samedi 11 avril 2020

Sortie en montagne 30 : la Savoie, ça vous gagne.

DSCN1139Nous y voilà de nouveau. Non contents d'y avoir passé quelques jours, nous sommes repartis en vadrouille pour cette fois-ci explorer les contrées de la Savoie et de la Haute Savoie et comme toujours, en nous concentrant sur les grands lacs. Bourget du lac, lac d'Annecy et lac Leman, voici quelques unes de nos escales alpines qui prennent vite des airs de séjour balnéaire. Pourtant, nous ne sommes pas là pour lézarder, mais pour nous perfectionner dans l'observation des oiseaux et sommes bien heureux d'avoir pu découvrir de nouvelles espèces tout en saisissant les subtilités de la parade nuptiales d'autres. Cette fois encore, ce ne sera pas la botanique ni la mycologie qui primeront mais cela tarder avec l'arrivée des beaux jours et du printemps, enfin, quand il nous sera permis de sortir. En attendant, on se plonge dans les archives 2019 pour faire un peu de tri et se souvenir.

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Arrêt à Motz. Nous retournons faire la ballade qui nous avait temps plus la première fois de notre venue. Les tarins des aulnes (Spinus spinus) s'agitent dans les arbres, occupés à picorer les strobiles (fruits femelles) d'un aulne glutineux (Alnus glutinosa). Avec son plumage jaune vif, son casque noir et son ventre blanc légèrement moucheté de noir et de gris, on le reconnaît aisément. La plupart repartirons bientôt dans le grand nord.

DSCN0609Le nid est tressé avec adresse par les deux parents au sommet d'un arbre. On ne le détecte qu'aux cris aigus des parents à la fin de la saison des amours et aux piaillements des poussins. La ponte donne 4 à 6 oeufs qui ne seront couvés par la femelle que pendant deux semaines. C'est le même temps qui sera nécessaire aux deux parents pour nourrir leurs petits avant que ceux-ci prennent leur envol. Réglés comme du papier à lettre.

DSCN1064La mésange bleue (Cyanistes caeruleus) est un oiseau sublime qui porte sans mal son nom.  Vive, elle est un peu plus petite mais plus agressive que la mésange charbonnière (Parus major) qui présente une tête noire. Celle-ci aborde une plumage nuptiale extrêmement vif qui là rend plus que photogénique. I est bien difficile de différencier mâle et femelle, même en l'ayant en main, la taille et la dimension de la calotte bleue étant de quelques millimètres plus importante chez monsieur. Se déplaçant souvent en petite troupe, elle devient très territoriale à la période de reproduction. Le couple formé met beaucoup d'énergie à chasser les intrus de son territoire. C'est sur celui-ci que l'on trouve le nid, fait de mousses, de poils, d'herbes sèches et de plumes dans une cavité. C'est là que 9 à 13 poussins seront élevés avant de prendre leur indépendance. Les jeunes se reconnaissent à leur plumage jaune.

DSCN0554Nous rêvons éveillés. Nous ne pensions pas voir cette oiseau ici, et notre rencontre se fait tout à fait au hasard. Voici la rémiz penduline (Remiz pendulinus), dont le mâle aborde un masque noir tel Zorro, un dos bleu-grisé et des ailes brunes. Son nom de penduline vient de son nid, qui à la façon des tisserins, se présente comme une nacelle fermée de brins d'herbes sèches entre mêlées. Au paravent, nous ne l'avions vu qu'une seule fois.

DSCN0561Six oiseaux, deux femelles et quatre mâles s'aventurent au sommet des phragmites (Phragmites australis). Nous ne les verrons pas les autres jours, le vent et la pluie, même légers, les dissuadant de se poser au sommet des joncs. Ils ne sont pas connus pour nicher en Savoie et en Haute Savoie et bien que présents sur le site pendant tout l'hiver, ils repartiront bientôt, de préférence dans une ripisylve de peupliers et de saules.

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Entre les roseaux, deux corneilles noires (Corvus corone) dans une cuvette de pierre font leur toilette dans l'eau du Rhône. Une vraie baignoire de luxe. Le fleuve s'ouvre en une grande étendue où les cygnes, les cormorans, les colverts et autres foulques prennent plaisirs à barboter avec en fond, la montagne enneigé. L'endroit est tout trouvé pour observer les oiseaux s'ébattre et vaquer à leurs occupations, depuis la rive sur un banc. 

DSCN0917Les bruants des roseaux (Emberiza schoeniclus) peuvent se montrer nombreux quand un endroit leur plaît. Il ne faudrait pas pour autant imaginer que leurs populations se porte bien. La diminution vertigineuse de leurs effectifs les places désormais parmi la liste des passereaux menacés en France. Il s'agit ici d'une femelle, reconnaissable à sa tête brune ou non entièrement noire, caractéristique propre aux mâles adultes.

DSCN0712Premiers pas de l'année
au bord du lac du Bourget.

Enfin, nous partons à l'abordage des rives du lac du Bourget. Expiant les mauvais souvenirs de pluies et de vent lors de notre dernière venue, nous profitons d'un ciel certes gris, mais sans goutte, pour faire nos vrais premières observations ornithologiques. Les grèbes huppés (Podiceps cristatus) sont en pleine parade, nous les croiserons de nouveau un peu plus tard dans le séjour où nous pourrons observer de près leurs ébats amoureux. Il y a peu de monde, la neige n'ayant pas encore attiré la plupart des amoureux des cimes blanchies. C'est une aubaine pour nous. Oeil plongé dans la longue-vue, mains serrées sur les jumelles et regard rivé sur la surface de l'eau, nous sommes attentifs au moindre mouvement. En décembre, plus d'un millier d'oiseaux étaient réunis là. Ce jour, ils sont un peu plus de 300, ce qui donne tout de même de quoi travailler.

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J'adore les bergeronnettes grises (Motacilla alba). Leurs petits sauts, leurs aller-retours incessant de leur queue et leurs hochements de tête en font de véritables oiseaux à piles. Grande bavette et casque noirs, face blanche et corps gros, on les reconnaît aisément. Elles sont toujours liées à des milieux humides, que ce soit un champ détrempé, une berge de rivière ou la rive d'un grand lac. Elles se nourrissent de petits invertébrés.

DSCN0640Le comptage est lancé. Les grèbes huppés se promènent endormis parmi les fillugules morillons (Aythya fuligula). Après de longues minutes, voici que quelques fillugules milouins (Aythya ferina) aux yeux rougis et même des nettes rousses (Netta rufina) à la belle crête orange font leur apparition. C'est toujours la même histoire, c'est à force de patience (chose que je n'ai pas toujours), que l'on fini par être récompensé.

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Levons la tête, voici les voltigeuses qui partent en chasse dans les airs. Une soixantaine d'hirondelles de rocher (Ptyonoprogne rupestris) font leur apparition. Elles profitent des nuées de moucherons et de drosophiles pour se nourrir. Quelques querelles éclatent ça et là et se soldent souvent par des courses poursuites que nous avons bien du mal à suivre du regard temps les oiseaux passent à toute vitesse devant nous.

DSCN0759Ventre gris, corps noirâtre et légères tâches blanches sur la queue, leur profil fin semble taillé pour la vitesse. Peu bavarde, elle s'installe le plus souvent dans les falaises rocheuses, parfois à très haute altitude. À l'hiver venu, elles se rassemblent en grand groupe et s'installent à proximité des lacs et zones humides de basse altitude, le plus souvent à proximité de grands reliefs et ne part pas en migration à l'autre bout du monde.

DSCN0844Château Thomas,
une toute nouvelle observation.

Encore des fillugules morillons (Aythya fuligula) ? Oui, et ce n'est pas fini, d'ailleurs si vous cliquez sur l'image, vous verrez qu'ils ne sont pas seuls - un véritable où est Charlie ? - la pluie tombe par fines gouttes et le ciel est gris, mais nous sommes à l'abri dans le grand observatoire se trouvant à quelques pas des ruines du château Thomas. Face à nous, une héronnière de hérons cendrés (Ardea cinerea), un site de nidification de grands cormorans (Phalacrocorax carbo) et des centaines de canards. Nous profitons aussi du calme ambiant pour écouter les nombreux chants des passereaux qui entâmes leur saison de reproduction. Il fait étonnamment doux, ce qui nous permet d'aborder la météo avec un sourir en coin de lèvres.

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Enfin nous le rencontrons ! Le fillugule milouinan (Aythya marila) est là, au rendez-vous. Ils sont même deux à se promener sur l'eau, au milieu de 500 fuligules morillons. Proche de ce dernier, le milouinan se différencie par l'absence de huppe, un dos strié de blanc et de girs et une tête présentant des reflets verts. Particulièrement rare en Rhône Alpes, préférant d'ordinaire passer l'hiver en France vers des zones plutôt marines.

DSCN0875Le spectacle ne s'arrête pas là. Soudain, sur le piquet se trouvant à 2 mètres de la fenêtre devant laquelle  nous tenons, un jeune mâle d'épervier d'Europe (Accipiter nisus) se pose. Je peine à laisser exprimer mon émotion sur le moment. Ce petit rapace est spécialisé dans la capture d'autres oiseaux, même si on peut l'observer plus rarement à capturer de petits rongeurs. Le mâle se distingue par le roux de sa gorge et sa petite taille.

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Celui-ci semble être un habitué du lieu, une touffe de plumes blanches à l'arrière de sa tête le distinguant. Tout noble qu'il puisse paraître, une bourrasque de vent et son inattention ont vite fait de le faire glisser de son perchoir. Il préfère alors rejoindre une branche sèche d'un peuplier tombé au sol, lui permettant à loisir d'observer les grands vols d'étourneaux. Pourtant, il dédaigne se mettre en chasse, signe que la faim ne le tiraille pas.

DSCN0888Des feuilles morte dans un arbre ? Non, juste une centaines d'étourneaux sansonnets (Sturnus vulgaris) posés sagement. La présence du prédateur ne semble pas les effrayer outre mesure. Silhouette trapu mais profil en vol élancé, vol rappelant celui d'un avion de chasse, ventre rebondi et plumage semblant noir de loin, sans oublier les gris confus, le doute n'est pas permis. Les étourneaux peuvent se montrer être de formidables imitateurs, reprenant les cris de la buse variable, le chant du loriot d'Europe ou le klaxonne d'une voiture. Le groupe ne tardera pas à se séparer, les couples pouvant s'intaller à proximité des uns et des autres mais ne formant alors plus de grands rassemblements. Il faudra alors attendre la fin du sevrage des jeunes pour voir de nouveaux les  vols noircissant le ciel. Fait amusant, les mâles peuvent se montrer polygyne, c'est à dire ayant à plusieurs une seule femelle.

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Il n'y aura pas plus de couleurs avec les deux espèces suivantes. Un héron cendré (Ardea cinerea) se pose sur l'un des petites île, dans l'espoir de faire une bonne pêche avant de retourner à son nid se trouvant non loin de là. En face de lui, un couple de canard souchet (Spatula clypeata) filtre la vase pour se nourrir. Son étrange bec lui permet de récupérer le plancton et les micro-organismes contenus dans la boue et en suspension dans l'eau.

DSCN0966Nous, le lac Leman :
ses oiseaux et son immensité.

Nous y voilà, à la frontière de la Suisse, des Alpes et de la Haute Savoie. Le ciel bleu est superbe, l'horizon infini et les eaux sont calmes. Toutes les conditions sont réunies pour profiter superbement du lieu. Cependant nous déchantons un peu. Les rives du lac sont très urbanisées, partout où nous portons le regard, nous avons le sentiment que la nature a laissé place au béton et au bitum. Les rares zones végétalisées sont pour beaucoup composées d'herbe rase et d'arbres alignés aux milieux des quels des caravanes, des huttes et des tentes se dressent fièrement. Rien n'excite alors notre alors notre âme naturaliste face à ce spectacle, jusqu'a ce que nous dirigions notre longue vue et nos jumelles en direction du coeur du lac.

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Les plages sont couvertes de coquillages, on se croirait à la mer. Si l'image peut sembler romantique, elle n'a rien de tendre. Il s'agit de la palourde asiatique (Corbicula fluminea), une espèce invasive qui met à mal les espèces locales au risque d'en faire disparaître certaines mais aussi, qui endommage nos infrastructures humaines. Celle-ci peut notamment bloquer les grilles et filtres des barrages et des centrales hydrauliques.

DSCN0931Le polypodium commun (Polypodium vulgare) est une petite fougère dont la racine au goût sucrée et de réglisse était suçotée comme un bonbon par les écoliers sur le chemin de l'école. D'ordinaire on l'a rencontre plutôt en lisière forestière, sur les troncs moussus, les sols riches et les talus humides. Ici elle préfère la fraîcheur du lac.

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Comme toujours, les harles bièvres (Mergus merganser) sont de la partie. Si les mâles présentent une jolie tête verte, je préfèrent nettement les femelles au plumage flamboyant. C'est un des très rares canards piscivores (c'est à dire se nourrissant de poisson). Son bec est même équipé de fausses petites dents lui permettant d'harponer sans difficulté la friture. C'est ce qui lui a valu en Amérique du Nord de grand bec-scie.

DSCN0938Topo sur le lac Leman en quelques chiffres. Lac reliquaire, issu de la fonte des glaciers, il est le plus grand lac alpin d'Europe de l'Ouest. Mesurant pas loin de 73 km de long et 14 km de large, il peut depuis certains postes d'observation, donner l'impression de contempler la mer tant l'horizon ne se dessine pas à nos yeux. Le tout donne une superficie de 581 km² et un volume de 89 km³, soit pour se représenter l'imensité que cela peut être 3 560 000 piscines olympiques. Profond par endroit de 309 mètres, il accueille une 30 aines d'espèces aquatiques dont des truites lacustres (Salmo trutta lacustris). Certaines histoires de pêcheurs racontent que des truites vivant cachées dans les profondeurs auraient plus de cent ans et dépasseraient les 2 m là où l'espèce dépasse rarement les 90 cm. Combative, les plus grosses peuvent atteindre 10 à 15 kilos pour le plus grand bonheur des restaurants des rives qui l'affichent sans mal à leur carte. Chaque année, c'est un peu plus de 10 tonnes qui sont prélevées dans le lac.

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À nouveau levons la tête. Une 30 aines de goélands leucophés (Larus michahellis) tournent dans les airs. Ces oiseaux, pas toujours très aimés, font preuve d'une vive intelligence. Qui aurait pu croire qu'à l'aube des années 1900, il était au bord de l'extinction ? En une cinquantaine il a fait un retour incroyable, allant jusqu'à s'installer dans les terres, le littoral étant souvent trop urbanisé pour lui permettre de s'installer convenablement.

DSCN0962Sa cousine la mouette rieuse (Chroicocephalus ridibundus) se trouve non loin de là, sur un énorme roche au milieu de l'eau. Les adultes se reconnaissent à la leur tête qui à la saison des amours approchante, se couvre de plumes noires. Les juvéniles présentent de leur côté une simple tâche noire à l'arrière de l'oeil, comme les adultes en internuptiale (hors reprodruction), mais aussi des plumes brunes sur les ailes.

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Voici mon canard préféré, le fuligule morillon (Aythya fuligula). Le mâle se reconnaît aisément à ses flancs blancs ainsi qu'à sa tête, son poitrail, son dos et sa queue noirs. Son oeil doré et sa huppe son également déterminants pour l'identifier. Il ne tardera pas à quitter la France pour rejoindre l'Islande, la Scandavinie et les pays britanniques où il niche. Le nid au sol se compose de végétation et comporte jusqu'à 11 oeufs blancs ovoïdes.

DSCN0996Pour rester dans la gamme de couleurs, voici la foulque macroule (Fulica atra). Souvent confondue avec la poule d'eau (Gallinula chloropus), elle se différencie par son plumage noir, son bec et sa tâche blanche sur la tête et ses pattes aux doigts larges lui permettant de marcher sur la vase et la boue sans s'y enfoncer. Elle se montre complètement adaptée à son milieu de vie : les étangs, les lacs, les marais aux pièces d'eau ouvertes et les lônes aux eaux calmes. C'est un oiseau principalement herbivore pouvant plonger pour aller chercher des algues et des herbes aquatiques. Cependant elle peut compléter son régime en se nourrissant de petits mollusques et d'insectes. Le nid de grande taille se compose de végétaux flottants. À la naissance des poussins, le mâle et la femelle se répartissent les petits puis partent élever de leur côté pendant 4 semaines, âge où ils pourront se débrouiller seuls. Le père construisant une nouvelle plate-forme pour l'élevage là où madame reste au nid.

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Plus de 70 % des rives du lac sont urbanisées. La faune sauvage n'y trouve que difficilement sa place. La preuve ici avec ces grands cormorans (Phalacrocorax carbo) qui sur leur arbre mort immerge, font face à la carrière de gravier dont le bras mécanique fait un vacarme de tous les diables. Celle-ci est adossée à une aire protégée où les oiseaux trouvent un bref répit, sans pour autant parler de quiétude pour ces derniers.

DSCN1009Le gravier, une denrée si importante pour les animaux. Les mouettes et les sternes y nichent, les gravelots y cherchent leur nourriture, les invertébrés s'y cachent et les promeneurs déambulent sur les plages qui en sont constitués. Bien des enjeux et des tenions se cristallise autour de cette élément minéral qui à première vue nous semble bien anodin. Pourtant, sans lui par de bâti, de routes ou de parterre fleuris bien entretenus.

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La question des chenilles processionnaires (Thaumetopoea pityocampa) se pose dans de nombreux parcs urbains mais aussi chez les particuliers. Cette orite à longue queue (Aegithalos caudatus) semble peut s'en soucier. De son bec fin, elle prélève quelques brins de soie qui compose le nid des larves pour aller construire le sien un peu plus loin. Insectivore, elle ne se frotte pas pour autant aux chenilles qui sont à porté de son bec.

DSCN1034Il n'y a rien de plus beau que la parade des grèbes huppés (Podiceps cristatus).C'est une danse aquatique rythmée de cris, de mouvements saccadés de cou, d'hochements de têtes, de petits plongeons, d'offrandes d'algues et de becs frottés contre les plumes. Mâles et femelles s'observent l'un l'autre exécuter leur ballet avant de le reprendre ensemble sur le même tempo. Ils resteront unis entre mars et juillet avant de se quitter.

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Pendant la période de reproductions, les oiseaux en âge de se reproduire abordent une superbe double huppe de plumes noires et fauves. Le reste de l'année, leurs couleurs sont beaucoup plus discrètes, entre le gris et le blanc.

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À l'approche d'une haie, nous croisons une volée de moineaux domestiques (Passer domesticus). Ce petit granivore fait de moins en moins partie de notre paysage, 70% de ses populations s'étant effondrées sur le vieux continent, la faute en partie à la disparition de son habitat. Les milieux dépourvus de végétations, désertiques mais aussi trop forestiers ne lui conviennent pas. Présents en villes, il se rabat de peu à peu sur les lotissements.

DSCN1070Le cornouillier mâle (Cornus mas) est en pleine floraison. Contraiement à ce que je pensais, c'est un arbuste décrit comme peu courant en France. Dans la mythologie il est lee symbole d'Apollon, dieu de la beauté, des arts, de la lumière, de la guérison mais aussi de la peste qu'il répend à l'aide de son arc. Se rangeant du côté des troyens dans les guerres hélénique, c'est pourtant en cornouillier mâle qu'est fabriqué le cheval de Troie, ingénieuse invention  d'Epéios, qui signera le début de la prise de la ville et la disparition de son peuple.

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Trois culs sont levés au ciel. Ce sont ceux des sarcelles d'hiver (Arnas crecca). Le mâle se reconnaît à sa tête brun et à son grand sourcil vert. Comme bien des oiseaux, c'est également une espèce qui subit des variations de population, son habitant ayant diminué de 20 à 80% selon les secteurs. Le drainage des zones humides et la bétonisation des berges étant quelques uns des exemples de l'impact de l'homme sur ces animaux.

DSCN1106La photo est floue et pour cause, le petit groupe que voilà se tient loin de la rive. Nous ne nous attendions alors pas du tout à croiser un tel spectacle. Il s'agit de macreuses brunes (Melanitta fusca), une espèce qu'il est extrêmement rare de rencontrer en cette période ailleurs que sur les côtes de la manche, au nord de l'Atlantique et sur la mer du nord. Migrant pour nicher au printemps venu dans la toundra, elle est réputée pour ne faire que de court déplacement migratoires, ce qui explique en partie notre surprise. Bonne plongeuse, la macreuse peu facilement plonger à plus de 10 mètres de profondeurs pour aller chercher les mollusques, les petits crustacés, les insectes et les poissons dont elle se nourrie. C'est ce que nous avons pu observer pendant que les 12 individus observés s'adonnaient à leur session de pêche, avec un comportement n'allant non pas sans rappeler l'oiseau qui suit.

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Dernière surprise du séjour, les grèbes à cou noir (Podiceps nigricollis). Nous les avions observés au début de l'hiver, du côté de la Méditerranée. Force est de constater qu'ils se plaisent également sur les lacs de montagne. Ici, les adultes ont commencé à aborder leur plumage nuptiale si particulier. Flancs fauves, tête et cou noirs, une grande touffe de plume blonde à l'arrière de leurs yeux rouge, les voilà parés pour la saison des amours.

DSCN1246J'ai mentie. En réalité il me reste encore une observation mémorable à vous présenter, la plus belle du séjour pour nous. Il s'agit du tournepierre à collier (Arenaria interpres) et pas n'importe lequel. Au lac Leman, cela fait 18 ans qu'est mentionné un tournepierre hivernant, le seul de toute l'Europe de l'Ouest,  de là à dire que c'est le même depuis si longtemps, il n'est guère facile de le savoir, aucune bague ne figurant sur ses pattes orangées.

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Minuscule, il semble à peine plus gros que la bergeronette des ruisseaux (Motacilla cinerea) qui l'accompagne dans sa recherche de nourriture. Vif, il retourne les galets pour dénicher les larves, les crustacées et les insectes qui figurent à son menu, un comportement dont il tire son nom. Quel plaisir de le regarder s'affarer depuis le ponton, notre oeil dans la longue-vue. Ce n'est que la tombée de la nuit qui nous tire de notre contemplation.

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Le saule marsault (Salix caprea) est le premier à donner en spectacle ses chatons argentés. Ici il s'agit d'un arbre mâle et son pollen jaune, porté par le vent, ira donner naissance au contacté d'un chaton femelle à une graine. Elle aussi se ferra fille de l'air quand elle arrivera à maturité. D'à peine 0,2 mm, elle sera transporté dans une capsule cotonneuse. On parle alors d'espèce dioïque, c'est à dire dont l'individu est soit mâle, soit femelle.

Le périple s'arrête là. Nous en avons pris plein les yeux et le coeur. Nous partons cependant sur une petite fausseté, notre hébergement nous ayant laissé un goût amer. Rien de bien grave, il y a bien des endroits où dormir et/ou poser sa tente quand les beaux jours feront leur première apparition. Nous ne quittons les Savoie que pour un temps. Amoureux de ce pays, nous y retournerons très vite pour en découvrir les merveilles.

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mercredi 21 février 2018

Sortie en campagne 8.

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C'est l'hiver. Le temps est gris mais de nombreux oiseaux sont de sortie. On prend son mal en patience devant la grisaille, on dessine, on boit des chocolats chauds devant la télé et le feu de la cheminée, on attend avec espoir l'arrivée des premières fleurs. Pour tromper l'ennuie, on les traces sur papier, en se disant qu'elles seront vite là. Enfin, elles arrivent. Perces-neige, narcisses, nivéoles d'hiver, violettes odorantes, primevères acaules ... tout autant d'espèces qui s'accomodent du froid et qui présentent leurs premiers pétales. Et puis on s'inspire de la nature, on se dit qu'à défaut d'en avoir dans son chez soi, on la reproduit par morceaux.

J'ai repris les crayons, ça faisait longtemps. Un gros-bec casse-noyaux et une mésange charbonnière dans un cadre, quelques perces-neige, de trois coups de tampon sur des papiers colorés et puis retour aux d'études.

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C'est aussi le moment de terminer les illustrations en retard, celles qui ont débuté à l'automne avec l'abondance des courges et daturas dans le jardin et, qui ont été abandonnées aux premiers grands froids de l'hiver.

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Et puis il y a les oiseaux, ceux qui viennent manger les graines du "père", déposé devant la fenêtre de la maison familiale. Il y a bien ou deux chats gourmands qui les lorgnent depuis le rebord mais les mangeoires leurs restent inaccessibles. Et quand bien même ils arrivent à les atteindre, la vue dégagée ne leur permet pas d'atteindre leurs proies à plumes qui peuvent se repraîtrent tranquillement. 

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Le gros bec casse-noyaux (Coccothraustes coccothraustes) est un oiseau farouche au plumage coloré. Son bec massif et sa mâchoire musclée qui lui donnent cet air massif lui permettent de broyer les noyaux des fruits pour se nourrir de leurs amandes. Griottes, cerises, cormes ou amandes, rien ne lui résiste. Fait surprenant, la couleur de ses pattes dépend de la période de l'année. Celles-ci deviennent rose-corail au printemps. À voir l'individu de la photo, il ne devrait donc pas tarder. 

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Bien qu'il soit difficile à observer, il est souvent présent dans les vergers et les grands jardins. On le rencontre aussi dans les forêts de feuillus. La plupart du temps il stationne dans les sommités des arbres, toujours très haut perché. Cependant, on peut le croiser au sol quand il se nourrir des fruits tombés, surtout après les grands vents chauds que l'on rencontre à la fin de l'été. Cependant, il ne dédaigne pas manger quelques insectes, en particulier au printemps où ils compose l'essentiel de son régime alimentaire.

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Le tarin des aulnes (Spinus spinus) peut facilement se confondre avec un serin cini (Serinus  serinus). Il s'en différencie par la calotte noire sur la tête du mâle, des joues beaucoup moins grisées et son régime de plumes sur les ailes formant des barres noires et jaunes.

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L'hiver il quitte les forêts pour rejoindre les ripisylves (d'où son nom de tarrin des aulnes, en référence à cet arbre qu'y aime ce type de milieu) et les mangeoires des habitations à la recherche de graines, son alimentation principale. Il n'est pas rare de le voir se déplacer à cette période de l'année avec d'autres passereaux, en particulier avec les chardonnerets élégants.

DSC08680Le chardonneret élégant (Carduelis carduelis) est un oiseau facilement identifiable à son maque rouge qui lui cerne l'avant de la tête et qui permet aux plus aguerris de différencier les mâles des femelles. Chez les premiers, la tâche rouge déborde sur l'arrière de l'oeil, tandis que chez les secondes, elle s'arrête très exactement au niveau de l'oeil. 

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Il fréquente les bois, les lisères et les zones de régénérescence forestière. On le croise aussi dans les taillis des tourbières où il prend plaisir à dévorer les graines des cardères sauvages (Dipsacus fullonum).

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La mésange noire (Periparus ater) ressemble par bien des aspects à la mésange charbonnière (Parus major). Néanmoins, elle n'en a pas le plastron noir sur le poitrail ni les couleurs éclatantes. C'est une espèce forestière et montagnarde qui aime s'installer dans les conifères.

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Elle est timide mais n'évite pas pour autant les jardins, on peut l'entendre au printemps. Comme la plupart des mésanges elle possède un régime alimentaire ubiquiste, c'est à dire qui est composé d'une grande diversité d'aliments : insectes, baies, graines, petits mollusques, bourgeons et aiguilles d'arbres. C'est un très bon auxiliaire au jardin mais aussi en arboriculture car elle consomme la plupart des ravageurs. Posséder un bosquet de résineux (épicéas, pins, sapins) permet de l'acceuillir chez soi ou sur son exploitation et de profiter de son action bénéfique sur les productions. Peu difficile, elle niche aussi bien dans les cavités des arbres, entre les racines, dans les terriers de rongeurs, dans les murs ou les failles de la roche.

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La mésange bleue (Cyanistes caeruleus) est reconnaissable à sa calotte bleutée et à son oeil barré de noir. Elle apprécie les forêts de feuillus, en particulier celles de chênes. Il n'est pas rare de la voir cohabiter avec sa cousine la mésange charbonnière. Cependant elle se rencontre dans une grande diversité d'habitats et peut monter haut en altitude.

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Ces mésanges charbonnières (Parus major) ont un comportement typique de leur espèce. Elles se déplacent en bande, chassent les autres oiseaux qui s'apporchent d'un peu trop près des ressources quand leur nombre leur permet.

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Outre les mésanges, on peut rencontrer des pinsons comme ce pinson du nord (Fringilla montifringilla). C'est un oiseau superbe présentant un poitrail orange. Le mâle possède une calotte noire qui permet de le reconnaître au premier coup d'oeil. Ci-dessous de photos permettant de faire la distinction des adultes des deux sexes par leur dimorphisme.

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C'est un oiseau migrateur qui quitte le grand nord pour passer l'hiver dans nos hêtraies et qui parfois se montre à nos fenêtres. Les forêts de Chartreuse étant principalement composées de hêtraies -sapinières, il n'y ait pas rare de le rencontrer à cette période de l'année. En vol on le reconnaît à son croupion blanc, bien visible quand on l'observe depuis le plancher des vaches. Auprès des mangeoires on le voit peu souvent seul, très souvent il est accompagné de bruants, de moineaux et de pinsons des arbres.

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Le pinson des arbres (Fringilla coelebs) est un pinson qui s'observe toute l'année dans nos forêts. Comme souvent chez les passereaux, le mâle est très coloré alors que la femelle est plus discrète. Il fait preuve d'une forte adaptabilité et peut aussi bien se trouver en forêt que dans les parcs et les périphéries des grandes agglomérations.

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Très sociable, il ne devient territorial que lorsque la période de reproduction approche. Les couples se forment alors et s'éloignent du groupe qu'ils réintégrons après l'envol des petits. Il faut savoir que les mâles se réunissent ensembles de leur côté, que cela soit pour se nourrir ou migrer, tandis que les femelles se rapprochent des unes et des autres avec les jeunes qui ne sont pas encore en âge de se reproduire. Si ce comportement est commun chez les grands mammifères (éléphants, bouquetins, cerfs, baleines ...), il est relativement peu courant chez les oiseaux.

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Parmi les oiseaux rois au jardin, il faut compter sur sur le rouge-gorge familier (Erithacus rubecula). Solitaire et territorial, il n'hésite pas à chasser les autres passereaux de son air de nourrissage. Migrateur, il cède le temps de l'hiver son territoire à des individus de la même espèce plus nordiques. Pour arriver à ses fins, il présente son plastron coloré, s'agite et ouvre les ailes afin d'intimider ses adversaires. Discret, il ne migre que de nuit et cache avec habilité son id dans des cavités.

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Il faut être bien patient pour observer au petit matin les rouges-gorges fraîchement arrivés de leur périple nocturne. Bien que robuste, il n'est pas un habitué des vols longues distance, passant la plupart de sa vie dans les milieux forestiers, boisés et dans les jardins arborés. En cette période de disette, il s'approche des fenêtres à la recherche de nourriture. Incapable de se nourrir sur les boules de graisse, il préfère les graines de tournesol. Attention ! Jamais de pain pour les oiseaux, celui-ci n'étant pas assimilable pour ces derniers, ils en meurent bien souvent après une consommation prolongée.

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Lors d'une promenade tardive, nous tombons à quelques pas de la maison sur cette harde de chevreuils (Capreolus capreolus). Peu inquiétées par notre présence, les 4 femelles qui la composent broutent tranquillement, la chasse étant passée et la présence du loup n'étant plus établie dans le secteur depuis quelques années. La nuit tombant, nous faisons demi-tour, les laissant paître tranquillement. à la lisière de la forêt.

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Le soir tombe et le gel arrive, il est temps de rentrer. Au revoir la Chartreuse, bonjour Lyon. Les cours reprennent, il faut être au rendez-vous. Plus que quelques mois à travailler d'arrache pied et le saint Graal sera à nous. En attendant, c'est le nez plongé dans les cahiers de cours, entre deux sorties de la LPO, que j'attends avec impatience le printemps. Déjà la récolte de l'ail des ours s'organise en vue de l'arrivée de mars.

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