dimanche 5 avril 2020

Oullins au rythme de l'Hiver.

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Oullins l'hiver, c'est encore un autre visage de la ville. On cherche les oiseaux et on écoute les chants de la rivière Yzeron qui coule à nos pieds C'est aussi l'odeur des pots d'échappement qui chatouillent nos narines mais c'est surtout, le moment de profiter des rues un peu plus vides qu'à l'accoutumée en cette période froide. Les étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) poussent de la voix. Posés dans les grands platanes ou sur les gouttières, ils commencent à prospecter les cavités où ils pourront nicher dès l'arrivée du printemps. Ces oiseaux alors si sociaux deviennent solitaires, quoi que, pas tant que cela, les couples s'installant souvent près des uns des autres ce qui ne va pas sans engager parfois quelques violentes disputes de voisinage. La ponte intervient entre fin mars et début avril, où 4 à 6 oeufs bleus sont déposés dans le nid. Il faudra alors attendre 3 semaines pour voir toute la famille s'envoler de la cavité l'ayant accueillie. Les parents continuent à nourrir les jeunes après leur envol.

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Petit tour au bord de l'eau. Nous y croisons un rat surmulot (Rattus norvegicus), comme nous en voyons souvent depuis de notre fenêtre ou dans la cours de notre immeuble. En ville, il vit dans les endroits délaissés par les hommes où il se nourrit de déchets. Mail aimé en raison des maladies qu'il véhicule par son urine ou par ses puces, il n'en reste pas un animal fascinant faisant preuve d'une grande intelligence et de sensibilité.

DSC09817Levons la tête. Au-dessus de nous, entre les immeubles, passe l'un de nos oiseaux favoris. Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus) est un petit faucon qui a prit possession des villes. Ici nous suivons souvent un couple qui aime venir chasser ici et qui, parfois, se pose sur la barre HLM en face de chez nous, nous laissant tout le loisir de l'observer. Nous avons découvert l'an dernier à la fin de l'été qu'il nichait dans le clocher d'Oullins.

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Saut par le parc de Chabrière. Belle surprise nous y trouvons pour la première fois des pigeons colombins (Columba oenas), un magnifique pigeon de petit taille, au regard noir et à la silhouette élancée. Cavernicole, il niche dans les cavités des arbres, de ce fait les grands platanes sont un lieu tout trouvé, ceux-ci étant souvent creux en raison des champignons dévorant leur coeur. Ici trois individus nous observent depuis les branches.

DSC09823Véritable anachronisme, une grande berce (Heracleum sphondylium) est déjà en fleur alors que nous ne sommes qu'en février ! Pourtant il n'y a pas de doute à avoir : feuilles découpées, limbe verte et pileuse, odeur de mandarine sur les fruits naissants ... tout y est. On trouve même à côté de celle-ci la tige de l'année précédente toute défraîchie par le gel et par le soleil. C'est une plante à la multitude de noms. En fonction des régions elle est appelée pattes d'ours, herbe du Diable ou cornes de chèvre. Son nom latin d'Heracleum est tiré de celui du héron antique Héraclès, plus connu comme Hercule. Aromatique, les feuilles, les jeunes tiges, les sommités fleuries en bouton, les graines et les parties souterraines peuvent se consommer de diverses manières : en infusion, frites, en gratin, en crème brûlée, en gâteau, en soupe ou encore en salade.

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Les étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) sont de retours. Nous sommes alors au début de l'hiver, ils n'ont pas encore l'idée de se consacrer à la reproduction. Tout le joyeux groupe composé d'une quarantaine d'individus est parti dans les branches pour passer la nuit. Il ne faut la croire mais même en ville, le danger est là. Faucon pèlerin, épervier, faucon crécerelle, hibou moyen duc et même buses ... les prédateurs rôdes parmi les arbres.

DSC09826En face de la fenêtre, une famille de 5 corneilles noires (Corvus corone) s'anime. Nous avons pu voir les jeunes prendre leur premier envole, réclamer l'attention de leurs parents, chiper le pain aux canards et jouer dans les feuilles mortes. Toutes présentent des anomalies : une petite taille avec des plumes blanches et abîmées, signe que la faune en milieu urbain ne se porte pas toujours bien, en raison d'une alimentation défaillante.

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Retour à la fin de l'hiver. Dans les fruitiers qui commencent à fleurir, une joyeuse troupe de moineaux domestiques (Passer domesticus) s'exitent. En 30 ans, leur population a diminué de plus de 70%, et cela reste une découverte récente ! Un rappel fort pour ceux qui auraient tendance à laisser de côté nos oiseaux locaux qui sont pourtant fortement menacés pour se centrer exclusivement sur des espèces plus exotiques.

DSCN1362Les tourterelles turques (Streptopelia decaocto) sont des oiseaux graciles originaires du Moyen Orient et présent en France seulement depuis une centaine d'année, d'où son nom de "turque" là où les anglophones ont la délicatesse de la nommer "Eurasian Collared Dove", soit tourterelle eurasienne à collier. Ce beau collier noir n'est présent que chez les adultes, un moyen simple de reconnaître les juvéniles.

DSCN1565L'oie de Guinée (Anser cygnoides) est une oie domestique. Celle-ci ensauvagée longe la Saône, car à vrai dire nous avons quitté Oullins pour remonter tranquillement le long de la rivière. Cette espèce se reconnaît à son tubercule noir massif, absent chez l'espèce sauvage ayant donné naissance à de nombreuses oies domestiques, l'oie cygnoïde (Anser cygnoides). Rare et menacée, on l'a rencontre en Chine, à Tawaïne, en Mongolie, en Russie, au Japon et en Corée. La chasse excessive et la disparition de ses habitats sont les deux facteurs principaux qui conduisent rapidement cette espèce à l'extinction alors qu'elle reste très mal connue. Pour revenir à l'oie de Guinée, c'est une espèce connue comme animal ornemental de part nos contrées mais élevée en Asie comme volaille en raison de sa robustesse, sa croissance rapide et sa capacité de se nourrir d'un peu près tout les types de déchets de cuisine.

DSCN1551Le chevalier guignette (Actitis hypoleucos) se promène parfois devant chez nous. Le voilà sur le bord de la Saône, sur un branche à guetter les petites bêtes dont il se nourrie. D'ordinaire il s'observe sur les rives, se promenant parmis les graviers et les pierres semi-immergés. On le distingue facilement des autres chevaliers grâce à ses pattes jaunes et à la tâche blanche qui par de son ventre et qui remonte au dessus de son aile.

Fin de la ballade, il faut rester chez nous pour au moins un mois, sans doute plus. Nous ne plaignons pas, nous sommes dans un tout petit appartement certes, mais avec deux grandes fenêtres qui s'ouvrent sur le monde et en particulier, sur l'Yzeron, nous avons de quoi nous occuper. Les merles, les corneilles et les mésanges nichent dans les arbres, les hérons passent au-dessus de notre tête et les pigeons commencent leur parade.

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samedi 4 avril 2020

Ma revue de presse.

Avril 2020

Nouveauté pour la revue de presse. Me voilà avec l'ami Théophile à rédiger un court article pour la LPO sur les groupes jeunes de l'association. Vous y trouverez nos objectifs, quelques unes de nos actions phares (à l'échelle de nos départements, régions voire du pays), nos engagements et la manière dont nous essayons d'aborder le monde associatif. Confinement oblige, le n°138 de l'Oiseau Mag pour qui nous avons écris voit sa sortie un peu chamboulée mais pas de panique, le magasine est intégralement disponible en ligne ICI ! Rendez-vous page 27.

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Janvier 2018

Quel plaisir ! Pour le hors série de janvier du magasine "Les 4 saisons au jardin bio", j'ai eu la chance avec mon camarade Sébastien de particper et d'apparaître dans l'un des articles. Vous pourrez y trouver mes photos et quelques lignes sur notre participation aux activitées du centre de Terre Vivante où nous réalisons notre stage d'étude pour 12 semaines. Au programme : orchidées, champignons et agriculture. C'est aussi l'occasion d'avoir les meilleurs infos pour jardiner tout au long de l'année en fonction des saisons, du temps et des éléments.

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Octobre 2017

J'ai eu la chance, cet été, de réaliser mon stage d'étude au sein du centre écologique de Terre Vivante, référence historique dans l'écologie pratique et du quotidien. M'y revoilà pour quelques semaines et c'est avec beaucoup de joie, de surprise et de fierté que je peux vous présenter cette page du magazine "Les 4 saisons du jardin bio", tenu par la structure, où figure une de mes photos prises en juillet de cette année sur le centre. Il s'agit de deux lézards verts mâles. Pour moi, c'est l'une des plus belles réccompenses que je pouvais avoir. Merci !

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Mai 2016

Il y a quelques temps un super journaliste du nom de Gérard Houdou qui, en plus de me donenr de supers recettes sur les cèpes, m'a contacté pour me poser quelques questions sur la manière dont je voyais et récoltais les girolles. Il en résulte un bel article dans le Chasseur Français où vous pouvez retrouver les témoignages de deux autres fanas de champignons en plus de ma p'tite tête. Rendez-vous à la page 78.

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Août 2013

Parce que le net reste aussi un moyen de parler un peu de soi, à l'occasion de la publication de trois magasines en ligne, j'ai pu exprimer quelques mots pour le site blogging et de revues en ligne Madmagz.

L'interview.

http://blog.madmagz.com/fr/interview-de-chloe-laffay-une-redactrice-de-magazine-madmagz

La Renarde des Alpes Revue.

http://blog.madmagz.com/fr/creer-un-magazine-sur-la-nature-la-renarde-des-alpes 

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vendredi 28 février 2020

Sortie dans les marais 19 : grands lacs des Alpes.

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Les vacances d'hiver sont là. Comme certains oiseaux migrateurs, il est temps pour nous de quitter le Rhône mais seulement pour quelques jours. Nous ne nous envolons cependant pas pour une destination connue pour son soleil et sa chaleur mais pour ses montagnes. À la confluence de l'Ain, de la Savoie et de la Haute-Savoie, nous voilà dans le village des oiseaux à Motz. L'endroit est rêver pour observer les oiseaux et relier les grands lacs alpins qui nous entourent, à savoir le lac d'Annecy mais surtout, le lac du Bourget. Nous avons une petite location nommée les pinsons (ça ne s'inventent pas), qui nous offre une vue imprenable sur les herbiers de la retenue CNR. Chaque matin, nous ce sont les cris des canards et des oiseaux trouvant refuge dans les phragmites qui donnèrent le rythme du lever, un vrai bonheur. Néanmoins, les pluies fortes et abondantes ne nous permirent pas d'observer tout ce que nous souhaitions voir, et il nous faudra bientôt retourner dans ce petit coin de paradis pour en saisir toute la beauté et toute la diversité d'espèce qui s'y épanouissent.

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Quelques mésanges charbonnières (Parus major) nous font bon acceuil. Ces mignonnes profitent alégrement des mangeoires et des boules de graisses qui attirent également quelques pinsons des arbres (Fringilla coelebs) à la gorge rose, des mésanges bleues (Cyanistes caeruleus) et même des chardonnerets élégants (Carduelis carduelis) rouges et jaunes qui trouvent refuge dans les peupliers entourant la location.

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Nous avons même pu découvrir un dortoir de chardonnerets à la tombée du jour dans deux aulnes glutineux (Alnus glutinosa). Un quarantaine d'individus semblent tous réunis pour passer la nuit.  Si les branches et le maigre feuillage ne semblent pas leur apporter la meilleure des protections face aux prédateurs nocturnes, les fruits des aulnes paraissent convenir à leurs appétits de petits passereaux colorés.

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Départ pour le lac du Bourget. C'est l'un des plus grands lacs des Alpes françaises, réputé pour ses paysages et ses bases nautiques mais aussi pour ses oiseaux. L'hiver, il n'est pas rare d'y trouver, entre autre 1000 à 1200 nettes rousses (Netta ruffina) voire si ce n'est plus. Ce joli canard dont les mâles abordent fièrement une tête colorée de brun et d'orangé, repartira au printemps pour aller nicher dans les pays nordiques.

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Nous passons en coup de vent à Château Thomas, il n'y presque personne mais le vent et la pluie ont là aussi raison de nous et des oiseaux. Un écureuil roux (Sciurus vulgaris) se tient non loin de l'observateur. Gonflant les poils pour faire face au froid, il se tient sur les troncs de peupliers abattus au court de l'année. Cette action vise à sécuriser le chemin mais aussi à mettre en valeur le vieux château. Hors le boisement est classé avec un APB, encadrant très rigoureusement les coupes d'arbres, ce qui entraine localement de vives contestations.

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Néanmoins, nous prenons plaisirs à observer 2-3 canards qui non sans être rares, sont peu communs. C'est notamment le cas pour se regroupement de canards chipeaux (Mareca strepera) et de sarcelles d'hiver (Anas crecca) qui barbotent dans les herbiers, non loin d'un couple de canards souchets (Anas clypeata) reconnaissables à longs becs leur permettant de filtrer les micro-organismes présents dans les eaux vaseuses.

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Nous avons même le plaisir de voir surgir au coin de notre oeil un vif éclaire bleu fendant la surface de l'eau calme. Il s'agit du martin pêcher d'Europe (Alcedo atthis). Posé à l'affût sur les branches et les piquets sous la pluie battante, il est à la recherche des petits poissons et des petits invertébrés qui composent son menu. Le bec noir de celui-ci présente du orange sous sa partie inférieur, indiquant qu'il s'agit d'une femelle.

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Sur la rive occidentale du lac du Bourget, on peut voir la belle et grande abbaye d'Hautecombe, qui ne va pas sans rappeler la saga du Seigneur des Anneaux. Nécropole des Dus de Savoie et d'une partie de la royauté italienne jusqu'à la révolution, elle est aujourd'hui tenu par la communauté du Chemin Neuf. C'est un lieu touristique fortement apprécié.

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À ses pieds de nombreux oiseaux d'eau trouvent refuges. C'est le cas pour ces fuligules morillons (Aythya fuligula) dont l'espèce a pour caractéristique d'avoir une huppe noir à l'arrière du crâne, ainsi qu'un bec gris clair au bout noir et un oeil jaune doré. Si les mâles sont reconnaissables à leur plumage noir et blanc, les femelles sont plus discrètes et abordent des teintes grises et noires. Ils retourneront dès mars dans le nord de l'Europe pour nicher. Ces canards de surface ne sont pas les seuls à passer l'hiver ici à chercher de la nourriture (vers, herbes, crustacés ...).

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Ils sont en compagnie de fuligules nyrocas (Aythya nyroca), notre toute observation pour cette espèce. Rares en France, surtout comme hivernants, ce sont de petits canards plongeurs marron-roux voire presque rouge sombre, aux miroirs blancs (plumes colorées des ailes) et au dos noir. L'oeil est bleu pour les mâles, sombre pour les femelles ce qui permet de différencier la femelle nyroca de la femelle morillon qui peuvent parfois se ressembler.

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Au milieu de cette mêlée, une rareté encore plus remarquable, un hybride mâle de fuligule morillon et de fuligule nyroca, F. fuligula x nyroca. Son oeil est jaune, sa huppe petite voire presque absente. Son dos est noir, tout comem sa tête, ses flancs gris et sa poitrine brun-roux. Le doute n'est alors plus permi pour notre plus grand bonheur de faire par nous même cette jolie observation et encore mieux, de l'identifier seuls.

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Changement de paysage, nous voilà dans la réserve du lac d'Annecy, tout au sud de celui-ci. La neige est tombée sur les hauteurs, annonçant que nous sommes bienen hiver. Pour notre part, c'est pluie, toujours puie, encore pluie. Pas de quoi nous décourager. Malheureusement là aussi ornothologiquement et botaniquement parlant, ce n'est pas la fête non plus, les rares promeneurs ne se distinguant pas par leur discrétion.

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Qu'importe, dans les arbres c'est la fête pour les tarins des aulnes (Spinus spinus). Hivernant en France, ils se délectent des aulnes glutineux (Alnus glutinosa) et plus précisément des strobiles, les fruits de ces arbres palustres dont les graines sont dispersées par le vent. Pour en revenir aux tarins, ils sont connus également pour leurs petits cris flués et pour leur vol nuptial très papillonnant voire artistique observables au printemps.

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Les champignons hivernaux sont nombreux mais souvent similaires. Des dizaines d'oreilles de Judas (Auricularia auricula-judae) poussent sur les troncs moussus et à moitié dépéris. À l'entrée des marais, il y a de quoi faire là une belle omelettes si n'est plutôt des soupes ou des ragoûts, ces champignons étant cartilagineux et gélifiant légèrement les liquides dans lesquels ils sont cuits ou infusés. On les trouve dans les spécialités asiatiques.

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Pas de bruit dans la phragmiteraie. Quelques mésanges et moineaux rompent le silence de temps à autre en agitant la hampe des roseaux (Phragmites australis). La neige se rapproche et l'on sent que ce n'est plus le moment pour les passereaux de partir à la recherche de nourriture mais de se mettre à l'abri. 

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Nous partons côté ville, pour flaner sur les berges aménager. C'est qu'il est possible d'approcher les harles bièvres (Mergus merganser), des canards rares dans le Rhône et communs ici au point de venir réclamer du pain au passant, gourmandise mortelle pour les oiseaux ! Il s'agit ici d'une femelle, reconnaissable à sa jolie tête rousse, son poitrail blanc, ses ailes et sa queue grise. C'est l'un des seuls membres de cette famille à se nourrir de poissons, chose qui s'observe à son bec fin, long, crochu et muni de pseudo-dents.

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Le mâle pour sa part aborde une tête vert foncée, des flancs blancs, un dos noir et une queue grise. De belle envergure, les plus gros individus peuvent atteindre un poids de 1,9 kilos et d'une envergure de 97 centimètres. Il est présent dans tout l'hémisphère nord. France, si on peut le voir plus ou moins communément l'hiver, il est relativement absent car essentiellement nicheur dans le nord, où il s'intalle dans le creux de vieux arbres.

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Dans les canaux, un grèbe huppé (Podiceps cristatus) pêche les petits poissons parmi les racines des platanes qui se jettent dans l'eau. Plus grand des grèbes, celui-ci n'est pas encore en plumage nuptiale, n'abordant pas de collerette rousse et noire quoi que celles-ci commencent à se laisser deviner. Ce n'est pas non plus un jeune, son plumage ne présenta pas de reliquat de zébrures noires et blanches typiques des poussins.

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Bon plongeur, il se nourrie également de larves et de petits mollusques. Présent partout en Asie, en Europe et largement répendu en Afrique, il niche entre avril et juillet après s'être livré a des parades nuptiales complexes. Vient alors la construction du nid, souvent constitué d'algues posées sur le fond vaseux ou arrimé aux végétaux. Les oeufs pondus sont couvés pendant 28 jours avant de voir émerger les jeunes qui quittent d'instinct le nid.

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Les mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus) ont pris possession du port de plaisance. Elles aussi n'ont pas pris leur livrée nuptiale et n'abordent pas leur tête si caractéristique quand vient la saison des amours. Il leur faut 3 ans pour pouvoir l'aborder et être apte à devenir parents. Les jeunes présentent également du brun sur les ailes et sur une partie du dos. Peu farouche, elle se nourrie aussi bien de déchets, de poissons ou de vers.

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Grand classique, les cygnes tuberculés (Cygnus olor) sont fidèles au poste. Récemment, pas moins de 70 d'entres eux sont morts suite à la consommation de pain détrempé où une bactérie mortelle a pu se développer. On ne le dira jamais assez, le pain est mortel pour les oiseaux. Néanmoins on ne saurait rompre tout contact à la nature. De l'herbe, des épluchures, des graines ... rien de plus simple pour les approcher.

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Clou du spectacle, un garrot à oeil d'or (Bucephala clangula) se pointe à notre départ. La pluie bat plus fort que jamais et je suis mortifiée par le froid au point d'attendre dans la voiture le chauffage à fond. Des centaines et centaines d'oiseaux se sont réunis pour trouver refuge près des phragmites. Fuligules morillons, fuligules milouin, foulques et autres canards colverts attendent la fin du déluge. Nous sommes déçu de ne pas avoir une seule journée de beau pour profiter de la richesse du site. Pas de panique, nous retournerons bientôt sur site nous refaire une santé au pied des alpes en compagnie des oiseaux d'eau et des sommets enneigés.

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samedi 15 février 2020

Le castor dans le Rhône.

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Cela fait près d'un an que j'attends de pouvoir vous partager ces photos. À la mi-février 2019, mon bien-aimé a pu faire cette incroyable observation. Un castor européen (Castor fiber) en vadrouille, en pleine journée, à proximité de l'Île de la Table Ronde. L'occasion est trop belle pour ne pas vous parler de cette animal emblématique de la région. D'ordinaire nocturne, il se montre de plus en plus le jour. Rien d'étonnant à cela. Diurne à l'origine, c'est par les préssions de chasse qu'il a opté pour un mode de vie nocturne, pression l'ayant mené à bord de l'extinction en France. Désormais protégé et sans prédateurs pour le moment, il reprend peu à peu son rythme de vie, poussant les spécialistes de l'espèce à réévaluer leurs connaissances. Dans la région lyonnaisse, le castor est bien connu, une île portant même son nom, celle de Beurre, nom donné à l'animal dans le parlé lyonnais. C'est aussi là que furent réalisées les premières photos de castor européen sous l'eau.

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C'est par des campagnes de réintroduction que le castor a pu investir le Rhône. À l'heure actuelle, il s'y porte très bien est connaît une bonne dynamique de population. La reproduction est bonne même si plus incertaine ces dernières années, et les jeunes investissent sans mal de nouveaux territoires, remontant les affluents du Rhône ou étant introduit dans d'autres territoires européens où l'espèce est absente ou en déclin.

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Au moindre signe de danger, il plonge sous l'eau en tapant de la queue pour signifier la menace présente. Rien de cela ici, juste une plongée pour passer sur le pont d'où il est observer. C'est un bel individu, sûrement un adulte. À cet âge certains spécimens peuvent atteindre 35 kilos bien que le poids moyen soit autour de 21 kilos. Pour la taille, notre ami castor peut mesurer jusqu'à 1,35 mètres pour 30 centimètres de queue. Mammifère semi-aquatique, au Moyen-Âge il était rangé dans la famille des poissons, ce qui permettait d'en consommer la chair pendant le carême, période où les viandes sont d'ordinaire proscrites pendant 40 jours.

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Parfois confondu avec le ragondin (Myocastor coypus), que l'on surnomme Myocastor, on peut aisément les différencier sur quelques critères simples. Là où le ragondin laisse apparaître un dos bombé, une queue fine et longue ainsi que de très longues moustaches blanches à la surface de l'eau, le castor présente uniquement sa tête hors de l'eau et sa queue plus courte et longue. Son museau ne présente pas de moustache marquée.

Il y a encore milles choses à découvrir sur le castor dans le Rhône. L'association FNE 69 organise de nombreuses sorties sur cette thématique pour le public et l'Iloz à Miribel-Jonage réalise régulièrement des affûts l'été pour l'observer. Pour la période hiverbale, il reste la lecture avec le très bel ouvrage "Le castor en région Lyonnaise" de Bruno Fouillat, de Fabien Bruggmann, de Raphaël Barlot et de Vincent Dams.

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samedi 11 janvier 2020

Sortie dans les marais 18 : retour en Dombe.

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Nous revoilà une fois de plus dans l'Ain, et plus particulièrement dans la Dombe, à moins d'une heure de chez nous. La plupart des oiseaux inféodés à l'eau et migrateurs sont partis, à l'instar de la cigogne noire qui a fait battre si fort notre coeur il y a quelques semaines lors d'une rencontre fantastique. Mieux encore, les busards sont toujours aussi présents et nous en observons un bon nombre pour notre plus grand bonheur, non sans avoir une pensée triste pour ces oiseaux qui ont souffert cette année encore dans le Rhône du manque de nourriture entraîné par la sécheresse. La nidification s'est avérée catastrophique et sans l'effort d'un groupe de passionnés pour suivre la nidification, il est fort à parier qu'il n'en resterait pratiquement plus dans le département à l'heure où j'écris ses lignes. Au premier plan de l'étang éphémère où se masse tous les canards fuyants les fusils et trouvant refuge sur cette zone protégée, les tiges sèches de cardères sauvages (Dipsacus fullonum) rappellent que l'automne s'est durablement installé.

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À vrai dire, tous les migrateurs ne sont pas vraiment partis. Quelques cigognes blanches (Ciconia ciconia) restent fidèles à la Dombe, fidélité entretenue par l'évolution des températures, la proximité du parc des oiseaux où certains individus faibles trouvent refuges et par l'abondance de nourriture dans les étangs qui ne gèlent que très rarement.

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Trois individus tournent dans les airs, tirent profit des courants thermiques. Ce sont des planeurs que l'on observent que rarement battre des ailes pour faire de longues distances. Ne s'élevant pas haut dans le ciel, il a fort à parier qu'elles sont à la recherche d'une aire de nourrissage propice à répondre à leurs appétits et surtout à leur régime alimentaire. Celui-ci se compose d'animaux aquatiques tels que des grenouilles, des escargots, des mollusques, de petits poissons mais aussi des insectes des prairies comme les criquets voire des petits mammifères comme des campagnols et des mulots mais aussi des reptiles tels des lézards et des couleuvres.

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Dans les saules qui nous servent de cachette, les passereaux se font la guerre. Courses poursuites et acrobaties dantesques, ce sont là quelques unes des techniques utilisées par les oiseaux pour s'assurer la suprématie sur les rares sources de nourriture, à savoir les bourgeons et les rares insectes présents. Parmi les espèces observée, on peu citer la mésange bleue (Cyanistes caeruleus), connue pour être une féroce compétitrice.

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Soudain, tous le monde quitte le marais effarouchés. Le responsable ? Le busard des roseaux (Circus aeruginosus) qui survole les sarcelles et les canards pilets à la recherche d'un repas. S'il est considéré comme commun, il est reste très localisé, en raison de son habitat qui se raréfie. Côté régime alimentaire, il cible les oiseaux jeunes, malades ou affaiblis en particulier en cette période de l'année difficile pour l'avifaune. 

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À la tombée de la nuit, les busards des roseaux se réunissent en sécurité dans le même dortoir. Celui-ci se trouve le plus souvent dans la rosselière d'un marais, plus rarement dans une forêt alluviale au bord d'un lac, d'une rivière ou d'un fleuve. Ce sont des oiseaux au vol rapide, plus de 50 km/heure, planant au ras de la végétation et piquant brusquement dès qu'ils détectent leur proie. Outre les oiseaux aquatiques, ils peuvent aussi se saisir d'amphibiens, de petits mammifères, d'insectes, de reptiles ou encore d'oeufs. Cette diversification de leur alimentation leur permet de faire face aux épisodes de sécheresse qui deviennent récurrents ces dernières années et qui expliquent son déclin avec l'urbanisation galopante, l'écobuage des friches et la chasse. Fait étonnant, ce busard est connu pour se saisir des proies toujours avec la patte gauche.

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Un autre rapace s'est installé dans le secteur. Le faucon crécerelle (Falco tinnunculus) est un animal ubiquiste, c'est à dire capable de s'adapter à une grande variété de milieux. Celui-ci, un mâle, fait du surplace pour attraper l'une de ses proies favorites, le campagnol. Cette technique de chasse est parfois nommée le " vol en Saint Esprit"/ Energivore, elle permet à l'oiseau de repérer sa proie sans avoir besoin de poste d'affût. On la retrouve chez d'autres rapaces comme la buse ou la bondrée apivore mais reste plus rarement employée.

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Casse-croûte au bord de la route. La faim nous tenaille. Nous nous posons face aux éttends, toujours cachés par une haie de saules et d'aulnes afin de ne pas faire prendre la fuite. Là encore nous ne sommes pas seuls. Dans les arbres, de nombreux passereaux s'agitent dans les branches.

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Parmi eux, le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula), dont la gorge est plus orangée que rouge. Deux individus se mènent une guerre sans relâche sous nos yeux. Hors période de reproduction, mâles comme femelles sont extrêmement territoriaux et se poursuivent en poussant de nombreux cris. À cette période de l'année, ce sont avant tout des oiseaux issus du nord de l'Europe que l'on observe, ceux présents l'été et les jeunes préfèrent descendre du côté de l'Espagne pour passer l'hiver. On peut ainsi au fil de l'année, voir passer jusqu'à 4 ou 5 rouge-gorges différents dans son jardin sans jamais s'en apercevoir.

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Quelques gouttes de pluie, le retour du busard des roseaux, deux voitures arrêtées sur le bas côté à quelques mettre des oiseaux ... il n'en faut pas plus pour que la plupart des canards mettent les voiles et partent à 200 mètres de là, sur un autre étang protégé un peu plus les oiseaux des curieux. Seul alors le train brise leur quiétude pendant un bref instant. Nous ne nous éternisons pas, un autre spot attirant toute notre convoitise à cette heure.

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Nous arrivons au grand étang. Seulement voilà, il est à sec. Nous n'observons alors qu'un petit ruisseau qui traverse l'étandu de bout. Cela ne déplaît pas pour autant aux oiseaux, et bien que nous ne croisons pas de limicoles, nous sommes heureux de voir cachés dans notre observatoire quelques oies sauvages. Il s'agit d'oies cendrées (Anser anser), ancêtre de certaines de nos oiseaux domestiques. Cependant elles sont surtout connues pour sa chasse polémique et les nombreuses démarches de la fédération française de chasse qui demande l'autorisation par dérogation de pouvoir tirer ces animaux en dehors des dates imposées, à savoir pendant la période de migration de ces oies, quand elles retournent affaiblis et fragiles dans le grand Nord. Une hécatombe annoncée pour leur population européenne qui, pour le moment, est déjouée par des défenseurs tenaces de l'environnement et de la biodiversité et par le soutient des instances européennes.

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Les grands échassiers sont de la partie. Les hérons cendrés (Ardea cinerea) sont nombreux à profiter des poissons pris au piège dans ce faible cours d'eau, accompagnés de grands cormoran (Phalacrocorax carbo), leur pêche semble bonne. Leurs pattes hautes leurs permettent de remuer la vase afin de faire fuir les poissons et de les attraper avec leur bec en forme de dague. Ils les utilisent aussi comme véritable tour de guet.

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La grande aigrette (Adrea alba) est aussi de la partie. C'esr un oiseau pouvant atteindre pas moins de d'un mètre dix de haut et ayant un régime alimentaire similaire à celui des autres grands hérons : poissons, grenouilles, insectes, rougeurs et petits reptiles y figurent.

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Très cosmopolite, on peut la confondre sous nos latitudes avec l'aigrette garzette (Egretta garzetta), plus petite et au bec noir. La grande aigrette aime les zones humides pour peu qu'elle y trouve des arbres où elle peut reposer et nicher à l'abri des prédateurs car bien que grande, elle ne fait pas le poid face à un hiboux grand duc (Bubo bubo) ou à un renard roux (Vulupes vulupes) déterminé. Au compteur, elle ne cumule que 1 à 1,5 kilo pour les plus gros individus, autant dire qu'il n'y a pas de quoi effrayer les carnassiers du coin. Ses effectifs sont stables mais restent menacés par l'activité humaine, en particulier l'asséchement et l'exploitation agricole des zones humides ainsi que les installations de loisirs en bord de lac et de rivière.

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Que serait une sortie sans champignons ? Nous voilà les mains dans l'herbe à récolter quelques marasmes des Oréades (Marasmius oreades) appelés aussi mousserons ou faux-mousserons. Les Oréades sont des nymphes des montagnes et des grottes nées de la mortelle Niobé et du Titan Hécatéros. Les marasmes sont une famille de champignons dont le nom du latin Marasmos "désséchement" pour leurs capacité à sécher naturellement.

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Sur notre chemin, nous tombons sur de grands alignements de clitocybes géotropes (Clitocybe geotropa) un champignon de belle taille et comestible à la saveur peut prononcée. Nous en récoltons quelques jeunes exemplaires pour le repas du soir qu is'annonce somptueux.

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On rejette son pied fibreux au profit de son large chapeau. Indicateur d'un sol calcaire et légèrement humide, il se plaît sous les feuillus où il n'est pas rare de le voir pousser en rond de sorcières. Bien qu'il soit commun, il ne se cueille que pendant une courte durée, d'octobre à mi-décembre faisant ainsi de lui l'un des champignons les plus tardifs que l'on peut retrouver dans une poêlée forestière. Si son parfum marqué voire fétide pour certains, il reste bien apprécié du côte du sud-ouest et dans certains pays de l'est de l'Europe. Pour notre part, nous avons apprécié cette récolte en omelette puis en civet végétarien.

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Les mammifères ne sont pas en reste. Nous assistons à une houleuse dispute de ragondins (Myocastor coypus). ┴ peine avons nous le temps de prendre l'appareil photo que le plus petit, vaincu, file à toute allure la queue entre les jambes. En parlant de fuite, non loin de-là, nous croisons un chevreuil (Capreolus capreolus). Discret comme une ombre, sa présence ne nous est indiquée que par un coup de feu, par les cris d'une meute de chien au loin et par sa sihouette se glissant dans la végétation d'une petite île d'un lac privé aux eaux peu profondes.

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Retour sur la métropole lyonnaise. Un groupe de cygnes semble prendre le même chemin que nous. Graciles, le battement de leurs ailes actionnent leur cage thoracique,  leur faisant échapper un râle sonore dans leur envolée. La chasse, la pluie et les journées de travail bien remplis, nous ne retournerons sans doute qu'à l'hiver dans la Dombe pour observer les canards hivernants cherchant un peu de réconfort et de nourriture dans les étangs.

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vendredi 27 décembre 2019

L'Isère au fil des saisons.

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Voici un an de sorties en Isère pour l'année 2019. Un an à explorer le jardin familliale, les sous bois, les lacs alentours, les marais et les petites villes de campagnes.

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Un an que je suis heureuse et fière de vous présenter ici. Il n'a pas été facile de choisir les photos ni de sélectionner les meilleures des anecdotes que nous avons pu vivre pendant cette année chargée en émotions. Ne voulant pas un article à rallonge, je m'arrêterai là.

 

L'hiver, la neige et les oiseaux.

Aux portes de la Chartreuse, à plus de 500 mètres d'altitude, il fait parfois froid. En 2014 puis en 2017, nous avons parfois frôlé le -17°C, autant vous dire qu'il faut être bien équipé. Néanmoins la tendance est au redoux et les épisodes neigeux sont de plus en plus rares. Il est à crainte que d'ici moins d'une décennie, il n'y en ait plus.

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Les comtois, chevaux communs dans le coin, abordent un poil épais, celui-ci leur permet de faire face au froid. Ces animaux doux et dociles sont originaires des reliefs escarpés de Franche-Comptée et sont la race la plus commune à l'heure actuelle de cheveaux de traits. Leur origine remonte aux croisements de juments françaises avec des étalons germaniques. Solides, ils étaient utilisés par les chevaliers pendant les joutes.

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Les toits en contre-bas sont tout enneigés. Saint Geoire en Valdaine, village de mon enfance, se drape de blanc. Niché entre l'Isère et la Savoie, sa proximité entre Grenoble et Chambéry lui ouvre les portes des montagnes.

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Il tire son nom de la tradition chrétienne, le terme "Saint Geoire" faisant écho à Georges de Lydda, saint connue pour avoir selon la légende combattu un terrible dragon pour sauver une princesse Libannaise mais aussi, à l'évêque de Saint-Georges-de-Vienne qui mena les affaires religieuses sur le diocèse. Le terme "Valdaine" vient du français "val" désignant une vallée et du savoyard "nans" qui signifie "petit cours d'eau". En sommes la commune porte le nom poétique de "Vallée aux ruisseau de Saint Georges". Cette affiliation à un chasseur de dragons ne va pas sans faire écho au passé glorieux de la Valdaine, avec pas moins de 7 châteaux et maisons fortes qui émaillent le paysage. Parmi ceux-ci, l'ancien couvent qui accueilli pendant des siècles les filles des nobles familles et qui aujourd'hui fait office de mairie et le château de Longpras, une maison forte qui pendant la révolution française abritât les clés des portes de Versailles. Une légende veut même qu'un poulain noir diabolique hanteraient les lieux.

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Remontons sur les collines tant bien que mal, une vingtaine de centimètres de poudreuse étant tombée, nous faisons le chemin aller-retour entre la maison et la boulangerie à pied. Ce sont 2 kilomètres qui nous séparent des baguettes fumantes et de croissants frais du matin, autant vous dire que nous mettons pas longtemps.

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Cachée dans un arbre, une buse variable (Buteo buteo) veille sur une branche. Chassant les petits oiseaux, les lézards, parfois les insectes mais avant tout les micro-mammifères tels que les mulots, les campagnols et les souris, elle peut en cas de mauvais temps comme ce jour là, quand le vent souffle et la neige tombe, se rabattre sur les carcasses d'animaux morts, les vers voire des baies, même si cela reste plutôt rare.

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Avec l'hiver, les arbres se trouvent privés leurs feuilles. C'est alors un de meilleurs moments pour observer les oiseaux sédentaires et en particulier les granivores qui s'approchent des maisons.  À gauche, le verdier d'Europe (Chloris chloris) qui porte si bien son nom avec son plumage vert. À droite, un de mes oiseaux préférés, le pinson du Nord (Fringilla montifringilla), qui quitte les pays du Grand Nord pour nous rejoindre.

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Crise du logement à la mangeoire. Moineaux domestiques, mésanges bleues, mésanges huppées, mésanges noires, mésanges boréales, verdiers d'Europe, chardonnerets élégants, pinsons du nord, pinsons des arbres, sitelles torchepots, accenteur mouchet ... il y a du monde au balcon ! Il est toujours important de rappeler que sur ce type de mangeoires à plateau, il faut nettoyer régulièrement l'aire de nourrissage, les oiseaux marchant sur les graines et pouvant avec leurs pattes et l'humidité, apporter des éléments pathogènes dangereux.

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Problème, les oiseaux ne sont pas seuls dans le jardin. Les chats sont tout aussi présents. Le dilemme est fort. Bien que castrés et nourris, ils font acte de prédation de temps à autre. C'est toujours dur de l'entendre mais les chats sont responsables d'un désastre écologique.

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Australie, îles lointaines, Amérique du Nord, Europe ... tous les continents sont touchés. Introduit par l'Home, on ne peut en vouloir à l'animal de posséder un instinct de prédateur affûté. Cependant on peut s'indigner du comportement de certains propriétaires. Félins non castrés, portées laissées à elles mêmes et donnant des individus farouches et errants ... c'est en partie la reproduction non contrôlée des chats qui explique leur forte expansion et les dégâts importants causés sur la faune, à savoir les petits rongeurs (ce qui ne semble pas émouvoir grand monde) mais aussi les reptiles et les passereaux dont les effectifs sont en chute libre. Le propos n'est pas d'érradiquer les chats, étant une grande amoureuse des petits félins moi-même, mais de changer notre regard et nos comportements liées aux animaux de compagnie.

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La météo annonce du redoux, vite, enfilons les bonnets et jetons nous dans la neige avant qu'elle ne disparaisse. La vieille luge n'est pas habituée à la poudreuse, d'ordinaire le manteau neigeux sur lequel nous glissons est gelé, les glissade se faisant le plus souvent le matin après que les flocons soient tombés toute la nuit. Ce n'est pas grave, nous nous tournons vers un équipement plus moderne pour dévaler les pentes.

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Voilà, le paysage reprend ses teintes grises et mornes. Nous partons pour Grenoble et plus précisément au Bois de la Bâtie nommé aussi Bois Français. Cet ENS (Espace Naturel Sensible) est réputé pour sa faune mais aussi pour la zone de loisir qui se trouve à proximité. Ancien bras mort de la rivière Isère, les étangs qui composent le site sont également connus pour leurs poissons qui attirent les pêcheurs et les oiseaux d'eaux.

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Nous ne croiserons que peu d'espèces. Quelques passereaux, deux cygnes tuberculés (Cygnus olor), un vol de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) et de joyeuses foulques macroules (Fulica atra). Bruyantes, on les reconnaît à leur plumage noir et à la tâche blanche qui surplombe leur bec robsute de la même couleur. Elles aiment les eaux calmes, en particulier les lacs, les marais et les zones humides forestières.

La fin de l'hiver sonne déjà et nous ne percevons pas le passage au printemps, le mois de février ayant défrisé la chronique avec des températures similaires à une fin mars voire, un début avril. D'ailleurs, 2019 est à l'heure actuelle l'année la plus chaude jamais enregistrée depuis que l'Homme est en capacité de faire des relevés.

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Le printemps, ses chants et ses fleurs.

Du vert de partout, c'est une explosion et cela fait bien plaisir. Fini l'hiver, bonjour le printemps. C'estl e temps des fleurs, des amours et de la reproduction pour un grand nombre d'animaux. Sortant en affût, nous avons espoir dans croiser quelques uns tout en ayant plaisir à récolter les premiers fruits de la saison.

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L'égopode podagraire (Aegopodium podagraria) est une plante souvent maudite car considérée comme une mauvaise herbe qui aime envahir les jardins. C'est aller bien vite et oublier le passé historique de la belle. Importée en Gaule par les romains pour sa culture rapide et facile, elle s'en retourna à la nature et fût peu à peu oubliée des hommes. Pourtant elle reste excellente en salade, soupe ou gratin avec son petit goût de céleri.

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Si j'aime le printemps c'est avant tout pour eux, les champignons ! Cette année nous avons ête peu chanceux du côté des morilles (Morchella) et nous nous sommes tournés vers leurs cousins moins réputés mais totu de même réputés, les morillons à semi-libres (Mitrophora semilibera), qui depuis peu sont classés dans la classe des morilles.

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On le reconnaît à son pied blanc, fragile et élancé, à sa chaire mince à la saveur douce et qui jaunie à la coupe, et à son petit chapeau brun et alvéolé qui ne dépasse que rarement les 5 centimètres. Il exalte une légère odeur de champignon qui devient plus forte au fur et à mesure qu'il vieilli. Son nom de semi-libre vient de l'insersion du pied qui se fait à la moitié du chapeau, laissant la partie inférieur libre. On le distingue ainsi des verpes (Verpa) dont le pied est soudé au sommet du chapeau et des morilles dont le leur est soudé à la base du chapeau. Excellent comestible, il faut bien le cuire pour le consommer, au moins 15 minutes  à plus de 70°C.

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Le récolte est belle, les sachets de tissus que nous avons apportés avec nous dans le cas d'éventuelles récoltes nous sont fort utiles. Depuis, j'ai pu me munir d'un très beau panier en châtaignier, essentiel pour bine préparer la cueillette de champignons de cet automne qui s'annonce formidable. En tout et pour tout ce sont environs 70 morillons que nous récoltons ce jour là dans les herbes hautes, sous les frênes du champ attenant à la maison.

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Les frênes communs (Fraxinus excelsior) et les noisetiers communs (Corylus avellana) figurent parmis les arbres avec lesquels les morilles et les morillons poussent en symbiose, toujours sur des sols calcaires. Poussant à proximité d'un ancien vergé, à la lisière de ce qui commence à devenir un petit bois, il est dans son élément de prédilection. On peut également le trouver dans les vallons boisées et aux abords des ruisseaux.

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En parlant de verpes, en voici. Il s'agit des verpes en forme de dé (Verpa conica), un champignon certes comestible mais de faible intérêt culinaire. Peu commun en plaine, un peu plus présent en moyenne altitude, il reste cependant assez rare. Il est alors plus sage de ne pas le récolter et de tirer profit d'autres espèces plus abondantes (mousserons, pézizes ...) entre avril et mai, période à laquelle les verpes poussent.

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Les jeunes grillons champêtres (Grillus campestris) émergent. Minuscules, leur croissance rapide leur permet l'été venu de figurer parmi les plus gros grillons d'Europe. Robustes, leur poids et leur morphologie leur interdit tout vol, faisant d'eux des insectes strictement terrestres.

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Pour faire face aux prédateurs, il creuse un trou profond. Au moindre signe de danger, il s'y faufile. Les mâles se postent à l'entrée de leur antre et chante dans l'espoir d'attirer une femelle. Territoriaux, on peut assister à des combats violents avec parfois, une issue dramatique pour l'un des deux combattants. Herbivore, ce grillon se nourrie principalement de poacées (graminées), qu'il consomme à l'aide de ses très puissantes mandibules. Cependant il peut agrémenter son régime alimentaire quand l'occasion s'en présente, de vers de terre et de restes d'autres insectes morts. Même s'il semble commun, la fragmentation et la dispartion de ses habitats et son incapacité à voler conduisent à la diminution de ses populations.

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Des fleurs, des feuilles, des herbes folles et aromatiques, des écorces, des champignons ... il ne reste plus qu'à conditionner nos cueillettes. Séchés pour la plupart, les éléments collectés seront tout au long de l'année utilisés dans la cuisine ou en infusion du soir pour apporter au coeur de l'été quand il fait chaud, les après-midi pluvieux d'automne ou les soirées froides de l'hiver des petites notes de printemps colorées et parfumées.

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Certes on retrouve les morillons, mais aussi les fleurs de primevères coucou (Primula veris) pour leur goût et leurs effets apaisants, celles du lamier maculé (Lamium maculatum) pour leurs propriétés colorantes et les feuilles du lierre terrestre (Glechoma hederacea) pour parfumer les bouillons, les fromages blancs et les infusions froides. Si depuis les bocaux se sont peu à peu vidés, il nous reste de quoi apporter de soleil jusqu'à mars.

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Thomas revient de son wwoofing en Savoie, et dans ses bagages, il nous ramène quelques surprises. Prennent désormais place dans le jardin de jeunes pousses d'arbustes à petits fruits, de quoi préparer d'ici quelques temps des jus et des glaces parfumées pour les futurs étés.

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Des cassissiers (Ribes nigrum) aux fruits noirs se mêlent à leurs cousins, les caseilles (Ribes x nidigrolaria), hybrides entre un cassissier et un groseillier à maquereaux (Ribes uva crispa) né en Allemagne au début des années 80. Résistant aux maladies et aux températures extrêmes (jusqu'à -20°C), il produit des fruits charnus et bleus, on un goût fruité et acidulés. Ils sont récoltés entre juin et juillet, de manière régulière, les baies ne mûrissant pas toutes en même temps. Sa floraison rouge foncée détonne au potager et attire de nombreux pollinisateurs. Cependant stériles, ce n'est que par bouturage qu'il est possible de le reproduire. Pour cela il suffit de couper de jeunes rameaux, de les mettre en vase puis, à l'apparition des radicelles, de les replanter. En sommes rien de très compliqué pour le cultiver.

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Dans les prés où l'herbe se fait tendre, les chevreuils (Capreolus capreolus) sont de sortie. Toujours proches de la forêt, ils déguerpissent à la moindre alerte. Cependant n'étant pas chassés à cette période de l'année, ils se montrent moins farouches. Grégaires, ils peuvent vivre en grand groupe comme on peut l'observer un peu partout en France, l'engrainage et l'absence de prédateurs naturels ayant favorisés sa forte démographie.

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C'est au printemps que les femelles mettent bas. Les faons, cachés dans les herbes hautes d'un champ ce qui leur est parfois fatal, où dans la végétation en lisière de forêt, attend sagement sa mère. Celle-ci se nourrie à heures régulières et rejoint son petit pour lui donner la tétées et le réchauffer. Ce n'est que tardivement qu'il la rejoindra bien qu'il soit capable de se déplacer peu de temps après sa naissance, s'assurant d'avoir une chance d'échapper aux prédateurs que sont le loup, le lynx, le renard ou encore les chiens errants.

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Les chevreuils ne sont pas les seuls dans les pâtures. Nombreux sont les troupeaux de vaches à patûrés. Si on trouve quelques laitières, se sont surtout les bêtes  dites mixtes que l'on croise le plus de par chez nous.

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Si on croise quelques animaux de la race Simmental Française originaire de Suisse, se sont surtout les Montbéliardes qui sont à l'honneur. Originaires de Franche-Comté, elle déscend de la race Pie rouge Simmental. L'hiver, les animaux restent longtemps en stabulation et se nourrissent des foins récoltés plutôt en été. À l'apparition des beaux jours, les vaches sont envoyés en estives dans les prés où elles broutterons l'herbe tendre. Dans notre région les troupeaux sont de petite taille, ce qui limite le surpâturage qui cause bien souvent l'affaissement des sols et des dégradations importantes sur les cours d'eau. Cette race est de plus en plus utilisée comme vache laitière.

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La Valdaine se situe à l'extrémité Nord Est des Terres Froides, territoire non pas nommé poru son climat mais pour la terre de potier que l'on en tire et qui à la particularité de donner des poteries de terre crue qui ne cèdent pas sous l'action du gel. Cependant, nous bénéficions ici de la météo typique du Massif de Chartreuse, un climat océanique montagnard ce qui implique de l'humidité et un manteau neigeux importnat même s'il à diminué de moitié en 50 ans, ce qui ne vas pas sans inquiéter les populations sur les questions liées à la disponibilité d'eau.

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Les talus sont tout aussi passionnants, les oiseaux s'installent dans les cavités des arbres alignés, et en bord de route, les orchidées commencent à fleurir. L'une des plus impressionnantes de toutes sont les orchis militaires (Orchis militaris) appelés aussi orchis guerriers. Robustes et portant un épi floral dense, ils aiment les sols calcaires frais, pauvres en matière organique et bien ensoleillés. On les croise jusqu'à 2000 mètres d'altitude.

DSC02484Partons dans les marais et plus précisément sur la tourbière de l'Herretang, entre la commune de Saint Joseph de Rivière et celle de Saint Laurent du Pont, à la confluence de la fin de la langue rocheuse du Vercors et le début du Massif de Chartreuse. Ayant pour statue celui d'ENS (Esapce Naturel Sensible), il est possible de la visiter une grande partie de l'année grâce à un système de pontons de bois. Abritant des espèces rares et protégées, il faut bien prendre garde à ne pas s'éloigner des chemins ni à venir troubler la tranquillité des animaux.

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Les oiseaux  chantent et sont pour certains afférés à nourrir leur première portée. Une couple de mésange charbonnière (Parus major) peut prélever sans mal 250 à 300 chenilles par jour, faut-il encore trouver des chenilles. Le développement de celles-ci intervient de plus en plus tôt, fruit de l'augmentation des températures année après année. Le soucis est que le poussins de mésanges émergent quand les chenilles sont bien développées, et plus forcément de taille pour entrer dans le gosier des petits oiseaux. Cela serait l'une des explications de la forte mortalité observée sur les portées de mésanges charbonnières.

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Des champignons, toujours des champignons. À la sortie de la forêt, des mousserons de la Saint Georges (Calocybe gambosa) nous attendent. Leur nom leur vient de la période à laquelle ont les rencontre le plus souvent, et il est de tradition de dire qu'ils poussent à partir de la Saint Georges, chose qui dans les faits ne s'observe pas toujours.

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Excellents, ils dégagent une légère odeur de farine. Charnus, il suffit de quelques pieds pour remplir rapidement un panier et une casserole. C'est dans les zones herbeuses comme les prairies et les vergers mais aussi les lisères, les bois clairs et les haies qu'on le trouve le plus souvent, à proximité le plus souvent des aubépines et des ormes. L'entolome livide (Entoloma sinuatum) lui ressemblant beaucoup, il est recommandé d'être méticuleux dans sa récolte et surtout dans son identification. Pour rappel, la plupart des intoxications surviennent après la consommation de champignons dont les cueilleurs étaient sûrs à 100% de l'identification. Prudence est mère de sûreté.

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Le marais abritent plusieurs espèces d'oiseaux inféodées aux milieux humides. Parmi celles-ci on compte notamment le grand cormoran (Phalacrocorax carbo) que l'on peut voir à gauche. Mal aimé, il fût longuement chassé au point de disparaître de l'intérieur des terres. Il recommence néanmoins à réinvestir son territoire. À droite, un héron cendré  (Ardea cinerea), grand échassier qui a connu un sort moins funeste bien qu'il soit encore braconné car jugé trop gourmand. Pourtant, on sait aujourd'hui que l'impact de ces deux espèces pour la pêche est pratiquement nul, les oiseaux consommant essentiellement des poissons peu prisés par l'Homme.

Profitons de la fraîcheur, de la brume qui descend lentement des montagnes et des dernières rosées. Déjà l'air se réchauffe et bientôt suffoquant, il faudra alors partir se réfugier dans les sous-bois. C'est aussi le moment de prendre de la hauteur, sur les plateaux alpins et de lézarder le long des rivières sauvages. Pour l'heure, profitons encore des dernières fleurs, des herbes aromatiques du printemps et des derniers champignons de saison.

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L'été, la fraîcheur des forêts et des bords de ruisseaux.

Il fait chaud, l'herbe du jardin a entièrement jaunie, et même à l'ombre, nous suons à grosses gouttes. Il faut se rendre à l'évidence, la canicule fait rage. Les points d'eau sont pris d'assauts et même les marais d'ordinaire si calmes deviennent des sites attirants les promeneurs. Reste alors les alpages, et encore, ceux aux pentes rudes et dont les sentiers ombragés nous donnent un peu de répit face à la morsures brûlantes du soleil.

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Sortons la longue vue, pointée les sommets. Nous sommes dans un champ pentu, entouré des forêts de conifères et mixtes. Outre les vaches, nombreux sont les mammifères à profiter des touffes d'herbes encore bien vertes. Lièvres, lapins, chevreuils et autres sangliers peuvent se croiser à la tomber de la nuit. D'ailleurs pour les derniers, il est courant d'observer sur ce site le labour de leur groin, trace de leur recherche nocturne de vers et de bulbes.

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Première récolte de la saison. Dans les prés, quelques agarics champêtres (Agaricus campestris) nommés aussi rosés des prés. Il est bien difficile d'identifier cette famille qui comporte en France plus de 60 espèces. À ceux-ci s'ajoutent dans le panier un petit polypore soufré (Laetiporus sulphureus), apprécié au Canada, peu considéré chez nous. Il faut le consommer jeune et de préférence récolté sur des feuillus car allergisant sur résineux.

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Entre les yeux en direction du ciel et du sol, dur de trouver le bon équilibre. Lui regarde les oiseaux, moi les champignons, autant dire que nous formons une équipe de choc, ratissant le moindre petit bout de nature que nous pouvons saisir.

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Cet été, nous avons cumulé pas moins de 11 week-ends d'affilés en escapade à deux, à chercher du côté des montagnes, du sud, de la côte méditerranéenne et de la vallée du Rhône des espèces nouvelles et des paysages grandioses. Nous n'avons pas été déçus, cependant retourner à la source, en Chartreuse, fût l'un des plus doux moments de l'été. Le grand calme des petits bois de moyenne montagne que nous avons pu parcourir nous fît le plus grand bien, loin de la ville, de ses klaxonnes, des pots d'échappements et du béton. Un petit havre de paix qu'il nous tarde à nouveau de rejoindre pour ses longs chemins bordés d'épicéas communs (Pinus abies).

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Au-dessus de nos têtes, deux espèces que nous connaissons bien et que nous n'avons rarement l'occasion de croiser ici. Plus d'une centaine de martinets noirs (Apus apus) tournoient, déjà sur le départ pour rejoindre l'Afirque où ils s'éjourneront tout l'hiver. Au milieu, un intrus de plus grande taille, un martinet à ventre blanc (Tachymarptis melba), qui est connu pour partir plus tardivement en hivernage et revenir également plus tôt.

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Nous sommes à deux pas du lac de Saint Sixte ,canton du village de Merlas connu pour son lac, les ruines de sa maison forte et ses légendes. Au bords de l'eau, des libellules prennent le frais e, compagnie des pêcheurs. Si je ne peux mettre de nom sur l'individu à gauche, je peux néanmoins le faire pour celui de droite. Il s'agit d'une libellule déprimée (Libellula depressa) nommée de la sorte en raison de ses ailes pendantes. L'abdomen bleu indique qu'il s'agit d'un mâle, les femelles présentant de colories jaunes et brunes.

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Sur la berge, dans les ruines de l'ancien abris à bateaux, une plante remarquable pousse. Il s'agit de la grande douve (Ranunculus lingua) connue parfois sous l'appelation de renoncule langue, une fleur de la famille des renoncules comme l'est le bouton d'or. C'est une espèce rare aux faibles effectifs, protégée intégralement en France.

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Si à l'échelle du monde et de l'Europe elle a pour statut celui de préoccupation mineur, il en est tout autre chose chez nous. En Alsace, en Aquitaine et en Bourgogne, elle est considérée comme en danger. En Basse-Normandie elle est classée comme vulnérable. En Auvergne et dans le Centre, elle est placée sur la liste des espèces en danger critique de disparition. Une fois de plus, on a un exemple d'une espèce au bord de la disparition sans avoir besoin de partir à l'autre bout du monde pour observer le phénomène. Au milieu du jaune, une autre espèce tire son épingle du jeu. Le chanvre d'eau (Bidens tripartita), qui n'en a rien et qui est aussi connu comme lycope d'Europe. Il s'agit d'une plante semi-aquatique aimant les cours d'eau, les prairies humides et les marais.

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Qu'il est changeant le temps de basse montagne. En un rien de temps la brume remplace le soleil et l'humidité prend le pas sur la chaleur qui irradiait jusqu'à peu les collines. Ne nous en plaignons pas, non seulement cela nous laisse prendre un peu de répit mais de plus, permet aux champignons de faire timidement leur apparition dans le sous-bois. Il faudra cependant attendre encore un peu avant de récolter les premiers cèpes.

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En retournant au jardin, nous avons le plaisir de croiser sur un câble une magnifique pie-grièche écorcheur (Lanius collurio) et à la vue de sa calotte grise, un mâle. Un peu plus bas dans un bosquet la femelle attend d'être nourrie par celui-ci. Migrateurs, le couple partira à la fin de l'été pour rejoindre l'Afrique. Il faudra attendre mai soit sept mois pour les voir revenir à nouveau nicher dans les bosquets et les haies des prairies grasses.

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Enfin, les champignons sortent. Ici il s'agit de deux espèces mignonnes comme tout, le cyathe hirsute (Cyathus striatus) à gauche qui se reconnaît entre autre à sa forme de coupelle et le marasme petite roue (Marasmius rotula) à droite, qui figurent parmi les best-sellers de la saison et qui porte bien son nom. Il se développe sur les branches mortes de feuillus tombées au sol. Il contribue activement à la formation de l'humus forestier.

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Les premières amanites rougissantes (Amanita rubescens) ont fait leur apparition. Appéles aussi amanite rougissante ou golmotes, c'est une des quelques amanites comestibles qui vaut la peine d'être récolter. Cepandant on prendra garde de bine la cuire, celle-ci contenant des hémolysines, molécules connues pour détruire les globules rouges.

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À la cassure, ses chairs deviennent rouges, ce qui permet de la différencier d'autres espèces comme la dangereuse amanite panthère (Amanita pantherina), plus brune et aux flammèches blanches plus larges et plus marquées. On ne serait sans bien connaître l'une et l'autre s'aventurer à récolter les golmottes. Très commune, aussi bien dans les forêts de feuillus que de conifères du moment que le sol est pauvre, c'est surtout dans les bois d'épicéas communs (Picea abies) qu'on en rencontre le plus grand nombre. Apparaissant dès juillet en Chartreuse, on peut l'observer au plus tard à la fin du mois d'octobre si l'été indien veut bien se prolonger.

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C'est aussi l'heure des premières girolles (Cantharellus cibarius) que nous récoltons avec émotion. Dégageant un léger parfum d'abricot, en particulier quand l'air est humide, leur couleur jaune tirant parfois sur le pâle ou l'orangé et la présence de plis et non de lamelles ne laisse que peu de doute lors de l'identification de cet excellent comestible. Cependant il faut là aussi être prudent, en évitant toute confusion avec la fausse girolle (Hygrophoropsis aurantiaca) ou le très toxique clitocybe de l'olivier (Omphalotus olearius) qui à la différence des girolles qui se développe sur le sol, pousse sur le bois mort et en particulier sur les souches.

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Restons avec les champignons, mais partons sur un tout autre milieu. Nous voici de retour dans les marais de l'Herretang. La plupart des espèces composant la fonge concerne de petits champignons éphèmères résistant aux soudaines varaitions de niveaux d'eau, et d'autres lignicoles restant bien au sec sur les troncs et les branches qu'ils colonisent. À droite, un magnifique polypore soufré (Laetiporus sulphureus) qui, bien que nous faisant très envie, n'a pas été récolté en raison du statut du site; un ENS (Espace Naturel Sensible).

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Tout comme au printemps, un grand cormoran (Phalacrocorax carbo) se trouve sur une des berges du grand lac. Celui a été formé à l'époque où il était encore de mise d'extraire la tourbe du marais, que cela soit pour se chauffer ou pour la commercialiser sous le nom de terre de bruyère. L'exploitation ayant été suspendue en raison des dégâts provoqués sur les milieux humides fragiles, les carrières ont été mises en eau et empoissonnées.

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Sur les observatoires mais aussi un peu partout sur la végétation, créant ainsi une véritable marée verte, pousse des lianes de houblon grimpant (Humulus lupulus). De la même famille que le chanvre, celle des cannabaceae, il est utilisé depuis des temps immémoriaux.

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Son nom scientifique de "lupulus" vient du latin, les romains pensant à tort que le houblon suçait la sève des arbres et arbustes sur lesquels il pousse. Hors cela n'en est rien, néanmoins il a gardé cette réputation fort longtemps lui donnant le surnom de "petit loups" qui se traduit par "lupulus". Il est drôle de voir qu'aujourd'hui c'est le lierre grimpant (Hedera helix) qui possède cette réputation sulfureuse. Pour en revenir au houblon, il est surtout connu comme plante aromatique pour apporter de l'amertume à la bière mais aussi pour ses propriétés sédatives, stomachiques et son pouvoir œstrogénique.

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La porte du grand observatoire n'est pas fermée, miracle ! Nous fonçons au sommet de cet ancien relai EDF reconverti en tour de guet. De là, nous avons une vue imprenable sur les étangs, sur la prairie et sur la phragmitraie. C'est là que deux petits museaux feront leur apparition. Une chevrette, femelle du chevreuil européen (Capreolus capreolus) suivit de son jeune faon né au début du printemps.

Les jours deviennent de plus en plus courts, la pluie s'invite et la fin septembre approche, nous voici aux portes de l'automne, la plus belle des saisons. Avant de fêter la fin de l'été, nous nous offrons quelques escapades sauvages du côté du Loiret, de la Camargue et des Alpes, histoire de profiter de la saison du mieux possible.

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L'automne, ses champignons et ses oiseaux.

Déjà l'automne sonne à la porte, signe que l'année est presque bouclée. Si le froid tarde à venir et ne se ferra présent qu'à la mi-novembre, on enfile déjà les pulls et les bonnets à grosses mailles de laine. Pour moi, il s'agit de la plus belle des saisons, les bois deviennent jaunes et rouges, les oiseaux du grand nord arrivent doucement chez nous et les rougegorges familiers (Erithacus rubecula) poussent de nouveau la chansonnette.

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Petit saut au lac de Paladru. Situé aux portes du voironnais, ce lac palustre est issu de la fonte des glaciers qui couvraient la région il y a 40 000 ans de cela. Riche en légendes, il fut occupé par les pères Chartreux où l'on trouve des vestiges relativement anciens de pontons de bois. C'est là que l'on peut trouver les foulques macroules (Fulica atra). Toutes occupées à barboter, elles troubles la calme du lieu par leurs cris brefs.

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Au-dessus de l'eau dans un robinier faux-accacia (Robinia pseudoacacia), deux tourterelles turques (Streptopelia decaocto) sèchent leurs plumes. Elles ont dû la nuit précédente faire face à une pluie glaciale et violente. C'est une espèce que l'on pourrait pense comme originaire de nos contrées mais il n'en est rien. Originaire de Truquie, elle ne s'est implantée naturellement en France que depuis 1963 avec une première apparition dans les Voges en 1950. Depuis la belle se trouve sur les quatre coins du monde, surtout dans les villes et villages, sans que sa présence ne semble porter atteinte aux espèces locales.

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Une femelle canard colvert (Anas platyrhynchos) se montre peu farouche et s'approche relativement près de nous. On la différencie des autres femelles d'espèces de canards par sa grande taille et son bec orange et noir. Peu farouche, il est fort à parier que l'on se trouve sur un individu issu ou du moins ayant une origine liée aux canards colverts domestiques qui sont utilisés pour l'ornement, comme appelant de chasse et pour l'élevage.

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Quittons les berges, non sans avoir jeté un dernier coup d'oeil au ponton sur lequel un rougequeue noir (Phoenicurus ochruros) se promène. L'hiver, il est possible d'y observer des dizaines de cormorans et de goélands. Nous avons espoir pour cet hiver d'y rencontrer de nouvelles espèces et de voir les canards hivernants, en particulier les fuligules qui aiment se reposer au centre du lac. Équipés de notre nouveau matériel, il a fort à parier que nous allons être surpris par les oiseaux sur lesquels nous allons enfin pouvoir poser les yeux.

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Direction les bois, et bien sûr, toujours avec le panier à la main. La saison des champignons a été exceptionnelle pour certaines espèces cette année et nous en avons bien profité, que cela soit dans les bois isérois ou d'ailleurs. Même l'un des chats de la maison est venu pointer le bout de son nez pour voir où en était la récolte. Il n'y a pas à dire, même si on trouve des champignons toute l'année, c'est vraiment à l'automne qu'ils sont rois.

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Un lycoperdon brun d'ombre (Lycoperdon umbrinum) attire notre attention. Non comestible, cette vesse de loup un peut particulière appartient, commetoutes les espèces portant ce nom générique, à la famille des Lycoperdacées.

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Le terme vesse est féminin et vient du vieux français. Il désigne un pet silencieux et nauséabond, mot qui peut se décliner par le verbe vesser. La transposition au champignon se fait par la spécificité de celui-ci de dégager à maturité, ses spores sombres en se crevant par le milieu et en les laissant passer par gros nuages sombres par un tout petit trou. L'image est là, reste à savoir d'où vient le sobriquet de loup. Peut être par le mésamour éprouvé en vers cet animal, par le fait que cette vesse soit forestière ou tout simplement par jeu de mot. Dans tout les cas le lycoperdon brun d'ombre orne joliment les forêts et bien qu'il ne soit pas comestible, anime toujours une sortie automnale.

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Dans la mousse, aux pieds des arbres et sur les troncs les champignons poussent à foison. Le tricholome rutillant (Tricholomopsis rutilans) a perdu ses belles couleurs suite à la pluie et les mucidules visqueuses (Oudemansiella mucida) bien qu'étincelantes semblent défraîchies. Se développant sur les troncs de feuillus, en particulier de hêtres, on les reconnaît à leur chapeau blanc-translucide couvert d'un mucus gluant.

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2019 fût une année exceptionnelle pour les cèpes de Bordeaux (Boletus edulis). Nous en avons trouvé de partout, même là où d'ordinaire nous ne croisons rien hormis quelques crottiers de blaireaux et de chevreuils. Champignon très prisé, c'est un excellent comestible qui se déguste aussi bien cru en carpaccio avec un peu d'huile d'olive que cuit, rissolé avec du persil et du beurre ou revenu dans un peu de crème fraîche. Sa mousse devenant gluante avec l'âge, elle s'accomode parfaitement en potage ou dans une sauce d'accompagnement.

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Pour l'occasion je suis seule avec mes parents. Les accompagner aux champignons et faire fructifier à ma manière cet héritage qu'ils ont pu me transmettre en approfondissant la discipline qu'est la mycologie est une véritable fierté pour moi. Le cèpe part exemple a été longtemps ignoré dans ma famille, voire boudé. Jugé comme gluant et trop fort, je ne l'apprécie que depuis récemment, grâce aux amis du Mycorium et du feu forum "le club des cèpes" avec qui j'avais pu partir il y a plusieurs années découvrir le Béarnais, que je rêve de visiter à nouveau.

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Symbiotique, le cèpe de Bordeaux aime s'accoquiner avec les chênetes, les chataîgniers, les hêtres et les sapins pectinés. Il n'est pas le seul à aimer ces milieux, bien souvent il est accompagner d'autres champignons dont la pousse survient suite à des épisodes de chaleurs et de pluies tel que le meunier (Clitopilus prunulus) qui, à la bonne odeur de farine et au chapeau blanc, et lui aussi un bon comestible même si moins récolté que les cèpes.

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Autre espèce appréciant les mêmes milieux que le cèpe de Bordeaux et ayant parfois des hôtes symbiotiques similaires, l'amanite tue-mouches (Amanita muscaria). Si celle-ci est toxique voire délirogène pour les hommes et de nombreux animaux, quelques uns comme le renne n'hésitent pas à planter un coup de dents dans le chapeau et en particulier la cuticule rouge riche en éléments hallucinogènes.

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Lames, pied et chair d'un blanc immaculé, chapeau rouge sang qui selon les sous-espèces et la météo peut tirer sur l'oranger, pustules floconneux variants du crème au jaune, il semble au premier regard aisé d'identifier cette espèce. Pourtant, les confusions avec l'amanite des Césars (Amanita Caeserea), sa délicieuse et prisée cousine, sont peu rares. On retiendra que chez cette dernière les lamelles et le pied sont d'un orange doré et que le stipe prend sa base dans une volve blanche en forme de sac.

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Petits joyaux rouges qui annoncent la fin de l'automne, il faudra désormais attendre l'an prochain pour les rencontrer à nouveaux dans les forêts de Chartreuse. Il fait froid, humide mais les champignons ne désertent pas complétement les bois. Cependant nous nous réfugions dans le Rhône, où nous faisons notre bonheur avec les pholiotes du peuplier (Cyclocybe aegerita) qui abondent dans les peupleraies si typiques des rives du fleuve.

C'est un court résumé de cette année en Isère riche et inspirante. Nous avons eu la bougeotte et beaucoup visité d'autres départements, puis vinrent le boulot et parfois la flemme qui par moment, nous ont cantonné à notre petit appartement lyonnais. Cependant on ne saurait penser que le tour est fait, on est loin d'avoir encore tout vu de cette enclave dauphinoise, de ses forêts et de ses sites historiques teintés de mysticismes. À 2020, belle Isère.

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samedi 23 novembre 2019

Expédition en Camargue.

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Nous n'avons pu résister à passer de nouveaux quelques jours dans le sud. Le crochet par la réserve de Crau s'est mue en une longue visite des marais de Camargue. Mais avant cela, nous bifurquons en direction des falaises de Liou, non loin du Colorado Provençal avant de venir poser nos valises du côté de la citée phocéenne. Nous espérons voir alors les vols de guêpiers que nous avons pu croiser quelques semaines plutôt lors de notre escapade au mont Ventoux. Pour le coup, nous sommes chanceux et nous nous trouvons au sommet d'un rocher où pas moins d'une quarantaine de guêpiers d'Europe (Merops apiaster) aux couleurs chatoyantes nous survolent. Un moment magique passé à observer les oiseaux s'éloiogner dans le lointain. L'après-midi sera ponctué par ce type de rencontre, nous donnant un nouveau regard sur les terres agricoles éloignées du bord de mer et que nous boudions jusqu'alors lors de nos expéditions.

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Sur une aire d'autoroute au niveau de Valence, nous sommes témoins d'un spectacle sublime. Deux circaètes Jean-Leblanc (Circætus gallicus) sont en pleine chasse à quelques dizaines de mètres de nous. Immense rapace d'1,80 mètre pour les plus grands, il se nourrie presque exclusivement de reptiles et en particulier de serpents.

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De nombreux fruits se trouvent au pied de la falaise de Liou, ce qui fait le bonheur des passereaux. Les ronces (Rubus sp.) mais aussi les amélanchiers à feuilles ovales (Amelanchier ovalis) et les pommiers sauvages (Malus sylvestris) sont une grande source de nourriture pour ces derniers. Nous ne verrons pas le vautour percnoptère (Neophron percnopterus) tant espéré mais des dizaines de martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba). Les faucons crécerelles (Falco tinnunculus) feront même une timide apparition.

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Des éclairs bleus traversent le ciel. Il ne s'agit pas des guêpiers mais d'un oiseau que nous croisons pour la première fois, le rollier d'Europe (Coracias garrulus). Cet oiseau turquoise au vol léger est un insectivore qui s'attaque aux gros insectes. Migrateur, on le rencontre uniquement dans le sud de la France où pendant l'été, il éleve ses petits le plus souvent abrités dans une cavité de pic, toujours entre 5 et 10 mètres de haut.

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Le promontoire rocheux regorge de papillons et en particulier de silènes (Brintesia crice), un lépidoptère reconnaissable à ses grandes ocelles noires et à ses ailes brunes. Sa chenille se nourrie essentiellement de poacées, anciennement appelées graminées. L'adulte se rencontre dans les milieux herbeux secs, de préférence dans la moitié sud du pays, parfois plus haut mais toujours éloigné des zones côtières.

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Changement de décor, nous voilà désormais au jardin de Gaston, du côté de la Crau. Arboretum et jardin de ville, le lieu est aussi connu pour sa collection d'oiseaux où les espèces sauvages et d'ornement se croisent. Nous pensions naïvement faire fasse à des oiseaux indigènes mais les nombreuses bagues vertes aux pattes des animaux nous ont indiqué que nous étions dans l'erreur, nous créant ainsi quelques fausses joies. Au milieu de la grande étendue d'eau, un couple de poules d'eau (Gallinula chloropus) se relaie pour couver. Le nid fait de branches glanées ici et là accueille les cinq petites têtes rouges des poussins qui viennent tout juste de naître. Nidifuges, il ne leur faudra moins d'une heure pour se jeter à l'eau et suivre leurs parents, histoire d'attendre que tout le monde soit sortie de son oeuf, ait eu le temps de se sécher et de faire connaissance avec le reste de la famille. Ils seront autonomes dans 3 à 6 semaines.

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Coup d'arrêt, un eider à duvet (Somateria mollissima) fait son apparition, un beau mâle en plumage post nuptial. Nous en avons les yeux brillants, nous qui depuis plusieurs jours suivons les observations de deux individus du côté de Nice depuis nos téléphones. Seulement voilà, celui-ci est bagué et en partie plumé pour ne pas quitter le plan d'eau. Il faudra donc encore attendre pour voir notre premier eider sauvage.

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Sur la berge creusée par l'eau, une tortue de Floride (Trachemys scripta elegans) prend un bain de soleil avant de rejoindre ses congénères dans l'étang. On l'a nomme également tortue à tempes rouges en raison de ce signe distinctif qui permet de ne pas la confondre avec les autres trotues nord américaines car oui, la belle n'est pas originaire de nos latitudes ce qui cause bien du tord à notre faune autochtone.

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Un fuligule morillon (Aythya fuligula) mâle barbotte tranquillement à proximité. Lui aussi porte à la patte une bague indiquant qu'il s'agit d'un animal de captivité. Nous avons l'habitude de croiser cet oiseau, mais plutôt en période hivernale où il se rassemble sur les étangs de Miribel et du parc de la Tête d'Or en petits groupes, souvent mêlé à d'autres canards. Chose surprenante, l'espèce peut être chassée dans certains territoires français mais est interdite à la vente. Il pourrait alors s'agir ici d'un hybride, qui n'est pas soumis à la même réglementation.

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Changement de paysage, nous partons pour les portes de la Camargue, non sans avant tomber sur un site remarquable. En bord de nationale, enclavé entre des entrepôts industrielles, une vieille gare et la rivière, un champ. Les jeunes pousses de la culture sont immergées de moitié, piégeant les insectes non volant au sommet des feuilles. C'est l'occasion rêvée pour de nombreux oiseaux de venir se nourrir sans le moindre effort.

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Ce sont là des centaines de volatiles qui ne sont perturbés dans leur recherche de nourriture que par le passage bref d'une buse variable (Buteo buteo). Des goélands (Larius sp.), des mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus), des choucas des tours (Coloeus monedula), des étourneaux sansonnet (Sturnus vulgaris) et quelques corneilles noires (Corvus corone) sont affairés à se remplir le ventre. Une telle diversité d'espèces et un si grand nombre d'animaux laisse penser sans grand doute que la nourriture est plus qu'abondante.

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Nous voilà arrivés à la réserve naturelle nationale des Marais du Vigueirat, sur un coup de tête et après avoir croisé un panneau indiquant le site au détour d'une route de campagne. Sur place, on nous indique que la saison et l'heure ne sont pas les meilleurs pour croiser les oiseaux. En effet il fait chaud et la majeure partie des étangs est à sec. Qu'importe, nous sommes là pour découvrir le site.

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Première belle surprise, les cistudes d'Europe (Emys orbicularis). Ces tortues d'eau douce, indigènes en France, sont rares et difficiles à observer d'ordinaire. C'est la troisième fois que nous la crooisons cet été mais jsuqu'alors nous n'avions jamais pu la voir de si près. Inféodées aux eaux boueuses, elle se nourrie principalement de petits animaux mais peut également se tourner vers les végétaux tendres et les charognes pour complémenter son alimentation. Pour distinguer les sexes des individus, rien de plus simple, là où les jeunes et les femelles ont les yeux jaunes, les mâles les ont rouges.

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Depuis l'observatoire en restauration, nous admirons dans le loin une myriade d'oiseaux colorés et de grande taille sans pouvoir leur donnent de nom. Une troupe de hérons gardes-boeufs (Bubulcus ibis) vient suivre les chevaux camarguais qui entre dans notre champ de vision pour se nourrir des insectes que les pas des équidés font s'envoler dans l'air chaud et poussiéreux. C'est l'heure pour nous de rejoindre la visite guidée du marais.

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Arrivés dans le coeur de réserve, nous faisons la découverte de dizaines d'espèces. L'endroit est fantastique et accessible seulement sur autorisation comme c'est le cas pour cette visite guidée. Au loin, les flamants roses se nourrissent en fouillant la vase (Phoenicopterus roseus). Le passage d'un circaète Jean Leblanc croisé plus tôt sur la Crau fait lever la plus part des oiseaux qui ne mettront que peu de temps à revenir se poser sur l'étang.

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Dans le ciel, les cigognes blanches (Ciconia ciconia) font des passages remarqués et remarquables mais c'est leur cousine qui attire notre attention. Au loin, une cigogne noire (Ciconia nigra) s'élève dans les airs. Oiseau solitaire et rarissime, nous le voyons pour la première fois, autant dire que notre émotion est grande. Celle-ci est renforcé par l'observation d'une sarcelle marbrée (Marmaronetta angustirostris), petit canard présent uniquement en Espagne. C'est le premier signalement de l'espèce en France pour l'année en France, et nous sommes pas peu fiers de pouvoir ajouter cette observation à notre liste de nouvelles coches.

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Prenons le temps de poser les yeux au sol. La satice commune (Limonium vulgare) forme de grands tapis roses. Appelée lavande de mer bien qu'elle n'en soit pas une, elle a pour particularité d'exuder le sel contenu dans le sol et l'eau où elle puise de quoi se nourrir. Ce sel se retrouve au revers des feuilles qui, comestibles permettent de confectionner de délicieuses salades sauvages.

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Protégée par endroits, le pâturage, la cueillette et la bétonisation des côtes sont les trois principales menaces qui repose sur cette fleur. Aimant les pré-salés, l'irrigation et la désalinisation des sols pour créer de nouveaux espaces agricoles posent également problème dans le bon maintient de ses populations. On la trouve d'ailleurs sur une grande partie des côtes françaises mais aussi dans le bassin méditerranéen et même en Europe du Nord, jusqu'en Suède. Son nom scientifique est inspiré du grec "Leimon" qui désigne les prairies humides dans lesquelles bon nombre des espèces de satices se développent.

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Autre espèce halophile (qui se développe dans des milieux riches en sel), la salicorne d'Europe (Salicornia europaea). Les jeunes pousses sont bien connues en cuisine. Elles peuvent être cuisinées à la vapeur, blanchies comme des épinards, comme des cornichons au vinaigre ou plus simplement sautées à la poêle. Le site dans lequel nous nous trouvons étant une réserve, il est bien sûr hors de question de les récolter.

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Fouillant la vase, des mouettes rieuses (Chroicocephalus ridibundus), des échasses blanches (Himantopus himantopus), des chevaliers cul-blanc (Tringa ochropus), des chevaliers gambettes (Tringa totanus), des chevaliers guignettes (Actitis hypoleucos) et des chevaliers sylvains (Tringa glareola), une bécasse des marais (Gallinago gallinago) et bien d'autres oiseaux se mêlent et se chamaillent joyeusement dans un grand brouhaha. Dans notre observatoire, nous ne bougeons pas, subjugués par le spectacle.

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Changement d'étang. Nous sommes accueillis par un jeune crabier chevelu (Ardeola ralloides). Là aussi c'est la première fois que nous en observons un de si près. Face à nous, une île ou pas moins de 70 spatules blanches (Platalea leucorodia) prennent du repos. Elles sont entourées d'une colonie de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) nichant là depuis 2-3 ans. Les ibis facinelles (Plegadis falcinellus) complètent le tableau. 

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Arrêt à Marseille, devant un bon plat traditionnel. Voilà de quoi reprendre nos esprits. Nous avons vécu une journée très folle, et bien qu'il ne s'agisse que d'animaux et de plantes, le plaisir de faire de nouvelles découvertes, de voir pour la première fois des espèces aussi bien communes que rares et de prendre le temps d'observer la nature nous met toujours autant en joie. Il nous reste encore temps à découvrir ! 

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Pour finir le séjour, petit saut par les Calanques, avec une superbe vue sur la baie des singes. Sur la roche, pousse la criste marine (Crithmum maritimum).  Comestible, elle possède elle aussi un goût proche de l'anis et légèrement salé. Cependant on prendra bien garde à respecter les règles de récolte, l'espèce étant protégée par endroit et/ou soumise à la réglementation pour ce qui est de sa cueillette.

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Poussant en buissons haut de 20 à 50 centimètres, sa floraison n'attire pas l'oeil au premier abord, ses fleurs vertes se confondant avec ses feuilles charnues. Résistant aux embruns salés, elle ne connaît que peu de concurrence sur les affleurements rocheux et les falaises où elle se développe, du fait qu'elle figure parmi les rares plantes à supporter les assauts des vagues. Cela lui a valu le surnom de perce-pierre, même si par endroit elle est connue comme fenouil de mer en raison de sa saveur.

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Toujours pour rester dans les comestibles, voici le diplotaxis à feuilles étroites (Diplotaxis tenuifolia) reconnaissable à ses feuilles découpées et à sa floraison jaune. On la nome également roquette sauvage ou roquette jaune, elle n'est pas du meêm genre que la roquette (Eruca sativa) mais appartiennent à la même famille, celle des brassicacées au même titre que les choux, la moutarde, les radis, les giroflées ou encore le colza.

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Nous regardons les voiliers se laisser porter par le vent et les bateaux de traversée partir pour la Corse. C'est le moment de prendre le large mais cette fois-ci dans le sens inverse, en direction de la vallée du Rhône, des gris vignobles et de l'herbe jaunie qui parsème les coteaux. L'automne se fait sentir avec une pointe d'été dans les températures. La migration bien avancée ne serait nous faire oublier que c'est le moment de rejoindre notre logis.

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samedi 21 septembre 2019

Sortie en montagne 25 : les Écrins.

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L'été est là, c'est le moment des grandes explorations en montagne. Nous voilà partis pour 3 jours dans les Écrins, 3 jours sur les lieux que j'ai connu il y a 9 ans de cela et que j'avais à coeur de faire découvrir à mon bien-aimé, pour y graver là des souvenirs indélébiles. Nous n'avons pas été déçus, le voyage fût fabuleux et nous avons pu découvrir une multitude d'espèces. Arrivés peu avant la tombée de nuit, quatre chamois (Rupicapra rupicapra) nous accueillent de leur silhouette, un moment magique et unique qui se renouvellera le soir suivant. 

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Visite du village peu avant manger. L'église de Villar d'Arêne, commune où nous logeons est sur le point de s'effondrer en raison de malfaçons. De larges fissures lézardes les murs, mettant à nu les fossiles des pavés de calcaire qui la composent. L'entrée toujours ouverte, sert de reposoir à une hirondelle rustique (Hirundo rustica) pour la nuit.

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Une autre hirondelle peuple le hameau, l'hirondelle des rochers, une espèce des falaises au plumage terne qui se plaît aussi sur les habitations qui offrent de nombreuses failles et recoins et où, les oiseaux peuvent y installer leur nid fait de boue, d'herbes et de salive. À la différence des hirondelles rustiques, elle n'a pas besoin de s'engouffrer plus en profondeur dans les greniers et dans les granges. Insectivore elle aussi, elle chasse les moucherons, les moustiques et les petits insectes volants très présents dans le coin en raison des nombreuses étables qui se trouvent autour du village et des champs de pâtures où bon nombres arthropodes se développent.

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Nous arrivons au sommet du col du Lautaret, à 2085 mètres d'altitude. Nous sommes accueillis au point culminant par une bergeronnette grise (Motacilla alba) en chasse dans la prairie fleurie. Très souvent liée à l'eau, elle semble tirer profit ici des nombreux ruisseaux montagnards. Énergique, on la reconnaît comme toutes les bergeronnettes aux soubresauts incessants de sa queue quand elle est posée au sol et à son vol onduleux.

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Une belle surprise nous attendait aux abords du jardin alpin, la polémoine bleue (Polemonium carerulum). Inconnue dans les Hautes-Alpes, celle-ci s'est échappée des collections botaniques. Protégée nationalement, elle est extrêmement rare mais doit être désherbée localement.

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Il arrive ça et là que certains plants soient entièrement blancs, un peu comme chez la bourrache. D'ordinaire, la plante se rencontre dans les prairies et fonds de vallées humides jusqu'à 2000 mètres d'altitude dans les régions de l'Alsace, du Massif Jurassien ou encore du Cantal et de la Haute-Garonne. Elle est parfois appelée valériane grecque en raison de ses feuilles un peu similaire, elle n'est pas native de Grèce et elle n'appartient pas à la famille des Valérinanacées mais à celle des des Polemiacées au même titre que les phlox, beaucoup plus connus. On compte 27 espèces de polémoines dont, d'après mes recherches, une seule espèce serait présente en France, la fameuse polémoine bleue que voici.

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Moment d'émotion, un vautour fauve (Gys fulvus) nous survole. Nous en verrons pas loin d'une quarantaine pendant notre séjour. Ce matin là, nous sommes chanceux, les rapaces ayant plutôt l'habitude de s'élever dans les airs depuis le plateau voisin. Par trois, puis par dix et au final, par trente, ils ont tranquillement pris les courants d'air chaud pour partir à la recherche de leur nourriture. Nécrophage, leur rôle est essentiel.

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En débarrassant les montagnes des carcasses d'animaux morts, ils jouent aux éboueurs, empêchant l'apparition de zoonoses (épidémies du bétail) et la pollution organique des points d'eau potables. Cependant ces animaux protégés sont encore accusés de nombreux actes et maux dont ils ne peuvent être à l'oeuvre. Les préjugés ont la vie dure, on peut lire ça est là qu'ils capturent des animaux encore vivants, chose dont ils sont incapables du fait de leur pattes et serres trop peu puissantes. On peut aussi entendre qu'ils effrayent volontairement le bétail pour le précipiter dans le vide ou qu'ils peuvent en vol venir prélever des lambeaux de chair sur les promeneurs ... ces idées infondées et fausses ont conduit à l'éradication de ces animaux de nos montagnes, et de même pour les trois autres vautours français. Revenant peu à peu mais encore menacés, la sensibilisation semble être désormais la meilleure arme pour que ces oiseaux majestueux puissent continuer à faire partie de notre patrimoine. Les mentalités changent, et des placettes de nourrissage voies le jour sous l'impulsions des agriculteurs et des naturalistes. Remplaçant les équarrisseurs, elles permettent aux oiseaux de se nourrir, aux exploitants de gérer les pertes à moindre coûts et aux villes de maintenir la sécurité sanitaire.

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Si le jardin alpin du col du Lautaret est si connu, c'est d'une part pour son emplacement et la longévité (120 ans!), mais d'autre part, pour les espèces rares et exceptionnelles qu'il acceuille. Ci-dessus, je vous propose de découvrir de gauche à droite 4 fleurs hors normes qui font bien souvent le bonheur des visiteurs. 1 : Le mulinum épineux (Mulinum spinosum) est une espèce d'Amérique du Sud, épineuse mais prisée pour le bétail en raison du goût particulier qu'il donne à la viande, surtout chez les lapins. On la nomme localement neneo 2 : Le pavot bleu de l'Himalaya (Meconopsis betonicifolia), une espèce très rare et qu'ont ne peut voir que dans 10 à 15 jardins en Europes. Son succès tient à sa couleur si particulière. 3 : L'iris de Sibérie (Iris sibirica) est une espèce résistant à des températures artiques. 4 : La primevère à fleurs d'un seul côté (Primula secundiflora) porte peut être le nom vernaculaire le plus long parmi toutes les espèces présentées.

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Pour finir cette visite, voici deux petits passereaux communs aussi bien en plaine qu'en montagne, granivores et qui tirent profit des nombreux arbres à graines et conifères plantés il y a des dizaines d'années de cela. À gauche, un chardonneret élégant (Carduelis carduelis) posé sur un pin à crochet (Pinus uncinata) observant les visiteurs. À droite, un pinson des arbres (Fringilla coelebs) dans la même position et tout aussi curieux.

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Nous quittons les sentiers battus pour en rejoindre d'autres, ceux de la montagne pour une randonnée calme mais riche, à la découverte du lac du Pontet et de l'Aiguillon. La boucle fait un peu plus de 3,8 kilomètres et le dénivelé approche les 500 mètre, rien de très compliqué en somme, mais comme toujours, quand on a l'appareil photo en main et les jumelles autour du coup, les minutes peuvent vite devenir des heures.

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La grande astrance (Astrantia major) figure parmi les plus belles fleurs de nos montagnes. Fine, délicate, gracile ... bien des adjectifs peuvent lui être attribués. On la reconnaît à ses fleurs blanches et violines, perchées sur des tiges hautes de 30 à 90 centimètres. D'ordinaire présente dans les zones ombragées voire en limite de bois, elle pousse ici en prairie bien exposée, mais très humide. Leur floraison prolongée égaie les jardins anciens.

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) présente des pétales violacés, parfois roses ou blancs, au nombre de 4 ce qui la différencie d'autres espèces très proches ayant 5 pétales. Elle présente un port érigé mais reste petite.

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Bien que subalpine voire alpine, on peut la rencontrer de juin à septembre dans d'autres milieux, notamment en Bretagne où elle est protégée. En général, c'est entre 1000 mètres et 2700 mètres d'altitude ce qui en fait en France une des championnes de nos massifs. Elle aime les sols acides et neutres, ce qui en fait un indicateur précieux. Néanmoins la littérature scientifique l'indique comme bio-indicatrice des milieux calcicoles. Bisannuelle le plus souvent, elle fût utilisée par le passé pour aromatiser la bière et les liqueurs, surtout dans les pays de l'Est, et pu être utilisée comme légume en cas de famine. Cependant son goût très amer ne permet pas d'en faire un aliment du quotidien.

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Dans l'herbe, des belles des champs. Parmi elles, des orchidées, et d'autres qui leur ressemble sans en être. Toujours de gauche à droite. 1 : L'orchis vanille (Gymnadenia nigra subsp. rhellicani), à l'odeur si douce et puissante. 2 : Une fleur plus discrète, la renouée vivipare (Bistorta vivipara) que je redécouvre cette année. 3 : une seconde orchidée, l'orchis globulaire (Traunsteinera globosa). 4 : L'épiaire hérissée (Betonica hirsuta), dont les fleurs en pompons roses me charme toujours. Plante de montagne, on l'identifie à ses feuilles velues.

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Retour de l'hirondelle de rochers (Ptyonoprogne rupestris), qui survole une prairie fleurie à la chasse d'insectes au-dessus de nos têtes. Sa reconnaissance est aisée, son dos gris brun, son ventre et le dessous de ses ailes blanches, sa queue noire ornée de deux tâches blanches permettent de ne pas se tromper.

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Nous avions pu en voir quelques brins dans le jardin alpin, nous avons cet après-midi la chance de pouvoir en croiser de sauvage. Le génépi jaune (Artemisia glacialis) n'a pas besoin de plus de présentation, sa réputation est déjà faite. Appelé parfois génépi blanc en opposition au génépi noir (Artemisia genipi), il est à l'origine de la délicieuse liqueur du même nom. Sa récolte est très réglementée et certaines espèces sont protégées.

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Une drôle de grenouille dalmatien fait son apparition. La grenouille rousse (Rana temporaria) se confond aisément avec la grenouille agile (Rana dalmatina) mais présente de légères variations et vit en plus haute altitude même si toutes deux partagent certaines zones sur l'hexagone. Celle-ci aborde un paterne un peu inhabituel. En milieu montagnard, le développement des amphibiens est beaucoup plus lent. Les oeufs sont mis en eau aux toutes premières fontes des neiges. Les têtards qui en émergent mettront tout le printemps et tout l'été à devenir grenouillettes ou crapelets, là où en plaine ils mettent d'ordinaire 72 jours grand maximum. Pour en revenir à note grenouille, elle se rencontre surtout dans le nord de la France mais aussi dans nos massifs. Dans les Alpes, elle peut être observer à plus de 2800 mètres d'altitudes, un sacré record pour un animal poïkilotherme, c'est à dire dont la température interne dépend du milieu dans lequel il se trouve.

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Arrivés au sommet, à 2086 mètres d'altitudes. En contre-bas, minuscule, Villar d'Arêne et au loin, dans le creux du vallon, la Grave-La Meije. En face, immenses et écrasants, la Meije et le Bec-de-l'Homme. Le paysage laisse sans voix. Les neiges éternelles ne seront bientôt plus, tout comme les glaciers. Entre ma première arrivée ici à 18 ans et maintenant, il y a 9 ans, ils ont fondu de moitié et je crains qu'à notre prochain séjour ils ne soient plus.

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Autre moment magique, avec le passage de ce grand corbeau (Corvus corax) poursuivit par deux corneilles noires (Corvus corone) inquiètes de le voir s'approcher de leur territoire d'un peu trop près. Immense, avec pas loin d'1,20 mètre d'envergure. Je dois avouer qu'il s'agit là d'un des oiseaux que j'aime le plus et qui, il y a quelques jours de cela, nous a fait la surprise de traverser à deux le jardin familial, nous laissant ébahis. Craint, c'est pourtant un animal inoffensif, peu commun et protégé dont la réputation ne reflète pas le génie de l'oiseau.

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L'edelweiss (Leontopodium nivale subsp. alpinum) est l'étoile de nos montagnes. Rare voire très rare, c'est une des espèces emblématiques des Alpes. Relique de l'époque glacière, elle surprend par ses pétales blancs velus. Ceux-ci sont une défense contre la rudesse du climat et en particulier du soleil qui est si mordant en haute altitude.

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Ceux-ci protège la plante de l'évapotranspiration, mais aussi des UV, du gel et de la gourmandise de certains phytophages. Pour la trouver, il faut scruter les pelouses, les rocailles et les pâturages qu'ils soient calcaires ou schisteux. Néanmoins, il faut se montrer patient. Protégée, c'est une plante qui attire la convoitise mais aussi, qui ne pousse pas sur tous les massifs alpins, d'autant qu'il ne faut pas craindre d'utiliser ses mollets, la fleur poussant entre 1200 et 3000 mètres d'altitude. Aujourd'hui, on en trouve des cultures ça et là dans des exploitations spécialisées. Les brins fleuris sont récoltés pour être utilisés pour aromatiser les liqueurs et les infusions traditionnelles.

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Les machaons (Papilio machaon) sont à la fête, les floraisons battant leur plein là où en vallée, le soleil grille tout. Leurs chenilles sont uniques. De forte taille et reconnaissables à leur couleur verte et leurs tâches noires, elles se nourrissent d'apiacées, que cela soit des fenouils et des persils au jardin ou les grandes berces des fossés. Plusieurs générations, deux à trois, peuvent animer les champs fleuris de mars à septembre jusqu'à 2000 mètres.

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Deux petits oreilles dépassent des bosquets de gentianes jaunes (Gentiana lutea). Voilà une jolie chevrette, une femelle de chevreuil d'Europe (Capreolus capreolus). Ce petit cervidé est commun aime les milieux ouverts pour se nourrir mais favorise les milieux forestiers pour s'habriter. Son principal prédateur, outre le chasseur, est d'ordinaire le lynx boréal (Lynx Lynx), mais celui-ci est quasi-absent en France. Longtemps chassé, disparu puis réintroduit, la principale menace de ce gros félin est le braconnage, accusé souvent de prédater les chevreuils (que certains veulent s'accaparer), pourtant jugés comme trop nombreux, occasionnant des dégâts.

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Le tarier des prés (Saxicola rubetra) fût l'oiseau du week-end. C'est bien simple, à chaque visite, à chaque sortie, à chaque randonnée, il était là. Difficile de de ce fait de passer à côté. Autrefois commun en basse altitude, il s'observe désormais plutôt dans les milieux montagnards.

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C'est un oiseau bio-indicateur des prairies de bonne santé, où les plantes sont très diversifiées et l'entomofaune riche. C'est un oiseau migrateur qui niche en Europe et en Asie et qui retourne à l'hiver en Afrique pour profiter de l'abondance d'insectes. On connaît encore mal les déplacements et le mode de vie de ce petit passereau, et bien qu'il ne soit pas encore considéré menacé, bien des éléments sont alarmants. Baisse de l'effectif de 90% en Alsace, quasi-disparition des plaines françaises et fort échec des nichés (nids au sol), il est temps d'agir. La disparition des insectes, la fauche et le pâturage intensif, la transformation des plaines alluviales en culture arboricole et la disparition des jachères mettent à mal le tarier des prés.

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Les patous veillent au grain, les loups et les chiens n'ont qu'à bien se tenir. Ici les moutons passent la journée en alpage, dans des parcs électrifiés sous la surveillance de leur chien de garde, puis regagnent à l'arrivée du soir la bergerie, toujours accompagné de leur veilleur. Ce dernier rejoint le troupeau encore chiot pour s'identifier au mieux à brebis qui deviennent alors ses mères de substitution. Il restera alors en tout temps avec elles.

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Fin de ballade, retour à l'hotel-restaurant du Faranchin, qui en plus de donner une très belle vue, apporte un calme bienvenue et offre des plats délicieux. Quel étrange sentiment d'arpenter ces sentiers qui n'ont pas changés. Il n'en est pas de même pour la montagne. Rongée, fatiguée, elle perd à grande vitesse son manteau blanc.

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Levé tardif, il fait bon de passer une nuit, bercés par les bruits des animaux nocturnes. Passage rapide à La Grave - La Meije. Objectif : observer les fossiles de l'église locale, chercher les traces du tichodrome échelette (Tichodroma muraria), un oiseau incroyable que nosu rêvons de voir et qui l'hiver, vient régulièrement sur les murs de l'édifice.

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Certes, nous ne verrons pas le tichodrome, mais nous aurons la chance de tomber sur de très nombreux nids d'hirdonelles des rochers. Équipés d'un téléphone avec l'application NaturaList, pendant du site Faune-France, nous avons pu nous adonner à un de nos passe-temps préférés, cartographier et indiquer le nombre d'individus et de nids que nous croisions. Voilà de quoi nous mettre en jambe pour arpenter les hauts sommets même si la machinerie humaine nous a bien aidée ce jour-là, quitte à nous promettre d'entreprendre l'assencion à pied l'an prochain. Nous verrons si la promesse est tenue.

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Loué soit le téléphérique de La Meije ! L'assencion se fait en deux temps, une première descente à 2400 mètres puis une seconde à 3200 mètres, chaque tronçon étant sensiblement le même. Amateurs du vide, c'est votre instant, la vue étant imprenable sur les montagne. Dans les petites cabines colorées, il nous a été possible d'observer un faucon crécerelle, des rouges-queues noirs, des niverolles alpines et même des chamois.

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Arrêt à 2400 mètres. L'acceuil se fait par des bouquets d'asters des Alpes (Aster alpinus). Poussant sur des sols rocailleux, elles font figure d'emblême des montagnes au même titre que les edelweiss. Sa floraison estivale et sa rusticité lui ont valu sa culture et sa démocratisation dans les jardins de plaine et des grands parcs.

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Étonnant non ? Un lac ou plutôt un étang artificiel a été créer il y a quelques années, il permet de jouird'une pièce d'eau dont le reflet agît comme un miroir et reflète avec grâce le glacier d'en face. Dans l'eau, des truites d'élevage, un ajout que je trouve pour ma part un peu dommage car absolument pas nécessaire au lieu qui se suffit à lui même. Des agrès, des hamacs, un terrain de bois pour les VTT et du mobilier complètes l'ensemble.

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Elles étaient là, les grassettes communes (Pinguicula vulgaris), des plantes carnivores dont les feuilles sont des pièges mortels pour les petits insectes. Couvertes de poils gluants, odorants et sensibles, celles-ci se referment à la moindre goutte d'urée détectée sur les arthropodes maladroits et inattentifs. Ils apportent aux plantes tous les éléments nutritifs absents dans les sols où elles poussent, sols bien souvent pauvres en nutriments.

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Les espèces nouvelles sont encore nombreuses ce jour-là, aussi bien pour le végétal que pour les animaux. Nous croisons quelques niverolles alpines (Montifringilla nivalis), véritables moineaux des neiges qui sautillent de rocher en rocher. Quelques venturons montagnards (Carduelis citrinella) sont de la partie aussi, pour notre plus grand plaisir, ces oiseaux ne s'étant présenter à nous 4 ans auparavant dans le Vaucluse, au mont Ventoux.

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Arrivée à 3200 mètres, nous posons le pied sur l'un des plus belles montagnes des Alpes. Nous ne serons jamais, je pense, suffisamment prêts et équipés pour en gravir le sommet mais la vue nous suffit amplement. Le thermostat est bas, et s'il n'est pas à 0°C même s'il s'en rapproche.

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Pause de midi, au menu tartiflette, il faut bien honorer les traditions locales bien que ce plat soit relativement récent. Sa création daterait des années 1960, en faisant une spécialité montagnarde depuis peu. Depuis la terrasse, nous observons le Grand Pic, trophée de bien des alpinistes des quatre coins du globe. Il s'agit ici de l'une des ascensions les plus difficiles d'Europe, aucun des itinéraires existant n'étant simples. Nous ne nous lassons pas du paysage, et le bain de soleil est au programme. De là-haut, le Râteau, grand plateau d'alpage, s'étend de tout son long. Nous n'y verrons pas les vautours fauves qui font notre bonheur mais de nouveaux les grands corbeaux ainsi que quelques chocards à bec jaune (Pyrrhocorax graculus), nos mascottes quand nous nous trouvons en Chartreuse. Ils tirent profit de la générosité des clients du restaurant d'altitude.

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Voici la reine du sommet, la linaire des Alpes (Linaria alpina) aux couleurs éclatantes appelée parfois muflier des Alpes bien qu'elle n'en soit pas un. Ne poussant que dans les grands massifs (à l'exception des Pyrénées, du Jura et en Bourgogne), ont la trouve ça et là en Europe central et du Sud. Elle ne se plaît que dans les milieux très pauvres, la caillasse et les pierriers, sous des climats arides voire hostiles. Elle ne craint ni la neige, ni le gel.

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C'est sur ces images et la visite de la grotte de glace que nous terminons notre week-end. Il n'y a pas à dire, les montagnes nous appellent et bien que nous ne soyons pas des alpinistes dans l'âme, nous ne pouvons nous empêcher de monter au plus près des sommets. Notre pallette s'est aggrandie, désormais les oiseaux ont une belle part dans nos découvertes à côté des fleurs. Vivement les prochaines sorties dans de nouveaux massifs.

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dimanche 15 septembre 2019

Sortie en marais 14 : le lac du Ronzey.

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Visite du lac du Ronzey dans lequel l'Yzeron, cours d'eau qui termine sa course dans le Rhône et qui passe juste sous notre fenêtre. S'étendant sur plus de 3 hectares, il n'est pas très ancien, sa création remonte à 1982. Il est avant tout un lac de plaisance pour les habitants du coin mais aussi les citadins quittant la tristesse de la ville. Néanmoins, il est rapidement devenu un refuge pour la faune. Les hauts conifères d'ornements qui le bordent sont même un abri pour les chouettes dont certaines ont laissé ça et là quelques plumes et pelotes de réjection.

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Dans l'herbe verte tendre, là où bien des familles et des amoureux viennent pique-niquer, poussent mille et unes merveilles. Les fleurs du sureau noir (Sambucus nigra) nous apportèrent pour les jours à venir une délicieuse limonade. Une partie des inflorescences séchées rejoindront les tisanes de l'hiver. Retournés en août sur place, nous avons pu des baies faire une délicieuse gelée consommée en tartines ou dilluée dans de l'eau chaude.

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Ce jour là ce ne sont pas les fruits sucrés du sureau qui font notre joie, mais des marasmes des Oréades (Marasmius  oreades) appelés par endroits mousserons bien qu'ils n'en soient pas. La confusion est aisée avec d'autres champignons des prés toxiques voire mortels, mais leur pied élastique, leur odeur et leur chapeau mamelonné ne trompent pas. Pour la petite histoire, les Oréades sont des nymphes de la mythologie grecques associées aux grottes et montagnes, peut être est-ce dans ce dernier élément que le lien entre le champignons et ces divinités peut être fait. Autre belle surprise, deux agarics des jachères (Agaricus arvensis) appelés aussi boules-de-neiges en raison de leur forme complètent notre panier et notre omelette du soir bien qu'un peu véreux.

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Le rubanier d'eau (Sparganium erectum) est une plante semi-aquatique dont les feuillages immergés forment de grands herbiers dans lesquels les poissons, les insectes et les amphibiens viennent pondre et s'habriter. Dans les milieux lacustres et humides faits d'eau douce, le rubanier joue un rôle important en permettant la stabilisation de sédiments, leur dépôt, l'oxygénation de l'eau ou encore, la dépollution de certains éléments chimiques d'origine anthropique. Les inflorescences se nomment capitules. Les capitules mâles sont plus petits et verts, ceux femelles sont de larges pompons, blancs et jaunes à leur extrémité. Les deux sexes se trouve sur un même plant.

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Petit crapelet deviendra grand. Ici il pourrait s'agir d'un bébé crapaud commun (Bufo bufo). Ayant perdu ses attributs de têtard, il quitte l'étang et les mares attenantes à celui-ci pour regagner la forêt. Il y restera pas moins de 3 ans avant de retourner à l'eau pour se reproduire. Celui-ci a été sortie de la route par nos soins. Les amphibiens sont des animaux protégés et très fragiles, ils ne doivent être manipulés qu'en cas de danger et toujours avec es mains humides pour ne pas abîmer leur peau et éviter que celle-ci soit plus sensible à la transmission de germes. Pour nous humains, la manipulation ne présente aucun danger, il faut juste ne pas prendre l'idée de se frotter les yeux ou de se lécher les doigts après l'intervention.

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Petite observation de la cinquantaine de canards colverts (Anas platyrhynchos) qui peuplent le lieu et qui laissent une multitude de plumes sur les berges pour mon plus grand bonheur. Retour à Oullins, là aussi nous avons nos canards colverts, juste sous nos fenêtres, mais aussi les klaxonnes, les pots d'échappement, le goudron et les crises de nerfs. En sommes, c'est un coin à connaître et à investir passé 19h pour plus de tranquillité.

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dimanche 8 septembre 2019

Congrès national de la LPO - 2019

Photo Bastien le soir au muséum de la Rochelle

Une photo pour mille mots. Nous étions à la toute fin du mois de juin non loin de la Rochelle pour participer au Congrés National de la LPO pour son édition 2019. Nous n'étions pas là sous la bannière du salariat mais du bénévolat, comme membres du groupe jeunes LPO Rhône qui depuis décembre anime notre quotidien. Au programme, une journée dense rythmée par la rencontre des différents représentants des autres groupes jeunes du territoire (pas moins de 7 sur les 12 connus), par la mise en commun de nos attentes et de nos objectifs et par la réalisation d'actions communes. Nous avons également participé aux temps de réflexion sur les grandes thématiques de l'association et pu découvrir la faune et la flore de la côté atlantique. Un programme passionnant.

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Première journée, levé à 5 heures du matin. Nous partons à la réserve naturelle nationale qui se trouve non loin de là, celle du Marais d'Yves. L'objectif alors est d'observer les oiseaux limicoles et les migrateurs qui trouvent refuge ici. C'est pour nous un moment exceptionnel, nous voyons là nos premières barges à queue noire (Limosa limosa) et nos premiers grands gravelots (Charadrius hiaticula). La pluralité de milieux, qu'ils soient lagunaires, de dunes, arborés ou de mares saumâtres, permet aux échassiers de trouver une nourriture variée. S'ajoute à cela la marée qui apporte chaque jour la laissée de mer riche en reste d'animaux et de végétaux, dont une myriade d'invertébrés se nourrissent, devenant à leur tour le repas du jour. Nous sommes une petite dizaine, tous équipés de jumelles, le longues-vues et de guides d'identifications. Nous sommes prêts et motivés pour arpenter la plage à la recherche des premiers oiseaux du matin si attendus.

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Les yeux sont petits voire, encore clos par moments. Pourtant le spectacle est là. Derrière une butté de sable où quelques lapins de garenne  (Oryctolagus cuniculus) prennent plaisir à grignotter les herbes sèches, le ballet des oiseaux débute. Ca piaille dans tous les sens et des nuées de piafs quittent leur refuge nocturne pour partir en direction de la mer pour sonder la vase à la recherche de leur pitance quotidienne.

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Le hanneton foulon (Polyphylla fullo) est une toute nouvelle espèce pour nous. Elle ne va pas sans me faire rire, celle-ci partageant le même nom que celui d'un de mes anciens professeurs d'anthropologie. Il est inféodé aux milieux sableux, les larves se nourrissant de racines là où les adultes affectionnent les jeunes feuilles et plus particulièrement les aiguilles des conifères.

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Ils sont nombreux, les crabes défunts que la mer rejette sur le rivage. Leur carapace est tout aussi vite investie que leur arrivée sur la mer. Des miliers de miniscules mouches, de puces de mer et de crusatcés s'affèrent à tirer profit de ce repas bien tombé. Arrive alors les mouettes et les goélands, qui en quelques coups de becs parviennent à percer la solide carapace et briser les articulations pour faire à leur tour festin. Ne reste alors que quelques bout éparces qui, avec un peu de chance, finiront par former du sable.

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Clape de fin, le soleil est haut dans le ciel, il est temps de retourner en ville pour lancer notre première journée de rencontre, bien que celle-ci est véritable débutée la veille et se soit terminée au petit matin. Un dernier coup d'oeil vers les algues vertes, le large et les gravelots et nous plions bagages pour rejoindre Chataillon-Plage.

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Question : comment concilier l'avis de 35 personnes ? C'est à cela que nous avons répondu pendant ce temps d'échange où nous avons appris à nous connaître, où nous avons découvert le fonctionnement de chaque groupe et où nous avons posé les premières pierres de ce qui, nous l'espèrons, ferra le socle commun des groupes jeunes de la LPO. Les idées fuses, les talents aussi. Néophytes ou connaisseurs confirmés, tout le monde à sa place et son mot à dire. Nous avons certes des orateurs doués pour transmettre nos idées, mais également des profils plus discrets, qui sans avoir nécessairement l'envie de porter la voix, parviennent à faire avancer notre réflexion à pas de géant. Bientôt, nous pourrons présenter à la fois une charte commune, un logo mais aussi une ligne de conduite pour partager les valeurs de notre engagement associatif et naturaliste. 

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La cloche sonne, il est 18 heures. Nous partons sur la plage qui se trouve à 200 mètres de notre séminaire histoire de nous mettre en jambe avant de manger. Le ciel est gris, la mer calme et le thermos indique 21°C. Un vrai bonheur quand on sait que le reste du pays est en alerte canicule et que nous avons roulé 8 heures la veille, serrés à 5 dans la voiture par des températures extérieurs par plus de 42°C. Nous avons alors tout juste le temps de nous initier à une nouvelle clade, celle des cnidaires (Cnidaria) auxquels appartiennent les méduses.

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Deuxième journée, il est l'heure de présenter le bilan et de travailler sur la thématique de la médiation sur la faune sauvage, et plus particulièrement sur les centres de soins. 

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Nous avons cependant le temps d'aller faire un court inventaire dans lequel les moineaux domestiques (Passer domesticus) et les queues de lièvres (Lagurus ovatus) ont une bonne place. C'est là que nous entendrons notre première fauvette mélanocéphale (Sylvia melanocephala) sous les indications d'un des ténors de l'association. La soirée s'achève autours d'un repas partagé et par un spectacle fabuleux autour des oiseaux, évidement, joué par Jean Boucault et Johnny Rasse.

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Dernier jour, départ pour la réserve de l'île de Ré, Lilleau des Niges. Ces marais salants sont habités de centaines d'espèces, dont beaucoup d'oiseaux. C'est là que nous avons pu voir de loin un beau hibou moyen-duc (Asio otus) et notre premier busard des roseaux (Circus aeruginosus), un adulte très mal au point, car le site est connu pour être un site de nidification établit. Outre la faune remarquable, le site est connu pour l'exploitation salinière.

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Derniers moments partagés avant de retourner chacun chez soi. Drôme, Ardèche, Savoie, Rhône, Anjou, Haute Savoie, Auvergne ... sans parler des départements et des régions que j'oublie à la rédaction de ces quelques lignes. Quoi de plus beau que de se découvrir autour d'une passion commune ? Pour beaucoup d'entre-nous, nous avons la joie et la chance de voir une multitude d'espèces pour la première fois, rendant l'instant magique.

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Il est petit, sa gorge est bleue, son sourcil blanc, son chant plaintif et sa renommée grande. Au centre de la photo, un mâle de gorgebleue à miroir (Luscinia svecica). Pour le voir il faut s'armer de patience, et scruter de préférence les buissons où il se pavane, les touffes d'herbes où il niche et les bosquets denses où il chasse les insectes et larves dont il se nourrit. Classé non menacé à l'échelle mondial, il est très rare et protégé en France.

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La centaurée chausse-trappe (Centaurea calcitrapa) ne se laisse pas approcher aisément. Ses longues bractées piquantes, dressées comme des épines la rendent au premier abord peu sympathique et pourtant. Sa floraison violine au coeur de l'été est précieuse pour de nombreux pollinisateurs qui trouvent là une source de nourriture bienvenue. Et que dire alors des entomologistes ? Ils ont là de quoi étancher leur soif de découverte.

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Voici les avocettes élégantes (Recurvirostra avosetta) qui portent si bien leur nom. Ces délicats limicoles prospectent la vase à l'aide de leur long bec recourbé pour saisir les vers, mollusques et crustacés qui y trouvent refuge. Au-dessus de leur tête, les sternes pierregarin (Sterna hirundo), toutes aussi noires et blanches que les avocettes mais à l'épais bec orangé, font de grands plongés dans l'eau. Elles nichent dans la réserve en raison du refuge que présentent les îlots entourés d'eau salé et peuplés pour certains de poissons, leur nourriture principale. Les nids, posés au même sol, sont composés de terre et/ou de galets voire, sont parfois creusés à même le sable. Ils sont férocement protégés des prédateurs et il n'est pas rare de voir une nuée de sternes se lancer à la poursuite d'un faucon crécerelle (Falco tinnunculus) comme nous avons pu le voir ce matin là.

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Photo bombing d'une mouette rieuse (Ichthyaetus melanocephalusdont la tête noire indique qu'il s'agit d'un individu apte à la reproduction. Energique, l'oiseau apprécie les insectes mais ne délaisse pas non plus les poissons et les mollusques. Migrateur, on peut l'observer une grande partie de l'année sur le littoral mais aussi dans les terres. Elle nidifie en grande colonnie au sol, où chaque couple élève entre 2 et 3 poussins.

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Belle tourterelle des bois (Streptopelia turtur), qui fait parler d'elle en raison des autorisations de tirs sur cet oiseau gravement menacé mais dont le conseil d'Etat a autorisé les tirs malgré les faibles effectifs et le rapport alarmant des scientifiques étudiant son cas et sa population. Que dire ? Que notre biodiversité est mal barrée ? Sans doute. Pour en revenir à la bestiole, celle-ci tes migratrice et se trouve sous nos latitudes dès avril.

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La bergeronette des ruisseaux (Motacillia cinerea) nous fait l'honneur de sa présence. Nous sommes habitués à la croiser devant la fenêtre de notre appartement. On la reconnaît à son ventre jaune, son dos et sa tête grise et son sourcil blanc marqué. Le mâle aborde une bavette noire sous le bec ce qui permet son identification aisée. C'est un oiseau des milieux aquatiques, qui aime les insectes et les larves des bords de torrents et des rivières. Migratrice partielle, les osieaux des montagnes et des plaines regagnent à la fin de la nidification les côtes méditerranéennes et d'Afrique du Nord. Cependant, certains individus restent à l'année sur leur territoire, se repprochant des étendues d'eau non gelées et des courts d'eau vifs. Le plus souvent le nid fait de mousse, de crins voire de déchets, est construit dans le trou d'un bâtiment tel un pont ou une digue mais aussi entre les rochers et les racines qui bordent les rives d'une rivière. 4 à 6 poussins y voient le jour.

Fin de congré, retour à Lyon après ces trois jours intenses. Nous avons des images pleins les yeux et beaucoup de projets en tête pour la rentrée du groupe jeunes LPO Rhône qui débutera en septembre. En attendant, c'est weeks-ends escapades et vacances à la découverte de la biodiversité. Le programme de l'été est déjà chargé.

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