les cagettes si précieuses pour allumer la cheminer l'hiver. Son écorce a été longtemps employée pour ses propriétés permettant de lutter contre la douleur. Aujourd'hui on préfère l'emploi des feuilles et des bourgeons, plus particulièrement pour soigner les infections respiratoires comme la bronchite. Chez les grecs anciens, ce peuplier est l'incarnation de la nymphe Leucé qui prit la forme du végétal pour échapper aux avances d'Hadès. Il incarnait dans la culture hellénique une passerelle symbolique entre le monde des morts et celui des vivants.

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Cela fait longtemps que les digitales pourpres (Digitalis purpurea) ne sont plus en fleurs. La plante est extrêmement toxique du fait qu'elle contient de la digitaline. Cette molécule n'est cependant pas sans utilité, car celle-ci permet de réguler le rythme cardiaque. Administrée il y a encore peu à partir d'extraits naturels, elle a été depuis synthétiser ce qui à l'avantage de permettre des dosages plus justes et une meilleure prise en charge des patients. Cette méthode préserve également les populations de digitales en Europe des cueillettes commerciales.

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La belle ondontite jaune (Odontites luteus) est au rendez-vous. Nommée aussi euphraise jaune, son nom d'ondontite ne va pas sans rappeler tout ce qui touche aux dents, d'ailleurs en arabe son nom signifie "molaire jaune" ce qui laisse supposer mais sans aucune certitude d'un usage ancien de la plante pour soigner les troubles de la dentaires.

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En France on la rencontre dans tout le Sud (exception faite au Pays Basque) et dans l'intégralité de l'Est du Pays, le plus souvent dans les milieux secs et arides, parfois en lisière de forêt ce qui correspond plutôt bien au Pet du Loup. C'est une plante hémiparasite, c'est à dire que bien chlorophyllienne (qui fabrique donc sa nourriture), elle va également puiser des ressources dans ces proches voisines, en particulier les minéraux essentiels à son développement. En sommes, c'est une forme de vampirisme végétal. Il n'est pas rare de la voir fleurir jusqu'en septembre et bien qu'elle préfère les zones géographiques au climat plutôt clément, on peut la croiser jusqu'à 1800 mètres d'altitude.

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Ce lézard des murailles (Podarcis muralis) prend un bain de soleil avant de retourner à sa cachette. L'hiver approchant, il se mettra alors en hivernation et n'émergera de temps à autre de son sommeil que si l'ensolleillement est suffisant. Les grands froids ne permettant pas aux papillons, mouches, sauterelles et autres araignées dont il se nourrit d'être abondants, il doit se mettre à la diète faute de proies. Néanmoins ce régime alimentaire ne l'empêche pas de vivre 5 à 8 ans, les plus vieux spécimens pouvant atteindre 20 centimètres.

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Que de chemin parcouru depuis les chantiers de novembre 2017 au Pet du Loup. Une année bien fournie, avec l'obtention du diplôme, un poste dans la fonction public comme vacataire sur les questions d'agriculture et d'aides européennes, la PAC. Cependant, cela ne serait être le seul bouleversement, et pour tout dire il est de taille, j'aurai l'occasion de revenir dessus dans les prochains articles du blog et pourquoi pas, d'y consacrer un billet entier. En attendant ,l'heure est aux sorties d'automne, avec l'approches du suivi loutre et les grandes expositions mycolgoiques locales. Les soirées s'annoncent bien remplies mais passionnantes, d'autant plus que le secteur rhodanien n'est pas sans atouts. Cela promets quelques reportages faunistique en perspective et pourquoi, une très prochaine sortie entre visiteurs du blog. À suivre !

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vendredi 19 octobre 2018

Le forum mycélium : retour en images.

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Encore un week-end fort en émotions pour la 2e édition du forum mycélium à St André en Vivarais en Ardéche verte. Des grands noms sont au rendez-vous et pour l'occasion, ils animent la plupart des ateliers, des conférences, des sorties, des tables rondes et surtout, le tout avec beaucoup de bienveillance. Bien sûre le thème central reste le champignon mais pas seulement ! Agriculture, biomatériaux, recyclage et valorisation, sciences humaines, production, détermination et cuisine ... la fonge entre en ligne de mire de nombreuses disciplines qui n'ont pas manqué d'attirer l'attention du public pour notre plus grande plaisir, l'événement ayant eu pour la peine un joli succès. La poésie était de la partie pour raconter la fascinante relation entre les champignons et le vivant tout comme leurs formes, leurs couleurs et leurs parfums à travers des échanges animés et drôles mais aussi, par l'intermédiaire de toute une série de jeux de découverte. Pour découvrir les intervenants et les thématiques, je vous invite à vous rendre sur l'article de présentation de ces derniers ICI.

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Ayant Hervé Cochini pour guide, nous voyageons d'arbres en arbres pour découvrir l'incroyable vie des lichens, ces êtres fascinants pour qui 1 + 1 = 1 comme aimait le dire Pelt. Bioindicateurs de la qualité de l'air, ils sont aussi des éléments précieux pour connaître un milieu.

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Pionniers, il est courant de les voir affronter des conditions rudes. Fort heureusement, le lichen est le fruit d'un champignon et d'un algue verte parfois remplacée par une cyano-algue. L'un fourni l'azotes et les antibiotique, l'autre les sucres permettant au couple de s'acclimater un peu près partout. Je vous l'avoue, pour la peine je vous fait la version courte. Tout aussi courte que l'anecdote qui veut que le lichen ici en photo, un Xanthoria sp., soit employé en teinturier dans la confection des kilts. À cet énoncé voilà ma curiosité piquée et il n'en fallait pas plus pour que je me rus sur "Guide des teintures naturelles Champignons et lichens" de Marie Marquet et Caroline Paliard, ce qui amène en perspective pour cet l'hiver de futurs articles-ateliers sur l'expérimentation et l'identitifcationet autour de la thématique de la teinture naturelle sur le blog.

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Hervé Coves est notre second guide et on peut le dire, avec lui champignons et poésie riment. Soulever le délicat jupon que forme le chapeau du carpophore ou partir à la découvert des dentelles que forment les lamelles est une véritable aventure. Aérodynamie, vols spatiaux, naissance de la vie à travers les comètes ou encore contact avec la nature à travers les relations du mycélium et des herbes ainsi que les échanges qui se produisent sous nos pieds; ce sont quelques unes des découvertes auxquelles ont été conviés les petits et les plus grands.

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Dans les profondeurs, les fourmis cultivent les mérules (Merulius), des champignons dont certaines espèces sont connues pour détruire le bois qui composent les habitations trop humides, d'où leur surnom de "champignons des maisons". Ici ils sont source de nourriture. En décomposant les végétaux, ils produisent des sucres assimilables dont les insectes se délectent. Les plus téméraires ont de ce fait pu goutter la terre de fourmilière. Les enfants ne restent pas insensible à la démonstration et s'empressent de joindre le pas, laissant grimper les fourmis sur leurs mains. Les voir en pleine immersion nature, s'amuser au contact du vivant est une grande joie.

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L'an dernier, la neige avait fortement impactée la récolte. Cette année l'événement a été avancé d'un mois et c'est désormais la sécheresse qui nous joue des tours. Cependant ont trouve quelques spécimens ici et là à mettre dans le panier des identifications pour les soumettre à Pierre Roux imminant mycologue à l'humour comme je l'aime et présent pendant ces deux jours de festivité et d'échange.

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Dans les mains de Pierre Coves, un clitocybe orangé (Hygrophoropsis aurantiaca) que l'on nomme fausse chanterelle et qui n'a de clitocybe que le nom (désomrais il fait parti des boletales). Il n'est pas rare qu'il soit confondu avec la véritable girolle de par son aspect, cependant il s'en démarque par sa couleur, la présence de lamelles et une chair colorée. C'est un comestible très moyen. La sortie se poursuit avec la rencontre d'une vesse de loup perlée (Lycoperdon perlatum), d'un coprin (Coprinus sp.), d'un beau cheval blanc, des cris d'un couple de rapaces mais surtout, des bruits de la nature et de l'eau.

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Retour au premier hall de présentation. Héléna Amalric s'y tient avec ses incroyables champignons : pleurotes en pleine fructification, champignons luminescents, amadouviers et polypores des pins pour la réalisation de cuir végétal, échantillons de contre-plaqué à base de mycélium et isolant de même nature ... les champignons sont à la pointe de l'innovation. Et vous savez quoi ? Héléna a été également ma maître de stage, c'est donc a elle que je dois mes deux articles sur le blog ICI et mais aussi, la réussite des mes oraux de BTS.

DSC04465Les intervenants sont nombreux, et hélas je n'ai pas pu assister à une grande partie des conférences, présentations, ateliers, tables rondes et démonstrations. Je me suis promise l'an prochain d'être présente sur l'intégralité de l'événement. Parmi les acteurs de ces rencontres, deux monstres sacrés du monde nature et de la mycologie : Pierre Roux et Marc André Selosse, auteurs de ces deux ouvrages (entre autre) que je vous recommande chaudement. Outre leur immense savoir et leur pédagogie, j'ai été très touchée par la grande bienveillance qu'ils m'ont manifestés lors de mon passage devant le public et pour lesquels je les remercie.

DSC04445Parmi les outils mis à la disposition du public, on retrouve les mallettes d'Hervé Cochini. De grands format et tout en bois, elles contiennent un nombre incalculable de lichens de formes et couleurs diverses, identifiés avec soin et disposés sur le substrat où ils ont l'habtutde de se développer.

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Si un bon nombre d'entre eux sont Aardéchois, une partie est issue de Chartreuse mais aussi de Guadeloupe car il faut le savoir, les lichens sont partout. On en rencontre même sur les glaces arctiques, là aucun autre organisme capable de photosynthèse ne se développe. Les lichens sont des êtres symbiotiques fascinants, certains sont même phosphorescents ! Résistants pratiquement à tous, certaines espèces sont cependant très sensibles à la pollution de l'air. La classification des lichens se fait par genre, par famille mais aussi par milieu. Ainsi on peut utiliser la clé suivante pour les classifier mais elle n'est pas la seule.

DSC04476Baptême du feu ! Me voilà pour ma toute première conférence devant un public de connaisseurs, autant vous dire que je ne fais pas la fière cependant j'ai pris un énorme plaisir pendant cette présentation à faire découvrr ma passion. La thématique ? L'amanite tue-mouche dans la culture européenne. Pour se faire je me suis appuyée sur le travail que j'ai réalisé il y a 2-3 ans sur le sujet et dont vous trouverez dans les limbes du blog les traces mais aussi, sur la version mise à jour et bien plus complète dans la revue du Mycorium Sauvage à travers le Mycomag.

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Pourquoi se pencher sur l'amanite tue-mouche et surtout, culturellement parlant ? Parce que le beau champignon est représenté un peu partout dans nos sociétés ! Peinte à la bombe sur les murs  des villes, diffusée à la télé dans Oui-Oui et les Stroumfs, dessinée dans les bandes dessinés avec Tintin, Astérix ou Spirou, mise en lumière dans les jeux vidéos avec Mario, Skyrim et Minecarft, affichée sur les tee-shirts des stars comme Miley Cirus ou Katy Perry, on ne peut pas louper l'amanite tue-mouche. Tout l'intérêt réside alors dans le pourquoi de sa présence dans notre quotidien ? C'est ce que j'ai pris plaisir à montrer en reprenant son historique en voyageant de l'Asie à l'Europe en passant par les cultes chamaniques et hindouiste, les terres celtes et anglo-saxons jusqu'à arriver à notre ère. Pour les curieux la vidéo sera bientôt accessible contre une petite cotisation à notre association le Mycorium Sauvage. En prime, le très beau panier d'amanites devant lequel je me suis exprimée.

DSC04492Les champignons c'est beau, c'est utile et c'est à aimer pour ce que c'est. Certes. C'est aussi très bon ! Jacques Marcon, chef réputé tenant avec son père Régis Marcon le restaurant du même nom ainsi que le bistrot la Coulemelle, est venu nous faire démonstration de son talent et nous régaler la pense  de ses préparation à base de champignon.

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Tricholomes colombettes, gambas, chanterelles grises à l'huile de noisette, fricassées aux girolles, bolets pied rouge grillés, sparassis crépu au beurre et son émulsion de crème (une découverte pour mes parents pour mon plus grand bonheur). Ce dernier se nomme aussi morille des bois, morille des pins ou morille blanche bien qu'il n'en soit pas une. Délicieux, il est recherché par les amateurs de bonne cuisine. Les mycologues le connaissent pour leur part sous le nom de Sparassis crispa .Cependant mal serait avisé celui qui sans bien le connaître s'aventurait à le récolter. Les confusions peuvent être nombreuses, en particulier avec d'autres calvaires de couleur beige. Les risques sont de l'autre de l'indigestion, de la gastrite et des diarrhées tenaces. Vous voilà prévenus.

Pardon à tous ceux et toutes celles que je ne cite pas dans cet article, leur intervention est à la hauteur de l'événement : génialissime. Dans cet article précédent, ICI, vous pouvez retrouver tous les intervenants. Une grosse pensée pour les bénévoles issus en grande partie de l'Association de Gestion de l'Ecole de St André en Vivarais qui a su donner vie à ce forum. Et un grand bravo pour Jérôme et Hervé, les fondateurs et porteurs de ce beau projet. N'oublions pas non plus Nathaël a qui l'on doit les magnifiques visuels de cette édition ainsi que la capture image et son mais aussi, Joseph, photographe émérite du petit monde et qui comme l'an dernier nous a fait profiter de ses beaux clichés et de sa technicité. Merci aussi à tous ceux qui ont fait le déplacement, j'ai pu mettre des visages et des voix sur des profils IRL d'amoureux de la nature avec qui j'échange depuis longtemps et là aussi, je suis ravie. On vous attends avec plaisir à la 3e édition de ce forum qui s'annonce encore plus riches. À très vite et attendant, n'hésitez pas à découvrir le groupe facebook du mycorium sauvage, son site internet mais également ceux des intervenants et participants du Forum Mycelium, et pourquoi pas, à adhéré comem membre.

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vendredi 28 septembre 2018

Sortie en forêt 78.

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Nous voilà de retour au col des mille martyrs, en hommage aux dix milles martyrs romains chrétiens n'ayant pas voulu abjurer leur religion. Le fond de l'air est frais, cependant le sol est sec, ce qui ne permet pas à la fonge d'être aussi développée que nous l'espérions. 

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La forêt est timide, le chant des oiseaux discret, mais la ballade n'en est pas moins belle. Paysages sublimes, lumière tamisée filtrant à travers les branches des conifères, montagnes dans les nuages et myriade de baies sauvages le long des chemins nous attendent. La fin de l'été a déjà un doux parfum d'automne. C'est le moment de jouer à la sorcière, de courir dans les bois, de ramasser les pommes au jardin, les courges dans le potager avec les dernières framboises gorgées de soleil, d'attraper les grappes de raisin à pleine main et de dire adieu définitivement aux vacances. C'est le temps des vendanges, des fruits, des champignons, des feuilles mortes, celui de vivre au rythme des jours qui raccourcissent.

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J'adore marcher dans la pénombre des bois. L'atmosphère y est toute particulière. L'humidité ambiante invite à la prudence, celle-ci étant propice à la sortie des amphibiens forestiers. Crapauds, grenouilles et salamandres font partis de ces animaux se faufilant parmi les feuilles mortes et que l'on peut croiser pendant les pluies d'été, pendant la recherche des cèpes ou juste après une averse éclaire, de celles qui surprennent le promeneur.

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Cependant nous ne sommes pas bredouillent. Les lépiotes élevées (Macrolepiota procera) sont de la partie. De forte stature, seul le chapeau est à prélevé. L'avantage de cette espèce, outre le fait qu'elle remplit rapidement le panier et qu'elle soit esthétique, est sa comestibilité.

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Si on prend soin de bien la cuire comme l'usage le recommande, ce champignon nommé également Coulemelle s'avère délicieux. Frit, grillé au barbecue, sauté à la crème ou en soupe, il peut se manger à toutes les sauces. On prendra cependant garde à son lieu de récolte, du fait qu'il soit un très bon bio-accumulateur. De ce fait, il est employé dans les analyses de sols pour déterminer leur teneur en agents chimiques polluants. Pour la trouver rien de plus simple, il suffit de s'aventurer dans les prairies, les bois clairs et les lisières riches en matière organique à décomposée. Attention cependant, des espèces semblables de lépiotes s'avères mortelles, autant bien connaître ses critères de détermination avant la récolte.

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Surprise, quelques girolles améthystes (Cantharellus amethysteus) nous attendent sagement dans la mousse, au milieu d'une forêt mixte composée de sapins blancs (Abies alba) et de hêtres communs (Fagus sylvatica) et dont les feuilles s'entassent déjà au sol. La sécheresse semble être passée par là, les specimens sont petits, craquelés et peu nombreux. Il faudra se monter patient avant la prochaine sortie pour mettre la main dessus.

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Dans une éclaircie, un petit buisson de callune commune (Calluna vulgaris) apparaît. l'espèce indique la présence d'un sol acide. Elle est l'hôte de nombreuses espèces d'insectes, en particulier de leur larve comme on le voit parfois avec la chenille du très beau petit paon de nuit (Saturnia pavonia).

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Ici elle indique la présence d'une tourbière, qui plus est ombrogène. Cependant elle a bien du mal à faire face à l'avancée de la fougère aigle (Pteridium aquilinum) qui peuple le lieu qui, en espèce pionnière, tend à le refermer, suivis bien souvent par les boulots blancs, hôte principal d'un champignon que j'affectionne tout particulièrement, l'amanite tue-mouche (Amanita muscaria). Pour en revenir à la callune, c'est une plante aux mille vertus, étant une très bonne mellifère, servant autrefois dans l'éllaboration des bières mais aussi, comme plante magique associée à la protection (notamment contre les fantômes).

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La récolte avance. Les mûres sont de saison. Nous les adorons. En salade, en sirop, en infusion, en confiture ... il y tellement de façon de les mettre en valeurs que nous nous privons d'en récolter une poignée dès que nous croisons un bosquet de ronces. Riches en vitamines, elles sont idéales pour affronter le froid.

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Instant de liberté face à la Grande Sûre dont la cime est plongée dans les nuages. Nous sommes dans une prairie à vaches surplombant Saint Laurent du Pont et sa vallée. L'herbe verte cache des merveilles dont un rond de sorcières de rosés des prés (Agaricus campestris). Hélas pour nous, nous arrivons un peu trop tard.

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Dans une partie pentue du bois, composé essentiellement de sapins blancs et où la lumière pénètre sans difficulté, nous faisons une jolie découverte. Il semblerait qu'il s'agisse d'une mâchoire de renard roux (Vulpes vulpes). Il faut se le dire, le renard à mauvaise presse. On le tire désormais de nuit dans certains départements. Dans la plupart, on le déterre, on l'enfume, on l'empoisonne, on le piège.

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C'est vrai que le goupil aime chaparder les poulets et les canards, et les dégâts ne sont pas sans conséquences dans les grands élevages de pleine. Est-ce pourtant autant la peine de le traquer partout ? Dans certaines vallées agricoles, on comprend désormais son rôle. Dans celle de la Valdaine, il est interdit de le chassé, afin de limiter les populations de campagnols qui dévastent les cultures. Plus de renards, moins de campagnols, la logique est simple mais encore dure à faire entendre, alors que dire de son impacte bénéfique sur la maladie de Lyme, lui qui réduit les populations de rongeurs qui font parties du cycle de ce mal ? Oh bien sûr, on peut parler de l'échinococcose que l'on nomme à tort maladie du renard et qu'il véhicule via ses déjections (et non son urine comme on l'entend souvent) mais cela ne concerne que 10 à 15 personnes par an et les vecteurs principaux en son le chien et le chat, autant dire que si l'argument était vraiment d'importance, nos compagnons auraient du soucis à ce faire. Quand à la rage, cela fait belle lurette qu'elle n'est plus présente sur le territoire français. Alors, si on laissait le renard roux un peu tranquille, histoire que les écosystèmes fonctionnent par eux mêmes et soient encore plus bénéfiques qu'ils ne le sont à l'agriculture ?

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Sur une souche, dans un boisement dense, nous tombons sur une multitude de carpophores (parties aériennes d'un champignon) de polypores soufrés (Laetiporus sulphureus). Pas plus simple à reconnaître que celui-ci : un chapeau marginé de blanc, des pores jaunes et absence du pied. Il n'y a pas à dire, en forêt il n'y en a pas deux comme lui.

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Aux Etats-Unis et au Canada, ce champignon est très recherché et est communément nommé "poulet des bois" en raison de sa chaire et de son goût proche de la volaille. Cependant, il faut bien l'appréter, la cuisson pouvant le rendre sec et filandreux. Pour ma part je le transforme en nuggets après un rapide blanchissement ou, je le découpe en fines lanière que je fais en fricassée dans de l'huile d'olive, de l'oignon, de l'ail et surtout, avec beaucoup de fromage de pays. Attention toute fois, les champignons nord-américains bien que très semblablent aux notres sont différents, aussi bien sur le plan de la biologie que de la comestibilité, d'autant plus que cette espèce ne convient pas aux estomacs sensibles. Les individus poussant sur des conifères (cette espèce appréciant également les feuillus), seraient plus indigestes. Mieux vaut lors d'une première dégustation le goûter en petite quantité.

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Dîner du soir. Au programme oeufs poêlés, chapeaux de lépiotes élevées revenus à l'huile d'olive, fricassée de polypores soufrés et gnocchi et infusion au mûres forestières. De quoi se régaler avec la récolte de notre promenade, il nous aura fallu un peu moins de 2 heures en forêt pour trouver de quoi confectionner notre repas.

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Sur le chemin, nous croisons pas moins de treize chevreuils (Capreolus capreolus). Chevrettes avec leurs faons de l'année, jeunes mâles en pleine forme ou petits groupes broutant dans les prairies enherbées, c'est notre jour de chance et pour cause, c'est le meilleur moment de la journée pour les observer. En effet, la lumière tombante, la fraîcheur amenée par la petite pluie du matin et le faible flux des voitures et promeneurs incitent les animaux à sortir du bois pour s'alimenter. Faute de prédateurs, leur population s'est accrue rapidement dans le secteur, présentant quelques problèmes pour le peuplement, en particulier sur les question de consanguinité et de maladies selon certains. Bien que chassée, en l'état des choses seule une prédation naturelle semble envisageable pour enrayer la dégradation génétique de l'espèce à l'échelle locale.

La nuit commence à tomber, il est temps de retourner chez soi pour s'atteler à la préparation du repas, et plus globalement, de la fin de l'été. Changement de contrat, même poste, je m'épanouie dans ma nouvelle filière : l'agriculture. Cependant, il me tarde de retourner à mes premiers amours : l'éducation à l'environnement. Qui sait ? d'ici quelques temps, peut être me croiserez vous au détour d'un bosquet, avec tout un groupe en quête de nature à découvrir. En attendant, il me reste à enfiler mes chaussures de randonnée et à vous dire à bientôt.

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mardi 18 septembre 2018

Découvrons le marais de Chirens.

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Nous voilà dans l'ENS du marais de Chirens, pour une visite un peu particulière. J'anime pour l'occasion une sortie pour mes proches. Le lieu est idéal, l'histoire géologique est riche, ne serait-ce que par la formation du marais à la suite du retrait des glaciers qui donna naissance à un lac dont les traces les plus anciennes remontent à 14 000 ans.

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Nous sommes de ce fait une joyeuse bande à partir à la découverte de la faune et surtout de la flore locale. Les milieux sont très diversifiés : saulaies, mares, phragmiteraies, peupleraie ou encore prairies humides, ce sont tout autant d'habitats pour s'initier aux joies de la botanique. Je suis partie tôt le matin quelques jours auparavant repérer les lieux. Il fait alors très chaud, pas moins de 26°C à 6 heures du matin. Hormis une troupe de chevreuils et quelques sangliers, un héron timide et quelques passereaux, les lieux semblent déserts. Je connais bien l'endroit mais un rafraîchissement de mémoire ne fait jamais de mal, d'autant plus que vérifier si le sentier est praticable ou que le lieu n'est pas fermé au public n'est pas un luxe, surtout quand on se trouve dans un espace sensible où la fréquentation est un des axes de sa gestion.

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Le circuit est accessible, nous sommes pour l'occasion pas loin d'une vingtaine. Une courte présentation me permets de retracer l'histoire du site mais aussi, son passé historique, en particulier avec l'influence des occupants celtes de la région, les Allobroges. Ces derniers ont laissé dans le paysage plusieurs vestiges dont des mottes castrales, traces de maisons-villages fortifiées et situées au sommet des collines entourant le marais de Chirens.

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Parmi les espèces présentes, on peut citer le solidage géant (Solidago gigantea), qui se différencie de son cousin canadien de par sa non pilosité (glabre) et de sa plus petite taille. C'est une espèce dite EEE : espèce envahissante exotique, c'est à dire venue d'une autre contrée que celle où elle se trouve, de manière non naturelle et représentant une menace pour la santé humaine et ou les milieux naturelles et ou l'économie. Outre son statut qui fait débat, ce solidage appelé aussi verge d'or géante est une plante médicinale employée par de nombreux peuples amérindiens. C'est aussi une plante mellifère dont le miel au goût fort est proche de celui de sarrasin.

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Par endroit sur le marais, le pourcentage de couverture de ce solidage est proche de 100%, c'est à dire que sur un espace donné, il est la seule plante à se développer, créant ainsi un peuplement monospécifique comme sur cette photo. Le problème, c'est que cette couverture végétale, toute belle qu'elle soit, empêche d'autres espèces essentielles au bon fonctionnement de la tourbière de se développer. Cela est particulièrement préjudiciable pour la liparis de Loesel (Liparis loeselii), une petite orchidée discrète et très rare, typique des zones humides et qui tend à disparaître à vitesse grand V. Une partie des animaux n'y trouvent pas leur compte non plus. Adieu les zones propices à la mise bas ou au pouponnage, pour apprendre aux jeunes à se nourrir ou nicher. Peu à peu les espaces colonisés se vide de leur grande faune et de leurs oiseaux.

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Le sureau hièble (Sambucus ebulus) n'est pas comestible contrairement au sureau rouge (Sambucus racemosa) et le sureau noir (Sambucus nigra) du fait de sa légère toxicité qui le rend purgatif. Dans l'usge populaire, sa racine était employée comme diurétique, bien qu'il soit plus sage de lui préférer le pissenlit pour cette usage. Ses fruits sont vomitifs et ses fleurs ont la réputation d'être soporifiques.

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Elles étaient employées également pour soigner les problèmes oculaires, sans que cela ne s'avère réellement efficace. Cet usage aurait donné à cette plante ses surnoms d'herbe aux yeux ou d'herbe aux aveugles. On l'a nomme également herbe aux punaises en raison de son odeur forte qui caractérise ce sureau mais aussi pour son purin qui fait office de répulsif contre les insectes ravageurs. La réalisation de ce purin est extrêmement simple, à raison d'1 Kg de plante fraîche mise à macérer dans 10 L d'eau.

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Proche de la mare, une angélique officinale (Angelica archangelica) prend ses aises à l'ombre, les pieds dans l'eau, joussant de l'abondance de matière organiqe (MO). Originaire du nord de l'Europe, c'est au 12e siècle qu'elle fait son entrée en France. Comestible, ses tiges et ses pétioles entrent dans la composition de nombreux desserts de la renaissance. Cependant, ses vertus curatives incitent à la consommer avec prudence par les femmes enceintes, du fait que la plante est abortive, d'où son nom d'angélique tiré de sa réputation de faiseuse d'anges, les anges étant dans la tradition les enfants morts avant d'avoir pu connaître le baptistère.

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Le long du sentier, des bosquets d'armoise commune (Artemisia vulgaris) se développent. C'est une plante que j'emploie régulièrement pour stimuler l'appétit et soigner les douleurs menstruelles de manière efficace. C'est également une plante à l'usage cérémoniale pour de nombreux peuples. Elle est par exemple fumée au Mexique dans des cérémonies religieuses ou employée en campagne française pour provoquer les rêves extra-lucides.

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La carotte sauvage (Daucus carota) est une plante commune voire banale et qui bien souvent, n'est que peut regardée. Et pourtant, elle en vaut la peine. Son goût anisé est parfait pour composer des infusions sauvages à l'aide des fleurs et graines glanées pendant une sortie.

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Elle se reconnaît à ses grandes bractées, à ses fleurs blanches dont une de couleur pourpre, marque souvent son centre. À la fin de la floraison, les fleurs de l'ombelle se referment sur elles mêmes, formant un véritable nid d'oiseau. Outre leur goût anisé, les graines possèdent de nombreuses vertus. Toniques, stimulantes, dépuratives, anti-inflammatoires ou encore anti-microbiennes, elles ont été pendant longtemps utilisées comme panacée contre les coliques néphrétiques et les rétentions urinaires. Les feuilles et fleurs peuvent également être employées à ces fins en infusion du fait de leur caractère diurétique. Elles entrent également dans la composition de nombreux produits de beauté anti-ride, anti-cellulite et anti-acné.

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L'ail des jardins (Allium oleraceum) se reconnaît à ses ovaires gonflés et à sa floraison délicate. Typique des friches et des pelouses rases, on le rencontre partout sur le territoire français. Utilisé en cuisine, il serait arrivé dans les pays nordiques sous l'impulsion des migrations vikings. Il est d'ailleurs souvent utilisé comme indicateur de vestige, l'espèce étant cultivée dans les cours des châteaux et les jardins de paysans au Moyen Âge.

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L'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) est une jolie plante aux fleurs roses réunnient en ombelles. De grande taille, elle tire son nom de la ressemblance de ses feuilles avec celles du chanvre et de ses propriétés pharmacologiques qu'elle partage avec l'aigremoine eupatoire (Agrimonia eupatoria).

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Typique des zones humides, en particulier de la mégaphorbiaie (habitat composé de grandes plantes aimant l'eau), c'est une mellifère sur la quelle on peut observer une grande diversité de papillons de belle dimension. Plante cholagogue (bénéfique à la production de bile et à la digestion de ce fait), ce sont ses feuilles et sa racine qui sont utilisées. Son intérêt réside également dans ses propriétés antioxidantes de par ses acides ascorbiques et coumariques et de la lutéine qu'elle contient, ses effets digestifs avec ses polysaccharides ou encore, ses vertus anti-inflammatoires de par ses lactones, ce qui invite à l'employer de manière discontinue et avec prudence.

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La bourdaine (Rhamnus frangula) est un arbuste des marais. Violent purgatif, il est aussi un arbre remède qui était prisé à l'antiquité. Cependant ses nombreux alcaloïdes poussent à préférer des plantes aux mêmes effets mais beaucoup plus douces pour l'organisme. Les chevreuils sont de grands amateurs des fruits de bourdaines, ceux-ci ayant des effets psychotropes sur les cervidés. C'est aussi une plante tinctoriales dont des rameaux on tire des teintes rouges et brunes, de l'écorce sèche un rouge framboise et des ses baies à maturité du vert.

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Il y a de nombreuses autres plantes médicinales et comestibles sur le marais de Chirens, elles sont tout autant d'occasions de montrer la richesse de ce site souvent méconnu et pourtant essentiel au bon fonctionnement de la vallée de l'Ainan, que cela soit pour son agriculture, sa faune ou le maintient de ses paysages. Morelle douce-amère, menthe aquatique, lamier maculé ou reine de prés, ce sont là quelques unes des merveilles à découvrir.

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Sur le retour, nous tombons  sur une plume de chouette hulotte (Strix aluco). L'abondance de rongeurs du fait de la multiplicité de milieux est une aubaine pour cette espèce qui doit aussi partager son teritoire avec le hiboux moyen duc (Asio otus) dont la présence est avérée sur le site.

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Galéopsis tétrahit (Galeopsis tetrahit) est appelé ortie royale bien qu'il n'en soit pas une. Il n'a en effet ni les vertus, ni les poils urticants. De même, on l'appel parfois chanvre bâtard bien qu'il en soit éloigné botaniquement parlant. Son nom de "Galéopsis" signifie "celui qui a l'aspect de la belette", en raison de la pilosité de ses fleurs et de la forme de son labelle, typique de cette famille, les lamiacées.

Arrivée sur la place de l'église, le circuit prend fin. Le tour aura duré un peu plus de 2 heures, le temps qu'il faut pour aborder une vingtaine de plantes, présenter les habitats emblématiques du marais, faire sentir et toucher les graines, fruits et feuilles parfumées rencontrées tout au long du chemin et surtout, pour prendre le temps d'échanger. C'est une expérience formidable que j'ai hâte de renouveler d'ici peu dans les forêts de Chartreuse pour une approche plus ethnobotanique sur les usages passés et magiques des plantes et des champignons.

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dimanche 9 septembre 2018

Sortie en montagne 22.

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LA GRANDE SÛRE

 

S'élevant à 1920 mètres d'alitude, ce sommet de moyenne montagne se trouve en Chartreuse et domine la ville de Voiron. Son alpage se dessine en un cirque enclavé observable qu'à l'arrivée des trois grands cols qui le desservent. Leurs noms évocateurs de col de la Grande Vache, de la Petite Vache, ou encore de la Combe des Veaux attestent de l'ancienneté des pratiques pastorales qui s'y déroulent encore. Dans les années 1900, plusieurs chalets familiaux occupés l'été s'y trouvaient.

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Disparus depuis, leurs fondations peuvent être observés, en particulier en cheminant par le col de la Placette. C'est un espace classé ZNIEFF, c'est à dire "Zone Naturel d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique" en raison des espèces et des milieux qui s'y trouvent et qui sont typiques des estives pré-alpiennes. Pour cet été 2018, la série des "Sortie en montagne" ne déroge pas à la règle puisque la montagne vous est présentée en deux temps pour marquer les deux saisons à la quelle nous l'avons découverte.

 

Au printemps :

Tout est vert. Nous commençons notre excursion bien tard et nous arrêtons à mi-chemin. Les plantes sont au paroxysme de leur floraison, aussi bien dans le sous-bois que le long du chemin qui mène au bout du sommet en trois heures de marche, quatre si on se trouve en famille. Plantes médicinales, magiques et comestibles sont disséminées ça et là le sentier et ponctues le paysage tout au long de notre randonnée.

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Lichens et mousses pendent des branches. Contrairement à ce que peut renvoyer l'imagerie populaire, leur présence sur une face d'un tronc ou d'un rocher n'indique pas nécessairement le nord. Le vent, le pluie, l'humidité ambiante, la luminosité et l'essence de l'arbre sont tout autant d'éléments qui peuvent faire mentir ce lieu commun.

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Les lichens et les mousses sont également des micro-habitats. Peuplés d'insectes, de petits gastéropodes (escargots, limaces), de bactéries, de champignons et même d'algues, ils sont essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes en abritant les ravageurs des arbres mais aussi leurs prédateurs, permettant la régulation des populations végétales et l'autorégulation de la forêt. Les lichens sont très prisés. Certains sont médicinaux comme le lichen barbu (Usnea barbata) et sont utilisés dans la pharmacopée. Les autres sont essentiellement récoltés pour être utilisés dans l'agro-alimentaire comme gélifiant. Dans les pays nordiques comme la Suède, ils servent de fourrage aux immenses troupeaux de rennes élevés en semi-liberté dans les terres inhabitées.

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Les champignons font leur apparition. Ceux-ci sont vieux. Il s'agit de polypores marginés (Fomitopsis pinicola) dont le carpophore, c'est à dire la partie visible et souvent associée au chapeau et au pied, est en train de dépérir. Ce phénomène est le plus souvent le signe que la reproduction s'est bien effectuée et a été menée à son terme. Cependant, cela peut aussi dire que le champignon est entrain de subir une attaque par un autre organisme.

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Portraits d'orchidées. De gauche à droite, la discrète listère à feuilles ovales (Neottia ovata), la platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), la non chlorophyllienne néottie à nid d'oiseaux (Neottia nidus-avis) et l'imposante orchis maculée (Dactylorhiza maculata) qui se détermine à son profond labelle.

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La raiponce en épi (Phyteuma spicata) semble être un terrain de chasse pour cette araignée crabe (Thomisidae sp.). Ses épis sont blancs mais peuvent parfois être bleus, ce qui est souvent le cas en Chartreuse, ce qui peut entraîner une confusion avec sa sous-espèce, la raiponce occidentale (Phyteuma spicatum subsp. occidentale). Plante forestière et des lisières, elle aime les sols humides, riches en matière organique et exposés au mi-ombre. Comestible, les usages que l'on en tire sont multiples. Avant la floraison ou en tout début de celle-ci, les épis peuvent être cuisinés crus en salade ou mangés tels quels. On peut également les cuire en omelettes, à la vapeur, sautés à la poêle comme des asperges avec leur tige ou caramélisés. Les feuilles caractérisées par la tâche noire qui marque leur centre, connaissent le même sort. Récoltées jeunes et avant la montée en graines, on les incorpore aux salades ou on les mange en soupe ou comme des épinards. La racine peut être râpée ou bouillie. Elle se fait douce quand elle est épluchée, piquante quand elle ne l'est pas. Véritable légume des bois, les innombrables fleurs qui composent l'épi font le délice des abeilles forestières et de nombreux autres pollinisateurs qui se font souvent piéger par les araignées aux aguets. Robuste et ne craignant pas les basses températures, la raiponce en épi pousse jusqu'en haute altitude, parfois à plus de 2000 mètres d'altitude. De ce fait on la trouve sur tout le territoire français, ce qui explique son usage récurrent au cours des siècles pour ses propriétés apéritives et digestives mais aussi ses fleurs utilisées pour soigner les problèmes oculaires et buccaux en raison de leurs supposées vertus astringentes et anti-inflammatoires.

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Récolte sauvage. Les jeunes pousses de sapin blanc (Abies alba) et d'épicéa d'Europe (Picea abies) tombent dans nos paniers sous les pincements de nos ongles. Elles termineront en délicieux sirops fait maison qui non contents d'êtres bons, sont également expectorants et mucolutiques, c'est à dire qu'ils fluidifient les mucus. Ces arbres ont également des propriétés anti-inflammatoires, décontractantes et antiseptiques.

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À leurs pieds pousse le bolet à pied rouge (Neoboletus luridiformis), à proximité de myrtillers sauvages (Vaccinium myrtillus), choses courantes en particulier en montagne. Pouvant atteindre une belle taille (20 centimètres pour le chapeau), sa chair jaune une fois coupée passe du bleu au rouge poupre rapidement.

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La capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) se nomme également fausse capillaire ou doradille chevelue. Son système racinaire est puissant, ce qui permet à cette fougère de se loger dans les interstices des falaises et des murs, dans des milieux où elle ne subit que peu la concurrence des autres végétaux, à condition que son substrat soit de nature calcaire ou du moins basique.

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Présente sur tout le territoire, elle est facile de culture pour peu qu'on ne lui apporte pas trop de substrat et qu'on lui procure assez d'ombre et d'humidité. Dans la grande théorie des signatures, qui associe une plante à l'organe humaine auquel elle ressemble ou à un mal ayant des attraits similaires à elle (conditions d'apparition, milieu de vie etc.), les asplenium ont réputation de soigner la rate, en raison de leur réseau de sporanges qui évoquent les réseaux sanguins alimentant cette dernière. De là vient leur nom, inspiré du terme grec "Splenon" qui signifie "rate". Le terme capillaire fait allusion à cette même ressemblance avec les fines veinures du corps humain, les capillaires, mais aussi à l'usage de la plante au moyen âge qui voulait que, mélangée à des déjections de chats, elle permette la repousse des cheveux.

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Les bords de talus moussus et ouverts à la mi-ombre offrent une grande variété de plantes tel des monotropes suce-pin, des belladones, des saxifrages en tout genre et des scolopendres qui profitent du ruissellement de l'eau et de la couche de bryophytes qui agit comme une véritable éponge, protégeant les végétaux de la sécheresse.

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Drôles d'organismes n'est-ce pas ? Il s'agît de myxomycètes, un règne à part qui comporte des milliers d'espèces. Entre le champignon et l'animal, ils sont capables de se déplacer, certe lentement, d'un point à un autre. Ils sont présents dans la litière forestières, les mousses, le bois mort et la matière organique en décompositions.

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La plupart d'entre eux se nourrissent de champignons, que ça soit la partie immergée, le carpophore ou souterraine, le mycélium. Certains se spécialisent dans les réseaux mycéliens morts, d'autres sur la fonge vivante. À leur tour ils servent de nourriture, en particulier aux moisissures mais aussi aux insectes et même à de petits gastéropodes. Présents presque partout dans le monde, on en dénombre plus de mille espèces. Leur étude qui fait appelle à la microscopie, donne à avoir des fromes et des couleurs extraordinaires, en particulier sur les parties reproductives.

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Nous voilà arrivés au belvédère de None, à 1200 mètres d'altituide. Encore deux heures nous séparent du sommet, compter en trois si vous êtes partis avec votre smala. À nos pieds s'étends la ville de Saint Laurent du Pont dont vous pouvez retrouver l'histoire dans le précédant billet de sortie en forêt (ICI). Et dire qu'il y a un peu plus de 1000 ans de cela, c'est un lac qui s'étendait à perte de vue et non pas un fond de vallée humide et fertile.

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Cependant, nous ne continuons pas plus loin. La nuit se fait présente, nous rentrons retrouver nos pénates, non pas sans avoir fait une halte auprès d'un orme des montagne (Ulmus glabra), espèce peu courante en raison de la graphiose mais relativement présente ici et reconnaissable aux dimensions de ses feuilles et de son tronc. 

 

Au coeur de l'été :

Changement de saison et de températures. Cette fois-ci nous sommes partis pour atteindre le sommet. Il fait chaud, une grande partie de la végétation en basse altitude est brûlée par les rayons du soleil. Bien que l'année 2018 ne soit pas comparable à 2003, on a le sentiment de s'en approcher et cela n'est pas prêt de s'arrêter, les pronostics annonçant la répétition de ces épisodes de canicules pour les 5 prochaines années au moins.

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La belladone (Atropa belladonna) est une plante agitant l'imaginaire collectif. Rattachée à la magie noire pendant l'antiquité et le moyen âge, elle était prisée dans les cours seigneuriales de la renaissance. Les femmes de haut rang s'en appliquaient l'extrait contenant un puissant alcaloïde, l'atropine, sur les yeux pour dilater leurs pupilles et se rendre ainsi plus attirantes d'où son nom tiré de l'italien "Bella donna", belle dame. C'est à la même époque qu'apparaissent des dictons autour de la plante. Ainsi, faire consommer une graine de belladone à une femme la rendrait folle d'amour et très active sexuellement, mais lui en faire consommer deux la rendrait folle et trois, la conduirait à la mort. Toxique et mortelle, elle appartient à la grande famille des solanacées, connue pour les espèces qui la composent et qui sont employées comme poisons et psychotropes. De ce fait, la belladone entre dans la composition  du baume de sorcière, une préparation ancestrale qui appliquée sur les muqueuses permettaient aux magiciennes des campagnes de partir en transe.

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Dans notre ascension forestière, nous tombons sur un très belle exemplaire de lichen pulmonaire (Lobaria pulmonaria). En période humide, il prend une jolie couleur verte et à la fructification, présenter des organes reproducteurs roses semblables à de petits fruits sans pour autant en être.

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Il tient sa couleur à l'un des trois organismes qui le composent, l'algue Dictyochloropsis reticulata. Avec une cyanobactérie et un champignon, elle forme cette organisme hybride. Il est appelé pulmonaire en raison de l'usage ancien qui en était fait pour soigner les problèmes respiratoire en raison de sa ressemblance avec les lobes des poumons. Il est actuellement employé pour ses vertus anti-inflammatoires sur les muqueuses. Néanmoins, on n'aurait idée de le récolter, celui-ci se faisant extrêmement rare en raison de la sur-récolte qui a bien faillit le mener à sa disparition, phénomène renforcé par la pollution à la quelle il est très sensible et les grandes campagnes d'abbatages qui ont durablement modifiées son habitat. En rencontrer indique que l'on est dans une zone à l'air sain mais aussi, préservée en partie de l'action humaine.

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L'aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) est l'une des plantes, pour ne pas dire la plante, la plus toxique d'Europe. Son nom de tue-loup lui vient de l'usage que l'on en faisait pour lutter contre les espèces que l'on jugeait indésirables, ce qui donne une idée de sa dangerosité. En Inde, on l'emploie encore aujourd'hui pour confectionner un poison virulent que l'on applique sur les têtes de flèches utilisées pour la chasse et la guerre.

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Arrivée sur La Terrasse, à 1340 mètres d'altitude. La montée est aisée et la forêt se peuple peu à peu de grands conifères, les arbres aux feuillages caduques se retirant à mesure que nous grimpons, les conditions devenant peu favorables à eux, en particulier les températures qui se font fraîches très tôt dans l'année.

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Les fougères sont à la fête. L'humidité ambiante et l'abondance d'ombre sont favorables à leur développement, leur reproduction impliquant la présence d'eau grâce à la quelle leurs spores peuvent se disséminer et se rencontrer.

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La fougère mâle (Dryopteris filix-mas). Ses frondes se développent en formant un entonoire prenant pied sur une souche épaisse, écailleuse et profondément encrée dans le sol. Traditionnellement elle était employée comme vermifuges en l'incorporant dans l'alimentation animale et à la litières des bêtes de somme pour les débarrasser d'une partie de leurs parasites. Consommée au Japon et au Canada quand elle est sous forme de fronde, elle occasionne régulièrement des mises en hospitalisation, en raison des triterpènes et de la filicine qu'elle contient. Au pays du soleil levant, sa consommation serait la première cause de cancers de l'appareil digestif. Dans notre folklore européen, on racontait aux veillées du soir que les aventureux qui se trouvaient à minuit un soir de pleine Lune en forêt pouvait avoir la chance d'en trouver la fleur. S'il la cueillait et la gardait avec lui, il pouvait se rendre invisible volonté et avoir de grandes richesses le temps d'une année. Passé ce délai, la fleur ne faisait plus effet.

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Enfin, le sommet de la Grande Sûre se dévoile à nous, à l'arrivée du pierrier qui nous fait pour un temps quitter la forêt. Au loin, un vautour fauve (Gyps fulvus) s'élève dans les airs, nous gratifie d'un regard puis passe derrière la crête rocheuse. Depuis le début de l'année nous en voyons à presque chacune de nos sorties.

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Le chemin est étroit mais bien tracé, il faut cependant se montrer prudent dans le pierrier même si le cheminement se fait sans difficulté. Cette ouverture dans le flanc de la montagne est un véritable décroché où des plantes d'étages et milieux différents se côtoient, pour le plus grand bonheur des naturalistes et des botanistes. Petit rappel, la récolte de plantes et de fleurs dans le secteur selon les espèces est interdite ou réglementée.

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Nous arrivons petit à petit à l'apage, qui se caractérise par des pelouses d'herbes rases et une abondance de plantes montagnardes. C'est de ce fait que nous avont la chance de tomber sur nos premiers plans de thè des Alpes (Sideritis hyssopifolia), appelé aussi crapaudine. Malgré son air simple, c'est une plante prisée pour ses propriétés.

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C'est une plante digestive et expectorante, dont la délicieuse eau de vie est connue pour être vivifiante. De ce fait, elle entrerait dans la composition de la liqueur des pères chartreuse. En infusion, elle est excellente et parfume très bien les gâteau et les crèmes. Séchée, elle donne une odeur délicate au tiroir dans lequel elle se trouve. Emblématique du Dauphiné, elle est bien connue en Chartreuse où elle pousse sur l'étage alpin dès 1500 mètres d'altitude. Très appréciée des chamois, on peut souvent les observer en brouter les touffes sur les pends enherbés du Charmant Som, de la Pinéa, du Pinet, du Col de l'Alpette et de Chamechaude.

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Enfin, nous voilà à l'alpage. En cuvette, il n'est que peu visible du pied de la montagne et s'ouvre à nous comme le cratère  d'un volcan. Superbe, il est pâturé l'été par des vaches qui empruntent parfois d'étroits sentiers forestiers à fleur de falaise pour atteindre les pousses les plus tendre. La sécheresse y a fait son oeuvre et nous ne comptons plus les conifères morts et brunis par ce temps qui donne à l'herbage une couleur cramoisie bien triste.

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Autre plante propre au folklore local, la vulnéraire des chartreux (Hypericum nummulariifolium). Ce millepertuis rentre également dans l'elexir de Chartreuse. On l'utilisait en médecine populaire comme l'arnica pour parer les coups mais aussi comme cicatrisant. En infusion, on l'employait comme tonique. En comme toujours en montagne pour les plantes médicinales, la vulnéraire est couramment préparée en liqueur. Appelée aussi millepertuis à sous, elle est protégée, particulièrement en Isère où sa récolte doit faire l'objet du suivis de règles particulières pour préserver cette espèce devenue rare en raison de la sur-cueillette mais aussi du dérèglement climatique et du renfermement des alpages suite à la déprise agricole de certains espaces de montagne. Elle se développe sur la roche, de préférence calcaire, dans les crevasses et les fentes de celle-ci. De ce fait elle est courante dans les lapiaz, des formations rocheuses typiques des sommets de Chartreuse.

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Les éricacées sont à la fête, en montagne, elles sont bien plus nombreuses que l'on pourrait le croire. On peut par exemple rencontrer le raison d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) présenté ici à gauche, un petit sous-arbrisseau aux baies rouges comestibles et aux feuilles médicinales mais tout aussi riches en contre-indications qu'en propriétés. Au centre se trouve les myrtillier sauvages (Vaccinium myrtillus), aux fruits délicieux que l'on ne présente plus. À droite, il s'agit d'un rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) à la floraison printanière rose et qui semble atteint par une énorme galle, sans doute provoquée par une colonie d'acariens ou par des champingons.

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Autre grande figure de cette famille, la callune commune (Calluna vulgaris) qui souvent est prise à tort pour de la bruyère. Pour les distinguer, il faut savoir que les pétales de la callune sont en grande partie séparés, alors que ceux de la bruyères sont soudés et forment une clochette. Le département de Biologie ENS Lyon a, à ce sujet, créer un document simple pour apprendre à faire la distinction.

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Elle est peu présente sur le plateau, du fait qu'elle ait une préférence marquée pour les sols de nature acide, d'où sa présence couramment remarquée dans les peuplements de conifères et sur les sols tourbeux. C'est aussi une plante médicinale utilisée en usage externe comme antiseptique pour soigner les engelures mais aussi les rhumatismes, en interne comme dépuratif et diurétique entre autre. La callune commune fait aussi partie des plantes qui sont prédisposées à l'absobtion des éléments radioactifs et toxiques présents dans le sol, ce qui demande en cas d'utilisation après récolte, une bonne connaissance de la nature du sol et de son histoire (nuage radioactive, enfuissages industriels, rejets d'industries etc.).

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) est une petite fleur de moyenne montagne qui se plaît généralement à partir de 1000 mètres d'altitude. On la différencie de la gentiane d'Allemange (Gentianella germanica) qui lui est presque identique grâce au nombre de pétales : 4 chez la champêtre, 5 chez la germanique.

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L'euphraise  casse-lunette (Euphrasia rostkoviana) est une plante de plaine lumière qui pousse de faible altitude jusqu'à 3000 mètres, de préférence dans les zones à tendances humides, les pelouses, les lisières et les bords de talus.

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Elle tient son surnom à la théorie des signatures. les veinures colorées qui traversent ses pétales évoquant les vaisseaux sanguins d'un oeil. De ce fait et par association d'images, la petite fleur fût utilisée pour soigner les problèmes oculaires comme les conjonctivites ou la myopie. Aujourd'hui encore elle est employée à ces fins en homéopathie et dans les médecines dites "douces". Il était également d'usage de penser qu'elle pouvait apporter la claire-voyance à celui qui s'apposait sur les yeux un linge imbibé de l'infusion de cette euphraise. On pensait également que la mise en place de cette technique sur les oreilles permettait de faire preuve de claire-audience, ce qui explique pourquoi dans certaines régions, on en plaçait des bouquets séchés dans les oreillers pour leurs vertus supposées.

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La parnaisie des marais (Parnassia palustris) est une plante représentative des zones humides de montagne et qui se reconnaît à sa fleur blanche aux cinq pétales veinés de vert. Elle est aussi bien présente en Europe, de préférence occidentale et du nord, qu'en Asie et s'étend de la Chine au Japon. Cependant, elle reste peu commune dans de nombreux départements du pays d'où sa protection dans certains secteurs comme en Picardie, dans les Pays de la Loire ou dans le Centre. On parle alors de répartition euro-sibérienne pour cette espèce. On retrouve dans certaines traditions les traces de son usage populaire et qui est aujourd'hui abandonné, en raison de la rareté de la parnaisie mais aussi, de l'existance d'une pharmacopée plus appropriée, en particulier dans l'emploie qui en était fait pour ses tanins, des molécules plus présentes et facilement extrayables dans le chêne ou le thé entre autre.

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Les mouflons corses (Ovis aries musimon) sont présents. Aux jumelles nous en dénombrons environs 35 en deux petits groupes distincts. La grande harde que composent ces animaux en Chartreuse partage son temps entre les alpages de la Grande Sûre et ceux du Charmant Som, peu sensibles aux passages des randonneurs.

 

Au sommet :

Le panorama change, l'herbe déjà rase laisse place aux pierres. Quelques plantes parviennent à s'adapter et prennent des formes tortueuses. Les vents forts qui s'expriment au sommet forcent les herbacées à prendre des forment rampantes ou en coussins pour résister aux faibles températures et à la morsure du gel.

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Le genévrier commun (Juniperus communis) adopte cette stratégie pour se maintenir aux fortes altitudes. Ces fruits ressemblent à des baies bleues mais sont en réalité des cônes, en adéquation avec le fait que le genévrier appartient aux conifères et à la famille des Cupressacées.

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C'est une espèce de plein soleil, qui aime les sols de nature calcaire, à l'image du massif. Les fruits, les genièvres, sont utilisées dans la confection d'eau-de-vie mais aussi de nombreux alcools locaux en Europe de l'Est et du Nord, comme dans le gin. Outre cet aspect, on les emploie parfois infusés pour les maux de l'appareil digestif. Utilisés pour lutter contre les lourdeurs intestinales, on les retrouve souvent dans les plats traditionnels riches, en particulier là où il est abondant. Leur présence dans la choucroute l'illustre particulièrement bien. Cependant une consommation abusive n'est pas sans danger pour les reins.

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Enfin, nous voilà au sommet. La vue est incroyable. En face de nous, la Pinéa, Chamechaude et le Charmant Som se dressent. Nous dominons de tout son long l'alpage que nous venons de gravir et où nous avons la chance de croiser quelques chamois (Rupicapra rupicapra). Trois adultes accompagnés de deux petits prennent l'ombre non loin du sentier, une chance pour nous de les observer sans trop les perturber dans leurs habitudes.

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De l'autre côté, l'Isère et sa vallée s'étendent. Le ciel est dégagé, des jumelles nous arrivons même à apercevoir Lyon et les monts du lyonnais. À nos pieds, Voiron se dresse fièrement. Du sommet nous pouvons retracer les éternelles marches menées dans la ville mais aussi, admirer les espaces naturelles que nous aimons arpenter comme les Gorges de Crossey, la Vouise, un bout des marais de Chirens et au loin, l'Herretang vers St Lau'.

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Enfin, dernier tour sur le paysage nous offre un point de regard démentiel sur le Mont Blanc. Écrasant les autres sommets, on ne voit que lui. Sa cime couverte de neige éternelle nous rappel qu'il culmine à 4810 mètres d'altitude.

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Plus près de nous et dans la même ligne de vue, le Pinet, le Granier mais aussi le lac d'Aiguebelette qui se love dans les plis du relief. L'action de l'Homme est visible, entre les alpages apparus avec la conquête du désert vert et l'arrivée du pastoralisme sur lequel la forêt reprend désormais ses droits, les grands axes de communication qui creusent la roche, les milliers de points lumineux qui enchaînent les allers-retours dans le ciel et les sentiers tracés au fil des années par les marcheurs, il y a de nombreux éléments à disposition pour s'essayer à la lecture de paysage. Constructions culturelles plus qu'on ne le pense, nos paysages sont des livres ouverts pour découvrir les activités liées à un territoire. C'est aussi un outil pour comprendre les enjeux économiques et environnementaux actuels.

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Sur le retour nous avons une belle surprise, nous faisons un bout de chemin sur l'étroit sentier accompagnés d'une partie du troupeau des vaches en estive et qui semblent trouver leur bonheur dans le sous-bois. Au pied léger, elles s'engoufrent rapidement dans la forêt nous laissant seuls au retour vers le monastère de Currière.

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Un dernier passage par le belvédère de la none, comme il y a quelques semaines de cela lors de notre première ascension. Saint Laurent du Pont n'a pas bougé, la ville a juste perdu quelques couleurs pour tendre vers le grillé et le jaunie.

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Sur le retour, nous tombons nez à nez avec un magnifique de verveine officinale (Verbena officinalis), ponctuant la randonnée sur une touche colorée. Loin de la verveine asiatique que l'on retrouve dans les potagers ou dans les sachets d'infusion, notre verveine indigène donne une très bonne infusion détergente en extérieur et se montre diurétique et astringente en consommation, d'autant plus quand elle est mélangée à d'autres espèces comme la menthe ou la mauve. C'est sur cette récolte que se termine cette randonnée, teintée de botanique et de contemplation de paysages montagnards. Les mollets sont désormais au repos jusqu'à nos prochaines aventures.

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mardi 4 septembre 2018

Découvrir les animaux des forêts européennes.

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Il m'est de plus en plus difficile de visiter les parcs animaliers. J'y prends souvent peu de plaisir à voir les animaux dans des cages toujours trop petites, en particulier quand on sait qu'il leur faut des hectares et des hectares, si ce n'est pas parfois des centaines de km² de territoire pour s'épanouire. Il y a certe l'aspect sauvegarde, pédagogique et celui de permettre à des animaux esquintés par la vie de trouver un foyer mais tout de même, je reste très circonspecte sur ces notions quand on voit la tournure que cela peut prendre.

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La nature ne se cache pas derrière les grillages. Je reconnais tout de fois que cette approche permet parfois la prise de conscience mais à mon sens, elle à mille fois plus de chances de naître quand on se trouve ne forêt, à immerger un groupe de curieux dans les bruits de la nature et de lui permettre de saisir une fraction de seconde le passage d'un chevreuil ou d'un lièvre. La nature n'est pas un bien ordinaire, il ne se consomme pas, il se mérite. Le site est très beau, les propriétaires se démènent pour le faire vivre et prendre soin au mieux de leurs animaux mais je ne peux m'empêcher de penser à ses loups qui tournent en rond et nous regardent de leurs grands yeux jaunes fascinants ou, à ces renards qui restent tapis tout le temps des visites dans leur tanière snas avoir un pincement au coeur.

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Habitués aux hommes, les herbivores semblent moins sensibles à leur présence. En semi-liberté dans le parc, ils ne se laissent approcher qu'aux heures des repas. Les daims (Dam dama) et les cerfs sika (Cervus nippon) ont pour point commun de partager le même espace mais aussi une histoire commune. En effet les deux espèces sont particulièrement abondantes dans le centre de l'Europe. Ce fait est la résultante des importants lâchés effectués au Moyen Âge dans la région pour satisfaire la demande des nobles liés à la chasse.

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C'est l'occasion de voir de plus prés le mouflon Corse (Ovis aries musimon) que nous croisons régulièrement en Chartreuse dû fait de son introduction récente pour répondre aux demandes des associations de chasse. Ainsi l'hisoire se répète. Pour certains, cette sous-espèce du mouflon oriental pourrait être en réalité un mouton importé dès le néolithique sur l'île de Beauté qui se serait ensauvagé et aurait reprit sa forme dite "primitive", à la manière des cochons de ferme qui, ayant prit le poudre d'escampette dans les bois, fini par ressembler en seulement 2 ou 3 générations au sanglier.

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Il est aisé de critiquer, d'autant plus quand on a payé son billet, pris le temps de voir et de photographier les animaux et de s'en retourner tranquillement chez soi. L'entretien d'une ménagerie de cette ordre demande du temps, de la passion, de l'amour mais aussi de l'argent et beaucoup, surtout dans la srtucture que nous avons visité et qu iest tenue par des particuliers qui font tout pour faire vivre leur parc et leurs monuments. Mias voilà, je ne peux m'empêcher de me poser la question dans cette situation sur l'éthique de mon acte en franchissant le portail de l'entrée du domaine. Il me faudra encroe du temps pour y répondre. Je peux encore moins me plaindre du fait d'y avoir vu des animaux qui me fascinent et que je cjercje depuis longtemps à voir en montagne comme c'est le cas par exemple du bouquetin des Alpes (Capra ibex) et que j'espère rencontrer dans le Vercors.

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C'est un animal à la forte stature, qui se rencontre dans tout l'arc alpin. Il a bien manqué de disparaître dans de nombreux pays dont la France, en raison de sa docilité et de sa passivité. Utilisé en médecine populaire, on en tirait non seulement de la viande mais aussi de nombreux remèdes, des talismans et des charmes. Les os thoraciques étaient très prisés. Portés à même la peau il protégeait du risque d'être touché d'une mort foudroyante, ce qui reviendrait aujourd'hui à porter autour du cou les restes du barbecue du week-end passé. Ses imposantes cornes étaient recherchées comme trophées. Les nodosités, c'est à dire les bosses de celles-ci ne permettent pas de déterminer l'âge des individus, en revanche la taille peut être un très bon indicateur. Chez les mâles âgés de 5 ans et plus, elles dépassent les 60 centimètres. Excellent grimpeur, il n'est pas rare de le voir paître en petit troupeau sur les parois abruptes des barrages de montagne, à la recherche des cristaux de sel qui s'y forment mais aussi des lichens dont ils peuvent être friands. Au nombre de 10 500 dans les Alpes françaises, les premières réintroductions de bouquetins en Chartreuses remontent à une dizaines d'années et sont claquées sur le modèle suisse mais aussi celui des campagnes menées à la naissance du parc de la Vanoise au début des années 80 qui fit de l'espèce l'un de ses symboles. Le bouquetin doit son salut en Europe à sa capacité à vivre dans des zones recluses et de très haute altitude, se rendant peu accessible aux hommes et à leurs armes à feu. Sur le vieux continent, les premières réintroductions de bouquetins documentées se situent en Autriche. Elles se composent de deux vagues, l'une au début des années 1920, la seconde à la fin des années 1930 en parallèle des lâchés effectués à la même époque que le régime Nazi.

C'est un sentiment très particulier qui m'anime. D'un côté je suis ravie d'avoir pu revivre mes souvenirs d'enfant dans ce parc où je suis venue souvent enfant, qui a contribué à ma passion pour la nature, qui m'a fait littéralement fait rêver, et de l'autre, mon regard adulte qui me fait percevoir les choses tout autrement.

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lundi 6 août 2018

Sortie en campagne 11.

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L'Ain n'est pas qu'un département, c'est aussi une rivière dont les eaux ( de nature calcaires) sont essentielles au bon fonctionnement des vallées fertiles du nord rhônalpin. Prenant sa source dans le Jura à faible altitude (700 mètres), il se jette dans le Rhône après avoir parcouru un peu plus de 190 km. Pendant sa route, le cour d'eau est ponctué de plages de galets blanchis qui font le bonheur des baigneurs mais aussi des oiseaux qui y trouvent de quoi faire leur repas en soulevant les pierres les plus légères, délogeant ainsi quelques pauvres gammares ayant trouvé abri tant bien que mal de la chaleur en se terrant dans les reliquats d'humidité. Son débit important est alimenté par de nombreux affluant tel que la Serpentine, la Cimante ou l'Albarine dont le nom pourrait signifier rivière blanche, rivière divine, rivière sacrée ou encore rivière aux Saules.

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C'est l'été, une pause au bord de l'eau implique de ce fait un casse dalle de saison. Quoi de mieux qu'une gamelle de pastèque ? De son nom scientifique Citrullus lanatus, elle est originaire d'Afrique de l'Ouest et sa culture, vieille de 5000 ans. Aimée des égyptiens, c'est par eux qu'elle se diffusa en Méditerranée.

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Le fond de l'eau est couvert de limons, des particules arrachées à la roche par la force du courant et les phénomènes produis par dl'érosion. Situés entre le sable et l'argile, ils forment un dépôt composé essentiellement de quartz, de tectosilicates et de mica.

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Très fertiles, ils couvraient de manière régulière par l'intermédiaire des crues décennales les vallées de l'Ain. Aujourd'hui contrainte dans son écoulement, la rivière n'a plus la possibilité de fertiliser les terres, d'où l'augmentation des engrais et autres produits à l'échelle locale. Les limons contribuent aussi au bon maintient de la faune et la flore, en particulier des ripisylves qui composent les berges et qui ont besoins d'éléments riches pour se développer. Cependant, une trop grande abondance de limons peu nuire en modifiant la turbidité de l'eau et en causant la prolifération d'algues autotrophes pouvant perturber les milieux.

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La bergeronnette grise (Motacilla alba) est un oiseau qui se reconnaît à sa longue queue parée de noire toujours en mouvement. Proche des habitats humains, elle peut se plaire dans une grande diversité de milieux, aussi bien secs ou humides même si elle reste affiliée à l'eau. Elle fait partie des nombreux animaux composant la faune de l'Ain avec le héron cendré, l'aigrette garzette, la bécassine des marais, la loutre, le castor et le sanglier.

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Le monde aquatique a beau ne pas être l'élément de prédilection dans ma famille, quand l'été se fait aussi mordant on ne cherche pas à comprendre, on fonce ! La transparence et la fraîcheurs des eaux est une véritable invitation à la baignade et au lézardage.

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36°C à l'ombre, 24°C dans l'eau, le choix est rapidement fait, encore faut-il réussir la cruciale étape que celle de plonger les pieds. Chasse aux micro crustacés, ricochets, pyramides de pierres, kayak ... les choix sont multiples pour profiter du site, tout en faisant au mieux pour ne pas impacter le milieu. Les aigrettes sont peu farouches et passent régulièrement au-dessus de nous. Les goélands leucophés s'approchent en quête d'un reste de pique-nique, les cygnes à leur habitude quémandent et les corneilles font un joyeux boucan dans les cimes des peupliers. Tout invite à la détente et au lâché prise. Cependant, on ne saurait oublier le quotidien. Travail d'été oblige, c'est une fois de plus bien loin de la nature que je passe mes journées.

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vendredi 27 juillet 2018

Sortie en montagne 20.

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CHARMANT SOM

 

C'est un mont bien connu de la Chartreuse de par son accès facile en voiture qui mène à son alpage du quel il faut moins d'une heure pour atteindre le sommet. Circuit familiale particulièrement bien adapté aux familles, on en oublierait presque que c'est également un lieu de nature sauvage du quel on peut très facilement observer la grande faune mais également faire de belle découvertes botaniques.

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À la croix, qui culmine à 1867 mètres d'altittude, il est possible d'observer les autres grandes montagnes emblématiques du massif comme Chamechaude, la Grande Sûre et la Dent de Crolles mais aussi, le monastère des pères Chartreux et les Entremonts qui portent bien leur nom. Toujours dans la même démarche que celle du précédant article traitant de la montagne, le Charmant Som vous est présenté à l'ermérgeance des premières fleurs quand le printemps se fait plus chaud mais que la neige tarde à partir puis, à l'arrivée de l'été en juin.

 

Au printemps

Il pleut à grosses trombe, ce qui nous assure d'être presque seuls dans notre escapade. Nous empruntons le sentier qui longe l'alpage ouest, à fleur des parois rocheuses au pied des quelles l'on peut parfois croiser des lagopédes alpins (Lagopus muta) en début septembre quand le temps se fait plus frais.

 

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Les combes sont encore enneigées et sur le premier kilomètre nous avons du nous avancer sur des névés où, fort heureusement, le chemin été déjà tracé par les pas de randonneurs équipés de crampons. L'herbe est alors encore jaunie, le manteau neigeux ne s'étant retiré que quelques jours avant notre arrivée.

 

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Voilà que se présente le merle à plastron (Turdus torquatus). C'est un gros passereau noir dont on peut aisément identifier l'espèce par la bavette blanche qu'il présente sur la gorge et une partie du torse. Typique des montagnes, selon la latitude et l'altitude mais aussi le caractère de l'individu,  il est sédentaire ou migrateur. Par chez nous c'est surtout l'étage alpin qu'il fréquente, en particulier la zone de transition entre la forêt et l'alpage.

 

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Nous n'en avions vu qu'un ou deux pied lors de notre première sortie à Chamechaude, nous sommes heureux de la croiser à nouveau. La soldanelle des Alpes (Soldanella alpina) est une plante qui aime les étages de haute altitude et peut se rencontrer jusqu'à 3000 mètres, pour un peu que l'on est bon marcheur. Apparaissant aux premières fontes des neiges, elle disparaît presque aussitôt. Très fragile, il est déconseillée de la manipuler.

 

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Se partageant les mêmes étages que la soldanelle (800 à 300 mètres), les marmottes des Alpes (Marmota marmota) font leur toutes premières sorties de l'année ! Ce gros rongeur de 40 à 60 centimètres peut aisément atteindre 8 kilos, donnant une silouette fort corpulente qui peut être allourdie par le pelage dense de l'animal. Typique des Alpes comme son nom l'indique, elle a été lâchée dans d'autres massifs comme celui des Pyrénnées.

 

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Malgré son nom de bois gentil ou de bois joli, on ne serait oubilier que le daphné morillon (Daphne mezereum) est un arbuste fortement toxique, que cela soit son bois, ses feuilles ou ses baies dont la dose létale chez l'enfant s'évalue à 4-5 fruits, 10-20 chez l'aldutle. On les utilisait de ce fait pour empoissonner les animaux vus comme nuisibles mais s'est un arbre qui fût fort précieux dans les temps anciens, en particulier pour teinter le linge en jaune. Ses fleurs roses et son parfum suave ont permis sa diffusion dans les jardins de plus basse altitude. 

 

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Populaires chez les amoureux des belles randonnées, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont encore en bouton. Eux aussi ont quitté les montagnes pour se diffuser dans les jardins des particuliers. Appelé parfois laurier rose des Alpes à tord, il est typiques des landes alpines à éricacées qui se situent entre 1400 et 2200 mètres, bien que son étage de prédilection se situe entre 1600 et 2400 mètres.

 

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L'orchis sureau (Dactylorhiza sambucus) est uen orchidée des alpages qui a la particularité se présenter une forme jaune vanille et une forme fushia. Son nom vient du parfum qu'elle dégage, en particulier en fin de floraison et qui se rapproche du sureau noir (Sambucus nigra) dont les ombelles sont prisées par les amateurs de cueillettes sauvages pour réaliser des sirops, des vins et des limonades parfumées.

 

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En cours de route nous tombons sur nos premiers mouflons corses (Ovis aries musimon) de l'année. Introduits pour la chasse sportive, ils forment l'une des deux populations de mouflons présents sur la France continentale, cette espèce étant endémique à l'origine de l'Île de beauté. Introduits  à la fin des années 1990, les 15 individus relâchés ont donné vie à une troupe de pas moins 90 têtes. Des lâchés ont été depuis reprogrammés pour maintenir la population stable, éviter la consanguinité et la pérenniser sur le territoire bien que le milieu ne soit pas vraiment adapté à ce type d'animaux préférant les pentes rocheuses et moins vertes typiques de la Corse.

 

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Le brouillard se lève quand nous atteignons le sommet, une constante dans nos explorations. Nous restons bien sagement sur le sentier, un décrochage étant vite arrivé. Les pierriers sont entourés d'herbe verte et de narcisses jaunes (Narcissus pseudonarcissus), appelé bien souvent jonquilles bien qu'ils n'en soient pas.

 

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Au loin, la Grande Sûre sort de son écrin de nuages. C'est notre prochain objectif, déjà nous avons pu en parcourir les pentes boisées au moment de la rédaction de cette article, pour récolter entre autre les jeunes pousses de sapin et d'épicéa pour la confections de délicieux sirop. La suite dans un prochain article.

 

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Lui aussi est un incontournable des montagnes de Chartreuse. Le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) n'est pas un banal corvidé au plumage noir. Leur chant très mélodieux se compose de sifflements longs et de cris roulants. Il est un habitué des pâtures et alpages de montagnes où il se nourrit d'insectes, de mollusques, de baies et parfois de petites charognes. Chapardeur, il aime tourner autour des restaurants d'altitude.

 

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Sur la fin de parcours nous voyons enfin les chamois (Rupicapra rupicapra). Tous le long de notre marche, nous les avons croisés, parfois à quelques mètres nous, sans pouvoir figer l'instant magique que nous vivions. La route menant au sentier étant encore peu fréquentée à cette période de l'année, ils ont pris loisir à pâturer en bordure de celle-ci. D'effectif très réduit dans les années 1960, il est aujourd'hui bien implanté dans les massifs français.

 

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Le long du sentier nous tombons sur deux orchidées au nom évocateur. À gauche figure l'orchis moucheron (Gymnadenia conopsea) appelée aussi orchis moustique, peut être en raison du long éperon de ses fleurs et qui dégage une délicieux odeur. À droite l'orchis grenouille (Dactylorhiza viridis) qui présente des fleurs surprenant et que l'on retrouve dans tous l'alpage faisant dos à la fromagerie située en contre-bas.

 

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Le sommet ? Non, un contre-point rocheux qui mène à celui-ci. À la belle saison il se peuple d'aconites-tue loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) qui, avec l'aconite napel nommée casque de Jupitère (Aconitum napellus subsp. napellus), est l'un des deux plantes les plus toxiques d'Europe continentale.

 

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Voilà enfin le sommet, depuis lequel on voit le monastère des Pères Chartreux. Cependant, ce n'est pas là que le précieux élixir, la Chartreuse, est distillé. D'atteinte facile, la croix symbolise les 1867 mètres d'altitude du Charmant Som et se trouve sur les lapiaz, des rainures et creux formés par la pluie sur la roche tendre faite de calcaire. Familiale, cette randonnée est un incontournable pour les habitants du bassin grenoblois et du massif.

 

Les prémices de l'été

Voilà la sortie du soleil, enfin ! La floraison bat son plein, il est temps de reprendre les chaussures et le sac de randonnée pour observer tout ça en directe. Nous ne sommes pas les seuls à en avoir l'idée et bientôt le parking de l'auberge du Charmant Som se couvre d'une soixantaine de voiture. Pas farouches, nous entreprenons de botaniser au milieu des enfants, des coureurs et des amoureux de la montagne.

 

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Le sorbier petit néflier (Sorbus chamaemespilus) est une découverte pour moi. Appartenant à la grande famille des alisiers, cet arbrisseau ne dépassant pas un mètre présente une corolle de fleurs rosées. Rare dans le Massif Central, c'est surtout dans les Pyrénées, les Alpes et le Jura qu'on peut l'observer dès 1200 mètres d'altitude.

 

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L'alpage est devenu verdoyant et accueille les vaches, de belles tarines, le temps de l'estive. Matin et  soir, elles rejoignent l'étable de traite. Le lait est directement traité sur place pour devenir des fromages qui sont affinés pendant un an et plus avant d'être mis en vente. L'un des plus célèbres est le coeur de Chartreuse.

 

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Enfin, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont en fleurs. Ils colorent de rose les abords du sommet, ne laissent personne insensible à ce spectacle. Très nectarifère, il est apprécié des abeilles domestiques dont le miel blanc ivoire est commercialisé dans les Pyrénées sous le nom de miel de rhododendron. Son nom scientifique vient du grec et signifie littéralement arbre (Dendron) rose (Rhodo) rouille (Ferrugo).

 

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Voilà belle lurette que l'orchis mâle (Orchis mascula) ne fleurit plus à l'étage colinéaire et en plaine. En montagne, l'altitude aidant, on peut encore le voir fleurir. Cette orchidée terrestre se distingue des autres taxons rencontrés sur le Charmant Som par l'odeur dégagée par ses fleurs violines, proche de celle de l'urine de chat.

 

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Le trolle d'Europe (Trollius europaeus) n'est pas une créature du folklore local mais une plante de la famille des renoncules aux imposantes fleurs jaunes dont seuls certains bourdons parviennent à forcer les pétales pour les féconder. L'impression que donnent les inflorescences d'être perpétuellement en bouton ou non éclosent leur a valu leur surnom de boule d'Or. À savoir, le terme trolle venant de l'Allemand "Trol" et voulant dire "globe".

 

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Un pigamon à feuilles d'ancolie (Thalictrum aquilegiifoliumus) est sur le point de donner ses premières fleurs. Cette espèce se rencontre d'ordinaire dans les bois et les ravines de montagne mais aussi les marais d'altitudes et les prairies riches en matière organique et en apports azotés. Sa floraison débute en juin et se poursuit juillet.

  

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Nouveau focus sur la gentiane acaule (Gentiana acaulis). C'est une espèce calcicole, c'est à dire qui apprécie le calcaire. La roche mère étant de cette nature et affleurant bien souvent la litière, pour même parfois la remplacer, cette plante à fleur se trouve bien aisée de s'y développer au point d'en trouver un pied sur chaque rocher composant la délimitation du sentier. Avis aux amateurs, on la trouve entre 1400 et 3000 mètres d'altitude.

 

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Botaniser, c'est aussi tomber sur des colles. Voilà quatre belles,  certaines dont il est aisé de donner le genre ou la famille comme pour les cirses et le renoncule de cette série de photos. Pour l'espèce sa coince. La patience devient alors la meilleure des armes, pour peu que l'on ait pensé à photographier les feuilles ... 

 

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Nouvel arrêt, cette fois au sommet. Les nuages sont beaucoup plus dissipés, nous pouvons cette fois-ci profiter du spectacle. En face de nous au loin, le Pinet, à gauche Chamechaude, à droite la Dent de Crolles et derrière, la Grande Sûre. Des sommets emblématiques que nous rêvons d'explorer à nouveau. Dans les lapiaz, l'ail du cerf (Allium victoralis) et la gesse jaune (Lathyrus ochraceus) ne vont pas tarder à faire leur apparition.

 

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C'est aussi du sommet que nous avons l'une de nos plus belles surprises de la journée. Ce n'est pas un mais quanrante mouflons corses (Ovis aries musimon que nous voyons remonter l'alpage auquel nous faisons face.

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Une partie des mâles mène la marche, suivie des femelles et des nombreux petits. Ils se dispersent le temps de brouter le coteau pentu avant de dispraître derrière la crête rocheuse. C'est sur le coup des 17 heures que le troupeau se rassemble et quitte le fond du plateau pour remonter vers son air dortoire. Le bêlement de ces animaux ne va pas sans surprendre le promeneur et pour cause, les mouflons sont les ancêtres directes des moutons (Ovis aries). Cependant le mouflon Corse ne serait être à l'origine de ces derniers, c'est dans les espèces situées à l'est et au Sud de l'Eurasie qu'il faut regarder de plus près, en particulier chez le mouflon oritental (Ovis orientalis).

 

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La pensée à deux fleurs (Viola biflora) ne supporte pas le gel. Elle survit en altitude grâce aux névés, les fontes de neige tardives. Protégée part le manteau neigeux, la plante ne laisse pas de prise au froid. Dés la fonte, elle sort de sa torpeur et fleurie. De ce fait on la trouve souvent dans les zones abritées comme les crevasses et les failles rocheuses mais aussi les marais des hauteurs, cette espèce ayant d'importants besoins en eau.

 

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Assis sur les hauteurs, nous nous armons de patience pour voir à l'aide de nos jumelles et notre objectif le va-et-vient des marmottes. Nous suivons aussi du coin de l'oeil le vol infatigable des martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba) dont les passages en rase motte au dessus de nos tête font siffler l'air.

 

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L'orpin rose (Rhodiola rosea) n'est pas un orpin et n'appartient même pas au genre des sedums. Nommé également racine d'or, c'est une plante typique des étages de haute altitude mais aussi des pays proche du cercle arctique. Rare, c'est une plante médicinale précieuse pour sa capacité à traiter les états dépressifs. En Sibérie, la racine d'or est couramment utilisée pour lutter contre le manque de soleil qui conduit à des états suicidaire de mélancolique profonde. Son nom d'orpin rose vient de la forme de ses feuilles semblabes à celle des plantes dites grasses et du parfum puissant de rose que dégage sa racine quand elle est tranchée.

 

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La dryade à huit pétales (Dryas octopetala) est une fleur qui tire son nom des dryades mythologiques, des nymphes des arbres affiliées aux chênes. Ce sont de belles jeunes filles timides et souvent bienveillantes dont il faut s'assurer les grâces pour abattre les arbres et les forêts qui sont sous leur protection.

 

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Encore une plante qui doit son nom au massif alpin. Le carmérisier des Alpes (Lonicera alpigena) est un chèvrefeuille qui peut destabiliser au premier abords par sa petite taille et ses grandes feuilles galbres.

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Présent entre 500 et 2200 mètres, il a une préférence marquée pour les bois de hêtres. Sa floraison s'étale de mai à juin. Elle est caractérisée par l'apparition des fleurs liées deux par deux par un ovaire double, ce qui donne des fruits en forme de coeur allongé ou de petites cerises à la fin de l'été. On ne serait les croquer, les baies étant toxiques pour nous autres humains masi faisant le délice des passereaux.

 

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Redescente sur l'aplage puis le parking, avec toujours en vue les verts pâturages, les affleurements rocheux où les grandes gentianes jaunes s'établissent et se confondent parfois avec les vératres blancs, entourées de gaillet. Il nous faudra revenir percer les secrets des fossiles emprisonnés des roches qui scellent l'entrée du sentier, des oiseaux trop rapides pour être saisis et identifiés, des milliers de baies en formation et des lys martagons qui se font désirer en ce début d'été. Septembre semble être le meilleur mois pour revenir profiter de ce petit coin de paradis.       

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mercredi 27 juin 2018

Rallye ornitho avec la LPO.

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Retour dans l'Ain et l'Isère fin mai 2018 pour un événement un peu particulier, un rallye ornitho. Qu'est ce que donc ? Il s'agit tout au long d'un parcours dessiné à l'avance d'observer le plus d'espèces d'oiseaux possible. Composées en petits groupes, les équipes doivent se déplacer sur 3 à 4 sites afin de pouvoir mener leur inventaire. L'enjeu de cette matinée d'observation est d'évaluer année après année la présence et le nombre d'oiseaux pour évaluer leur population. Il n'y a pas de mystère, la tendance est encore et toujours à la baisse, de quoi se miner le moral malgré cette journée placée sous le signe de la convivialité et de la découverte. Cela ne serait cependant faire oublier la beauté de site, en particulier de l'étang de Lemps et du plateau de Larina où nous retournons de temps à autre traîner nos savates. Le temps et couvert et la pluie s'invite par moment, c'est idéal pour observer certains animaux en quête de chevreuil. Un ragondin et un chevreuil d'humeur matinale croise notre route, il n'en faut pas plus pour contribuer à notre bonne humeur. Pour l'occasion je suis avec 4 de mes camarades qui m'ont accompagnés tout au long de mon GPN, et qui, passionnés de nature et d'ornithologie m'ont convié à eux pour cette sortie.

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Le paysage n'est pas forcément celui auquel on s'attend. La centrale nucléaire du Bugey s'offre au promeneur, mais c'est sur les falaises qu'il faut s'attarder. Outre l'autour des palombes (Accipiter gentilis) qui nous a gratifié d'un très rapide passage, il y a fort à voir. Déjà en contre-bas, où une grande héronnière s'étend, on peut y observer les parents nourrir leurs pettis. Sur la falaise, les choucas des tours (Corvus monedula) sont rois, ce qui semble nullement déranger ce pigeon colombin (Columba oenas).

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Les ascalaphes (Libelloides) malgré leur aspect ne sont pas des papiilons. Ils se reconnaissent à leurs ailes en partie transparentes, aux massues au bout de leurs antennes et à leur régime alimentaire qui se compose essentiellement de mouches qu'ils capturent en plein vol. Ils sont typiques des milieux secs et pierreux.

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Le gazé (Aporia crataegi) est aussi nommé piéride de l'aupébine. Généralement, les ailes aux nervures noires des femelles sont beaucoup plus transparentes que celles des mâles et possèdent une marge brune, ce qui permet de différencier les sexes, à condition que les individus aient déjà quelques heures d'existance sous leur forme d'imago. Une quinzaine de pontes de 60 à 120 oeufs jaunes à chaque mise sous feuilles finissent par épuiser dame gazé qui bien souvent, meurt d'épuisement. Comme son nom l'indique, l'aubépine est l'arbre hôte des chenilles de ce papillon. 

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Sur le plateau de Larina, bien d'autres espèces se rencontrent. Ceux de la famille des nymphalidae sont les plus abondants. Souvent de grande taille, ces papillons sont des butineurs précieux car ils sont souvent les seuls à être capable avec leurs longues trompes à atteindre le nectar contenu dans les éperons profonds de certaines fleurs.

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Le lézard vert occidental (Lacerta bilineata) a fait de Larina son fief. Pourtant celui-ci n'y a pas été observé. Il est originaire de l'ENS de l'étang de Lemps. C'est un endroit idéal pour d'observer la faune de part ses observatoires et ses palissades. Bien cachés, nous sommes gratifiés du passage de la bondrée apivore (Pernis apivorus) et semble-t-il du faucon hobereau (Falco subbuteo) s'ajoutant à la multitude de canards présents.

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Deux couples de grèbes huppés (Podiceps cristatus) s'affèrent à leur pêche. En fin de notre parcours, nous avons même la chance d'observer sur le lac devant le quel nous pique-niquons un adulte transportant un petit sur son dos. Cet oiseau se caractérise par plumage pourpre, par son vol saccadé et par son cri de trompette.

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Ô joie ! Nous tombons sur l'emblême de l'ENS : la tortue cistude (Emys orbicularis). C'est la première fois que j'observe des specimens sauvages, autant vous dire que je n'en reviens toujours pas. C'est une des deux espèces de tortues sauvages en France métropolitaine avec la tortue d'Hermann (Testudo hermanni). Aquatique, elle était présente dans tout le pays avant que les milieux humides ne se réduisent à peau de chagrin. Désormais elle est en voie de disparition dans l'ensemble de l'Europe, en Russie et au Nord de l'Afrique.

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L'ornithogale des Pyrénées (Ornithogalum pyrenaicum) est appelé asperge des bois. Au stade de fleurs il n'est plus apte à être cueillie. C'est quand il est en bourgeon, quand le soleil n'est pas encore trop dur, qu'on le récolte en forêt ou en lisière. Sa saveur douce, verte et sucrée en fait un met recherché. De ce fait il se ratifie dans de nombreuses forêts se qui a poussé certaines régions et communes à le protéger complètement ou de manière partielle en réglementant sa récolte. Ce soir là, c'est omelette aux asperges des bois à la maison.

DSC04064Notre itinéraire s'arrête dans les marais qui se trouvent au pied du plateau de Larina. Sur la berge, un héron pourpré (Ardea purpurea) tente de trouver un peu de calme malgré les piaillements incessants des locustelles cachées dans la phragmitaie. La matinée rallye prend fin, au compteur plus de 140 espèces mais avec des effectifs très faibles. Mauvais temps, activité humaine, prédation ... nos amis à plumes sont de moins en moins présents dans nos campagnes et les causes sont multiples. Notre morale s'en trouve quelque peu endeuillé, malgré la convivialité ambiante qui émane du repas partagé avec les autres équipes.

mardi 12 juin 2018

Sortie en campagne 10.

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Nous voilà sur le plateau de Larina, dans l'Ain. C'est un site remarquable qui à travers son statut d'ENS, espace naturel sensible, dispose d'une protection bien définie ainsi que d'un ensemble de missions, à savoir la protection et la mise en valeur de son patrimoine : études scientifiques, visites au public, installations de panneaux, maintient des vestiges gallo-romains. Tourbières, falaises calcaires, pelouses sèches et forêts de charmes sont quelques uns des milieux composent ce site. Le faucon pèlerin (Falco peregrinus) en est l'espéce emblématique, on peut l'observer le long des parois rocheuses où il se plaît à chasser et à nicher. Quand l'espace vient à manquer ou que le milieu est trop perturbé, il se rabat sur les milieux anthropisés. Toits, cornières, balcons ... tout autant d'éléments propices à son installation. Sa présence en ville à l'avantage de réguler en partie les populations de pigeons bisets, en particulier pendant la période de nourrissage des petits.

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L'abondance d'amas de pierres et la présence d'une carrière est propice aux reptiles. Un suivis scientifique est en cours pour connaître, entre autre, la population des serpents du plateau. Mal aimés, ces animaux sont essentiels à nos écosystèmes et sont sous nous latitudes, peu dangereux. La vipère aspic (Vipera aspis), appelée aussi vipère rouge, possède la plus mauvaise des réputations, pourtant c'est un animal timide qui finit bien souvent sous les pneus de nos automobiles comme celle-ci. Parmi les mythes qui l'entourent, on la présenté comme agressive, poursuivant les promeneurs et leur sautant aux cuisses ou au thorax pour les mordre mortellement. Pourtant il n'en est rien. Cependant ces idées demeures tenaces, tour autant que celles qui voudraient que des caisses contenant des serpents soient régulièrement lâchées depuis des hélicoptères ou, que les vipères et les couleuvres s'accouplent pour donner vie à des hybrides aussi dangereux que le mamba noire. Espérons que ces idées préjudiciables à notre environnement viennent un jour à disparaître.

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Le plateau de Larina est connu pour ses strates de roche qui s'emplilent les unes sur les autres. Mises à nu par endroit, elles permettent de découvrir ça et là des vestiges d'un autre temps. Des fossiles de moules, d'huîtres, d'oursins et de divers coquillages apparaissent en relief sur les blocs qui jonchent la prairie. Il rappellent que, il y a quelques millions d'années de ça, plus de la moitié du pays était couverte par une mer chaude grouillante de vie.

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J'adore les orchidées et bien plus encire leurs hybrides. À chaque fois c'est un festival de formes et de couleurs. Ici nous avons un rejeton d'un orchis de l'Homme pendu (Orchis anthropophora) situé tout à gauche et d'un orchis singe (Orchis simia) présenté tout à droite. Le plan ainsi né se nomme l'orchis de Bergonii (Orchis x bergonii ou Orchis anthropophora x Orchis simia), le x marquant l'hybridation. Il n'est fécond qu'avec un individu de la même espèce que ces parents. C'est grâce à l'intervention de pollinisateurs que ce type de phénomènes s'observe, plus ou moins fréquemment selon les espèces.

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L'orchis brûlé (Neotinea ustulata) est une orchidée commune dans les pelouses calcaires bien ensoleillées qui se reconnaît à sa sommité cramoisie et aux gros points qui marquent le label. Commune en France mais vulnérable dans de nombreuses régions et départements, elle est protégée en Corse, dans le Centre et en Picardie. Sa pollinisation s'effectue à travers une miniscule mouche.

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À la lisère de bois on trouve une autre orchidée, poussant ici à côté de l'orchis brûlé. Il s'agît de la céphalanthère à feuilles en épée (Cephalanthera longifolia) ici à droite, une espèce des milieux plus ombragés, contrairement à l'hélianthème des Apennins (Helianthemum apenninum) à gauche et dont les fleurs tout aussi blanches recherchent le soleil. C'est un sous arbrisseau calcicole présent dans de nombreux pays méditerranéens.

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Dans le sous-bois, c'est une autre flore qui s'exprime. Les fleurs blanches des stellaires holostées (Stellaria holostea) se mêlent à celles bleues de la véronique petit chêne (Veronica chamaedrys) formant des bosquets denses. Alors que la première a plutôt tendance à être acidophile, la seconde préfère les sols calcaires. Croiser ce mélange n'est de ce fait pas si courant même si ces deux espèces se rencontrent assez souvent en lisière.

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Bien qu'elle soit en fin de floraison, on peut encore voir la pulsatille rouge (Anemone rubra). Elle se cantonne principalement à la région Auvergne-Rhône-Alpes bien qu'on la trouve dans quelques départements alentours. C'est également dans cette région qu'elle fait l'objet d'une protection soutenue. Certains auteurs ne la dinstingue pas de la pulsatille des montagnes (Anemone montana) dont les couleurs seraient moins prononcées.

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La véronique prostrée (Veronica scheereri) se reconnaît à ses fleurs bleues en épis, son port ras et sa pilosité blanchâtre. Elle aime les milieux secs, pauvres en nutriments, bien ensoleillés et strictement calcaires. Elke est parfois confondu avec la véronique d'Autriche (Veronica austriaca) et la véronique germandrée (Veronica teucrium) ce qui explique sa sous-représentation dans de nombreux départements. Comme pour l'hélianthème des Apennins, sa souche est ligneuse. Bien que pouvant pousser sur de hautes altitudes, plus de 2000 mètres, on ne la rencontre que ponctuellement dans les Alpes.

Une des particularités du plateau est la présence par endroits de résurgences, créant ainsi des îlots humides au milieu des pelouses xérophiles. Des arbres pionniers tels les boulots s'y sont installés, procurant une fraîcheur bienvenue pour des espèces aimants l'ombre, les sciaphiles. Ils donnent aussi l'occasion d'observer une faune qui d'ordinaire se rencontre en contrebas des falaises, dans les étangs de la tourbière.

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La valériane officinale (Valeriana officinalis) fait partie de ses plantes aimant les milieux humides mais ayant besoin de soleil. Cependant celle-ci semble s'accomoder de l'ombre procurée par la proximité du sous-bois. C'est une plante médicinale qui s'emploie pour aider à l'endormicement et pour lutter contre l'anxiété. Sédative, son emploi se fait non sans mesure. Sa racine agît comme l'herbe à chat sur nos compagnons à quatre pattes, ceux-ci étant stimulés par une molécule entrant dans la composition de leurs phéromones sexuelles propres aux félins.

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Les hélianthèmes jaunes ne sont pas simples à différencier vu les similarités entre chacune des dizaines espèces que l'on trouve sur le territoire. Il pourrait ici s'agir de l'hélianthème à feuilles de nummulaire (Helianthemum nummularium). Il est aussi appelé hélianthème commun et se reconnaît à son port élancé, à ses fleurs jaunes et à ses feuilles opposées dont la marge est couverte de poils blancs ou gris. Aimant les sols calcaires qui ont le désavantage de ne pas retenir l'eau, il s'y est adapté en développant des racines peuvent s'enfoncer jusqu'à 50 centimètres de profondeur pour capter la moindre goutte.

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L'épine-vinette (Berberis vulgaris) est un petit arbuste épineux connu pour ses fruits rouges qui font le délice des enfants et des oiseaux. En gelée, en confis, en sirop ou en confiture, ses baies se mangent à toutes les sauces, même en plat de résistance avec du gibier. Seuls quelques départements, localisés surtout en Bretagne, sont dépourvus de cette espèce qui pousse dans une grande variabilité de milieux tant que le sol est calcaire.

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Installé tranquillement, un lézard vert occidental (Laceera bilineata) prend du repos. Chez cette espèce, les mâles peuvent atteindre jusqu'à 30 centimètres de long, ce qui en fait de bons amuses-gueules pour les couleuvres et les rapaces qui s'en nourrissent . Vif, il se réfugie dans la végétation broussailleuse des plateaux ensoleillés. C'est lui aussi un grand fan de vieilles pierre dont il tire profit de la chaleur le soir venu.

DSC02505La vue sur le plateau me laisse songeuse. Au loin, s'étendent des plaines en agriculture intensive, une centrale nucléaire passée d'âge, un fleuve contrain dans son liénaire, des lignes à haute tension et tout au fond, là où le regard s'arrête, le ville de Lyon. Ce n'est pas le paysage que j'aime mais c'est celui qui, pour le moment, et nécessaire à subvenir à nos besoins. Il temps de consommer autrement, mieux, moins. Je suis convaincue qu'il est possible, petit à petit de tendre vers d'autres modes de vie plus sains et plus respectueux de ce qui nous entourent. Mais il faut laisser le temps aux choses, garder espoir et ne pas tomber dans le cliché de l'anticonsumorisme primaire. Une sacrée épreuve en somme. C'est sur cette pensée, et cette vue pour le moins peu habituelle que prend fin cette journée de randonnée en campagne ainsi que l'article.

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