samedi 3 novembre 2018

Sortie en montagne 24.

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Au sommet du Pilat

Dans le précédent article, nous nous étions aventurés à son pied en explorant le Pet du Loup. Cette fois-ci c'est au sommet que nous nous attaquons. Le Pilat appartient au Massif Central et se caractérise par la nature acide de son sol et de sa roche mère. De ce fait, la flore que je vous présente dans ce billet et qui en est caractéristique fait son apparition pour la première fois sur le blog.  Cela change quelque peu des espèces que j'ai l'habitude de mettre en lumière dans les "Sorties Montagne", et tiens au fait que cet été nous avons beaucoup visité le massif de la Chartreuse qui lui est de nature calcaire, ce qui favorise les végétaux adaptés aux substrats neutres ou légèrement basiques. Toute fois, on trouve dans l'humus des sapinières cartusiennes et à leurs abords des plantes communes aux deux massifs. Pour en revenir à notre montagne, il faut savoir qu'elle détonne par les climats dominants qui s'y trouvent et qui là aussi, permettent de rencontrer des espèces peu communes dans mes explorations alpines. Si les hauteurs sont animées par un climat montagnard balayé par les vents, la face Ouest est à tendance continentale et celle située à l'Est, à influence méditerranéenne. Autant le dire tout de suite, niveau milieux et habitats, ça détonne. L'agriculture s'est appuyée sur cette spécificité pour se développer. Pastoralisme sur les sommets, sylviculture sur les froides pentes de l'Ouest, viticulture, arboriculture et cultures maraîchères à l'Est, là où le soleil tape le plus fort et où les températures sont les plus douces.

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Pas évident le genre qu'est celui des ronces (Rubus). En botanique on se plaît souvent à dire qu'il y a une espèce de ronce par forêt et je pense de même. Certes on peut aisément différencier la ronce bleue (Rubus caesius) de la ronce à poils glanduleux (Rubus glandulosus) mais de là à pouvoir à mon petit niveau décrire toute la gamme des ronciers, il y a un gouffre. Cependant une chose reste immuable : le plaisir que procure la récolte et la dégustation des fruits qui tâchent tant et colorent les doigts de pourpre.

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Les humains ne sont pas les seuls à aimer ces petites baies sucrées. Merles noirs, muscardins, renards roux ou encore grives musiciennes, c'est un grand nombre d'espèces qui se nourrissent de la ronce. Ces feuilles en particulier font le bonheur  des phasmes et des chenilles comme celles du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi) que j'ai pu présenter il y a quelques jours et qui portent le nom très évocateur d'anneau du Diable. La ronce est très présente dans l'imaginaire collectif, on al retrouve même dans les Disney. Par exemple dans la Belle au bois dormant, elle forme des entraves impénétrables autour du château de la terrible sorcière. Cependant, on ne saurait oublier son rôle bénéfique. Couvrant de son ombre les jeunes plantules des arbres, c'est elle bien souvent qui permet à la forêt de prendre naissance.

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Qu'elles sont belles les dernières campanules (Campanula) de l'année. Elles se distinguent des autres plantes par leurs fleurs bleues à cinq pétales à demi-soudés. Leur nom scientifique Campanula vient du même mot médiéval qui désigne une petite cloche, du fait de leur forme de clochette. Cela explique pourquoi elles sont rattachées à de nombreuses légendes, surtout en Italie, où il est question de clochers et de sonneurs de verpes.

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Connaissez-vous l'airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea subsp. vitis-idaea), l'un des plus célèbres pisse-mémé qu'il soit avec le pissenlit ? J'ai fait l'erreur de la confondre au premier abords avec le raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) que l'on nomme bousserole et qui tout aussi diurétique.

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La distinction se fait entre autre, à partir des feuilles dont les bords sont couverts de petits poils. L'airelle rouge s'étant sur une grande aire géographique, on l'a rencontre aussi bien dans des zones arctiques que tempérées et est présente en Asie, en Europe et en Amérique du Nord. En France elle se plaît dans les collines et massifs acides mais reste rare dans certaines régions comme les Pyrénnées, les Voges et la Normandie (ce ne sont pas les seules). De manière assez générale, elle se plaît sur les sols pauvres, strictement acides et de mi-ombre. De ce fait les tourbières et les flancs des montagnes schisteuses lui conviennent très bien. 

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Bien que très tentante, la récolte de l'airelle rouge ne se fait pas de manière libre et fort heureusement. Certains départements et régions ont mis en place un calendrier et une réglementation visant à préserver les populations de cet arbrisseau qui se fait de plus en plus rare dans les étages collinéens. Un ramassage abusif, l'utilisation d'outils et de techniques inadaptées et le piétinement des plans figurent parmi les causes de sa diminution.

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Côté cuisine, les airelles sont consommées crues en salade et en jus mais aussi infusées. Cuites elles entrent dans la composition de confitures, de sauces pour le gibier et de compotés. Elles peuvent également être distillées pour donner une très bonne eau de vie. Dans l'usage médicinal populaire, le fruit est utilisé pour régler les problèmes de vessie mais aussi utérins. On emploie également à ces fins la teinture mère que l'on tire des feuilles ou de la plante entière, ce qui ne va pas sans impacter les peuplements. C'est également une espèce associée aux maux typiques de ce que l'on appel la vieillerie, du fait de son utilisation pour les problèmes intestinaux et digestifs, les faiblesses osseuses et les défaillances des tissus sanguins comme ceux entourant le coeur.

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Voici un bref aperçu du sommet des Crêtes dominé par la callune commune (Calluna vulgaris). Elle fait bien souvent le bonheur des apiculteurs qui en tirent un délicieux miel. Ici elle compose une partie des pâturages et il arrive régulièrement aux moutons d'en grignoter les jeunes sommités ce qui a pour effet de rajeunir les pieds. À l'instar de certains champignons comme le bolet bai (Imleria badia), elle a la capacité de concentrer certains métaux lourds mais aussi des éléments radioactifs. Pour la petite histoire et l'aspect légendaire, on peut partir du côté de la Bretagne, connue pour ses paysages qui se composent de landes à callune et où, il était de tradition de raconter que la plante jouait un rôle protecteur en chassant les fantômes et les mauvais esprits.

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Une simple sauterelle ? Pas si sûr ! L'identification des orthoptères n'est pas aussi aisée qu'on pourrait le croire. Avec 17 genres et bine plus d'espèces, c'est à la bonne votre pour donner un nom à celle-ci. Cependant on trouve de très bons outils comme cette clé de détermination pour y parvenir.

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Après une petite recherche, il semblerait qu'il s'agisse ici de la dectique verrucivore (Decticus verrucivorus verrucivorus) appelée aussi sauterelle à sabre et qui se trouve, dans le cas présent, dans sa forme verte. Le sobriquet de "verrucivore" viendrait d'une ancienne pratique utilisant cette sauterelle pour se débarrasser des verrues en les faisant mordre par l'insecte puis en les couvrant du suc que celui-ci produit. C'est une espèce appréciant les mosaïques d'habitats, en particulier l'alternance de végétation dense et les zones nues comme les sentiers, les pierriers et les aires d'herbes rases que favorise le pastoralisme même si cette espèce supporte très mal cette pratique. L'individu peu farouche présent sur la photographie est posté sur un myrtiller (Vaccinium myrtillus), une espèces qui accompagne souvent l'airelle rouge et la callune, du fait que ces plantes aient des besoins similaires et appartiennent à la même famille, celle des éricacées.

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Actuellement présente un peu partout en Europe, la dectique verrucivore est en forte régression. En Grande Bretagne elle est même en voie d'extinction et fait l'objet de mesures de protection importantes depuis les années 1990. La disparition de son habitat est l'une des premières causes de l'effondrement de sa population, bien que l'espèce soit ubiquiste (très "adaptable") en se nourrissant aussi bien d'insectes, de larves ou de végétaux. 

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Un couvert de myrtillers, de lichens, et callunes et d'herbes hautes, cela ne va pas sans rappeler les grandes étendues de la Scandinavie avec laquelle notre pays partage bien plus d'espèces végétales qu'on ne le croit, du fait de conditions climatiques similaire entre cette région du monde et une partie de nos montagnes. Néanmoins on ne trouvera au Pilat ni ours, ni boeufs musqués et encore moins de rennes.

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Parmi les gros mammifères qui peuplent les lieux et qui se nourrissent de la végétation locale, on peut citer le chevreuil qui est plutôt forestier mais surtout, les vaches et les moutons qui chaque année montent en estive pour assurer le maintient du milieu. Sans cette intervention les paysages du Pilat seraient bien différents et pour une partie, beaucoup plus forestiers. C'est dans cet environnement que l'on peut aisément apercevoir le renard roux (Vulupes vulupes) tout occupé à se nourrir des fruits de saison. Il reviendra aux premières neiges muloter les rongeurs imprudents réfugiés sous l'épaisse couche de neige.

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Les vents soufflent terriblement fort. Les poacées en sont les premières victimes et finissent par céder face à leur force en se couchant par endroit. Le paysage prend alors des aires de parc américain et on s'attendrait presque à voir débouler un troupeau de bisons (Bison bison) au galop ou d'antilopes américaines (Antilocapra americana).

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Le sommet cumule à 1431 mètres d'altitude et est le point le plus élevé du Crêt de la Perdrix. De là il est possible d'observe la plaine rhodanienne, de voir Vienne, Givor, Saint Etienne, un bout de Lyon et paraît-il, le Mont Ventoux, mais c'est avant tout la vue sur le Rhône qui nous saisie. 

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Une autre des caractéristiques du Mont Pilat réside dans l'abondance de chirats. Typiques du versant nord, ils sont peu nombreux. Ils sont apparus à la toute dernière glaciation et sont le fruit de l'éclatement des roches granitiques sous l'effet du gel. Ils forment un habitat rare, composé de mousses et de lichens, où les reptiles viennent prendre leur bain de soleil. C'est un endroit rêvé pour les herpétologues à la recherche de lézards et de serpents. Emblématiques du territoire, ils figurent  sur le logo du parc régional naturel. D'autres formations géologiques présentent également des pierriers de cette nature, notamment en Ardèche, dans le Puy de Dôme et semble-t-il, au Granier en Savoie (ils sont à dissocier des récents éboulements).

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Je vous en parlais en début d'article, voici la chenille du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi). N'est-elle pas magnifique ? Polyphage, elle se nourrit de feuilles de ronces mais aussi de celles des bruyères et de la callune entre autre. Autant dire que dans la lande elle est tel un coq en pâte. Elle est aussi l'hôte de nombreux parasites, en particulier des larves de certaines guêpes solitaires qui se développent à l'intérieur de la malheureuse.

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La randonnée se termine au chaud à la Jasserie, lieu historique où il fait bon déguster une tarte à la myrtille et un thé. Il faudra désormais attendre le retour des beaux jours, la fonte de la neige qui commence à s'installer et les vacances pour identifier la multitude d'espèces qui composent la végétation du Pilat comme l'alisier blanc, le sorbier des oiseleurs, les genêts, le pin des montagnes, le hêtre, les chênes pubescents et bien sûr les orchidées.

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mercredi 24 octobre 2018

Faune et flore du beaujolais.

 

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C'est me voilà à me coltiner mon premier rhume de l'année. C'est l'occasion de se replonger dans les photographies des derniers jours de l'été. La lumière a été magnifique en particulier pendant les quelques jours où j'ai séjourné dans le Beaujolais vert. Terre de vins, la région s'est relevée être bien plus riche en faune et flore que je ne pouvais le penser et cela, bien que les forêts avoisinantes n'aient rien à voir avec celles de ma belle Chartreuse. Je n'étais pas équipée pour le récolte à laquelle je me suis adonnée tôt le matin, étant dans le coin pour une toute autre raison, il a donc fallu passer par le système D pour ammasser mes premières provisions automnales de graines et de fruits sauvages.

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Le quartier est calme à cette heure, le soleil se lève tout juste. Les murs des habitations sont jaunes et dorés, en raison de la pierre utilisée et qui a valu la réputation du massif rhodanien des Mont d'Or.  Celui-ci se compose de roches jaunes, grises et ocres faites de calcaire fossilifère daté du jurassien moyen (174 à 163 millions d'années).

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Pas de grande faune à l'horizon, seulement quelques oiseaux des champs dissimulés dans les herbes. Les fleurs s'accrochent mais leur maigre corolle ploie déjà sous les rayons du soleil à peine sortis et déjà mordants. Les terres arables mises au repos sont un terrain de jeu parfait pour ceux qui veulent s'exercer aux plantes rudérales, c'est à dire qui poussent dans un milieu impacté par l'homme : bord de route, champs, trottoirs, chemin de fer etc.

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Parmi les rudérales, on peut compter sur les papavéracées dont les pavots. Le plus connu d'entre eux est sans aucun doute le coquelicot (Papaver roheas), appelé pavot rouge. Il fait l'object d'une grande campagne à l'heure actuelle : "Nous voulons des coquelicots" issu du manifeste de Fabrice Nicolino et de François Veillerette et pour cause, la fleur rouge est emblématique de la disparition de la biodiversité à cause de l'emploi à outrance des intrants et des pesticides.

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Se priver du coquelicot et de ses confrères, c'est se priver de nombreuses autres espèces mais aussi d'un patrimoine culturel riche. Saviez-vous que le nom scientifique du coquelicot "Papaver" viendrait semble-t-il du mot issu directement de la culture viking ? Les pétales des pavots dont le coquelicot, étaient écrasés pour donner une bouillie distribuée aux enfants pour les aider à dormir. Cette préparation dans le dialecte de ce peuple du nord était nommée "papa". En France le nom vernaculaire commun "coquelicot" vient de "cocorico" en raison de la ressemblance entre la fleur et la crête du coq, d'ailleur on l'appel encore de manière traditionnelle "pavot coq".

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Après quelques minutes d'affût, une joyeuse bande de faisans de Colchide (Phasianus colchicus) tendent là tête hors des graminées. Pas farouches pour un sous, c'est tout juste s'ils ne s'approchent pas de moi pour vérifier si je n'ai pas de quoi les nourrir. Insatisfaits, ils retournent picorer les graines restées au sol entre les sillons avant de prendre leur envol, apeurés par l'approche d'un gros chat de gouttière.

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Dans les vignes bien d'autres espèces évolues. Grives, lièvres, lapins de garenne, perdrix et perdreaux trouvent refuges au pied des serments de raisin et se régalent des herbes folles qui sur les parcelles les moints traités trouvent quelques rares espaces pour s'exprimer à loisir. Je ne m'étenderai pas plus sur les faisans lâchés pour les besoins de la chasse. Je ne suis pas pro, je ne suis pas anti, je me pose juste énormément de questions non seulement sur l'impact environnemental de cette pratique, mais aussi sur les aspects moraux tant liés au tir de ce type de gibier qu'aux conditions de son élevage.

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Comme je vous le disais un peu plus haut, c'est le moment de se lancer dans la récolte ! Noix, mûres  sauvages, prunes et raisins rejoignent la table à travers de fabuleux desserts faits de coulis, de salades sucrées, de vins, de sirops mais aussi de gâteaux et de tartes qui sont à la couleur de la saison. C'est le meilleur moment pour faire le plein en vitamines, préparer les bocaux pour ne manquer de rien en hiver et oublier pour de bon les régimes.

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Autre fruit de saison, les prunelles issues du prunelier (Prunus spinosa) qui est aussi appelé épine noire. Espèce pionnière, il est courant de la trouver dans les champs en friche, dans les haies et dans les brouissailles.

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Les fruits frais sont très âpres et de ce fait inconsommables crus. Ils sont récoltés traditionnellement blettes pour être consommés tel quel. Pour la cuisine, on peut se passer des premières gelées, en particulier si l'on souhaite confectionner des liqueurs, des confitures ou des confits sucrés-salés au vin rouge. Attention à l'abus de prunelles, celles-ci sont aussi connues comme étant légèrement laxatives, tout comme la décoction de l'écorce du tronc. Des jeunes rameaux on tire aussi le célèbre vin d'épine à boire en apéritif ou en dessert. L'intérêt de cette arbuste ne réside pas uniquement dans son utilisation. Il est l'hôte des chenilles d'une quinzaine d'espèces de papillon, sert de gîte, d'abris et d'arbre nourricier à un grand nombre d'oiseaux et de micrommamifères. Ecologiquement parlant il est d'un intérêt capital pour restaurer les milieux agricoles où l'action de l'homme a pu se montrer destructrice.

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Dans la même famille que le prunelier, celles des rosacées, on trouve l'aubépine monogyne (Crataegus monogyna) appelée épine blanche. Les fruits sont des cenelles, de nature farineuse on les utilise en infusion pour les problèmes cardiaux, pour le stress ou encore pour l'hypertension.

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Portant des fleurs blanches, l'aubépine est associé à la virginité, à la Vierge Marie et au monde des fées. Il n'était pas rare de déposer des offrandes sur ses branches et à ses pieds pour s'attirer les bonnes grâces du petit peuple. On allait jusqu'à offrir des nattes et des tresses de cheveux. Ces dernières ont peu à peu été remplacées par des brioches en forme d'épis et tressées, gourmandises dont on retrouve encore là forme dans nos boulangeries. C'est aussi l'arbre de toutes les greffes qui peut servir de support à de nombreuses espèces comme le poirier, le néflier, le cognassier, le pommier, le prunier,  ou encore le cerisier.

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Le liseron des champs (Convolvulus arvensis) est une plante mal aimée et pourtant fascinante. Le pied de cette photo vit en bord de route, résistant à la chaleur provoquée par la réverbation, aux émanations des pots d'échappement et du goudron, aux pneux des voitures et des tracteurs. Autant de ténacité, ça se salue, d'autant plus que la belle est l'hôte de la chenille d'un magnifique papillon de nuit, le sphinx du liseron (Agrius convolvuli).

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Nous étions il y a peu avec les plantes de fées, nous voilà avec les plantes à sorcières ! Le datura stramoine (Datura stramonium) n'a pas toujours bonne presse. Considéré comme plante invasive, toxique et mortelle, il est souvent recommandé de l'arracher à grand renfort d'huiel de coude.

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Pourtant il est un indicateur précieux pour connaître l'état du sol. Celui-ci se plaît dans les milieux perturbés, inondés, en friche voire pollués mais se contente tout aussi bien de sols sains, c'est donc une de ces pionnières capables d'établir les premiers couverts verts essentiels à la biodiversité. Cependant la belle n'est pas de chez nous, et même si son origine fait encore débat, elle serait native du Mexique et aurait prit l'essort qu'on lui connaît aux alentours du 17e avec les échanges Europe-Amérique. Il n'en fallait pas plus à certains pour la considérer comme invasive, sans tenir compte du fait qu'elle est la conséquence et non la cause des perturbations rencontrées. Nommée "plante parasite" dans les revue spécialisées, la peur des autorités sanitaires réside dans le fait que les graines de sarrasin et de datura sont de même diamètre empêchant la séparation mécanique, le seuil de risque étant statué à une échelle d'une graine de datura pour 10 000 de sarrasin. Cependant l'obligation de maîtriser l'adventisse a été appliquée à la quasi-totalité des autres cultures, avec comme solution principale l'arrache manuel et l'emploie de pesticides dans les tous premiers stades de la plante. Du toxique pour limiter du toxique, brillante idée des pouvoirs publiques. Cependant il ne faut pas amoindrir les risques pour le bétail consommant du maïs d'ensillage et le manque à gagner pour les exploitants.

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Pour rester dans les mal-aimés, voici un superbe reptile fort utile aux cultures et aux jardiniers. La couleuvre verte et jaune (Hierophis viridiflavus) est le serpent indigène le plus long de France avec une taille record pour les femelles de 2 mètres. Inoffensive pour l'homme, elle ne se ferra menaçante que si elle agressée et acculée contre un mur. 

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Pas de panique, la belle ici n'a été importunée que quelques instant le temps d'une ou deux photos. C'est une remarquable chasseresse qui se plaît aussi bien dans les milieux aquatiques qu'arrides et il n'est pas rare de la croiser dans les ronciers. Gourmande, elle se nourrit de lézards, de rongeurs, d'autres serpents et de grenouilles. Comme tous les reptiles français, elle est protégée ce qui n'empêchent pas aux individus de cette espèce de finir sous les coups d'une pelle ou d'un balai. C'est peut être le cas de celle-ci dont la mâchoire est légèrement déformée.

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Partout le constat est le même, ce n'est plus le temps de la récolte des herbes vertes et fraîches mais de leurs graines. Parfois utilisées pour les soins ou la cuisine, elles seront avant tout récoltées pour la mise en semis du futur jardin à travers une grainothèque mais aussi comme matériel pour ma malle pédagogique.

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Quand on voit une chenille poilue, qui plus est noir et marron, on a tendance à crier au danger et à piétiner la malheureuse en argumentant qu'il s'agit d'une chenille processionnaire. Il n'en est rien ici, cette gracieuse et velue créature est la chenille du bombyx de la ronce (Macrothylacia rubi).

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Pas de panique, la manipuler ne provoque pas de réaction urticante, tout au plus un très léger gratouilli chez les plus sensibles. Pour la trouver il faut chercher dans les feuilles des ronciers mais aussi sur celles de la luzerne, du trèfle, des rosiers, des fraisiers ou encore des bruyères car la dame n'est pas difficile et s'acclimate d'un peu près tout ce que la nature lui offre à portée de mandibule. Bel exemple à suivre. Quand elle est repue et après avoir passée l'hiver à l'abris, elle tisse un cocon au niveau du collet des plantes qui furent ses hôtes. En émerge alors en juin un papillon de nuit robuste aux teintes beiges, grises et rosées, le fameux bombyx de la ronce. Dans certaines régions la chenille porte aussi le nom d'anneau du Diable du fait de sa capacité à se mettre en boule quand elle se sent menacée. Un truc poilu, mou, informe et sombre, forcement ça ne pouvait qu'incarner une figure bestiale dans l'imaginaire collectif et maudite ...

Voilà, en pas moins de deux heures, c'est tout un bestiaire qui s'est ouvert à moi. Des arbres protecteurs, des fleurs colorés, des oiseaux peu timides mais surtout, des animaux et des plantes encore mal-aimés aujourd'hui mais au combien importants pour le bon fonctionnement de nos écosystèmes. Leurs noms ne vont pas sans nous évoquer ce mal-amour qui aujourd'hui ne peut plus se justifier. Mauvaises herbes, plantes de sorcière et animaux du Diable, il serait peut être tant de porter sur eux le regard bienveillant qu'ils méritent.

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lundi 15 octobre 2018

Fin d'été au jardin.

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L'été s'en est allé. Les fortes chaleurs ont perduré quelques peu après son départ mais enfin, la pluie et la grisaille sont là pour le plus grand bonheur des mycophiles. Pour autant, il ne faut pas en oublier la belle saison et s'est températures alarmantes qui ont fait prendre conscience un peu tardivement à certains que notre monde ne sera décidément plus comme avant. Sécheresse, dépérissement des semis, bétail qui peine à se nourrir, moissons, vendanges et fenaisons avancées de plusieurs semaines ... le bilan climatique est dramatique. Les plantes et les animaux ont eu la vie rudement menée pendant cette période et déjà, on peut voir les signes avant coureurs de ce que pourrait être nos forêts de demain. Le sapin blanc, sensible aux fortes chaleurs laisse place peu à peu aux chênes et les frênes tendent à disparaître des bordures de fossés pour

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trouver refuge dans les zones humides. Hôtes de nombreuses espèces d'oiseaux et de champignons, il faudra très bientôt se lever tôt le matin pour partir à la recherche du bec croisé et des morilles, le milieu ne leur étant désormais plus favorable. À plus grande échelle, c'est toute la biodiversité qui est impactée et dont on observe la mutation à vitesse grand V, et il y a de quoi prendre peur. J'ai le sentiment d'appartenir à une génération qui assiste inéluctablement au déclin du monde qu'elle connaît pour tendre vers un autre beaucoup moins stable climatiquement parlant. C'est l'une des grandes raisons qui a entraîné dans notre quotidien et nos pratiques des changements radicaux. Les gestes se font différemment, la réflexion aussi et petit à petit nous tendons vers l'autonomie et l'autosuffisance mais le chemin est encore long pour y parvenir.

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Le potager offre ses dernières tomates. Baignées de soleil, elles ont pu profiter des arrosages réguliers et répétés issus de la source qui se trouve dans le jardin. Néanmoins la nappe est basse. Le paillage reste l'un des meilleurs moyens pour limiter la déperdition en eau au plus fort de l'été mais aussi, pour préserver les jeunes plans.

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Un nouveau venu a fait son apparition dans le jardin. Il s'agît de l'hortensia paniculé (Hydrangea paniculata). Présent en Chine, au Japon ou encore en Corée, c'est un arbuste qui dépasse rarement les 2 mètres de haut. Il a pour spécificité de faire des fleurs stériles aux grands tépales blancs qui se teintent petit à petit de rouille.

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Au jardin, le gros roncier sauvage qui pousse sous le sureau donne de plus belle. Cette myriade de mûres terminera non pas dans le gosier des merles noirs mais sur le billot de la cuisine. Un kilo de sucre, de l'eau, une casserole et un peu de patiente suffisent à les transformer en un délicieux sirop au parfum de lisière forestière.

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Les orages de chaleur sont nombreux mais donnent rarement de la pluie. Quand c'est le cas, celle-ci percute le sol avec fracas. Sec, ce dernier a bien du mal à absorber l'eau qui se contente de glisser dans les rainures de la terre avant de rejoindre la rigole en bout de champs et de se jeter dans le ruisseau tout proche qui grossira alors l'Ainan. Long de plusieurs kilomètres, il a permit à la vallée du même nom de rester verdoyante ces derniers mois.

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Les voisins sont en voyage, les veinards ! Nous voilà pour quelques soirs de mission : assurer le bien être des milliers d'escargots de leur élevage. La tâche est beaucoup plus ardue qu'elle ne peut le laisser croire. L'arrosage et le nourrissage n'en sont pas le problème car la technicité de l'opération réside dans l'accomplissement du moindre pas. Une trajectoire mal calculée, peu assurée ou de travers et crac, c'est le drame, une coquille se brise et avec, l'être qui l'abrite. Autant vous dire que nous avons été tout aussi attentifs à nos pieds qu'il nous a été permis de l'être. Pour le reste, nos amis gastéropodes ne sont pas exigeants. Un repas à heure régulière, un peu d'eau et de fraîcheur, du calcaire dans leur nourriture, des végétaux par-ci par-là, un abri ombragé fait de planches et de grands filets pour ne pas faire l'objet de prédation suffisent à leur bonheur.

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L'heure de la pâtée a sonné. Les escargots s'éveillent doucement, alléchés par l'odeur de la farine que leur très bon odorat détecte immédiatement. Celle-ci se compose généralement de blé et de légumineuses déshydratés et réduits en poudre (type soja, haricots), de graines  de tournesol concassés parfois et surtout, de minéraux.

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La transformation et le produit fini se font en laboratoire de préparation. Les escargots termineront en croque-coquilles, en terrines, ou encore en persillade. Pour ce qui est de leurs cousins sauvages (petit gris et Bourgogne) dont les effectifs sont de plus en plus incertains, une réglementation précise encadre leur récolte.

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Les rayons se font moins mordant et la lumière plus douce le soir, c'est le moment de lancer nos lignes. Dans l'etang, il y a bien quelques tanches, des brochets, des carpes et des gardons mais surtout, des perches-soleil, des écrevisses américaines et des silures. De joyeux imbéciles ont eu la mauvaise idée d'introduire ces espèces exogènes envahissantes qui sont une menace pour nos espèces indigènes et tendent à appauvrir le milieu.

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Le temps de préparer les cannes, un curieux nous rejoins. Peu farouche, il ne perdra pas une miette du spectacle. Perchée sur mon arbre, je guette en vain les poissons parmi les nénuphars.

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Cependant celui-ci me fait office d'observatoire pour mirer attentivement le vol des martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba). Ceux-ci ont établi leur colonies sous le toit du clocher de la chapelle de Saint Sixte. Elle même repose sur un très vieux temple romain dédié à Dyonisos et dont des dédales oubliés passeraient sous l'étang. Ce temple se trouverait lui même sur un site encore plus ancien et érigé alors par les arobogènes, peuple celte propre au bassin grenoblois et ses alentours. C'est un véritable mille feuille culturel qui compose l'édifice et autour du quel j'espère voir un jour des fouilles s'organiser. Sources magiques, pierres druidiques, dolmens, tunnels dissimulés dans les bois, cimetière oublié, bornes moyenâgeuses et stèles gravées ... l'histoire de notre campagne est riche et ne demande qu'à être révélée au grand jour.

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En attendant, on titille le gardon mais les perches-soleil (Lepomis gibbosus) semblent être les seuls poissons de sortie. Cette espèce se caractérise par ses couleurs resplendissantes et son très grand appétit. Originaires d'Amérique du nord, elles se nourrissent d'un peu près tout ce qui leur tombe sur la dent. Oeufs, alvins, mollusques et petits crustacés constituent une grande partie de son alimentation, ce qui conduit à la diminution rapide des espèces autochtones dans nos plans d'eau. De ce fait il est interdit de la relâcher et de la transporter vivante une fois sortie de l'eau pour limiter son impact et sa dispersion sur le territoire français.

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Les soirées sont belles. Quand le lune tend à se lever, les monts de Chartreuses se couvrent. C'est le moment idéal pour partir à l'affût de la faune, tenter de voir les chevrettes et leurs petits, les sangliers, les lapins de garenne et les lièvres dans les champs à l'herbe jaunie et où la fauche ne semble pas vouloir se faire.

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Compère renard est de sortie et n'a pas manqué de signaler son passage. À cette période de l'année, sa nourriture se compose exclusivement de baies et de fruits sauvages. Mûres, églantines, cerises tardives, sureaux et pommes sauvages composent la moitié de son alimentation. 

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Sauterelles, criquets, grillons, limaces, lapins, écureuils, petits passereaux, poules faisanes et occasionnellement volailles de basse-cour entrent également dans son régime alimentaire mais le plus gros est assuré par les campagnols. En une année, le goupil peut dévorer pas moins  de 10 000 rongeurs, une véritable aubaine pour les exploitants dont les récoltes connaissent de plus en plus de ravages liées aux rats taupiers et sur lesquels les raticides se montrent non seulement limités mais aussi, très dangereux pour notre santé et celle de l'environnement. Cela tend à expliquer l'interdiction de le tirer dans certains département comme la Savoie mais aussi, sur certaines commune et secteurs géographiques comme la vallée de la Valdaine. Néanmoins cet argument serait suffire. En Isère, on peut le tirer presque toute l'année et utiliser des techniques plus que douteuses pour le mener à mal. Le risque sanitaire est invoqué : il transmettrait la rage et l'ecchiconose. Hors quand on sait que la première a disparue et que la seconde est principalement véhiculée par les chiens et chats, on peut se poser des questions sur le bien fondé de ses actions souvent barbares (enfumage, déterrage, piégeage) si ce n'est une grande méconnaissance de certains de la dynamique des écosystèmes et du rôle essentiel du renard dans ceux-ci. 

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C'est la période de la récolte des aulx sauvages. En France, les espèces de ce genre sont très nombreuses, certaines sont rares et parfois protégées, il est plus sage alors de se concentrer sur celles qui sont communes que l'on peut identifier et récolter facilement sans impacter le milieu.

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Ci-dessus, l'ail des jardins (Allium oleraceum) appelé aussi ail des champs et qui se reconnaît à ses fleurs aux ovaires gonflés qui pourrait faire croire à des graines déjà formées. À droite, un ail des vignes (Allium vineale) aux semences dorées. Les aulx sauvages peuvent se récolter toute l'année. Sur les deux espèces présentées, on utilise volonté les feuilles longues et très fines ciselées comme de la ciboulette. Le bulbe peut se consommer également mais petit, il relève peut d'intérêt et prélevé ne permet pas au plan de se multiplier. Les graines qui sont en réalités des bulbiles peuvent se manger crus, en salade, dans les sauces ou pour aromatiser des plats tels les fricassées de légumes, les plâtrées de champignons d'automne ou les gratins.

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Les derniers papillons font du zèle. Les azurés sont nombreux, ils appartiennent tous à la famille des lycénidés (Lycaenidae) qui comprend aussi les cuivrés. Majoritairement bleus, ces petits lépidoptères sont extrêmement difficile à identifier. La plupart du temps une prise photo des deux faces des ailes est nécessaire.

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Les "tâches" rondes des ailes des papillons sont nommées ocelles, elles permettent en partie de reconnaître l'espèce mais aussi s'il s'agît d'un mâle ou d'une femelle. Ce sont parmi les premiers éléments à observer quand on veut s'essayer à la détermination. Couleurs, cerclage et nombre, elles doivent être passées au peine fin. À savoir, les insectes ne sont pas les seuls à faire usage de ce motif. De nombreux animaux en font usage pour se camoufler, impressionner un partenaire ou effrayer un prédateur à l'image du paon, des jaguars ou de certains poissons tropicaux. La forme des antennes est également très importante, en fonction de si elles se terminent en massue, si elles sont velues ou annelées, il est possible de déterminer avec pression le sexe et la famille de l'individu.

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Nous quittons un jardin pour en rejoindre un autre, celui du site médiéval du Couvent des Carmes. Situé en Isère à Beauvoie en Royan, il se compose d'un impressionnant vergers comportant des centaines de cultivars de poires, raisins, pommes et prunes qui ont fait sensation à la table des rois mais aussi dans les arrières cours des fermes et d'un potager historique. Classées par usages et propriétés, ont y retrouve toutes les plantes de jardin de curés.

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Plantes de sorcière, plantes tinctoriales, plantes comestibles, légumes oubliés, plantes à fleurs pour les messes, vigne pour le vin de l'officine ... la liste est longue. Toutes peuvent se regrouper dans la case attribuée aux plantes des signatures, une théorie du Moyen Âge qui veut qu'une plante soigne un mal du fait de sa ressemblance avec l'organe touché, avec les réactions qu'entraîne la maladie, avec le mal lui même ou par rapprochement avec son habitat et les lieux où se trouve les pathogènes. Passée de mode en raison des progrès de la science, certains continuent de s'y plier, voyant en celle-ci un signe divin pour rapprocher l'homme de son environnement.

La visite se termine par un tour du propriétaire. Il faut savoir que cet ancien couvent se trouve dans l'enceinte d'un immense château en ruine dont on peut profiter des reliques. Siège du seigneur du Dauphiné, Humber II, il surplombe depuis la falaise où il se trouve une grande partie de la vallée et de la rivière Isère qui coule à ses pieds et qui se jette un peu plus loin dans le Rhône. Une belle découverte en somme pour les amoureux de plantes et d'histoire. L'automne semble être la meilleure période pour découvrir le verger et les arbres fruitiers d'exceptions qui le composent, et je vous le recommande chaudement. À bientôt pour d'autres découvertes nature.

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mardi 18 septembre 2018

Découvrons le marais de Chirens.

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Nous voilà dans l'ENS du marais de Chirens, pour une visite un peu particulière. J'anime pour l'occasion une sortie pour mes proches. Le lieu est idéal, l'histoire géologique est riche, ne serait-ce que par la formation du marais à la suite du retrait des glaciers qui donna naissance à un lac dont les traces les plus anciennes remontent à 14 000 ans.

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Nous sommes de ce fait une joyeuse bande à partir à la découverte de la faune et surtout de la flore locale. Les milieux sont très diversifiés : saulaies, mares, phragmiteraies, peupleraie ou encore prairies humides, ce sont tout autant d'habitats pour s'initier aux joies de la botanique. Je suis partie tôt le matin quelques jours auparavant repérer les lieux. Il fait alors très chaud, pas moins de 26°C à 6 heures du matin. Hormis une troupe de chevreuils et quelques sangliers, un héron timide et quelques passereaux, les lieux semblent déserts. Je connais bien l'endroit mais un rafraîchissement de mémoire ne fait jamais de mal, d'autant plus que vérifier si le sentier est praticable ou que le lieu n'est pas fermé au public n'est pas un luxe, surtout quand on se trouve dans un espace sensible où la fréquentation est un des axes de sa gestion.

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Le circuit est accessible, nous sommes pour l'occasion pas loin d'une vingtaine. Une courte présentation me permets de retracer l'histoire du site mais aussi, son passé historique, en particulier avec l'influence des occupants celtes de la région, les Allobroges. Ces derniers ont laissé dans le paysage plusieurs vestiges dont des mottes castrales, traces de maisons-villages fortifiées et situées au sommet des collines entourant le marais de Chirens.

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Parmi les espèces présentes, on peut citer le solidage géant (Solidago gigantea), qui se différencie de son cousin canadien de par sa non pilosité (glabre) et de sa plus petite taille. C'est une espèce dite EEE : espèce envahissante exotique, c'est à dire venue d'une autre contrée que celle où elle se trouve, de manière non naturelle et représentant une menace pour la santé humaine et ou les milieux naturelles et ou l'économie. Outre son statut qui fait débat, ce solidage appelé aussi verge d'or géante est une plante médicinale employée par de nombreux peuples amérindiens. C'est aussi une plante mellifère dont le miel au goût fort est proche de celui de sarrasin.

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Par endroit sur le marais, le pourcentage de couverture de ce solidage est proche de 100%, c'est à dire que sur un espace donné, il est la seule plante à se développer, créant ainsi un peuplement monospécifique comme sur cette photo. Le problème, c'est que cette couverture végétale, toute belle qu'elle soit, empêche d'autres espèces essentielles au bon fonctionnement de la tourbière de se développer. Cela est particulièrement préjudiciable pour la liparis de Loesel (Liparis loeselii), une petite orchidée discrète et très rare, typique des zones humides et qui tend à disparaître à vitesse grand V. Une partie des animaux n'y trouvent pas leur compte non plus. Adieu les zones propices à la mise bas ou au pouponnage, pour apprendre aux jeunes à se nourrir ou nicher. Peu à peu les espaces colonisés se vide de leur grande faune et de leurs oiseaux.

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Le sureau hièble (Sambucus ebulus) n'est pas comestible contrairement au sureau rouge (Sambucus racemosa) et le sureau noir (Sambucus nigra) du fait de sa légère toxicité qui le rend purgatif. Dans l'usge populaire, sa racine était employée comme diurétique, bien qu'il soit plus sage de lui préférer le pissenlit pour cette usage. Ses fruits sont vomitifs et ses fleurs ont la réputation d'être soporifiques.

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Elles étaient employées également pour soigner les problèmes oculaires, sans que cela ne s'avère réellement efficace. Cet usage aurait donné à cette plante ses surnoms d'herbe aux yeux ou d'herbe aux aveugles. On l'a nomme également herbe aux punaises en raison de son odeur forte qui caractérise ce sureau mais aussi pour son purin qui fait office de répulsif contre les insectes ravageurs. La réalisation de ce purin est extrêmement simple, à raison d'1 Kg de plante fraîche mise à macérer dans 10 L d'eau.

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Proche de la mare, une angélique officinale (Angelica archangelica) prend ses aises à l'ombre, les pieds dans l'eau, joussant de l'abondance de matière organiqe (MO). Originaire du nord de l'Europe, c'est au 12e siècle qu'elle fait son entrée en France. Comestible, ses tiges et ses pétioles entrent dans la composition de nombreux desserts de la renaissance. Cependant, ses vertus curatives incitent à la consommer avec prudence par les femmes enceintes, du fait que la plante est abortive, d'où son nom d'angélique tiré de sa réputation de faiseuse d'anges, les anges étant dans la tradition les enfants morts avant d'avoir pu connaître le baptistère.

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Le long du sentier, des bosquets d'armoise commune (Artemisia vulgaris) se développent. C'est une plante que j'emploie régulièrement pour stimuler l'appétit et soigner les douleurs menstruelles de manière efficace. C'est également une plante à l'usage cérémoniale pour de nombreux peuples. Elle est par exemple fumée au Mexique dans des cérémonies religieuses ou employée en campagne française pour provoquer les rêves extra-lucides.

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La carotte sauvage (Daucus carota) est une plante commune voire banale et qui bien souvent, n'est que peut regardée. Et pourtant, elle en vaut la peine. Son goût anisé est parfait pour composer des infusions sauvages à l'aide des fleurs et graines glanées pendant une sortie.

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Elle se reconnaît à ses grandes bractées, à ses fleurs blanches dont une de couleur pourpre, marque souvent son centre. À la fin de la floraison, les fleurs de l'ombelle se referment sur elles mêmes, formant un véritable nid d'oiseau. Outre leur goût anisé, les graines possèdent de nombreuses vertus. Toniques, stimulantes, dépuratives, anti-inflammatoires ou encore anti-microbiennes, elles ont été pendant longtemps utilisées comme panacée contre les coliques néphrétiques et les rétentions urinaires. Les feuilles et fleurs peuvent également être employées à ces fins en infusion du fait de leur caractère diurétique. Elles entrent également dans la composition de nombreux produits de beauté anti-ride, anti-cellulite et anti-acné.

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L'ail des jardins (Allium oleraceum) se reconnaît à ses ovaires gonflés et à sa floraison délicate. Typique des friches et des pelouses rases, on le rencontre partout sur le territoire français. Utilisé en cuisine, il serait arrivé dans les pays nordiques sous l'impulsion des migrations vikings. Il est d'ailleurs souvent utilisé comme indicateur de vestige, l'espèce étant cultivée dans les cours des châteaux et les jardins de paysans au Moyen Âge.

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L'eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) est une jolie plante aux fleurs roses réunnient en ombelles. De grande taille, elle tire son nom de la ressemblance de ses feuilles avec celles du chanvre et de ses propriétés pharmacologiques qu'elle partage avec l'aigremoine eupatoire (Agrimonia eupatoria).

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Typique des zones humides, en particulier de la mégaphorbiaie (habitat composé de grandes plantes aimant l'eau), c'est une mellifère sur la quelle on peut observer une grande diversité de papillons de belle dimension. Plante cholagogue (bénéfique à la production de bile et à la digestion de ce fait), ce sont ses feuilles et sa racine qui sont utilisées. Son intérêt réside également dans ses propriétés antioxidantes de par ses acides ascorbiques et coumariques et de la lutéine qu'elle contient, ses effets digestifs avec ses polysaccharides ou encore, ses vertus anti-inflammatoires de par ses lactones, ce qui invite à l'employer de manière discontinue et avec prudence.

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La bourdaine (Rhamnus frangula) est un arbuste des marais. Violent purgatif, il est aussi un arbre remède qui était prisé à l'antiquité. Cependant ses nombreux alcaloïdes poussent à préférer des plantes aux mêmes effets mais beaucoup plus douces pour l'organisme. Les chevreuils sont de grands amateurs des fruits de bourdaines, ceux-ci ayant des effets psychotropes sur les cervidés. C'est aussi une plante tinctoriales dont des rameaux on tire des teintes rouges et brunes, de l'écorce sèche un rouge framboise et des ses baies à maturité du vert.

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Il y a de nombreuses autres plantes médicinales et comestibles sur le marais de Chirens, elles sont tout autant d'occasions de montrer la richesse de ce site souvent méconnu et pourtant essentiel au bon fonctionnement de la vallée de l'Ainan, que cela soit pour son agriculture, sa faune ou le maintient de ses paysages. Morelle douce-amère, menthe aquatique, lamier maculé ou reine de prés, ce sont là quelques unes des merveilles à découvrir.

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Sur le retour, nous tombons  sur une plume de chouette hulotte (Strix aluco). L'abondance de rongeurs du fait de la multiplicité de milieux est une aubaine pour cette espèce qui doit aussi partager son teritoire avec le hiboux moyen duc (Asio otus) dont la présence est avérée sur le site.

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Galéopsis tétrahit (Galeopsis tetrahit) est appelé ortie royale bien qu'il n'en soit pas une. Il n'a en effet ni les vertus, ni les poils urticants. De même, on l'appel parfois chanvre bâtard bien qu'il en soit éloigné botaniquement parlant. Son nom de "Galéopsis" signifie "celui qui a l'aspect de la belette", en raison de la pilosité de ses fleurs et de la forme de son labelle, typique de cette famille, les lamiacées.

Arrivée sur la place de l'église, le circuit prend fin. Le tour aura duré un peu plus de 2 heures, le temps qu'il faut pour aborder une vingtaine de plantes, présenter les habitats emblématiques du marais, faire sentir et toucher les graines, fruits et feuilles parfumées rencontrées tout au long du chemin et surtout, pour prendre le temps d'échanger. C'est une expérience formidable que j'ai hâte de renouveler d'ici peu dans les forêts de Chartreuse pour une approche plus ethnobotanique sur les usages passés et magiques des plantes et des champignons.

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dimanche 9 septembre 2018

Sortie en montagne 22.

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LA GRANDE SÛRE

 

S'élevant à 1920 mètres d'alitude, ce sommet de moyenne montagne se trouve en Chartreuse et domine la ville de Voiron. Son alpage se dessine en un cirque enclavé observable qu'à l'arrivée des trois grands cols qui le desservent. Leurs noms évocateurs de col de la Grande Vache, de la Petite Vache, ou encore de la Combe des Veaux attestent de l'ancienneté des pratiques pastorales qui s'y déroulent encore. Dans les années 1900, plusieurs chalets familiaux occupés l'été s'y trouvaient.

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Disparus depuis, leurs fondations peuvent être observés, en particulier en cheminant par le col de la Placette. C'est un espace classé ZNIEFF, c'est à dire "Zone Naturel d'Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique" en raison des espèces et des milieux qui s'y trouvent et qui sont typiques des estives pré-alpiennes. Pour cet été 2018, la série des "Sortie en montagne" ne déroge pas à la règle puisque la montagne vous est présentée en deux temps pour marquer les deux saisons à la quelle nous l'avons découverte.

 

Au printemps :

Tout est vert. Nous commençons notre excursion bien tard et nous arrêtons à mi-chemin. Les plantes sont au paroxysme de leur floraison, aussi bien dans le sous-bois que le long du chemin qui mène au bout du sommet en trois heures de marche, quatre si on se trouve en famille. Plantes médicinales, magiques et comestibles sont disséminées ça et là le sentier et ponctues le paysage tout au long de notre randonnée.

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Lichens et mousses pendent des branches. Contrairement à ce que peut renvoyer l'imagerie populaire, leur présence sur une face d'un tronc ou d'un rocher n'indique pas nécessairement le nord. Le vent, le pluie, l'humidité ambiante, la luminosité et l'essence de l'arbre sont tout autant d'éléments qui peuvent faire mentir ce lieu commun.

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Les lichens et les mousses sont également des micro-habitats. Peuplés d'insectes, de petits gastéropodes (escargots, limaces), de bactéries, de champignons et même d'algues, ils sont essentiels au bon fonctionnement des écosystèmes en abritant les ravageurs des arbres mais aussi leurs prédateurs, permettant la régulation des populations végétales et l'autorégulation de la forêt. Les lichens sont très prisés. Certains sont médicinaux comme le lichen barbu (Usnea barbata) et sont utilisés dans la pharmacopée. Les autres sont essentiellement récoltés pour être utilisés dans l'agro-alimentaire comme gélifiant. Dans les pays nordiques comme la Suède, ils servent de fourrage aux immenses troupeaux de rennes élevés en semi-liberté dans les terres inhabitées.

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Les champignons font leur apparition. Ceux-ci sont vieux. Il s'agit de polypores marginés (Fomitopsis pinicola) dont le carpophore, c'est à dire la partie visible et souvent associée au chapeau et au pied, est en train de dépérir. Ce phénomène est le plus souvent le signe que la reproduction s'est bien effectuée et a été menée à son terme. Cependant, cela peut aussi dire que le champignon est entrain de subir une attaque par un autre organisme.

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Portraits d'orchidées. De gauche à droite, la discrète listère à feuilles ovales (Neottia ovata), la platanthère à deux feuilles (Platanthera bifolia), la non chlorophyllienne néottie à nid d'oiseaux (Neottia nidus-avis) et l'imposante orchis maculée (Dactylorhiza maculata) qui se détermine à son profond labelle.

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La raiponce en épi (Phyteuma spicata) semble être un terrain de chasse pour cette araignée crabe (Thomisidae sp.). Ses épis sont blancs mais peuvent parfois être bleus, ce qui est souvent le cas en Chartreuse, ce qui peut entraîner une confusion avec sa sous-espèce, la raiponce occidentale (Phyteuma spicatum subsp. occidentale). Plante forestière et des lisières, elle aime les sols humides, riches en matière organique et exposés au mi-ombre. Comestible, les usages que l'on en tire sont multiples. Avant la floraison ou en tout début de celle-ci, les épis peuvent être cuisinés crus en salade ou mangés tels quels. On peut également les cuire en omelettes, à la vapeur, sautés à la poêle comme des asperges avec leur tige ou caramélisés. Les feuilles caractérisées par la tâche noire qui marque leur centre, connaissent le même sort. Récoltées jeunes et avant la montée en graines, on les incorpore aux salades ou on les mange en soupe ou comme des épinards. La racine peut être râpée ou bouillie. Elle se fait douce quand elle est épluchée, piquante quand elle ne l'est pas. Véritable légume des bois, les innombrables fleurs qui composent l'épi font le délice des abeilles forestières et de nombreux autres pollinisateurs qui se font souvent piéger par les araignées aux aguets. Robuste et ne craignant pas les basses températures, la raiponce en épi pousse jusqu'en haute altitude, parfois à plus de 2000 mètres d'altitude. De ce fait on la trouve sur tout le territoire français, ce qui explique son usage récurrent au cours des siècles pour ses propriétés apéritives et digestives mais aussi ses fleurs utilisées pour soigner les problèmes oculaires et buccaux en raison de leurs supposées vertus astringentes et anti-inflammatoires.

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Récolte sauvage. Les jeunes pousses de sapin blanc (Abies alba) et d'épicéa d'Europe (Picea abies) tombent dans nos paniers sous les pincements de nos ongles. Elles termineront en délicieux sirops fait maison qui non contents d'êtres bons, sont également expectorants et mucolutiques, c'est à dire qu'ils fluidifient les mucus. Ces arbres ont également des propriétés anti-inflammatoires, décontractantes et antiseptiques.

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À leurs pieds pousse le bolet à pied rouge (Neoboletus luridiformis), à proximité de myrtillers sauvages (Vaccinium myrtillus), choses courantes en particulier en montagne. Pouvant atteindre une belle taille (20 centimètres pour le chapeau), sa chair jaune une fois coupée passe du bleu au rouge poupre rapidement.

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La capillaire des murailles (Asplenium trichomanes) se nomme également fausse capillaire ou doradille chevelue. Son système racinaire est puissant, ce qui permet à cette fougère de se loger dans les interstices des falaises et des murs, dans des milieux où elle ne subit que peu la concurrence des autres végétaux, à condition que son substrat soit de nature calcaire ou du moins basique.

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Présente sur tout le territoire, elle est facile de culture pour peu qu'on ne lui apporte pas trop de substrat et qu'on lui procure assez d'ombre et d'humidité. Dans la grande théorie des signatures, qui associe une plante à l'organe humaine auquel elle ressemble ou à un mal ayant des attraits similaires à elle (conditions d'apparition, milieu de vie etc.), les asplenium ont réputation de soigner la rate, en raison de leur réseau de sporanges qui évoquent les réseaux sanguins alimentant cette dernière. De là vient leur nom, inspiré du terme grec "Splenon" qui signifie "rate". Le terme capillaire fait allusion à cette même ressemblance avec les fines veinures du corps humain, les capillaires, mais aussi à l'usage de la plante au moyen âge qui voulait que, mélangée à des déjections de chats, elle permette la repousse des cheveux.

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Les bords de talus moussus et ouverts à la mi-ombre offrent une grande variété de plantes tel des monotropes suce-pin, des belladones, des saxifrages en tout genre et des scolopendres qui profitent du ruissellement de l'eau et de la couche de bryophytes qui agit comme une véritable éponge, protégeant les végétaux de la sécheresse.

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Drôles d'organismes n'est-ce pas ? Il s'agît de myxomycètes, un règne à part qui comporte des milliers d'espèces. Entre le champignon et l'animal, ils sont capables de se déplacer, certe lentement, d'un point à un autre. Ils sont présents dans la litière forestières, les mousses, le bois mort et la matière organique en décompositions.

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La plupart d'entre eux se nourrissent de champignons, que ça soit la partie immergée, le carpophore ou souterraine, le mycélium. Certains se spécialisent dans les réseaux mycéliens morts, d'autres sur la fonge vivante. À leur tour ils servent de nourriture, en particulier aux moisissures mais aussi aux insectes et même à de petits gastéropodes. Présents presque partout dans le monde, on en dénombre plus de mille espèces. Leur étude qui fait appelle à la microscopie, donne à avoir des fromes et des couleurs extraordinaires, en particulier sur les parties reproductives.

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Nous voilà arrivés au belvédère de None, à 1200 mètres d'altituide. Encore deux heures nous séparent du sommet, compter en trois si vous êtes partis avec votre smala. À nos pieds s'étends la ville de Saint Laurent du Pont dont vous pouvez retrouver l'histoire dans le précédant billet de sortie en forêt (ICI). Et dire qu'il y a un peu plus de 1000 ans de cela, c'est un lac qui s'étendait à perte de vue et non pas un fond de vallée humide et fertile.

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Cependant, nous ne continuons pas plus loin. La nuit se fait présente, nous rentrons retrouver nos pénates, non pas sans avoir fait une halte auprès d'un orme des montagne (Ulmus glabra), espèce peu courante en raison de la graphiose mais relativement présente ici et reconnaissable aux dimensions de ses feuilles et de son tronc. 

 

Au coeur de l'été :

Changement de saison et de températures. Cette fois-ci nous sommes partis pour atteindre le sommet. Il fait chaud, une grande partie de la végétation en basse altitude est brûlée par les rayons du soleil. Bien que l'année 2018 ne soit pas comparable à 2003, on a le sentiment de s'en approcher et cela n'est pas prêt de s'arrêter, les pronostics annonçant la répétition de ces épisodes de canicules pour les 5 prochaines années au moins.

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La belladone (Atropa belladonna) est une plante agitant l'imaginaire collectif. Rattachée à la magie noire pendant l'antiquité et le moyen âge, elle était prisée dans les cours seigneuriales de la renaissance. Les femmes de haut rang s'en appliquaient l'extrait contenant un puissant alcaloïde, l'atropine, sur les yeux pour dilater leurs pupilles et se rendre ainsi plus attirantes d'où son nom tiré de l'italien "Bella donna", belle dame. C'est à la même époque qu'apparaissent des dictons autour de la plante. Ainsi, faire consommer une graine de belladone à une femme la rendrait folle d'amour et très active sexuellement, mais lui en faire consommer deux la rendrait folle et trois, la conduirait à la mort. Toxique et mortelle, elle appartient à la grande famille des solanacées, connue pour les espèces qui la composent et qui sont employées comme poisons et psychotropes. De ce fait, la belladone entre dans la composition  du baume de sorcière, une préparation ancestrale qui appliquée sur les muqueuses permettaient aux magiciennes des campagnes de partir en transe.

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Dans notre ascension forestière, nous tombons sur un très belle exemplaire de lichen pulmonaire (Lobaria pulmonaria). En période humide, il prend une jolie couleur verte et à la fructification, présenter des organes reproducteurs roses semblables à de petits fruits sans pour autant en être.

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Il tient sa couleur à l'un des trois organismes qui le composent, l'algue Dictyochloropsis reticulata. Avec une cyanobactérie et un champignon, elle forme cette organisme hybride. Il est appelé pulmonaire en raison de l'usage ancien qui en était fait pour soigner les problèmes respiratoire en raison de sa ressemblance avec les lobes des poumons. Il est actuellement employé pour ses vertus anti-inflammatoires sur les muqueuses. Néanmoins, on n'aurait idée de le récolter, celui-ci se faisant extrêmement rare en raison de la sur-récolte qui a bien faillit le mener à sa disparition, phénomène renforcé par la pollution à la quelle il est très sensible et les grandes campagnes d'abbatages qui ont durablement modifiées son habitat. En rencontrer indique que l'on est dans une zone à l'air sain mais aussi, préservée en partie de l'action humaine.

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L'aconit tue-loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) est l'une des plantes, pour ne pas dire la plante, la plus toxique d'Europe. Son nom de tue-loup lui vient de l'usage que l'on en faisait pour lutter contre les espèces que l'on jugeait indésirables, ce qui donne une idée de sa dangerosité. En Inde, on l'emploie encore aujourd'hui pour confectionner un poison virulent que l'on applique sur les têtes de flèches utilisées pour la chasse et la guerre.

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Arrivée sur La Terrasse, à 1340 mètres d'altitude. La montée est aisée et la forêt se peuple peu à peu de grands conifères, les arbres aux feuillages caduques se retirant à mesure que nous grimpons, les conditions devenant peu favorables à eux, en particulier les températures qui se font fraîches très tôt dans l'année.

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Les fougères sont à la fête. L'humidité ambiante et l'abondance d'ombre sont favorables à leur développement, leur reproduction impliquant la présence d'eau grâce à la quelle leurs spores peuvent se disséminer et se rencontrer.

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La fougère mâle (Dryopteris filix-mas). Ses frondes se développent en formant un entonoire prenant pied sur une souche épaisse, écailleuse et profondément encrée dans le sol. Traditionnellement elle était employée comme vermifuges en l'incorporant dans l'alimentation animale et à la litières des bêtes de somme pour les débarrasser d'une partie de leurs parasites. Consommée au Japon et au Canada quand elle est sous forme de fronde, elle occasionne régulièrement des mises en hospitalisation, en raison des triterpènes et de la filicine qu'elle contient. Au pays du soleil levant, sa consommation serait la première cause de cancers de l'appareil digestif. Dans notre folklore européen, on racontait aux veillées du soir que les aventureux qui se trouvaient à minuit un soir de pleine Lune en forêt pouvait avoir la chance d'en trouver la fleur. S'il la cueillait et la gardait avec lui, il pouvait se rendre invisible volonté et avoir de grandes richesses le temps d'une année. Passé ce délai, la fleur ne faisait plus effet.

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Enfin, le sommet de la Grande Sûre se dévoile à nous, à l'arrivée du pierrier qui nous fait pour un temps quitter la forêt. Au loin, un vautour fauve (Gyps fulvus) s'élève dans les airs, nous gratifie d'un regard puis passe derrière la crête rocheuse. Depuis le début de l'année nous en voyons à presque chacune de nos sorties.

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Le chemin est étroit mais bien tracé, il faut cependant se montrer prudent dans le pierrier même si le cheminement se fait sans difficulté. Cette ouverture dans le flanc de la montagne est un véritable décroché où des plantes d'étages et milieux différents se côtoient, pour le plus grand bonheur des naturalistes et des botanistes. Petit rappel, la récolte de plantes et de fleurs dans le secteur selon les espèces est interdite ou réglementée.

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Nous arrivons petit à petit à l'apage, qui se caractérise par des pelouses d'herbes rases et une abondance de plantes montagnardes. C'est de ce fait que nous avont la chance de tomber sur nos premiers plans de thè des Alpes (Sideritis hyssopifolia), appelé aussi crapaudine. Malgré son air simple, c'est une plante prisée pour ses propriétés.

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C'est une plante digestive et expectorante, dont la délicieuse eau de vie est connue pour être vivifiante. De ce fait, elle entrerait dans la composition de la liqueur des pères chartreuse. En infusion, elle est excellente et parfume très bien les gâteau et les crèmes. Séchée, elle donne une odeur délicate au tiroir dans lequel elle se trouve. Emblématique du Dauphiné, elle est bien connue en Chartreuse où elle pousse sur l'étage alpin dès 1500 mètres d'altitude. Très appréciée des chamois, on peut souvent les observer en brouter les touffes sur les pends enherbés du Charmant Som, de la Pinéa, du Pinet, du Col de l'Alpette et de Chamechaude.

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Enfin, nous voilà à l'alpage. En cuvette, il n'est que peu visible du pied de la montagne et s'ouvre à nous comme le cratère  d'un volcan. Superbe, il est pâturé l'été par des vaches qui empruntent parfois d'étroits sentiers forestiers à fleur de falaise pour atteindre les pousses les plus tendre. La sécheresse y a fait son oeuvre et nous ne comptons plus les conifères morts et brunis par ce temps qui donne à l'herbage une couleur cramoisie bien triste.

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Autre plante propre au folklore local, la vulnéraire des chartreux (Hypericum nummulariifolium). Ce millepertuis rentre également dans l'elexir de Chartreuse. On l'utilisait en médecine populaire comme l'arnica pour parer les coups mais aussi comme cicatrisant. En infusion, on l'employait comme tonique. En comme toujours en montagne pour les plantes médicinales, la vulnéraire est couramment préparée en liqueur. Appelée aussi millepertuis à sous, elle est protégée, particulièrement en Isère où sa récolte doit faire l'objet du suivis de règles particulières pour préserver cette espèce devenue rare en raison de la sur-cueillette mais aussi du dérèglement climatique et du renfermement des alpages suite à la déprise agricole de certains espaces de montagne. Elle se développe sur la roche, de préférence calcaire, dans les crevasses et les fentes de celle-ci. De ce fait elle est courante dans les lapiaz, des formations rocheuses typiques des sommets de Chartreuse.

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Les éricacées sont à la fête, en montagne, elles sont bien plus nombreuses que l'on pourrait le croire. On peut par exemple rencontrer le raison d'ours (Arctostaphylos uva-ursi) présenté ici à gauche, un petit sous-arbrisseau aux baies rouges comestibles et aux feuilles médicinales mais tout aussi riches en contre-indications qu'en propriétés. Au centre se trouve les myrtillier sauvages (Vaccinium myrtillus), aux fruits délicieux que l'on ne présente plus. À droite, il s'agit d'un rhododendron ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) à la floraison printanière rose et qui semble atteint par une énorme galle, sans doute provoquée par une colonie d'acariens ou par des champingons.

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Autre grande figure de cette famille, la callune commune (Calluna vulgaris) qui souvent est prise à tort pour de la bruyère. Pour les distinguer, il faut savoir que les pétales de la callune sont en grande partie séparés, alors que ceux de la bruyères sont soudés et forment une clochette. Le département de Biologie ENS Lyon a, à ce sujet, créer un document simple pour apprendre à faire la distinction.

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Elle est peu présente sur le plateau, du fait qu'elle ait une préférence marquée pour les sols de nature acide, d'où sa présence couramment remarquée dans les peuplements de conifères et sur les sols tourbeux. C'est aussi une plante médicinale utilisée en usage externe comme antiseptique pour soigner les engelures mais aussi les rhumatismes, en interne comme dépuratif et diurétique entre autre. La callune commune fait aussi partie des plantes qui sont prédisposées à l'absobtion des éléments radioactifs et toxiques présents dans le sol, ce qui demande en cas d'utilisation après récolte, une bonne connaissance de la nature du sol et de son histoire (nuage radioactive, enfuissages industriels, rejets d'industries etc.).

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La gentiane champêtre (Gentianella campestris) est une petite fleur de moyenne montagne qui se plaît généralement à partir de 1000 mètres d'altitude. On la différencie de la gentiane d'Allemange (Gentianella germanica) qui lui est presque identique grâce au nombre de pétales : 4 chez la champêtre, 5 chez la germanique.

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L'euphraise  casse-lunette (Euphrasia rostkoviana) est une plante de plaine lumière qui pousse de faible altitude jusqu'à 3000 mètres, de préférence dans les zones à tendances humides, les pelouses, les lisières et les bords de talus.

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Elle tient son surnom à la théorie des signatures. les veinures colorées qui traversent ses pétales évoquant les vaisseaux sanguins d'un oeil. De ce fait et par association d'images, la petite fleur fût utilisée pour soigner les problèmes oculaires comme les conjonctivites ou la myopie. Aujourd'hui encore elle est employée à ces fins en homéopathie et dans les médecines dites "douces". Il était également d'usage de penser qu'elle pouvait apporter la claire-voyance à celui qui s'apposait sur les yeux un linge imbibé de l'infusion de cette euphraise. On pensait également que la mise en place de cette technique sur les oreilles permettait de faire preuve de claire-audience, ce qui explique pourquoi dans certaines régions, on en plaçait des bouquets séchés dans les oreillers pour leurs vertus supposées.

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La parnaisie des marais (Parnassia palustris) est une plante représentative des zones humides de montagne et qui se reconnaît à sa fleur blanche aux cinq pétales veinés de vert. Elle est aussi bien présente en Europe, de préférence occidentale et du nord, qu'en Asie et s'étend de la Chine au Japon. Cependant, elle reste peu commune dans de nombreux départements du pays d'où sa protection dans certains secteurs comme en Picardie, dans les Pays de la Loire ou dans le Centre. On parle alors de répartition euro-sibérienne pour cette espèce. On retrouve dans certaines traditions les traces de son usage populaire et qui est aujourd'hui abandonné, en raison de la rareté de la parnaisie mais aussi, de l'existance d'une pharmacopée plus appropriée, en particulier dans l'emploie qui en était fait pour ses tanins, des molécules plus présentes et facilement extrayables dans le chêne ou le thé entre autre.

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Les mouflons corses (Ovis aries musimon) sont présents. Aux jumelles nous en dénombrons environs 35 en deux petits groupes distincts. La grande harde que composent ces animaux en Chartreuse partage son temps entre les alpages de la Grande Sûre et ceux du Charmant Som, peu sensibles aux passages des randonneurs.

 

Au sommet :

Le panorama change, l'herbe déjà rase laisse place aux pierres. Quelques plantes parviennent à s'adapter et prennent des formes tortueuses. Les vents forts qui s'expriment au sommet forcent les herbacées à prendre des forment rampantes ou en coussins pour résister aux faibles températures et à la morsure du gel.

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Le genévrier commun (Juniperus communis) adopte cette stratégie pour se maintenir aux fortes altitudes. Ces fruits ressemblent à des baies bleues mais sont en réalité des cônes, en adéquation avec le fait que le genévrier appartient aux conifères et à la famille des Cupressacées.

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C'est une espèce de plein soleil, qui aime les sols de nature calcaire, à l'image du massif. Les fruits, les genièvres, sont utilisées dans la confection d'eau-de-vie mais aussi de nombreux alcools locaux en Europe de l'Est et du Nord, comme dans le gin. Outre cet aspect, on les emploie parfois infusés pour les maux de l'appareil digestif. Utilisés pour lutter contre les lourdeurs intestinales, on les retrouve souvent dans les plats traditionnels riches, en particulier là où il est abondant. Leur présence dans la choucroute l'illustre particulièrement bien. Cependant une consommation abusive n'est pas sans danger pour les reins.

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Enfin, nous voilà au sommet. La vue est incroyable. En face de nous, la Pinéa, Chamechaude et le Charmant Som se dressent. Nous dominons de tout son long l'alpage que nous venons de gravir et où nous avons la chance de croiser quelques chamois (Rupicapra rupicapra). Trois adultes accompagnés de deux petits prennent l'ombre non loin du sentier, une chance pour nous de les observer sans trop les perturber dans leurs habitudes.

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De l'autre côté, l'Isère et sa vallée s'étendent. Le ciel est dégagé, des jumelles nous arrivons même à apercevoir Lyon et les monts du lyonnais. À nos pieds, Voiron se dresse fièrement. Du sommet nous pouvons retracer les éternelles marches menées dans la ville mais aussi, admirer les espaces naturelles que nous aimons arpenter comme les Gorges de Crossey, la Vouise, un bout des marais de Chirens et au loin, l'Herretang vers St Lau'.

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Enfin, dernier tour sur le paysage nous offre un point de regard démentiel sur le Mont Blanc. Écrasant les autres sommets, on ne voit que lui. Sa cime couverte de neige éternelle nous rappel qu'il culmine à 4810 mètres d'altitude.

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Plus près de nous et dans la même ligne de vue, le Pinet, le Granier mais aussi le lac d'Aiguebelette qui se love dans les plis du relief. L'action de l'Homme est visible, entre les alpages apparus avec la conquête du désert vert et l'arrivée du pastoralisme sur lequel la forêt reprend désormais ses droits, les grands axes de communication qui creusent la roche, les milliers de points lumineux qui enchaînent les allers-retours dans le ciel et les sentiers tracés au fil des années par les marcheurs, il y a de nombreux éléments à disposition pour s'essayer à la lecture de paysage. Constructions culturelles plus qu'on ne le pense, nos paysages sont des livres ouverts pour découvrir les activités liées à un territoire. C'est aussi un outil pour comprendre les enjeux économiques et environnementaux actuels.

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Sur le retour nous avons une belle surprise, nous faisons un bout de chemin sur l'étroit sentier accompagnés d'une partie du troupeau des vaches en estive et qui semblent trouver leur bonheur dans le sous-bois. Au pied léger, elles s'engoufrent rapidement dans la forêt nous laissant seuls au retour vers le monastère de Currière.

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Un dernier passage par le belvédère de la none, comme il y a quelques semaines de cela lors de notre première ascension. Saint Laurent du Pont n'a pas bougé, la ville a juste perdu quelques couleurs pour tendre vers le grillé et le jaunie.

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Sur le retour, nous tombons nez à nez avec un magnifique de verveine officinale (Verbena officinalis), ponctuant la randonnée sur une touche colorée. Loin de la verveine asiatique que l'on retrouve dans les potagers ou dans les sachets d'infusion, notre verveine indigène donne une très bonne infusion détergente en extérieur et se montre diurétique et astringente en consommation, d'autant plus quand elle est mélangée à d'autres espèces comme la menthe ou la mauve. C'est sur cette récolte que se termine cette randonnée, teintée de botanique et de contemplation de paysages montagnards. Les mollets sont désormais au repos jusqu'à nos prochaines aventures.

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jeudi 23 août 2018

Sortie dans les marais 13.

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LE GRAND LEMPS

 

L'été est prolixe, nous avons eu la chance de faire le tour de quelques un des ENS locaux et pour commencer, celui du Grand Lemps. Pour rappel un ENS est un site remarquable pour son écosystème, pour les espèces qu'il abrite, pour le rôle essentiel qu'il joue dans la vie culturelle et économique pour les habitants du coin et pour sa valeur pédagogique. C'est un espace naturel sensible géré soit par le CEN Avenir (conservatoire des espaces naturels) sous la direction du département, soit par une association naturaliste. En Isère nous avons la chance d'avoir non seulement le plus grand nombre d'ENS, mais aussi de gestionnaires de ces espaces, de journées découvertes consacrées à ceux-ci et à leurs préservation. Ils touchent pour beaucoup des milieux humides car peu nombreux en France métropolitiane, mais aussi des forêts, des pelouses sèches ou des alpages.

Au Grand Lemps, c'est une tourbière et son étang qui sont désignés comme ENS. Comme pour la plupart de ces sites, seule une partie très restreinte du marais est accessible pour permettre de concilier à la fois l'intérêt du public, la tranquillité des animaux et l'intégritée des plantes et du milieu, souvent sensibles aux questions de piétinement. Une multitude d'habitats se succèdent et marque l'évolution naturelle du site. Un chemin balisé et des structures de bois à l'épreuve du temps ont été mis en place pour faire découvrir le coeur de la tourbière, d'ordinaire peu accessible en raison de l'eau, des terres mouvantes et des moustiques.

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Voilà une des merveilles que l'on peut trouver dans les mares parmi les joncs. L'utriculaire australe (Utricularia australis) est une plante carnivore qui a la particularité de se développer entièrement dans l'eau et de n'ermeger qu'à la période de floraison. Ses feuilles aquatiques sont de deux nature : les photosynthétiques permettant l'élaboration de la photosynthèse et celles à pièges.

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En forme d'outres, ces dernières ne dépassent pas le millimètre et sont couvertes de poils. Ceux-ci permettent l'ouverture et la fermeture du clapé de la feuille. Lorsqu'ils sont agités par une micro-proie, l'outre s'ouvre et aspire la malheureuse qui termine emprisonnée puis digéré sans autre forme de procès. C'est de cette particularité que les plantes de ce genre tir leur nom, inspiré du latin "utriculus" qui signifie "petite outre". L'utriculaire australe se reconnaît à la lèvre inférieur de sa fleur veinée de rouge qui est légèrement plus grande que les autres pièces florales, cependant il est aisé de la confondre avec l'urticulaire commune (Utricularia vulgaris). De ce fait l'identification se fait bien souvent à la loupe binoculaire, en particulier quand les fleurs sont absentes.

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Sans être placée sur les listes rouges nationales, c'est une espèce peu présente à la répartition disparate. Protégée par arrêté dans de nombreuses régions, en particulier dans le nord du pays, elle est un des indicateurs floristiques retenus lors de l'élaborations des ZNIEFF, les zones naturelles d'intérêts écologiques, faunistiques et floristiques qui se matérialisent par la réalisation d'inventaires.

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On trouve une autre carnivore tout aussi belle bien qu'originaire d'Amérique du Nord. La sarracénie pourpre (Sarracenia purpurea) aime les sols pauvres. Pour combler le manque de certains nutriments absents des sols tourbeux, elle se nourrie d'invertèbrés qu'elle piège à l'aide de ses feuilles en outres aux parois glissantes.

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Cependant, les pièges de la sarracénie pourpre ne sont pas uniquement des tombeaux à ciel ouverts pour les bestioles imprudentes. Plus de 180 espèces vivantes tels des insectes, des algues, des crustacés et des bactéries y vivraient, formant ainsi un micro écosystème à part. La digestion des organismes piègés se ferrait semble-t-il par leur intermédiaire et non pas uniquement par les enzymes que la plante sécrète. Protégée dans son aire d'origine, son introduction par des passionnées de plantes carnivores dans la tourbière du Grand Lemps avant le mise en protection de celui-ci pose problème, l'espèce ayant tendance à coloniser l'espace au détriment des sphaignes.

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La bourdaine (Frangula alnus) est un arbrisseau qui pousse dans une grande pluralités de milieux, de préférence humides. Ses baies noires sont toxiques et purgatives, on tire d'elle une teinture naturelle qui colore les linges en vert tendre. Des jeunes rameaux frais on tire du pourpre et du violine, des écorces séchées un très beau jaune.

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L'installation des passerelles a demandé non seulement un gros investissement mais également de gros moyens humains. Posées sur la tourbe, leur fondation s'enfonce profondément dans le sol meuble, rendant peu aisé les travaux. Sur plus d'une dizaine de mètres par endroits, le marais n'offre pas une surface suffisamment stable. Un puit mit en place dans le parcours permet de mesure la profondeur à l'aide d'un long bâton. Il rend également visible les strates de la tourbe qui se compose de tourne blonde (vieille de moins 3000 ans), de tourbe brune (aux alentours de 5000 ans) et de tourne noire (12 000 ans et plus).

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Le bas-marais alcalin est un habitat de référence dans les suivis des milieux humides. Il représente 55% des zones humides de l'Isère. Il se caractérise par une mise en eau constante, pauvre en nutriments et très souvent calcaire. Les carex acidophiles y sont courants, de même que les sphaignes (famille des mousses). Ils sont le premier maillon dans la constitution de la tourbe. Peu communs, ces grands systèmes palustres sont surtout présents dans l'Est de la France, protégés par la topographie des montagnes.

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La cladiaie fait partie des milieux typiques du bas-marais. Ce sont de grands peuplements de marisques (Cladium mariscus) dont les tiges peuvent frôler les 3 mètres. Pauvre en espèces végétale, elle regorge d'animaux en particuliers d'oiseaux et d'insectes qui trouvent gîte parmi ses feuilles coupantes et ses tiges persistent à l'hiver bien que brunies par l'action du froid et du gel.

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La cladiaie se compose parfois de marisques poussants sur la matière végétale se trouvant à la surface de l'eau ou en suspension entre deux strates aquatiques. Vértibles radeaux flottants, ces îlots sont trompeurs pour le promeneur qui pense pouvoir y poser le pied et termine dans le fond du marais. L'accumulation de ces formations fait prémice au comblement du marais par la matière organique, laissant place au haut-marais qui se caractérise par une mise en eau périodique, des pelouses humides et la possibilité d'y mener des pratiques agricoles tel que la pâture, la fauche ou la mise en céréales sur les terres devenues arables.

Le marais nous donne des ailes. Nous n'avons pas vu les droseras, d'autres plantes carnivores encore bien différentes de celels qu'offre le mairais et que nous avons pu voir. Petit mais riche en découverte, le sentier à l'avantage de préserver une grandre partie du site du bruit et des regards des visiteurs, assurant un semblant de tranquillité aux animaux qui le peuple tel les hérons cendrés et les faucons hobereaux. Il nous reste bien d'autre ENS à découvrir, le prochain se situe dans les marais de l'Ainan, sur la commune de Chirens où pousse la rare et discrète Liparis de Loesel, une orchidée qui ne paye pas de mine mais dont la sauvegarde est capitale.

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vendredi 17 août 2018

Sortie en forêt 77.

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Il y a bien trop de monde sur les plages. Les grands lacs que sont Aiguebelette et Paladru sont pris d'assaut. Il est temps d'aller dans nos coins secrets en forêt pour trouver un peu de fraîcheur. Aux portes de la Chartreuse, une cascade discrète alimentée par l'Aigueblanche nous sert de terrain de jeu le temps d'une soirée.

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Le sureau de montagne (Sambucus racemosa) est bientôt à point. Ses baies se consomment en confiture ou en gelée une fois débarrassées de leurs graines qui sont riches en hétérosides cyanogènes. On les mêle souvent à d'autres fruits en raison de leur teneur en pectine qui permet une gélification rapide des préparations.  

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Depuis une éclaircie dans la forêt, il est possible d'observer Saint Laurent du Pont, du nom du Saint romain martyr, ainsi que la vallée du Guiers Mort dans la quelle cette petite ville de campagne se trouve. Elle est récente au regard de l'histoire géologique de la région, la vallée étant un lac lacustre jusqu'au début du Moyen Âge. Cependant, l'occuppation du site sur ses hauteurs est bien plus ancienne. Des reliques paléolithiques mais surtout gallo-romaines ont pu être exhumées. Des pierres taillées aux pièces en argent, en passant par l'hospice pour croisés lépreux et les dolmens allobrogènes, c'est un site historique où bien des secrets restent à être levés.

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Dans le sous-bois de la forêt mixte où se mêlent les sapins blancs et les hêtres, quelques traces laissées par un charmant oiseau ne trompent pas. Les lieux sont habités par la chouette hulotte (Strix aluco). Commune, son hululement lui a valu son nom de chat-huant. C'est une très bonne chasseresse qui permet la régulation des populations de micro-mammifères. Elle a pour habitude de régurgiter ses proies sous forme de pelotes de rejection qui s'identifient à leur taille mais aussi à la présence d'ossements, en particulier de crânes, en bon état.

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L'herbe aux sorcières (Circaea lutetiana) porte aussi le nom de Circée de Paris, en hommage à la sorcière Circé de l'Odyssé d'Homère. Il paraîtrait qu'Hermès porta à Ulysse quelques brins de cette plante comme antidote aux potions de la magicienne pour ne pas finir comme ses camarades en porcs. Son nom scientifique "lutetiana" fait pour sa part écho à la ville de Lutèce, qui de nos jours se nomme Paris. Appelée de la sorte dans de nombreux pays d'Europe, la Circée de Paris est souvent associée à la figure de la plante maléfique bien qu'elle soit que peu toxique. Dans certaines régions elle est nommée en patois "herbe aux sourciers" du fait qu'elle pousse de préférence dans les milieux riches en matière organique, humides et ombragés. 

Riche en tanins, on lui connaît dans la tradition populaire un usage médicinal, en particulier pour le soin des plaies et pour la bonne cicatrisation de celles-ci. Cependant, c'est sur les muqueuses qu'elle a de véritables effets, par sa nature de plante astringente. Fortement attachée au folklore européen, elle porte encore bien des surnoms comme ceux d'enchanteresse en patois français, de Gewöhnliches Hexenkraut en allemand (Herbe aux sorcières commune), de Enchanter's Nightshade en anglais (Morelle de l'enchanteur), de Erba-maga en italien (Sorcière commune) ou encore de Groot Heksenkruid en norvégien (Grande sorcière). Bien que présente de manière abondante sur presque tout le territoire français métropolitain, elle est intégralement protégée en région PACA du fait qu'elle y trouve plus rarement les conditions favorables à son développement, celle-ci n'aimant pas la salinité et les sols rocheux de la côte.

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Autre plante forte de notre folklore, la fougère aigle (Pteridium aquilinum). Son nom tiendrait au fait que tranchée, la moelle de sa tige laisse apparaître une tête d'aigle. Pour ma part je n'ai jamais rien vu de la sorte. Plante protectrice, on pensait que la brûler attirait la pluie en période de sécheresse et chassait les serpents des étables, ces derniers et plus particulièrement les vipères étant accusés de venir boir le lait aux pis des vaches.

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La saison des papillons noctures et forestiers bas son plein. Au sol, une aile d'un de ces lépidoptères (soit Catocala nupta nommée "la mariée", soit Catocala elocata nommée "la déplacée" à la vue des motifs et des couleurs), sans doute happé en vol par un oiseau ou une chauve-souris forestière, les chiroptères adorant croquer les gros papillons nocturnes.

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À savoir, à 2,25 kilomètres de là se trouve le clocher de l'église de Merlas. Celui-ci abrite une importante population de petits rhinolophes (Rhinolophus hipposideros), une espèce de chauve-souris devenue extrêmement rare en raison des pollutions lumineuses et agricoles qui ont mené à la disparition de leur habitat et de leurs proies. En période d'hibernation ou en repos, ce rhinolophe s'enroule dans ces grandes ailes et prend la forme d'une minuscule goutte, celui-ci ne dépassant pas les 7 grammes. Il mange de nombreux insectes qu'il chasse à la cimes des arbres, dans les bois, en lisière et dans les marais. Pouvant manger en une nuit plus d'une centaine de moustiques, il se tourne aussi vers les papillons nocturnes au vol plutôt lent et les araignées.

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Pas ou peu de champignons poussent en cette période de sécheresse, quelques satyres puants (Phallus impudicus) sortent ça et là pour le plus grand plaisir des mouches qu'ils attirent avec leur délicieuse odeur de cadavre. Je l'accorde, il y a plus romantique, de ce fait nous retournons dans l'eau jusuqu'au prochaine article.

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vendredi 27 juillet 2018

Sortie en montagne 20.

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CHARMANT SOM

 

C'est un mont bien connu de la Chartreuse de par son accès facile en voiture qui mène à son alpage du quel il faut moins d'une heure pour atteindre le sommet. Circuit familiale particulièrement bien adapté aux familles, on en oublierait presque que c'est également un lieu de nature sauvage du quel on peut très facilement observer la grande faune mais également faire de belle découvertes botaniques.

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À la croix, qui culmine à 1867 mètres d'altittude, il est possible d'observer les autres grandes montagnes emblématiques du massif comme Chamechaude, la Grande Sûre et la Dent de Crolles mais aussi, le monastère des pères Chartreux et les Entremonts qui portent bien leur nom. Toujours dans la même démarche que celle du précédant article traitant de la montagne, le Charmant Som vous est présenté à l'ermérgeance des premières fleurs quand le printemps se fait plus chaud mais que la neige tarde à partir puis, à l'arrivée de l'été en juin.

 

Au printemps

Il pleut à grosses trombe, ce qui nous assure d'être presque seuls dans notre escapade. Nous empruntons le sentier qui longe l'alpage ouest, à fleur des parois rocheuses au pied des quelles l'on peut parfois croiser des lagopédes alpins (Lagopus muta) en début septembre quand le temps se fait plus frais.

 

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Les combes sont encore enneigées et sur le premier kilomètre nous avons du nous avancer sur des névés où, fort heureusement, le chemin été déjà tracé par les pas de randonneurs équipés de crampons. L'herbe est alors encore jaunie, le manteau neigeux ne s'étant retiré que quelques jours avant notre arrivée.

 

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Voilà que se présente le merle à plastron (Turdus torquatus). C'est un gros passereau noir dont on peut aisément identifier l'espèce par la bavette blanche qu'il présente sur la gorge et une partie du torse. Typique des montagnes, selon la latitude et l'altitude mais aussi le caractère de l'individu,  il est sédentaire ou migrateur. Par chez nous c'est surtout l'étage alpin qu'il fréquente, en particulier la zone de transition entre la forêt et l'alpage.

 

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Nous n'en avions vu qu'un ou deux pied lors de notre première sortie à Chamechaude, nous sommes heureux de la croiser à nouveau. La soldanelle des Alpes (Soldanella alpina) est une plante qui aime les étages de haute altitude et peut se rencontrer jusqu'à 3000 mètres, pour un peu que l'on est bon marcheur. Apparaissant aux premières fontes des neiges, elle disparaît presque aussitôt. Très fragile, il est déconseillée de la manipuler.

 

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Se partageant les mêmes étages que la soldanelle (800 à 300 mètres), les marmottes des Alpes (Marmota marmota) font leur toutes premières sorties de l'année ! Ce gros rongeur de 40 à 60 centimètres peut aisément atteindre 8 kilos, donnant une silouette fort corpulente qui peut être allourdie par le pelage dense de l'animal. Typique des Alpes comme son nom l'indique, elle a été lâchée dans d'autres massifs comme celui des Pyrénnées.

 

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Malgré son nom de bois gentil ou de bois joli, on ne serait oubilier que le daphné morillon (Daphne mezereum) est un arbuste fortement toxique, que cela soit son bois, ses feuilles ou ses baies dont la dose létale chez l'enfant s'évalue à 4-5 fruits, 10-20 chez l'aldutle. On les utilisait de ce fait pour empoissonner les animaux vus comme nuisibles mais s'est un arbre qui fût fort précieux dans les temps anciens, en particulier pour teinter le linge en jaune. Ses fleurs roses et son parfum suave ont permis sa diffusion dans les jardins de plus basse altitude. 

 

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Populaires chez les amoureux des belles randonnées, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont encore en bouton. Eux aussi ont quitté les montagnes pour se diffuser dans les jardins des particuliers. Appelé parfois laurier rose des Alpes à tord, il est typiques des landes alpines à éricacées qui se situent entre 1400 et 2200 mètres, bien que son étage de prédilection se situe entre 1600 et 2400 mètres.

 

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L'orchis sureau (Dactylorhiza sambucus) est uen orchidée des alpages qui a la particularité se présenter une forme jaune vanille et une forme fushia. Son nom vient du parfum qu'elle dégage, en particulier en fin de floraison et qui se rapproche du sureau noir (Sambucus nigra) dont les ombelles sont prisées par les amateurs de cueillettes sauvages pour réaliser des sirops, des vins et des limonades parfumées.

 

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En cours de route nous tombons sur nos premiers mouflons corses (Ovis aries musimon) de l'année. Introduits pour la chasse sportive, ils forment l'une des deux populations de mouflons présents sur la France continentale, cette espèce étant endémique à l'origine de l'Île de beauté. Introduits  à la fin des années 1990, les 15 individus relâchés ont donné vie à une troupe de pas moins 90 têtes. Des lâchés ont été depuis reprogrammés pour maintenir la population stable, éviter la consanguinité et la pérenniser sur le territoire bien que le milieu ne soit pas vraiment adapté à ce type d'animaux préférant les pentes rocheuses et moins vertes typiques de la Corse.

 

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Le brouillard se lève quand nous atteignons le sommet, une constante dans nos explorations. Nous restons bien sagement sur le sentier, un décrochage étant vite arrivé. Les pierriers sont entourés d'herbe verte et de narcisses jaunes (Narcissus pseudonarcissus), appelé bien souvent jonquilles bien qu'ils n'en soient pas.

 

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Au loin, la Grande Sûre sort de son écrin de nuages. C'est notre prochain objectif, déjà nous avons pu en parcourir les pentes boisées au moment de la rédaction de cette article, pour récolter entre autre les jeunes pousses de sapin et d'épicéa pour la confections de délicieux sirop. La suite dans un prochain article.

 

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Lui aussi est un incontournable des montagnes de Chartreuse. Le chocard à bec jaune (Pyrrhocorax graculus) n'est pas un banal corvidé au plumage noir. Leur chant très mélodieux se compose de sifflements longs et de cris roulants. Il est un habitué des pâtures et alpages de montagnes où il se nourrit d'insectes, de mollusques, de baies et parfois de petites charognes. Chapardeur, il aime tourner autour des restaurants d'altitude.

 

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Sur la fin de parcours nous voyons enfin les chamois (Rupicapra rupicapra). Tous le long de notre marche, nous les avons croisés, parfois à quelques mètres nous, sans pouvoir figer l'instant magique que nous vivions. La route menant au sentier étant encore peu fréquentée à cette période de l'année, ils ont pris loisir à pâturer en bordure de celle-ci. D'effectif très réduit dans les années 1960, il est aujourd'hui bien implanté dans les massifs français.

 

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Le long du sentier nous tombons sur deux orchidées au nom évocateur. À gauche figure l'orchis moucheron (Gymnadenia conopsea) appelée aussi orchis moustique, peut être en raison du long éperon de ses fleurs et qui dégage une délicieux odeur. À droite l'orchis grenouille (Dactylorhiza viridis) qui présente des fleurs surprenant et que l'on retrouve dans tous l'alpage faisant dos à la fromagerie située en contre-bas.

 

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Le sommet ? Non, un contre-point rocheux qui mène à celui-ci. À la belle saison il se peuple d'aconites-tue loup (Aconitum lycoctonum subsp. vulparia) qui, avec l'aconite napel nommée casque de Jupitère (Aconitum napellus subsp. napellus), est l'un des deux plantes les plus toxiques d'Europe continentale.

 

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Voilà enfin le sommet, depuis lequel on voit le monastère des Pères Chartreux. Cependant, ce n'est pas là que le précieux élixir, la Chartreuse, est distillé. D'atteinte facile, la croix symbolise les 1867 mètres d'altitude du Charmant Som et se trouve sur les lapiaz, des rainures et creux formés par la pluie sur la roche tendre faite de calcaire. Familiale, cette randonnée est un incontournable pour les habitants du bassin grenoblois et du massif.

 

Les prémices de l'été

Voilà la sortie du soleil, enfin ! La floraison bat son plein, il est temps de reprendre les chaussures et le sac de randonnée pour observer tout ça en directe. Nous ne sommes pas les seuls à en avoir l'idée et bientôt le parking de l'auberge du Charmant Som se couvre d'une soixantaine de voiture. Pas farouches, nous entreprenons de botaniser au milieu des enfants, des coureurs et des amoureux de la montagne.

 

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Le sorbier petit néflier (Sorbus chamaemespilus) est une découverte pour moi. Appartenant à la grande famille des alisiers, cet arbrisseau ne dépassant pas un mètre présente une corolle de fleurs rosées. Rare dans le Massif Central, c'est surtout dans les Pyrénées, les Alpes et le Jura qu'on peut l'observer dès 1200 mètres d'altitude.

 

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L'alpage est devenu verdoyant et accueille les vaches, de belles tarines, le temps de l'estive. Matin et  soir, elles rejoignent l'étable de traite. Le lait est directement traité sur place pour devenir des fromages qui sont affinés pendant un an et plus avant d'être mis en vente. L'un des plus célèbres est le coeur de Chartreuse.

 

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Enfin, les rhodendrons ferrugineux (Rhododendron ferrugineum) sont en fleurs. Ils colorent de rose les abords du sommet, ne laissent personne insensible à ce spectacle. Très nectarifère, il est apprécié des abeilles domestiques dont le miel blanc ivoire est commercialisé dans les Pyrénées sous le nom de miel de rhododendron. Son nom scientifique vient du grec et signifie littéralement arbre (Dendron) rose (Rhodo) rouille (Ferrugo).

 

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Voilà belle lurette que l'orchis mâle (Orchis mascula) ne fleurit plus à l'étage colinéaire et en plaine. En montagne, l'altitude aidant, on peut encore le voir fleurir. Cette orchidée terrestre se distingue des autres taxons rencontrés sur le Charmant Som par l'odeur dégagée par ses fleurs violines, proche de celle de l'urine de chat.

 

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Le trolle d'Europe (Trollius europaeus) n'est pas une créature du folklore local mais une plante de la famille des renoncules aux imposantes fleurs jaunes dont seuls certains bourdons parviennent à forcer les pétales pour les féconder. L'impression que donnent les inflorescences d'être perpétuellement en bouton ou non éclosent leur a valu leur surnom de boule d'Or. À savoir, le terme trolle venant de l'Allemand "Trol" et voulant dire "globe".

 

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Un pigamon à feuilles d'ancolie (Thalictrum aquilegiifoliumus) est sur le point de donner ses premières fleurs. Cette espèce se rencontre d'ordinaire dans les bois et les ravines de montagne mais aussi les marais d'altitudes et les prairies riches en matière organique et en apports azotés. Sa floraison débute en juin et se poursuit juillet.

  

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Nouveau focus sur la gentiane acaule (Gentiana acaulis). C'est une espèce calcicole, c'est à dire qui apprécie le calcaire. La roche mère étant de cette nature et affleurant bien souvent la litière, pour même parfois la remplacer, cette plante à fleur se trouve bien aisée de s'y développer au point d'en trouver un pied sur chaque rocher composant la délimitation du sentier. Avis aux amateurs, on la trouve entre 1400 et 3000 mètres d'altitude.

 

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Botaniser, c'est aussi tomber sur des colles. Voilà quatre belles,  certaines dont il est aisé de donner le genre ou la famille comme pour les cirses et le renoncule de cette série de photos. Pour l'espèce sa coince. La patience devient alors la meilleure des armes, pour peu que l'on ait pensé à photographier les feuilles ... 

 

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Nouvel arrêt, cette fois au sommet. Les nuages sont beaucoup plus dissipés, nous pouvons cette fois-ci profiter du spectacle. En face de nous au loin, le Pinet, à gauche Chamechaude, à droite la Dent de Crolles et derrière, la Grande Sûre. Des sommets emblématiques que nous rêvons d'explorer à nouveau. Dans les lapiaz, l'ail du cerf (Allium victoralis) et la gesse jaune (Lathyrus ochraceus) ne vont pas tarder à faire leur apparition.

 

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C'est aussi du sommet que nous avons l'une de nos plus belles surprises de la journée. Ce n'est pas un mais quanrante mouflons corses (Ovis aries musimon que nous voyons remonter l'alpage auquel nous faisons face.

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Une partie des mâles mène la marche, suivie des femelles et des nombreux petits. Ils se dispersent le temps de brouter le coteau pentu avant de dispraître derrière la crête rocheuse. C'est sur le coup des 17 heures que le troupeau se rassemble et quitte le fond du plateau pour remonter vers son air dortoire. Le bêlement de ces animaux ne va pas sans surprendre le promeneur et pour cause, les mouflons sont les ancêtres directes des moutons (Ovis aries). Cependant le mouflon Corse ne serait être à l'origine de ces derniers, c'est dans les espèces situées à l'est et au Sud de l'Eurasie qu'il faut regarder de plus près, en particulier chez le mouflon oritental (Ovis orientalis).

 

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La pensée à deux fleurs (Viola biflora) ne supporte pas le gel. Elle survit en altitude grâce aux névés, les fontes de neige tardives. Protégée part le manteau neigeux, la plante ne laisse pas de prise au froid. Dés la fonte, elle sort de sa torpeur et fleurie. De ce fait on la trouve souvent dans les zones abritées comme les crevasses et les failles rocheuses mais aussi les marais des hauteurs, cette espèce ayant d'importants besoins en eau.

 

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Assis sur les hauteurs, nous nous armons de patience pour voir à l'aide de nos jumelles et notre objectif le va-et-vient des marmottes. Nous suivons aussi du coin de l'oeil le vol infatigable des martinets à ventre blanc (Tachymarptis melba) dont les passages en rase motte au dessus de nos tête font siffler l'air.

 

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L'orpin rose (Rhodiola rosea) n'est pas un orpin et n'appartient même pas au genre des sedums. Nommé également racine d'or, c'est une plante typique des étages de haute altitude mais aussi des pays proche du cercle arctique. Rare, c'est une plante médicinale précieuse pour sa capacité à traiter les états dépressifs. En Sibérie, la racine d'or est couramment utilisée pour lutter contre le manque de soleil qui conduit à des états suicidaire de mélancolique profonde. Son nom d'orpin rose vient de la forme de ses feuilles semblabes à celle des plantes dites grasses et du parfum puissant de rose que dégage sa racine quand elle est tranchée.

 

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La dryade à huit pétales (Dryas octopetala) est une fleur qui tire son nom des dryades mythologiques, des nymphes des arbres affiliées aux chênes. Ce sont de belles jeunes filles timides et souvent bienveillantes dont il faut s'assurer les grâces pour abattre les arbres et les forêts qui sont sous leur protection.

 

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Encore une plante qui doit son nom au massif alpin. Le carmérisier des Alpes (Lonicera alpigena) est un chèvrefeuille qui peut destabiliser au premier abords par sa petite taille et ses grandes feuilles galbres.

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Présent entre 500 et 2200 mètres, il a une préférence marquée pour les bois de hêtres. Sa floraison s'étale de mai à juin. Elle est caractérisée par l'apparition des fleurs liées deux par deux par un ovaire double, ce qui donne des fruits en forme de coeur allongé ou de petites cerises à la fin de l'été. On ne serait les croquer, les baies étant toxiques pour nous autres humains masi faisant le délice des passereaux.

 

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Redescente sur l'aplage puis le parking, avec toujours en vue les verts pâturages, les affleurements rocheux où les grandes gentianes jaunes s'établissent et se confondent parfois avec les vératres blancs, entourées de gaillet. Il nous faudra revenir percer les secrets des fossiles emprisonnés des roches qui scellent l'entrée du sentier, des oiseaux trop rapides pour être saisis et identifiés, des milliers de baies en formation et des lys martagons qui se font désirer en ce début d'été. Septembre semble être le meilleur mois pour revenir profiter de ce petit coin de paradis.       

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jeudi 17 mai 2018

Sortie en campagne 9.

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Marche paisible le long de l'Azergue dans l'Ain un soir de mai. Le temps est doux, les Saintes Glaces n'ayant pas encore frappées. Nous avons alors tout le loisir d'écouter le chant des oiseaux mais surtout, de nous exercer à l'enthomologie. Dans la pénombres, certains insectes commencent à se faire discrets. C'est le moment pour eux de sortir, dissimulés par l'obscurité de leurs prédateurs.

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La piqûre de certains provoquent sur les végétaux d'étranges formation. Cette ronce (Rubus sp.) en a fait les frais, à moins que la dégénération observer ne soit le fruit d'une mutation génétique, une grande partie du plan présentant des amas de feuilles effilées avec des rameaux naissants nains et souples. Un virus, un champignon, une bactérie, une erreur dans la formation des tissus à la naissance du plantule ou une piqûre d'insecte sont tout autant de pistes possible pour expliquer cette magnifique galle.

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Sur une feuille de chêne, une tenthrède verte (Rhogogaster viridis) est une mouche chasseresse qui se nourrie de petits arthropodes et d'asticots. Bon axillaire au jardin, ses larves phytophages imitent les chenilles. Elles sont peu aimées du jardinier car elles peuvent causer de très gros dégâts sur les arbustes du verger.

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La saison des amours bat son plein. Ce couple de Cantharis pellucida semble bien occupé. Ils illustrent l'importance d'employer les noms scientifiques pour parler d'une espèce, ces insectes n'ayant pas de noms communs.

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En Angleterre, ils sont surnommés soldier beetles en raison de leurs couleurs semblables à celles des uniformes des soldats britanniques du 18e et du 19e siècle. Leurs larves possèdent un corps mou et allongé brun qui se font à la couleur de l'humus. Elles chassent sur le sol et plus rarement dans la végétation les petits insectes. Les adultes ont un régime alimentaire plus variés et bien qui leurs arrivent d'être carnassiers, préfèrent se nourrirent de pollen et de nectar.

Ils appartiennent a la grande famille des cantharides dans les quels on trouve de nombreuses espèces. Divisés en deux sous-familles, la plupart d'entre eux sont toxiques et le signales par leurs couleurs voyantes. On dit alors d'eux qu'ils sont aposématiques à la manière des coccinelles, des guêpes et de certains serpents.

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Ce ne sont pas les seuls à être à la fête. Ces cantharides communes (Cantharis fusca) se différencient de leurs cousins Catharids pellucida par leur couleur noire. Carnivores, ils chassent à la lisière des bois, des haies et des fossés. La raréfection de leur habitat a conduit à une fulgurante dimunition de leur population. 

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L'hyponomeute du fusain (Yponomeuta cagnagella) est un papillon blanc tacheté de de noir qui a une progéniture très prolixe. Ses chenilles se nourrissent de fusains d'Europe (Euonymus europaeus) sur lesquels elles tissent de grands cocons et dévorent les feuilles. Bien qu'impressionnants, les dégâts ne sont que peu impactants pour les arbres et ne détruisent que les jeunes plans, limitant ainsi le renfermement du milieu.

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Le bombix du chêne (Lasiocampa quercus) prend parfois le nom de minime à bandes jaunes. Sa chenille, contrairement à son nom, se nourrie d'une grande variété d'essences dont la bruyère  arbustive, l'aulne commun et le noisetier commun (Corylus avellana) comme ici. Pondus en vol, les oeufs sont posés sur les feuilles au hasard. Gourmandes, les larves qui en sortent mangent pratiquement aussi vite qu'elles ne digèrent, ce qui donne parfois des sueurs froides au horticulteurs qui les croisent. Sur cette photographie, il s'agit d'un individu qui semble avoir atteint sa dernière mue. La prochaine étape pour cette chenille est la mue puis l'imersion en adulte que l'on nomme alors imago. Présent partout en France, il n'a pas été recensé en Corse depuis 1980, signe que celui-ci à peut être disparu de ce territoire, signe qu'il en a peut être disparu.

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Le datura stramoine (Datura stramonium) ne va pas tarder à pointer son nez. Plante des sorcières, il pullule l'été sur les forums d'identification végétale. Toxique, elle cause chaque année des empoisonnements. Ce n'est pas pour autant une plante à méprise. Son origine incertaine (il serait mexicain) contribue au mystère qui l'entoure. Que cela soit en Inde, au Mexique, dans les montagnes des Alpes ou dans sur les plateaux du Maghreb, il est depuis des centaines d'années utilisés dans des rites magiques et chamaniques. Cependant, le néophyte ne serait s'y laisser tenter, quelques grammes de datura ingérés pouvant causer une mort lente et douloureuse. Elle entre également dans les rites vaudouistes de zombification qui font frémir l'imaginaire occidental.

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La grande berce (Heracleum sphondylium) est la plante symbolique d'Hercule, le célèbre héros mythologique. Elle se rencontre sur les sols à tendance humide et riches en matière organique. Elle attire de nombreux insectes qui y trouvent refuge pour se nourrir et pour chasser.

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Adorée à l'antiquité, elle est appelée parfois patte d'ours ou patte de loup en raison de la forme de ses feuilles à la foliole très découpée. On l'associait au moyenne âge à la magie blanche, peut être en raison de la couleur de ses grandes ombelles. Comestible, on peut presque tout manger chez elles, que cela soit les tiges, les feuilles ou les graines à l'odeur de mandarine. Bien que n'étant pas aussi photo-sensibilisante que la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum), elle peut elle aussi provoquer des dermites plus ou moins importantes, d'où l'importance de la manipuler avec précaution pour ne pas se blesser.

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Le printemps se vêt tout de blanc. Le lamier blanc (Lamium album) est le seul lamier dont on fait usage en phytothérapie. Expectorant et aidant au renforcement du système sanguin, on l'utilisait en médecine populaire (selon la théorie de signatures), pour aider à la lactation du fait de sa blancheur qui évoque la couleur du lait.

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En voilà un qui a fait de la gonflette. L' Oederma nobilis est insecte n'ayant que pour nom leur nom scientifique. Les mâles présentes des fémurs supérieurs extrêmement musclés pour séduire les femelles, ce que l'on retrouve parfois chez l'espèce humaine. Il se nourrit du nectar et du pollen des fleurs printanières.

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La stelalire hostellée (Stellaria holostea) couvre les sous-bois et les abords des lisières. Son nom signifie "constitué par des ossements" en raison de ses tiges semblables à des os de fémur de part les noeuds marqués à leurs extrémités. Cassante d'où son surnom de craquer, on l'utilisait par effet de miroir comme remède aux fractures.

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Sa reproduction la rend très compétitive. Elle possède des fleurs qui donnent des graines, qui légères, sont dispersées par le vent mais aussi, des rhizomes traçants qui la multiplie par reproduction végétatives comme chez les fraisiers. On peut consommer les jeunes pousses et les jeunes feuilles en salade mais il faut prendre garde à ne pas en abuser, au risque de subir ses effets laxatifs pouvant parfois dégénérer. Riche en saponines et flavonoïdes, elle peut être consommée pour aider à la digestion mais aussi appliquée sur la peau pour soigner certaines lésions cutanées.

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L'armoise commune (Artemisia vulgaris) est la plante des femmes et d'Artémis, la déesse protectrice des souffrantes. Légèrement toxique, elle est employée bien souvent pour calmer le flux menstruel et les douleurs que celui-ci engendre. Présente sur presque tous les continents, elle est utilisée dans les cultures chamaniques comme plante rituelle. Un usage trop important ou trop régulier peut conduire à des vomissements.

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Une chasseresse se tient à l'affût sur sa toile. Les araignées sont connues pour les toiles mais certaines préfères vivre au sol et courir après leurs proies en sortant de leur tanière creusée dans le sol et recouverte de soie. La Bagheera kiplingi a même fait le choix de devenir végétarienne pour ne pas subir de concurrence.

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Les guêpes sont en pleine effervescences, la construction des nids semble bien entamée. Il pourrait s'agir ici de guêpes communes (Vespula vulgaris) qui utilisent leurs mandibules pour racler le bois mord. Mâché puis régurgité en boulettes, le bois devient papier et permet de construire les alvéoles qui accueillent les oeufs.

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Au d"tour d'un chemin, une fleur de lilas tombée au sol. Nous longeons les terrains d'une grande et célèbre pépinière. C'est l'occasion de ramener un petit bout de printemps avec soi.

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Le temps de la récolte commence à prendre fin pour certaines fleurs. L'ail des ours (Allium ursinum) est sur sa fin, les pistils gonflées des fleurs indiquent qu'il n'est plus le moment de la récolter, il faudra donc attendre l'an prochain, d'autant plus si aucun bocal de pesto cette délicieux plante n'a été réalisé. Pas de panique, il reste bien des choses à mettre dans le panier, l'aubépine par exemple n'a pas finie de fleurir, en particulier dans les étages plus montagnards de la région. Peut être fera-t-elle l'objet du prochaine article.

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lundi 30 avril 2018

Récoltes sauvages du début d'année.

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Le temps des récoltes a débuté, le panier se remplit enfin de champignons et de fleurs. Cette année, je renoue avec mon âme de sorcière. Les week-ends et les vacances se ponctuent de sorties sur le terrain, à la recherche des plantes comestibles et des médicinales à mettre en pots. Cependant, ce n'est pas une pratique aisée, elle demande non seulement de connaître ce que l'on récolte plutôt bien voire très bien, mais aussi de maîtriser la réglementation pour préserver les ressources. À ce sujet, je vous conseille de jeter un coup d'oeil sur les arrêtés locaux disponibles sur Tela Botanica, l'INPN et Flore Alpes en n'hésitant pas à croiser les sources pour plus de justesse.

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Alors, que trouve-t-on dans mon panier ? De délicieux morillons à demi-libres (Mitrophora semilibera) parmi les fleurs. Bien que moins parfumés que les morilles (Morchella sp.) avec les quelles il partage les mêmes milieux (de substrat calcaire), ils restent délicieux, surtout quand ils s'accompagnent de crème fraîche. Et puis ils y a les fleurs, les fougères, les racines fraîches. Les fleurs jaunes au calice vert clair sont celles de la primevère offcinale (Primula officinalis) nommée dans les campagnes coucou. Elle tient ce surnom du fait qu'elle fleurit en même temps que l'arrivée de l'oiseau du même nom. J'ai pour habitude de la récolter depuis l'enfance, en reprenant les gestes de ma mère et de ma grand-mère, et bien que ces cueillettes étaient plus un amusement qu'autre chose, j'ai gardé cette habitude. Je les utilise en infusion pour l'endormissement, pour me calmer ou pour les maux de gorges, de par les propriétés adoucissantes et apaisantes. Cependant je reste prudente, les primevères étant des plantes fortement allergisante. En cuisine je les intègres fraîches aux omelettes, un régale ! Petit détail, il est nécessaire de retirer le calisse de la fleur, un travail long et minutieux.

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Et les fleurs roses ? Ce sont celles du lamier maculé (Lamium maculatum). Récoltées le plus souvent pour décorer les plats, celles-ci n'ayant pas de réelles propriétés, j'aime les utiliser pour colorer les infusions en un rose profond, surtout quand il s'agît de faire des tisanes de plantes qui, dans mes drôles de potions, donnent des couleurs parfois peu appétissantes. Il est souvent confondu avec le lamier pourpre (Lamium purpureum). Et pourquoi avoir récoltée la capillaire des murs (Asplenium trichomanes) ? Tout simplement pour animer les stands que je tiendrai d'ici peu avec ma compagnie médiévale, la Corne percée, où je joue le rôle de l'herboriste ! Cette petite fougère avec bine d'autres étaient utilisées au Moyen-Âge pour lutter contre la chute des cheveux. Pour se faire on l'appliquait mélangée à de la crotte de chat. Peu ragoûtant, n'est-ce pas ?

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Après une ballade forestière, nous revenons avec bien d'autres trésors. En violet, des violettes odorantes (Viola odorata), dont je conserve les fleurs en partie pour leurs propriétés laxatives et émollientes. Une fois séchées, il n'en reste presque rien. J'aime les mettre en bouteille dans mes rhums arrangés. Elles se mêlent ici aux inflorescences jaunes de tussilage (Tussilago farfara) appelé aussi pas-d'âne en raison de la forme de ses feuilles. On les utilisent en médecine populaire pour soigner les infections et problèmes pulmonaires, mais avec parcimonie car la plante est hépatotoxique. Celles-ci finiront en flacons et seront présentées dans les grandes manifestations médiévales.

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On trouve aussi dans mon panier des bourgeons de hêtre commun (Fagus sylvatica). Leur usage est assez récent, surtout à travers la gemmothérapie (le soin par les bourgeons), et plus particulièrement dans les soins "anti-âge". Je trouve intéressant de pouvoir présenter au public des espèces qui ont un usage ancestrale ou tout récent et ainsi, de montrer que les relations hommes-plantes sont en continuelles évolution.

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C'est le temps de récolter l'ail des ours (Allium ursinum). Attention aux confusions ! Chaque année on compte quelques graves incidents leur des récoltes, dûs en particulier à la confusion entre les feuilles de cet ail avec celles des jeunes feuilles d'arum ou de muguet, sourtout quand elles sont ramassées à grandes brassées. Les feuilles finiront cuisinées comme du pesto ou séchées. Les boutons floraux sont sautés à l'huile d'olive et cuits dans une omelette, mais certains les préfèrent au vinaigre, comme les câpres. La cuisson retire le fort goût qui peuvent en faire fuir plus d'un. C'est une excellente plante comestible, assez recherchée.

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Pour en revenir aux morillons, on les trouve en compagnie de plantes fascinantes. La feuille bien verte est celle d'un pied de moscatelline (Adoxa moschatellina), une plante très discrète à la floraison verte et dont la fleur sent le musque. La petite fleur jaune en arrière fond et aux pétales décolorés est celle d'une ficaire fausse-renoncule (Ficaria verna). Toxique, on peut néanmoins consommer ses feuilles en salade en petite quantité, pour leur richesse en vitamine C. Les marins l'utilisait pour lutter contre le scorbut qui était courant en mer, en raison de leur alimentation peu diversifiée et très pauvre en vitamines par l'absence de fruits frais.

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Morilles et autres morillons poussent parfois dans le parc de la maison, dans un grand tapis d'égopode podagraire (Aegopodium podagraria). Souvent chassé du jardin car envahissant, on oubli trop facilement que c'est un légume ancien importé par les romains en Gaule puis oublié. C'est une plante qui se définit par le chiffre 3: une tige à trois face, trois feuilles composées de trois folioles ... on ne peut pas la louper. On peut la manger crue mais la panachée reste de la consommer cuite à la vapeur, en soupe ou en gratin. Noméme l'herbe aux goutteux, elle soignerait la goutte par son action sur l'acide urique.

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Le cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris) commence sa floraison. La racine très toxique a été pendant des siècles utilisée comme abortif. Cependant, ses parties aérienne bien qu'ayant un goût particulier, on pu être consommées comme légume, les fleurs et fruits comme condiments aromatiques.

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Dans les taillis de genêt à balais (Cytisus scoparius), où nous suivons les sentiers tracés par les sangliers à la recherche du chemin forestier, nous tombons sur la maison forte du lac de Saint Sixte. Réputée comme hantée, il n'en est rien. Chef-lieu des rassemblements de résistants pendant la seconde guerre mondiale, elle fût incendiée par l'occupation pour mettre fin à ces réunnions. Depuis elle est laissée bons soins des éléments et de la forêt.

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Historiquement elle se composait d'une bâtisse équipée d'un immense escalier à double entrée désormais couvert de lierre, d'une chapelle, d'un corps de grange et d'une écurie. On y accède en suivant le chemin forestier menant au lac en contre-bas mais le site étant une propriété privée, il est bien plus sage de ne faire qu'y passer sans s'y aventurer, les risques de chutes de pierres et de gravats étant bien réel.

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Le printemps, c'est aussi la saison de la tonte des moutons. Une brebis non tondue, c'est une brebis qui souffre. Au bout de 3 ans, l'épaisseur de laine devient trop imposante, l'animal ne parvient plus à se sécher seul. Les pluies et les rosées peuvent conduire à des hypothermies. Les parasites, en particulier les tiques et les acariens, viennent se loger entre la toison et la peau, pouvant provoquer de graves dermites. Il peut aussi rester bloqué dans les taillis. Bref, tout ce petit monde passe à la tondeuse, non sans être dubitatif de l'entreprise. Cependant, en les voyant gambader dans le pré, on se doute bien que c'est une libération. Issus des mouflons, nos moutons modernes ont été conçus, au fil des sélections, pour produire de la laine. Cependant, ils ne sont pas adaptés pour la porter toute leur vie, à la différence de certaines races à viande très anciennes. Une intervention humaine est donc nécessaire pour que les animaux restent en bonne santé.

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Ho ! Mais qui voilà qui frappe au carreau ? Ce gros-bec casse-noyaux mâle (Coccothraustes coccothraustes) a prit l'habitude de se rendre à la fenêtre où se trouve la mangeoire, bien que celle-ci soit vide depuis un moment. Il a aussi prit l'habitude de d'attaquer violemment la fenêtre, non pas pour quémander de la nourriture, mais pour affronter son reflet, celui-ci y voyant un rival. Ses coups de becs ne sont pas tendres.

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Le temps des récoltes continu. En pleine, les consoudes commencent à sortir et les pulmonaires fanes, mais dès que l'on prend un peu d'altitude, le printemps débute à peine et si on se rend sur les sommets, on peut encore marcher dans les dernières neiges. Il est donc aisé d'échelloner ses récoltes, pour peu que l'on est la bougeotte que l'on connaisse un poil le territoire que l'on parcours. Les marais des Terres Froides donnent encore des fleurs de coucous et les plaines du Ventoux se libères de leurs dernières hellébores fétides, tandis que les Calanques offrent les premières aphyllanthes de Montpellier. Le choix est vaste.

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